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Le triomphe de la vérité

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EDITORIAL:La démocratie des pauvres


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Aujourd’hui c’est la journée internationale de la démocratie, une célébration instaurée par les Nations unies pour réfléchir sur ce système politique compliqué. C’est un système compliqué parce que donnant formellement à tous les mêmes droits dans un contexte où cette liberté presque totale s’exerce dans des conditions de précarité économique difficilement tenables. Comment donc conjuguer démocratie et pauvreté ? C’est une question à laquelle les jeunes démocraties comme les nôtres contournent parce qu’elle comporte des évidences propres à faire sauter nos doctes assurances. C’est en effet gênant de le constater : le Japon, la France ou l’Allemagne n’auraient jamais atteint leurs niveaux actuels de développement économique s’ils avaient démarré leur processus de construction nationale par un libéralisme absolu comme le nôtre. Ce qu’enseigne l’Histoire c’est que la modernité occidentale inspirée du siècle des Lumières s’est construite sur un socle de monarchie et donc d’autoritarisme. La remise en cause constante de ce modèle de base correspond globalement au niveau d’évolution de la société compte tenu des rapports de force économique qui se sont mis à basculer en faveur des couches sociales anciennement privées de toute possibilité de participation à l’exercice du pouvoir. Déplacement du centre de gravité du pouvoir qui échappe à la monarchie pour la bourgeoisie compradore et industrielle, mais aussi construction progressive d’une base économique fertilisée par la traite transatlantique, les révolutions industrielles et le capitalisme triomphant. C’est sur ce schéma que se construisit la démocratie d’origine occidentale appliquée au Japon. La monarchie nippone n’a laissé l’initiative politique de gestion du pouvoir qu’en ayant réussi à construire au peuple japonais une économie florissante encore aujourd’hui. L’un dans l’autre, l’expérience politique est d’initiative et de construction interne. Ce sont les Français qui inventèrent «leur» démocratie, les Allemands, les Japonais et les Américains également. Chaque fois, ce système naît et se développe sous la poussée des facteurs économiques endogènes. Que se passe-t-il dans notre pays ?
Il se passe que malgré l’indigence économique qui nous caractérise, nous avons copié le modèle démocratique occidental sans disposer des bases économiques qui l’ont fondé. Pouvait-il en être autrement quand les «Pères» de notre constitution ont fait leur classe à la Sorbonne, quand l’élite politique est occidentalisée à outrance ? Assurément non.
Ce copiage commode nous prive aujourd’hui de ce qui fit l’embellie économique des Etats développés, c’est-à-dire une autorité suprême éclairée à la manière du régime tunisien. Le libéralisme tentaculaire met fin à la mise en place d’une autorité forte et éclairée, pas une dictature mais une démocratie dans une main de fer capable de pousser le bloc national au progrès.
Le jeu politique concurrentiel ne conduit pas vraiment au développement, d’autant plus que le peuple analphabète et pauvre, résultat d’une économie en berne, se laisse duper par la classe politique. On ne peut construire une vraie démocratie avec un peuple qui a faim et qui attend son pain du politicien du coin ou la manne extérieure. Poussé par les élites intéressées, ce peuple qui n’a aucune prise sur le jeu des acteurs politiques, est bien le dindon de la farce. Il sera toujours mené en bateau en période électorale et ne saurait atteindre à cette élévation des consciences nationales propre aux grands Etats. Pour lui en tout cas, la démocratie libéralo-libérale est, non pas un luxe, mais une camisole de force. Elle n’est pas la solution à nos maux, mais le mal lui-même. Elle sera toujours un frein lorsque pour chacune de nos mille élections, il faut toujours, absurdité absolue, attendre l’aide extérieure. Que signifie ce pays qui se veut démocratique alors même que certains députés faiseurs de loi sont des analphabètes radicaux ?
Non, le galvaudage sémantique du terme démocratie, satisfait les élites repues et continuera d’empêcher les vraies réformes porteuses de contestation mais nécessaires au redressement économique. A ce train, il faut un sursaut national, un sacrifice national consensuel pour arriver un jour à bon port.
Olivier Djidénou

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