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Le triomphe de la vérité

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Interview de l’artiste musicien, chanteur et professeur béninois de musique, Jolidon Lafia:« Aucune femme ne peut m’apprivoiser y compris ma propre femme ».


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Jolidon Lafia est l’invité de votre rubrique « Paroles d’artistes » de cette semaine. Chanteur, musicien, auteur compositeur et arrangeur, l’homme est l’un des prototypes d’artistes bien accomplis au Bénin. A cœur ouvert, il nous fait voyager dans l’univers de sa carrière qui avouons-le paraît bien mouvementée. Sans faire la langue de bois, Jolidon Lafia révèle un pan de sa vie privée au cœur de laquelle il place la confiance entre conjoints comme symbole de stabilité du foyer. Sans être phallocrate, il avoue « qu’aucune femme ne peut l’apprivoiser, sa propre femme y comprise ». C’est pour lui, une façon d’exprimer son statut d’artiste libre. Mais attention, Jolidon est un homme marié. Il ne manque d’ailleurs pas de préciser dans cette interview, à quel point il adore sa dulcinée qui lui a déjà donné une petite fille « Jennifer » qu’il aime aussi avec tendresse.

L’Evénement Précis : Jolidon Lafia se fait aujourd’hui rare sur la scène musicale ; pouvons-nous connaître les raisons qui motivent cette option ?

 Jolidon Lafia : En fait, je ne suis pas rare sur la scène musicale. Je pense que vous voulez parler du fait que je ne sors plus des clips vidéo qui sont joués les chaînes de télévision. Je pense que ce ne sont pas seulement les clips qui font parler d’un artiste. C’est plutôt l’ensemble des œuvres que l’artiste sort, qui se joue et qui se vend tant l’échelle nationale qu’internationale. Sur ce plan là, je suis très fier de moi-même. Puisque les Cd que j’ai sorti il y a 5 ans de cela, je continue de les vendre à l’extérieur. Je viens d’un festival en Guinée. J’avoue que mon album Baké, c’est maintenant qu’il est né dans ce pays. A un moment donné, les gens ont décidé de ne plus jouer le clip ici. Je ne connais pas leurs raisons et je n’ai pas non plus à aller supplier quelqu’un pour jouer mes œuvres. Ce que je sais, c’est que je me porte très bien et ma carrière évolue aussi bien. La preuve, les gens m’invitent à pratiquement tous les festivals internationaux, en Europe comme aux Etats-Unis. Vous avez en effet raison de dire qu’il y a un petit silence de ma part. Mais je vous assure que ça va être résolu bientôt parce que je suis en train de boucler mon prochain album dont l’audio sera bientôt lancé sur le marché. Je ne suis pas pressé parce qu’il ne sert à rien de courir pour mettre un produit non compétitif sur le marché tout simplement parce que les gens te réclament sur la scène musicale. Je mon temps pour sortir quelque chose de bien potable. La musique est aussi une science.

Vous voulez alors dire que votre option désormais, c’es rien que des albums audio ? Non, en fait ce n’est pas ça. C’est vrai que mon prochain album, c’est seulement l’audio que je veux lancer. Mais j’avoue que sur mon dernier album « Baké », j’ai seulement fait le clip du titre « Baké » alors qu’il en avait plusieurs là-dessus. Je peux en faire d’autres, mais pour le moment, c’est une option que j’ai prise que de faire seulement des Cd audio et je l’assume.

Puisque vous avez reconnu être un peu absent sur la scène musicale, ou tout au moins au niveau de nos chaînes de télévision, dites-nous alors ce qui vous occupe maintenant en dehors de la musique.

 Non, rien ne m’occupe en dehors de la musique. C’est la musique qui me nourrit moi. Je suis non seulement un enseignant de musique et un artiste chanteur, musicien, auteur- compositeur et arrangeur. C’est pour vous dire que la musique est assez dense qu’on ne peut la faire et faire encore autre chose. Il y en a qui prennent la musique comme une passion et qui travaillent au jour le jour à cela. C’est mon cas à moi. Mais il y en a qui viennent à la musique tout simplement parce qu’ils n’ont plus rien à faire. Chanter seulement ne veut pas dire qu’on est déjà artiste. La musique est un art qu’il faut apprendre au jour le jour avec humilité.

