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Le triomphe de la vérité

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INVITE:Tôgbe Cyriaque Agonkpahoun, consultant en aménagement du territoire et développement régional, Invité de l’émission « Zone franche » du dimanche 17 juillet 2011,« Que les politiques sachent que nous sommes fatigués de vivre sur un territoire déréglé »


Tôgbé Cyriaque Agonkpahoun, une approche révolutionnaire de la gestion du foncier urbain

Sur le plateau de Canal 3 Bénin, il assène la vérité toute crue. Quand il s’agit de parler de la gestion du territoire, Tôgbé Cyriaque Agonkpahoun est sans pitié. Il prend la parole pour ne plus la laisser. C’est avec beaucoup de difficultés que les animateurs de l’émission parviennent à le relancer sur certains aspects de la question : inondation, politique de la ville, immobilier, logement, décentralisation, profil des maires, rôle des partis politiques, lotissement, etc. Mais en résumé, il accuse tout simplement. L’Etat, les maires, les députés, le simple citoyen… Tout le monde est à la barre. Un débat intéressant qui réveille les sens et stimule la réflexion sur la gestion du territoire. Juste un appel à un examen de conscience. Surtout de la part de ceux qui ont le pouvoir de décider au nom du peuple et pour le peuple.

L’inondation à Cotonou

Tôgbe Cyriaque Agonkpahoun: C’est l’augmentation du volume d’eau au niveau de la rivière qui nous inonde à Cotonou. Il y a des quartiers dans lesquels c’est quand il y a crue que l’eau envahit les maisons et inonde même les voies. Il en est de même pour l’eau de pluie qui ne s’évacue pas du fait de l’obstruction des canaux d’écoulement. Je crois que les observations à Cotonou sont bien précises. Ce sont les solutions qu’on n’arrive pas à opposer.

Le niveau de Cotonou est plus bas que le niveau de la lagune. Mais il y a des ouvrages de rehaussement de la berge qu’on peut réaliser. Il s’agit d’une question de protection de secteur. Ce sont donc les milieux inondables. Si on réalise donc un ouvrage de protection de la berge, cela peut protéger un temps soit peu Cotonou.

Les zones concernées par l’inondation à Cotonou

Je n’ai pas la carte géographique de Cotonou. Mais je sais qu’il y a des quartiers sensibles qui sont inondés. Généralement, ce sont des bassins. Et ces bassins, au lieu de communiquer avec la lagune, ne le sont pas. Ce sont en réalité des zones qui ne devraient pas connaître l’urbanisation. Mais elles l’ont été par laxisme. Si les gens se sont installés anarchiquement et qu’on les laisse, je pense qu’on les y encourage. Il faudrait déjà se demander pourquoi ces gens-là se sont installés dans ces zones et manipuler plusieurs outils pour pouvoir les sortir de là.

Dans les zones où ils se sont installés, il y a possibilité de permettre à l’eau de circuler très facilement si on arrive à les adapter au type de construction qu’il faut. Tout dépend de comment l’on apprécie les aléas qui sont de plusieurs ordres. Il y a des aléas forts, moyens et les aléas faibles. On désigne par aléas, les chances de pallier aux risques. Le niveau de l’eau est compris entre 1 et 2 mètres : on constate que le courant est fort ou même moyen. Dans ce cas, on déclare la localité inconstructible. Beaucoup d’études ont été faites dans le milieu, mais on n’en a pas tenu compte.

Et c’est ce que nous aimons le plus au Bénin. Et c’est aussi là que je ne soutiens pas trop mes aînés. Parce que si moi, je m’évertue à faire des études, à élaborer un paquet de solutions, je dois amener les gens, tous travaux cessants à les mettre en application. Il peut arriver que même en cas d’aléas fort ou moyen, c’est-à-dire quand on est dans les limites de hauteur d’eau de 1 à 2 mètres, et que le courant d’eau est faible, qu’on permette de construire. Dans ce cas, ce serait suivant les prescriptions du Code d’urbanisme.

