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Le triomphe de la vérité

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EDITORIAL:La ville mariale


Des centaines de milliers de chrétiens catholiques ont pris d’assaut Dassa, ville bénie de Marie, pour accomplir le rite saint du pèlerinage annuel. Sur les hauteurs de la cité des Egbakokou, ils sont venus, comme chaque année, vénérer la Vierge Marie pour les bienfaits et rendre grâce pour les épreuves. Malades du Burkina-Faso ou du Niger, pauvres et éclopés du Nigeria et du Togo, douloureuses âmes de Côte-d’Ivoire, chrétiens enthousiastes du Bénin, ils sont venus de partout pour faire leur piété.

Le thème de cette année, « 150 ans d’évangélisation, chrétien rends compte de ton espérance » tente de faire revivre un passé et rendre témoignage pour un siècle et demi de présence effective de la chrétienté dans notre pays. Symbole de foi, symbole de communion, la grotte Arigbo est ainsi devenue un haut lieu d’histoire, celle de la marche du peuple du Bénin vers l’idéal marial. Et pourtant…

On ne donnait pas cher du culte marial dans un pays de vaudou comme le nôtre. Même au cœur de la vieille Europe, historiquement chrétienne, le culte marial ne s’est imposé qu’au fil du XXè siècle après de nombreux sacrifices de certains martyrs immolés sur l’autel des intolérances et de l’ignorance.

 Lourdes, Fatima, Guadaloupe et autres lieux d’apparition de la Vierge ont fini par convaincre les sceptiques. Sa sainteté le Pape Pie XII, lors de la célébration du centenaire de la définition du dogme de l’Immaculée Conception, a publié l’Encyclique « Fulgens Corona », le 8 septembre 1953. Il proclama l’année 1954 « Année mariale » c’est-à-dire consacrée à Marie. Mgr Louis Parisot a alors béni la grotte de Dassa aménagée par le Père Germain Boucheix.

Le jeudi 11 février 1954, il a célébré la messe aux pieds de Notre-Dame d’Arigbo : le premier pèlerinage de Dassa se concrétisait sous les auspices du prélat. « Gnonou d’alodji Lourdi tomê ton, mi savo nu wé » – Notre-Dame de Lourdes, nous vous supplions, Notre-Dame de Lourdes, bénissez vos enfants de Dassa, bénissez vos enfants du Dahomey, bénissez notre Saint-Père le Pape. Guérissez nos malades, convertissez les pécheurs… Ce fut un chant d’invocation qui anima l’office ce jour-là. 57 ans après, les pèlerins d’hier ont presque redit la même dévotion, en offrant le sacrifice de leurs souffrances respectives. Avé Maria !

Chaque année, l’affluence à Dassa, comme à Lourdes ou à Jérusalem, pose un problème de fond. L’on peut en effet se demander comment les communautés pourraient tirer quelque bénéfice de cet événement exceptionnel en investissant dans le développement à la base. Il s’agit principalement de la mise en place de circuits touristiques intégrés permettant aux pèlerins venus de partout de s’abreuver à la culture Idaatcha tout en participant comme cela se doit aux cultes et célébrations qui rythment ces deux ou trois jours de communion mariale.

Ainsi posé, le problème revient à se demander en réalité pourquoi Dassa peine si durement à ressembler à Lourdes, à Fatima ou Jérusalem, hauts lieux de tourisme religieux, alors que la commune en a toutes les potentialités. Non seulement elle dispose de réels atouts écotouristiques grâce aux grottes, mais encore elle peut utiliser les potentialités de sa riche culture pour valoriser ses attraits. Les efforts consentis jusqu’ici sont encore fragiles et l’on attend trop souvent les subventions de l’Etat qui ne peuvent pas régler le réel problème d’un pèlerinage qui, après plus d’un demi-siècle, a besoin d’être repensé.

Il en est de Dassa comme de Sèmè-Kpodji ou de Savalou qui abritent annuellement le pèlerinage des chrétiens célestes (l’officiel et le moins officiel). Chaque année, environ un million de personnes s’en vont se recueillir à la plage de Sèmè ou sur les hauteurs de Savalou, sans que les mairies respectives ne trouvent jusqu’ici le moyen de valoriser ces patrimoines pour leurs besoins de développement mais surtout pour rendre les lieux encore plus attractifs. Ici comme à Dassa, l’hébergement y est un casse-tête, malgré quelques investissements encore largement insuffisants par rapport à la demande.

Nous entrons ici non pas dans la commercialisation de la foi, mais dans la problématique de ce que les pouvoirs publics devraient faire pour que le pèlerinage soit pour chacun un moment de grâces véritables et d’enrichissement personnel sans les souffrances inutiles qu’on y subit trop souvent.

Olivier ALLOCHEME

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