Visiblement, vous ne partagez pas alors le même avis que ceux qui pensent que la musique au Bénin ne nourrit pas son homme ?

 La réponse à cette question a deux pôles. Le pôle 1, c’est que la musique ne peut pas vraiment nourrit son homme au Bénin. Combien sommes-nous au Bénin ? Environ 6 millions et à peine 500.000 Béninois consomment les œuvres. Nous avons remarqué que les Béninois ne savent pas consommer local. Nous aimons surtout ce qui vient d’ailleurs. J’apprécie qu’au niveau du cinéma, ça prend un peu. Mais pour ce qui concerne la musique, la chorégraphie, les arts plastiques, la littérature et autres, ce n’est pas encore le cas. Nous sommes encore en arrière à ces niveaux là. Et le pôle 2 que je veux aborder, c’est que je peux affirmer que la musique peut nourrir son homme. Moi par exemple, en tant qu’enseignant de musique, je ne vis que de la musique depuis 16 ans. Je vais à des festivals grâce à mes réseaux à l’échelle internationale et cela grâce au Kora que j’ai eu en 2003 qui m’a ouvert les portes des festivals et les gens me font toujours appel quand ils organisent des choses. Je remercie alors le Ciel pour m’avoir aidé à décrocher ce trophée qui m’a vraiment propulsé devant la scène musicale à l’international. Et c’est ce que j’essaie d’apprendre aux jeunes. Il ne suffit pas de chanter seulement pour se faire appeler artiste, mais il faut également apprendre à jouer les instruments de musique et là, vous deviendrez des artistes complets. C’est cela ma chance à moi. J’écris même la musique pour des gens. Par exemple au Fitheb 2010, c’est moi qui écrit et joué la musique annonciatrice de l’événement. J’ai également des musiques au Burkina-Faso. J’y ai gagné plus de 6 millions. J’ai aussi écrit des musiques pour le Sénégal et l’Unicef. L’hymne sur l’environnement au Bénin, c’est moi qui l’ai écrit. Avec tout ceci, je gagne de l’argent et je vis de cela. J’ai eu des thématiques sur la maltraitance tout récemment du Burkina-Faso. J’ai écrit la musique et j’ai compéti avec d’autres artistes et j’ai gagné le prix. Et pourtant, je ne l’ai jamais dit aux Béninois, juste parce que la musique, ce n’est pas de la fanfaronnade. J’ai aussi gagné plusieurs prix en dehors des Koras au Ghana, au Sénégal et Mali et au Burkina-Faso, mais personne n’en a été informé. Donc je peux vous affirmer que je vis de la musique et de rien d’autre. Ma décision donc, c’est d’évoluer à l’échelle internationale comme je le veux. Peu importe ce que les gens pensent de moi au pays.

Vous voulez alors dire que la politique culturelle au Bénin ne vous permet pas de vous faire valoir à l’échelle nationale ?

Ne parlons même pas de politique culturelle au Bénin, puisque cela n’existe pas. Nous avons un ministère de la culture ; moi je pense qu’il vaut mieux parler du ministère du développement du patrimoine culturel. Il faut également que la convention collective soit mise en vigueur pour véritablement accompagner ce développement culturel. On ne peut pas parler du développement d’un secteur sans qu’il n’y ait des textes qui régissent le domaine. Les statuts et règlements de la culture doivent être devenus aujourd’hui effectifs. Là, on saura vraiment qui peut être appelé artiste et qui ne doit pas l’être. A l’étape actuelle, on est dans un four tout et rien ne peut évoluer comme ça. Et nous, en tant qu’artistes, nous avons le devoir de nous battre afin que les textes soient établis pour l’éclosion de notre secteur.

Quel bilan faites-vous de votre carrière durant ces 5 dernières années ?

