Category: Sous l’Arbre à Palabres

révélation de Brice Sinsin, Recteur de l’UAC « Sous l’Arbre à Palabres » au siège de l’événement précis: « Très peu d’universités ont les performances de l’UAC »

Brice SINSINLes personnalités de grande importance se relaient à la tribune de L’Evénement Précis. Volontiers, le professeur Augustin Brice Sinsin, le recteur de l’Université d’Abomey-Calavi, s’est prêté à l’exercice de votre atypique rubrique  « Sous l’Arbre à Palabres ». Numéro 87ème dans le registre des invités à accepter de saisir ce canal pour s’adresser aux Béninois, le recteur, à cœur ouvert, a dressé le bilan de ses cinq années de gestion de l’Université d’Abomey-Calavi, une gestion matérialisée par le redressement de l’institution académique et une pléiade de prix raflés à l’international. Une Université dont il ne tarit surtout pas d’arguments pour vanter les performances. Sans langue de bois, il a fait le point  de la situation qui prévaut actuellement à l’UAC au sujet des mouvements de quelques étudiants qui contestent les frais liés à la double inscription. Resté de marbre sur le sujet, Brice Sinsin a avoué que c’est pour mettre fin au désordre qui devient grandissant, à chaque rentrée académique, que l’équipe qu’il dirige a décidé d’appliquer le décret portant gratuité de la première inscription de l’étudiant dans les universités.  Des révélations sur sa vie, et sur les 3ème élections du recteur et des vice-recteurs de l’UAC, il en a également été question dans ce riche entretien que nous vous proposons pour mieux découvrir le professeur Brice Sinsin, candidat à sa propre succession avec la liste « Alafia », reconduite pour une nouvelle mandature à l’UAC.

Et si on en parlait

Quelles sont vos premières impressions en étant l’invité de « Sous l’arbre à Palabre » ?
Il faut avouer que cela m’agrée beaucoup car, je me rends compte que la presse de mon pays s’intéresse davantage aux questions de l’éducation. Parce que justement, l’éducation est le socle de tout développement. Et les pays qui ont pu émerger et prospérer véritablement en ont fait leur cheval de bataille.

 Monsieur le Recteur, le campus d’Abomey-Calavi a encore connu des perturbations ces jours-ci, parce que des étudiants continuent de dénoncer le fait qu’il leur soit imposé le payement de la double inscription alors que la scolarité a été rendue gratuite par le Gouvernement. Qu’en est-il concrètement ?
Ils sont contre un Décret présidentiel et arrêté ministériel, et le premier concerné, c’est le recteur, puisque, moi, je l’applique directement à leur niveau. Quand on revendique ses droits, quand on proteste contre telle ou telle décision, je dirai de manière académique, dans les limites de ce que nous appelons franchises universitaires, ils ont plein droit de dire « telle chose me plaît, telle chose ne me plait pas ». Simplement, dès que l’on déborde des limites de la franchise universitaire comme ils aiment bien le dire, automatiquement, le recteur n’est plus qualifié, c’est la police républicaine qui est informée. Donc, il y avait eu, les deux premiers jours quelques débordements, des jets de pierres, des bris de vitres et quelques infrastructures sur lesquelles ils s’acharnaient à marquer leurs empreintes de mécontents. Automatiquement, la police est arrivée avec les outils classiques dont le gaz lacrymogène pour dissuader les uns et les autres.  C’est-à-dire que, ce sont les communistes qui le disent, ce sont les conditions d’existence qui déterminent la conscience des gens. Je refuse toujours de dire que je dois juger les étudiants, n’étant pas étudiant, mais je perçois la chose par rapport à ma position et en tant que membre de la communauté universitaire. Eux-mêmes disent « nous n’avons rien revendiqué et le Chef de l’Etat nous a donné quelque chose, la prise en charge des frais d’inscription ». La seconde chose, c’est qu’ils se disent aussi bâtisseurs de la Nation. Ça se ressent quand ils revendiquent. Ils pensent qu’ils sont en train de lutter pour le peuple, de lutter pour le développement du pays. En tant qu’éducateurs, nous devons enseigner les bonnes manières. Nous devons enseigner le civisme, le respect des lois, des textes qui régissent la République, et vu sur ce plan-là, je crois que, s’il n’y avait pas eu le décret, je serais un peu plus à l’aise, parce que tout est parti de mon initiative de prendre certaines mesures par rapport à ce qu’on appelle gratuité dans l’inscription. Ils contestaient tellement ma façon de voir les choses et, eux-mêmes, revendiquaient le décret. Malheureusement, ils revendiquaient quelque chose qu’ils n’ont pas lu et exigeaient, à l’époque, du recteur : « Nous voulons l’application intégrale, mais vraiment intégrale du décret, pas question qu’un recteur prenne un arrêté qui aille contre le décret ». Logique ! C’est à la lumière de cette revendication que l’équipe rectorale s’est interrogée. Quand le président avait pris effectivement la décision d’accorder la gratuité aux étudiants non boursiers, est-ce que cela n’a pas été porté par un document ? Nous avons commencé les recherches, et j’avoue que c’était périlleux, puisque, malheureusement, ledit décret n’a pas été distribué et vulgarisé tel que nous le constatons pour les autres textes. Nous avons fini quand même par mettre la main dessus à la présidence et dans Journal officiel. Une fois que nous l’avons eu, non seulement, je n’avais pas pris une mauvaise décision, mais le décret est venu corser ce que, moi, je leur offrais pour rester un peu dans l’équité. L’aspect moral de la chose est que, lorsqu’on t’accorde une faveur, après le baccalauréat, quand on est étudiant et qu’on se revendique bâtisseur de la Nation, on met la raison à côté du cadeau offert. Est-ce que ce cadeau me permet réellement d’étudier? Oui. Est-ce que j’abuse du cadeau par rapport aux dimensions que cela devrait couvrir ? C’est là où il y a le problème, de mon point de vue. Inscrivez-vous là où vous pensez avoir des compétences. Quand on te donne une bourse, tu as l’impression que tu étudies gratuitement, puisque ça ne sort pas de ta poche. C’est quelqu’un qui te donne cette bourse. C’est un peu comme cela que ça se présente. Le Gouvernement leur a donné une bourse qui ne dit pas son nom. Parce que le Gouvernement paie, tout au moins, a promis payer. Les Anglais disent « There is no free lunch ! ». Il n’y a pas de déjeuner gratuit. Donc, il faut quelqu’un qui paie de sa poche. Nous sommes aussi d’accord que, pour un bon parent, nous ne donnons de cadeau que lorsque l’enfant réussit. Parfois, vous voyez des parents très modestes, et qui s’efforcent d’offrir des cadeaux. « Je suis revenu du Certificat d’Etudes Primaires (CEP), je suis admis », on te donne un petit quelque chose, « je suis admis au brevet », on te donne un cadeau. Mais l’année où vous échouez aussi, vous faussez les choses. C’est évident. Ça veut dire qu’il n’y a pas de bourse pour un paresseux. Il n’y en n’a pas. C’est là où, réellement, nous les avons interpellés en disant « Allez-vous inscrire là où vous pensez être performants. Mais toutes vos libertés, qui sont légitimes, de dire « je suis capable de courir après deux lièvres, trois lièvres, quatre lièvres », vous payez par rapport à cela. Il y a toujours un coût pour vous former, ne croyez pas que tout est libre ainsi».
J’ai pu aussi goûter à la logique qu’il y avait derrière cela. C’est aussi une logique qui n’est pas tombée du ciel. Au fait, ce sont les mêmes étudiants qui sont venus me voir pour me dire « les chefs d’entités abusent de nous. Il y a trop de faux frais de photocopies, de réclamations et autres ». J’ai convoqué une réunion des chefs d’établissements avec les différentes associations d’étudiants. Nous avons éliminé énormément de frais mais, en même temps, aussi allégé les frais qui devraient être maintenus et qui étaient, à mon avis, relativement élevés. C’est quand nous avons procédé à tout cela que les chefs d’établissements ont dit « ok, monsieur le recteur, vous avez pris parti pour les étudiants. Mais voilà les problèmes qui se posent à nous. Ils viennent nombreux dire « je suis en double ou en triple inscription ». Chaque fois qu’il y a des examens, nous planifions par rapport au nombre théorique d’étudiants. On commande 12.000 copies de feuilles d’examen, mais il n’y a que 2000 ou 3000 qui viennent composer. C’est fantaisiste et voilà ce que cela nous coûte. Vous programmez les travaux pratiques pour 500 étudiants et vous n’avez que 200. Or, les consommables sont déjà achetés. Après, on s’est rendu compte que cette histoire de double inscription, c’est vraiment du leurre. C’est de là qu’on s’est dit que, si tel est le cas, mettons alors cette barrière par rapport à la large liberté qu’ils ont à interpréter ce qu’on appelle gratuité. Moi, je vais mettre la barrière et ainsi, ils ont leur prise en charge dans ce qu’ils supposent comme étant leurs domaines principaux. Tout débordement suppose que vous mettiez la main à la poche. S’ils avaient accepté, ça allait les arranger et personne ne serait en train d’en parler. Aujourd’hui, le décret dit : « si vous redoublez, c’est terminé ». Ce qui est juste. Personne n’est prêt à donner un cadeau à son enfant parce qu’il a échoué. Aucune institution de bourses ne vous paie quand vous échouez. Dès que vous redoublez, on vous rapatrie, c’est clair. Ce n’est pas quelque chose qu’on invente.

Est-ce à dire, qu’aujourd’hui, la gratuité est une mesure difficilement applicable dans un contexte béninois ?
Vu du côté des étudiants, ils disent que c’est gratuit mais en réalité, c’est l’impôt des contribuables que nous sommes, vous tous vous contribuez à cette prise en charge. Le thème de contribuable n’est pas tellement courant en Afrique. Chaque fois que l’Etat sort un franc pour donner à quelqu’un, sachez que c’est votre sueur à vous tous. C’est vos ressources qu’on prend pour aller donner quelque part. Je crois que l’Etat a dit : « Je vous prends en charge si vous n’avez rien pour venir étudier à l’université ». Ça veut dire alors que vous avez la volonté, la détermination et vous avez les capacités d’aller effectivement à l’université. C’est ce que cela signifie. Quand on vous prend en charge dans ces conditions, si vous échouez, reconnaissez que vous n’avez pas donné le meilleur de vous-même pour mériter ceci ou cela. Je crois que c’est possible. L’Etat dit : « Je veux offrir tel type de bourses ». Le concept qui est sorti est la gratuité. Ce n’est pas vrai. C’est une prise en charge par notre budget national de ceux-là qui n’ont pas la bourse.

Est-ce que ce qui est dépensé est remboursé en retour par l’Etat ?
C’est là qu’il y a le couac. Quand les problèmes ont commencé, nous avons commencé à chercher loin. Nous ne sommes pas entièrement remboursés. L’Etat essaie souvent de sortir une cagnotte par rapport à ce qu’ils appellent des contraintes budgétaires. A l’époque, c’était Abomey-Calavi et Parakou. Maintenant, il y a deux nouvelles universités. Ce sont donc désormais les Universités de Kétou, Parakou, Abomey et Abomey-Calavi. L’année dernière, on estimait que l’Etat nous devait quelques 800 millions de francs par rapport à ce qui n’est pas lié rigoureusement à la gratuité. Si on doit compter les multiples inscriptions, ça dépasse largement le milliard. Donc, l’Etat paie un forfait par rapport à la gratuité.

Quelles sont les actions phares que vous avez menées ?
Je suis un ingénieur de terrain. Quand je sortais, on avait un ministre du développement rural, Adolphe Biaou, paix à son âme, qui disait : « Je ne veux plus voir d’ingénieurs au bureau. Tous les ingénieurs sur le terrain ». J’ai beaucoup acclamé et ça a rencontré ce que j’aimais. Je me rappelle quand on m’avait envoyé au CARDER Borgou, on voulait tout de suite me nommer Directeur de Parc. Il y avait quelques résistances et le Directeur du CARDER Borgou me disait : « Mais il est là ». Et je lui disais : « Même si vous m’envoyez dans un village, j’irai monsieur le directeur ». C’est ainsi que, malgré lui, il estimait que ceux qui dirigeaient les aires protégées à l’époque n’avaient pas le niveau d’ingénieur et se demandait quoi faire si un ingénieur arrivait. Je ne suis pas l’homme des postes. J’ai dit : « Envoyez-moi là où vous voulez ». C’est ainsi qu’il m’a envoyé à Tchaourou où j’ai fait ce que je devrais faire. Les problèmes de plantations qu’il y avait au niveau de Tchatchou, la gestion des plantations d’anacardiers d’Agamarou, la surveillance, comment on doit rendre compte, comment on lance une campagne forestière. J’ai tout mis en ordre pour jouer mon rôle. C’est bien plus tard que je suis revenu à l’université. Donc, en tant qu’ingénieur, nous avons appris à résoudre les problèmes qui se posent à nous. Nous ne savons pas faire autre chose que cela. C’est pareil quand je soutenais ma thèse de doctorat en Belgique. Je disais à mon patron : « Je ne connaissais pas votre pays, je ne connaissais pas l’Europe mais j’ai vu que vous travaillez. Vous travaillez dans des conditions encore plus difficiles que chez nous en Afrique ». Quand il neige et que les travaux sont prévus, vous devez aller sur le terrain. On souffrait, mais j’aimais ça. Quand il pleut, on ne sait pas courir pour aller s’abriter. Je n’ai jamais vu ça en Europe. Vous devez intervenir en même temps que votre professeur. Le soleil n’est pas non plus un problème. Lorsque vous montez sur les Alpes en été, vous recevez les rayons UV directement. Mais, on travaille, on doit finir obligatoirement les deux semaines de stage. Je lui disais que « si je rentre au Bénin, mon laboratoire sera plus grand que ce que j’ai vu ici ». Effectivement, quand je suis rentré, j’ai construit le laboratoire à la dimension de ce que je voulais présenter. Je ne sais pas vivre avec un problème. Si c’est un problème humain, et que Sinsin est là, je dois trouver une solution. Je suis formé par rapport à ça. C’est un peu ce qu’on a fait à l’université. Je n’ai pas dirigé l’université. J’ai réinventé la façon de diriger nos institutions.

