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Dans : Politique

EDITORIAL: Le jeu des intérêts

Publié le 03 février 2009

Le revirement spectaculaire du maire de Sèmè-Kpodji la semaine dernière lui a payé. Au prix de sa forfaiture, Mathias Gbèdan a réussi à rempiler, alors que tous ses  adversaires l’avaient donné partant. En claquant la porte au dernier moment pour faire son entrée aux FCBE, il a pu récolter les beaux lauriers de sa traîtrise, sauvant in extremis son fauteuil. Mathias Gbèdan comme tout autre a le droit de militer dans le parti de son choix. Mais par respect pour son électorat, il n’a pas le droit de se faire élire comme PRD et de postuler au fauteuil de maire par le biais des FCBE. Il a simplement trompé ses électeurs, sans parler du PRD qu’il a floué largement. Il avait certainement   ses raisons, mais la morale la plus élémentaire recommande qu’il fasse son revirement avant d’aller aux élections de mai dernier.  
Dans le microcosme béninois, cette attitude est loin d’être singulière. Nous sommes habitués au jeu des paparazzi de la politique largement majoritaire dans notre pays. La vie même des partis se structure  autour des intérêts de leurs membres les plus influents , faisant les courbettes nécessaires pour obtenir des prébendes, criant à la mauvaise gestion quand ils sont floués, organisant meeting sur meeting pour qu’on se souvienne enfin d’eux. Ces gens sont des vipères. Leur conception alimentaire de la politique que Jean Français Bayart a caricaturée comme   » la politique du ventre « , fait fi des idées pour mettre au centre du débat démocratique les acteurs politiques et leurs avantages. Le débat politique mené sur fond de poste à marchander, de marché à donner, de millions à distribuer ou de gâteau national à partager, fait peser un lourd hypothèque sur notre arsenal démocratique. Chacun plaçant ses perspectives personnelles au-dessus de celles du parti et de l’Etat, conçoit la République comme une vache à traire, un biberon à sucer. L’entrepreneur politique prenant le masque du défenseur des masses, n’aura jamais honte ni peur de retourner sa veste lorsque les dividendes envisagées paraissent moins mirobolantes que prévues. En son parti comme en son activisme politique, il a fondé une PME qui a le droit de prospérer. Comme toutes les autres.

La plupart des Béninois n’ont pas été choqués par exemple par les propos de l’Honorable Epiphane Quenum, s’offusquant ouvertement des postes qu’on lui a refusés au sein des G. Il faut le savoir, à l’Assemblée, les commissions d’enquête procurent des revenus financiers qui appâtent nos Honorables et les incitent à s’y inscrire.  Comme d’ailleurs les postes dans les institutions comme la Haute Cour de Justice, le Parlement de la CEDEAO ou  le Parlement panafricain…Sur l’échiquier du Palais des Gouverneurs, ce sont des sujets  qui fâchent et la virulente sortie du député de la RB la semaine dernière en donne une lumière toute crue. Elle donne de notre classe politique l’image d’une bande de pillards, une engeance de féroces vautours accourus sur les lambeaux de la République.   Le grand public n’en fera pas une affaire si,  » frustré  » par tant de millions envolés, Epiphane Quenum donnait sa démission pour entrer à la mouvance avec toute la RB. De même, il faut être ébahi lorsque, reprenant ses esprits aux lendemains des festivités de fin d’année, l’Honorable Houndété a fini par découvrir que le budget qu’il a voté avec ses collègues à l’unanimité, est  » un budget fictif  » sur lequel il a déversé d’amers venins il y a une semaine. Après ce plébiscite parlementaire, cette diatribe sort du commun. Mais ici, les intérêts politiques et financiers (mais en vérité plus financiers que politiques) avaient recommandé le vote obtenu. Même au cœur du pouvoir, ceux qui s’entre-déchirent au sein des FCBE le font pour les mêmes questions d’intérêts personnels. Alors, faut-il appeler encore nos partis des partis ? Non, ce sont des GIE :  des Groupements d’intérêts économiques. Tout le reste n’est qu’une littérature hypocrite.
Olivier Djidénou

1 Commentaires pour cet article

  1. Djihouan Nadège says:

    j’ai aimé l’édito…………bravo

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