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Le triomphe de la vérité

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Amos Elègbè, Conseiller spécial du Chef de l’Etat aux affaires politiques: « La Mouvance n’a pas peur de la réconciliation entre Houngbédji et Soglo»


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Ancien député et ancien ministre sous le Général Mathieu Kérékou dont il a été pendant longtemps l’un des bras droits, Amos Elègbé occupe depuis quelques mois le poste stratégique de Conseiller spécial du Chef de l’Etat aux affaires politiques. Dans cette interview, il passe au peigne fin plusieurs sujets de l’actualité nationale. Ainsi, de la naissance et de la vie au sein de l’Union pour la Majorité Présidentielle (Umpp) au récent pardon du Président du Parti du Renouveau Démocratique (Prd) en passant par la mise en œuvre de la Liste électorale permanente informatisée (Lepi), Amos Elègbè apporte sa lecture d’homme politique expérimenté et d’ enseignant chevronné.

 AUBE NOUVELLE: Monsieur Amos Elègbè, vous êtes le Conseiller spécial du Président de la République. Dites-nous, quelle est votre mission auprès du Président Boni Yayi ?

 Amos Elègbè: Merci chers amis de AUBE NOUVELLE, c’est une joie pour moi pour la première fois d’intervenir dans votre organe pour aborder la question de la vie politique dans notre pays. Je suis le Conseiller spécial aux affaires politiques du Chef de l’Etat. Et comme cela s’entend, mon domaine de prédilection, c’est la politique. La politique a plusieurs contours : il y a la question des stratégies, la question du rapport entre les acteurs de la vie politique. Nous avons les rapports avec les partis politiques, la Représentation nationale et surtout la Société civile. A côté du Chef de l’Etat, j’essaye de faire le point des rapports de forces à chaque moment pour lui permettre de voir de quelle manière orienter ses actions.

Pendant les premiers mois qui ont suivi votre prise de fonction, on vous a vu très présent dans les médias, d’aucuns diraient qu’à ce moment vous aviez été très actif, mais vous êtes de plus en plus discret. Qu’est-ce qui explique cette attitude aujourd’hui ? 
J’ai toujours été discret en fait. Parce que je n’interviens sans que je ne calcule ce que je vais dire. Si cela n’apporte aucune information à mon peuple, si cela n’apporte rien ; il ne sert à rien de s’agiter en politique. On ne parle pas pour parler en politique. Au niveau où je suis, je dois dire les choses  avec précision et sans tricherie. Vous m’aviez vu parce qu’il fallait mettre en place les organes, les structures politiques qui soutiennent les actions du gouvernement. Avant même ma nomination, j’ai contribué à la mise en place des Forces cauris pour un Bénin émergent notamment à travers le Congrès des 17 et 18 octobre 2008. Le Chef de l’Etat qui est venu au pouvoir sans parti politique et qui a été porté par un mouvement populiste, a besoin pour exercer le pouvoir, de discipliner la troupe et ensuite d’organiser celle-ci pour une gestion beaucoup plus cohérente du pouvoir, d’une part et pourquoi pas pour l’avenir, d’autre part. Après l’installation des structures de base et la coordination nationale des Fcbe, je me suis dit qu’il faut maintenant aller loin. C’est ainsi que nous sommes allés vers l’UMPP. L’UMPP n’est rien d’autre que les FCBE plus les organisations sociales qui soutiennent les actions du Président Boni YAYI élargies aux personnalités indépendantes et les partis politiques qui ne sont pas FCBE.