On peut permettre aux propriétaires de s’installer, mais leur demander d’ajourer leurs clôtures, c’est-à-dire de laisser des passages pour que l’eau traverse leur propriété. Les élus locaux peuvent eux-mêmes prendre les dispositions pour faire respecter ses prescriptions formelles. Quand je prends le décret portant création, attributions et fonctionnement des ministères, je me demande bien si les acteurs s’approprient réellement leurs écrits. Même au niveau des municipalités, il y a des unités qui s’en occupent.

Le cas Fifadji-Sainte Rita

Je dirai que c’est tout simplement le laisser-aller qui fait que les gens construisent et s’installent anarchiquement dans ces zones. L’exemple de Fifadji est bien indiqué. Ce sont des ouvrages qui sont des obstacles à la circulation de l’eau. Il n’y a rien à faire. Il faut les dégager sauf si leur installation rentre dans les dispositions que j’avais mentionnées. Aujourd’hui, le système d’assainissement est essentiellement composé de pavés et de caniveaux.

Des caniveaux qui peut-être ne fonctionnent pas ainsi que des collecteurs qui fonctionnent comme des bassins. Ils sont tout le temps dans l’eau. Normalement, un collecteur doit être sec à un moment donné. Mais on constate aujourd’hui que l’eau stagne dans certains caniveaux et bassins. Cela pose le problème de l’inadéquation des ouvrages (Bassins, collecteurs ou caniveaux) aux réalités des zones à risque. Il y a des systèmes où l’ouvrage capte l’eau et la fait circuler très librement.

Le management de l’eau

L’eau de pluie mérite aujourd’hui non seulement d’être gérée, mais également d’être managée. Il faut pouvoir adapter les ouvrages qu’il faut. Et ce sont des ouvrages qui sont très légers qui peuvent permettre à l’eau de circuler. Je crois qu’à Cotonou, on peut commencer par oublier un peu les caniveaux pour régler le problème. Là où les gens se sont installés, il faut réussir à les dégager. De toutes les façons, il faut qu’on commence par associer aujourd’hui nos programmes d’aménagement, d’urbanisme aux enjeux du développement durable.

 Le développement durable en aménagement aujourd’hui proscrit trop de caniveaux. Au niveau local, une solution n’est pas possible. Nous sommes d’accord que c’est quand il y a pluie que Cotonou est menacée. Cela voudra dire qu’en saison sèche, les endroits inondables ne sont pas inondés. Ceci implique que quand il y a pluie, l’eau ne circule pas.

Ce qui veut dire qu’il faut dégager ceux qui bloquent la circulation de l’eau. Le problème aujourd’hui, ce que beaucoup n’aiment pas entendre, c’est que nous ne relisons pas notre code d’urbanisme. Si nous le faisons, on devrait à chaque fois les toiletter pour les adapter aux réalités du temps comme c’est le cas pour la loi des finances.

L’équivoque sur l’agenda spatial

Quand on parle de la relecture des textes de l’urbanisme, nos amis parlent de l’agenda spatial. Je préfère maintenant lever le doute. L’agenda spatial n’a rien à voir avec le code d’urbanisme.

La construction des bassins

Le bassin peut ne pas se construire sur une profondeur. La profondeur peut être convertie en largeur, en longueur et permettre toujours d’accueillir le même volume d’eau escompté. Les bassins sont aussi des ouvrages qu’il faut curer. Si nous-mêmes nous allons jeter des ordures dans ces ouvrages, c’est que nous contribuons à ce qui nous arrive. Il faut maintenant que l’effectif de la Police environnementale soit augmenté afin que les gens veillent à ces choses-là. Je me rappelle bien que quelqu’un avait dit du bassin qui longe la voie de Houéyiho que cela participe au décor de la localité.

