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Le triomphe de la vérité

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Editorial: Le CEP à vau-l’eau


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Olivier ALLOCHEME, Editorialiste-Secrétaire de Rédaction

Le Certificat d’études primaires (CEP) court un risque de discrédit. Ce premier diplôme de la vie a livré jeudi son verdict. Au total, sur le plan national, 82% des candidats sont admis. Ce qui intrigue tout le monde depuis l’entrée en vigueur de l’approche par compétence (APC), nouvelle désignation des Nouveaux programmes d’enseignement, c’est la montée en flèche des résultats. Tournant autrefois autour de 50% en moyenne, les pourcentages de réussite ont grimpé rapidement pour atteindre des sommets, frôlant les 100% certaines années.

Nos enfants sont-ils subitement devenus des génies ? Non, assurément. Tous ceux qui observent le système éducatif béninois peuvent assurer qu’il y a une baisse générale de niveau, situation qui n’est pas valable pour le Bénin. En France comme aux Etats-Unis ou en Afrique du Sud, les parents ne cessent de se plaindre du niveau relativement bas de leurs enfants. Ici au Bénin, c’est un euphémisme d’affirmer que ce niveau est difficilement admissible. Curieusement, c’est en ce moment que les pourcentages de réussite s’envolent au point d’étonner les enseignants eux-mêmes.

Il ne faut pas chercher loin les raisons de ce paradoxe renversant. Des tripatouillages en tout genre sont orchestrés chaque année pour maquiller la réalité. Tel que le révèle l’enquête que nous avons publiée ce jour, le mal provient des responsables qui n’entendent pas admettre les failles béantes de l’APC. Surtout, personne ne veut laisser transpirer aucun doute sur la fiabilité de cette approche pédagogique. Et pour y parvenir, quoi de plus significatif que de jouer sur les résultats des évaluations. Les tricheries en tout genre orchestrées par les chefs centres lors du CEP eux-même sont encore une autre facette du problème.

La plupart des candidats à ce premier examen de la vie peuvent le reconnaître : les réponses, dans bien des cas, leur sont soufflées, recopiées au tableau pendant l’examen. Résultats, les élèves recopient en masse et réussissent en masse. Si au plan éthique cette pratique honteuse est une plaie morale, ses conséquences à long terme sont incalculables. A ceux qui par la fraude ont réussi au premier diplôme de leur vie, il ne faut pas demander qu’ils constituent plus tard des modèles de vertu pour leur famille, leur société ou leur pays.

Pire encore, lorsque ceux qui les assistent dans la tricherie sont leurs vénérés maîtres, l’impact de cette tricherie peut se révéler psychologiquement dévastateur. Là, meurent toute morale, tout civisme et tout patriotisme, qu’ils soient dictés à la télé par de doctes pédagogues ou criés à la maison par des parents courroucés. Peut-il y avoir pire moyen pour un pays de se conduire au tombeau ?

C’est en 2005 que le Bénin a enregistré un succès record de 98% au CEP. Là ce ne sont ni les surveillants ni l’administration qui ont agi. C’est le politique, avec le ministre en charge du secteur qui a maquillé les résultats au point de surprendre les partenaires techniques et financiers eux-mêmes qui ne s’attendaient pas à ce « succès fulgurant » des nouveaux programmes. Pendant ce temps, les conditions d’enseignement ne cessaient pas de se dégrader. Et le mensonge d’Etat de prospérer avec ardeur, à la grande rage des parents.

Ils voient eux la dégradation du niveau de leurs enfants, surtout lorsqu’ils n’ont pas les moyens de leur payer des répétiteurs. La faillite de la pensée ne s’est jamais trouvée aussi proche de la réalité lorsque, en 2007, l’Etat se résolut à organiser le forum national sur le secteur de l’éducation. Ce fut une vaste tromperie. Ceux qui furent invités parmi les enseignants du primaire comme du secondaire, ce sont ceux qui ont réussi en voitures et en villas à tirer leurs épingles du jeu des nouveaux programmes.

Personne ne pouvait en douter : ils ont sagement demandé de reconduire le même programme en proposant des corrections dont la plupart dorment encore dans les tiroirs ou se sont révélées inefficaces. Drame parmi tous les drames, l’enseignement du Français est un échec très clair qui agit sur les autres disciplines. Qui sauvera donc les enfants de ce désastre en préparation ?

 Demandez-le aux enseignants. Presque tous vous diront que l’USAID, l’UNFPA, l’Etat béninois et tutti quanti ayant mis beaucoup d’argent dans ce cocktail, il est impossible de l’abandonner. Alors, attendons que le drame arrive.

Olivier ALLOCHEME

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