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Le triomphe de la vérité

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EDITORIAL:La caporalisation du marché


Par tous les moyens, le Chef de l’Etat tente de contrôler la vague inflationniste. Depuis le sommet de l’Etat, le voilà qui descend dans les marchés, délègue sa garde rapprochée pour contrôler les prix, armes au poing, et tient des conciliabules avec les importateurs pour leur intimer l’ordre de revoir leurs prix à la baisse. Ceci entre d’ailleurs dans la droite ligne de la tradition de palabres si chère à notre Président. Et déjà, les ministres, agissant en parfaits missi dominici, ont été envoyés aux quatre coins du pays pour expliquer au peuple que l’inflation est due à ces « commerçants véreux » qui saccagent l’action présidentielle par une méchanceté peu commune.

Cette régulation du marché qui s’effectue depuis le sommet de l’Etat, en dehors de son caractère anachronique et rébarbatif, n’en est pas moins représentative des dysfonctionnements dans la gestion économique sous le régime Yayi. Là n’est pas le problème. Empêtré dans le flux vertigineux d’une inflation mal maîtrisée, il revient à l’Etat d’agir en usant des leviers à sa disposition pour réguler le marché. Mais cela revient-il à dire que le gouvernement doit s’ingérer dans la fixation des prix et devenir gendarme du marché ?

Car, à y voir de près, c’est le rôle que le gouvernement est en train de jouer aujourd’hui. Sur des prix non fixés d’avance, le ministère du commerce, en pleine crise, s’autorise une effraction autoritaire et intervient de son glaive pour mettre les opérateurs économiques au pas en édictant des règles brutalement imposées au marché. Ce qui joue ici, ce n’est ni la sacro-sainte règle de la concurrence, ni celle de l’offre et de la demande mais la loi de l’Etat qui impose son diktat, compte tenu de la volonté du Président de la République. Ce qui est en cause, ce n’est pas la faculté reconnue aux autorités étatiques de réguler les prix de certaines denrées, comme il est de coutume pour le ciment et les hydrocarbures par exemple qui sont réputés comme étant des produits stratégiques.

Dans la pratique, cette main de l’Etat sert à empêcher les dérives et tout opérateur économique agissant dans ces secteurs stratégiques en prise directe avec la survie des citoyens les plus pauvres, devrait respecter cette réglementation. Mais pour ce qui est des autres produits non pris en compte, il est clair que l’Etat devrait laisser jouer la loi du marché. L’imposition autoritaire des prix montre que l’Etat est aux côtés du peuple.

Il envoie au contraire de très mauvais signaux aux investisseurs étrangers qui y voient plutôt une absence totale de réglementation réelle qui protège le marché de l’action autoritaire et brutale d’un seul. Au contraire d’une économie libérale contrôlée par les règles du marché, l’Etat impose et s’interpose et terrorise même les commerçants. C’est une insécurité créée aux opérateurs économiques et aux investisseurs quant à la qualité de l’environnement des affaires dans le pays.

Mais c’est surtout un signe, grave s’il en est, de l’incapacité de l’Etat à comprendre le marché pour anticiper les crises qui sont consubstantielles à son fonctionnement. Dans les interventions des ministres et du Chef de l’Etat, on sent que personne ne comprend les raisons de l’inflation en cours. Un peu comme s’il n’y avait pas au ministère du commerce, un service ou une direction capable de détecter ces aléas pour mieux les prévenir et les combattre.

 Un peu comme si les cadres de ce ministère et ceux des institutions d’analyse qui en relèvent n’ont pas vu venir le mal qui d’ordinaire sévit en période de jeûne musulman. Le plus préoccupant, c’est cet interventionnisme d’Etat qui tend à régenter l’activité du marché sans en avoir réellement les moyens. La fixation autoritaire des prix tels qu’énoncée par le conseil des ministres de dimanche dernier et renforcée par les actions du Chef de l’Etat, est vouée à l’échec.

Dans la réalité, aucun commerçant ne voudrait fermer boutique en vendant un produit moins cher que son prix d’achat. Il ne pourrait pas non plus choisir de vendre trop cher si la règle de la concurrence joue à fond sa fonction d’équilibre du marché. Car le marché se régule tout seul. Et l’Etat ne devrait y intervenir que pour faciliter le travail des opérateurs économiques faisant jouer plus facilement la concurrence entre les commerçants.

Olivier ALLOCHEME

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