Cela veut dire qu’il ne maîtrise pas le fonctionnement de cet ouvrage. Il faut donc bien sensibiliser les populations sur l’utilité des ouvrages afin qu’ils ne soient pas abîmés. Nous fabriquons beaucoup d’outils mais nous ne veillons pas à leur durabilité. Il faut commencer par établir des plans de prévention des risques d’inondations. L’avantage, c’est que ces plans ont pour objectifs d’identifier les zones inondables, de rechercher les mesures de prévention et de sauvegarde. Si ces documents existent, je crois qu’aisément, on pourra résoudre le problème d’inondation.

Il y a plusieurs manières de régler la question des inondations. Cotonou reçoit l’eau. Il y a deux grandes familles de protection. Il y a donc les types de protection rapprochés c’est-à-dire rehaussement de la berge, la construction des bassins et consorts et les types de protection éloignés. A ce niveau, je pense qu’il faut qu’on sprenne par exemple les milliards qu’on investit à Cotonou pour aller construire des ouvrages d’irrigation dans le Nord et qu’on développe des consommateurs d’eau de pluie. Ceci permettra de régler le problème depuis l’origine.

 On peut développer également l’énergie électrique à partir de ces bassins. C’est pourquoi je dis que le problème d’inondation aujourd’hui n’est plus à régler uniquement à Cotonou. Il faut le faire dans tout le Bénin. Cela a un coup et je pense qu’on doit maintenant classer les choses par ordre de priorité. Notre priorité aujourd’hui au Bénin, c’est de construire de grands bâtiments, de s’acheter de jolis véhicules. Il faut qu’on sache désormais ce que nous voulons. Investissons maintenant dans le développement durable.

Des propositions d’Expert au gouvernement

J’ai souvent toujours fait des reproches par rapport à la multiplicité des textes que nous avons. J’ai suggéré par exemple dans ma dernière publication, la tenue d’une table ronde pour que nous échangions nos expériences entre juristes, aménageurs, ingénieurs, urbanistes et les acteurs des différents domaines apparentés à la gestion du territoire. Si je prends l’exemple de l’agenda spatial, je note qu’il y a des gens qui ont réfléchi.

 J’ai fouillé et j’ai constaté qu’il n’y a que 30 personnes qui se sont réunies à Lokossa pour échanger leurs idées. Je pense que c’est insuffisant. Je ne maîtrise pas les textes de l’administration en la matière. Mais je crois que quand on veut se préoccuper d’une question aussi sensible, il faut associer plusieurs experts. Il faut les inviter à se retrouver ensemble pour qu’il y ait des retours d’expériences, d’échange d’expériences.

Dans les pays développés, on adapte les formations aux réalités du moment. Ce qui veut dire que le jeune aménageur d’aujourd’hui est qualifié pour aborder les questions liées à l’aménagement qui se posent. Ensemble avec les anciens, il pourra donc trouver les solutions qu’il faut aux problèmes posés à un moment donné.

Il est aujourd’hui très urgent qu’on relise les textes qui régissent l’occupation du sol au Bénin et qu’on explique aux gens ce que signifie le sol constructible donc susceptible de recevoir des constructions. Cela a trop d’avantages. Et quand on rentre dans la catégorie de permis en matière du territoire, cela part déjà du permis d’aménager pour les lotisseurs, du permis de construire et aboutit au permis de démolir.

Les autres villes à risques

Il y a aujourd’hui des quartiers en déperdition. J’avais fait un tour dans un quartier à Porto-Novo et je ne l’ai plus reconnu. J’ai une petite maison dans ce quartier. Il y a cinq ans, je traversais une voie pour y accéder. Mais aujourd’hui, cette voie a disparu. Cela veut dire que le quartier est en ruine. Nos villes sont mal construites donc. C’est pourquoi j’insiste sur l’actualisation des textes et l’adoption des polices ou outils nécessaires pour la rénovation urbaine. Il y a des devoirs auxquels on ne peut pas déroger lorsqu’on veut construire.