 Ces 5 dernières années, je dirai que le silence dans lequel je me suis plongé a été très mouvementé. J’ai pris par à plusieurs festivals. Je suis allé en Suisse, je suis allé à Madrid, en France, en Belgique, deux fois en Allemagne, à Cologne, je suis allé trois fois au Sénégal, j’ai participé au festival Touareg au Niger, je viens de la Guinée. Et tous ces voyages, ce n’est pas le Bénin qui m’envoie. Je n’ai jamais eu un billet d’avion de la part du gouvernement béninois. Même si tu le demandes, tu n’en auras pas parce qu’il faut d’abord être dans le réseau. C’est pour vous dire que moi je vis grâce au Kora que j’ai eu. C’est cela qui me donne ces opportunités là et ça me permet de vivre. On m’appelle et on me dit qu’on m’invite pour un festival, de proposer mon cachet. Dans l’humilité, je leur laisse tout simplement le soin de me payer ce qu’ils estiment correspondre à mes talents et c’est comment je fonctionne depuis avec les promoteurs de festivals internationaux qui m’ont fait confiance et m’invitent régulièrement à leur événement. Il ne s’agit pas de s’imposer aux gens. Et quand je vais à ces festivals, les gens me paient bien dès qu’ils constatent que non seulement je suis humble, mais également je suis compétent. A vous écouter, on remarque que vous êtes un homme très occupé, qui voyage beaucoup ;

Alors, quelle place avez-vous à votre épouse qui est à la maison ?

Mon épouse, je l’adore. Elle m’a donné une fille, Jennifer que j’aime beaucoup aussi. Ma femme, elle m’a vu en train de chanter. A l’époque elle était étudiante en Droit. Je lui ai expliqué que je ne vis que de la musique. Et pour cela, j’aurai à beaucoup bouger, ce qu’elle a compris. Je la respecte beaucoup pour son esprit de compréhension. Elle n’a pas besoin de me contrôler, moi non plus.

Est-ce la « Baké » pour laquelle vous aviez chantée qui est aujourd’hui votre femme ? Non, la « Baké » pour laquelle j’ai chanté, c’est vraiment une histoire réelle. En fait la fille ne s’appelait pas Baké. Je lui ai juste donné ce nom pouvoir une certaine harmonie dans la musique que je faisais. Je vais encore chanter une autre fille dans mon prochain album. Il y a donc Bella et Angela qui vont bientôt sortir.

Vous arrive-t-il de tromper votre femme quand vous voyagez ?

 Ça peut arriver. Mais je dois vous dire que l’artiste naturellement est libre. En tout cas, moi je le suis. Personne ne peut m’apprivoiser, même ma propre femme. Maintenant ma liberté, elle a des limites. Il faut quand même respecter la femme qui sous ton toit. C’est pourquoi, face aux femmes que nous rencontrons quand nous sortons, je fais le maximum d’efforts pour me contenir. Quand vous sortez et que vous jouez votre premier morceau, toute suite, tout le monde accoure vers vous pour des autographes. Des hommes ainsi que des jeunes filles viennent vers vous. J’avoue que je suis tombé plusieurs fois dans leur piège. Mais je me dis qu’il ne faut pas que cela continue.

Un mot pour conclure cet entretien

 Je dirai tout simplement qu’il appartient aux artistes eux-mêmes de se battre pour se donner un nom et une identité dans le show-biz. N’attendons plus rien des autres. Oublions même le ministère de la culture et mettons-nous sérieusement au travail en faisant des musiques qui s’ouvrent au monde. Cela nous permettra de bénéficier des différentes opportunités qui s’offrent à nous. Ce n’est que de cette façon que nous pouvons avancer.

Entretien réalisé par Donatien GBAGUIDI

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One thought on “Interview de l’artiste musicien, chanteur et professeur béninois de musique, Jolidon Lafia:« Aucune femme ne peut m’apprivoiser y compris ma propre femme ».

  1. NASSI Martin

    Je demanderais avec beaucoup d’humulité, que cet article ci-dessus lu à propos de mon frère collègue et ami LAFIA Jolidon soit relu et corrigé. Je le demande pour deux raison: par respect pour l’éminent artiste musicien d’une part, mais aussi pour le mérite du Poête, du Professionel éducateur et Enseignant de Musique.
    Bon vent et Bravo à lui!
    (229) 96.74.54.74. Bénin

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