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Le triomphe de la vérité

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La mécanisation de l’agriculture:Un impératif pour la relance du secteur


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L’agriculture, moteur de l’économie du Bénin est restée pendant longtemps à l’étape rudimentaire. Les activités de cultures sont en majorité exécutées de façon manuelle au moyen des instruments traditionnels. Depuis son installation en 2006, l’actuel Chef de l’Etat a fait l’option de relancer le secteur. La mécanisation est devenue alors indispensable en vue de la réalisation de la vision exprimée dans les Objectifs stratégiques de développement (OSD): «Faire du Bénin, une puissance agricole dynamique à l’horizon 2015, compétitive, attractive, respectueuse de l’environnement, créatrice de richesse répondant aux besoins de développement économique et social de la population»

Orou Yaro Orou Gani à côté de son tracteur

La mécanisation de l’agriculture enclenchée par l’Etat béninois trouve en effet son fondement dans le plan stratégique de relance du secteur agricole (PSRSA) dont le processus d’élaboration a été lancé en 2006 de la volonté du Président de la République de faire de l’agriculture le socle de l’économie du Bénin.

La mise en œuvre de cette volonté de mécanisation se traduit par la mise en place d’un programme spécial, le Programme de promotion de la mécanisation agricole (PPMA). Ainsi depuis 2009 déjà, plus 600 tracteurs ont été acquis par le PPMA au profit des producteurs. Ces machines agricoles ont été mises à la disposition des agriculteurs, ceci dans presque toutes les régions du pays.

 Alibori, une expérience encourageante

Le département de l’Alibori est une zone de forte production agricole. Plus de 85% de la population active est employée par l’agriculture. Les grands producteurs emblavent généralement des superficies comprises entre 10 et 80 hectares. Il va donc de soi que l’usage des outils traditionnels n’est plus très approprié pour de si grandes exploitations.

Avant la mise en place du PPMA par le gouvernement, la culture attelée était pratiquée par la grande majorité des producteurs du départements. Seuls quelques uns avaient leurs tracteurs qui étaient surexploités pendant les périodes de labour. A Kandi par exemple, à peine deux tracteurs existaient. Les machines du PPMA étaient donc les bienvenues dans ce département. Dans la commune de Kandi, 25 tracteurs ont été acquis au 30 septembre 2010.

Il s’agit de 17 tracteurs de 30 chevaux et de 8 de 60 chevaux. Cinq autres ont été reçus par le CeCPA le jeudi 21 avril 2011. Dans la commune de Ségbana, cinq tracteurs de 30 chevaux et 8 de 60 chevaux soit 13 machines de labour ont été acquises au profit des producteurs de la commune. Ces machines agricoles sont vendues aux producteurs à 50% du prix d’achat réel. On distingue deux grandes catégories de bénéficiaires, les exploitants individuels et les groupements.

Les machines sont gratuites pour cette dernière catégorie constituée des groupements féminins, des jeunes du programme spécial d’installation des jeunes dans l’agriculture (PSIJA) et des coopératives. A Ségbana, l’union communale des groupements féminins qui a reçu une machine de 60 chevaux. En plus du tracteur 60 chevaux du groupement féminin des productrices de riz de Kandi, 2 sont attribués au PSIJA et 2 aux coopératives d’utilisation des machines agricoles (CUMA).

Des machines bon prix pour soulager les producteurs.

Le PPMA offre des conditions qui facilitent l’accès des producteurs aux machines. Les tracteurs collectifs sont attribués gratuitement aux groupements. Quant aux exploitants individuels, ils bénéficient d’une subvention de 50% sur les coûts des tracteurs. Vendues à 12 millions de FCFA, les machines de 60 chevaux sont cédées aux bénéficiaires à 6 millions avec possibilité de payement sur quatre ans. Ce qui constitue selon BIO GUERA Fataou de Ségbana, une véritable opportunité pour les producteurs.