 Avant toute construction donc, je me manifeste d’abord à l’autorité locale. Celle-ci m’autorisera sur la base d’un dossier constitué avec l’aide d’un Cabinet d’architecture. Celui-ci vérifiera si le dossier est conforme aux prescriptions du code d’urbanisme. Il est recommandé aux propriétaires de toujours disposer dans leur concession, d’un jardin domestique pour lequel on pourra consommer l’eau de pluie.

L’occupation de la parcelle constructible

J’avais développé une logique entre temps pour dire que les béninois ne doivent construire que sur 60% de leur domaine. C’est normal. C’est ce qui se fait un peu partout ailleurs. Mais au Bénin, on est un peu muet là-dessus. Mais ça peut aussi venir avec l’inondation. Parce qu’il faut chercher à consommer l’eau de pluie que sa maison produit sur place. Et il y a des ouvrages pour les consommer également.

Si j’étais élu local, personne ne peut construire sans disposer d’un jardin par exemple chez lui. Vous ne pouvez pas occuper tout le terrain. Vous savez pourquoi ils font ça ? Parce que la parcelle coûte chère à Cotonou. En l’espèce, il y a ce qu’on appelle versement pour sous densité et versement pour surdensité. Il faut penser à cela. Si celui qui veut occuper toute la superficie du sol sait qu’il y a des taxes à payer, il ne fera pas. Celui qui a une très grande parcelle et qui sait qu’il est contraint par les règles d’urbanisme et de la construction, il restera dans les limites.

Parce que le code de l’urbanisme prévoit ça. En ce qui concerne les dispositions de modifications. La maison était peut-être destinée à une habitation et je veux la transformer en restaurant, je dois retourner voir l’autorité et changer la destination de l‘immeuble. Si c’est une zone où les prescriptions n’ont pas prévu abriter un magasin et que l’on s’entête, il est clair que des problèmes d’insécurité se posent parce que pour une zone dortoir par exemple, le type de sécurité n’est pas identique quand il s’agit d’une zone commerciale ou autre pouvant abriter un magasin.

Des jardins domestiques indispensables

Il faut un jardin domestique et il faut aussi utiliser l’eau de pluie qu’on reçoit chez soi. Je crois qu’il faut rendre les jardins domestiques obligatoires pour maîtriser l’eau de pluie qui tombe. Tout ça, c’est des moyens pour pallier la question de l’inondation. Et ç’est l’avantage du permis de construire. Ça permet aussi aux mairies de mobiliser des ressources. Aujourd’hui, on tend à dire que les anciens n’ont pas accordé de l’importance à la gestion du territoire. Mais voulez-vous que d’ici 2050 nos enfants disent encore que nous avons critiqué les anciens et que nous n’avons rien fait ? C’est important de léguer un Bénin durable à nos enfants

La politique de la ville

J’avais dit la dernière fois qu’on ne peut pas résoudre le problème d’inondation à Cotonou sans l’associer au concept de faire de la politique de la ville. C’est une politique qui consiste donc à régler un certain nombre de problèmes dans une localité. Quand on regarde les décrets créant les ministères, définissant les attributions du ministère, il y a tout ça mais c’est que ça ne se fait pas. Avez-vous jamais entendu parler d’un Chef projet ou d’une direction chargée de la politique de la ville ? Quand je parcours les villes du Bénin, je me dis que c’est une illégalité généralisée.

En réalité si je quitte Cotonou, je dois reconnaître Cotonou comme une grande ville et Tanguiéta comme une ville à échelle réduite mais pas une ville qui va carrément se démarquer. Ce n’est pas des villes. Il y a une illégalité généralisée et tout est concentré à Cotonou. Il faut une politique de la ville pour renforcer les autres localités et pallier dans ce cas les autres maux. Les architectes savent qu’ils ont du boulot sur toute l’étendue du territoire national. Il faut des architectes partout. Vous voyez comment aujourd’hui il y a les pharmacies dans chaque localité.

