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Le triomphe de la vérité

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EDITORIAL: La valeur du ministre


Peut-on dire que les ministres de Boni Yayi sont plus malheureux que ceux de Mathieu Kérékou ? Assurément oui. Car à y voir de près, la fonction ministérielle n’attire plus la classe politique comme avant. Le refus répété des forces politiques opposées au changement de faire partie du gouvernement est illustratif à cet effet. Apparemment, rien n’attire plus les politiciens dans le gouvernement. A cela, on peut avancer trois raisons principales.
D’abord, tout s’est orchestré dès le premier gouvernement de l’ère du changement. Les limogeages successifs de ministres parfois pour des raisons d’insubordination au Chef de l’Etat ont fait croire à tous qu’il est inconvenant de tenir tête au Président de la République ou même d’avoir à dire autre chose que lui. Si ceci était vrai, c’est que le Chef de l’Etat tolère très peu la contradiction au sein de ses collaborateurs. Ne peuvent être de son gouvernement que ceux qui acceptent d’être des béni-oui-oui prêts à tout accepter, à aller en conseil des ministres à tout moment, à aller exécuter n’importe quelle mission quand cela plaira au Chef… En fait, il semble que Boni Yayi mène son monde à la baguette, convoquant les conseils des ministres selon ses humeurs, imposant son opinion sans que personne ne puisse broncher. Galiou Soglo a déjà révélé que cette croyance commune est fausse puisqu’il n’a jamais senti que le Chef de l’Etat tente de l’empêcher de dire ce qu’il pense quand il en a envie. Mais dans la tête des opposants, Boni Yayi est un dictateur. De méchantes langues disent que ses coups de colère sont effroyables et que certains ministres en ont déjà fait les frais, presque physiquement.
Il y a ensuite tous les anciens privilèges des ministres largement revus à la baisse. Il est vrai que leur salaire est passé de 400 000 F environs sous l’ère Kérékou à 1703 518 Fcfa, soit une augmentation de plus de plus de 400% avec divers autres avantages. Mais tout le monde sait que les ministres ne se nourrissent pas de leurs salaires mais des affaires qu’ils réussissent à faire grce à leur portefeuille. Sous Kérékou, la plupart sont devenus milliardaires, malgré les 400 000F mensuels. Même quadruplé, le salaire actuel ne permettra à personne de s’enrichir. D’autant plus que de nombreux cadres du public comme du privé investis en politique sont à plus de quatre millions par mois et n’entendent pas se mettre dans une position où ils en gagneraient forcément moins.
De ceci découle la troisième raison principale. En allant au gouvernement, tout député perd son siège au parlement et les avantages qui y sont liés. Et pourtant, le portefeuille ministériel est en insécurité constante. A tout moment, le Président de la République peut piquer un coup de colère et procéder à un remaniement technique. Aller au gouvernement dans ces conditions, c’est risquer de tout perdre. Sans oublier que les nominations dans les ministères sont soumises à des exigences strictes.
Le poste ministériel a ainsi perdu de son ancien lustre, même s’il a notablement gagné en dignité. Aucun ministre, ne peut être taxé de voleur comme auparavant. Et il est connu que tous sont obligé d’être sur le terrain à tout moment, de mouiller le maillot comme le Chef lui-même. Le gouvernement en a considérablement gagné en crédibilité. Est-ce ce qui pousse Adrien Ahanhanzo-Glèlè à pousser des ergots chaque fois qu’il y a un vent de remaniement ? Possible. Il donne l’air en tout cas de lorgner du côté du pouvoir. Comme quoi, les honneurs ministériels attirent toujours.
Olivier Djidénou

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