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Le triomphe de la vérité

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100 millions de caution pour les élections présidentielles: Les dangers d’une candidature censitaire au Bénin


Les députés béninois ont adopté le mardi dernier, la loi portant règles particulières pour l’élection présidentielle en République du Bénin. Au titre des innovations, la hausse de la caution de 5millions à 100 millions pour les candidats. Un souci de limitation des candidatures qui ne garantit pas forcément la qualité des postulants à la magistrature suprême.

La présidentielle au Bénin a pris depuis l’adoption de la nouvelle loi portant règles particulières pour l’élection présidentielle, les allures d’une candidature censitaire. A l’image du vote censitaire longtemps dans l’histoire des démocraties dans le monde, où le droit de vote du citoyen a été tributaire de la capacité des citoyens à s’acquitter d’un montant pécuniaire, le droit à être candidat pour la présidentielle a connu de l’inflation. De 5 millions, la caution exigée par le législateur béninois aux candidats a culminé à 100 millions de francs Cfa. La principale raison évoquée par les instigateurs de cette loi réside dans le souci du législateur de limiter les candidatures fantaisistes et pléthoriques.
En effet, le problème de pléthore de candidatures aux élections présidentielles, auquel les parlementaires ont voulu apporter une solution, est réel et concourt dans une certaine mesure à discréditer les scrutins. Par exemple, 26 candidats étaient en lice pour la présidentielle de 2006 pour un pays de 7 millions d’habitants. Dans cet effectif, seulement trois ont pu obtenir au terme du 1er tour du scrutin un score supérieur à 10% des suffrages exprimés. 18 sont en deçà de 1%. Face à ce tableau, il était nécessaire de soustraire l’élection présidentielle de la portée des aventuriers et de plaisantins en quête de notoriété personnelle ou guidés par des soucis de règlement de compte. Seulement la formule trouvée par les députés de la 5ème législature, et qui puise sa raison de la puissance financière des citoyens, ne fait que déplacer le problème pour ouvrir d’autres champs de vulnérabilité de notre système électoral.

L’ARGENT OU LA VALEUR ?
Sans aucun doute, ces nouvelles dispositions légales contribueront à réduire de façon drastique l’effectif des candidats à la prochaine présidentielle. Les premiers qui déserteront le forum seront les plaisantins qui sont sans base pécuniaire solide à la dimension des cautions exigibles dans la nouvelle loi. Mais il y a les autres clowns qui passeront les mailles de cette loi. Ce sont les plaisantins à poches pleines qui n’ont aucune vision et aucune notion de sens de gestion de l’Etat. Ceux-là qui ne doivent leur ascension sociale qu’à l’amassement de biens matériels sans jamais tâcher de s’élever par l’esprit. Cette race d’homme politique qui a commencé par prendre d’assaut depuis quelques années notre parlement pour progressivement en devenir les maîtres. Autrement, c’est une loi qui disqualifie la valeur de l’esprit pour dresser le tapis à l’abondance matérielle au risque même d’ouvrir grandement les portes de la Marina à un milliardaire narcotrafiquant et en interdire l’accès à l’honnête citoyen imbu des valeurs du travail et nourrissant une vision pour son pays. L’option censitaire de la nouvelle loi est limitative de la pléthore de candidatures mais elle n’est nullement promotrice de valeur pour une société en pleine crise. Pas plus qu’elle ne reflète la valeur représentative des candidats au sein des populations. Les députés béninois ont pourtant, dans leur soif légitime de limitation des candidatures, à leur disposition plusieurs autres facteurs sur lesquels ils pouvaient agir. C’est le cas du système de parrainage expérimenté par plusieurs Etats. Une candidature portée par exemple par dix députés à l’Assemblée nationale ne vaut-il pas mieux qu’une qui ne se fonde que sur les capacités pécuniaires exclusives? Par cette cooptation, l’on s’assure dès le départ de l’envergure du candidat et de sa capacité à mobiliser les ressources humaines autour de sa cause et de sa personne. Ce gage vaut plus que l’envergure financière du candidat et préserverait mieux notre société de la dégénérescence qui tire ses racines de la tendance à prioriser l’argent sur le travail. Une société qui se construit sur ce fondement est forcément appelée à disparaître. Autant utiliser les lois de la République pour détruire les bases de cette société matérialiste plutôt que d’en créer pour la consolider.

Médard GANDONOU

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