 Tout est bien organisé et il y en a partout. Il faut que les cabinets d’architecture se rapprochent des populations. Il faut que l’élu local sache à combien délivrer le permis de construire. Et si les gens arrivent à construire, il faut déclarer d’utilité publique ces trucs-là obligatoirement avant de construire. Ça va tout régler , même les questions d’inondation. Il faut savoir quand est ce que le monsieur veut s’installer et ne pas avoir peur d’appliquer les sanctions pénales. C’est le rôle de l’élu. Maintenant, la question qu’il faut se poser est de savoir si tous les élus arrivent à comprendre les textes et leur application.

Immobilier et logement

Il faut pouvoir faire accéder à tous des logements. Il faut que l’Etat impose aux promoteurs immobiliers de faire plusieurs typologies de logements pas seulement de la promotion. Il y a trois types de logements qu’il faut pouvoir faire. L’Etat doit pouvoir dire aux promoteurs qu’ils doivent construire des logements avec au moins 20% de logements sociaux. Le reste peut être vendu au prix souhaité par le promoteur.

Il y a des logements sociaux locatifs de longue durée. Il y a des logements sociaux locatifs à coût maîtrisé avec accession à la propriété et il y a des logements en promotion. Parce qu’en fait, pour lutter contre la corruption dans un pays, il faut réussir à combattre ces détails de logement parce que le souci de tous les béninois, c’est d’avoir leur maison. Moi, quand je vois le problème de logement, je vois qu’on nous vend des produits plus chers.

Il y a le type de construction. Aujourd’hui, on occulte les enjeux de développement durable chaque fois que nous faisons nos constructions. Il arrivera un moment ici où nous allons construire et on ne pourra pas habiter. Il y a les matériaux qu’il faut voir. Je ne parle pas nécessairement des matériaux locaux, mais plutôt de l’amélioration des techniques de construction pour que les Béninois aient des logements à moindre coût.

 Ce sont des difficultés réelles qu’ont les Béninois pour se loger. Les questions de logement, ça se pense. On doit déjà réfléchir avec les futurs propriétaires et chacun exprime ses besoins et il faut recueillir les critiques des gens. Il faut les associer à l’initiative de construction de bâtiments sociaux. Il doit par exemple avoir une association de consommateurs.

Les insuffisances de la décentralisation

La question de décentralisation a été pensée par les experts. Mais il y a un petit lobbying à relent trop politique autour de ça. Nous n’avons pas pensé cela lors de l’élaboration des textes qui fondent la décentralisation. J’ai lu dans un document que le maire doit seulement savoir lire et écrire. Je donne raison à l’Etat qui n’a pas pu transférer les compétences à nos mairies. Il faut transférer à qui ? Mais, comment le maire va comprendre les textes qui le régissent dans sa fonction ?

 Si nous aimons notre pays, nous devons, même si les textes exigent du maire ou de l’équipe communale de savoir lire et écrire seulement leurs nom et prénoms, faire en sorte que le maire dispose obligatoirement d’un certain nombre de compétences techniques. Ils doivent pouvoir analyser eux-mêmes les problèmes. Il faut travailler à résoudre les problèmes à la base. Il faut que le maire puisse connaître le problème. C’est là que je salue l’agenda spatial. Moi, j’ai fouillé certains plans de développement local et j’ai vu que c’était les mêmes choses.

