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Le triomphe de la vérité

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EDITORIAL: Vingt ans de mutisme


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Les images diffusées par l’ORTB ces derniers jours peuvent nous en donner une claire vision. Les militaires béninois n’étaient nullement contents des résolutions de la conférence nationale ni même des prérogatives exceptionnelles que les délégués s’étaient octroyées pour décider de leur sort. Mis au ban de la  nation, ils ont fini par promettre apolitisme et discipline avant que leur sort ne soit réglé par les résolutions de la conférence. On se demanda s’ils pouvaient tenir parole, ayant été habitués depuis 1963 à dicter leur loi aux civils en profitant de la terreur des armes.

Mais l’armée béninoise a tenu parole pendant vingt ans. Pendant ces  deux dernières décennies en effet, ses hauts gradés ont réussi à s’effacer de la scène publique. Obligés  autant par la Constitution béninoise que par le nouvel environnement politico-institutionnel, ils n’ont plus voix au chapitre, contrairement à toute l’importance qu’ils ont prise aux lendemains des indépendances.  La constitution du 11 décembre 1990 en ses articles 64, 65 et 66 les met en dehors du jeu politique et surtout interdit les coups de force auxquels ils ont été habitués après l’indépendance. Il est même écrit dans l’article 65 que toute tentative de coup d’Etat opérée par les forces de défense et de sécurité ” sera considérée comme une forfaiture et un crime contre la nation et l’Etat et sera sanctionnée conformément à la loi “. En cas de putsch militaire, l’article 66 reste ferme : ” …pour tout Béninois, désobéir et s’organiser pour faire échec à l’autorité illégitime constituent le plus sacré des droits et le plus impératif des devoirs “. Voilà qui est clair et qui a isolé la Grande Muette de tout interventionnisme durant vingt ans, la plaçant non plus à une position supranationale comme auparavant mais dans son rôle de défense et de sécurité stricto sensu. En réalité, cette volonté irréductible s’est faite au détour de la présence devenue étouffante des militaires dans l’arène publique notamment au cours des dix-sept années de révolution. La militarisation de la société qui s’en est suivie a été marquée par la présence des militaires dans tous les rouages de la société et de l’activité nationale, non pas pour assurer des tâches de sécurité ou de défense mais pour y jouer des rôles normalement dévolus aux civils. Pris d’assaut par les hauts gradés, l’espace public a été fortement militarisé depuis les sociétés d’Etat dirigées par eux jusqu’aux institutions qu’ils chapeautaient de leurs galons. L’uniforme fut un passe-droit, une licence à tout faire.

Mais la conférence nationale a mis un terme à cette dérive. Elle a simplement décidé de renvoyer les militaires dans leurs casernes et de confiner leurs activités à celles de toutes les armées républicaines du monde. Leurs missions traditionnelles ont été valorisées, en même temps qu’une nouvelle mentalité anti-putsch s’est installée  en appoint aux décisions de la conférence. C’est un sauf-conduit pour la démocratie béninoise menacée dès le départ par la fronde des hauts gradés des Forces armées béninoises et de leurs milices supplétives installées à travers le pays et désireuses de fouler aux pieds les décisions des délégués à la conférence. La Grande Muette fera parler d’elle lors de la mutinerie du Capitaine Pascal Tawès et de quelques-uns de ses hommes contre le Président Soglo. Ce fut une réaction musclée aux tentations régionalistes du régime  mais aussi une résurgence inquiétante des plaies du passé. Cependant, l’armée n’a jamais pu revenir sur les devants de la scène, les gradés s’étant emmurés dans un silence obligé. Ils s’occupent désormais aux opérations de maintien de paix à travers l’Afrique et le monde. A l’interne, les grandes problématiques militaires se situent nettement en marge de l’activité politique. Elles s’ancrent plus généralement dans  la défense et la sécurité, des thèmes qui prennent tout leur sens au regard des récents développements des activités des bandes criminelles aux moyens colossaux qui défient les galons des officiers.

C’est sur ces chantiers nouveaux que se dressent les défis actuels de la Grande Muette. Mais il reste à la classe politique à la maintenir  en cette glorieuse marginalité. Au moment où la politisation de la société et de l’administration atteint un sommet jamais égalé auparavant, il convient de se rappeler que si cette pourriture atteint l’uniforme, elle provoquera d’autres conflagrations incontrôlables. 

Olivier ALLOCHEME

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