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Le triomphe de la vérité

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Entretien avec le directeur du Centre africain de perfectionnement et de formation en journalisme (CAFPJ), Pascal Zountchémé:« En 10 ans d’existence, nous avons réussi à former des professionnels des médias et des gestionnaires des médias de haut niveau»


Le directeur du Centre africain de perfectionnement et de formation en journalisme (CAFPJ), Pascal Zountchémé

La problématique de la formation des journalistes constitue une préoccupation majeure en raison du rôle crucial de la presse dans le processus de développement d’une nation. Dans cet entretien, le Directeur du Centre africain de perfectionnement et de formation en journalisme (CAFPJ), Pascal Zountcheme parle de la contribution de son institution à l’édification d’une presse de qualité au Bénin, de la création d’une nouvelle école étatique de formation des journalistes et de ses perspectives.

L’Evénement Précis: Quels sont les différents domaines d’interventions du Centre africain de perfectionnement et de formation en journalisme ?

Pascal Zountcheme : Le Centre africain de perfectionnement et de formation en journalisme est une école supérieure de journalisme et de communication. Cette école a démarré ses activités effectivement en octobre 2002 et a ouvert les filières journalisme, communication et management des médias.

 Au départ, le CAFPJ formait dans les filières journalisme et communication et plus tard, nous avons démarré la formation en management des médias. Le journalisme s’apprend chez nous en trois (03) spécialités. La première spécialité est la presse écrite et agence de presse, la deuxième la radio et la troisième la télévision. Nous sommes une école de la profession ça veut dire que nous sommes une école de journalisme.

Et de ce point de vue, les étudiants qui viennent au CAFPJ pour apprendre le journalisme l’apprenne d’abord dans son entièreté ça veut dire que quand bien même vous avez la spécialisation, vous êtes aptes à exercer dans tous les ordres de médias. Lorsque vous êtes journaliste presse écrite et agence de presse, vous êtes capable de travailler également à la radio comme à la télévision. Ça veut dire que nous avons d’abord un tronc commun et après suit la spécialisation.

En dehors du journalisme, nous avons la communication avec différentes spécialités. Et au niveau de la communication, nous formons exclusivement au diplôme de Master en communication. Nous admettons dans ce cycle les titulaires d’une Maîtrise ou d’un diplôme équivalent. La formation de Master en communication spécialisée offre la possibilité de se spécialiser en communication politique, communication publique, organisationnelle ou communication sociale de santé, etc.

En ce qui concerne le management des médias, nous avons estimé qu’après un certain nombre d’années consacré à la formation des journalistes, il fallait ajouter le volet gestion des médias étant donné que nous formons des journalistes qui évoluent dans des entreprises dont les gestionnaires ne comprennent pas très bien le fonctionnement de leur propre entreprise.

 C’est pour cette raison que nous avons démarré la formation en management des médias pour doter la presse béninoise et la presse africaine en général des gestionnaires qui leur font défaut. Donc, la première promotion a été admise ici en 2008 et nous nous réjouissons que d’anciens étudiants de cette école ayant reçu la formation de Master international en management des médias soient aujourd’hui dirigeants d’instances ou d’organisations professionnelles de la presse.

 Ceux qui ne sont pas responsabilisés au niveau d’une institution ou d’une organisation professionnelle gèrent mieux qu’avant leur entreprise. Ce sont des témoignages que nous recevons tous les jours et qui nous comblent. Ça veut dire que l’objectif est atteint d’autant que nous voulons former des patrons de presse capables de faire évoluer leur entreprise.

Quelle était au départ l’ambition des promoteurs du Centre Africain de Formation et de Perfectionnement en Journalisme ?

L’ambition du CAFPJ, c’est justement de renforcer les capacités des médias béninois et africains pour mieux faire face aux défis mondiaux. Donc, l’objectif de ce centre au départ était et demeure le renforcement des capacités de la presse africaine de façon générale en matière de formation, de recyclage, de perfectionnement, d’appui et d’assistance technique. Le CAFPJ offre, également, une assistance technique pour la gestion et l’autonomie des médias.

Après près de dix années d’existence, quel bilan pouvez-vous faire de votre parcours?

Le bilan peut se faire sur deux plans. Le premier plan, c’est par rapport aux ambitions de l’école. Par rapport à nos ambitions de former des professionnels des médias et des gestionnaires des médias de haut niveau capables d’appréhender tous les enjeux en matière de management des médias, en matière de traitement de l’information, nous pouvons dire que les objectifs sont atteints. Notre ambition a été comblée par le déroulement normal de nos activités.