C’est du copier-coller. Il en est ainsi par exemple du Pdc de la commune de Glazoué dans lequel on a trouvé dans certains passage « commune de Savè » alors qu’on parle de Glazoué. Heureusement que ça a été corrigé. C’est une pratique qui est généralisée. Je salue aussi les partenaires qui nous soutiennent beaucoup dans nos actions

Profil de l’équipe dirigeante communale

Cotonou aujourd’hui a quel problème ? C’est la lutte contre les inondations et la préservation du territoire et de son étendue qui préoccupent Cotonou. Je prends Zogbodomey par exemple. C’est une commune qui n’a pas les mêmes problèmes comme Cotonou. La composition de l’équipe communale doit viser un peu les besoins de la commune et ça peut générer des économies pour la mairie. Au lieu que le maire ou le premier adjoint veuille négocier quelque chose dans le secteur de la santé, et se fasse accompagner d’un conseiller technique du domaine, lui seul peut le faire.

Si par exemple nous faisons un classement des besoins classiques au sein de la mairie, comme les questions de l’éducation, de la santé, de l’agriculture, de l’énergie, de la préservation de l’environnement qui sont des questions préoccupantes, c’est une priorité. Au sein des partis même, on doit se dire qu’il faut que les compétences soient mises en œuvre au sein de l’équipe communale. Faire en sorte que les spécialistes de telle ou telle chose soient à la place qu’il faut afin que tous les aspects que je viens de citer soient représentés dans l’équipe communale.

La responsabilité des partis politique dans le développement local

Qu’est ce qui justifie les personnes élues ? C’est la liste proposé par les partis. C’est la liste. Si le parti sait que demain nous allons nous réjouir pour dire nous sommes un parti qui travaille pour le développement local, ce n’est pas un problème. Ce parti ira dans ce sens en tenant compte des priorités.

Malheureusement, on fait trop de politique. Je constate que même vous les journalistes, vous êtes des politiciens cachés. Oui, acceptez qu’on le dise. Il faut qu’on évite de patauger au sein des partis. Moi je veux que ça change, que les partis se normalisent et qu’ils aient une feuille de route bien tracée pour mieux penser réellement aux tâches qui leur incombent. Je suis Béninois et je sais comment ça se passe. Pour la précédente législature vous avez vu ce qui s’est passé. Celle qui est là maintenant, j’avoue qu’il y a de nouvelles têtes qui peuvent réfléchir.

Il y a assez d’intellectuels à moins qu’on ne les laisse pas réfléchir réellement et qu’on les oblige à ne faire que la politique des coups bas. Il faut qu’on en parle puisque je crois que les vrais problèmes sont là et on tourne autour du pot.

Défis pour les prochaines élections communales et municipales

Il faut qu’on en parle et qu’on en parle suffisamment. Il faut qu’on oublie de dire partis politiques et qu’on dise partis de développement. Si on veut dire développement, il faut qu’au sein des partis, on organise les élections primaires pour sélectionner ceux qui peuvent vraiment faire le travail.

Si vous voulez savoir ma position selon ma localité d’origine qui est Zogbodomey, cela ne me gêne pas de participer à concrétiser mon approche si les gens ont les mêmes ambitions que moi. Ça ne me gêne pas si les gens partagent la même vision que moi. Les problèmes de Zogbodomez ne peuvent être réglés que par les enfants de Zogbodomey. Mais, c’est comme si vous me confiez le secteur de l’énergie. Ce n’est pas mon métier.

 Si j’étais élu conseiller communal et que la mairie a de maigres moyens, il faut que j’aille voir un bailleur quelque part pour négocier son appui, je dois me faire m’accompagner d’un spécialiste dans le domaine. Ça va alourdir le budget de la commune. C’est pour cela que le choix des élus selon les profils et les besoins est indispensable.

Vos rapports avec les élus locaux de votre localité

Chaque fois que j’ai l’occasion, j’aborde le sujet avec les élus locaux, pas seulement avec ceux de chez moi. La dernière fois par exemple, j’ai eu des échanges très fructueux avec le maire d’Avrankou dans le cadre d’un projet. Je m’excuse de ne pouvoir pas détailler. Chez moi chaque fois que je rencontre le maire c’est vrai qu’on ne se rencontre pas souvent mais chaque fois qu’on se voit, on échange. J’ai même dit quelque chose sur Zogbodomey en décembre où j’ai critiqué les lotissements qu’ils font. Je crois que c’est au temps de l’ancien maire.

