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Le triomphe de la vérité

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Dieudonné Lokossou, SG de la CSA Bénin: ” Tous ceux qui entourent Yayi Boni baignent dans la corruption “


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Dieudonné  Lokossou, SG de la CSA BéninA l’orée du 1er mai, le Secrétaire général de la Centrale des syndicats autonomes du Bénin (CSA Bénin), nous livre ses impressions sur l’actualité syndicale, les errements politiques, la lutte contre le corruption et l’état réel des libertés démocratiques. Regard critique mais volontaire, il dit sa part de dépit face au pouvoir et ses réalisations.

L’Evénement Précis: On a l’impression que le gouvernement a donné beaucoup de choses aux travailleurs d’une façon générale et aux enseignants en particulier.

Dieudonné  Lokossou: Le gouvernement donne l’impression d’en avoir assez fait au regard des chiffres. Je ne peux pas par malhonnête intellectuelle dire que rien n’a été fait. Certes, des choses ont été faites.  Mais nous constatons quand même que d’une manière générale, les choses qui se font le sont de façon sélective. Donc la satisfaction n’est pas totale. Je suis conforté pour le dire parce que j’ai un document devant moi où le Chef de l’Etat a fait la part belle au personnel en service à la Présidence de la République. On a fixé des primes astronomiques.

Mais ces gens dont vous parlez sont aussi des travailleurs béninois qui travaillent dans des conditions particulières.
 Oui, je n’en disconviens pas. Je remercie et félicite le Chef de l’Etat pour tout cela. Nous réclamons un travail et un salaire décents, il a fait l’effort pour répondre quelque peu à cette exigence. Mais je note quand même que c’est discriminatoire. Sur le plan de l’éthique et des normes du travail, ce n’est pas normal, parce qu’à chaque niveau, on court tous des risques. A diplôme égal salaire égal. Lorsque je prends le cas des contractuels, ils sont les plus lésés sur le plan salarial. On ne doit pas avoir dans une même République un salaire à deux vitesses : les agents permanents de l’Etat qui sont payés par rapport à leurs diplômes et d’autres qui ont les mêmes diplômes et qui font le même travail qui sont payés moins. C’est discriminatoire. Ou bien, l’Etat supprime la contractualisation du travail ou bien il maintient le système tel qu’il est et les gens sont payés par rapport à leurs parchemins.

Les autres catégories de la fonction publiques ne vont-elles pas se lever bientôt pour obtenir à leur tour les 25% offerts aux enseignants ?
Le débat ne doit  pas se focaliser sur les 25% octroyés aux enseignants. Vous savez que c’est un secteur assez sensible. C’est un secteur où ces camarades consentent beaucoup de sacrifices. Mais dans un esprit de prospérité partagée, on doit tenir compte de la situation de cherté que nous vivons actuellement en vue de revoir d’une manière globale, le salaire du public et du privé au regard de ce que dit le marché. Actuellement, il y a une flambée des prix que les autorités malgré les mesures prises n’arrivent pas à maîtriser.

Quelle est votre appréciation de la façon dont le gouvernement gère cette crise ?
Le gouvernement fait du saupoudrage. Les gens disent que des efforts sont faits mais pour moi ce n’est pas visible. Parce que lorsqu’on a ouvert des postes par-ci par-là pour vendre du maïs, il faut s’aligner pour acheter ce maïs. Et les Béninois ne prennent pas que du maïs. Il y a des gens qui prennent du sorgho, du mil, etc. J’ai entendu que des efforts ont été faits à hauteur de 50 milliards. Nous sommes 7 millions d’mes environs aujourd’hui. En divisant 50 milliards par 7 millions vous avez 7000 F par tête. Donc la solution pour moi c’est que le gouvernement revoie les grilles salariales dans tous les secteurs, le privé comme le public. Parce que malgré tous les efforts supposés faits, on ne sent pas cela dans le panier de la ménagère.

Le Bénin a quand même bien géré cette crise au regard de ce qui s’est passé dans certains pays qui nous entourent.
Non. Je ne vais pas jeter la pierre à une certaine catégorie d’institutions, parce qu’au Cameroun, au Sénégal, en Côte-d’Ivoire, même en Haïti ça bouge. Le niveau de vie des gens n’est pas en harmonie avec les prix qui montent tous les jours. Si vous comparez l’apathie qu’il y a c’est que les gens grondent en douceur. Il a fallu que nous en parlions pour que ceux qui sont chargés de défendre les consommateurs  donnent leur opinion, à travers une conférence de presse. Ils ne doivent pas s’arrêter là. Il faut mobiliser les consommateurs. Le débat n’est pas un débat de salon, mais un débat de rue aujourd’hui.  C’est une question de survie pour les populations, pour les travailleurs.

