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Le triomphe de la vérité

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EDITORIAL:Le coup d’arrêt salvateur


Les Nouveaux Programmes sont morts. Lentement mais sûrement, ce qu’il est aujourd’hui convenu d’appeler Approche par compétence (APC), poursuit son chemin de Golgotha, après avoir saccagé le niveau de nos enfants pendant une plus d’une douzaine d’année. En catimini, de façon presque clandestine, ce programme boiteux et dangereux est en cours de révision.

Une certaine Union nationale des Associations des Parents d’Elèves et d’Etudiants du Bénin (UNAPEEB) s’en réjouit bruyamment dans un communiqué qui nous est parvenu. De fait, durant ces vacances, une « formation » a été organisée à l’intention des enseignants du primaire pour apporter des corrections à l’application des mesures correctives apportées aux programmes de Français et de Mathématiques des classes de CE1-CE2-CM1-CM2.

Au terme de ce énième recyclage, on constate un retour aux préceptes qui ont fait le succès de l’ancien programme jeté aux orties. Ainsi, tout le monde peut noter qu’en Français l’exercice structural est revenu à la charge. On parlera désormais de grammaire, de conjugaison, de vocabulaire, d’orthographe et d’expression écrite. Il y a quelques années encore, de doctes inspecteurs soutenaient qu’il ne fallait pas encombrer le cerveau de nos chers petits enfants de toutes ces vieilleries. Désormais, soutenaient nos pédagogues, l’ordinateur peut tout faire et il convient d’utiliser ces jeunes génies pour d’autres choses plus utiles.

 Dans la même veine, des centaines de conseillers pédagogiques répandus dans le pays par les soins de la nouvelle idéologie de l’APC, ont fait circuler la nouvelle façon de faire les mathématiques et qui consiste précisément à supprimer le calcul mental. L’ordinateur, disait-on toujours, est désormais au cœur des activités humaines et il serait inutile voire dangereux d’envahir la tête de nos mignons petits bout d’choux avec de telles bizarreries antiques. L’internet, l’informatique, la télévision, les satellites, et tutti quanti fétichisés à souhait, étaient censés remplacer l’homme divinisé.

 Tout le monde a oublié que l’avènement de l’audiovisuel ne change rien au fait qu’hier comme aujourd’hui se pose le véritable problème de la formation, celui de l’acquisition d’une culture. Avec ces nouvelles mesures correctives, on assiste en effet au retour du calcul mental mis en œuvre en début de chaque discipline mathématique. Géométrie, arithmétique et système métrique sont revenus à la charge. Cette correction a pour fonction essentielle la mémorisation et l’habileté mathématiques.

Commentaire amusé de l’UNAPEEB, « voilà comment le gouvernement de Boni YAYI a arrêté les NPE sans le proclamer. » Et d’ajouter : « Le recul que vient de faire le pouvoir sur ce front de lutte est une grosse victoire que nous devons consolider tout de suite. » Victoire ? Non. Pour ceux qui ont crié et lutté durant ces sombres années de médiocrité imposée aux enfants, il s’agit certainement d’un soulagement. Mais pour les centaines de milliers d’enfants sacrifiés sur cet autel de honte, ce sont des vies brisées, des espoirs partis en fumée, une vie de louvoiement qui sera passée à incarner le résultat d’un programme hideux.

Clandestinement retirés des rayons pédagogiques, les nouveaux programmes ont formé des centaines de milliers de Béninois abrutis pour la vie. Par leurs propres enseignants. Après plus d’une décennie d’errements ponctués des cris de tous ceux qui voyaient venir les ravages d’un tel aveuglement pour l’avenir du Bénin, voilà que les mêmes idéologues viennent se rebiffer. Il n’y aura jamais de mots assez durs pour dire l’étendue du crime.

Mais le problème, est de savoir comment le peuple béninois, si prompt à jaser pour les motifs les plus divers, a laissé se perpétrer l’innommable sur ce que chacun a de plus cher, ses enfants. Il y eut quelques rares jactances d’intellectuels conspués par la superbe indifférence des autorités officielles. Il y eut surtout la CSTB et ses syndicats de base qui ont fait quelques marches et des déclarations sur la course à l’abîme. Mais il n’y eut jamais un soulèvement général. Jamais.

Aujourd’hui, ces êtres innocents errent, hagards et sombres, dans les allées de l’école, pris en pitié par quelques enseignants qui se demandent ce qu’ils deviendront quand l’année prochaine ils mettront pied à l’université. De tout temps en effet, les fameux nouveaux programmes n’ont mobilisé que les sarcasmes des universitaires qui attendent la première promotion…

Olivier ALLOCHEME

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