Nous avions affaire à un Chef de l’Etat qui est assez jeune, qui n’a pas une carrière politique auparavant. Vous, vous êtes un homme d’expérience, vous aviez occupé plusieurs fois, les fonctions de ministre. Face à ce qu’une partie de la population estime être des erreurs de communication, des erreurs politiques, on n’a pas l’impression de voir l’effet de votre expérience aux côtés du Chef de l’Etat. Qu’est-ce que vous répondez à cela ?         
C’est une mauvaise lecture des choses. Les erreurs politiques, quelle que soit votre expérience politique, vous en commettrez toujours. Parce que la science politique n’est pas une science exacte et elle n’est pas figée non plus. Le Président Mitterrand qui était venu au pouvoir avec un programme socialiste a fini par exécuter un programme de la droite. Les évènements qui se créent au jour le jour, ont besoin d’être analysés. Pour prendre une décision, il y a deux façons de faire. Ou bien on prend une décision à chaud ou bien on prend du recul et on analyse et on intervient et depuis mon arrivée, je m’applique à faire prendre du recul au Chef de l’Etat sur l’appréciation de tous les évènements. Parce que celui qui est au pouvoir ne doit pas s’agiter et c’est lui qui conduit la politique de l’Etat, c’est lui  qui conduit les actions au niveau de l’économie, c’est lui qui est le garant de la Constitution. C’est quelqu’un qui doit prendre son temps et avoir beaucoup d’éléments avant d’agir. Et c’est ce que nous faisons. Je crois qu’il y a des erreurs, c’est possible. Lorsque le Président Barack Obama a voulu demander à la Police d’être quand même modérée par rapport à cet Américain qui a été frappé devant sa maison, il a fini par présenter ses excuses. Tout simplement pour expliquer que les réactions des hommes politiques sont dictées par l’actualité à chaud. Depuis que je suis là avec le Dr. Boni Yayi, globalement dans un régime de contradictions, dans un contexte de démocratie, d’antagonisme permanent, il peut y avoir des erreurs. Tout ne peut pas être bon. Parce qu’il faut aussi répondre à chaud, il faut parer au plus pressé sans compter qu’il faut gérer les affaires de l’Etat. L’Etat, ce n’est pas uniquement les affaires politiques. Malheureusement, si un pouvoir prend tout son temps à gérer les contradictions politiques, il laisse de côté, ce qui est essentiel c’est-à-dire le développement et les mesures sociales qu’il faut prendre. C’est pourquoi, le Président Boni Yayi s’occupe de la gestion des affaires publiques, du développement et je crois que c’est positif. Il ne va pas consacrer toute sa vie à régler les questions politiques qui, elles ne finiront jamais. C’est le Président Boni Yayi qui peut dire si ce que je fais ici a d’impact. Ce dont je suis sûr, c’est que nous nous sommes mieux organisés qu’avant. Nous pouvons à tout moment intervenir au niveau national avec nos structures politiques qui sont bien structurées et qui réfléchissent bien avant de parler. C’est déjà bien, cela réduit les erreurs dont vous parlez. Si vous ne me voyez plus régulièrement sur les médias, c’est que je laisse la main aux organisations politiques mises en place pour soutenir les actions du Chef de l’Etat.