Quels sont les grands axes de cette réinvention ?
Les grands axes, c’est d’abord savoir ce qu’on appelle une ressource par rapport aux dirigeants, et un bien public. C’est le premier rapport qu’il faut avoir. Le bien public, c’est le bien de tout le monde que nous devons gérer pour que nos petits fils viennent aussi se sentir à l’aise. C’est inné en moi. Ce n’est pas quelque chose que j’apprends. Mais j’ai été éduqué dans le respect du bien. La seconde chose est la collégialité. Une équipe n’est pas un individu. Si on disait le recteur et rien autour du recteur, ok, c’est Sinsin. On a dit une équipe rectorale. Vous allez élire votre recteur, il y a deux vice-recteurs, un secrétaire général, un agent comptable. C’est ça qui constitue une équipe rectorale. A partir de cet instant, je n’ai pas besoin de savoir si nous sommes nés le même jour ou du même ventre. Le premier rôle du dirigeant, c’est l’harmonie. C’est d’expliquer aux autres que nous devrions être une équipe. Il n’y a rien à faire. Exactement, si on avait de vrais partis politiques, vous croyez qu’il y aurait tous ces débordements où quelqu’un est élu sur la liste d’un parti et, après, va dans un autre parti, parce qu’il n’y a jamais eu de discussions. Même si je connais des échecs, c’est vous qui devriez me couvrir. Pour moi, l’équipe dirigeante, c’est d’abord ça. Mais que constate-t-on ? Aujourd’hui, on vous lâche. En un second temps, le chef dans une démocratie, de mon point de vue, est un symbole parce que dans nos traditions, c’est ce que j’ai compris. C’est le trône qui importe. Les juristes disent qu’on respecte la robe du magistrat ignorant. Par rapport à ça, tout ce qui est dans ma tête, vous allez le trouver dans la tête des deux vice-recteurs, du secrétaire général et de l’agent comptable. Je peux voyager 10.000 fois, vous prenez n’importe qui, c’est la même chose. C’est d’autant plus important qu’une fois, je recevais une équipe du Programme d’assistance aux universités. C’est un Programme de la Banque africaine de développement. Nous étions partis négocier d’autres programmes de l’UAC à la BOAD à Lomé. Nous n’étions pas rentrés quand ils sont passés. Et ce sont les chefs services de la coopération qui ont dirigé, de façon exemplaire, la séance. Ils étaient plus ou moins vers la conclusion quand nous sommes arrivés. C’est toute l’équipe qui était allée rencontrer la Banque ouest africaine de développement (BOAD) à Lomé. Le monsieur a dit : « J’ai jamais vu ça, monsieur le recteur, vous n’êtes pas là, personne n’a dit d’attendre. Ils nous ont invités et ça a été entièrement couvert. Je me suis tu. C’est ce qu’on appelle une gestion démocratique et ce n’est pas le plus extraordinaire. Ils rentrent dans n’importe quel secteur, ils verront exactement la même chose. Rien n’est caché à l’UAC. Diriger, c’est servir. Si tu ne veux pas servir la communauté, restes dans ton petit coin.

Vous faites aussi les infrastructures ?
Oui. Les infrastructures ne sortent pas de n’importe où. Si vous ne savez pas avoir de respect au bien public, si vous ne savez pas créer cette ambiance, il faut oublier les infrastructures. A moins que quelqu’un me donne de l’argent pour me dire d’en implanter. Vous êtes obligé d’amener les uns et les autres à se voir à travers les réalisations matérielles et qu’ils se sentent aussi réellement engagés dans l’entretien bien au-delà de votre mandat. Je crois que c’est ce qui est le plus important. Sur le plan académique, il y a eu le redressement de notre année académique. On avait une année académique où personne ne savait quand ça commence et quand ça finit. On a dû redresser cela pour que l’académie ait des normes, des garde-fous. Je crois que ce sont les chantiers-phares.

D’aucuns estiment que c’est sous votre mandature que l’université est la plus médiatisée par rapport aux réformes
Certainement à l’international. L’un des marchés que nous perçons difficilement, c’est le marché du business. Les entreprises ne perçoivent pas les universités africaines comme étant le lieu où on peut appliquer ce que nous enseignons,… l’entreprenariat, la bonne gestion. Alors, nous avons réussi à l’UAC à entrer dans ce secteur essentiellement réservé aux entreprises privées. Ce qui nous a valu tous les prix qu’on a obtenus.

Citez quelques-uns
Nous sommes à une dizaine maintenant. La plupart sont soit liés à la bonne gouvernance, soit aux performances réalisées, soit à l’innovation, soit au fait qu’étant une université hors norme, c’est-à-dire, que la plupart des universités à gros effectifs, c’est trente mille, quarante mille étudiants, alors quand on vous dit que vous gérez une université de cent mille étudiants, avec une année académique claire, avec un certain nombre de performances, ça devient quelque chose d’exceptionnel. Et vous le faites sur plusieurs années. Ce n’est pas qu’on vous a vu et qu’on est revenu l’année qui a suivi et vous êtes au creux de la vague. C’est ça qui a fait que les grandes institutions qui priment les entreprises qui font des performances, quand elles entrent dans le secteur éducatif public, très peu d’universités ont nos performances. Nous sommes une des rares universités à maintenir ce cap-là.

Alors, monsieur le recteur, le bilan est élogieux. Mais, vous aviez toujours affirmé que vous n’alliez plus rempiler. Et si l’autorité vous disait de revoir vos ambitions ?
Le premier janvier dernier, à la fin de la présentation des vœux, j’avais dit à mes collègues que j’étais en fin de mandat. Ça a été la panique généralisée. Je ne dors plus depuis le 09 janvier passé. Les premiers journalistes à m’avoir abordé après les premières réformes, je leurs disais que j’avais des ambitions. Mais, il y a aussi la mission qu’on m’a confiée. Et je dis, à l’université, au rectorat, que je suis en mission. Ce n’est pas du tout une ambition pour moi. Pour moi, l’ambition, c’est votre rêve surévalué. Ce que vous vous dites. J’ai besoin de faire ceci, et vous vous engagez, c’est une ambition. Mais en tant que citoyen, vous vous dites, à tout moment, on peut me confier un devoir. Et quand j’accepte, moi, Brice Sinsin, vous avez l’impression que c’est mon ambition. Au poste de recteur, je ne suis pas épanoui. Je ne suis pas formé administratif. Moi-même, je reconnais mes fautes. Heureusement que j’ai un secrétaire général et un conseiller juridique qui me guident. Je suis formé avant tout pour la recherche et l’enseignement. Donc, je ne suis pas du tout épanoui. Mais j’assume une mission pour ma communauté. Et c’est ça la difficulté qu’il y a à me comprendre lorsque je leur dis que je n’ai pas l’ambition de rempiler. L’Etat ne m’a pas formé pour ça. Sinon ce serait du gaspillage. Regardez tout ce qu’on a investi en ma personne et moi je vais dire que je viens juste pour gérer une université. Je dois former d’autres, je dois mener des recherches qui sont exigées de tout universitaire. C’est là où réellement je me sens vraiment épanoui.

Et si l’autorité exerçait des pressions sur vous et vous demandait de venir poursuivre la mission, que diriez-vous ?
Non, je crois que deux semaines avant, je serai encore dans le doute. Le jour où le ministre a rendu public l’arrêté, j’ai réuni les deux vice-recteurs et j’ai dit qu’il y a déjà des pressions, pas seulement sur moi, mais aussi sur mon épouse et sur mes enfants, sur mes proches. On dit ‘’mais il faut que je revienne’’. Tant que je ne décide pas à l’interne, il n’y a rien à faire. Je ne sais pas vous donner une réponse avec beaucoup d’empressement. Et quand j’ai reçu l’arrêté, on a échangé, les uns et les autres ont donné leurs points de vue. Je reconduis la même liste avec la même volonté, la même détermination. Mais j’avoue que je me sentais soulagé quand j’arrivais en fin de mandat. Je me voyais revenir à ce que j’aime le plus, être en forêt avec les étudiants, être dans mes missions, rencontrer d’autres collègues. Mais bon, c’est vrai, les arguments étaient divers. Allons-y et nous allons voir si en bout de chaîne nous allons être acclamés. Donc, ça a fait que notre liste était baptisée ‘’Alafia’’. On a dit alors, reconduisons simplement la liste en mettant simplement ‘’Alafia 2’’. Certes, mais avec d’autres programmes. D’autres disent ‘’reviens pour consolider’’. Moi, je ne suis pas un homme qui fait du surplace. Il s’agira d’autres programmes plus ambitieux.

Monsieur le Recteur, dites-nous si vous êtes fier de participer à une élection dont les règles de jeu viennent d’être changées ?
C’est une façon de voir les choses. Le premier décret que le Gouvernement a pris en 2006 disait que la mandature est de cinq ans en une seule fois. Lorsque nous avons participé à la seconde élection des recteurs en 2011, le ministre a modifié les règles du jeu en ramenant le mandat à trois ans. Modifiant ce décret, je crois qu’il faut aussi le reconnaitre, c’est un ministre qui fixait les règles de jeu à l’approche de chaque échéance. C’est valable pour les recteurs, c’est valable pour les chefs d’établissements. Lorsque ces échéances arrivaient à terme, il a encore réuni maintenant tous les recteurs, toutes les équipes, les syndicats pour nous dire que nous allons repartir sur la base de l’ancien décret. Et comme il a l’habitude de le faire, il a repris un autre arrêté pour fixer ces élections-ci. Le premier, c’était pour corriger les cinq ans en trois ans.

Monsieur le recteur vous avez accepté conduire la même équipe. Quelles sont les priorités que vous allez défendre à nouveau ?
La première des choses, on vous dira qu’il continue l’œuvre. Il faut qu’il consolide. C’est mal me connaître. Moi, je ne sais pas tourner sur moi-même et dire que je fais du développement. Je vais créer davantage de choses. Comme je vous l’ai dit, je me suis déjà déplacé vers la BOAD. J’ai échangé avec le représentant de la Banque africaine de développement (BAD). Nos crédos sont déjà passés. J’avais déjà réuni aussi les institutions bancaires de la place. La BOA, Ecobank sont déjà toutes prêtes à m’accompagner. Je ne veux plus discuter de quelques millions où on ne fait pas grand-chose. Je veux aller vers le milliard. Je veux aller avec notre conseil d’administration et engager cette fois-ci l’université dans des prêts de 10 voire 15 milliards puisque l’ambition aujourd’hui est de restructurer certaines grandes facultés comme la Faculté des lettres arts et sciences humaines. Quand on dit Flash, ça veut dire quoi ? Pas grand-chose. Mais les départements font énormément de bonnes choses qui ne sont pas visibles à travers ce grand chapeau. Donc, on les a déjà instruits de commencer par réfléchir à la manière dont nous allons les sortir en tant qu’institut. Il y a l’institut de la psychologie et des sciences de l’éducation, c’est déjà prêt. On aura l’institut de linguistique. Le professeur Hounkpati a déjà élaboré quelque chose. Il y aura l’institut de géographie et d’aménagement de territoire qui est déjà quasi fait. Le bordereau est déjà signé pour être envoyé au ministre. On a déjà créé l’Institut national de l’eau, l’Institut de la sécurité alimentaire. L’apprenant, c’est la compétence qu’on attend de lui en bout de parcours. Pour les langues, je viens d’en discuter avec le chef du département d’anglais. On va sortir les langues. Quand vous apprenez l’anglais, ce n’est pas seulement pour aller enseigner. Il y a énormément d’autres choses qu’on peut en faire. Vous pouvez créer votre propre entreprise d’interprétation, ou créer de petits centres et prendre des nigérians, ils sont demandeurs. Une fois que la qualité y est, tout est possible. C’est ainsi que nous devons aller de l’avant dans l’art. Ils ont préféré s’associer aux historiens pour créer leur institut. J’ai déjà vu des conservatoires de danse et ainsi de suite. Et c’est sûr que si on leur donne plus de visibilité, il y aura plus d’engouement. Il faut aussi regarder ce que font des collègues d’à côté. Nous avons l’INJEPS qui a une belle initiative de placer ses stagiaires dans les collèges qui n’ont pas de professeurs de sport. Et ça leur rapporte énormément de l’argent. Quand les mathématiciens sont venus pleurer « on n’a rien », nous leur avons dit mais vous n’avez rien parce que vous n’avez pas su valoriser l’atout majeur que constituent les sciences mathématiques. Courrez pour aller copier vos collègues de l’INJEPS. Regardez combien de collèges et lycées manquent de professeurs de mathématique dans ce pays. Vous formez correctement en deux ans, vous les placez en stage et ils donnent de bon cours et vous les suivez, mais en retour, une fois que vous placez, c’est cent mille, c’est deux cent mille. Si vous restez entre vous à aller donner des cours dans les collèges privés pensant que c’est le développement des sciences mathématiques, mais vous vous trompez. Mais je crois qu’ils ont compris. On doit être toujours réactifs. Mais tout cela nécessite des investissements. Je ne veux plus me contenter des neuf cent millions que le Gouvernement donne pour faire ces genres de choses.

Est-ce que vous pensez que le système éducatif béninois est aussi fragile comme le disent certains ?
Comme je vous l’ai dit, la question de l’éducation doit être abordée de façon très sérieuse. Les résultats catastrophiques du Baccalauréat sont d’abord dus au fait que tous s’engouffrent dans la série D.

Est-ce que c’est la faute aux enseignants ?
Je suis enseignant et quand je donne un devoir et que moins de la moitié à la moyenne, je m’en prends d’abord à moi-même. Est-ce que j’ai eu le temps d’expliquer à tout le monde ce que je trouve d’évident parce que nous n’avons pas pris le même train et nous n’avons pas les mêmes envies des mêmes disciplines de la même manière. Et, tout étudiant qui rentre dans ma classe doit se dire, je veux acquérir les compétences qui sont là. Lui il est venu pour le faire. Mais, est-ce que j’ai su lui restituer cela ? Est-ce que je lui ai accordé l’écoute nécessaire ? Est-ce que je ne suis pas en train de donner en deux heures le chapitre que je dois dispenser en six heures ? Donc, l’enseignant est comptable, à plus d’un titre, de l’échec de son élève à un certain niveau. C’est obligatoire et c’est ma conception à ce niveau-là. Il faut reconnaître que nous n’avons pas donné le meilleur de nous-mêmes pour aider nos élèves. Il faut aussi rappeler que nous avons passé une année presque vide avec trois ou quatre mois de grève. Ça a certainement perturbé les candidats, comparativement au privé. Mais, globalement, c’est une ambiance et quand l’élève n’est pas suivi au quotidien, il y a énormément d’éléments perturbateurs. En notre temps, c’était uniquement le football ou rien. Si tu n’es pas en classe, c’est que tu es sur le terrain. Mais, aujourd’hui, rien qu’avec votre portable, vous pouvez vous servir tous les jeux. Donc, il y a énormément d’éléments qui perturbent et en plus de tout ça, on leur offre encore l’occasion de ne pas être au cours par ces débrayages. Je pense que ça aussi, forcément,  a contribué à ce résultat.

