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Le triomphe de la vérité

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Editorial: L’heure des déballages


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Soulé Mana Lawani est passé à table. L’ancien ministre des finances, emmuré dans un épais silence depuis son limogeage, semble avoir choisi de puiser dans ses dernières réserves d’énergie pour non seulement laver son honneur mais aussi et surtout dévoiler sa part de vérité dans une affaire qui se retournait toute entière contre lui et lui seul. Alors question, pourquoi est-ce seulement maintenant ? Pourquoi seulement maintenant où le couperet de la mise en accusation est prêt à tomber sur sa tête, et pas avant ?

Depuis son limogeage intervenu dans des conditions confuses en juin 2009, il s’est bien passé un an, une année au cours de laquelle il avait eu la latitude de tout dire sans courir aujourd’hui le risque d’une défense maladroite dictée par la seule volonté de plonger le Chef de l’Etat pour éviter que la procédure n’aille jusqu’au bout. Ses révélations laissent entendre en effet que l’action judiciaire ne saurait prospérer sans  que le Président de la République ne soit écouté par les juges. Son mémorandum, manque totalement de sincérité. S’il était réellement adepte de la vérité, Soulé Mana Lawani aurait pu dire aux Béninois depuis longtemps dans quelles scabreuses conditions, leurs deniers ont été dilapidés à force de surfacturation et de copinages infects. Je reste convaincu que l’ancien ministre est en train de tirer parti de l’impopularité généralisée du Chef de l’Etat, pour se poser en victimes expiatoire d’un système dans lequel il a joué un rôle essentiel.  Jusqu’à son éviction, n’était-il pas le tout puissant ministre dont l’épouse battait le pavé pour Yayi ?  N’est-il pas celui qui a tout couvert, tout accepté jusqu’ici en comptant sur le silence éventuel du Chef de l’Etat ? Le 1er Août 2009, le Chef de l’Etat l’avait pourtant bien chargé à travers un entretien télévisé, sans qu’il ne dise mot. Si Boni Yayi n’avait pas commis cette action folle de la Haute Cour de Justice à son encontre alors que l’action judiciaire avait été enclenchée depuis des mois, les Béninois n’auraient pas su la vérité. En tout cas, pas de si tôt. La stratégie est bien connue des juges, et lui permettra de gagner du temps à jouer les victimes et à laisser choir dans l’opinion quelques bribes de la longue connivence qu’il a entretenue avec le Président de la République. Pendant ce temps, l’opinion publique l’aurait pris en compassion et sa condamnation éventuelle relèverait naturellement d’une grave injustice. Il en sortirait grandi, d’autant qu’il a prouvé qu’il n’a jamais rien signé sans en avoir eu le droit et surtout le devoir, dans la situation d’extrême urgence qui a régné lors de la préparation du sommet de la CEN-Sad.  De ce fait, les véritables contrecoups à la fois politiques et judiciaires, seront endossés par Boni Yayi.

 Au plan politique, les idéaux de base de son régime sont tous tombés à l’eau, balayés par l’onde de choc de la Cen-Sad. L’idéologie du changement qui trouve son ancrage le plus profond dans la rhétorique de la lutte contre la corruption et pour la bonne gouvernance, s’est envolée. L’insincérité du discours présidentiel est désormais mise à nu. Même le 1er Août dernier, Boni Yayi se faisait passer pour un saint, arguant être toujours prêt à lutter contre l’hydre de la corruption. Il disait encore : « Ce qui nous arrive me conforte également dans ma détermination à lutter contre les fléaux que constituent l’impunité et la corruption ». Et le thème même de la lutte contre la corruption résonne dangereusement comme une lutte contre Boni Yayi. C’est lui qui le premier  sur ce chantier de la gouvernance, nous donna tous les espoirs avant de les décevoir un à un. L’outrecuidance tout à fait opportuniste de Soulé Mana Lawani vient démentir la blancheur immaculée de ses habits de moraliste. Le roi est définitivement nu. Son camp doit aujourd’hui essuyer une véritable débâcle idéologique.

        Au plan électoral, on imagine mal comment le Président de la République pourrait remonter une pente aussi raide. La vaste désillusion qui sévit dans le rang même de ses partisans, répercutera dans les urnes. Il faut maintenant des efforts parahumains pour que Boni Yayi se fasse réélire en 2011. La catastrophe idéologique  et le fatras socio-économique font un cocktail électoral détonnant dont il ne sortira pas indemne.

 Olivier ALLOCHEME

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2 thoughts on “Editorial: L’heure des déballages

  1. dossoumou fali

    Moi plutot j’ai aucune inquiétude quant à la réélection de yayi en 2011 vu qu’on a aucune candidature sérieuse.
    Ce n’est pas en tout cas HOUNGBEDJI qui nous fera rêver
    Néanmoins je pense que yayi doit aller a une autre école pour savoir entretenir les sécrets de couvent comme tous les présidents du monde entier. Son erreur c’est le fait de s’agiter pour sortir les sécrets. KEREKOU ne lui a pas donné ce gris gris.

  2. YEDJAÏ Célestin

    Je souhaite que désormais à côté de votre nom, vous mettiez votre téléphone. Ce serait très intéressant pour une discussion franche.
    Pour en revenir à votre préoccupation, moi je vous dis que je suis pressé de voir les élections vite arriver car la victoire du Dr Boni YAYI est à plus de 75% au premier tour.

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