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Le triomphe de la vérité

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Editorial: Le roi d’Abomey et les rois


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Les têtes couronnées du Bénin s’invitent de plus en plus dans les débats sociopolitiques en prenant presque systématiquement position pour la partie gouvernementale. Ce qui devrait apparaître comme un accident de circonstance est devenu une habitude. Sa Majesté Dédjannagni Agoli-Agbo est allé plus loin encore.

 Lors de l’investiture du candidat Boni Yayi en vue de la présidentielle de mars 2011, il était présent au Stade de l’Amitié comme des dizaines de milliers d’autres partisans du Président sortant et n’a pas hésité à montrer son soutien à Yayi. Et publiquement samedi passé, au sortir de l’audience que lui a accordée le Chef de l’Etat, il n’a pas manqué de dire ses quatre vérités aux syndicalistes qu’il a accusés d’en trop réclamer. Pour lui, l’autorité doit « écarquiller les yeux », une manière pour lui de souhaiter la manière forte et peut-être donc la solution militaire envisagée par le Chef de l’Etat.

Ses déclarations de soutien ont repris à quelques détails près la position gouvernementale en laissant croire que les travailleurs grévistes ne méritent pas leurs salaires et que le gouvernement a péché par excès de générosité. Et c’est là toute la problématique. Dans le contexte de modernité démocratique actuelle, n’est-il pas plus recommandé que nos rois et chefs traditionnels ne fragilisent pas leur couronne en s’affichant dans les polémiques sociopolitiques ? En clair, n’est-ce pas plus indiqué pour eux de demeurer les derniers recours pour chacun de leurs sujets au lieu d’être dans l’arène à supporter une partie contre une autre ?

A vrai dire, l’on ne peut faire procès à personne de choisir son camp dans les débats brûlants qui agitent notre société. C’est de la liberté collective et individuelle d’avoir son mot à dire lorsqu’il faut, selon les normes constitutionnelles bien connues. Mais le roi n’est pas n’importe qui. Il demeure encore une personnalité morale qui doit intervenir pour calmer les passions, guider toute la communauté vers des objectifs plus hauts et plus grands.

En un mot, c’est de lui que dépend la sauvegarde de la communauté face aux périls actuels. Si les anciens souverains devaient lever des troupes pour défendre leurs peuples contre des agresseurs toujours aux aguets, les rois modernes n’ont plus à craindre d’autre invasion que celle des forces de la pauvreté et de l’aliénation. Ils ont à penser au développement. Aux armes de guerre qu’il fallait acheter se substituent aujourd’hui les armes de la paix indispensables à l’épanouissement de tous. Mais ceci n’est possible que lorsque la vision porte loin, rassemble tout le monde autour des idéaux de développement et servent à ouvrir des horizons de prospérité.

N’oublions pas non plus que nos rois et chefs traditionnels demeurent après tout les gardiens de nos valeurs sur lesquelles ils doivent veiller sans désemparer. Ils doivent donc conquérir le futur sur le socle du passé que symbolisent si bien leurs accoutrements et la riche tradition qui leur a été léguée.

Dans ce contexte, il serait périlleux de devenir le jouet d’une chapelle. Non, ce n’est pas vraiment leur rôle d’être à la solde d’un camp contre un autre. C’est leur rôle de comprendre tous les camps pour servir les intérêts de tous en imposant leur autorité morale. Consensus, voilà le maître mot qui devrait guider leurs actions.

 Mais ne nous leurrons pas. La vulnérabilité économique de nos autorités morales fragilise leur mission sociale. L’attrait des biens matériels et la nécessité de la survie les soumettent d’autant plus à des déviances inhérentes à la condition humaine. Les responsables politiques le savent qui n’hésitent pas à leur tendre des billets de banque, à leur acheter voitures, pagnes et villas pour agrémenter leurs couronnes et acheter leur soutien. Cette pratique conduit au délitement de la société par la fragmentation de nos chefferies et royautés et la fragilisation de leur mission au sein de la communauté.

Le roi Agoli-Agbo et tous les autres ne sont peut-être pas victimes de ces contingences. Mais leurs prises de position en ces moments de duel frontal devraient prendre en compte l’impératif des positions consensuelles qui grandissent la couronne royale.

Olivier ALLOCHEME

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