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Le triomphe de la vérité

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Regards critiques de la vedette béninoise, Baflora sur le cinquantenaire de l’indépendance du Bénin : « J’ai coulé des larmes quand j’ai vu notre Président s’habiller comme si on célébrait le 14 juillet»


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 La princesse Baflora est  très déçue de la célébration faite du cinquantenaire de l’accession du Bénin à la souveraineté internationale. Et là, elle se montre très amère quant à la place réservée à la culture béninoise à cette occasion. Même le comportement vestimentaire du Chef de l’Etat et de ses ministres la désole au point où elle se croyait au 14 juillet, date anniversaire de la fête nationale française. Baflora rêvait surtout  voir le Chef de l’Etat s’habiller ce jour-là en un boubou bien tiré, peint aux couleurs locales pour affirmer davantage notre identité culturelle. Mais cela ne restera qu’à l’étape du rêve. Et c’est justement pour cela qu’elle accuse les stylistes ou conseillers en habillement du Chef de l’Etat qui selon elle,  ont failli à leur mission.

 L’Evénement Précis : Le Bénin vient de célébrer le cinquantenaire de son accession à la souveraineté internationale ; comment avez-vous vécu l’événement ?

 Baflora : Nos cinquante ans d’indépendance, j’avoue que ce n’est pas une petite chose. Nous qui avons déjà bouclé les 50 ans de vie, nous ne sommes plus sûrs de pouvoir vivre pendant 50 nouvelles années pour faire le bilan du centenaire. C’est pour cela que je trouve que ce qui est nécessaire pour nous aujourd’hui, c’est de dire la vérité, des choses constructives pour la génération montante. Ceci étant, je dirai, et cela n’engage que moi, que le cinquantenaire ne devrait pas être en réalité une fête, mais une bonne occasion de nous asseoir pour faire le bilan de nos 50 ans d’indépendance. Organiser par exemple une grande conférence ou un grand symposium national qui réunira tous les fils et toutes les filles du pays, toutes tendances confondues pour pouvoir faire le point de nos échecs et de nos succès afin de tirer les conclusions qui s’imposent pour l’avenir de notre pays. Franchement donc, l’heure n’était pas à la fête. Et c’est justement pour cela que moi, je n’ai pas contribué à la fête à proprement parlé, mais j’ai participé à la messe du cinquantenaire, au colloque initié par le Conseil économique et social et j’ai fait part de mes observations lors de nos assises quant à l’avenir de notre pays. Autrement dit, je n’ai pas participé aux manifestations festives, j’ai choisi donc m’asseoir devant mon poste téléviseur pour regarder ce qui se passe et tirer mes propres conclusions.

 Comme vous l’avez mentionné, vous avez eu à observer les choses et vous avez  tiré vos conclusions. Dites-nous alors, de votre regard d’artiste, vos observations par rapport à tout ce qui s’est passé dans le cadre de ce cinquantenaire.

Là, j’avoue franchement et je le répète une fois encore que cela n’engage que moi,  que j’ai été très déçue. A la tribune officielle, en  voyant  l’habillement de nos autorités, on dirait que nous fêtions le 14 juillet, la fête nationale de la France. Tous étaient en costume cravaté. Si je dois donner une note, je leur attribuerai zéro sur vingt. C’était quand même notre cinquantenaire de l’indépendance et non de dépendance. Je rêvais moi de voir mon Président s’habiller en grand boubou bien tressé, peint pourquoi pas aux couleurs nationales. Cela nous ressemblerait plus. Je vous assure que j’ai coulé des larmes quand j’ai vu mon Président, à l’occasion de la célébration de nos 50 ans d’indépendance venir au défilé habillé en veste et cravate. Si je parle aujourd’hui de ces choses, c’est parce que j’ai l’âge de parler et je crois qu’il faut me croire quand je parle de ces choses. Je ne peux pas imaginer que notre Président puisse avoir un accoutrement de ce genre là. Franchement, ça m’a fait mal et je pense que ce n’est pas à moi seule. Mais nous avons des artisans qui coudent quand même de très jolis habits. Les compétences, ce n’est pas cela qui nous a manqué. En principe, ce jour là, ne serait-ce que ce jour de notre cinquantenaire, le Président et ses ministres devraient nous faire le plaisir de s’habiller en de véritables Béninois. Cela les honoreraient davantage.

 On voit dans vos dires que vous êtes en train d’égratigner les stylistes ou les conseillers à l’habillement du Chef de l’Etat ?

Vous avez bien dit. Sur ce plan là, je dirai qu’ils ont failli. C’est qu’il est difficile de dire la vérité chez nous au Bénin parce que cela vous crée d’énormes problèmes, mais je me permets de le dire parce qu’à mon âge, je ne sais pas ce que je ferai pour aider davantage mon pays dans sa volonté de se développer. Je continuerai de dire la vérité quoi que cela me coûte. Je pense que  l’habillement doit être adapté aux circonstances. Je ne comprends pas comment on peut conseiller à un Président de s’habiller à la française alors qu’on célèbre une fête nationale et de surcroît, le cinquantenaire de notre indépendance.  Le Chef de l’Etat et les ministres se sont habillés comme si on célébrait le 14 juillet. Notre cinquantenaire se résumait-il à la fête nationale française ? Je ne pense pas. Un grand boubou bien dressé parsemé par exemple des couleurs locales aurait pu nous éviter la désolation. Au regard de cela, je pense que ce n’est pas méchant de dire que  les conseillers à  l’habillement du Chef de l’Etat ont failli. Et ce n’est pas fini. Je n’ai rien vu de notre culture à cette fête. Des majorettes ont  fait des prestations sous une musique étrangère. Ecoutez, nous ne sommes pas quand même des Chinois. Nous avons une identité culturelle. Pour un cinquantenaire, on a encore refusé de célébrer nos richesses culturelles, ce que nous avons de plus cher que tout et qui nous ressemble et reste collé à nous même si nous  ne le voulons pas.  Pourquoi n’a-t-on pas tout au moins laissé les princesses de Porto-Novo défiler dans leurs jolis accoutrements ? Pourquoi nos égoun goun et zangbéto n’ont-ils pas été valorisés à cette fête. Cela m’a beaucoup attristé. Ce n’est pas le Bénin que j’ai vu défiler le jour là. Franchement, je suis déçue et je ne m’en reviens pas.

