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Le triomphe de la vérité

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Nos dames de concassage, de Roger NAHUM (Bénin): Les amazones des carrières du Bénin


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La mémoire collective les croyait mortes, ensevelies dans le souvenir de l’histoire, les Amazones “Noires”. Ces braves dames du royaume de Dahomey (actuel Bénin), sabres au poing, qui ont défendu vaillamment la patrie contre le colon blanc. Elles sont ressuscitées ! Dans les carrières du Centre Bénin, on les revoit débordantes d’énergie et d’enthousiasme, cette fois, marteaux et concasseurs à la place des sabres et fusils bravant les roches en l’absence de colonisateurs conquérants.
50 minutes durant à l’écran, Roger Nahum réussit cette alchimie de réincarnation à travers son documentaire Nos dames de concassage. Le réalisateur, rare dans son domaine au Bénin et prolifique dans son genre, bien connu par le public local pour ses efforts à donner une couleur “noire” et nationale à ses documentaires sur la chaîne de télévision nationale est demeuré, jusqu’en mai 2007 où il réalisa cette œuvre, fidèle à sa ligne cinématographique.
Il découvre le paradoxe. Les hommes sont mis devant le fait accompli de l’égalité des sexes. On les surprend dans ce documentaire en parfaite subsidiarité aux femmes : ouvriers rémunérés des associations de femmes. Ici sur les carrières de Dassa, Savalou, Savè (villes béninoises), les dames qui s’adonnent au concassage de roches dans ces régions montagneuses nous apprendront que la parité n’est point résidente des législations et déclarations éloquentes. Elle est au bout de l’effort. Place donc au travail dans ce monde où les textes et les paroles n’ont pas été forcément au service de l’émancipation de la gente féminine. Roger Nahum a certainement sa manière particulière de faire partager cette vérité. Pendant environ 3 minutes 30 secondes d’introduction à son documentaire, le réalisateur fera abstraction du générique pour attaquer le vif du sujet. À l’écran, il n’y a de place que pour le travail. Les dames sont à l’œuvre dans leur atelier de concassage de fortune. Les images d’hommes sont plutôt rares dans les plans de réalisation. Et quand ils ont droit au regard de la caméra, c’est que sûrement ils sont en train de défricher le champ des roches aux dames ou de s’affairer à des tâches préparatoires au travail de concassage “réservé”.
On se croirait en plein film-fiction. Et pourtant le monde et les réalités que décrit Roger Nahum dans son documentaire ne relève point de l’imaginaire. Décor, ambiance et témoignages abandonnés par le réalisateur dans leur nudité naturelle n’ont servi qu’à convaincre davantage le public de cette vérité quotidienne. Préférant le décor sonore aux mélodies artificielles, la musique inconsciente et rocailleuse produite par le choc des marteaux et des roches ; les chansons traditionnelles et rituelles exécutées dans une polyphonie improvisée, le réalisateur a réussi à restaurer l’ambiance communautaire réelle qui rassure le public de la réalité du documentaire et du sujet traité. Ainsi, Roger Nahum va multiplier dans ce film, ces détails rassurants pour le public. À cet effet, il ne ménagera ni outils techniques à sa disposition ni pratiques des populations laborieuses. Les plans contrastés des vastes étendues montagneuses et la petitesse des ateliers de concassage des dames, alternant du coup Nature et Effort pour la vaincre, valorisent la Femme à l’œuvre pour son émancipation. En associant par ailleurs les pratiques rituelles d’offrandes au vodoun Hêviosso (Dieu du tonnerre) au travail quotidien des dames, le réalisateur semble pousser bien loin sa quête du naturel en support à son message. Roger Nahum semble bien se servir des images pour dire aux femmes des quatre coins de la terre : “quelque part sous ce même soleil, il y a des dames comme vous, qui sont arrivées à braver physique et normes sociologiques, sans lois ni décrets, pour conquérir à l’œuvre Égalité, Parité et Émancipation”.

Médard Gandonou,
Journaliste de l’Événement Précis (Bénin)

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