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Le triomphe de la vérité

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Interview du comédien, scénographe et metteur en scène béninois, Alougbine Dine:« Les acteurs du théâtre béninois ont de graves problèmes de survie »


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Alougbine Dine, Comédien, scénographe et metteur en scène béninois

C’est un passionné et artisan de l’art vivant. Après plus d’une décennie passée à l’extérieur, l’homme revient au bercail avec une idée qui devient son obsession : rehausser le niveau du théâtre béninois. Il crée alors l’Ecole internationale du théâtre du Bénin (EITB), la toute première d’ailleurs dans son pays où il a déjà formé deux promotions d’étudiants. Et c’est précisément dans cette école située à Togbin, en bordure de la mer dans la commune d’Abomey-Calavi que l’artiste me reçoit. Il s’agit comme vous vous en doutez, du comédien, scénographe et metteur en scène béninois, Alougbine Dine. En homme averti du premier art, l’homme parle de l’état de santé actuel du théâtre béninois, dévoile les ambitions de son école et révèle en exclusivité, sa toute prochaine création théâtrale.

L’Evénement Précis: Vous qui avez fait le tour du monde grâce à votre talent de comédien, aujourd’hui revenu au bercail, quel commentaire faites-vous par rapport au niveau actuel du théâtre béninois ?

Alougbine Dine: J’ai noté qu’aujourd’hui au Bénin, le théâtre se meurt. Non pas parce qu’il manque d’acteurs. Mais simplement parce que ces acteurs là sont confrontés à de graves problèmes de survie. Et là, ils sont obligés de faire plutôt du cinéma au lieu du théâtre. C’est bien dommage donc que le théâtre en tant qu’art vivant soit diminué de cette façon.

Pour les novices, quelle différence faites-vous entre le théâtre et le cinéma ?

Ecoutez, le théâtre comme je l’ai dit tantôt est un art vivant. Et le cinéma, lorsque vous réalisez un film, il peut être montré pour toute l’année. Alors que le théâtre, il est éphémère. Pourquoi dit-on qu’il est un art vivant ? Juste parce que ce sont des spectateurs qui sont là pour voir et vivre ce théâtre. Il y a donc une communication directe, de chair à chair entre les spectateurs et les comédiens sur scène. Or le cinéma, c’est un film que l’on réalise et que les spectateurs suivent tout simplement.

Vous avez tantôt dit que les hommes du théâtre ont abandonné le théâtre pour des problèmes de survie. Expliquez-vous ?

On ne peut pas parler d’abandon en tant que tel. Le problème au théâtre, c’est parce qu’il n’y a pas de lieu de diffusion. C’est le centre culturel français qui constitue au Bénin, le lieu par excellence de présentation du théâtre. Et là, quand tu crées un spectacle, ils ne peuvent pas de présenter plusieurs fois. 3 fois de programmations pour une seule personne, c’est déjà à leurs yeux une faveur énorme. Or, en réalité, on ne monte pas un spectacle pour le jouer une seule fois.

On le fait plusieurs fois, le minimum, c’est 20 fois qu’on peut présenter un spectacle. Autrement dit, il va falloir construire beaucoup de lieux de diffusion de nos spectacles afin que le théâtre puisse réellement exister et ne pas battre de l’aile comme c’est le cas actuellement.

S’il vous était donné de faire quelques propositions pour redonner véritablement vie au théâtre béninois. Que diriez-vous en tant qu’acteur de cet art ?

La toute première et grande proposition que je ferais, c’est d’abord la formation et ensuite la diffusion. Evidemment, je vais mettre au milieu la création. Il s’agira donc de mettre un point d’honneur sur la formation, la création et la diffusion. A mon avis, ce trio là que je viens de proposer est incontournable si réellement nous voulons développer le théâtre. C’est un maillon important dans la culture. La diffusion, cela suppose la création des lieux de diffusion fonctionnels qui feront que lorsqu’un spectacle est créé, il pourra être joué au moins une vingtaine de fois.

Et là, ça peut participer à l’éducation du peuple. C’est bien cela qui peut engendrer un développement réel. Parce que, si le public est habitué à voir des spectacles, cela élève le niveau culturel des populations. De toute façon, ça doit pouvoir toucher la jeunesse. La médiation en matière de théâtre touche beaucoup la jeunesse.

Et c’est jeunesse là, pour qu’elle soit une jeunesse responsable, il faut l’habituer à voir des spectacles et singulièrement le théâtre ? Puisque le théâtre est un réel vecteur de développement culturel dans tout pays. C’est pourquoi il est indispensable que notre Etat puisse mettre en place, des instruments de diffusion de spectacles fiables comme il y avait eu pendant la période révolutionnaire.

