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Le triomphe de la vérité

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EDITORIAL:Une realpolitik tardive


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« …le Bénin a décidé de reconnaitre le Conseil National de Transition (CNT) comme la seule Autorité qui représente le peuple libyen. » C’est en ces termes simples mais historiques que le ministre des affaires étrangères a présenté vendredi la position béninoise sur la crise libyenne. Ainsi donc le Bénin se détourne d’un allié de taille, Kadhafi, dont le soutien s’est fait sentir dès les premières heures du régime du changement.

Grosso modo, c’est au Guide Libyen que l’on doit l’organisation chez nous du dixième sommet de la Cen Sad et toutes les flamboyantes villas qu’elle a générées en juin 2008. C’est la plus grande manifestation internationale que le pays ait pu abriter depuis le sixième sommet de la Francophonie qui a eu lieu en 1995, avec un impact visible et durable sur la ville de Cotonou. Mais la crise née à Benghazi en février dernier aura précipité ces relations idylliques à la cassure. Les Etats n’ont finalement que des intérêts, et il n’y a pas que les puissances occidentales pour l’entendre ainsi.

Pour historique qu’il puisse paraître, le geste du gouvernement béninois n’en est pas plus glorieux. Il y a peut-être quelque gloire à tirer en ramant à contrecourant des dernières décisions de l’Union africaine (UA). A Addis-Abeba vendredi dernier, lors de la 291ème session du Conseil de Paix et de Sécurité de l’Union, l’institution a refusé de reconnaitre officiellement le Conseil national de transition (CNT), appelant simplement à la constitution d’un gouvernement d’union nationale. Ce qui est normal.

Normal parce que l’UA n’apporte pas facilement son soutien à un régime issu d’un coup de force, par simple prévention. Mais il y a surtout que la plupart des Chefs d’Etat africains sont des obligés de Kadhafi. Chacun d’eux a bu d’une manière ou d’une autre à la source de ses pétrodollars pour conquérir le pouvoir ou le conserver ou encore pour régler ses propres crises internes. On n’oubliera pas non plus que l’UA est l’un des avatars des ambitions unitaires du Guide. C’est lui qui l’a pratiquement formatée sur les bords du désert libyen et c’est à Syrte qu’a été posée symboliquement la première pierre de sa création le 09 septembre 1999 (09-09-1999 pour faire historique).

 Personne ne devrait ignorer du reste que la Libye contribue pour 15% environ au budget de l’institution, ce qui fait d’elle le plus gros contributeur africain de l’UA. Elle est restée globalement absente dans la crise, submergée par la force de l’OTAN et surtout sourde aux supplications des insurgés à la suite de la violente répression qui a suivi les soulèvements de Benghazi en février dernier. De sorte que la solution consensuelle retenue par l’institution au cours de son dix-septième sommet tenu à Malabo fin juin n’a reçu aucun écho favorable.

Un échec mal digéré. Sur le théâtre libyen même, l’UA est restée une entité accrochée à Kadhafi, par solidarité et surtout par intérêt. Elle fait moins bien que la Ligue Arabe qui a reconnu le CNT depuis une semaine, sans compter l’Union Européenne et d’autres organisations internationales. La position onusienne ne saurait tarder. Dès le 22 avril, la Gambie et le Sénégal (depuis le 28 mai) faisaient ouvertement du CNT leur unique partenaire diplomatique en Libye.

Ils ont été suivis par le Botswana (11 août), le Gabon (12 août), la Tunisie (21 août), le Maroc et l’Egypte (22 août). Et la liste ne cesse de s’allonger depuis une semaine, avec des pays comme le Nigeria, l’Ethiopie, le Niger, le Burkina Faso (oui le grand ami du Colonel est aussi dedans), le Tchad, le Togo, la Côte-d’ivoire…

Le geste de rattrapage du Bénin vient lever tout équivoque. Depuis quelques semaines, le drapeau des insurgés flottait déjà dans le ciel de l’ambassade libyenne au Bénin. Et en choisissant de s’aligner sur la bonne liste, le gouvernement fait une réalpolotik, en retard, mais suffisamment claire pour être perçue par les nouvelles autorités de Tripoli.

 Surtout au moment de distribuer la manne pétrolière. Mais il y a ici une certaine allégence caculeuse vis-à-vis de la France qui se veut la tête de proue des pays de l’Otan dans cette crise. Reste à savoir contre quels arrangements diplomatiques le Bénin est tombé si généreusement dans le dispositif français.

Olivier ALLOCHEME

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