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Le triomphe de la vérité

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Georges Houéssou, Directeur général de la décentralisation et de la gouvernance locale : « Les communes n’arrivent pas encore à consommer les ressources que l’Etat met a leur disposition »


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Ancien préfet du Mono-Couffo et ancien Sous-préfet de Pobè, Georges Houessou est à la tête de la Direction générale de la Décentralisation et de gouvernance locale depuis mai 2009. Dans cet entretien accordé à votre organe, cet administrateur civil de formation expose les actions que mène sa structure pour la dynamisation de décentralisation amorcée au Bénin depuis 2003. Il dresse un bilan de la mise en oeuvre du processus, du niveau d’implication des populations et d’appropriation des élus locaux.

 L’Evénement Précis : quelles sont les actions que mène la Direction générale de la Décentralisation et de gouvernance locale ?

 Georges Houessou: Notre structure mène des actions d’accompagnement et d’assistance aux communes. Nous sommes chargés en gros d’accompagner les communes dans l’exercice de leurs compétences qui leur sont transférées par les dispositions de la loi. Aujourd’hui, la direction générale est composée de trois directions techniques. Nous avons la direction des collectivités locales, la direction de la coopération décentralisée et de l’intercommunalité qui est une nouvelle direction dans le nouveau cadre institutionnel du ministère en charge de la décentralisation et la direction de la gouvernance locale. C’est pour vous dire tout simplement qu’aujourd’hui, le Président de la République a mis l’accent sur la bonne gestion de nos collectivités, la bonne gestion de nos ressources, la bonne gestion de tout ce qui entre dans le développement de notre pays qu’a été créé cette direction là pour apporter l’appui nécessaire et le conseil nécessaire aux collectivités pour qu’il y ait une meilleure gestion des ressources et de la gestion des collectivités et des territoires.

 Quel bilan pouvez-vous faire de la décentralisation qui a cours au Bénin depuis 2003 ?

Effectivement, depuis 2003 avec l’installation des conseils communaux, le Bénin est entré de pleins pieds dans le processus de la décentralisation. Si nous pouvons aujourd’hui parler en terme de bilan, nous pouvons dire que déjà, le fait même qu’on ait pu organiser les élections des élus en 2002-2003, que leur installation ait connu la première mandature de nos élus locaux nous a permis de faire la pratique, l’apprentissage de la gestion de nos affaires locales. Et nous pouvons dire également qu’à ce niveau là, il y a eu beaucoup d’acquis. Les acquis, on peut les énumérer au plan politique où les populations elles-mêmes ont choisi ceux qui leur semblent capables de les aider à gérer leurs propres affaires. Au plan économique, les populations aujourd’hui, mobilisent leurs propres ressources et également à travers la coopération décentralisée entre elles et des communes d’autres pays, elles ont réussi à mobiliser un certain nombre de ressources pouvant leur permettre de mettre à la disposition des populations des services améliorés et plus efficaces. Au plan social et culturel, c’est également eux qui construisent les infrastructures communautaires, c’est eux qui gèrent ces infrastructures, c’est eux qui proposent au conseil national la création ou l’ouverture d’écoles, les forages de puits, l’ouverture des voies dans telle ou telle autre localité. Donc, aujourd’hui, nous pouvons retenir ces éléments là comme des acquis. Cela nous a évidemment permis de penser à la deuxième mandature qui a commencé en 2008 avec quand même des avancées significatives. Aujourd’hui, la génération des élus a changé. Nous trouvons en leur sein des professeurs d’universités, en bref des cadres de haut niveau. Il est bien entendu qu’il n’y a pas d’exclusion, il y en a quand même qui sont restés et qui ne sont pas de hauts cadres mais qui ont bien géré et les populations ont accepté de les reconduire. On donc peut retenir comme éléments d’évolution ces éléments là. Tout le monde aujourd’hui s’intéresse à la gestion de la chose publique locale. Et il faut dire que tout ceci a été appuyé par un certain nombre de textes que l’Etat a pris. Entre autres, disons une quinzaine de lois et une trentaine de décrets d’application qui aujourd’hui sont mis en œuvre et qui nous permettent de mettre facilement en œuvre et en application le processus que nous avons tous décidé de mettre en place.  

 A contrario, quelles ont été les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre de ce processus de décentralisation ?