Quel est le bilan du téléthon que vous avez organisé en septembre 2013 à l’UAC ?
Disons qu’on visait à peu près 500 millions et nous avons eu en net un peu moins de quatre-vingt-quatre millions avec aussi une promesse en matériels de cinquante millions. Donc, ce n’est pas si mal que ça. On a déjà démarré. L’architecte nous a déjà proposé quelque chose parce que nous lui avons demandé de revoir les ambitions à la baisse. Nous-mêmes pouvons faire l’effort de construire un bâtiment de 250 millions. Donc, on a repris tout le plan pour l’adapter à nos moyens et, dans le budget 2015, nous allons compléter le reste. Mais la fondation et tout le reste devaient déjà commencer par rapport à ce que nous avons comme acquis.

Aujourd’hui, l’Université Houdégbé a un amphi sur le campus d’Abomey-Calavi qui porte son nom. Selon vous, est-ce normal qu’une université privée implante un amphi comme ça dans une université publique ?
Vous savez, j’ai été à Dassa. Dassa était sous la juridiction de l’UAC. On m’a obligé à visiter une dame qui s’appelle Tanti Rita ou Tanti quelque chose comme ça. On m’a dit que je dois voir cette dame parce qu’elle aide beaucoup notre campus. J’ai été la voir et elle m’a dit « voilà ce que j’ai fait ». Elle a donné des domaines à notre campus et elle a construit un genre de salle de conférence. Mais, pour moi, pauvre enseignant, je voyais ça comme un amphithéâtre qui peut prendre près de 500 personnes. Je disais, mais, malheureusement que c’est à Dassa. On aurait pu conseiller cette dame de construire cet amphi à l’UAC et nous, on allait louer cela et retourner les frais à Dassa parce que là-bas, je ne sais pas combien de conférences on peut faire dans cette salle pendant combien de temps pour amortir ce qu’elle a investi-là. Je lui souhaite bon vent. Que des gens aillent là-bas animer beaucoup de choses. Mais, j’aurais pu inviter cette dame a fortiori à construire cet amphi à l’UAC tout comme un autre béninois qui se dit satisfait de la bonne gouvernance que nous avons instaurée et qui nous offre un amphithéâtre. C’est ce qu’il faut médiatiser, encourager, accepter par la marque de la fraternité que nous avons placée en notre devise, à savoir que nous devrions nous entraider partout. Quelqu’un est en train de soulever une pierre pour l’édifice commun. Comment allons-nous faire pour l’aider à en accumuler davantage, à tous les niveaux. Je crois que c’est ce que Houdégbé a fait et je suis pour qu’on sorte de l’anonymat ceux qui font avancer notre communauté. Ce que nous, Béninois, nous n’aimons pas. Quand vous venez à l’UAC aujourd’hui, les rues maintenant ont des noms, les bâtiments ont des noms. Offrez un stylo et le stylo portera votre nom, non pas parce que nous voulons vous faire connaître mais il faut que nous apprenions de cela une leçon qui est que nous pouvons donner une partie de notre bien à notre communauté et la meilleure manière de le faire comprendre aux jeunes, c’est de dire, tel a fait. Voilà son nom pour ne jamais être oublié au fil des années. Voilà le symbole dans lequel est inscrite cette action.

Qu’est-ce qui bloque la mise en application de la convention des agents contractuels de l’UAC ?
Je peux vous dire que ce n’est pas la mise en application. Sinon, elle l’est de manière générale. En fait, ce qui manque, ce sont les primes. Ils ont forcément regardé du côté les primes que perçoivent les agents permanents de l’Etat. Ils ont des primes de logement, des primes de rendement, des primes d’heures supplémentaires et bien d’autres choses. Il faut dire qu’on était sorti de cette situation sous l’ancienne mandature. Le recteur Norbert Awanou avait fait l’énorme effort de les aligner un peu mieux que les Agents permanents de l’Etat. Ce qui a entraîné des rappels énormes et beaucoup d’établissements  ont dû souffrir pour les aligner par rapport à cela. Du coup, ce sont les APE qui ont commencé par jalouser leurs collègues puisque, à grade égal, salaire égal, certains contractuels ont commencé par gagner plus que les APE. Dans une mandature, on ne peut pas, du jour au lendemain, tout faire. Il y a des services qui ont déjà pris les dispositions. Au niveau du Rectorat, par exemple, nous ne distinguons pas APE et conventionnés. Quand il y a une prime, on le partage à tout le monde de la même manière. C’est vrai, on peut toujours demander un peu plus mais, voilà les efforts qui ont été faits. L’université n’est pas là où on doit gagner de gros salaires forcément. On n’est pas une banque. On n’est pas une société d’assurance, et si c’est quelque chose, on en fait profiter autant que faire se peut à tous les membres de la communauté universitaire.

Comment rationaliser les recherches des enseignants et étudiants de l’UAC dans la vie réelle ?
C’est vrai, mais c’est une question qu’on ne se posera jamais en Europe. Jamais. L’Européen a déjà quitté cette étape. Dès le début, qu’on voit les professeurs faire de la recherche. On voit tout de suite le produit et c’est normal. Lorsque je prends ce verre, quelqu’un a d’abord réfléchi sur comment concevoir cela. ‘’ Voilà, on ne va pas toujours garder les mêmes verres et les laver chaque fois après utilisation. Faisons des verres jetables qui ne seront utilisés qu’une seule fois’’ et on a conçu ceci. Pour un habitant de ces pays émergents ou développés, on sait automatiquement qu’il a fallu de la recherche pour en arriver là. En Afrique, nous ne percevons pas les produits de la recherche. Nous sommes tous conscients que lorsqu’un vieux dit qu’il va te faire un médicament pour traiter ton mal, automatiquement, nous savons qu’il a été dans la brousse. Il a cherché des plantes. Il connait les plantes. C’est ça. Il a fait de la recherche pour l’avoir. Si ça concerne nos valeurs, nos cultures, automatiquement, nous savons d’où ça vient. Mais si ça concerne la recherche dans le système moderne, nous ne percevons pas cela pour boucler la chaine.

Franchement, que faites-vous pour faire connaître au Gouvernement les nombreuses recherches qui se font, chaque année, sur le campus par les enseignants et les étudiants à travers les soutenances de mémoires ou autres ?
Il a bien donné le mot. Qu’est-ce que je fais pour faire connaître ou même imposer aux autorités les recherches. C’est-à-dire que quelqu’un a faim et dit qu’il attend que le Gouvernement lui donne son salaire avant qu’il ne mange. La recherche est une chose culturelle. C’est ça le problème. Le président de la République sait que, pour développer tel ou tel produit et avoir une place dans le marché, il faut que je produise quelque chose. Même si je ne produis pas, à partir du néant, j’améliore quelque chose et même si je ne veux pas améliorer, il faut que j’améliore un procédé. Ça va de soi. J’étais aux Etats Unis la fois dernière à l’université du Missouri. Un professeur émérite qui me recevait et qui se chargeait de l’accueil et moi étions partis dîner. J’étais là quand le gouverneur de l’Etat de St Louis est arrivé. Là-bas, le gouverneur, c’est comme le président de la République. Mais il est venu s’asseoir et je dis ‘’mais comment un gouverneur peut venir et s’asseoir comme ça parmi tout le monde qui mange par-ci par-là ?’’. Mais là n’est pas l’histoire. Le professeur qui me recevait est allé saluer le gouverneur et ce dernier à son tour, en plein repas se lève et dit : « Professeur, en cette année, je double votre budget sur la recherche. C’est déjà décidé au niveau du conseil». Vous imaginez, doubler le budget de la recherche dans un pays comme les Etas Unis, ce n’est pas une mince affaire. Il est venu le dire parce qu’il sait ce que ça signifie. C’est pour dire qu’on n’a pas besoin de courir derrière l’Etat pour dire j’ai besoin de ci, j’ai besoin de ça. Non, c’est culturel. C’est logique qu’en disant Université et Lycée, les lycées répètent ce que les universitaires ont créé, les universitaires doivent obligatoirement faire de la recherche. Mais il y a deux choses. La première, c’est amorcer la recherche. Et l’amorce conduit à ce qu’on appelle la pratique technologique. C’est-à-dire, vous défendez une thèse. On a beaucoup de produits dans ces thèses qui font objet de publications, de fiches techniques. Mais ça reste dans les journaux, dans les publications, ou comme on le dit classiquement, ça reste dans les tiroirs. Le chercheur a accompli sa part d’étude. C’est le développement qui est ce maillon manquant de la chaine. Qui va financer ce que nous nous avons en miniature au laboratoire et l’envoyer à l’étape industrielle ? C’est ce qui nous manque en Afrique de manière générale. J’ai donné toujours un exemple que je répète partout. Le « acclui » (bouillie) maintenant peut être consommé comme du gari et conservé pendant des mois. Mais le collègue qui a mis cela au point, l’avait présenté comme une thèse. Il a stabilisé et bloqué la fermentation du maïs. Il a défendu sa thèse et fait les publications. Ce sont les instituts du Pays Bas qui ont dit ‘’mais non, vous dites que c’est un produit de grande consommation, un produit demandé. Pourquoi allons-nous nous arrêter à ce niveau ? Passons à l’autre étape !’’. Et ils ont construit la première unité industrielle de fabrication de « acclui ». C’est ça qui fait que maintenant on peut boire « acclui » à Paris, à Frankfort, ainsi de suite. Qui doit financer l’étape d’industrialisation qui dépasse largement les budgets de programmes de recherches classiques ? Dans notre rapport annuel, nous disions que l’effort est perçu à travers les publications, à travers les brevets qu’on peut obtenir. C’est cela qui montre la force de l’invention de chaque publication. C’est le premier indicateur. Le second, est-ce que nous pouvons passer à une grande échelle de production? Je vous donne l’exemple de mon laboratoire (Laboratoire d’écologie appliquée) où nous avons beaucoup travaillé sur le baobab. On s’est dit, tout le monde vient d’Europe, d’un peu partout pour voir ce que nous découvrons au niveau du baobab. Voilà que c’est un fruit qui a de la valeur. C’est même coté sur le marché européen. Qu’allons-nous faire ? Il faut passer de la cueillette cette fois-ci aux plantations du baobab. Et il faut préparer tout cela. Quand vous allez à Sékou, vous allez voir deux hectares et demi de plantations de baobab, à Dassari dans la zone nord, nous avons fait à peu près trois hectares là-bas sur la ferme d’un ami qui fait de l’élevage d’autruches. C’est pareil pour le tamarinier. Ce sont de grands sites. Or, normalement, quand nous parlons de parcelles expérimentales, c’est quelques ares. Cette fois-ci, nous parlons d’hectares pour l’université et à l’intérieur de l’université pour un laboratoire. C’est déjà largement suffisant pour que les opérateurs économiques qui peuvent en faire des jus ou carrément se lancer dans cette filière de commerce avec l’Europe, saisissent cette opportunité pour dire ‘’voilà nous allons pouvoir commencer à faire ceci et cela pour préparer les récoltes du futur’’. Voilà comment on peut passer de la publication de notre étude en laboratoire à l’échelle déjà beaucoup plus représentative de ce que quelqu’un peut venir voir et faire. Il y en a dans plusieurs domaines. Vous ne pouvez pas vous imaginer sur quelle mine d’or on repose à l’université avec tout ce qui a été inventé. Prenons même l’exemple du produit « assrokouin ». Vous savez, le Nigéria est un grand marché de consommateurs. On encadre des paysans et nous suivons rigoureusement comment ils doivent conduire telle ou telle plantation pour avoir les meilleurs produits. Si on avait formé des entrepreneurs, certains auraient saisi ce créneau pour reprendre le travail que fait le laboratoire des Nigérians qui arrivent pour encadrer et mieux encadrer les paysans à mieux conserver ou à mieux aménager les plantations.

Apparemment, l’Etat béninois n’est pas encore prêt pour accompagner la recherche
C’est ce que je viens de dire. Il ne faut plus simplement s’agenouiller et tendre la main à l’Etat. Il faut revoir comment nous allons générer davantage des ressources à l’interne. Comment aussi restreindre certains avantages et serrer la ceinture pour financer l’essentiel. Tout cela est dans la vision de donner davantage à la recherche pour qu’elle puisse jouer pleinement son rôle. La second chose, c’est que les grands budgets que nous sommes partis négocier ne sont pas pour développer les labos. Non ! Cette fois-ci, il faut convertir ces recherches en produits palpables à travers les incubateurs. Vous savez, la grande critique qu’on formule à l’endroit des universités est que nous formons des chômeurs. Depuis déjà deux ans, nous avons pris cela au sérieux. La première étape, c’est le volontariat. La seconde, ce sont les incubateurs. Cette fois-ci, nous allons former des entrepreneurs dans des incubateurs que nous propose un jeune américain depuis un an et demi. Il est notre expert et est d’ailleurs présentement au Bénin pour poursuivre son œuvre. Cette fois-ci, les apprenants qui ont les meilleures idées de projets de création d’entreprises seront formatés, assistés et accompagnés même à la sortie de l’incubateur. Ils vont doucement commencer à développer leurs industries qui nécessitent des budgets conséquents. C’est pourquoi, nous courons au niveau des grandes banques pour nous permettre d’accompagner ces porteurs de projets afin qu’ils soient plus visibles.

