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Le triomphe de la vérité

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Princesse Amaya, artiste chanteuse Bénino-togolaise: «Je suis victime du dégoût qu’ont aujourd’hui les hommes à se marier »


Au détour d’une visite à Cotonou, Princesse Amaya s’est confiée à nous. Béninoise d’origine, elle vit depuis des décennies à Lomé, la capitale togolaise. Après le lancement de son tout premier album intitulé « Danse Solè » dans son pays d’accueil, Princesse Amaya rêve de conquérir le monde entier avec son chef-d’œuvre, à commencer d’abord par le Bénin, la terre de ses aïeux. Elle est d’ailleurs le porte-flambeau d’un rythme d’Adja, son village d’origine, qu’elle entend bien faire connaître à travers le monde entier. C’est le rythme « Danse Solè », le nom de baptême de son tout premier opus. Princesse Amaya n’a pas manqué de nous parler des problèmes de société qui mettent notamment en difficulté la femme. Tout en croyant toujours à l’amour, elle affirme avec force que les hommes n’aiment plus se marier. Et elle a ses raisons. Victime du phénomène, elle en parle avec tristesse.

Il y a quelques mois déjà à Lomé, vous avez lancé votre tout premier album que vous avez baptisé « Dance Solè ».  Quelle signification donnez-vous à ce nom « Dance Solè » ?

Princesse Amaya : En fait, la danse Solè est un rythme du Mono, plus précisément des Adja. On le danse souvent à l’occasion des cérémonies funéraires. Vous savez bien qu’en de pareilles circonstances, les gens consomment trop la boisson locale que nous appelons « Sodabi ». Cela se passe généralement dans la nuit profonde et les gens après avoir consommé une bonne dose de Sodabi commencent à somnoler. Là encore, place est donnée à toute sorte d’insanités notamment  celles liées au sexe. La sexualité est d’ailleurs un sujet souvent passionnant qui intéresse beaucoup de gens.  Donc, ceux qui ont bu trop d’alcool commencent à parler du sexe pour faire rire les gens. Et là, la veillée se fait dans le sourire et tout le monde s’y intéresse. Dans les causeries, trop de conneries sont racontées sur le sexe étant donné que ces genres de sujets intéressent beaucoup les gens. Ils le font surtout avec des tambours en chantant bien sûr. Alors, le bruit du tam-tam réveille ceux qui somnolent et la veillée funéraire se fait par tous. Autrement dit, c’est dans ces conditions que la danse Solè a été créée. J’ai donc choisi la promouvoir tout en la rendant plus moderne.

 Pourquoi avez-vous choisi alors de faire la promotion d’une danse qui en réalité parle exclusivement la sexualité ?

En réalité, je ne connaissais pas trop l’historique de la danse Solè. Nous, on n’a pas grandi au village. Nous y avons très tôt quitté et nous nous sommes installés au Togo où nous vivons tous actuellement. Alors, dès mon bas âge, j’aimais la musique et je suivais même les artistes togolais pour mieux apprendre d’eux. Je transformais même mes cahiers de cours en cahiers de chant. Cela ne plaisait pas du tout à mon papa. A cause de cela, j’avais même raté mon certificat d’entrée en 6ème, ce qui en a rajouté à la colère de mon père. Pour me punir, il m’a envoyé dans un village très lointain du Togo où habitaient les Adja. C’est donc là que j’ai découvert le rythme « Danse Solè » qui m’a plu et j’ai appris les différentes manières de le danser. Comme j’aime la musique, cela ne m’a pas été trop difficile à apprendre. Quand je suis revenue après mon certificat d’entrée en 6ème, j’ai poursuivi la musique en faisant l’option de promouvoir ce rythme étant donné que j’aime aussi  beaucoup la tradition. Et pour approfondir mes connaissances en la matière, je me suis rapprochée de quelques vieux qui connaissent bien l’historique de ce rythme. Et c’est justement eux qui m’ont permis de mieux comprendre l’explication que je vous ai précédemment donnée de ce rythme.

 Pour porter donc très haut le rythme traditionnel de chez vous, vous avez sorti votre tout premier album baptisé « Danse Solè ». Quel genre de messages véhiculez-vous à travers ce chef-d’œuvre ?

