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Le triomphe de la vérité

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EDITORIAL:L’emploi et l’Etat


23000 candidats se sont présentés lors du dernier concours de recrutement dans la police nationale qui a eu lieu fin août. 23000 candidats pour 1000 places prévues. Le nombre de candidats renseigne sur l’état du chômage et du sous-emploi dans notre pays. Ces deux fléaux se répandent à la même vitesse grand V à laquelle les diplômés sortent des centres de formation scolaire et universitaire et même des ateliers. Face au mal, les réponses de l’Etat central ont consisté jusqu’ici à une politique à double rayon.

D’un côté, des fonds de promotion de l’entrepreneuriat et de l’emploi (FNPEEJ notamment) ont été mis en place pour inciter les jeunes à l’auto-emploi. La ministre de l’emploi des jeunes et des femmes, Réckya Madougou se déploie elle-même sur le terrain en animant force conférences vantant (brillamment) les mérites de l’auto-emploi et le rôle salvateur de l’entreprise des jeunes pour un pays. Nous le savons déjà, elle a raison.

Dans tout pays normal, les gens normaux doivent dire aux jeunes que c’est de leurs efforts que dépend leur avenir. Et en même temps les sensibiliser quant à l’utilité qu’il y a à mettre en valeur les ressources de leur intelligence. On note également l’action de l’Agence nationale pour la promotion de l’emploi (ANPE) qui s’active à donner une première expérience professionnelle aux demandeurs d’emploi. Ici, ce sont surtout les institutions publiques qui sont sollicitées pour offrir douze mois de stage payé aux candidats sélectionnés.

En offrant ces stages, l’Etat résout, en partie du moins, le problème crucial des stages, problème qui s’accentue du fait de la réticence des entreprises privées à accueillir le moindre stagiaire, alors qu’au même moment aucune d’elles n’est prête à recruter des agents dépourvus d’expérience professionnelle avérée. Raccourci commode, cette pratique ne débouche finalement que sur des stages biaisés où les bénéficiaires sont utilisés pour des tâches ingrates sans aucun rapport généralement avec leur domaine de formation, et encore moins avec le motif de leur stage.

Ils sont taillables et corvéables à merci, à moins d’être parents aux patrons eux-mêmes. Et pour la cause de ces jeunes, une kyrielle d’associations et mouvements ont vu le jour sous la férule des syndicats estudiantins. Leurs responsables sont logés à une très bonne enseigne puisqu’ils finissent par décrocher une bourse étrangère grassement payés par l’Etat.

Une bonne partie se voient bombardés à des strapontins administratifs au palais de la présidence ou dans quelque ministère ou administration publique. Du haut de ces miradors, ils sont plus utiles pour défendre les options de l’Etat en faveur de la jeunesse de sorte à récupérer la colère de cette frange de la population…

D’un autre côté, l’Etat recrute massivement dans la fonction publique. L’effectif de celle-ci a doublé en cinq ans entrainant du coup un gonflement inédit de la masse salariale. Car dans le même temps, les augmentations salariales, les primes et indemnités s’accumulent faisant bondir les salaires des fonctionnaires. Et pour avoir les moyens de cette politique dispendieuse prétendument sociale, l’Etat accroit la pression sur les entreprises privées.

Résultat, très peu de diplômés béninois veulent s’engager durablement dans le privé. L’un des avatars de cette politique contradictoire, c’est la sensible réduction de la main-d’œuvre qualifiée dans les entreprises privées. Alléchés par les nombreuses facilités qui existent dans la fonction publique, les cadres s’en vont du privé.

 Ainsi dépouillé de son capital humain le plus précieux, le privé bat de l’aile et survit dans la plus totale débrouillardise. Dans ces conditions, les entreprises créées par les jeunes ont un taux de mortalité élevé, tandis que le remboursement des fonds publics qui leur sont alloués se maintient difficilement à 10%.

A dire vrai, la promotion de l’emploi est confondue à celle de l’emploi public. La cohérence des augmentations octroyées aux fonctionnaires avec les ambitions de l’Etat en la matière pose un problème de survie même des entreprises privées. Celles-ci sont tenues de suivre le même rythme dans l’augmentation des salaires et des primes que le secteur public, au risque de diminuer considérablement leurs bénéfices, avec toutes les conséquences que cela implique sur leur survie.

On voit dès lors que la politique nationale de l’emploi impose que l’Etat repense la question de l’entrepreneuriat privé qui est le socle de la création de richesse gage d’une promotion réelle de l’emploi.

Olivier ALLOCHEME

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