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Le triomphe de la vérité

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Editorial: La Chine au Bénin


La croissance chinoise est un défi pour l’économie béninoise. Ce n’est pas tant le Bénin que toute l’Afrique noire qui est aujourd’hui dans une position plutôt délicate vis-à-vis du géant asiatique propulsé depuis deux décennies environs dans une croissance économie soutenue. Même si la croissance chinoise s’est ralentie ces derniers mois, avec une diminution relative de la production industrielle par exemple qui est passée de 13,7% en juin à 13,4% le mois dernier, l’empire du milieu demeure une superpuissance commerciale. Elle utilise alors toutes les palettes du marketing international pour s’imposer sur les marchés neufs en usant de stratégies différentes de celles en vogue dans les chancelleries occidentales. A une aide publique au développement (APD) principalement basée sur le paternalisme occidental, la Chine substitue un partenariat dit gagnant-gagnant. Elle s’abstient de donner des leçons à ses partenaires et s’en tient seulement aux relations commerciales qui fondent sa présence dans nos Etats. Avec beaucoup plus d’humilité que nos anciens colonisateurs, les Chinois ont maintenu au Bénin depuis 1972, une présence discrète qui s’est voulue apolitique et résolument technique. La Chine ne fait pas de politique en Afrique, soucieuse avant tout d’assurer le flux de ses exportations. C’est en comptant sur cette modestie qu’elle s’est hissée depuis décembre dernier au rang de premier pays exportateur du monde, dépassant tranquillement l’Allemagne et écrasant de loin les Etats-Unis. C’est qu’en majorité, les exportations chinoises dépendent énormément d’importations du reste du monde : du fer de l’Australie, de circuits intégrés de Taïwan, de Corée du Sud ou de Singapour, de logiciels conçus par des équipes de Redmond aux USA ou Bangalore en Inde. Son alimentation en énergie est tributaire du Soudan, du Zimbabwé et du Nigeria. Des équipes de design de Cambridge ou de Toulouse travaillent pour la Chine et des investissements sont levés par des consortiums basés à New York, Sao Paulo ou Johannesburg au profit de grands groupes basés à Shanghai ou Shenzhen.

Ils sont présents chez nous dans tous les secteurs, profitant de la grande ouverture du Bénin aux produits étrangers. 35,9% des importations du Bénin en 2008 proviennent ainsi de la Chine qui se hisse au rang de principal pays importateur dans notre pays. Idem pour les exportations du Bénin qui vont principalement dans l’empire du milieu (15,6%). Comme on le voit, la France a été prise de vitesse. Mais alors problème.

’une des recommandations les plus essentielles de la conférence économique nationale de 1996 indiquait que le Bénin devra promouvoir les secteurs stratégiques pour un développement durable. De ce point de vue, que peut faire le pays pour se protéger des produits industriels chinois largement concurrentiels ? Main d’œuvre bon marché et compétente, économie d’échelle réalisée sur des achats massifs de matière première, technologie de pointe éprouvée par une industrie diversifiée…voilà les facteurs qui rendent les produits chinois compétitifs sur le marché mondial. Ils écrasent la concurrence dans presque tous les pays. Pour contrer le nationalisme qui constitue une barrière à sa politique commerciale, la Chine a instauré des règles préférentielles au profit de certains pays africains. De sorte que depuis le 1er janvier 2005, 181 catégories de produits provenant de 28 pays africains, ont été exonérées de droits de douanes sur le territoire chinois. Avec les conférences sino-africaines qui se multiplient, le pays accroit d’autant les gestes de bonne volonté pour acheter la sympathie des Africains. Dans le même temps, les Chinois pullulent dans tous les secteurs économiques et y exercent leur mainmise, comptant d’ailleurs sur l’extranéité légendaire des consommateurs africains. Aujourd’hui, il y a lieu de se demander si les produits industriels béninois sauront concurrencer en Chine même les produits chinois, en profitant des conditions préférentielles mises en place.

’est une véritable quadrature du cercle. Avec l’AGOA, les Etats-Unis pensaient pouvoir favoriser la pénétration du marché américain par les produits africains. Mais les capacités techniques de nos industries sont si fragiles qu’elles arrivent à peine à respecter les règles minimales du marché américain, avant même de pouvoir s’y imposer. La même difficulté est en cours sur le marché chinois. Nous sommes condamnés à y exporter des produits primaires à faible valeur ajoutée, qui perpétuent du reste le mécanisme de la dépendance de notre économie vis-à-vis des fluctuations du marché international. D’où la nécessité d’un sursaut industriel.

Olivier ALLOCHEME

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One thought on “Editorial: La Chine au Bénin

  1. AMEDETON

    Ce qui fait en réalité la force de l’économie chinoise c’est la forte consommation intérieure des produits chinois.
    C’est vrai les chinois exportent beaucoup vers l’Afrique et en particulier vers le Bénin,mais ne nous attendons par a voir quelque produit(encore que c’est de la matière première)a concurrencé les produits chinois en Chine.
    Qu’attendons nous aujourd’hui a demandé aux chinois un transfert de technologie vers notre pays, si tant que les chinois ne parlent pas de politique et qu’ils veulent faire asseoir un partenariat gagnant_gagnant.

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