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Le triomphe de la vérité

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Editorial: Le cadeau empoisonné


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Olivier ALLOCHEME, Editorialiste-Secrétaire de Rédaction

Pascal Irénée Koupaki (PIK) est élevé à une dignité factice qui compromet ses chances pour 2016. Si l’on veut des preuves de ce funeste sort qui se prépare pour lui prochainement, il suffit de lire à travers un verre transparent les derniers développements de l’actualité à la primature. Oui, la primature.

 Aux dernières nouvelles, elle se trouverait à la présidence, en attendant que peut-être le conseil des ministres de ce mercredi n’en dispose autrement. Ainsi, depuis près de deux mois, le premier des ministres se retrouve sans bureau fixe. Est-ce paradoxal ?

 Ceci me semble relever d’une stratégie d’encrassement progressif visant à faire traîner les choses avec une lenteur suffisante pour faire sentir au détenteur du poste qu’il relève de la seule volonté du Chef de l’Etat. Lui seul Boni Yayi peut le créer et le faire disparaître à volonté, conformément à l’article 70 de la constitution qui dispose que « le président de la République peut déléguer certains de ses pouvoirs aux ministres, sauf ceux prévus aux articles 54 alinéa 3, 60, 61, 101, 115,133 et 144 ». Je me rappelle encore cette réplique pathétique d’Auguste à Cinna, dans la célèbre pièce de Corneille : « Ma faveur fait ta gloire, et ton pouvoir en vient :

Elle seule t’élève, et seule te soutient. » Voilà donc le funeste manège… Sous ses airs de technocrate rigoureux, Pascal Irénée Koupaki pouvait en effet prendre ses aises. Monté en grade par-devant ses collègues alors qu’il était déjà au prestigieux poste de ministre d’Etat, il ne pouvait que sentir la puissance du titre qu’on lui confère pour cinq années encore.

Ministre de l’Économie et des Finances en 2006, ministre du plan, de la Prospective et du Développement en 2007, puis ministre d’État chargé de la Prospective, du Développement, de l’Évaluation des politiques publiques et de la Coordination de l’action gouvernementale en 2009, il est depuis fin mai 2011

Premier ministre chargé de la coordination de l’action gouvernementale, de l’Evaluation des politiques publiques, du programme de dénationalisation et du dialogue social. Autant dire qu’il a toujours son ancien poste de 2009 doublé d’un titre sans ambiguïté pourtant nébuleux aujourd’hui au regard de la marge de manœuvre étriquée dont il dispose.

D’autant plus qu’il lui reviendra de prendre des coups et de servir de fusible au chef du gouvernement qui garde toutes les prérogatives qui lui sont réservées par la loi fondamentale. Doué de la légitimité verbale que lui a conféré la personne du Chef de l’Etat lors de ses discours électoraux, le premier ministre n’exerce que très peu les fonctions normales d’un premier ministre. On l’aperçoit rarement sur les chantiers, lançant tel ouvrage, inaugurant cet autre, passant au charbon.

Contrairement à Boni Yayi qui préfère de loin le contact avec le terrain, le premier ministre est un homme de bureau, distant et froid. De quoi se demander s’il pourrait jamais se départir de sa réserve naturelle et mouiller réellement le maillot sur un échiquier politique qui n’est pas fait pour des enfants de chœur. La question est surtout de savoir s’il n’a pas été placé exprès à un poste où il aura le plus à détruire sa réputation de technocrate compétent.

Déjà, lors des récentes négociations gouvernement-centrales syndicales ayant donné naissance aux 25% d’augmentation salariale, son image a été écornée. Les avantages accordés aux travailleurs du ministère des finances ont non seulement été remis en cause par la décision de la Cour, mais en plus ils ont mis l’Etat tout entier dans une crise sans issue.

Et l’on se demande où était bien passé le technocrate méticuleux alors même que les travailleurs se voyaient octroyés une augmentation salariale presque suicidaire pour la sauvegarde des grands équilibres macro-économiques si chers aux fonctionnaires de la BCEAO.

Tous ceux qui pensaient que Pascal Irénée Koupaki était le dauphin tout désigné pour 2016 peuvent donc faire le deuil de leurs illusions. S’il dure encore à la primature, ce sera pour que Boni Yayi l’envoie au casse-pipe afin de lui faire multiplier les bourdes et le discréditer pour de bon. Et alors, il pourrait sortir son véritable joker dans quelques années.

Olivier ALLOCHEME

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