Pourquoi y a- t-il une tension permanente dans les rapports entre le Chef de l’Etat et la classe politique traditionnelle ?                    
Je crois, vous posez une question de fond et vous me donnez l’occasion d’y répondre. Il faut voir d’où vient le malaise. Le Président Boni Yayi, vous l’aviez dit, n’était pas dans le serail politique béninois. Entre les deux tours, il a obtenu 37% et il avait besoin de 13% pour passer. Ce qui l’a amené à nouer des accords politiques avec la classe politique en général sauf avec son vis-à-vis qui est le Prd.   Cela a abouti à un accord. Sur la base de ce partenariat politique, un certain nombre d’engagements ont été pris. Le Président Boni Yayi a globalement respecté ces engagements. La Lépi était dedans.  C’est la même classe politique qui a exigé qu’on réalise la Lépi, qui a exigé qu’on révise la Constitution, qui a exigé qu’on prenne le décret concernant les partis politiques, qu’on prenne également un décret pour le financement des partis politiques. La seule question de fond qui restait, c’est que le Président YAYI s’était engagé à donner 10 postes mais a fini par ne concéder  que 4.  Quelqu’un qui n’était pas au pouvoir prend le pouvoir et devient Chef de l’Etat, il forme son gouvernement avec ceux qui sont sensés mieux connaître le pouvoir que lui. Quand on fait une lecture à reculons aujourd’hui, on se rend compte qu’il y avait eu un marché de dupes. Ce n’est pas Yayi Boni qui a créé les premières contradictions entre lui et la classe politique. Les premières contradictions ont été créées par les ministres des signataires de l’accord. Le programme que ces derniers cherchaient à faire passer était celui de leur chef de parti. Le Président Boni Yayi s’est engagé sur un programme, un projet de société. La Rb, le Madep, le Psd se sont aussi engagés. Ils deviennent ministres, chacun a voulu dès lors tirer le drap à lui en cherchant à appliquer le programme de son parti. Comme ces ministres recevaient des ordres de leur  chef de partis, tout de suite, il y a eu un affrontement entre ces ministres eux-mêmes et les chefs de parti. Il leur fallait faire un choix : ils démissionnaient ou ils continuaient à défendre Boni Yayi. Ils ont choisi la voie du soutien à Boni Yayi au détriment de leurs partis politiques respectifs. A mon niveau, c’est l’erreur politique que j’avais trouvée à l’époque. Il leur fallait  démissionner tout simlplement, puisque ces derniers n’arrivaient pas à faire appliquer les programmes de leurs partis. Les élections communales sont venues exacerber tout. Parce que cette classe politique croyait qu’elle pouvait encore conquérir le pouvoir.   C’est comme cela qu’elle a mobilisé ses troupes et a décidé d’aller aux élections en combattant le Président Boni Yayi. La première élection qui devrait montrer la nature des rapports entre le Président Boni Yayi et ses partenaires a été conflictuelle. C’est cela qui a fait que le Président Bruno Amousou, la Rb et le Madep ont pensé que le moment de reprendre à Boni Yayi son électorat était arrivé. Malheureusement pour eux, le Président Boni Yayi s’en est sorti avec 35 députés. Et une fois encore, ils se sont dit qu’il leur faut contrôler l’Assemblée et c’est là que Bruno Amoussou a été candidat.  On peut se  tromper d’accord, mais il faillait dire : ” si nous vous soutenons et que nous venons au pouvoir, nous allons exécuter un programme mixte “. En ce moment vous créez une rencontre pour fusionner les programmes. C’est la tentative que les 14 chefs de partis politiques qui faisaient partie du premier gouvernement de Kérékou avaient voulu faire mais cela n’avait pas marché en 1996. Le Général voulait appliquer son programme et le divorce est arrivé en 1998. Ce n’est pas pour rien que Houngbédji est parti.

Pourquoi l’UMPP ? Est-ce que les Forces cauris pour un Bénin émergent ne suffisaient pas pour encadrer l’action politique au côté du Président Boni Yayi ?  
Les  Forces cauris pour un Bénin émergent ( Fcbe ) est une machine qui n’était pas organisée et qui a réussi des exploits. C’est cette machine Fcbe  qui s’agrandissait d’élection en élection et qui a fait   élire le Chef de l’Etat en 2006, qui a obtenu 35 députés en 2007, qui a obtenu 752 conseillers communaux sur 1400 en 2008, qui a obtenu près de 12 000 conseillers locaux. C’est une machine politique. En politique, on appelle ça, un bloc politique. Les gens ont vite fait de comprendre que tel que Fcbe fonctionnait, c’était un parti politique et que Fcbe est un parti-Etat. C’est évident qu’avec cette moisson, cette force politique au parlement, dans les communes et en plus du pouvoir exécutif, cela fait peur. Et cela n’a pas raté. On confondait Fcbe à un parti politique. L’acte fondateur des Fcbe a été signé par 77 partis politiques et 136 mouvements. Le Président Boni Yayi n’a pas été élu rien que par les partis politiques et mouvements, il y a aussi les organisations sociales et elles sont nombreuses, les confessions religieuses, les personnalités indépendantes. Il y avait plus d’une centaine de personnalités le jour qu’on a créé l’UMPP. Nous avons voulu en créant l’UMPP, démontrer que nous sommes capables de faire l’ouverture.   Nous avons aussi voulu ratisser large et montrer que tous ceux qui veulent venir soutenir le Président Yayi ne sont pas obligés d’être membres des Fcbe.     

Est-ce que ce n’est pas ce contexte qui explique cette multiplicité de partis politiques qui se créent au sein de la mouvance présidentielle notamment par les ministres ? Il semble qu’il y a des guerres et qu’il faut créer son parti afin d’exister au sein de la mouvance politique.
Cela ne date pas d’aujourd’hui. Il y a deux catégories de personnalités qui créent les partis et les mouvements politiques. Il y a ceux qui n’ont jamais été des politiciens, et qui n’ont jamais animé la vie politique, et qui par la force des choses sont devenus ministres.  Le poste de ministre n’est pas administratif, technocratique uniquement, c’est un poste politique.   Certains pensent qu’une fois qu’ils sont là, il leur faut tester leur popularité sur le terrain. C’est ce qui amène des personnalités qui n’étaient pas des militants à créer de partis. Il y a la catégorie des militants qui ont milité dans les  partis politiques et qui sont devenus  ministres. Je crois qu’il n’y a aucun procès à faire, la Constitution béninoise l’autorise.

