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Célébration de la Toussaint:Le 1er Novembre, une journée rentable pour les affaires


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Taandis que d'autres pleurent leurs parents disparus, des affaires se font à l’instar de ces femmes vendant des objets religieux.

Dans le cadre de la célébration de la Toussaint, les populations béninoises ont une nouvelle pris d’assaut hier, 1er Novembre 2011, les différents cimetières du pays. Nombre de visiteurs y voient une occasion propice pour rendre hommage aux proches. Pour bien d’autres, la toussaint rime avec rentabilité économique

Ce 1er novembre 2011 n’échappe pas à la règle au cimétière PK de Cocotomey, dans la commune d’Abomey-Calavi. Profitant de la journée déclarée chômée et payée, nombre de personnes prennent d’assaut dès les premières heures de la journée ce cimétière administré par la Mairie de Cotonou pour rendre hommage à des proches disparus.

Il en est ainsi du sieur Ange Adjahou, choriste à la chorale Sainte Généviève de la Paroisse catholique Saint Michel de Cotonou. « Nous avons l’habitude de venir prier tous les 1er novembre pour les choristes défunts et on profite de l’occasion pour prier pour le repos de l’âme de nos défunts parents », explique cet homme d’une quarante d’années sous le regard d’une dizaine de personnes occupées à chanter des cantiques sur la tombe d’un parent décédé.Pour Mlle Sara Padonou, les raisons sont similaires.

 « C’est pour moi l’occasion de venir prendre soin de la tombe de mon père », confie-t-elle, un balai, une houe et du savon entre les mains. « Mes frères et moi, nous nettoyons la sépulture de notre père qui est décédé il y a maintenant une dizaine d’années », poursuit-elle. Sous des arbres, devant les pierres tombales…jeunes ou vieux, femme ou homme, cadre ou ouvrier s’attèlent de leur côté, à travers prières et chants, à témoigner à leurs disparus leur affection demeurée intacte malgré son départ pour le monde céleste. Pendant ce temps, loin de l’atmosphère de recueillement, un groupe de personnes usent de différents subterfuges pour donner à cette journée un fort contenu économique.

Le 1er novembre, l’occasion de faire des affaires

« Venez ici pour les fleurs, Pour le lavage de votre tombe, rapprochez-vous… ». Ainsi sont libellés quelques uns des messages qui accueillent le visiteur en cette journée ensoleillée du 1er novembre à l’entrée du cimetière d’Akpakpa. Des femmes, aidées par de jeunes filles rivalisent d’ardeur pour attirer le client vers son étalage. L’ambiance n’est pas différente au PK14.

 Défiant les rayons du soleil, marchandes de bougies, fleurs, nourriture et divers articles religieux se précipent vers le visiteur pour lui proposer leurs marchandises. Pendant ce temps, torse nu ou le corps imbibé de chaux, de jeune gens, pots de peinture, balai, houe…en mains proposent leur savoir-faire donner un nouvel éclat aux pierres tombales. Ainsi, sans-emplois, élèves, étudiants ou ouvriers se reconcvertissent, en l’espace de cette journée en laveur de tombe, peintres, maçons, sarcleurs…pour réaliser des affaires.

« Moi, je suis élève dans un établissement de la place. Je viens nettoyer les tombes pour avoir un peu d’argent en poche et satisfaire quelques besoins personnels. A la fin de la journée, je peux me retrouver avec au moins cinq mille francs parce que je propose mes services pour au moins 500 francs », confie Benjamin Chabi, un jeune d’environs 20 ans.

De leur côté, venus assurer la sécurité des divers moyens de locomotion des visiteurs, les garde-vélos se frottent les mains. « Notre affaire marche très bien car nous avons beaucoup de motos à garder. Pour garder une moto, nous exigeons 200F Cfa. C’est à prendre ou à laisser parce que c’est un jour pas comme les autres. Il y a une grande sécurité ici et même les forces de l’ordre même nous accompagnent », confie avec le sourire le sieur Dieudonné A. Pour lui, l’occasion est d’autant plus propice pour faire des affaires que « les gens ne peuvent pas laisser leurs motos sans surveillance et rendre visite à leurs morts à cause de la grande affluence. Les années passées, certains ont perdu leurs engins pour ne les avoir pas confié à des garde-vélos », explique t-il.

Dans l’enceinte du cimetière, maçons, menuisiers, sarcleurs et peintres ne sont pas en reste de l’effervescence économique qui s’empare de ce jour consacré aux défunts. Ils s’affairent à construire des tombes ou à réparer des dalles fissurées. « Nous sommes à la disposition des visiteurs. Lorsqu’ils nous sollicitent, nous les aidons à rendre plus belles les tombes de leurs parents disparus », explique ainsi, Mathieu Adoukonou, le front garni de sueurs qui trahissent la forte sollicitation dont il fait l’objet auprès des visiteurs.

« Pour faire ou refaire les peintures des tombes, il n’y a pas de tarif uniforme. Avec l’inflataion des peintres ce matin, chacun négocie avec le client et d’un commun accord, ils fixent un prix », confie de son côté, d’une voix rauque Gaston S. A en croire ses propos, l’activité de peintre suscite de vocations le 1er novembre et « n’impore qui se transforme en peintre pour gagner un peu d’argent. On voit des jeunes élèves venir nous faire concurrence alors que nous avons appris le metier », se désole t-il.

Fanfare, trompette ou flutte à la bouche, les six membres de la Fanfare de Zogbohouè, quartier de la commune de Cotonou, ne sont pas en marge de l’effervescence économique suscitée par le 1er novembre. « Nous mettons à la disposition de tous ceux qui viennent ici nos instruments pour rythmer leur passage et les aider à donner un cachet spécial à l’hommage pour lequel ils sont venus au cimétière. A partir de 1000 francs seulement, nous accompagnons d’ambiance la visite des clients à leurs proches décédés », explique l’un des membres du groupe, les lèvres portant les séquelles de son activité.

Somme toute, la journée du 1er novembre transcende son caractère originel de servir de tremplin au vivant pour témoigner son affection au mort. Elle est met à nu la vocation entrepreneuriale de nombre de béninois confrontés quotidiennent aux affres de la pauvreté.

Jean-Claude Dossa et Teddy GANDIGBE (stag)

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