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Le triomphe de la vérité

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EDITORIAL: Le capital football


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Le Bénin a sauvé la face de justesse. Jusqu’à la dernière minute, le match d’hier aura été un supplice pour tout le public sportif. Le but malien aura semé consternation et désarroi dans les cœurs. Au Stade de l’Amitié, les commentaires désabusés des spectateurs  exprimant leur déchirement ont été un coup de pied à ce champ de désolation offert par le onze national impuissant à sauver l’honneur national face à cette double humiliation  qui s’étalait devant nos yeux. Puis ce fut la délivrance, le but salvateur de Mohamed Aoudou. Son coup de patte aura desserré l’étau malien et remis du baume au cœur de tous. Gorgés d’espoir, nous avions espéré une revanche décisive en fin de partie, sans trop y croire. Le coup de sifflet final de l’arbitre sud-africain (minable)  a sauvé les meubles. Malgré tout, nous conservons intactes nos chances de qualification pour Luanda 2010. Impossible n’est pas béninois !
Mais ce slogan publicitaire qui nous mettait au voisinage du pire soulève l’épineuse question de la politique sportive et plus spécifiquement de la politique footbalistique de notre pays. En dépit des efforts consentis chiffrés en milliards chaque année pour faire vivre le foot au Bénin, ce sport est loin d’être une préoccupation  nationale   pour les pouvoirs publics et plus généralement pour la classe politique. On ne s’y intéresse réellement qu’à la veille des grands enjeux internationaux où la mobilisation générale contraint les acteurs sportifs au miracle. Sans championnat sérieux et donc sans véritables joueurs capables de faire la différence en ces occasions-là, le Bénin bat le rappel de quelques ” professionnels ” évoluant à l’étranger pour camoufler les carences d’une organisation interne fondamentalement chaotique. Et quels professionnels ? La plupart évoluent en troisième division ou dans des clubs amateurs. Les meilleurs sont victimes de l’image dépréciée donnée de leur pays par des prestations  approximatives fruits de l’improvisation structurelle. Un Mouri qui détient des titres inégalés en Afrique évolue en deuxième division au moment où des professionnels d’un talent moindre mais provenant du Ghana ou du Mali sont des stars dans les clubs huppés d’Europe. C’est la preuve que les prestations médiocres du onze national déteignent sur l’image générale du Bénin à l’extérieur.
Aujourd’hui, le football est un élément de politique ex térieure servant à apprécier nos entreprises, nos hommes d’affaires, nos productions, nos hommes de science et nos diplomates. Cette interconnexion est perçue depuis longtemps par des pays comme le Cameroun ou le Ghana ou encore l’Afrique du Sud où l’Etat accompagne et capitalise la soif de la grande masse de la population pour le beau jeu. La majorité des gens ne rêve que d’un championnat professionnel capable de déplacer des foules comme hier.  Les trente cinq mille spectateurs qui se sont déplacés au Stade de l’Amitié malgré le découragement de Bamako, donnent la preuve que le foot est un puissant moyen  fédérateur de toutes les passions. On s’attendait de leur part à un découragement total face à la prestation de Bamako, mais l’on a une surexcitation nationale et une volonté transcendantale qui sonne comme un appel. Le football n’est plus une passion secondaire mais une préoccupation cardinale de tout le monde. Autant que les salaires à la fin du mois ou l’eau potable dans les robinets, il constitue un élément vital de notre processus de développement et mérite désormais une politique à part entière. Il s’agit de miser sur un investissement capitalistique  visant à rompre le divorce entre le public et les acteurs sportifs à travers la mise en place d’un financement conséquent au profit du championnat professionnel, des écoles de formation et surtout la mise à disposition d’infrastructures sportives adaptées dans les communes. A l’ère du football passion, cet investissement n’est pas perdu. Il sera la clé de voûte d’une nouvelle politique pour la jeunesse et pour la création de richesse au profit des opérateurs économiques désireux de bâtir un avenir sur la manne sportive. Car après tout, le football est aujourd’hui plus rentable que le coton ou encore les véhicules d’occasion.
Olivier Djidénou

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