C’est un peu en contradiction avec le souci d’aller vers des forces politiques qui se regroupent et de sortir de l’éthnicisation des partis politiques.  
La question de l’éthnicisation de la vie politique, nous l’avions héritée du multipartisme. Ce n’est pas lié à Boni Yayi. Nous sommes sortis à l’époque d’un parti-Etat qui avait bouclé tout le territoire et on était obligé de faire le monopartisme.  En 1990, on a trop lâché la liberté et quand vous lâchez comme ça, vous gérez la suite. Et la suite en 2002, on était déjà à 150 partis politiques pour une population de 8 millions. Le gouvernement de Kérékou a introduit au parlement un projet de loi, portant nouveau statut des partis politiques. L’objectif était de réduire le nombre des partis politiques, nous avons mis des critères très sélectifs, mais les députés les ont rejetés et nous sommes revenus à la case départ.  C’est un problème de fond que le Chef de l’Etat nous posait pour que lorsque nous trouverons l’occasion de réduire le nombre des partis politiques, il faut le faire. Moi je suis pour. Chemin faisant, nous allons arriver à réduire le nombre des partis politique sans prendre par le chemin qu’ils appellent la dictature. On ne peut pas construire une nation en étant émietté comme nous le sommes  actuellement. De toutes les façons, on ne fera pas de miracles. La loi portant charte des partis politiques de 2003 doit être respectée. La preuve en est que dans l’opposition, ils créent aussi des partis politiques.  Il y a le Nep Mixalodo qui a été créé et que nos frères d’en face ont salué l’avènement avec beaucoup de vacarme et de joie. Mais dès que c’est du côté de la mouvance, cela gêne et ils s’interrogent à notre place pour demander pourquoi nous créons tant de partis.    

Il y en a qui en créent au sein de votre famille politique. Mais on ne sait pas s’ils sont avec vous. Citons par exemple les députés, Eloi Aho, André Dasoundo, Egdar Alia. Sont-ils toujours dans la mouvance présidentielle ?
Ce sont des députés. Ils ont été élus par leurs populations dans leurs circonscriptions électorales ; ils doivent savoir de quoi ils répondent. Je crois que cette question, il vaut mieux la leur poser. Nous, on n’empêche personne de s’exprimer. C’est de leur droit.

