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Le triomphe de la vérité

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Editorial: La descente aux enfers


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L’environnement des affaires est plus que jamais vicié au Bénin. Le rapport Doing Business 2012, rendu public hier par la Banque et la SFI en dit long sur les piètres performances du Bénin au plan de l’attractivité commerciale. Notre pays se hisse à la 175ème place, dans les dix pays les moins attractifs au monde. C’est une grave régression, pire que ce que l’on décriait l’année dernière où le Bénin faisait du surplace en demeurant à la piètre 172è place de 2009. Cette fois, c’est pire.

On avait cru, avec la mise en place du comité Doing Business piloté depuis la présidence de la République, que les réformes nécessaires seraient vite adoptées. Que non ! Créer une entreprise prend toujours autant de temps (une trentaine de jours) alors qu’au Nigeria ou au Rwanda, il en faut un seul pour finir les formalités d’enregistrement. Il est vrai que derrière les chiffres de Doing Business, se cachent bien des ruses des Etats qui se contentent d’alléger les conditions de créations d’entreprises, même si plus rien n’est fait ensuite pour les appuyer et leur trouver l’accompagnement nécessaire.

Mais il est évident que la complexification des procédures et la faible information du public sont des éléments qui handicapent les efforts des créateurs d’entreprises au Bénin. Tous les Etats ont compris aujourd’hui que le rapport Doing Business est un stimulant pour les responsables publics afin qu’ils s’engagent un peu plus dans la recherche de solutions utiles aux entreprises.

Sans parler d’abord des investissements directs étrangers (IDE), l’entreprise est au cœur du développement des nations. C’est elle qui constitue la toile de fond de tout processus de développement puisqu’elle libère l’initiative privée. Elle qui donne le souffle qu’il faut aux autres secteurs de l’activité économique. Elle qui finalement fait la richesse de l’Etat.

Mais au Bénin, tout se passe comme si l’entreprise privée est une pénitence, sacerdoce permanent où les impayés se multiplient, les contrats se font rares et où les employés sont aux abois, mal payés avec une kyrielle d’arriérés. Le mince filet industriel est fait essentiellement de multinationales solidement implantées depuis des décennies grâce à la consistance de leur surface financière. Le commerce, quant à lui, prend l’essentiel du tissu économique.

L’informel est ici la lèpre d’un secteur qui nourrit très peu son homme. Beaucoup se réfugient dans le marché noir pour survivre face à une fiscalité d’écrasement. Cette économie souterraine est la réponse à l’autre, la formelle, prise en étau par l’informel et la fiscalité. Non, Doing Business vient montrer le calvaire imposé aux opérateurs économiques, aux jeunes et aux femmes asphyxiés par des pratiques d’un autre âge, pratiques dont ils paient, eux les jeunes, le lourd tribut.

Le mal, c’est cet environnement concurrentiel où évolue le pays. Devancé par presque tous les pays de la CEDEAO (sauf la Guinée Bissau et la Guinée Conakry), le Bénin est en train de sombrer inexorablement vers la lanterne rouge. Malheureusement, tous les investisseurs étrangers sérieux lisent ce rapport Doing Business qui leur fournit une mine de renseignements sur tous les Etats du monde. Il ne faut donc pas s’attendre à une embellie sur le front des IDE. A l’heure où la compétition entre les Etats se fait de plus en plus féroce, voilà une réputation lourde à porter.

Or, le Bénin fait partie des dix pays pilotes choisis par les Nations Unies pour les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Et il est entendu qu’il faut une croissance de 7 à 8% par an et sur une génération entière, pour espérer vaincre la pauvreté. Tout ceci implique des investissements massifs, qu’ils soient nationaux ou étrangers.

Nous sommes encore loin du compte, loin de cette embellie qui fera de l’entreprise le cœur des stratégies de développement, l’âme même de toute croissance, loin enfin de ce jour espéré où les citoyens auront plus envie de créer leur entreprise que d’entrer à la fonction publique.

Le rapport Doing Business 2012 est ainsi un camouflet pour le gouvernement. Il vient s’ajouter à d’autres mauvaises nouvelles, notamment celle du classement de l’économie béninoise au nombre des dix pires économies africaines.

Olivier ALLOCHEME

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