Les premières difficultés sont les interprétations des textes. Ensuite, ceux qui sont chargés de mettre en œuvre ou d’appliquer ces textes là, il faut qu’ils s’approprient les textes, l’esprit de la loi et la loi elle-même. Cela est valable pour tous les textes. Ça, c’est les difficultés que nous avons rencontrées. Ensuite, il y a les difficultés de financement. En ce qui concerne le financement, l’Etat ne peut pas à lui tout seul tout faire. Malgré les efforts qu’il fournit aujourd’hui, nous avons besoin des appuis financiers des partenaires et pourquoi pas des collectivités elles-mêmes qui doivent mettre en place des processus leur permettant de mobiliser suffisamment de ressources. Et ça, il faut l’avouer, les conseils communaux ont fait des efforts terribles. Quand nous étions sur le terrain en tant que sous-préfets ou préfets, on a vu les efforts. Nous n’arrivons pas à atteindre le niveau que les maires aujourd’hui ont atteint. Et c’est l’Etat qui a apporté le complément. Mais aujourd’hui, les mairies arrivent à s’auto-suffir à partir des mobilisations de ressources qu’elles font et de l’Etat, et des partenaires et sur leur propre terrain. Les difficultés que nous avons donc résultent du fait que, vous savez que les élus sont des politiques. Ils ne peuvent pas facilement se mettre derrière le contribuable ou la population qui constitue au demeurant leur électorat. Donc, il y a ces difficultés qui font que parfois, on ne vit pas la même situation sur tous les terrains, dans toutes les mairies. Nous pourrions encore dire que nous n’avons pas encore compris que c’est dans notre intérêt que ce processus là puisse être poursuivi. Il y en a qui en font un fonds de commerce. Je ne vous cache pas qu’il y a un certain nombre de difficultés. Je ne dirai pas l’ignorance mais la non maîtrise, la non appropriation des textes de décentralisation et de lois sur la décentralisation et les décrets d’application par tout le monde. Ce qui fait qu’il y a des divergences d’interprétation.

 Quelle est votre appréciation du niveau de participation de populations au processus de décentralisation ?

Véritablement impliquées, je ne dirai pas oui, je ne dirai non. Moi, mon appréciation est mitigée parce qu’il y a des localités où vous allez et vous observez que le maire implique réellement sa population dans la gestion de la chose publique parce que les consultant, leur donnant la possibilité de l’interroger. Par contre, il y a des communes où cet élément n’existe pas encore. On traîne encore. C’est pourquoi je parlais tantôt de la maîtrise, l’appropriation, la connaissance, la compréhension de tout ce qui est prévu comme outil, dispositions de la loi, décrets d’application. Mon appréciation est donc mitigée à ce niveau.

 Il s’observe depuis la mise en œuvre du processus des destitutions de maires voire même de leur emprisonnement. N’est-ce pas le reflet d’un échec de la gouvernance locale ?

C’est vrai, les destitutions ont commencé effectivement vers la fin du premier mandat. Et vous aurez compris que c’est à la veille des élections. Cela s’entend, c’est normal. A partir de ce moment, vous voyez que les appétits s’aiguisent, chacun  veut reprendre la place de celui qui était au poste. Et c’est ça qui a créé ce problème là. Mais, en réalité combien de maires ont été destitués sur les soixante dix sept (77) ? C’est par rapport à ça qu’il faut faire une évaluation pour voir le pourcentage, l’influence que cela a pu avoir. Par rapport à l’emprisonnement des maires, en fait combien de maires ont été emprisonnés parce qu’ils ont mal géré ? C’est insignifiant d’ailleurs. En fait, c’est pour cela que la Direction de la gouvernance locale a été créée pour aider les maires à mieux gérer. Mais, ça n’a pas eu d’influence en fait sur la gestion. Nous ne pouvons donc pas dire que c’est un échec de la gouvernance locale. Non, on n’en est pas encore à ce niveau là.

 Plusieurs maires reprochent à l’Etat le fait que le transfert de ressources n’est pas encore une réalité. Que fait votre direction pour pallier à cette situation ?