Il a  eu récemment une polémique sur la réalisation de la Lépi. D’après vous monsieur le Conseiller spécial est-ce qu’on peut estimer que la réalisation de la Lépi est possible pour 2011 ?
La Lépi s’appelle la Liste électorale permanente informatisée. Cela veut dire qu’on n’a jamais informatisé une liste et pour réussir une liste informatisée, il faut forcément des techniques et des normes et elles sont universellement connues. La Lépi est d’abord, un instrument technique. J’ai lu plusieurs articles dans les journaux où la Lépi est présentée comme si on peut la monnayer, c’est-à-dire qu’ on peut s’asseoir pour dire voilà la Lépi qu’on veut. Il s’agit de profiter pour que le Bénin dispose enfin d’une carte de l’habitat. C’est-à-dire avoir une photographie nette du nombre d’habitations au Bénin et c’est ce que nous sommes en train de faire.  Je suis géographe et je sais que nous disposons sur l’ensemble du territoire des cartes. Et mieux, le Centre national de télédétection a produit des photos satellitaires qui ont permis au Pnud d’avoir des fiches techniques par zone de dénombrement. Une zone de dénombrement, peut être le quartier de Gbégamey ou le village de Tiho. Nous n’avions pas cité le Mali, le Togo parce que seul le Ghana et l’Afrique du Sud ont pu produire la Lépi que nous envisageons. A savoir, une Lépi qui passe par une cartographie  censitaire   obligatoire qui fixe à un nom, une habitation. Les Béninois ne sont pas les géniteurs de la Lépi. Elle est déjà expérimentée dans tous les pays européens et ailleurs plus près de nous. Ils disent que ce sont les cellules techniques qui l’on fait en Afrique du Sud et au Ghana. C’est ce que nous demandons. La loi portant Réna (Recensement électoral national approfondi) et établissement de la Lépi est une loi basée sur des données techniques. Mais l’Assemblée nationale béninoise a politisé cela et c’est de leur droit. Les cartographes qui sont là n’ont pas fait une école de cartographie mais ils sont pour la plupart des géographes ou des planificateurs. En tout cas, ils ont le niveau pour manipuler les petits instruments de géodésie et de repérage. La Cps est détachée de la Mirena qui conduit tout ce qui est technique. C’est elle qui a fait la Lépi en Afrique du Sud et au Ghana. Mais les Béninois ont voulu créer la Cps. Pour moi, c’est par consensus qu’ils ont exigé qu’une structure politique de supervision soit créée comme la Céna. On a dit d’accord. Sur 15 personnes, les députés ont exigé 8 et le gouvernement n’a donné qu’un seul représentant. La Cps telle quelle est ne permet pas de contrôler les techniciens sur le terrain, de maîtriser les détails, selon eux. Ils ont donc souhaité être représentés dans les communes. C’est ainsi qu’on a créé les Ccs qui sont donc les Commissions communales de supervision comprenant 11 personnes. Encore là, 8 députés soit 4 pour la mouvance et 4 pour l’opposition sont présents dans les 77 communes. Le gouvernement a donné un membre, un de la Société civile et un magistrat. Et avant le 23 novembre dernier, ces Commissions ont été installées. Pour moi, c’est que le consensus est déjà réalisé. Mais il n’en demeure pas moins que l’opposition estime que le consensus n’est pas encore largement atteint et qu’on précipite les choses. Mais, c’est la loi et le Superviseur  Epiphane Quenum l’a déjà expliqué. C’est une loi votée par 64 députés sur 83. Moi, je pense et je l’ai déjà dit à la télévision, j’ai félicité les députés qui ont compris qu’il fallait sortir de cette situation de notre ancien système électoral archaïque qui en fait nous conduira droit vers la guerre civile si nous ne savons pas faire. Si une loi a été votée, il faut maintenant l’appliquer et c’est là que le problème se pose. Mais le Président de la République a décidé qu’il y aura des débats et cela n’arrête pas le calendrier. La question de la Lépi est une question de fond. C’est une question de survie ou de mort pour notre peuple. Après 20 années d’application de notre système électoral actuel, nous avons connu des difficultés  et ce qui me fait peur, ce sont les dernières élections communales. C’est évident que si nous n’avons pas la Lépi en 2011, nous irons droit vers la guerre civile.   Et je ne voudrais pas que mon pays en arrive-là.  Je suis sûr que la classe politique qui est en face de moi et que je connais bien ne va pas nous entraîner là. Tout le monde a accepté la Lépi depuis 1998 et aucun des hommes politiques que je connais n’a dit qu’il ne veut pas de la Lépi. La première fois que nous avions parlé de la Lépi c’est en 1998 et toutes les lois depuis cet instant étaient faites sur la base de la Lépi. La Lépi techniquement en 2011, elle peut se faire.

Mais qu’est-ce qui explique cette suspicion qui émane de l’opposition ? Il parait qu’au niveau du recrutement, ce sont seulement des militants Fcbe  qui ont été recrutés pour la Mirena et les communes. Est-ce que la couleur politique de l’agent peut influencer le travail ?   
Du tout pas. La Lépi n’est pas manipulable. On ne peut pas manipuler la Lépi et d’ailleurs, Boni Yayi n’a aucun intérêt à manipuler la Lépi. En 2006, il a été élu sans la Lépi à 75%. On n’a pas peur. Au contraire, plus c’est transparent, mieux ça vaudrait pour nous tous et pour notre peuple. Nous sommes disposés pour qu’on trouve des solutions  consensuelles à des détails qui pourraient exister. Il est dit dans un article portant Réna et Lépi que le recrutement des recenseurs, des cartographes et des informaticiens dans 6 ou 9 mois, se fera sur la base d’un appel à candidature. Au moment où on a lancé l’appel à candidature, les trois représentants de l’opposition boudaient à l’époque la Cps au motif qu’il fallait laisser l’appel à candidature. On a eu 26 000 candidats pour 1 600 postes. Ce n’est pas la Cps qui a fait le dépouillement, elle n’a fait que recevoir le dossier qu’elle a transmis à la Cellule technique du professeur Adam Sikirou qui est parrainé par une cellule technique du Pnud. Ce travail a été fait de façon fiable. Les gens qui ont été sélectionnés, sont des Béninois et ont le niveau intellectuel requis. Le reste, ce sont des querelles qui ne sont pas fondées. Que ce soit le Chef de l’Etat ou les amis de l’opposition, nous avons intérêt à aller vers la Lépi.  C’est pour les générations futures. J’appelle d’ailleurs la classe politique, qu’elle soit de l’opposition ou pas, prioritairement, je fais appel à mon frère, le Président Houngbédji que je respecte très bien, qu’il fasse tout pour qu’on facilite la mise en place de la Lépi.