 Ce n’était pas gagné d’avance que depuis bientôt dix (10) ans, nous soyons encore sur place et qu’on soit toujours en train de mener une telle activité du moment où c’est une école qui ne bénéficie d’aucun appui institutionnel. En ce qui concerne le deuxième aspect, l’école évolue dans un environnement où les institutions publiques qui devraient appuyer l’école se retrouvent être quelque part distantes de l’école. Mais, ce n’est pas la faute de ces institutions ; c’est la faute aux personnes qui sont à la tête de ces institutions.

Ces personnes n’ont pas perçu l’intérêt pour notre pays d’abriter un tel centre. Le CAFPJ est un centre d’excellence en matière de formation des journalistes sur le continent africain. La preuve, en 2010, notre école a été distinguée meilleure grande école de l’espace UEMOA en décrochant le Grand prix du mérite académique reçu à l’Université de Lomé au Togo. Je crois que c’est un honneur pour le Bénin d’avoir une si grande école.

Mais, la « béninoiserie » ne nous a pas permis véritablement d’asseoir un partenariat avec l’Etat béninois. Et je profite de cette occasion pour dire que ceux qui mettent les ‘’bâtons dans les roues’’ pour le CAFPJ n’ont qu’à cesser de le faire, parce qu’à un certain moment, nous serons bien obligés de monter au créneau et de dénoncer. Je le dis parce que, vous ne pouvez pas prendre en otage la structure ou le service public qui vous est confié pour servir l’intérêt général et se servir ou asservir en fonction des intérêts personnels.

Ceux qui se sont comportés comme ça vis-à-vis du CAFJP se reconnaîtront. Et nous sommes, dix ans après, décidés non seulement à dénoncer mais à révéler les entraves que nous imposent certaines personnes qui se retrouvent toujours à la tête d’importantes institutions de l’Etat.

Au plan africain, le CAFPJ a contribué à former de nombreux journalistes et dirigeants, nous continuons de le faire parce que certains partenaires comme Amnesty International de Londres, certains Etats comme le Gabon, le Togo, le Tchad et autres nous envoient leurs ressortissants, parce qu’il estime que le CAFPJ est une école de référence sur le continent.

Nous profitons de cette occasion pour les remercier et leur dire qu’ils ont fait le bon choix du moment ils ont choisi de former leurs citoyens dans une école de spécialité. On forme un médecin dans une école de médecine, un agronome dans une école d’agronomie et un journaliste dans une école de journalisme.

Le CAFPJ est une école de spécialité. Il a pu démontrer ce dont il est capable depuis bientôt dix ans. Nous nous réjouissons que les étudiants qui sortent de ce centre, soient d’excellents professionnels. Je ne le dis pas pour les flatter mais je le dis par rapport aux témoignages de leurs employeurs et de ceux qui les côtoient. Aujourd’hui, nous pouvons dire que le CAFPJ est véritablement une grande école. Nous formons les patrons de presse depuis bientôt trois ans et nous formons les journalistes.

 Les échos que nous avons sont très favorables et les gens sont contents d’être ici. Je voudrais au nom de l’école remercier tous les enseignants qui se sacrifient tous les jours en venons donner des enseignements de très grande qualité, contribuant ainsi à bâtir une Afrique solide et compétitive.

Notre reconnaissance va particulièrement au Président du Conseil scientifique et pédagogique du CAFPJ, le Professeur Adrien HUANNOU, un immense enseignant, référence irréfutable dans le milieu universitaire qui se sacrifie tous les jours dans l’espoir de « voir un jour naître, en Afrique, une presse d’excellence ». Pour ma part, je suis fière de contribuer très humblement au développement socio-économique du Bénin parce que le droit à l’information participe du développement économique.

Ne pensez-vous pas que le coût de la formation dans votre école soit un frein pour son accès à de nombreux jeunes béninois désireux d’apprendre le journalisme ?

Je voudrais d’emblée dire que l’accès à notre école n’est pas réservé à une catégorie de la population. Nous exerçons dans un domaine social notamment l’éducation. Et par conséquent, toute personne réunissant les critères définis par notre école peut s’inscrire. S’agissant du coût de la formation, par rapport à la qualité de la formation, je crois que le coût est extrêmement bas parce qu’une formation de ce niveau devrait coûter plus chère.

 Mais, nous tenons compte de la dimension sociale d’une école pour faire les sacrifices qu’il faut afin de donner aux apprenants une formation qui ne les écrase pas du point de vue financier. Il y a des structures se réclamant d’une certaine formation qui ont des coûts très élevés. Par rapport à cela, nous ne sommes pas du tout cher. Je voudrais ajouter que le CAFPJ est une école d’élite et non de masse. Nous voulons former les meilleurs de la profession, nous ne voulons pas former tout le monde pour venir dans la profession. Et l’Afrique aujourd’hui a besoin d’une presse de qualité et le CAFPJ s’inscrit dans cette voie.