C’est vrai et c’est de bonne guerre. Les maires se plaignent tous les jours. Or, si on doit vous faire le point vous allez voir. Ils n’arrivent même pas à consommer ce qu’on met à leur disposition. Les maires n’arrivent pas à consommer et se plaignent de quoi ? Nous avons l’état des lieux avec nous. Il y a des communes où le Fadec a envoyé les 30% par exemple du premier trimestre de cette année qui n’ont peut être pas encore été consommés. Ne parlons plus de 2009. En 2009, combien de communes ont consommé entièrement ce qui a été mis à leur disposition ? Il en a qui n’ont même pas consommé. C’est vrai qu’à côté, il y a d’autres qui sont très bien organisés, qui consomment bien et qui réalisent vraiment de bonnes choses pour les populations. C’est vrai qu’ils se plaignent mais quand on fait le point réellement , on constate que les fonds que l’Etat met à leur disposition, que ce soit dotations non affectées, que ce soit les dotations affectées, c’est vrai, ils n’ont pas tout consommé, ils n’arrivent pas à tout consommer. Il est vrai qu’il y a effectivement des ministères sectoriels qui n’arrivent pas encore à transférer ces ressources là. C’est tout doucement, progressivement et méthodiquement que nous allons le faire au risque de déséquilibrer le fonctionnement des communes.

 Quel est le niveau de soutien des partenaires techniques et financiers à la mise en œuvre de ce processus de décentralisation au Bénin ?

C’est très appréciable, je ne vous le cache pas. Je profite de l’occasion pour leur dire merci et renouveler le souhait que nous allons continuer à bénéficier de leur appui technique et financier. De façon chiffrée, je ne peux pas vous le dire mais je puis dire qu’ils apportent un concours très appréciable. Quand vous prenez par exemple dans le Mono-Couffo ou s’investissent les belges, ils font beaucoup de bonnes choses au bénéfice de nos populations. Ils construisent des écoles, nous aident à ouvrir des voies, forent des puits, rénovent des écoles qui sont déjà construites, renforcent les capacités et des élus et de l’administration communale, accompagnent l’organisation de nos administrations locales, équipent nos administrations locales pour les rendre plus opérationnelles…quand vous prenez des départements comme le Borgou, nous avons le Pnud, le Fenur, l’Appui Suisse qui sont présentes…au niveau de l’Atacora, nous avons également la Coopération technique allemande qui font un bon travail dans ces domaines que j’ai cités.

 Que pensez-vous de la mise en oeuvre de l’intercommunalité qui a cours actuellement?

C’est des initiatives que nous avons saluées et que nous avons prises d’ailleurs en compte. Nous avons fait faire une étude sur la mise en cohérence de ce qui est vu aujourd’hui sur le terrain comme intercommunalité avec les dispositions de la loi. Parce qu’en fait, ce n’est pas forcement l’intercommunalité, c’est des associations des regroupements de communes, ce qui est différent de l’intercommunalité. Mais, nous n’avons pas voulu interrompre le processus qui est sur le terrain parce qu’il y avait un vide juridique et les communes en ont profité pour s’organiser. Nous encourageons ces organisations là mais nous les invitons à se mettre en conformité avec les dispositions de la loi. Nous les accompagnons d’ailleurs dans ce sens là. Nous avons déjà reçu deux (02) groupements, nous sommes en train de les aider. Mais, en même temps, nous leur disons de  continuer, ça pourra nous édifier. Ça nous permettra peut-être d’améliorer nos textes et également de proposer des projets de décrets d’application à l’attention du gouvernement.

 Votre appel en direction des élus locaux pour une dynamisation du processus de décentralisation

A l’attention des élus locaux, je voudrais répéter ce que notre ministre Alassane Séidou a souvent l’habitude de dire, nos préoccupations désormais doivent être le développement de nos localités. Et nous souhaitons vivement que nos conseils communaux dépassent les clivages politiques, les problèmes personnels pour ne s’occuper exclusivement et prioritairement que des problèmes de développement, qu’ils se mettent ensemble pour réfléchir et penser le développement. Parce que le développement de notre pays dépend du développement de nos localités. C’est lié. Et tant que nous ne nous occuperons pas du développement de nos localités, notre pays en prendra des coups. Et c’est ce que nous voulons leur rappeler. Et qu’ils créent entre eux le dialogue car sans dialogue, l’interlocuteur en face ne vous comprendra pas. Nous avons aussi besoin d’une bonne gestion, d’une gestion transparente, participative de nos localités pour qu’on en tire un plus grand profit dans l’intérêt de nos populations.

 Entretien réalisé par Jean-Claude DOSSA

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