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Le triomphe de la vérité

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Editorial:La quadrature de la croissance


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Olivier ALLOCHEME, Editorialiste-Secrétaire de Rédaction

Difficile d’échapper à la vindicte des économistes par ces temps de crise. Pendant que les rapports des banques et institutions financières internationales nous enseignent par brassées entières que la croissance en Afrique est encore possible, nous scrutons tous le ciel béninois : l’horizon est sombre.

Avec environ 2,8% l’an dernier, la croissance économique du Bénin a fait partie des plus fragiles en Afrique de l’Ouest. Handicapée, disait-on, par l’affaire ICC qui a rogné l’économie des ménages et par les inondations exceptionnelle dont l’incidence a pesé lourd sur le revenu des ménages, l’économie béninoise a sensiblement moins progressé que ses homologues de la sous-région.

 Au moment où la croissance de l’UEMOA ressortait à 4% environ, notre pays restait carrément à la traine. Les prévisions pour 2011 ne sont pas vraiment meilleures. Si l’on prévoit environ 3,5% pour cette année, l’Afrique subsaharienne est créditée d’environ 5% par la Banque Mondiale. J’entends d’ici les hauts cris des économistes : la croissance n’est pas le développement.

Oui, en effet, on connait la théorie. La croissance n’est pas synonyme de développement. Partout même, elle cache bien souvent de graves disparités. En Chine, pendant que l’on célèbre une croissance à deux chiffres depuis au moins deux décennies, il existe des poches de pauvreté. Dans les grandes villes, paysans et artisans, pris dans la spirale de la crise, ne savent à quel saint se vouer.

La corruption y est endémique. Et pourtant, le modèle chinois est aujourd’hui une référence enseignée dans les amphithéâtres, servi comme nec plus ultra des sciences économiques et notamment de l’économie du développement. Mais il ne suffit que de visiter les campagnes chinoises pour découvrir l’envers de ce décor. Ce n’est que misère, maladie et chômage sans issue. Est-ce ce genre de croissance que nous voulons.

Il s’agit bien évidemment d’une croissance à visage humain prenant en compte les besoins sociaux de la communauté. C’est en oubliant cette variable sociale que les Programmes d’ajustement structurel (PAS) implémentés un peu partout en Afrique dans les années 80-90, se sont soldés par un certain chaos débouchant parfois sur de graves crises sociales.

 Partout, ce fut dégraissage, départs ciblés, licenciement dans un contexte de paupérisation des couches les plus fragiles de la société. C’est presque avec indécence que l’on peut revoir qu’au milieu des grèves à l’université, du chômage devenu massif et des coupes sombres dans le budget de certains ministères sociaux, 1995 a enregistré pourtant une croissance de 6,1% qui figure encore aujourd’hui comme un records depuis 1990. La thérapie de choc administrée par le Président de la République à l’époque, Nicéphore Soglo, n’avait fait que générer des troubles qui ont précipité son régime vers la touche en 1996.

 Victime des conceptions austères de la Banque Mondiale, la population s’attendait au mieux-être et ne pouvait pas comprendre qu’après avoir enregistré une décroissance de -2% en 1989, le Bénin ne pouvait que chercher à remonter la pente. Et c’est pour pallier cette carence que des programmes de réduction de la pauvreté ont été mis en place dans la décennie 2000 à travers des documents de stratégie de réduction de la pauvreté (DSRP). Ils finiront encore par revêtir les habits de la croissance avec l’élaboration des stratégies de croissance pour la réduction de la pauvreté (SCRP). Enfin ! On pouvait alors admettre que la croissance n’est pas forcément antinomique de la lutte contre la pauvreté.

Cette conjonction harmonieuse a pu transparaître dans les actions de Boni Yayi 1 avec des excès populistes voire politiques dont les contrecoups sont encore béants. Mais la grande question est de savoir dans quelle mesure et jusqu’à quel seuil le social devrait prévaloir dans nos politiques de développement.

Parce que l’octroi d’avantages substantiels à une catégorie de la population, ralentit la distribution équitable de la richesse nationale et accroit d’autant les dépenses non productives. A quoi sert-il par exemple de consacrer près de 60% des recettes fiscales d’un pays aux seuls fonctionnaires qui font moins de 1,5% de la population ?

Dans ce cas, comme dans d’autres, la croissance est ralentie du fait d’un rythme plus trainant des dépenses d’investissement. En multipliant les dépenses sociales, l’Etat dépensier s’empêche dès lors de retrouver la voie de la croissance pour financer ses impératifs de réduction de la pauvreté.

Rationaliser les dépenses sociales, tel doit donc être le maître mot. Et il n’y a rien de plus cruel dans une démocratie électorale comme la nôtre.

Olivier ALLOCHEME

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