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Le triomphe de la vérité

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Editorial: La campagne en marchant


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Le Chef de l’Etat a encore fait un de ses coups. Vendredi, il s’est offert une nouvelle balade en marchant depuis l’aéroport jusqu’à son domicile, alors qu’il revenait d’une visite officielle en Lybie. Il est revenu à pied, pas comme le Béninois ordinaire, mais comme un homme qui se donne gratuitement en spectacle. Descendu d’avion, le Béninois ordinaire adore se faire prendre en voiture soit par son chauffeur ou un membre de sa famille soit encore par un ami quelconque. C’est un prestige commun devenu une exigence des gens qui voyagent. Que croyait donc Boni Yayi ? Que les Béninois ordinaires marchent pour rentrer chez eux après sept heures de vol ? C’est un véritable quiproquo qui rend compte des dysfonctionnements de la stratégie mise en branle depuis un mois environ et qui consiste pour le Chef à multiplier les petits gestes populistes.   En recherchant un effet populaire, Boni Yayi tombe dans l’anachronisme des formes.

            La constante de ces dernières sorties    improvisées, reste leur relative impréparation. Tel a été le cas lorsqu’un beau matin, les populations de Cadjèhoun ont aperçu Boni Yayi sur zémidjan allant tranquillement  à la présidence comme le dernier des fonctionnaires. Ce geste utilisé sous d’autres cieux pour attirer le vote populaire, restera malgré tout dans les annales  comme le signe des improvisations ratées. En le décortiquant sous un registre moins passionné, on se rendra compte que le prestigieux client du zémidjan n’avait pas prévu de casque, ne serait-ce que pour déroger aux campagnes actuelles pour le port de casque. Ainsi donc, le citoyen Boni Yayi, qui est normalement le premier magistrat de notre pays, viole la loi et encourage les autres citoyens à en faire autant. De plus, au volant lui-même de la voiture présidentielle dans les rues de Parakou ou de Cotonou, on se demande s’il avait prévu son permis de conduire comme tout bon citoyen.

 Dans tous les cas, il apparaît que les improvisations de ces dernières semaines ont été menées à la petite semaine, contrairement à ce qui a été vu jusqu’ici. Lorsqu’en France Nicolas Sarkozy fait son jogging matinal sous les flashs des photographes et l’œil avisé des cameramen, le grand public a le sentiment d’un coup de spectacle du Président français. Dans la réalité cependant,  ces opérations ” improvisées ” sont tout à fait préparées, les itinéraires discutés par des spécialistes en communication. Il s’agit de ne pas banaliser l’image présidentielle, ou à tout le moins de se servir de ces petites apparitions impromptues comme de rampes de lancement pour des idées force. A contrario, les fréquentes sorties improvisées de Boni Yayi ne semblent encadrées par aucun dispositif préparatoire. Elles sortent tout droit de l’imagination présidentielle, comme si les services de communication de la présidence n’existaient pas alors qu’ils sont habilités à manœuvrer ce type d’initiatives pour ne pas ridiculiser l’image du Chef de l’Etat.

A force de se gaspiller en zémidjan, en visites surprises aux ménages, ou en expéditions solitaires au marché, Boni Yayi fait de cette pépite des hommes d’Etat une affaire banale. Il faut désormais recadrer ces initiatives dont le plus grand risque est celui de la banalisation. Comme le dit l’adage ” à force de voir la panthère, on finit par le prendre pour un chat “. Et en multipliant ces sorties mal pensées, Boni Yayi se retrouvera bientôt avec une image écornée d’un homme vulgaire ayant vidé le prestige présidentiel de sa substance. Pire encore, l’interprétation politicienne peut y voir les signes évidents d’un désarroi profond qui le pousse à aller vers le petit peuple pour y chercher dans le vote populaire les soutiens nécessaires au raffermissement de sa candidature prochaine.  Dans les calculs géoélectoraux d’aujourd’hui, il lui faudra un forcing pour réussir le miracle de 2011. Et en allant saluer les ménages de Cadjèhoun, en faisant son jogging en pleine rue et en prenant un bain de foule improvisé au marché, c’est un appel du pied qu’il fait aux vulcanisateurs, aux menuisiers, aux couturières, aux coiffeuses ou encore aux commerçantes, à ce peuple d’en bas qui applaudit à tout rompre.  C’est pourquoi ce facteur émotionnel qui répond à des impératifs déterminés devrait empêcher que l’image présidentielle ne soit galvaudée.

 Olivier ALLOCHEME

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