Comme je vous l’ai dit au départ, les messages de la danse Solè paraissent un peu  impolis puisqu’ils traitent souvent de façon grossière, de la sexualité. Mais moi je ne suis allée dans ce sens. Le premier morceau de l’album par exemple, est intitulé « Agbé lé Yésu gbo ». Je l’ai pourtant fait en Solè, mais ça parle plutôt de la vie éternelle. Le second est baptisé « Africa Gnonu ». A travers ce titre, j’ai vanté un peu les qualités de la femme africaine. Elle  est surtout selon moi travailleuse et courageuse. J’ai fait aussi un autre rythme adja qu’on appelle « Assi gbé » qui se joue sans instrument. J’ai aussi parlé de quelques problèmes auxquels sont confrontées les femmes africaines notamment, le mariage forcé et ses corolaires. Autrement dit,  j’ai chanté sur cet album, l’amour et Dieu.

Vous avez aussi fait du zouk sur cet album. La chanson consacrée est intitulée « Aime-moi ». Est-ce une dédicace pour votre amoureux ?

Non, pas du tout alors. Votre question me fait penser à une remarque que j’ai faite. En effet, je remarque que dans la vie actuelle, il est difficile de trouver un vrai amoureux. Je n’arrive pas à me l’expliquer, mais je pense que c’est ça la réalité. Souvent, c’est la femme qui aime l’homme, mais elle n’a pas le retour qu’il faut et cela vis versa. Et on souffre cruellement du manque d’amour entre homme et femme. C’est cela qui m’a amené à composer ce titre qui aborde largement le sujet. Et c’est donc plutôt un titre dédié à ceux qui souffrent de l’amour. Dans la même logique, j’ai chanté « Do mè dji ». Cela est une invite au couple de ne plus se créer des situations de mésentente ou qui fâchent et mettent en souffrance les relations amoureuses. C’est toujours l’amour. Là, je demande à ceux qui ont la chance de se mettre déjà ensemble de ne plus se créer des problèmes futiles qui peuvent mettre à mal leur union.

 Vous faites remarquer tout à l’heure que les femmes notamment ont du mal à se trouver un amoureux aujourd’hui. Selon vous, à quoi cela est dû réellement ?

Franchement, je ne peux le dire avec précision. Mais le constat que j’ai fait est bien vrai et c’est d’ailleurs dans le monde entier. Maintenant, l’autre remarque que j’ai faite, c’est que les femmes sont devenues plus nombreuses que les hommes. Parmi celles encore, il y en a qui sont trop impolies pour pouvoir garder un foyer, mais d’autres sont plutôt très polies et ont toutes les qualités qu’il faut, mais malheureusement n’en trouvent pas. Je ne peux dire si ce sont ses paramètres qui expliquent le phénomène.

 Malgré tout ceci, vous Princesse Amaya, croyez-vous toujours à l’amour ?

Oui, j’y crois. Mais la réalité, c’est qu’aujourd’hui, les hommes ne veulent plus se marier. Est-ce parce qu’ils n’aiment plus les femmes ou c’est parce que les femmes sont si nombreuses qu’ils ne savent pas quel choix opéré ? Je ne saurais le dire. Mais une chose est claire dans ma tête : c’est que les hommes n’aiment plus se marier ou ont plutôt peur de s’engager sérieusement avec une femme. Pour les femmes artistes que nous sommes, la  situation est encore pire. Les hommes ont peur de prendre une artiste comme femme sous leur toit. La preuve, moi je suis célibataire, mais avec un enfant. Les hommes ont tendance à penser qu’une femme artiste ne peut jamais être fidèle et que pire, elle nécessitera beaucoup plus de dépenses qu’une femme non artiste pour ses besoins. Mais ce qu’ils oublient en pensant ainsi, c’est que quand une femme aime réellement son homme, il n’y a pas de raison pour qu’elle ne lui soit pas fidèle.

 Princesse Amaya a-t-elle des projets pour son avenir artistique ?

Bien sûr. Comme je vous l’ai fait savoir déjà, j’ai lancé mon premier album « Danse Solè » au Togo il y a quelques mois. Mon rêve maintenant est de le faire connaître dans le monde entier, notamment au Bénin, mon pays d’origine. Bientôt je ferai le lancement de cet album ici même à Cotonou histoire de le partager avec mes frères et sœurs béninois. Je rêve aussi de trouver les gros contrats pour réussir ma carrière artistique, parce que c’est bien ces choses qui relancent actuellement les artistes étant donné que la piraterie a pris le dessus dans le combat de la vente des œuvres phonographiques.

Entretien réalisé par Donatien GBAGUIDI

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