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Le triomphe de la vérité

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Editorial: La revanche des peuples


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Les syndicats béninois mènent le gouvernement par le bout du nez. Aux jérémiades du pouvoir qui se plaignait de ne pas avoir les moyens de faire face à une augmentation immédiate de 25% de la masse salariale, ils ont réussi à imposer leur diktat. C’est une augmentation historique qui intervient au cœur des difficultés budgétaires du Bénin et surtout au milieu d’une grave crise financière internationale dont personne ne peut prévoir l’issue.

Elle intervient même après huit mois de grève au ministère des finances du fait de l’affaire Dangnivo, c’est-à-dire d’une affaire qui n’avait rien à voir au départ avec les revendications salariales. Le retournement malicieux (très peu éthique) opéré par les syndicalistes au moment où leur mouvement s’essoufflait en a choqué quelques-uns sans pour autant démonter l’activisme des syndicalistes et de leurs bases. En fin de compte, ils décrochent une augmentation absolument contre-nature face à un gouvernement qui a fait marche arrière sur tous les fronts qu’il a allumés. Ainsi, les menaces de remplacer les grévistes par des militaires n’ont jamais été mises en œuvre.

Les militaires invités à sortir des casernes pour mater les travailleurs en grève, n’en ont rien fait. Au contraire, les hommes en uniforme ont sympathisé avec les grévistes. Il n’y a pas mieux pour briser une dictature. Et voilà le gouvernement à genoux, contraint de courber l’échine sur toute la ligne.

Vous avez dit négociations ? Non, ce sont des séances où les leaders syndicaux, vieux soudards des rudes batailles des travailleurs, effraient les ministres par leurs menaces, les distraient au besoin par une gouaille toujours au rendez-vous, les ridiculisent à qui mieux-mieux et les clouent au pilori. Devant les syndicats déchainés, prêts à tout, les ministres sont de petits bambins désarmés, pleurnichant lors des monologues de néophytes que la télévision nationale a pris l’habitude d’appeler débats (sans rire). D’autant d’ailleurs que la plupart des ministres maîtrisent si peu leurs secteurs qu’ils préfèrent éviter ces confrontations qui mettent à nu leur ignorance. Ignorants mais aussi inquiets pour leur propre avenir politique.

Le rapport des forces est nettement en défaveur du gouvernement qui ne peut compter que sur la bonne foi des syndicalistes à qui plus rien ni personne ne résiste ; c’est eux qui gouvernent. Les raisons de ce déséquilibre sont à rechercher dans l’image que renvoient ordinairement les gouvernements africains en rupture de ban avec leurs peuples.

Ces cinquante dernières années, l’Afrique a vécu littéralement l’abjection des Chefs d’Etat dépourvus d’amour pour leurs pays, prêts à satisfaire leurs goûts du luxe et du pouvoir, en marchant s’il le faut dans le sang de la peuplade martyrisée. Contrairement à ce qu’on avait cru, l’avènement de la démocratie n’a pas pu réfréner ces tendances animalières de nos potentats locaux. Sur le mode de la déprédation la plus grégaire, nos Etats se sont enfoncés dans la plus noire pauvreté, au point que le continent africain qui est le plus riche en ressources minières, est aussi le plus pauvre au monde.

Longtemps, les ministères ont été des vaches à lait permettant à des serviteurs de l’Etat de se sucrer sur le dos des paysans, des pêcheurs, des artisans et des ouvriers qui travaillent comme des forçats pour gagner le pain quotidien. Dans certains Etats comme l’ex-Zaïre, le Congo Brazzaville ou le Togo la gabegie et la concussion ont atteint un tel sommet d’immoralité que le peuple s’est soulevé pour réclamer le départ des roitelets au pouvoir. Répressions, massacres en tout genre se sont abattus sur eux. Mais aussi coups d’Etat et guerres civiles sans nombre sur les terres désolées d’Afrique, terres déchirées, enfers sur terre…

Aujourd’hui, le vent est en train de tourner dans le sens contraire. Les peuples prennent leur revanche et réclament (enfin !) leur part du gâteau. Il est vrai que dans cette bataille, c’est toujours les minorités scolarisées qui bénéficient des revenus du pays. Ce sont les fonctionnaires et leurs parents, les hommes d’affaires et les politiciens vigilants qui prennent d’assaut la manne de l’Etat et s’en empiffrent sans vergogne. La minorité d’hier s’élargit de plus en plus, mais le bas-peuple est encore logé à l’enseigne de l’enfer.

Olivier ALLOCHEME

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