Avez-vous  le ministre du travail et de la fonction publique est à votre écoute?
Ça va très mal. Depuis que ce ministre s’est installé, il n’a jamais fait franc jeu avec nous. Je pèse bien mes mots. Les élections professionnelles ont été ratées sous lui, sous sa responsabilité. Et les négociations que nous avons entamées depuis septembre-octobre 2007, n’ont jamais été conclues.

Quels sont les points d’achoppement ?
En réalité, il n’y a pas de point d’achoppement puisque nous avons deux types de revendication. Il y a des doléances sans incidences financières et des doléances sans incidences financières. Si on a connu des avancées sur le plan des doléances à incidence financière, par contre pour ce qui est des doléances sans incidence financière on  n’a pas beaucoup avancé. Mieux, lorsque vous négociez, il faut conclure. Nous n’avons jamais conclu. Les textes régissant les négociations, c’est-à-dire la loi 2001/09 du 21 Juin 2002, disent  en leur article 6 qu’ ” à l’issue des négociations, les parties impliquées établissent un procès verbal, constatant l’accord total, partiel ou le désaccord. Ce procès verbal est signé par les parties ayant participé aux négociations dans un délai de quarante-huit heures à compter de la date de la fin ou de la rupture  des négociations “. Cela veut dire qu’en cas d’échec total ou partiel de la négociation, on doit le constater par écrit. Malheureusement ce n’est pas le cas. On fait les négociations à la petite semaine sans jamais aboutir. C’est des actes prémédités, c’est des actes qui frisent le dilatoire pour avoir les travailleurs à l’usure. Mais je crois qu’il se trompe. Pour ce qui est des derniers mouvements des enseignants, c’est toujours le Président de la République qui intervient en leurs lieu et place pour régler les problèmes.

Comment jugez-vous cette situation ?

C’est pour distraire le président de la république. C’est lui-même qui sait sur quels critères il s’est basé pour nommer ses collaborateurs. Ce n’est pas à moi de lui dire que les gens ne font pas bien. Mais nous avons connu d’autres ministres.

Comment voyez-vous la croisade du Chef de l’Etat contre la corruption ?
C’est un tonneau de Danaïde. Nous venons de sortir des élections communales. C’est là où les gens se sont illustrés en cette matière-là. Ces élections jumelles se sont déroulées sur un fond de corruption active.  Les gens ne peuvent pas nous dire le jour qu’ils luttent contre la corruption, et  la nuit, lorsqu’il s’agit de leurs intérêts, ils font autre chose. Pour moi c’est une utopie. Peut-être que  c’est le Président de la République seul qui y croit. Tous ceux qui l’entourent baignent dans la corruption de jour en jour.

Est-ce que ce n’est pas la loi qui protège les corrupteurs ?
Je pense qu’il y a des problèmes de fond. Dans le cas de notre Assemblée, le Parlement ne doit pas être le refuge de délinquants sociaux. Dans la perspective de la révision des textes, les gens doivent vraiment réfléchir pour voir comment de façon spontanée lorsque quelqu’un a un problème et qu’il doit répondre devant la justice,  il pourrait mettre en veilleuse son mandat afin de faire face aux charges qui pèseraient contre lui. Il peut alors retourner à l’hémicycle si les juges n’ont rien à lui reprocher. Sinon, notre Assemblée, telle qu’elle se présente aujourd’hui est bien un refuge.

Ne notez-vous pas quand même quelques avancées aujourd’hui sur ce chapitre ?
Moi je dis que je n’y crois pas parce que ceux qui luttent contre la corruption, ceux qui marchent contre la corruption sont ceux-là même qui l’encouragent. Pouvez-vous dire que ces élections ont été transparentes sur toute la ligne ? J’ai été observateur et après tout je suis citoyen et j’ai mon opinion politique. Donc il ne faut pas que les gens trompent les gens.

Comment avez-vous apprécié les ratés notés çà et là au cours de ces élections ?
Le gouvernement a créé beaucoup de difficultés. Lorsque le contrôle de la CENA a loupé, on a mis des obstacles en béton pour l’empêcher de travailler. Donc il faut louer quelque  part le courage de notre collègue Pascal Todjinou qui malgré ces handicaps de taille, est parvenu à nous sortir quelque chose, même si nous ne sommes pas satisfaits.