 Vous avez aussi dit que l’heure  n’est pas à la fête puisque des gens sont  actuellement attristés par certaines situations. A quoi faites-vous allusion ?

Je voudrais parler du drame Icc-Services qui a plongé des milliers de gens dans le désarroi. Si j’ai quelque chose à dire, c’est de rappeler à chacun de nous que ce n’est pas un vain mot quand il est dit que l’homme doit manger à la sueur de son front. Vous pensez réellement  que des milliers de Béninois qui ont  été spoliés, vidés de l’épargne de leur vie ont le cœur à la fête ? Non, je ne crois pas. Et puisque c’est une fête nationale, il serait injuste à mon avis de laisser certains dans leur tristesse et de fêter comme si de rien n’était. C’est une abomination cette histoire d’Icc-services qui est arrivée à notre pays. Je pus vous assurer que les gens se moquent de nous à l’extérieur puisqu’on ne comprend  pas qu’intelligents que nous sommes, qu’on ait pu tomber dans un piège aussi visible. C’est tout ceci qui me fait dire que l’heure est plutôt  à la méditation. Nous devons repenser l’avenir de notre pays, sinon, rien de rassurant ne se peaufine à l’horizon. Je suis bien placée pour parler de ce pays là. Le Président Zinsou, c’est un père pour moi. Il m’a porté sur ses genoux. Il est encore vivant et il peut témoigner. Le feu Président Maga aussi me connaissait très bien. Quand le 1er août arrivait, c’est chez  lui  que nous on faisait la fête. Aujourd’hui il n’est plus. Paix à son âme. Ils se sont peinés pour avoir l’indépendance, mais par la suite, nous n’en faisons pas grand-chose et je dis que c’est bien dommage.

 Où étiez-vous en 1960 quand nous accédions à l’indépendance ?

Jeune fille que j’étais à l’époque, j’entrais au Lycée Toffa 1er à Porto-Novo. C’était en fait le Lycée technique des jeunes filles qui est devenu par la suite Lycée Toffa 1er. Quand l’indépendance a été proclamée le 1er août à l’époque, entre lycéennes, collègues, on s’est retrouvé pour nous amuser, jacasser. Nous nous sentions vraiment libres. On s’est raconté de très bons vieux souvenirs puisque nous avions aussi contribué à cette indépendance là. Je me permets donc de parler surtout que j’ai aussi contribué à  l’avènement de la Conférence nationale des forces vives de la nation de février 1990. J’étais déjà fonctionnaire à Paris à l’époque et c’est à moi que le Président Zinsou amenait certains documents de la conférence que je saisissais et corrigeais. Ces archives, je les mettais également  sur supports sonores, ceci tous travaux cessants. J’étais au service des affaires sociales de la France.

 Quelle a été concrètement votre apport pour l’organisation de ce cinquantenaire ?

Vous posez une question qui me fait encore penser à la problématique de la ségrégation dont je fais objet depuis que je suis venue m’installer dans mon pays. Je me suis déplacée moi-même pour demander en quoi je pourrais être utile dans cette fête en tant qu’artiste. Mais j’ai été une fois de plus déçue de la réponse qu’on m’a servi. On m’a tout simplement dit  qu’ils ont reçu des instructions de ne privilégier que des artistes du département dans lequel la fête s’organise. Alors, que pourrez-vous faire dans ces conditions même si vous aimez fortement votre pays ? Je crois que pas grand-chose.

 Un mot de conclusion pour dire surtout ce qui pourrait mieux arranger les choses selon vous à l’avenir ?

Je commencerais d’abord par nos habitudes vestimentaires. Je dirai qu’on fasse tout pour que cela reflète désormais notre identité culturelle qu’on soit autorité ou pas. Arrêtons maintenant de faire la promotion de la culture des autres et changeons surtout nos mentalités en nous débarrassant de la « béninoiserie » qui pour moi constitue une véritable gangrène qui nous pourrit la vie et fait régresser. Moi j’ai passé 34 ans en France, mais je déplore cette habitude que nous avons prise de nous habiller comme des Français tout en étant encore chez nous. Montrons-nous maintenant véritablement indépendants dans nos comportements à partir de ce moment pour nous affirmer et faire la fierté de notre patrie commune.

 Propos recueillis par Donatien GBAGUIDI

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One thought on “Regards critiques de la vedette béninoise, Baflora sur le cinquantenaire de l’indépendance du Bénin : « J’ai coulé des larmes quand j’ai vu notre Président s’habiller comme si on célébrait le 14 juillet»

  1. Kodjo

    Oui Pricensse baflora,
    Est-ce un crime? N’avez vous jamais vu le PR en tenue locale?
    Les goûts et les couleurs, on en discute pas. Ce qui compte ce sont les actes d’échanges.

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