 Ils ont fait des lotissements, ils ont battu campagne à la télévision, je crois qu’ils sont passés par la chaine nationale et aussi par votre chaine pour dire qu’il faut aller acheter des terres parait-il à 300.000f ou 150.000f. Est-ce que c’est bon. Je ne sais pas si vous avez prévu qu’on parle du lotissement. En tout cas moi je ne sais pas. Les spécialistes qui étaient sur votre plateau la dernière fois ont peut-être oublié de le dire : on ne lotit pas tout un territoire à la fois. Un lotissement est pour un projet précis. Ils ont certes oublié d’ajouter ça. Zogbodomey a été en grande partie vendu.

Sortir trois millions à Cotonou pour une parcelle lotit, ce n’est pas évident. Mais avec trois millions vous avez une dizaine de parcelles à Zogbodomey. Vous ne pouvez pas tout construire à la fois. Or, il y a les contraintes du code de l’urbanisme qui vous dit de mettre votre parcelle en valeur déjà dans les six mois après l’achat. Même si vous achetez six ou dix, vous devez tous mettre en valeur. C’est cela le lotissement perçu comme un outil de développement. Quand on veut faire du lotissement, c’est quelque chose de sérieux. Mais on ne lotit pas au Bénin. On fabrique des terres seulement.

Ils ont fait tout ça chez moi à Zogbodomey et c’est pourquoi j’ai dit que c’est grave. Celui qui est allé acheter à 300.000f, il va acheter au moins 10 sans avoir le souci de leur mise en valeur. Le maire est capable de réguler tout ça. Si vous avez quelque chose à vendre, une parcelle ou l’immobilier par exemple, la première personne à qui vous devez vous adresser c’est l’autorité locale. Il y a des codes pour l’immobilier et c’est indéniable. Mais, on fait tout dans l’irrégulier. Celui qui a acheté 10 parcelles à Zogbodomey va les laisser pour des années et tout ça fait que Zogbodomey ne décolle pas.

Le vrai lotissement selon ma définition, c’est fabrication de terre constructible et non les parcelles à mettre en jachère. Il y a le risque de spéculation. Si moi par exemple je n’arrive pas à m’acheter une parcelle à Cotonou, vous voulez que mes enfants y arrivent ? On cultive la corruption puisque le gars sait que même en 30 ans de service que ce soit dans le public ou le privé, son salaire ne peut pas acheter une parcelle et construire. Il va voler s’il a le souci de construire. Si les maires prennent la peine de bien fabriquer des terres constructibles je suis convaincu qu’ils auront des réserves pour la jeune génération. Donc quoi qu’en soit les circonstances, il faut l’homme qu’il faut à la place qu’il faut, mettre en valeur les compétences.

Moi je préfère qu’on ait une ville pilote, qu’on dise mais voilà ce qu’ils ont fait là-bas et ensuite s’en inspirer. Moi je sais que j’exerce un métier qui n’est pas trop répandu et je sais qu’il y a de nouvelles méthodes dans le processus de morcellement des terres qu’on peut exploiter. Sinon avec tous les problèmes que les gens rencontrent avec le lotissement, moi je dis que c’est la manière dont nous faisons le lotissement qui arrière nos localités. Il faut confier cela à un aménageur et c’est à lui de prendre une équipe qu’il juge compétente. C’est à lui d’aller voir peut être sa banque pour financer le projet et aider la mairie à avoir le nombre de terres souhaité.

