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Le triomphe de la vérité

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Musique endogène de l’aire culturelle bariba: Damamonrokou, une bibliothèque vivante de l’histoire


 artiste baribaSon violon résonne depuis 1956. Son apport à la valorisation de la culture baatonnu est inestimable puisque ses chansons passent à longueur de journée sur les ondes des radios et ses clips à la télévision nationale. Mais cet artiste aux talents indiscutables vit dans l’ombre dans des conditions à la limite inacceptables au regard du monument culturel qu’il incarne. Retranché à Wansirou, un quartier populaire de Parakou dans une presque cabane faisant office de domicile, Guèra Dama alias Damamonrokou est loin de vivre de ses œuvres allègrement diffusées sur les ondes depuis plus d’une trentaine d’années. A 71 ans, le spécialiste du « monrokou » (violon de l’aire culturelle baatonnu) n’a d’autres alternatives que de vivre du maraîchage puisque la terre elle ne ment pas. « Un artiste devrait vivre comme un président de la République. Mais nous autres avons été abandonnés à notre propre sort. On se souvient de nous lorsqu’on a besoin d’informations dont on est convaincu ne pas obtenir nul par ailleurs qu’ici », dénonce le prophète du violon comme lui-même le revendique dans toutes ses œuvres. L’artiste très ancré dans la culture baatonnu reste un interlocuteur valable pour conter dans ses moindres détails l’histoire des héros tels que Bio Guèra, Sacca Yérima, Kassakpérigui, Bio Simè Wèrè et autres dont les noms évoquent dans la mémoire collective bariba la résistance au colon. Et nombre de chercheurs historiens, anthropologues, linguistes et consorts ont eu à recourir à cette bibliothèque vivante sans jamais songer à faire sa promotion. « Ils viennent tous ici me voir. Je les aide à réaliser leurs recherches. Ils me font des promesses devant me permettre de vivre de mon art. Mais lorsqu’ils me quittent, c’est fini. Ils m’oublient c’est pour cela que je suis aujourd’hui réticent vis-à-vis de tous ceux qui viennent me questionner », fait observer le septuagénaire contraint à déployer l’énergie physique sur un lopin de terre situé dans le domaine foncier de l’aérodrome de Parakou. En effet, Damamonrokou compte plusieurs enregistrements sur les bandes de l’Office de radio et télévision du Bénin (ORTB). « Depuis 1964, ils me sollicitent. Et même tout récemment en 2006 et 2008, ils sont venus faire des enregistrements chez moi. Mes compositions et mes clips passent régulièrement sur les ondes de l’ORTB et de plusieurs chaînes privées de radio », raconte Guèra Dama qui met à son actif plusieurs chansons sur l’indépendance, les méfaits de l’alcoolisme et bien d’autres thèmes portant sur l’histoire culturelle baatonnu. L’artiste dont les œuvres sont très populaires sur les ondes rumine de colère contre tous ceux-là qui l’ont jusqu’ici exploité sans contrepartie. « Ils m’ont promis qu’ils me feront beaucoup de choses mais ils n’ont pas tenu parole. C’est ce qui est révoltant », s’offusque l’artiste au violon magique. Il fustige les différentes autorités qui se sont succédées au département ministériel en charge de la promotion de la culture depuis l’indépendance à ce jour. « Aucun d’eux n’a jamais cherché à connaître les conditions dans lesquelles nous vivons. C’est vrai que j’ai eu l’occasion d’aller en Afrique du Sud et en Allemagne avec d’autres artistes avec l’appui du gouvernement. Mais très souvent à notre retour, ce sont des miettes qu’on nous réserve. Par exemple, quand nous sommes revenus d’Afrique du Sud, c’est seulement 20 000 francs CFA que j’ai reçu du ministère », raconte l’exalté artiste baatonnu. Le seul généreux bienfaiteur que Damamonrokou garde en mémoire reste un certain Gourma Mohamed. « Il vit à Cotonou. C’est lui qui m’a acheté cette moto Mate il y a plus de dix ans », se souvient-il quand bien même cet unique moyen de déplacement du septuagénaire n’est pas loin d’une épave roulante.

Marc David Molli

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