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Le triomphe de la vérité

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Editorial: Les vertus de la Haute Cour


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La Haute Cour de Justice finira bien par avoir ses premiers clients. Cette institution créée pour juger députés, ministres et Présidents de la République est  toujours restée inactive, laissant à ces acteurs politiques la liberté d’opérer leurs prévarications en tout genre, sans jamais craindre le couperet de la justice. Et voilà que poussé par le vent de la crise politique, Boni Yayi se voit contraint de sortir les dossiers nébuleux sur lesquels les députés pourront se prononcer cette semaine. Il faut lui tirer un coup de chapeau pour cette initiative qui vient enfin mettre un coup d’arrêt à l’impunité des dirigeants depuis les indépendances. Depuis lors en effet, de rares ministres ont été il faut vraiment fouiller dans les archives pour voir qu’en 1963, le Président Hubert et quelques-uns de ses  ministres  dont Bertin Borna et Paul Darboux ont été jetés en prison pour diverses malversations. Celles-ci ont été à la base de la violente révolution d’Octobre 1963 qui a emporté le régime du PDU. Ils ont été libérés plus tard à la suite de querelles mémorables entre Apithy et Ahomadégbé, les deux têtes de l’exécutif. Depuis lors, il faut attendre le régime du changement pour voir des ministres derrière les barreaux pour cause de malversations réelles ou supposées. Cosme Sèhlin et Alain François Adihou ont séjourné à la prison civile pour répondre de délits ayant éclaboussé leur passage à la tête de leurs ministères, même si les vices de procédure n’ont jamais permis de savoir le bien-fondé des accusations portées à leur encontre. Les dénégations outrées de l’ex-ministre Adihou comme le silence douteux de Sèhlin ne nous renseignent en rien sur ce qui s’est réellement passé.

Le fait est que depuis le renouveau démocratique, les divers régimes se sont toujours abstenus de passer à l’acte pour faire entendre enfin la voix de la justice. Le Président Soglo, pas plus que Mathieu Kérékou, n’a pu « rendre gorge » aux pilleurs de l’économie nationale. Leurs menaces diverses et les fanfaronnades de salon se sont toujours  heurtées au mur de la peur d’être emportés eux-mêmes par la vague qu’ils auraient soulevée. De sorte que la succession des gouvernements a été constamment marquée par de sinistres soupçons de vol et de pillages. Sous un certain Président ayant perdu les élections, certains ministres ont emporté jusqu’aux moquettes de leurs bureaux. Sous un certain Président, un ministre de l’agriculture a a « découvert » que son bureau a été brûlé par des « malfrat », en plein scandale financier. Sous un certain Président, le glucose acheté à prix d’or est devenu du sable marin…Jamais, personne ne fut inquiété. La chaîne de l’impunité ayant dicté sa loi, chacun tenait chacun en respect parce que le vol et le pillage étaient devenus un sport national.

        L’arrivée de Boni Yayi devait sonner le glas de cette loi de la jungle. Il est vrai que l’ancien Président de la Haute Cour de Justice s’est toujours plaint des entraves nombreuses érigées sur la voie de l’institution devenue finalement une usine qui tourne à vide. Oui, la haute Cour participait inutilement à l’appareil d’Etat, impuissante de par les textes eux-mêmes à juger ceux qui devraient l’être. Il est devenu plus facile de juger un voleur de moto ou de mouton qu’un voleur de milliards. Voilà le paradoxe instauré en soi-même par notre Constitution qui a fabriqué un mythe juridictionnel autour des ministres, députés et Président en leur octroyant des privilèges exceptionnels devant la justice. Les entraves astucieuses posées à la Cour montrent que tout jugement de ces types particuliers de prévenus est d’abord un acte politique. La procédure, complexe et alambiquée, montre qu’il faut vraiment avoir des adversaires partout pour se faire juger. C’est le cas de l’ancien ministre Alain Adihou, « lâchement » envoyé devant la Haute Cour, pour de simples règlements de compte et pire encore, envoyé en prison pour des raisons que seul Dieu sait.

Il faut maintenant que la procédure normale soit suivie pour qu’enfin éclate la vérité. Mais il faut surtout que cette institution commence à travailler pour que ceux qui nous gouvernent sachent qu’ils ne sont pas au-dessus de la loi. Le reste est de savoir maintenant quelles modifications apporter à la loi sur la Haute Cour pour la rendre plus flexible, pour que la lutte contre la corruption ait du sens.

Olivier ALLOCHEME

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