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Le triomphe de la vérité

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EDITORIAL: La terrible Françafrique


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Le gros pavé que Robert Bourgi a jeté dans la mare fera date dans l’histoire des relations entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique. Le conseiller occulte de Sarkozy aux affaires africaines a fait scandale en effet en laissant entendre qu’il a personnellement servi à amener des valises de billets à Jacques Chirac et son ancien premier ministre Dominique de Villepin, des valises provenant de la générosité de certains Chefs d’Etats africains qu’il a nommément cités : Abdoulaye Wade, Laurent Gbagbo, Blaise Compaoré et, bien sûr, Omar Bongo.

 Dans une interview accordée au Journal du Dimanche et à d’autres médias français, l’avocat d’origine libano-sénégalaise a estimé le montant total des sommes ainsi livrées aux deux personnalités à 20 millions de dollars, soit environs 10 milliards de Fcfa entre 1995 et 2005. Malgré les protestations courroucées des deux hommes ainsi éclaboussés, peu d’Africains ont été surpris par ces propos qui ne sont que la confirmation de tout ce qu’on savait déjà sur les relations scabreuses entre les milieux politiques français et nos présidents africains.

Il y a longtemps qu’avec un Pierre Péan, l’on a su comment les diamants centrafricains ont servi sous Bokassa à enrichir l’ex-président français Valérie Giscard d’Estaing. C’était les diamants noirs généreusement offerts par le dictateur fantoche au moment où il commettait les pires atrocités et les pires loufoqueries de son règne d’empereur centrafricain mondialement détesté. C’était aussi les diamants de la honte pour une France fière et altière mais aux sales dessous.

 Qui ne connaît pas l’Association Survie avec sa principale égérie François-Xavier Verschave dont les ouvrages sur la Françafrique ont fait scandale depuis une douzaine d’années? Dans son célèbre brûlot, Françafrique : Le plus long scandale de la République (Stock, 1998), il a défini la Françafrique comme « une nébuleuse d’acteurs économiques, politiques et militaires, en France et en Afrique, organisée en réseaux et lobbies, et polarisée sur l’accaparement de deux rentes : les matières premières et l’Aide publique au développement ».

Les mobiles de cette crapulerie franco-africaine sont de plusieurs ordres : assurer la place de l’État français au niveau international, un accès privilégié aux matières premières stratégiques, la corruption et le détournement de l’aide publique au développement au profit d’intermédiaires divers, d’hommes politiques français et africains, et des grands partis politiques français, avec son corollaire : les trafics délictueux ou criminels, la défense de la Francophonie, allant de pair avec une volonté de contrer l’hégémonie grandissante de la culture anglo-saxonne dans le monde.

Tout ceci s’est tramé sur le dos des peuples africains et français, à travers des accords secrets, de nombreux coups tordus, des manipulations en tout genre contre la démocratie et les opposants politiques de plusieurs pays d’Afrique. En 2000, le même François-Xavier Verschave a livré Noir silence. Qui arrêtera la Françafrique ? (Les Arènes), un autre essai de même teneur et autrement plus pimenté sur le même sujet.

L’année dernière, c’est le réalisateur Patrick Benquet qui boucle pour la chaîne France 2 un documentaire absolument décapant avec des images inédites et des témoignages d’acteurs de première main qui ont parlé à visage découvert de cinquante années de Françafrique mafieuse et sans âme (mafiafrique, pour reprendre l’autre néologisme de Verschave). Il y présente un cercle infernal dans lequel la raison d’Etat et l’argent sont rois et autorisent sur la terre africaine tous les coups fourrés. Conséquence, ce sont cinquante années de paupérisation et de drame pour l’Afrique.

Pendant ce temps, la France a consolidé son assise internationale, accru la présence de ses grandes entreprises en Afrique, miné les rouages de la diplomatie du continent et tissé un réseau solide et durable dans les milieux politiques de nos Etats. Il s’agit d’asseoir sa mainmise sur l’Afrique, envers et contre tous, au besoin en allumant des guerres par-ci, des coups d’Etats par-là ou encore en orchestrant des assassinats, des massacres ou des génocides.

Mais quelle est la part de l’Afrique dans cet engrenage? Elle gagne en pauvreté et en corruption. J’affirme donc que bien que scandaleuses, les déclarations de Robert Bourgi confirment l’extrême patriotisme des dirigeants français lorsqu’il s’agit de protéger et de sauvegarder les intérêts de la France. En Afrique, au contraire, elles montrent que nos dirigeants, même ceux qui se couvrent du manteau virginal de la démocratie, n’ont qu’un amour marginal pour leurs propres pays.

Olivier ALLOCHEME

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