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EDITORIAL:Le kpayo aux abois

Publié le 26 janvier 2009

La guerre contre le kpayo  a repris. Sur les ondes, à la télé comme le long des trottoirs, elle fait rage à Cotonou. Les raisons de ce regain de civisme anti-trafic ? L’incident du 16 janvier où quatre personnes ont été sauvagement  » braisées  » par les flammes d’essence. L’horreur insoutenable des images a provoqué la compassion de l’opinion publique, mais a réveillé aussi le gouvernement qui ne pouvait que reprendre la lutte là où il l’avait laissée : au point zéro. Les forces de l’ordre ont donc recommencé à  » casser  » les étalages des vendeurs illicites, à sensibiliser les responsables en charge du secteur formel des hydrocarbures, à diffuser des mises en garde  » sévères  » contre les trafiquants. Les images télé pour le moins agressives ne laissent pas de doute pourtant, et le citoyen consciencieux devrait s’en tenir aux flammes dévorant des innocents, menaçant vous et moi à chaque coin de rue. Qui sait à qui le tour demain…
Malgré le caractère titanesque de cette lutte engagée à nouveau par les autorités, il faut féliciter leur courage à s’attaquer à un phénomène d’une si grande importance sociale. On sait les déconvenues de Soumanou Moudjaïdou en la matière. Il récolta les quolibets du Chef de l’Etat en personne, et fut sorti de l’équipe gouvernementale sous le soupçon que ses agissements visaient à rendre impopulaire le Chef de l’Etat auprès des 95% des Béninois qui fréquentent assidûment les stations-trottoirs. Sa réhabilitation ultérieure et la reprise de la lutte depuis la semaine passée ne viennent que confirmer la justesse de sa position : aucun gouvernement sérieux ne saurait croiser les bras devant ce mal hideux.   Mais tout porte à croire que la hargne de l’Etat n’est pas faite pour durer. Qu’elle ne durera précisément que le temps de l’embellie pétrolière passagère qui a cours actuellement sur le marché international. Il suffirait que les cours du pétrole montent pour que les prix à la pompe s’envolent. Dès lors, les stations-trottoirs vont reprendre du poil de la bête, dopés par la fréquentation de la population adepte des bas prix, inconsciente des dangers affolants qui nous guettent tous. C’est-à-dire que la détermination policière d’aujourd’hui a tout d’une opération épidermique à court terme. La  lutte actuelle, circonscrite aux artères principales de Cotonou, ne concerne même pas encore les quartiers populeux où les vendeurs illicites ont érigé leurs nids et continuent allègrement de mener leurs activités. Comme avant. Les embarcadères où sont débarquées chaque jour les bidons chargés du dangereux liquide, continuent de déverser sur la ville des milliers de litres d’essence. Comme avant, des agglomérations entières vivent  de ce trafic à Avrankou, Ifangni, Kilibo ou Akassato. Qui pourrait tenter par exemple de lutter contre ce trafic à Igolo, ville frontalière vivant de l’informel ? Ou même à Oké-Owo dans la commune de Savè ?

Rouler des muscles à Cotonou, c’est faire l’impasse sur l’ancrage social du phénomène devenu une activité à part entière pour une frange  importante de la population. La combattre, c’est  risquer l’impopularité. Le régime actuel, sourcilleux sur son image au sein de la masse, ne pourrait jamais aller au bout de sa logique sans s’attirer les foudres de la population. Les opérations cosmétiques démarrées la semaine dernière n’ont donc aucune chance de prospérer, parce que Boni Yayi ne saurait risquer une fronde sociale supplémentaire, d’autant qu’elle concernerait cette fois 95% de la populations constitués des gagne-petits, des menuisiers, des soudeurs, des pêcheurs, des paysans, des sans-emplois, des femmes, c’est-à-dire du peuple réel, de l’électeur potentiel de 2011.  Autant dire que le régime qui doit lutter efficacement contre ce fléau social, n’a pas encore vu le jour. Il est pour après 2011.
   
Olivier Djidénou

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