Quelles appréciations faites-vous de la politique béninoise ?
Je suis de l’avis du chancelier Bismarck qui disait à ses compatriotes allemands : « Ne soyez pas des hommes politiques qui, tôt, pensent à leurs enfants. Soyez des hommes d’Etat qui, tôt, pensent à leurs petits fils, à leurs arrières petits fils ». Disons que nous sommes dans un système qui est qualifié de démocratie qui est, pour moi, de la patate chaude qui nous a été filée après nos indépendances. La patate, ça veut dire que c’est bon. Mais, c’est chaud. Les vrais attributs de la démocratie ne nous ont pas été révélés. C’est la discipline, l’ordre, le civisme, le patriotisme, l’assiduité au travail. Ce sont les vraies valeurs structurantes de ce qu’on peut appeler une démocratie. Si vous n’avez pas la discipline, il n’y a pas l’ordre qui va avec, le sacrifice par le travail, le patriotisme, du civisme, des règles élémentaires et basiques sans lesquelles le développement et la satisfaction du citoyen ne seront pas au rendez-vous. Le système est exactement perçu par rapport au concept. Mais, qu’est-ce qui fait qu’on a un fétiche qui danse très bien au milieu de la foule ? Qu’a-t-on fait jusqu’à ce que vous le voyiez bien habillé en train de danser ? On ne cherche pas à le savoir. Je crois que c’est ce qui manque. Je pense que c’est à ce niveau qu’il faut qu’on travaille. Au-delà de ça, je pense que nous sommes dans un système où l’histoire est telle que nous n’avons de leçon que vis-à-vis des dirigeants. Le modèle que tout le monde suit, c’est quasiment le dirigeant. Si vous voulez, faites l’expérience. Malheureusement, bon nombre de dirigeants oublient qu’ils sont des modèles. Ils oublient que c’est leurs pas que nous suivons. Je vais dire que si cet oubli est associé à du désordre, ça conduit à un genre de chaos structuré. Je pense que chaque peuple mérite son régime politique. Quand je suis devenu vice-recteur en 2006, je ne criais jamais sur quelqu’un. Quand je te dis 8h, à 8h je suis là. C’est pareil à la tête du rectorat. Je ne suis pas l’homme qui crie sur un enseignant, qui crie sur un agent. C’est pourquoi, maintenant, tout le monde respecte les horaires. La ponctualité est devenue très essentielle au niveau de l’UAC. Il y a un certain nombre de valeurs que nous avons commencé à partager. Je me l’impose d’abord. Et je ne peux dire à quelqu’un, tu es un retardataire, si moi-même j’ai une pile de dossiers sur ma table, si moi-même je ne traite pas en temps réel les dossiers des collègues. Je ne peux faire que l’abus d’autorité pour aller taper l’autre alors que, moi-même, je suis quatre fois plus sale. Comment voulez-vous aller dire dans une salle qu’elle est sale si votre propre maison est une porcherie ?

Parler-nous un peu du harcèlement des étudiantes par les professeurs sur le campus ?
Il y a deux niveaux de harcèlement. Il y a des étudiants qui peuvent harceler les professeurs et vice versa. Ce qui veut dire que cela existe malheureusement sur notre campus. J’ai mis du temps pour en être informé. Le cas qui m’a paru le plus dramatique, malheureusement, la fille l’a caché. Elle a carrément abandonné les études à cause de cela. Mais moi je l’ai appris très tardivement. Le professeur a été rappelé à l’ordre et mis en garde. Dès que ça tombe dans mes oreilles, je vous l’ai dit, je ne vis pas avec des problèmes.  Je résous les problèmes. Je les résous à l’amiable mais dans la fermeté. Nos amitiés ne peuvent se consolider que lorsque nous avons de bonnes pratiques. Je suis ferme sur ce principe. Quand ça tombe dans mes oreilles, il n’y a rien à faire. Je ne connais pas de baobab. Ça arrive et c’est dommage. Mais c’est aussi un milieu humain. Nous sommes plus de 100.000 étudiants  pour à peu près 1031 enseignants. Donc, ça fait un gros village. Donc, vous ne pouvez pas manquer de voir ce qui se passe au sein de la société, dans une société aussi représentative.

Beaucoup de vos collègues ne sont pas venus chercher leurs lettres de félicitations
On peut dire qu’il y a un problème de communication au plan administratif. Est-ce que j’ai pu les joindre ? Nous envoyons seulement au niveau des établissements qui doivent informer les uns et les autres. Souvent, les enseignants concernés sont entre deux avions.

Vous pensez qu’il n’y a rien qui cloche ?
Mais non, c’est une lettre de félicitations. Donc, on vient prendre pour dire merci. Combien de fois les agents sont félicités ? On oublie souvent. Dès qu’il y a un mouvement du côté des apprenants et que c’est un mouvement pacifique, on le laisse faire. J’ai reçu un premier mouvement de protestation. Ils sont venus manifester, danser, crier dans les hauts parleurs. Je suis descendu, on a échangé, j’ai pris leur motion. Vous dites que le décret est faux et non applicable. Ce n’est pas le rectorat. Le président qui a signé est là. Vous devez lui demander qui a falsifié sa signature ? Si vous n’êtes pas satisfaits, c’est la Cour suprême qui gère ces problèmes. Vous critiquez l’arrêté du ministre. Le ministre qui a signé l’arrêté est là. Allez le voir ! Une fois que c’est signé, le recteur applique, il n’y a rien à faire. C’est ainsi qu’une République se gère dans la discipline.

Vous autorisez l’entrée des forces publiques à l’université ?
Systématiquement ! Dès que vous débordez vos limites de franchises universitaires, quelle est la force d’un recteur pour arrêter les jets de pierres ? Quelle est la force d’un recteur pour arrêter ceux qui sortent des gourdins pour dire qu’ils veulent taper l’autre parce qu’il va au cours ? Quelle est ma force ?

Cela coûte combien pour l’université ?
Ça dépend du nombre d’agents que je reçois. Par exemple, si ça devient extrêmement chaud comme on le dit, on demande suffisamment de renforts. Quand c’est de la distraction, on dit, faites un tour pour dissuader.

Il n’y a pas de zèle dans les rangs des forces de l’ordre ?
Il faut vous dire que l’université est représentative de notre société. Il y a ceux qui sont bien formés et qui font leur travail avec art. Combien de policiers savent réellement comment on maîtrise une foule ? Ce sont des étudiants qui ont même évolué et qui sont devenus officiers. Je demande souvent aux étudiants s’ils pensent que ceux-là sont tombés du ciel. Bon nombre ont pris par ici. C’est le devoir, leur mission de venir mettre de l’ordre. Il y aura toujours des débordements, il y aura excès de zèle et ce n’est pas seulement ici. Aux Etats-Unis, en Europe, lorsque vous déployez quelques-uns sur le terrain, certains interprètent déjà le seul fait d’être en treillis comme une primauté sur les autres citoyens. C’est à nous d’avoir des comportements dignes et responsables qui feront que les forces de l’ordre n’auraient rien à faire à l’Université. C’est donc par la faute des étudiants mêmes que nous sommes obligés au rectorat de faire appel aux forces de l’ordre.

Il y a un de vos prédécesseurs qui a dit qu’il a dirigé sans que les forces de l’ordre ne mettent pieds dans l’université
On dit, autres temps autres mœurs. En ce temps, si les étudiants étaient si calmes pourquoi il faut faire venir les forces de l’ordre. Ils ne sont même pas contents quand on leur dit de venir sur le campus. Des injures, des jets de pierres. Même si on ne leur lance rien, ce n’est pas à l’université que les mots manquent. Ce sont les étudiants qui nous poussent à cela.

Carte d’identité: Intellectuel et autodidacteBrice SINSIN

A 55 ans, le professeur Brice Sinsin peut se définir comme un self-made man. Il quitte  ses parents déjà à l’âge de sept ans  pour suivre un tuteur, le mari à sa sœur aînée. « Je vivais seul avec lui et il fallait me prendre en charge, » dit-il. Il a été contraint de se prendre en charge très tôt. Certificat d’études primaires à l’école du quartier Hountondji à Abomey, BEPC au Collège d’enseignement général 1 d’Abomey et Bac D au Lycée Houffon de la même ville. Il s’envole pour l’université libre de Bruxelles en Belgique pour des études d’agronomie. Il a toujours aimé les sciences. En terminale, se rappelle-t-il encore, bon nombre de ses camarades qui, comme lui, aimaient les mathématiques, avaient choisi la médecine. «Je suis allé en agronomie sans savoir ce qu’est l’agronomie », dit-il. Alors que l’un de ses enseignants le sollicitait pour un domaine bien connu comme la génétique, c’est vers une science neuve, la foresterie, qu’il s’oriente sans en savoir grand-chose. Son diplôme d’ingénieur en poche, il soutient un doctorat sur l’écologie des pâturages. C’était le 04 février 1993. «J’adorais la faune sauvage…Mais j’étais choqué par le fait que les éleveurs étaient les plus persécutés dans les aires protégées. Je ne comprenais pas pourquoi on les réprimandait ». Sa thèse sera alors le résultat d’une longue attention accordée à une famille d’éleveurs nomades qu’il suit depuis Banikoara jusqu’au Nord-Niger. Recruté à l’Université nationale du Bénin, Brice Sinsin crée un laboratoire scientifique qui s’occupe des questions d’écologie et d’environnement, et fonde plus tard le département d’aménagement et de gestion de l’environnement de la Faculté des sciences agronomiques. Ce fut un tremplin qui lui permit d’approfondir ses recherches en foresterie. Il a publié un livre fondateur, La Flore du Bénin, encore considéré comme un classique en matière d’études forestières. L’étude débouche sur la mise en place de l’herbier national où sont stockées 2.811 plantes spécimens. Dans un autre ouvrage qu’il a publié quelques temps après, on peut retrouver tous les noms des espèces de plantes que nous avons au Bénin, mais aussi avec une clé de détermination. Il gravit très vite les échelons. En 2005, il est passé professeur titulaire en foresterie. Vice-recteur  en 2006, il est recteur depuis 2011. « Ce pays a besoin de travailler. Mon expérience à l’UAC a montré qu’on peut redresser toutes nos structures », assure-t-il avant d’ajouter : « Travaillons, travaillons, travaillons jusqu’à ce que mort s’en suive ».

Intimité: Un « mange-tout »

Avec seulement deux garçons, le recteur a une vie de famille plutôt rangée. « J’en voulais, moi, un seul quand les parents ont commencé par m’assommer et j’ai fait le second », dit-il, pour indiquer qu’il n’a jamais voulu d’une famille nombreuse. Ayant parcouru presque toutes les brousses d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, il avoue avoir mangé de tout : chenilles, vers, serpents… « La seule chose que je n’ai pas pu manger est la viande du singe », dit-il. A table, le professeur ne dédaigne ni le vin rouge ni le sodabi qu’il prend d’ailleurs lors de ses pérégrinations dans les villages.

La Rédaction

Déclaration « Sous l’Arbre à Palabres » de Victor Prudent Topanou, ancien ministre, Président du Parti F.u.r au siège de l’événement précis: « Si on élit un président sans parti, on perpétue la médiocrité »

Victor Topanou86ème Invité sous votre rubrique légendaire Sous l’arbre à palabre du quotidien l’Evénement Précis, l’ancien ministre de la justice, garde des sceaux, et ancien secrétaire général du gouvernement, Victor Topanou nous a fait part de  sa manière de concevoir la  gouvernance au sommet de l’Eta. De son divorce avec le président Boni Yayi à ses ambitions politiques, en passant par la proposition de  loi sur la sorcellerie dont il est l’auteur et sa lecture de l’actualité nationale, Victor Topanou est resté égal à lui-même. Intellectuel bon teint, il pense que le Bénin est le seul pays au monde où on élit comme  président de la République un homme qui n’a jamais milité ou dirigé un parti politique.   

Et si on en parlait

Quel bilan faites-vous des huit ans de Yayi au pouvoir ?

Il y a eu un premier mandat dont on peut valablement faire le bilan parce qu’il est prévu par la Constitution que l’on puisse faire un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. Et l’on peut considérer que le bilan du premier mandat a été validé par l’élection de 2011, même contestée. Donc, trois ans d’un deuxième mandat ne font pas huit ans. Ça fait un mandat de cinq ans et trois ans d’un un second mandat. Si vous voulez mon avis par rapport au premier mandat, je dirai que le Président de la République a fait, durant les deux premières années, des choses extraordinairement positives aussi bien sur le plan macro économique que sur le plan des infrastructures.
Sur le plan macro économique, je pense que le président ne le vend pas assez. Mais quand il est arrivé au pouvoir en 2006, il avait en charge l’exécution d’un budget qui, lui-même, a été voté en décembre 2005 conformément à la Constitution sous le président Kérékou. Et ce dernier budget était évalué à 650 milliards. Avec un budget de 650 milliards de Fcfa, le Bénin occupait l’avant dernière place de l’Uémoa juste devant le Niger. Mais à partir de 2007, le président Yayi a porté le budget général de l’Etat à 1000 milliards. Et il passera à 1200milliards à partir de 2008, faisant ainsi passer le Bénin de l’avant dernière place de l’Uémoa à la 3ème derrière le Sénégal et la Côte d’Ivoire. On pourra toujours dire que dans l’exercice de ces budgets, il est arrivé qu’on n’ait pas recouvré l’ensemble des recettes prévues et qu’au lieu de 1000 milliards, on a eu 900 milliards, et qu’au lieu de 1200 milliards, on a eu 950milliards, etc. Ce qui me semble important à retenir, c’est que le Président Yayi a fait la démonstration que jusqu’à la fin de 2007, il s’évaporait dans la nature près de la moitié de notre budget. Passer de 650 à 1200 milliards sans qu’on ait découvert du pétrole, ni autres ressources du sous-sol, signifiait simplement qu’il était plus efficace de combattre la corruption en amont qu’en aval. En amont, vous fermez les vannes de la corruption et en aval vous allez en procès contre ceux qui ont volé. Moi je pense que dans la lutte contre la corruption, de ce point de vue-là, le président Boni Yayi a fait de gros efforts, même si sur d’autres aspects, il a failli. Je ne suis pas son porte-parole, je tente juste d’être objectif et je pense que de ce point de vue, on ne peut que lui reconnaître.
Sur le plan des infrastructures, c’est pareil. C’est avec le président Boni Yayi en deux ans (2006-2008) qu’on a construit les axes aéroport-Air Afrique, en passant par la Marina et aéroport-Air Afrique, en passant par la Place des martyrs. J’ai souvent l’habitude de dire que depuis que je suis né en 1963, et jusqu’au bitumage de cette voie par la place des martyrs, tous les ans, la rue qui sépare le CNHU-HKM et la présidence était toujours inondée à chaque saison de pluie. Et depuis qu’on a fait cette voie en 2008, il n’y a plus d’inondation. Parce que cela laissait, quoi qu’on dise, une très mauvaise image de notre pays que la voie principale qui passe devant notre présidence et devant le CNHU qui était censé être le centre de santé de référence, est en permanence dans cet état. Ensuite, on pourrait toujours avancer un certain nombre de voies qui ont été bitumées à l’intérieur du pays etc. Donc, il y a eu de bonnes choses.
Mais, malheureusement, il y en a eu aussi de mauvais.