 Je veux faire allusion aux lieux de diffusion dans l’Atlantique et dans le département du Borgou. Du coup, à l’époque, tout le monde essayait de faire des spectacles acceptables à ces lieux là. Seulement qu’à cette époque, on jouait les spectacles une, deux ou trois fois seulement. Mais ça permet de faire en sorte qu’un spectacle qu’on programme reste sur la fiche pendant un, deux voire trois mois pour qu’il soit vraiment vu par la majorité des spectateurs.

En tant qu’acteur du théâtre, vous avez créé dans votre pays, l’Ecole internationale du théâtre du Bénin (EITB). Quelles garanties donnez-vous à ceux viennent faire cette école par rapport à la reconnaissance par les autorités compétentes des diplômes qu’ils auront acquis dans votre école ?

Ecoutez, je tiens à préciser que le théâtre n’est pas une affaire de diplôme. Evidemment, quand quelqu’un dit à ses parents qu’il va dans une école, on s’attend à un diplôme. A mon avis, le diplôme n’est la chose la plus importante. Pour moi, c’est ce qu’on en fait qui est important. Moi j’ai formé des gens à qui j’ai délivré de simples certificats.

Mais encore une fois, ce n’est pas ça qui compte. Lorsqu’on veut te distribuer pour un rôle, on ne te demande pas de diplôme. Si on te met à l’épreuve, tu planches, l’on te recrute. Et c’est cela le vrai diplôme. Toutefois, il serait bien qu’on ait des diplômes. Et c’est justement pourquoi l’Ecole internationale du théâtre du Bénin, après avoir formé deux promotions, s’engage résolument à mettre en place, des licences professionnelles en matière d’art vivant.

Pour que les gens aient un parchemin en sortant de cette école. Pour les trois ans à venir, nous allons mettre en place le Conseil pédagogique international pour valider ces licences professionnelles. Nous ferons également une demande au CAMES pour que ces licences que nous comptons mettre en place soient reconnues.

Nous allons bientôt recruter un Directeur qui est Docteur en Art ou en Lettres pour qu’il puisse diriger l’école dans les normes qu’exigent l’Etat et les institutions au niveau du bureau international afin de faire les choses comme cela se doit. Ceci étant, la prochaine promotion, la 3ème de l’école puisse sortir avec des Licences professionnelles en théâtre.

Alougbine Dine, c’est une panoplie de pièces de théâtre jouée à travers le monde entier. On vous a dernièrement vu dans le film « Guélou, le Précipice » du réalisateur Serge Yéou. De votre regard d’homme du théâtre averti, comment appréciez-vous ce film cinématographique ?

Ça, c’est du cinéma. J’y ai joué un petit rôle que Serge Yéou a bien voulu me confier. Je ne peux pas me mettre à juger le film. Je puis dire néanmoins qu’il y a un cinéma qui se met petit à petit en place au Bénin. Souhaitons tout simplement que ce cinéma évolue au point de cueillir des palmes d’or. Je pense que les jeunes travaillent à cela. Je pense également qu’il faut beaucoup de recyclages, beaucoup de formations pour que ce cinéma ait vraiment la force de pouvoir mériter réellement le nom d’un vrai cinéma.

Avez-vous encore des perspectives d’avenir par rapport aux créations ?

Ah oui ! Je crois que dans le domaine de la création artistique, il y a beaucoup de promesses. Que ce soit dans les arts de spectacles ou dans les arts, il y a des choses très importantes qui se passent. Le seul problème, il faut arriver à les canaliser pour que cela évolue. C’est-à-dire beaucoup de formations, de créations, même orientées qui puissent engendrer des diffusions tant à l’échelle nationale qu’internationale.

Quel nom donneriez-vous à votre toute prochaine pièce théâtrale et quel sera le thème qui y sera abordé ?

Je viens du Burkina-Faso sur invitation du CITO, Centre international du théâtre de Ouagadougou où j’ai assisté à la diffusion d’une pièce de théâtre qui m’a vraiment séduit. Ma toute prochaine création sera une pièce de Bernard Marie Koltés dans la culture du coton qui au fait est écrite pour deux hommes, mais que je veux monter avec deux femmes.

 Il s’agit en fait du théâtre absurde. Cela parle du monde actuel qui semble perdu. Ce sont des personnages qui sans but, contrairement aux pièces des auteurs comme Senghor et autres. Les personnages sont donc perdus pour ainsi exprimer le chaos qu’enregistre aujourd’hui le monde dans tous les domaines.

Où aura lieu la toute première présentation de cette pièce ?

Ce sera ici, à l’EITB. Nous comptons transformer notre grande salle de travail en une salle de spectacle climatisée. Et nous ferons pourquoi pas des spectacles en plein jour. Nous voulons donc joindre l’utile à l’agréable pour lorsque les gens viennent à la plage, ils puissent passer peut-être passer une heure ou une heure 30 minutes pour regarder du beau spectacle.

Un mot pour conclure ?

Je dirai tout simplement que le théâtre soit. Et le théâtre sera.

Entretien réalisé par

Donatien GBAGUIDI

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