 «Nous avions bien envie d’acheter des tracteurs, mais le coût était très élevé pour nous. Avec le PPMA, nous pouvons recevoir une machine de 60 chevaux à 6 millions dont seulement 1200000 sont versés à l’acquisition», pouvait se réjouir OROU MOUSSE Bio Yô de Kassakou dans la commune de Kandi. Ainsi, les producteurs s’achètent les tracteurs sans en sentir le coût. Et les machines sont utilisées pour de multiples emplois.

Le principal usage est le labour. Dotés de charrue, les tracteurs permettent donc à leurs bénéficiaires de vite apprêter leur champ pour le semis. Avec son tracteur de 60 chevaux, OROU YARO Orou Gani de Kassakou réussit à labourer ses 45 ha à temps. Sa machine est aussi mise au service des autres producteurs du village contre 30000F à l’hectare labouré. Si les utilisateurs de Kandi commercialisent leurs outils, ceux de Ségbana ne l’utilisent que dans leurs exploitations.

Pour MOUMOUNI Chérifatou, présidente de l’union communale des groupements féminin de Ségbana, cette machine permettra aux femmes d’augmenter leur emblavure et travailler sans attendre les homes. Les remorques qui accompagnent les tracteurs en font un véritable moyen de transport dans la commune de Kandi.

Ainsi, après avoir servi pour le labour en temps de semence, les machines sont aussi utilisées pour le transport des produits en temps de récoltes. L’évacuation des céréales des champs vers les marchés de vente permet à OROU MOUSSE Bio Yô d’engranger un minimum de 40000F par jour avec son tracteur de 30 chevaux. Ce taux atteint la cinquantaine de milliers chez OROU YARO Orou Gani.

L’apport des machines agricoles pour les activités des producteurs est d’une grande importance à en croire les témoignages reçus dans les communes de Kandi et Ségbana. Avec ces tracteurs, les bénéficiaires ne connaissent plus de retard dans la préparation de leurs champs. La mécanisation leur a permis par ailleurs de réduire la main d’oeuvrer.

Selon SARE Bani de Ségbana, le tracteur de 30 chevaux fait le travail de quatre bœufs et lui permet de vite achever le labour de son champ à moindre coût. OROU MOUSSE Bio Yô lui apprécie que les machines libèrent les enfants et leur donnent la possibilité d’aller à l’école. Alors qu’ils étaient sollicités pour conduire les bœufs dans le labour attelé, leurs tâches sont désormais exécutées par les tracteurs.

 Des efforts toujours insuffisants.

Le programme de promotion de la mécanisation connaît des problèmes dont la résolution permettrait un succès. Certaines machines semblent ne pas être adaptées pour l’exploitation dont les producteurs en font. Il s’agit surtout des tracteurs 30 chevaux dont la puissance ne permet pas de supporter la demande.

De fait, les pannes enregistrées les concerne plus que ceux de 60 chevaux. OROU MOUSSE Bio Yô de Kassakou a garé le sien depuis quelques mois pour panne de pompe. Et selon la plupart des bénéficiaires rencontrés, ces tracteurs ne peuvent donner satisfaction; il ne peut faire que 2 à 2,5 hectares de labour par jour. Lorsqu’on lui demande plus, les pannes surviennent. Il faut donc privilégier les machines de 60 chevaux. Il faut aussi noter une politisation de la distribution de ces machines par endroit.

 Dans certaines communes, plusieurs producteurs estiment qu’ils n’ont pas pu avoir les tracteurs parce que n’étant pas de la même couleur politique que les responsables du programme. Dans le même temps, des gens qui ne sont pas producteurs en ont reçu grâce à leur parent bien placé dans le système. Les critères d’acquisition aussi excluent les petits producteurs qui sont obligés de payer le service de ces machines. Le nombre de bénéficiaires est encore largement en deçà des besoins.

Dans chacune des communes, plusieurs demandes attendent encore d’être satisfaites. Dans la commune de Banikoara par exemple, le maire a dû mettre deux machines de plus de 100 chevaux à la disposition de ses producteurs. L’on ne saurait relancer le secteur de l’agriculture en écrasant les petits exploitants. Il est donc nécessaire de trouver le mécanisme pour les prendre aussi en compte dans le PPMA.

Nicolas AGBIKODO

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