A partir de 2008 ?
Oui. Pour moi, ce fut le virage en ayant été, moi-même, acteur de l’intérieur et ensuite observateur. L’affaire Cen-Sad a constitué incontestablement un virage important auquel la presse a donné beaucoup d’écho. Dans la foulée, s’est développée l’affaire ICC, même si elle n’a pas explosé en 2008. L’affaire a démarré en 2006, selon certaines enquêtes. Et donc, elle a trouvé un terreau favorable et plus d’écho. C’est aussi que sur le plan politique, on met beaucoup plus l’accent sur ce qui ne va pas que ce qui va ; c’est de bonne guerre. C’est d’ailleurs pourquoi un Gouvernement a nécessairement besoin d’un porte-parole. Parce que c’est à lui qu’il revient de rappeler ce qu’il fait de bien sinon personne d’autre ne le fera à sa place. En Europe, on dit qu’on ne parle pas des trains qui sont à l’heure. C’est des trains qui sont en retard qu’on parle. C’est-à-dire qu’on part de l’idée que ce qui va bien est normal. Donc, c’est normal que les journalistes ne mettent en exergue que ce qui ne va pas bien.

Pour vous qui avez travaillé un peu avec le président Yayi, que retenez-vous de lui ?
Moi, j’ai eu des relations très particulières avec le chef de l’Etat. Je pense que le président de la République m’a pris en affection très tôt. Et qu’au delà des relations professionnelles, il s’est créé une relation humaine entre nous. Il a trouvé en moi, quelqu’un de très loyal, de compétent, dévoué à son service et au service de l’Etat, qui n’en faisait pas trop non plus mais juste ce qu’il fallait. Cela a fait que nous avons eu une relation particulière que je pense, vu de l’extérieur, beaucoup d’autres collaborateurs n’ont pas eue. La plupart de ceux qui ont travaillé avec le Président ont eu avec lui, une relation de réseau. Et comme je le dis, autour du président de la république, il y avait quatre réseaux : le réseau des Tchabè, le réseau des Bariba, le réseau des religieux et le réseau de la belle famille. Donc, quand vous êtes dans des relations de réseau, vous êtes nécessairement dans des relations d’intérêts et les relations diffèrent. Et je pense que chacun parlera de ses relations avec le chef de l’Etat en fonction du réseau par lequel il a travaillé avec lui. Moi je fais partie de ceux qu’on appellerait en analyse politique « les hommes du président », c’est-à-dire, des hommes à qui il est lié par la seule confiance qu’il a en eux. Dans ce cas, lorsque la confiance qu’il a pour eux cesse, la relation aussi cesse. Mais si vous êtes un homme de réseau, il peut ne plus avoir confiance en vous, mais le réseau obtient de lui qu’il vous maintienne malgré tout. Donc, ce sont des relations totalement différentes.

Où se situe le point de rupture entre vous et lui ?
J’aime bien cette question qui me revient depuis quatre ans. Mais j’ai une réponse, je dirai diplomatique. Je n’ai pas démissionné du Gouvernement. Le président s’est séparé de moi. A partir du moment où il l’a fait, il mettait en exécution les dispositions de l’article 54, alinéa 3 de notre Constitution qui lui donne toute prérogative de nommer qui il veut, de déléguer la parcelle de pouvoir à qui il veut et de lui retirer la délégation quand il veut. Dans ce cas de figure, il ne revient pas à celui de qui on s’est séparé de dire pourquoi on s’est séparé de lui. C’est à celui qui détient la source de la nomination et qui dénomme qu’on demande pourquoi il s’est séparé de telle ou telle personne et pourquoi il le fait aujourd’hui et non pas hier, ni demain. Cela me semble alors plus rationnel. Parce que sinon, tous ceux dont le président s’est séparé peuvent venir dire tout et n’importe quoi sur les raisons de leurs séparations. Quand il plaira un jour au Président de la République d’écrire un mémoire, il le racontera.

Quels sont vos rapports actuels avec lui ?
Aucun.

Vous vous êtes déclaré candidat
Le seul pour le moment.

Dites-nous ce que vous comptez apporter aux Béninois lorsque vous serez élu ?
Dans mon esprit, quand je serai élu en 2016, j’aurai trois priorités et deux préalables, mais le tout en vue de la réalisation d’une vision certes modeste mais noble. Ma vision est simple : c’est travailler à réunir dans les 5 à 10 ans à venir les conditions préalables à l’émergence de notre pays. C’est une vision relativement modeste par rapport à ceux qui pensent qu’on peut faire émerger un pays sans remplir des conditions préalables. Et ce sont ces conditions préalables qui relèvent des mes trois priorités dont je parle. La 1ère : c’est l’éducation, la 2ème : c’est la santé et la 3ème : c’est la création des richesses. C’est la partie économique, entre création d’emplois, en particulier l’emploi des jeunes et création de la richesse. Ma conviction, c’est aussi qu’on peut avoir les meilleurs plans sur le plan éducatif, sur le plan de la santé, avoir les meilleurs plans pour la création de la richesse mais si nous ne levons pas les deux préalables, il n’y aura point de résultat. Le premier préalable est politique et a trait à la mauvaise conception que les Béninois se font de l’Etat et du politique. En effet, dans l’esprit des Béninois, l’Etat n’est rien d’autre qu’un « gâteau immense à parts infinies » auquel tout le monde se bat pour accéder afin de « prendre sa part », pour reprendre l’expression d’un tristement célèbre ministre de l’économie et des finances. Si on n’inverse pas cette conception, on peut engloutir tous les milliards du monde au Bénin, tant que tous les cadres, toutes les élites quel que soit leur niveau de positionnement dans l’Etat, se comportent comme des entonnoirs juste pour récupérer leurs parts, on n’aura aucun résultat durable. C’est d’autant plus important que dans l’esprit de nos compatriotes, non plus seulement les élites et les cadres, mais aussi dans l’immense majorité de nos populations, les acteurs politiques sont devenus des parts de l’État et c’est à eux qu’on demande ce qu’on devrait exiger de l’État : c’est à eux qu’on demande de construire les écoles. Ce qui est une compétence régalienne de l’Etat. Vous voyez, dans le Zou, je terrai son nom, il y en a un qui a construit des écoles partout. C’est encore à eux qu’on demande de construire les routes qui mènent chez eux. Cela relève aussi d’une compétence régalienne de l’Etat. Et c’est aussi à eux qu’on demande de construire les ponceaux etc. Tant qu’on sera dans cette conception dans laquelle l’ultime fait consiste à dire que si un jour on a la preuve qu’un ancien cadre ayant été à un poste de responsabilité dans le pays n’a pas volé, n’a pas pris sa part, on le considère à partir de ce moment comme un con, un idiot, un bête, le pays ne pourra pas avancer. Et nous ne pourrons rien faire de beau ni de grand ensemble. C’est une conception profondément ancrée dans l’esprit de nos compatriotes. Et qui conditionne le comportement même de tous les cadres une fois qu’ils accèdent aux fonctions étatiques. Si on ne sort pas de là, tous les efforts sont compromis par avance. C’est ma certitude. Parce que vous débloquez un milliard sur un projet, il s’en trouve 800 millions pour être détournés. Avec 200 millions, vous ne pourrez jamais réaliser un projet de 1 milliard. C’est impossible. C’est impossible. Donc, c’est pour cela que je propose dans mon programme qui est déjà rendu public sur mon site, les états généraux de l’Etat. On a fait les états généraux de tout dans notre pays. Mais jamais, on a fait les états généraux de l’Etat qui est, pour moi, le fond du problème que nous vivons. Qu’attendons-nous de l’Etat et à partir de quand on peut considérer que quelqu’un a détourné ou que quelqu’un est corrompu ? Aujourd’hui, c’est la corruption qui est la règle et le comportement vertueux l’exception. Et cette exception et très mal vécue d’ailleurs par les gens. Puisque, de toute façon, on a le sentiment que la corruption est le « mode de redistribution équitable » de la richesse nationale que nous avons retenu. Ce qui confère à la corruption, une base de légitimité dans notre société. On en est arrivé à une situation où les élites, donc, des gens bien formés à l’université en sont réduits à se faire nommer non pas sur la base de leur compétence, mais sur la base de leur lieu de naissance. Si vous êtes nés ici ou là, vous avez la chance d’être…Et ça, c’est proprement inacceptable. Le deuxième préalable est plutôt culturel et consiste à en finir avec la méfiance constitutionnalisée. En effet, nous sommes dans un pays où, par l’utilisation négative que nous faisons de nos savoirs endogènes, on se méfie trop l’un de l’autre. Vous savez, la Banque mondiale a fait une étude pour montrer combien de relations directes il y a, d’une part, entre le développement des pays et d’autre part, le capital confiance. C’est-à-dire, plus la confiance existe entre les populations d’un même pays, plus le niveau de développement est élevé. J’ai l’habitude de dire que pour l’instant, sur une échelle de valeurs qui va de moins l’infini à plus l’infini, en passant par zéro, le Bénin n’a même pas encore atteint le chiffre zéro de la confiance. Nous sommes encore dans la méfiance, donc dans la négation de la confiance. Il faut qu’on travaille à ce que les Béninois se fassent de plus en plus confiance. Qu’on puisse s’ouvrir les uns aux autres sans avoir peur. Car, on a peur de l’homme. On a peur des conséquences de son acte, des propos, des tares. Ce n’est pas normal. On vit dans le calcul perpétuel. Et c’est ce qui explique à mon avis qu’un Béninois à l’extérieur réussit toujours mieux. Il a des compétences enfouies que seul le système étranger qui le débarrasse de la méfiance permanente vis-à-vis de ses prochains, lui permet d’exprimer. Et c’est aussi ça qui fait le développement. On peut vous donner tous les beaux programmes économiques, tant que ces deux préalables politique et culturel ne seront pas levés, nous tournerons en rond pendant encore 150 ans, voire plus.

La loi sur la sorcellerie se fondera sur quoi ?
C’est vrai que j’ai évoqué le sujet. Mais ce n’est pas dans les mêmes termes que vous. C’est une préoccupation pour moi. Je pars de l’idée que lorsqu’on est acteur politique, ou lorsqu’on choisit de s’engager en politique, c’est pour régler les problèmes de société. Si vous n’êtes pas capables d’aborder les problèmes de société, de les penser et de leur proposer des solutions, vous n’avez rien à faire dans le milieu politique.
Or, qu’on le veuille ou non, à tort ou à raison, plus de 90% de Béninois croient en l’utilisation de ces savoirs. Je ne dirai pas le mot sorcellerie puisque pour moi, il est péjoratif. J’utilise le mot que j’emprunte au professeur Paulin Hountondji, qui parle de savoirs endogènes. Ça permet de débarrasser les concepts de préjugés favorables ou défavorables et d’avoir un débat saint. Et, dès l’instant où plus de 90% de votre population croient en quelque chose, ça devient un fait social. Vous ne pouvez plus cesser de le penser. Ce n’est pas lorsque ça intéresse 2% que vous allez le penser. Non. Un vrai homme politique pense aux faits sociaux et lorsque ça devient un problème, il l’évoque. Tous les Béninois savent se protéger dans le traditionnel. On appelle ça le ‘’Glo’’ en fon pour ceux qui sont fon, c’est-à-dire qu’on empêche les « missiles traditionnels » de nous atteindre. Mais, ceux qui ne font pas confiance en ces systèmes traditionnels ou endogènes qui ne sont pas fiables à 100% se réfugient derrière ce que j’appelle l’adhésion instrumentale aux religions importées. C’est pourquoi, quand vous allez dans les bureaux de l’administration publique, vous voyez derrière ses occupants passagers, qui oublient bien sûr qu’ils sont passagers, des extraits de versets de Bible, soit de psaumes, soit d’autres livres ou encore des sourates du Coran. Et si vous en trouvez, amusez-vous à demander au fonctionnaire « ce que peut bien faire dans un espace laïc, ces extraits religieux » ils vous répondront invariablement : « Mon Dieu est plus fort que tous vos savoirs endogènes ». En fait, on est à la recherche de la sécurité individuelle et collective. En fait, au-delà de cette question, ce qui est en jeu, c’est la responsabilité exclusive de l’Etat au regard de la sécurité individuelle et collective des citoyens. Lorsque les présidentiables seront connus, faites un effort : demandez leur à tous ce que c’est que l’Etat. Vous aurez des réponses à mourir de rire. L’Etat, dans sa conception originelle, a été conçu comme l’outil devant garantir la sécurité collective et individuelle des citoyens et l’intérêt général. Un Etat qui n’est pas capable d’assurer la sécurité individuelle et collective de ses citoyens n’est pas un Etat. Il n’y a pas une autre approche à lui donner. Et, quand on parle de sécurité, c’est dans tous les domaines. La sécurité alimentaire, sanitaire, dans les transports etc… et, c’est parce qu’on ne l’a pas compris, c’est parce qu’on ne l’a pas intégré que notre Etat ne s’occupe pas du tout de notre sécurité. Au Bénin, la sécurité en question a deux dimensions. La dimension moderne que nous essayons tant bien que mal de satisfaire à travers la police, la gendarmerie, l’armée et les dispositifs juridiques, c’est-à-dire, la loi, puis la dimension traditionnelle qui prend en compte l’utilisation à des fins négatives de nos savoirs endogènes. La question de société cruciale qui se pose à tous les politiques est de savoir si nous continuons d’accepter que dans notre société on puisse tuer avec la modique somme de quinze mille francs CFA ? La vie d’un Béninois ne vaut-elle que quinze mille francs cfa ? Il y a donc là un vrai problème. Et pour beaucoup, cela explique le comportement que nous avons vis-à-vis de l’Etat puisque l’Etat n’arrive pas à assurer notre sécurité. Ce qui fait qu’on va chercher cette sécurité ailleurs. Et c’est celui qui assure cette sécurité en ce moment qui est votre Etat. Donc, on est prêt à détourner l’argent de l’Etat puisqu’il ne garantit pas notre sécurité pour aller payer celui qui est supposé le garantir. C’est ça la réalité.

