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Le triomphe de la vérité

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Editorial:Le droit de nommer


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Olivier ALLOCHEME, Editorialiste-Secrétaire de Rédaction

Christine Ouinsavi a eu une inspiration tout à fait exceptionnelle lors de son discours de passation de service. La ministre du commerce, a poussé la chansonnette en plein discours avec une rengaine des Gangbé Brass Band. Traduction littérale: « On n’achète pas la gratitude sur un étalage ». De sa voix la plus mélodieuse, elle a fait un effet énorme, tant la surprise (agréable) a montré que madame la ministre savait aussi utiliser ses cordes vocales. Mais c’est le sens de cette gratitude qui donne surtout à réfléchir.

Comme elle en effet, tous les ministres, entrants comme sortants, se sont employés à remercier le Chef de l’Etat. Si certains ont rappelé (utilement) qu’ils restent toujours disponibles pour servir la république, d’autres ont mis en épingle leurs réalisations, en utilisant fortement les médias pour vendre leurs résultats.

Mille documentaires formatés sur le mode de la communication institutionnelle la plus tapageuse ont fleuri sur les chaînes de télévision. Et on a pu lire vendredi par exemple, en manchette de deux quotidiens pourtant réputés sérieux : « Idriss Daouda, le bonheur de servir ». Si le Chef de l’Etat avait besoin d’appels plus clairs pour comprendre, il ne peut vraiment plus se plaindre. Dans le cas de Christine Ouinsavi, sa chansonnette reconnaissante pousse le bouchon plus fort qu’ailleurs. Dans le cauchemar du remaniement, ceux qui n’espéraient vraiment pas se retrouver à ce niveau extraordinaire de la pyramide sociale, avaient à remercier le Président de la République pour cette « faveur » qu’on leur a faite de les avoir hissés si haut.

 Si beaucoup de ministres, anciens comme nouveaux, ont de la compétence, la plupart ne croient pas vraiment que celle-ci soit encore le seul critère de promotion des cadres de ce pays. Tout le monde a fini par croire que le plus important dans le choix réside dans la somme des agitations faites pour attirer sur soi l’attention du Chef. Celui-ci est au milieu de toutes les sollicitudes, au centre de tous les discours que l’on éructe pour traduire ici « sa » vision, là « la refondation » ou là encore l’« émergence ». J’ai toujours été sidéré par l’obséquiosité administrative des cadres béninois, prompts à entrer dans leurs petits souliers pour être dans les bonnes grâces de leurs supérieurs hiérarchiques.

En l’absence d’une politique de nomination basée sur les domaines de compétence, le clientélisme et la danse du ventre sont au rendez-vous pour se faire voir du Chef de l’Etat. Dans ce brouhaha, il faudra peut-être distinguer Marie-Elise Gbèdo nommée ministre de la justice alors qu’elle a passé ces vingt dernières années à se battre pour la justice au Bénin, tout au moins pour les femmes et les filles face à des traditions souvent rétrogrades.

Dorothée Gazard, réputée pour sa compétence en santé publique, n’aura pas vraiment besoin de s’acclimater avant de s’imprégner dans le milieu de la santé, comme d’ailleurs Adidjatou Mathys, la ministre des finances. L’écrasante majorité des autres portefeuilles est occupée par des gens qui devraient se retrouver ailleurs. Justifiant sa nomination à l’enseignement secondaire, un certain Allassane Soumanou a pu noter qu’il en sait beaucoup sur le secteur pour avoir offert quelques modules de classe et des tables-bancs dans sa localité…Que dirait alors le ministre des affaires étrangères ? Ou encore celui de l’économie maritime ? Leur compétence dans leurs secteurs reste encore à démontrer.

Il ne faut donc pas s’étonner que les nominations ne soient pas vues comme le couronnement d’une carrière riche et pleine, la prise en compte d’une certaine vision pour un secteur précis ou encore un signal fort pour en booster un autre. « Ma faveur fait ta gloire », disait le personnage principal du Cinna de Pierre Corneille.

Le grand distributeur des faveurs, celui qui en arrache comme il veut et en donne de même, est comme un magicien du bonheur. Rien ne peut mitiger sa puissance et seul son bon vouloir fait loi. C’est à lui et à lui seul que la constitution a conféré le droit de nommer et d’enlever les ministres. A ce train, la plupart des ministères ont changé six à sept fois de titulaires en cinq ans.

Alors question : à quoi me sert-il d’élire un Président qui a le droit exclusif de nommer des fripons dans le gouvernement de la République, sans que personne ne puisse empêcher quelque dérive que ce soit ?

Olivier ALLOCHEME

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