Si nos communes veulent vraiment accéder au développement, qu’ils mettent dans leur programme et en première position, la ligne de rachat de patrimoine foncier ou immobilier. C’est-à-dire, notre maison qui est en ruine sur la voie, la mairie peut l’acheter et prétendre que ça constitue un danger pour les populations, soit on réhabilite soit on démolit pour exploiter l’espace à d’autres fins. Il y a un urbaniste qui est venu parler la dernière fois du coefficient de réduction pris entre 35 et 45 %. Je trouve son expérience très bien.

 Je suis sûr qu’il n’est pas resté au Bénin pour connaître ça. Avec les exemples de Lomé et Accra au Ghana, c’est rigoureusement fixé à 50%. Les voiries et les infrastructures socio-communautaires tout calcul fait tournent autour de 17% de la superficie lotie. C’est vrai qu’il disait 20% mais c’est déjà bien puisque l’Etat maîtrise au moins les procédures. Je reviens là-dessus pour dire qu’on ne fait pas de lotissement pour des projets à venir. On ne sait pas ce qui va venir. L’Etat et les communes ne doivent pas fonctionner de la même manière. Si moi j’étais maire de Zogbodomey, Malanville, ou je ne sais où, je vais constituer des réserves pour l’avenir.

 Ces réserves doivent servir à satisfaire les projets d’intérêt général émanant de l’Etat central et les projets locaux pensés par les collectivités. De ces réserves, on peut aussi régler les besoins en foncier des générations futures à travers des morcellements-vente de terre constructible. Et c’est cela le développement durable dans le lotissement, gage de palliatif de la spéculation foncière. Dans tous les cas faire un bilan de lotisseur pour informer la population afin d’être l’abri des critiques.

Le bilan lotisseur doit renseigner sur le solde de parcelles après avoir satisfaire les divers propriétaires ainsi que les équipements collectifs. Le solde obtenu ne peut être estimé en nombre de parcelles mais une superficie et on immatricule c’est-à-dire scellée juridiquement. C’est une zone urbaine mais pas une zone urbanisée. Elle ne sera lotie que lorsque le besoin se fera sentir tant pour l’Etat que pour la jeune génération.

Quoi retenir

Pour conclure, je voudrais d’abord saluer vous les hommes de la télé pour l’initiative puisque de moins en moins, vous épargnez les questions politiques pour prioriser les questions de développement et je ne peux que vous encourager ainsi que ceux qui vous accompagnent dans ce processus. En résumé, vous avez dit tout à l’heure que chacun réfléchit dans son coin mais est animé de l’idée de développer.

J’avais parlé d’une table ronde. L’Etat ou ceux qui veulent, peuvent s’approprier l’idée et m’associer. Cette table ronde nous permettra d’échanger. Ce sera l’occasion pour moi de partager mes idées et mes expériences avec les autres et recevoir d’eux aussi. La question d’agenda spatiale en cours de formation, quand je vois cet agenda, je crois que ce ne sera pas prêt d’ici deux ans parce qu’il y a des séances de restitution, d’approbation, d’adoption, des séances de sensibilisation mais en attendant, que l’Etat investit très urgemment dans la relecture du code de l’urbanisme et de la construction.

Je vois que ça préoccupe les autorités puisque le lancement a été fait par le Premier ministre Koupaki. Le Premier ministre peut aussi soutenir l’organisation de cette table ronde. Il faut qu’en sortant de cette table ronde là, nous nous entendions pour qu’on relise les textes en faveur des Béninois et pouvoir faire du Bénin non seulement un pays engagé dans un processus de refondation mais un pays de développement durable. Que les hommes politiques qui m’écoutent m’en excusent, moi je ne suis pas politique mais je suis pour la politique de développement.

 Que l’Etat, les députés, les hommes politiques qui doivent nous façonner les règles de bonne gouvernance, s’ils ne le font pas, qu’ils sachent que nous sommes fatigués de vivre sur un territoire déréglé. Nous, notre contribution sera comme celle-ci afin d’accompagner le gouvernement.

Entretien réalisé par

A. P. Virgil HOUESSOU

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