Comment comptez-vous rendre opérationnelle la législation que vous envisagez pour traiter de la problématique des savoirs endogènes ?
Il y a plusieurs étapes. Pour moi, il faut, dans un premier temps, au-delà des textes, aller à la création d’un « Centre béninois des recherches des religions endogènes ». Ce que j’ai en tête, c’est de trouver les voies et moyens pour rationnaliser ce savoir. C’est d’abord ça le but. Je vais vous donner quelques exemples. Ça peut vous faire rire mais j’y crois et c’est un fait social comme je vous l’ai dit tout à l’heure. Moi, mon aïeul avait la réputation d’avoir ce qu’on appelle le pouvoir de raccourcir les distances. C’est ça ce qu’on appelle «fifobo» en fon. Quand il doit aller dans son champ à Kansounkpa qui est situé à 13 kilomètres de chez lui, il avait la capacité de réduire les distances. Il disparait ici et il réapparaissait là-bas. Dans les recherches scientifiques modernes, comme, cela s’appelle la désintégration/réintégration. Pour avoir la désintégration en laboratoire, il suffit de prendre un objet et vous y projetez une matière à la vitesse du son : l’objet se désintègre totalement. Aujourd’hui, la science moderne sait faire ça. Mais, ce que la science moderne ne sait pas encore faire, c’est comment réintégrer en aval ce qu’on a désintégré en amont. C’est pourtant ce qui se produit à longueur de journée à travers le « Fifobo ». Imaginez un peu les conséquences d’une telle découverte par la science moderne sur la vie quotidienne des citoyens ! C’est à côté de tout cela que nous passons sans le savoir. Mais, si on ne s’y intéresse pas comme le font 80% de nos compatriotes qui y croient et qui sont en même temps dans une logique de rejet juste parce qu’ils sont catholiques ou je ne sais quoi, nous perdrons à longueur de journée des savoirs indéterminés aux conséquences parfois exponentielles. C’est ce que voulait dire Amadou Hampâté Bah lorsqu’il dit « En Afrique, lorsqu’un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle ». Et la bibliothèque, c’est l’incarnation du savoir, ce n’est pas autre chose. Donc, je pensais qu’en allant dans ce sens-là, nous allons vers le seul domaine où on a des avantages comparatifs. Aujourd’hui, il n’y a qu’une circulation unique des avoirs et des idées, c’est du nord vers le sud. Pour qu’un jour, il puisse y avoir une inversion de cet ordre-là, il faut que nous-mêmes, nous ayons des choses à proposer. Ce n’est pas le Guèlèdè, ce n’est pas le Kluito, ce n’est pas le Zangbéto qui vont nous faire développer. Nous avons des savoirs extraordinaires. Mais en même temps, pour y arriver, il faut commencer par s’indigner. Moi, je ne supporte pas de voir des Béninois mourir à douze ans. Cela m’insupporte.

Dites-nous alors quelle religion vous pratiquez ?
Si ça vous préoccupe, je n’en pratique aucune. Mais j’ai une religion d’origine et c’est la religion catholique. Je suis baptisé et marié mais je n’ai pas une vie de grand pratiquant.

Patrice Talon était votre ami. Parvenez-vous à lui rendre visite ne serait-ce que de courtoisie ?
Patrice Talon était mon ami ? Ce n’est si sûr. Ceci dit, je le connais bien et j’aimerais tant faire partie de ses amis aujourd’hui. Non, je ne pense pas que Talon puisse vous dire que je fais partie de ses amis. On ne s’appelle pas toutes les semaines ni tous les mois et on ne se voit pas non plus toutes les semaines ni tous les six mois. Nous avons eu des relations très courtoises, je dirai des relations très professionnelles. C’est tout. J’ai été mis en contact avec lui pour la première fois en 2007. À l’époque, j’étais conseiller technique juridique du Président de la République et le Gouvernement venait de procéder à la première privatisation ratée de la Sodéco. Depuis, en effet, nous avons gardé des relations cordiales. Je ne suis pas son ami mais j’aurais bien voulu être son ami.

N’avez-vous pas été aussi à Paris comme les autres pour le voir ?
Vous m’auriez vu dans les photos. Tous ceux qui sont « allés à Paris pour le voir » ont été vus sur les réseaux sociaux et dans Jeune Afrique.
Ou bien vous voulez dire que j’ai pris des dispositions pour ne pas être vu ? Vous pensez que ceux qui sont apparus dans les photos n’auraient pas aimé prendre des dispositions pour ne pas être vus ? Non, je pense qu’ils sont allés pour cela et ne trouvaient aucune objection à être vus car, il y a un vrai problème éthique à voir toute une classe politique se déporter à Paris voir un homme pour solliciter son appui financier pour faire de la politique. J’ai même vu un député à la télé qui disait lors d’un meeting : « Montrez-moi le chemin qui mène à Talon parce qu’hier il a aidé Yayi donc, aujourd’hui, il faut qu’il m’aide aussi ». Je ne fais pas la politique pour être riche, mais je la fais parce que je pense que je peux être utile à mon pays en proposant des réponses aux vrais problèmes de notre société. Je trouve qu’il est important, dans notre pays, d’apprendre à rehausser le niveau du débat public et pour y arriver, il faut que les acteurs, eux-mêmes, y contribuent.

Quels sont vos rapports avec les autres partis politiques, surtout qu’en 2011 après les élections présidentielles, vous avez été porte-parole de candidats malheureux ?
J’ai été porte-parole des candidats avant les élections et non après et je n’ai pas été porte-parole de l’opposition mais des cnadidats. Ce n’est pas pareil. Je tenais à faire la nuance entre le porte-parole de l’opposition et le porte-parole des candidats parce qu’à l’époque, en 2011, ça a été l’argument des amis de Yayi pour lui dire, « voilà celui dont vous avez fait la promotion qui se retrouve aujourd’hui porte-parole de l’opposition ». Et j’ai demandé qui était de l’opposition puisque dans le collectif des candidats, il y avait tout le monde sauf Yayi. L’opposition, c’était Bio Tchané ou Houngbédji ? L’opposition, c’était Issa Salifou ou Jean-Yves Sinzogan, Joseph Biokou ou Christian Lagnidé ? L’opposition, c’était Victor Topanou ou KéssiléTchala ? Ce n’était pas le collectif de l’opposition mais plutôt le collectif des candidats. Et lorsque l’appel avait été lancé, c’était à l’endroit de tous les candidats et c’était simplement pour discuter de la Lépi. On se rend bien compte aujourd’hui, quatre ans après les élections que nous avions raison. Ce n’est que ça qu’on avait revendiqué. Mais les petits esprits s’étaient empressés de dire que c’est le collectif de l’opposition. A l’époque, j’étais un peu gêné par ces propos, mais c’est du passé.

Quels sont vos rapports avec l’opposition ?
J’étais dans la plateforme qui a demandé à marcher le 29 octobre dernier. Mais, si vous voulez que je vous réponde en toute sincérité, j’ai avec l’opposition une relation minimale. Oui, une relation minimale parce que j’assume mes différences. Je ne suis pas du genre à me fondre pour le plaisir de me fondre. Je vais dans une plateforme parce que j’y suis invité. Si la réflexion qui s’y mène ne me convient pas, je me désolidarise. Si celle qui est menée me convient, je pense qu’à ce moment-là, on a une proximité d’idées. L’opposition aujourd’hui est hétéroclite. Vous avez une opposition parlementaire qui est plus ou moins identifiée ou identifiable. C’est le groupe de l’UN plus le groupe PRD. Mais en dehors de ce groupe, vous avez une kyrielle d’individus qu’on appelle des « personnalités », d’autres qu’on appelle des « leaders d’opinions », d’autres encore qui sont présidents d’Ong quasiment inconnus et qui vous disent tous qu’ils sont dans l’opposition. Quel point commun moi je peux avoir avec eux ? Aucun et ça, j’assume ma différence en ce moment-là.

Avez-vous alors des rapports maximums avec la mouvance?
Avec la mouvance, je n’ai aucune relation.

Pourquoi avez-vous viré dans l’opposition ? Est-ce à cause de votre départ du Gouvernement ?
Est-ce que c’est à cause de mon départ du Gouvernement ou bien de la vision que je me suis donnée en allant en politique ? Vous savez, il y a beaucoup de choses que je dénonce dans notre système politique actuel, lequel système n’a pas été forcément mis en place par le Président Yayi. Il l’a hérité. Mon opposition est donc une opposition à un système et non à un homme, d’où le concept de « rupture » dans mon discours politique. Cette nuance est pour moi, capitale et elle fonde mon action politique. J’ai commencé ma collaboration avec le président de la République en tant que Conseiller technique juridique parce que lorsque le président Boni Yayi a été élu il a demandé à tous les candidats malheureux de lui proposer une liste de noms de trois personnes dont il ferait la promotion. Je trouve que ce n’est pas normal dans un pays qui se respecte que ce soit seulement une fois le président élu qu’il cherche les gens avec qui il va gérer : ça m’a certes profité, mais je me dois à l’honnêteté intellectuelle, de reconnaitre que c’est une faiblesse de notre système. Et c’est aussi ce qui explique que, depuis 1990 que nous avons commencé avec la démocratie, nous n’ayons réussi à porter à la tête de l’Etat aucun responsable de parti politique. Dans un parti, il se fait un travail idéologique, il se fait un travail programmatique, il se fait un travail collectif et quand le parti gagne, tous ceux qui travaillent avec lui partagent le même programme, partagent la même vision. Mais, nous sommes le seul pays qui se veut démocratique au monde à faire ça. Au Nigéria, vous ne pouvez pas être président de la République si vous n’êtes pas président d’un parti ou désigné par celui-ci. Au Togo, vous ne pouvez pas non plus. Au Ghana, c’est impossible. En Côted’Ivoire, vous ne pouvez pas, ni Sénégal, encore moins en Europe, en Amérique du Nord ou ailleurs. C’est tout simplement inconcevable et c’est ce que j’appelle une spécificité négative de notre pays. Depuis 25ans, nous courons derrière des gens qui n’ont aucun sens du travail collectif puisqu’ils n’ont jamais eu à animer un parti pas plus qu’il ne vous aura pas échappé que depuis que nous avons commencé notre démocratisation, c’est quand les présidents sont élus qu’ils vont en séminaire gouvernemental pour faire le programme d’action du Gouvernement : ça ne fait pas sérieux et il n’y a que chez nous que ça se passe comme ça.

Pensez-vous qu’il faut rompre avec cette pratique ?
Oui, c’est pourquoi, je parle moi-même de « rupture » car pour moi, si on élit encore en 2016 un président sans parti, c’est qu’on perpétue la médiocrité et nous n’avons pas le droit de continuer dans cette voie. Je le dénoncerai jusqu’à mon dernier souffle ; c’est pour cela aussi que je me suis engagé en politique.

C’est pour cela que vous avez créé votre parti politique ?
Non, c’est pour cela que nous avons mis en place notre parti politique. C’est une nuance de langage, le parti ne m’appartient pas mais appartient à ceux qui ont décidé de le mettre en place.

Vous avez dit récemment aux maires de démissionner mais personne ne l’a fait. Est-ce à dire que vous n’êtes pas écouté ?
Non, ce n’est pas ça. En le disant, je savais que je ne risquais pas d’être suivi et pourtant j’étais convaincu que la démission collective était le seul moyen de pression efficace qui pouvait être exercé sur le régime afin d’obtenir l’organisation au plus tôt des élections communales, municipales et locales. J’avais espéré que les partis de l’opposition qui sont été créés avant le nôtre et qui ont des élus locaux et communaux auraient pu utiliser ce moyen, mais même eux, ne l’ont pas fait. Sans doute pour des avantages bassement matériels. Et quand après, ils se font prendre à leur propre jeu, ils demandent, plus d’un an après le vote de la loi de report sine die des mobilisations populaires pour exiger l’organisation des élections. C’est là tout l’enjeu des débats actuels. Personne ne sait dire exactement à quoi servent réellement les législatives au Bénin ; pour beaucoup, elles sont faites pour permettre à quelques individus indélicats de se payer une immunité contre leurs indélicatesses.

Vous faites partie de ceux qui ont proposé un amendement du code électoral. Comment voyez-vous la situation parlant de la Lépi ?
J’avais deux propositions. La proposition politique et la proposition juridique. Celle politique, c’était la démission collective des élus. A défaut de leur démission puisque j’étais presque sûr qu’ils ne le feraient pas, il faut qu’on aille à l’amendement du code électoral. Mais, l’amendement du code électoral, était perçu sous deux angles. Le premier que je défendais était relatif aux dispositions liées à la Lépi. Là où on dit qu’on ne peut aller à l’élection qu’avec la Lépi. Moi, depuis 2006 que j’ai commencé la politique auprès du président Boni Yayi, j’avoue que toutes les lois électorales prévoyaient déjà la Lépi et en même temps les dispositions transitoires de ces lois prévoyaient un article qui disait « en attendant la conception de la Lépi, les élections s’organiseront avec une liste manuelle». Un seul article ou un seul alinéa. Donc, dans mon esprit, lorsque je parlais de l’amendement du code électoral, c’était justement pour dire : « puisque nous avons du mal à corriger la Lépi, puisque la correction de la Lépi nous a amené à poser un acte politique particulièrement violent, car pour moi, le report d’une élection est un acte violent surtout quand on dit sine die, allons aux élections sur la base d’une liste électorale fiable ad’hoc en attendant sa correction ». J’ai toujours dit que je ne comprends pas cette loi que même la Cour constitutionnelle a validé et il me semblait que la seule façon de se rattraper était de dire qu’on allait faire une liste électorale ad’hoc car en définitive, ce dont on a besoin pour aller à une élection c’est une liste électorale fiable et une liste électorale fiable suppose deux conditions. La première, c’est que toutes les personnes en âge de voter retrouvent leurs noms sur la liste et la deuxième c’est que leur bureau de vote soit situé dans leur environnement immédiat. Et pour être sûr d’avoir une liste électorale fiable, il suffit juste de l’afficher afin que les personnes concernées puissent voir et apporter les corrections. C’est ça une liste électorale fiable ; après, vous pouvez l’appeler liste alternative, vous pouvez l’appeler Léi, Léa, vous pouvez l’appeler Lépi ou tout ce que vous voulez. Le seul instrument dont on a besoin pour aller à une élection est une liste électorale fiable.

Victor Topanou a-t-il retrouvé son nom sur la liste affichée par le Cos-Lépi ?
C’est le prochain scandale en vue. J’ai vu le ministre Kassa crier depuis le nord, mais moi aussi je n’ai pas encore vu mon nom. Je suis allé vers les agents qui m’ont dit qu’il y a une liste additive qui doit arriver dans deux jours. Après, si je n’ai pas mon nom, je ferai un scandale.

Votre parti, le FUR sera-t-il présent aux prochaines élections ?
Forcément. Sinon, ce n’est pas un parti politique. Et c’est d’ailleurs ce que beaucoup ne savent pas et disent qu’on a une pléthore de partis politiques. Certains avancent le chiffre de 250 partis, d’autres de 148 au regard des dernièresstatistiques du Ministère de l’Intérieur en 2012. Mais ce qu’on ne dit pas c’est que la charte sur les partis prévoit qu’un parti qui ne va pas successivement à deux élections de suite est dissout sans qu’il ne soit besoin d’aller devant les tribunaux. C’est que le Ministère de l’Intérieur qui ne fait pas son travail depuis 2002.

Voulez-vous aller en alliance ?
On ne va en alliance que quand on a des intérêts avec d’autres partis politiques. Mais nous autres, nous travaillons à installer, dans la durée, ce parti. Depuis deux ans, on est invité dans les grands débats; l’opposition nous fait appel. Ce qui veut dire que nous avons une place.