Nous allons aborder maintenant ce fameux pardon de Houngbédji à l’ancien Président de la République, Nicéphore Soglo. N’est-ce pas là une vraie menace pour la mouvance présidentielle si effectivement cette réconciliation a  sa portée ?     
Je crois que ceux qui disent que la mouvance a peur de la réconciliation entre Me Houngbédji et le Président Soglo, ils ne comprennent pas notre démarche depuis. Notre démarche est de rassembler autant de Béninois que nous le pouvons. Le Président Boni YAYI  fait beaucoup d’efforts et cherche ce qu’on appelle l’adhésion populaire. Les Dragons de l’Asie aujourd’hui ne se sont pas développés avec une classe politique divisée, une population divisée. Je pense que le Président Houngbédji a eu le courage de demander pardon et j’encourage ceux qui savent reconnaître leurs erreurs.  En ce qui concerne celui qui a dit : ” oui je te pardonne “, tant mieux ! C’est un acte pour garantir quoi ? La paix dans notre pays.  Peut-être ceux qui se sont embrassés ont peur. Pas nous. Je voudrais que cette réconciliation conduise à un grand regroupement national pour qu’on se développe enfin.  Au contraire, j’encourage le Président Houngbédji et le Président Soglo à la réconciliation pour qu’on aille vers la paix. Ils ont dit depuis le 30 novembre 2008 qu’ils auront un candidat unique et pour aller à la candidature unique, il faut se réconcilier. Alors que la candidature unique de l’opposition est une bonne chose pour moi et la majorité présidentielle. Et cela ne change rien dans nos rapports avec la Rb.

Qu’est-ce que vous faites pour que la loi de finances gestion 2010 puisse être votée après cette polémique qu’il y a eue sur l’erreur ?
L’exécutif a déjà joué sa partition. Les textes prévoient une session budgétaire et il y a des étapes. Nous sommes à la deuxième étape. Normalement, le gouvernement n’a plus rien à faire. S’il y a des questions floues, les ministres sont à leur disposition. Il y a une erreur matérielle qui s’est glissée dans ce budget. Bon, c’est de bonne guerre. Cela se fait dans tous les Parlements. Mais quand vous prenez le budget, c’est bien mis 1.367 milliards. Cette erreur porte sur la lettre de transmission à l’Assemblée. Mais je ne sais pas pourquoi ils en ont fait une grosse affaire. Ils veulent démontrer que le gouvernement a transmis le budget en retard. Et quand vous transmettez le budget  en retard, vous ne pouvez plus prendre une ordonnance. Si le budget n’est pas voté le 31 décembre, on ne peut plus prendre une ordonnance et nous allons gérer par douzième provisoire comme la Côte d’Ivoire cette année par exemple. Nous l’avons fait sous le régime récent du Général Kérékou par deux fois et ça ne nous gêne pas que ça soit par ordonnance ou douzième provisoire que le budget soit exécuté. Ce budget, est celui de l’année dernière que nous avions renforcé par 3%. Il s’agit avec ce budget 2010 de terminer tous les projets qui sont en cours d’exécution. Il y en a 459 et nous avions décidé de financer selon nos ressources 382 projets à terminer en 2010. Je ne suis pas sûr qu’un député veuille qu’on abandonne un projet qui est déjà en cours d’exécution dans sa commune.   Mais, si cela arrivait, on va appliquer la loi.  Je vous remercie.

Entretien réalisé par AUBE NOUVELLE

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