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Le triomphe de la vérité

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Editorial: Nos bouts d’choux


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Croyez-vous encore au Certificat d’Etudes primaires (CEP) ? Moi non. Je ne crois plus du tout à ce diplôme qui a fini par perdre de sa substance en devenant une fabrique de  crétins. Ce sont pour la plupart des têtes inachevées qui vont aujourd’hui à l’assaut du premier diplôme de la vie. Ils sont victimes de l’Approche par compétence (APC) qui cultive chez nos enfants l’incompétence à tous les niveaux. En passant des Nouveaux Programmes d’Etude (NPE) à l’APC, les initiateurs de ce gris-gris pédagogique mal pensé, croyaient pouvoir jouer sur la sémantique pour s’attirer la sympathie des partenaires du monde scolaire. Mais même si cet exercice cosmétique avait pu réussir, elle n’a contribué essentiellement qu’à changer d’étiquette à la vieille bouteille des nouveaux programmes. C’est du pareil au même. 189 866 candidats  se présentent aujourd’hui pour décrocher ce diplôme autrefois si plein de promesses. Le CEP d’aujourd’hui n’est plus qu’une pâle photocopie du CEPE qui livrait jadis dans les collèges des élèves qui savaient lire et écrire, tout au moins. Que constatons-nous aujourd’hui ? Une bonne partie de nos candidats au suicide des nouveaux programmes ont été abêtis et ne savent ni lire ni écrire. Non pas par la faute d’une pédagogie qui en elle-même est d’une conception méthodologique désastreuse, mais surtout du fait de contenus notionnels largement sacrifiés. Au moment où le monde court vers la performance et la concurrence à tous les niveaux, les spécialistes de l’APC basent leurs paradigmes pédagogiques sur de prétendues facilités technologiques qu’offrirait le monde d’aujourd’hui. Des exercices vitaux comme le calcul mental ou la dictée ont été évacués, parce que réputés durs. Si le calcul mental a été réhabilité du fait des hauts cris des parents, la dictée, quant à elle, est restée un vieux souvenir. Les élèves écrivent au son, et ne savent pas lire. En classe de sixième, la grande majorité sont des handicapés sociaux, notamment dans les établissements publics. Ils donnent des cauchemars aux enseignants découragés et déboussolés. Une enquête interne du ministère de l’enseignement primaire a montré depuis 2006 l’ampleur du drame. Des cabinets internationaux commis à cet effet, ont également tiré sur la sonnette d’alarme. Des améliorations ont été apportées, mais le drame est encore là. Car le ver est dans le fruit.

Pendant longtemps, les concepteurs de ce système se sont bien gardés  d’écouter les cris des acteurs. De vastes tricheries ont même été organisées au vu et au su de tous pour gonfler artificiellement le nombre des admis dans le simple dessein de plaire aux bailleurs de fond du secteur. En 2005, le CEP a connu un taux de succès astronomique évalué à 98%, non pas du fait du travail exceptionnel de nos enfants, mais à cause des  tripatouillages. Ces pratiques honteuses se sont même poursuivies sous des formes plus pernicieuses. Les directeurs départementaux des enseignements maternel et primaire  sont connus pour ” agir ” sur les correcteurs par diverses formes de pression toujours efficaces lorsqu’il s’agit d’être très indulgent dans la correction. Même dans les secrétariats, on sait comment des seuils sont fixés, bien en deçà des exigences officielles, dans le but de gonfler les taux de réussite.

Comme si tout cela ne suffisait pas, ce sont les enseignants eux-mêmes qui aident les enfants au cours de l’examen. Le ministre des enseignements maternel et primaire a si bien pris la mesure de la situation qu’à la veille de l’évaluation de ce jour, il a lancé un appel pressant à tous les parents qui donnent de l’argent pour qu’on aide leurs enfants ainsi qu’à tous les enseignants afin qu’ils acceptent d’abandonner ces pratiques. Mais Félicien Chabi Zacharie sait que personne n’est dupe. Dans les salles, les surveillants recopient allègrement les réponses au tableau. Les candidats les recopient et sont admis, la tête vide de savoir mais pleine d’idées géniales sur la corruption et le travail bien fait ! L’adresse du ministre sonne faux dans les oreilles de tous ces parents  et de ces chefs d’établissement qui  se sont organisés pour donner ” quelque chose ” aux surveillants afin de les entretenir pour les inciter à la fraude. C’est de cette façon qu’on passe le CEP. Et je crois que sous ce jour malheureux, ce diplôme est le premier pas vers la déliquescence des valeurs.

 Olivier ALLOCHEME

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