Quels sont les prochaines attentes de votre congrès de 2015 ?
Moi, je pense laisser le poste de président à un autre quand bien même c’est un mandat renouvelable. Je finis le premier mandat de trois ans et je passe la main. Je pense bien devenir président d’honneur.

Est-ce-que les événements de Burkina Faso ont impacté les luttes politiques au Bénin ?
Je ne le pense pas. Le Burkina n’est pas le Bénin. Et la Côte d’ivoire n’est pas le Bénin non plus. Ceux qui le croient se trompent. Tout comme quand on a parlé du printemps arabe, on s’est rendu compte que la Tunisie n’est pas le Maroc, tout comme le Maroc n’est pas l’Egypte. Voyons même au-delà pour comprendre que la Syrie n’était pas le Yémen. Donc, il n’y a pas de relations de cause à effet. Moi, je développe une théorie, celle d « seuil de tolérance » que chaque peuple développe. Et ce seuil est flexible en fonction de chaque peuple. N’oubliez pas que le Burkina Faso, il y a de cela dix ans, avait déjà modifié sa Constitution et cela avait été fait comme une lettre à la poste. En ce moment, le seuil de tolérance n’était pas encore atteint et il n’y avait eu aucune marche. Je pense que si Blaise Compaoré n’avait pas commis le péché d’envoyer ce projet de loi au parlement, il serait resté encore Président du Faso pendant un an puisque son mandat prenait fin en novembre 2015. Ce qui veut dire, pour moi, que les incidents du Burkina ne pourront avoir aucun effet sur le Bénin. Vous avez vu au Togo ? Le peuple voulait prendre l’Assemblée nationale, mais mal lui en a pris. Là aussi, le seuil de tolérance n’est pas atteint ; donc, ça ne prendra pas. Il en est de même au Bénin, le seuil de tolérance n’est pas encore atteint et le défi du politique c’est de lire et se sentir le seuil de tolérance de son peuple. Chez nous, il suffit juste que le Président Yayi déclare publiquement demain qu’il veut rester au pouvoir au-delà du 6 avril 2016 pour que le seuil de tolérance soit rapidement atteint. C’est pourquoi, Yayi qui connait très bien les Béninois, contrairement à ce que les gens pensent, ne peut le dire et ainsi, il tue dans l’esprit du Béninois, toutes velléités de revendications. C’est aussi pourquoi, il chante toutes les fois que de besoin qu’il ne fera pas un jour de plus sur son mandat.

Quelle est votre lecture de la dernière décision de la Cour stipulant que la Constitution sera respectée ?
Je vais vous dire clairement. Il y a déjà de nombreux mois, pour ne pas dire de nombreuses années, que je n’ai plus confiance en notre Cour constitutionnelle. C’est une cour qui s’érige en constituant et qui réécrit notre Constitution à sa guise. Parlons de la décision de ce 24 novembre. Même si ça renforçait le camp de ceux qui souhaiteraient que Yayi ne revienne pas, pour moi, c’est un scandale juridique. Simplement parce que c’est porter atteinte à nos libertés fondamentales, résumées dans la liberté d’expression. Il faut comprendre que c’est l’opinion d’un citoyen lambda qui a choisi d’écrire une lettre ouverte même si c’est pour exprimer son désir de voir son leader modifier la Constitution pour rester au pouvoir. Pourquoi la Cour se mêle-t-elle de cela quand on sait que cette lettre ouverte n’enclenche aucun processus institutionnel de révision de la constitution ? A cette allure, la Cour peut demain se lever et dire qu’un journaliste a fait un commentaire dans un article dont une partie porte atteinte à la Constitution et le condamner.. Idem pour les acteurs politiques à la veille d’une élection. En effet, elle pourra se prévaloir de sa jurisprudence pour dire qu’un article de journal viole la constitution en oubliant même que la Haac existe. La Cour n’a pas le droit de réécrire notre Constitution : c’est ma conviction.

Quelle lecture faites-vous aujourd’hui de la justice béninoise, une fois en dehors du système ?
Ma réponse vous surprendra. Il y a beaucoup d’analystes et d’observateurs béninois qui ne savent pas que si vous êtes ministre de la Justice, en réalité, il ne vous reste que la partie administrative à gérer. Qu’est-ce que je veux dire par là ? Il y a eu les états généraux de la justice en 1996 qui ont pris de grandes décisions. Et l’ensemble de ces décisions ont été mises dans une loi et cette loi n’a été adoptée qu’en 2002. Et c’est cette loi qui décline la carte judiciaire du Bénin. Et c’est l’une des rares lois au Bénin qui a eu une portée pluriannuelle ; ainsi tous les ministres de la justice dans la période de 2002 à 2012 avaient une feuille de route bien tracée. A l’époque, pour faire la loi, on avait mis à contribution l’ensemble des partenaires au développement qui interviennent dans le domaine de la justice. Et donc, pour que la loi soit réalisable, on a échelonné la construction des tribunaux avec la formation de nouveaux magistrats et de nouveaux personnels. Donc, quand moi j’ai été au Ministère de la Justice, je me suis demandé pourquoi on ne pouvait pas généraliser cette manière avec laquelle la loi sur l’organisation de la justice a été conçue. Ici, un président prend une décision et celui qui lui succède vient tout remettre en cause parce que c’est le président précédent qui l’a fait. Si c’est bon pour le développement du secteur, pourquoi ne pas le maintenir ? Et donc pendant les dix ans, on a fait que ce qui nous a été confié. Et celle qui est venue boucler la boucle des dix ans, était la ministre Reckya Madougou. Depuis 2012, la Justice attend sa prochaine loi de programmation, en vain.

N’avez-vous pas aussi fait la chasse aux magistrats ?
Non, je n’en ai jamais fait. Au contraire, j’ai soutenu les magistrats non seulement dans la lutte contre cette loi scélérate, mais aussi et surtout dans leurs revendications légitimes. Nous avons une loi qui prévoit les critères d’affectation des magistrats. Ce que vous ne savez pas souvent est que lorsque vous enlevez un seul magistrat de son poste, ça crée un effet d’échelle, c’est-à-dire que lorsque vous le prenez, lui seul, vous avez le sentiment que c’est lui seul que vous voulez enlever, nommer ou promouvoir. Quand vous le faites, il faut vous assurer qu’il peut occuper le poste que vous lui confiez. Ce corps a des critères d’ancienneté. S’il ne peut pas occuper le poste, c’est que vous avez mal réfléchi en amont. Et ensuite lorsque vous l’enlevez, ça crée un autre effet d’échelle dans le tribunal où vous l’avez nommé simplement parce que n’importe qui ne peut lui succéder. Par exemple, lorsque vous avez un tribunal qui a cinq cabinets de juges, vous ne pouvez pas mettre au 1er cabinet quelqu’un qui est moins avancé que le 2ème, le 3ème et 4ème. Donc, c’est établi comme ça. Dès que vous n’en tenez pas compte, vous créez des réactions en cascade. Si vous mettez les dossiers sensibles au 6ème cabinet lorsque le 1er est là, ce n’est pas une bonne chose. Ensuite lorsque vous faites venir quelqu’un qui a dix ans d’ancienneté que vous mettez au 1er cabinet alors qu’au 2ème cabinet, il y a quelqu’un qui a 12 ans de carrière, ce n’est pas normal. Ce sont les choses du genre qui se sont passées lors des dernières nominations des magistrats. Moi, j’ai souvent tenu compte des critères dans mes nominations. Ce que beaucoup de gens ne savent pas, je peux vous le dire aujourd’hui c’est que pour les nominations que j’ai faites, je me suis repris trois fois. Malgré les conseils des magistrats les plus avérés dont je me suis entouré, le Conseil supérieur de la magistrature m’a demandé de m’y reprendre par deux fois. Je l’ai pris sportivement. Là-bas, il y a aussi des magistrats qui sont les gardiens du temple.

A-t-on le droit d’emprisonner des citoyens à sa guise quand on est ministre de la justice?
Quand j’ai été ministre, j’ai donné des instructions claires à mes procureurs généraux, l’un à Cotonou et l’autre à Parakou. On s’est entendu pour qu’une arrestation ne soit motivée que, soit par une crainte de subornation de témoin, soit par une crainte de subornation de preuves. C’est dire que si vous ne l’enfermez pas, il risque d’aller voir les témoins pour leur donner de l’argent, les corrompre pour demander de ne pas témoigner dans un sens qui lui est défavorable ou encore organiser l’incendie de son bureau pour faire disparaitre des documents de preuve : dans ces cas là, on fait de la détention préventive. Mais ce qu’il ne faut pas perdre de vue, c’est que dans le système judiciaire de notre pays, il n’y pas que les juges qui enferment. Un commissaire peut aussi enfermer. Mais à l’arrivée, on met tout sur le dos de la justice. Moi, je fais partie de ceux qui pensent que nous avons l’une des meilleures justices de la sous-région.

Mais beaucoup pensent que la justice béninoise est corrompue
Non c’est une affirmation excessive, même si je ne nie pas qu’il puisse s’y trouver quelques juges corrompus, il ne tient pour cela qu’à voir le procès retentissant dit des « frais de justice criminelle ». Le système lui-même n’est pas corrompu. Et l’on devrait voir dans ce procès un modèle d’auto-régulation mais au lieu de cela l’opinion n’a préféré retenir que la présence de juges corrompus. C’est dommage. Et c’est pour ne l’avoir pas compris qu’une ministre qui l’a affirmé urbi et orbi a perdu son poste. Ceux qui le disent ne sont jamais sortis ; qu’ils aillent voir ce qui se passe ailleurs, les instructions viennent de la présidence de la République.

Le procureur de la république est-il au service du peuple où d’un gouvernant ?
C’est le système judiciaire que nous avons adopté qui est ainsi fait que le Procureur reçoit des instructions de la Chancellerie. Mais rassurez-vous, le Garde des sceaux n’intervient pas dans toutes les affaires ; au plus ses interventions représentent à peine 0,0001pour mille. C’est le système judiciaire français. La seule différence est que la France est allée au bout de sa logique en ne parlant pas de « pouvoir judiciaire » mais « d’autorité judiciaire ».

Que vous inspirent les résultats catastrophiques au baccalauréat ?
On est encore entrain de payer le prix du « nouveau système » que nous avons mis en place. Je pense que système a été instauré de façon trop précoce dans un milieu qui lui est totalement étranger. J’espère simplement que c’est la dernière année catastrophique puisque plusieurs établissements ont introduit et réintroduisent une dose de l’ancien système ; ce qui permet de corriger le nouveau système.

Que retenez-vous du bilan de la gestion de l’équipe de Sinsin à deux mois des élections rectorales ?
Je pense qu’on a eu une équipe qui a mélangé toutes les logiques. Pour la première fois depuis que j’ai connu l’université, elle est médiatisée à outrance ; à chaque pose de première pierre ou à chaque inauguration ou encore à chaque prix obtenu, même les plus farfelus, il y a la presse : on se croirait à la présidence de la république. Cette hypermédiatisation cache mal l’incapacité de l’État à créer une université, une seule. Par ailleurs, le Recteur, des fois, se substitue au ministre de l’Enseignement supérieur. Et ça, je peux vous le démontrer à travers deux décisions qu’il avait prises. Il y a un premier arrêté rectoral qui voulait que désormais les enseignements soient bilingues. Ce qui est une très bonne chose. Ça rend nos étudiants compétitifs, sauf que, là où il n’a pas été fichu de comprendre que cette décision dépassait sa compétence. En effet, pour que les étudiants à l’université soient en capacité de recevoir et d’assimiler un cours en français ou en anglais, il eut fallu qu’on leur donne des bases en amont. Donc, il faut introduire une forte dose d’enseignement en anglais, au secondaire afin que les élèves soient immédiatement opérationnels en entrant à l’Université. Il ne s’est pas assuré de ça, il prend son arrêté et il décide de la généralisation du bilinguisme à l’université. C’est un scandale mais personne n’a réagi, c’est passé comme une lettre à la poste. De même, c’est avec ce Recteur qu’on a vu des accords signés avec des établissements privés et qui mettent à la disposition des établissements privés, les enseignants du public. Et il est allé même loin, en disant que si les enseignants du public vont aller enseigner dans les privés dans le cadre de cet accord, il faut qu’ils reversent 30% de ce qu’ils y gagnent à l’université. Il est allé jusqu’à écrire que « ceux qui ne le feraient pas, feraient du travail au noir » alors qu’il n’est pas l’employeur de l’enseignant. C’est l’Etat qui est son employeur et non le rectorat. Moi, je suis un pur produit de l’école publique. Je ne suis pas contre l’école privée, mais je suis pour que le moyen du contribuable soit consacré prioritairement à l’école publique. Je pars de l’idée que ceux qui envoient leurs enfants dans les écoles privées, c’est parce qu’ils en ont les moyens et que ceux qui ne le peuvent pas ne le font pas.

Est-ce que vos propres enfants vont dans les écoles publiques ?
Je ne peux pas envoyer mon enfant dans une école privée parce que c’est ma conviction. C’est idéologique dans ma tête. C’est pour ça que vous ne me verrez jamais enseigner dans une école privée. Tous mes collègues interviennent dans les établissements privés. Il y en a même qui y prennent des postes de responsabilité.

Ça veut dire que l’équipe de Brice Sinsin a été défaillante ?
Défaillante, mais non. Pour moi, elle n’a pas été défaillante mais elle a pris un virage dangereux.

Dans l’opinion, Sinsin et son équipe ont mieux fait ?
Vous avez parlé de l’opinion ?

Ce n’est pas seulement l’opinion. C’est même visible et on voit sur le campus ?
Si c’est dans l’opinion, c’est dû à sa communication agressive. Ce que les autres avant lui n’ont pas fait, à juste titre. Aucun recteur depuis 1970 n’a fait autant de communication dans la presse.

Est-ce qu’ils avaient eu la possibilité de le faire ?
Pourquoi pas ? C’est l’argent public non ? C’est avec l’argent public qu’on fait ça. Pour moi encore une fois, Sinsin a obtenu plus de constructions mais, c’est tout. Et c’est pour ça que je dis que c’est une défaillance de l’Etat. C’est d’abord un établissement public. C’est-à-dire que dans l’esprit du recteur actuel, il est beaucoup plus anglo-saxon. Vous comprenez ? Moi, je suis choqué, je le dis comme je le pense, de voir un amphi qui porte le nom de Houdégbé au sein d’un campus public. Amphi Houdégbé dans un espace public, ce n’est pas l’idée que je me fais de l’Etat.