Depuis quelques années, l’Etat béninois a décidé de la création d’une école de journalisme. Ne craignez-vous pas la concurrence induite par la naissance de cette école publique?

Nous avons été informés de la création de cette école par ceux-là mêmes qui nous mettaient les bâtons dans les roues et qui étaient à la tête de certaines institutions de l’Etat. De notre point de vue, c’est une bonne nouvelle d’apprendre que l’Etat décide de mettre en place une école pour former les journalistes. Donc, en soi, c’est une bonne chose. Le CAFPJ ne peut pas prétendre former tous les journalistes béninois parce que nous avons des critères d’admission, nous avons nos conditions que tout le monde ne peut pas remplir.

 Et vous savez que quand l’Etat créé, les conditions sont plus favorables. Je veux parler du point de vue financier et du point de vue sélection. Et l’objectif chez nous, c’est d’être une école d’élite et non de masse. La deuxième chose, le CAFPJ n’est pas une école béninoise, c’est une école pour l’Afrique. Et j’ai rappelé que le CAFPJ est une école de dimension internationale implantée au Bénin. Ça veut dire que nous ne sommes pas dans une position d’empêcher que des écoles locales ou nationales naissent. Au contraire ! Nous sommes une structure d’assistance technique aussi pour le développement des médias et la formation en Afrique.

De ce point de vue, lorsqu’on nous le demande, nous pouvons aider toute structure qui se réfère à nous. Ceci dit, je m’interroge maintenant en tant que citoyen. Est-ce que pour vingt (20) journalistes voire même cent (100), sachant qu’il y a une école de journalisme bien qualifiée qui fait une formation de très bon niveau, que l’Etat n’est pas encore capable de bien servir les entités de formation créées dans les universités nationales, que l’Etat soit obligé de créer une école de journalisme ? Nous sommes au 21ème siècle avec 51 ans d’indépendance.

L’Etat doit-il créer une école parce que suggérée par des gens qui ont quelque chose à gagner dedans ou parce qu’il y a une nécessité absolue? Il faut qu’on cesse de faire marches en arrière. Pour l’heure, l’Etat n’a pas les moyens de créer et de gérer une école de journalisme. Observez ce qui ce passe au Sénégal avec CESTI. Si le Sénégal n’a pas les moyens d’entretenir une école de journalisme, ce n’est pas le Bénin qui le fera.

Les étudiants béninois qui sont formés au CAFPJ sont formés pour la nation béninoise autant que ceux qui sont formés à l’ENAM. Ce qui veut dire qu’il est inadmissible de prétendre former des journalistes, d’améliorer la qualité de la presse et de former les gens dans n’importe quelles conditions. Cessons avec le jonglage et le népotisme. L’Etat est impersonnel. Ça veut dire que les individus ne doivent pas prendre en otage l’Etat pour faire ce qu’ils veulent. Imaginez que le CAFPJ soit une école où les salles de cours sont des paillotes.

Est-ce que l’Etat autoriserait le CAFPJ à démarrer ses activités. Je ne le pense pas. Et pourtant, le même Etat qui prétend former les gens, les met dans ces conditions-là. Je crois qu’il y a une réflexion profonde qu’il faut mener et je dis qu’il faut mener ces réflexions de façon globale pour tout type de formation au niveau de l’enseignement supérieur.

 Parce qu’il faut voir la nécessité et le côté indispensable. Aujourd’hui, je ne crois pas qu’il n’y a pas d’école au Bénin capable de former des journalistes. On peut attendre jusqu’à ce que l’Etat puisse réunir les conditions et ouvrir une véritable école publique de journalisme.

Le CAFPJ ne se retrouve pas du tout en position de concurrence avec quelle que école que ce soit parce que la vision n’est pas la même, l’ambition n’est pas la même et le type de formation n’est pas le même. On peut prétendre que c’est la même chose mais ce n’est pas le cas puisqu’il faut avoir existé 10 ans pour comprendre qu’il y des choses qu’il faut prendre au sérieux en ce qui concerne la formation des journalistes.

Votre conclusion à cet entretien

Je voudrais dire que le Centre Africain de Formation et de Perfectionnement en Journalisme (CAFPJ) a reçu le Grand Prix du mérite académique en 2010 à l’Université de Lomé. C’est la récompense d’un travail bien fait. Et comme je l’ai dit, on forme un médecin dans une école de médecine, un agronome dans une école d’agronomie donc un journaliste dans une école de journalisme. Et le CAFPJ est l’école de la profession.

Entretien réalisé par

Jean-Claude DOSSA

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