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Le triomphe de la vérité

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EDITORIAL: La vindicte des marcheurs


Boni Yayi ne dormira plus. Les centrales syndicales qui ont marché hier ont des raisons objectives de l’acculer jusque dans ses derniers retranchements. L’interdiction de leur marche de la semaine dernière, relevant d’une volonté forte de mettre un coup de bâillon à toute liberté tendant à la critique du régime, ne pouvait contribuer qu’à deux choses : unir leurs voix contre le Chef de l’Etat et durcir le ton contre lui. Cette initiative liberticide condamnée par tous s’est révélée comme un argument de taille montrant l’infiltration dans notre pays d’une forme d’autocratie solitaire. Déjà visible dans les médias publics, elle tend à encadrer les manifestations de rue au profit du seul pouvoir. Même de simples conférences de presse provoquent le coup de sang du Chef prompt à empêcher au besoin par la force tout ce qui nuit à son image. Il faut voir comment, craintifs et presque tremblants, les reportages portant sur les manifestations de contestation sont vidés de leur substance sur les chaînes publiques. Tout se passe comme si le pouvoir oublie que dans tout pays normal, l’expression libre de la volonté populaire aide les dirigeants à une meilleure gouvernance. Elle crédibilise le régime contre toute accusation de pensée unique, autant qu’elle l’empêche de verser dans la médiocrité de ceux qui se sentent satisfaits. Ce sont des évidences qui ont formaté depuis bientôt 19 ans la vie politique nationale avec des résultats incontestablement positifs. Tenter aujourd’hui d’enchaîner ce qui était libre depuis 1990, c’est user d’un coup de folie dont le seul aboutissement est l’unité des adversaires. Les centrales syndicales avanceront dès lors dans l’unité de ceux qui se savent menacés.
Le durcissement de ton qui va s’en déduire risque de se cristalliser dans un bras de fer permanent entre les deux parties. En annonçant hier que les centrales iront bientôt faire des marches dans toutes les contrées du pays, Dieudonné Lokossou n’a fait que livrer l’une des stratégies de toute organisation acculée à la résistance : se fondre dans la masse pour qu’elle épouse ses vues. Dans les villes secondaires et dans les campagnes, l’on pourrait donc assister bientôt à des manifestations de contestation, enlevant le monopole de la rue au pouvoir qui s’autocongratulait jusqu’ici à travers les marches de soutien. C’est décentraliser  la contestation qui va bientôt s’installer aux tréfonds du pays. Contre toute attente, le bâillonnement des libertés syndicales réalise l’effet contraire en libéralisant la critique et en la rendant plus acerbe que jamais. La perception monolithique du pouvoir qui tente de faire croire que l’expression publique ne doit être qu’encensement pour ses actions, échoue ainsi à nous aveugler. Le déchaînement syndical ajoute un surcroît de crédit à la voix de l’opposition devenue tonitruante à mesure que s’égrène le mandat de Yayi. Cette accumulation de convulsions socio-politiques achèvera de faire de Boni Yayi l’homme à abattre pour sauver la démocratie béninoise. Il aura beau construire des échangeurs, injecter des micro-crédits ou recruter des dizaines de milliers d’enseignants, il apparaîtra comme un danger public.   
Le déchaînement de toutes ces passions fera du combat syndical, un appendice naturel du combat politique qui le complète et l’achève. Esseulé face à une ancienne classe politique qui l’a disqualifié pour 2011, le Chef de l’Etat a ouvert la boîte de Pandore d’où sortent les vieux démons qui ont contribué naguère à la déchéance de Nicéphore Soglo. Le syndrome Soglo est ainsi ressuscité sous les espèces d’un changement politiquement inefficace et socialement pernicieux.  Car, même si elles n’allaient pas au fin fond du pays pour y distribuer leur hargne, les centrales ont encore l’arme des droits acquis mais brimés pour se réveiller à nouveau dans deux semaines. En ligne de mire, la question des primes de motivation supprimées au ministère de la santé servira à faire plier le gouvernement. Je ne vois pas comment, face aux courroux actuel des travailleurs, le gouvernement pourrait réussir à passer le cap sans y laisser de plume, sans reculer à nouveau. Car dans le contexte actuel, leur unanimité manifeste est un triomphe difficilement surmontable.
Olivier Djidénou

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One thought on “EDITORIAL: La vindicte des marcheurs

  1. Olympe BHÊLY-QUENUM

    Paris, 02-08-09

    Mi kou do lexwe nou

    Je ne suis pas actuellement dans le village où je vis mais à Paris pour quelques jours; n’empêche, je suis d’assez près les événements de mon pays aussi et déclare après la lecture de votre article:

    NE JAMAIS BAISSEr LES BRAS FACE A LA DICTATURE QUI S’AFFINE EN EVOLUANT VERS L’OPPRESSION.
    L’INCONNU SANS COMPETENCE POLITIQUE QUE LE PEUPLE A ELU MASSIVEMENT PARCE QUE PEUPLE S’ATTENDAIT A UN CHAHGEMENT QUI APPORTERAIT DES SOLUTIONS A SES PROBLEMES EN LES AMELIORANT N’EST PAS DIGNE DE NOTRE PAYS.

    Récemment, à Monsieur Balogoun qui avait souhaité mettre mon nom sur son Facebook, j’ai transmis la suggestion d’une certaine Amoudatou avouant que ce nom était un pseudonyme parc qu’elle avait peur pour ses parents qui vivent au Bénin!
    J’ai autorisé Monsieur Balogoun à publier la suggestion d’Amoudatou; dommage que ça n’ait pas été fait; à moins que le pouvoir de Monsieur Thomas Boni Yayi ne soit devnu celui d’un criminel, il n’osera pas faire tirer sur des millions de Béninois, qui, les mains nues, descendront dans les rues de Cotonou, Porto-Novo,Ouidah, Parakou, Jougou et d’autres villes du pays.

    MASSE ET PUISSANCE CONSTITUENT TOUJOURS UN BARRAGE INEXPUGNABLE CONTRE LES DICTATURES. Il faut que le Bénin en arrive à cette pratique.

    Amitiés d’Olympe BHÊLY-QUENUM

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