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Le triomphe de la vérité

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Editorial : Jeté en pâture


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Une semaine de réflexion s’ouvre demain. Il s’agit de la semaine pour la revue du secteur de l’éducation dont la mission sera de poser un diagnostique clair des principaux maux qui minent le secteur de l’enseignement dans notre pays en 2010. C’est très beau. Mais la véritable question est de savoir si les conclusions de cette semaine de réflexion seront exploitées. Si, comme jadis au Forum national sur le secteur de l’éducation, il y aura beaucoup de paroles et finalement peu d’actions. Si donc les conclusions ne seront pas rangées dans les sombres tiroirs de quelque ministère. C’est le destin le plus probable de ces journées qui interviennent pourtant en un moment charnière pour le système éducatif. La crise de l’enseignement n’a jamais été aussi profonde ces quatre dernières années qu’au cours des derniers débrayages des enseignants qui ont révélé une partie du gouffre où sombre ce secteur. Ce qui est curieux et terrifiant à la fois, c’est le calme plat observé par les acteurs politiques. L’opposition se contente de regarder l’agitation scolaire et universitaire en souhaitant qu’elle s’empire tandis que le pouvoir en place la gère à la petite semaine,  comme d’habitude. Les véritables maux qui accablent les apprenants, élèves et étudiants, sont laissés de côté au profit des débats administratifs et financiers. Ceux-ci ont le don de cacher au grand public les plaies du système.

Au risque de se répéter après tant d’éditoriaux consacrés à ce sujet, je redirai sur le même ton que le directeur adjoint de l’Ecole Normale Supérieure de Porto-Novo, que 70% des enseignants béninois ne sont pas qualifiés pour enseigner. Le Professeur Jean-Claude Hounmènou ne croyait pas si bien dire. Du fait de la fermeture des écoles normales, la formation des enseignants a pris un grand coup dont les répercussions sont visibles dans les classes. A cela s’ajoute l’éternel problème de l’approche par compétence, l’ex Nouveau Programme, dont tout le monde attend l’évaluation. Si la plupart des enseignants se plaignent de ses graves insuffisances, rares sont ceux qui osent en parler publiquement. Les instruments de répression mis en place au cœur du système leur rabattent bien vite le caquet. Et chacun préfère toujours sauvegarder ses petits intérêts financiers que de se sacrifier sur l’autel des ” enfants “.

A preuve, les débrayages de ces derniers mois ont concerné les revendications salariales au moment où chacun constate qu’aucune grève, qu’aucune marche jamais ne s’est souciée de la formation de tous ces enseignants qui n’auraient jamais dû se retrouver dans les salles de classe. Jamais aucune marche ne s’est souciée de la disparition presque totale des bibliothèques scolaires alors qu’elles constituent les véritables poutres qui soutiennent la charpente éducative. De sorte qu’aujourd’hui, la culture du livre s’est effilochée au sein des apprenants. Même les enseignants sont frappés par ce virus. Ils préfèrent colporter d’année en année leurs vieilles fiches. Dans ce cas, il ne faut pas s’étonner de la sclérose et de la médiocrité qui s’installent.

Si donc nous nous plaignons des ” enfants ” qui n’ont plus le niveau qu’il faut, plaignons surtout leurs maîtres dont la préoccupation n’est plus la qualité de leurs fiches mais la consistance de leurs fiches de paie. Ont-ils tort de se plaindre de leurs bas salaires ? Ont-ils tort de réclamer pour eux aussi des villas ou des voitures qui les valorisent et valorisent leurs métiers aux yeux des élèves ? Sans doute non ! Mais ils ont tort d’oublier que leurs droits de grève ne devraient jamais s’exercer que dans la limite bien comprise du droit des apprenants à se former. Et il faut même légiférer en cette matière pour protéger le système de la volatilité des acteurs, gouvernements et syndicats compris. Je postule donc qu’en la matière il faut une révision de la constitution pour faire entrer l’éducation dans le domaine de la loi, en permettant des avancées qui ne seraient pas possibles dans le cadre constitutionnel actuel. Cette réforme empêchera du reste les dérives commises de part et d’autre et qui prennent en otage les apprenants, et finalement l’avenir du pays.

 Olivier ALLOCHEME

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