Que faut-il corriger dans l’organisation de nos scrutins ?
Je pense qu’il faut aller à la LEPI et rendre scientifiques nos listes électorales. Déjà à partir des listes, il y a eu des fraudes et des gens ont été arrêtés même chez moi. Il faut désormais avoir le courage des réformes si les gens ne veulent pas être responsables devant l’histoire.

Malgré la décision de justice qui réhabilite la Sonacop dans le giron de l’Etat, l’administration provisoire de cette société où vous travaillez se prolonge. Qu’en dites-vous ?
On est d’abord parti de trois mois, aujourd’hui on a dépassé  deux ans, malgré la décision du tribunal qui retourne la Sonacop dans le giron de l’Etat, nous assistons toujours à une administration provisoire prolongée. Sur le plan du droit, de la morale et de l’éthique, rien ne la justifie.

Quelle appréciation faites-vous de la gestion de l’administrateur en place?
Je n’ai pas de jugement de valeur sur cette gestion parce que les organes qui doivent être en amont et en aval sont mis en quarantaine. Il n’y a pas de conseil d’administration. Donc personne ne contrôle en réalité ce que fait ce monsieur qui est directement lié au ministre de l’industrie et du commerce.

Certains adversaires du régime actuel disent que les libertés syndicales sont menacées. Est-ce votre opinion ?
Il n’y a pas que les libertés syndicales qui sont menacées, mais les libertés d’une manière générale. Nul n’ignore que les syndicats ont Å“uvré pour l’avènement du pouvoir actuel. Lorsque les gens tapis dans l’ombre disaient qu’il n’avait pas une résidence ici, on est rentré tous dans la bagarre. Aujourd’hui je constate malheureusement que, y compris les journalistes, nous sommes remerciés en monnaie de singe. Parce qu’aujourd’hui, quoi qu’on dise, le droit de grève est menacé, la liberté d’expression n’est pas totale. Sinon comment pouvez-vous justifier  l’interdiction  de toute manifestation hostile au Chef de l’Etat. C’est le Préfet Taouéma de l’Atacora qui a adressé ce pamphlet à tous les maires de son département. C’est certainement le zèle d’un fonctionnaire qui veut sauvegarder son marocain. Ce préfet-là est antidémocrate parce qu’au même moment les gens marchent en bafouant l’autorisation des maires. Nous devons donc nous mobiliser tous pour dire non à la dictature qui est à nos portes.

Mais la grève telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui dans l’enseignement n’est-elle pas l’une des causes de la baisse de niveau des élèves ?
L’enseignement est de manière générale en crise. Il y a des problèmes de fond, des problèmes de programme, des problèmes de formation pédagogique des enseignants. Donc les grèves ne constituent qu’un pan de la question. Elles n’expliquent pas entièrement les échecs massifs enregistrés l’année dernière, même si elles y contribuent d’une manière ou d’une autre. Mais les grèves sont motivées. Ce n’est pas des grèves fantaisistes

Mais n’est-il pas temps de tenir compte de l’avenir des enfants sacrifiés à chaque grève ?
Malheureusement, l’enseignement n’est pas un secteur stratégique. Quand les hôpitaux font grève, lorsqu’il y a grève dans certaines industries stratégiques, les textes de loi disent qu’on peut avoir des réquisitions.  Je veux donc que l’on réglemente effectivement la chose, mais en tenant compte des besoins réels des gens.

Propos recueillis par OlivierDjidénou

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One thought on “Dieudonné Lokossou, SG de la CSA Bénin: ” Tous ceux qui entourent Yayi Boni baignent dans la corruption “

  1. OKE Gaétan

    slt€¦.
    je vous félicite de vos questions qui ont été posées à ce syndicaliste qui d’une manière ou d’une autre à éclaicir l’opinion publique sur ce qui se passe actuellement dans le pays.C’est pour vous dire que le pays est mal géré par cet homme de banque dont ton croyais qu’il va mieux faire mais hélas raison pour laquelle vous avez vu les resutats du 20 avril 2008 qui sont des censions et on lui donne encore rendez-vous pour les élections présidencielles en 2011.
    nous vous soutenons dans vos commentaires si ils sont juste.
    OKE Gaétan du Trésor

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