N’est-ce pas un exemple-type de partenariat public-privé ?
Le partenariat public-privé, c’est un ensemble juridique beaucoup plus complexe.

Etes-vous candidat à la prochaine mandature du rectorat ?
Non. Mais j’ai appris vendredi que le Ministère se préparerait à sortir un arrêté qui autoriserait l’équipe actuelle à se représenter. Alors que tout le monde sait qu’il ne pouvait plus se représenter. Le débat a été mené en début d’année lorsque lui-même a présenté ses vœux. Si tel est le cas, alors vous me retrouverez dans vos locaux, parce que là, je ne vais pas les rater. C’est un piège du politique qui tente de démontrer à l’opinion que « même les universitaires, c’est-à-dire, les plus éclairés de notre pays, tripatouillent les textes pour rester en place au-delà de leurs mandats réglementaires ». C’est très dangereux.

Mais les textes actuels des universités l’autorisent à briguer un autre mandat
Non, il y a des dispositions transitoires qu’il faut relire. Dans les dispositions transitoires, il avait été dit que le premier recteur ne pourra faire qu’un mandat unique de cinq ans. C’est ce qu’a fait Norbert Awanou. Et il est écrit qu’après ce mandat unique de cinq ans, on reviendra à un régime de trois ans renouvelable une seule fois sauf si le recteur élu à la fin du mandat unique faisait déjà partie de l’équipe du mandat unique ; dans ce cas, il ne peut se représenter après son mandat de trois ans. Ce qui est le cas de Brice Sinsin. C’est ce qui fonde d’ailleurs ses propos lorsqu’il présentait ses vœux à la communauté universitaire en janvier dernier.

Donc ça veut dire que, normalement, vous n’êtes pas candidat ?
Non, je ne serai pas candidat ; je veux être Président de la République. Par contre, je souhaiterais que l’on associe les femmes professeures à la gouvernance de l’Université. Une ou deux femmes dans l’équipe rectorale donnerait une belle allure. Et il y en a de braves et de compétentes. C’est important !

Mais si éventuellement le Ministère modifiait le texte…
Ce serait inélégant, voire indigne et je vais les dénoncer. S’ils le faisaient, ce serait désastreux pour l’image des universitaires Béninois et je les combattrai.

Carte d’identité
Il suffit d’entendre Prudent Victor Topanou évoquer son passé : c’est un homme qui ne peut qu’être proche des souffrances des autres. « Il m’arrivait très souvent de ne pas avoir de l’argent pendant six mois », se souvient-il encore avant d’ajouter : « des fois, je mangeais une fois tous les trois jours. » Tout cela s’est passé au Togo, pendant qu’il était encore élève puis étudiant. Car l’homme avoue qu’il a connu une histoire mouvementée. Jugé antirévolutionnaire par le régime militaire de Mathieu Kérékou, son père avait en effet fui le Bénin pour le Cameroun. Lorsque le petit Victor et ses autres frères et sœurs l’y rejoignent quelque temps plus tard, ils doivent affronter une autre réalité. Tombé amoureux d’une autre femme ayant probablement exigé de l’avoir à elle seule, le père se résigne à envoyer sa progéniture à Lomé, dans le pays de sa mère. Celle-ci envoie les enfants à Kpalimè, toujours au Togo, convaincue que Lomé n’était pas faite pour éduquer des enfants. Mais la vie à Kpalimè n’était pas une sinécure. Sans soutien familial réel, tous ses autres frères ne peuvent supporter la misère. Ils retournent à Cotonou. Quant à Victor, il loue une chambre seul, chambre où il ne reste que grâce à la grande mansuétude de son propriétaire. De la classe de 5ème jusqu’à l’université, Victor Topanou vit au Togo où il se débrouille pour passer son BEPC en 1981, le Bac en 1985. En 1989, il décroche à l’université de Lomé une maîtrise en science politique option histoire des relations internationales et part à Paris pour des études de stratégie et de défense. C’était à l’Ecole des Hautes Etudes Internationales qui abrite le Centre d’Etude et de Défense Stratégique (CEDS) et qui délivre un diplôme de troisième cycle en stratégie de défense. Il tombe alors sur le Général Charles de Llambi, qui l’encourage à faire un doctorat à la Sorbonne. Son soutien aura pesé pour quelque chose, puisque le dossier du Béninois est accepté et Topanou sort de la prestigieuse université avec un doctorat en poche. 1998 le trouve à l’université nationale du Bénin où son aîné, le professeur Nouréini Tidjani-Serpos s’est battu des pieds et des mains, pour le faire recruter. « Ma vie, c’est le résultat de petits coups de main qui m’ont été donnés par des gens inattendus », avoue aujourd’hui le Président du FUR. Parmi ces gens, il cite volontiers Célestine Zanou dont il a été directeur de campagne pour la présidentielle de 2006, alors que les deux ne s’étaient connus que le 27 décembre 2005. « Elle avait un discours très cohérent, très percutant sur ce qu’elle appelait le sens des valeurs… Elle a eu des mots pour l’exprimer qui sont extraordinairement percutants », déclare-t-il. Proposé avec d’autres, sur demande de Boni Yayi pour travailler avec le nouveau chef de l’Etat, c’est lui qui est choisi et nommé le 26 mai 2006 pour être son conseiller technique juridique alors qu’il ne l’avait jamais fréquenté auparavant. « Ce système n’est pas bon », s’empresse-t-il aujourd’hui de rectifier, bien qu’il reconnaisse en avoir bénéficié. « On n’attend pas d’être élu pour aller chercher ceux avec qui on va collaborer », dit-il, convaincu qu’il s’agit d’une pratique malsaine nuisant à l’équilibre de l’Etat. En 2008, il est propulsé secrétaire général du gouvernement puis ministre de la justice, porte-parole du gouvernement. Ce passage du secrétariat général du gouvernement au ministère de la justice n’était pas en fait une promotion. Car, une fois nommé, Victor Topanou affirme avoir été attaqué de toutes parts par les quatre réseaux gravitant autour du pouvoir, le réseau Tchabè, le réseau Bariba, le réseau de la belle-famille et le réseau religieux. « Parce que je commençais par contrarier leurs intérêts », dit-il. Tous ces réseaux voyaient l’affection sincère que Boni Yayi vouait à l’universitaire surtout pour sa compétence et sa loyauté. Et concrètement, le Chef de l’Etat ne l’appelait, sauf en public, que par le surnom qu’il lui avait aussitôt donné : « mon petit ». Mais la pression devenait intenable, au point de contraindre Yayi à se séparer de lui en le nommant Garde des sceaux. « Je dis aujourd’hui que je suis le premier cas où la nomination à un poste de gouvernement n’était pas une promotion sociale mais une stratégie de séparation du pouvoir. Beaucoup n’ont pas perçu cela. Moi, je n’ai jamais pris ma fonction ministérielle comme une promotion », déclare-t-il. Sorti du gouvernement, il se présente aussitôt à la présidentielle de 2011, sans succès.
Maitre de conférences à la Faculté de droit et de sciences politiques de l’université d’Abomey-Calavi, l’homme mène aujourd’hui une vie politique très active. Il se plait même à dire qu’il est le seul candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2016.

Intimité: Amateur de gombo et de riz

Victor Topanou vit depuis peu avec une compagne après avoir connu l’expérience du divorce. Sa fille unique fréquente l’école publique parce que le père avoue qu’il ne peut jamais envoyer son enfant dans le privé, par pure idéologie, et surtout parce qu’il est lui-même le produit de l’école publique. Sportif incorrigible, footballeur par-dessus le marché, Prudent Victor Topanou aime vivre dans la simplicité. Gombo et riz figurent au fronton de ses repas préférés : « Je peux en manger du 1er janvier au 31 décembre, sans problème », dit-il.

La Rédaction

Echanges « Sous l’Arbre à Palabres » avec Patrick Armand Pognon, Président mondial des ambassadeurs du développement au siège de l’événement précis : « Dieu même l’a dit, Yayi finit en 2016 »

Pognon ArmandInvité sous votre rubrique ‘’Sous l’arbre à palabre’’ de l’Evénement Précis, le Président mondial des ambassadeurs du développement, président de l’autorité de régulation du coaching africain, directeur du cabinet Africa Consulting, Coach Patrick Armand Pognon n’a pas fait économie de vérité. Dans son air habituel décontracté, il a abordé entre autres les questions du développement personnel, de l’entreprenariat, du 6ème congrès mondial des ambassadeurs de développement sans oublier l’actualité sociopolitique nationale et international. Au passage, il fait comprendre que le président Boni Yayi ne peut plus avoir un autre mandat car son programme de gouvernance tracé par Dieu s’achève en 2016.

Et si on en parlait

Quelles sont vos premières impressions ?
Moi, c’est Patrick Armand Pognon, exactement comme l’argent. Je suis le président mondial des ambassadeurs de développement et de l’autorité de régulation du coaching africain, pour ne s’en tenir qu’à ça. Je dois dire que L’Evénement précis est un journal que nous avons côtoyé pendant longtemps mais sans vraiment avoir eu le temps de savoir qu’il y avait un rendez-vous d’échanges, de partages aussi important. Déjà quand j’ai reçu le message, j’ai cru comprendre qu’il s’agissait d’une émission. Et donc, je suis arrivé et ma surprise a été agréable de savoir qu’une initiative comme ça est prise et, j’ai dit au Directeur qu’on va travailler de sorte que cette émission sera montée vers une radio pour accompagner le journal. Voilà un peu mes impressions à chaud et je suis vraiment satisfait, je suis vraiment content de ce que j’ai vu.

Comment analysez-vous les événements qui se déroulent depuis quelques semaines au Burkina Faso, votre pays d’adoption ?
Il faut dire que pour nous, tous ces événements étaient prévus. Le mercredi, veille de l’insurrection à Ouagadougou, j’étais à Grand-Popo pour former des Togolais qui étaient venus pour devenir Coach de l’université Alpha plus précisément un lycée français. Lors de cette formation, je leur disais que cette semaine ne finira pas avec Blaise Compaoré au pouvoir. Tout le monde l’a vu, c’était visible, sauf Blaise Compaoré.

Voulez-vous dire qu’il n’avait plus les renseignements ?
Il n’avait plus les renseignements. Il a refusé d’écouter l’ensemble des chefs d’Etats du monde. Le mercredi, ils l’ont appelé et lui ont demandé de retirer sa proposition. Mais Blaise Compaoré leur a répondu ceci : « Vous ne connaissez pas la situation de mon pays. Je passe demain à l’Assemblée nationale, j’ai la majorité». Voilà la réponse qu’il a donnée à l’ensemble des chefs d’Etats parce qu’il était trop sûr de lui-même. De telle sorte qu’il n’écoutait personne. Ça fait trois ans que je suis passé sur la télévision nationale du Burkina pour dire qu’il y a un feu rouge infranchissable devant. Blaise Compaoré ne peut pas insulter son intelligence humaine en tentant ça. Pour vous dire vrai, moi je l’ai appelé avant cette insurrection, c’est la seule voix que Blaise pouvait comprendre. Et mieux, quand Blaise avait annoncé sa déclaration le soir, j’ai écrit sur la page du Collectif africain une ligne dont le contenu était : « Blaise, annonce ton départ sinon ça va chauffer ». Etant donné que Blaise Compaoré comme la plupart des autres caciques du régime sont dans le collectif africain. Ils ont lu, ils ont compris que c’était foutu, ce n’était plus possible. Maintenant, pourquoi je l’ai appelé à ça parce que je ne veux pas vivre dans un pays où on n’a ni paix, ni guerre. Or, avec le président Blaise Compaoré, c’était ni paix, ni guerre. Il fallait que ça change et ça a changé. Je dis aussi qu’on aura l’occasion de parler de la situation au Bénin mais, Yayi ne veut pas, ne va pas et ne peut pas réviser la constitution dans le but d’avoir un autre mandat. Ce n’est pas sa volonté qui compte. C’est la volonté du peuple. Si vous allez au Tchad aujourd’hui, vous verrez que les mouvements ont commencé parce que quand ça commence, ça commence par grossir et à un moment donné, c’est le peuple qui parle.

Mais Blaise était un homme fort !
Non justement. Blaise n’a jamais été un homme fort au Burkina. Moi j’ai refusé une audience avec Blaise Compaoré. Ça fait trois ans qu’il cherche à me rencontrer et j’ai refusé parce que je sais qu’il n’est pas fort et qu’il va partir comme ça et je ne vais pas partir comme lui. Imaginez si j’étais l’homme de Blaise. Aujourd’hui, je ne pourrai plus aller au Burkina Faso. Si vous écoutez ce qui se dit à l’extérieur, dans plusieurs pays africains, vous comprendrez que ce n’est pas du tout ça. Blaise faisait croire qu’il était fort.

Vous prônez souvent le positivisme, la paix, mais les Burkinabé ont utilisé la violence pour renverser le régime Compaoré. Peut-on dire qu’ils sont restés fermés à ces valeurs que vous prônez ?
Ce qui s’est passé a été le résultat de ce qui devrait arriver. Je suis resté silencieux tout le temps parce que je n’aime pas jouer au jeu de ‘’c’est moi qui ai fait ceci ou cela’’. Vous savez, nous avons formé plusieurs officiers pour être coach. Vous croyez que le chef d’Etat-major qui a laissé Zida prendre le pouvoir allait laisser faire s’il n’a pas une culture du positivisme ? C’est notre travail qui a abouti à ce résultat. Un mois avant le départ de Blaise Compaoré, j’étais en séminaire à Ouagadougou dans la même salle où la charte de la transition a été signée. J’ai pris la parole et j’ai dit que Blaise Compaoré ne peut pas réviser la Constitution. C’est dans un tonnerre d’applaudissements que la salle l’a accueilli. C’est pour vous dire que Blaise pense qu’il est fort. Un exemple pratique. Pensez-vous qu’un homme d’Etat fort peut ne pas avoir dans son pays un fief électoral, c’est-à-dire, aucun endroit où il peut se cacher dans son pays ? La vérité, c’est qu’il n’y a pas un seul endroit où Blaise Compaoré peut aller au Burkina Faso.

Et à Pô ?
Non, Blaise ne sortait pratiquement jamais de son palais. Il peut faire un an sans bouger. Blaise n’a jamais emprunté les chemins du Burkina Faso. Il est toujours dans son hélicoptère. Blaise est un peureux, embrigadé dans son palais, enfermé dedans. On ne le voit pas, il ne sort pas et ne parle presque pas. Moi j’ai toujours dit à tout le monde que Blaise n’est pas si fort qu’on le pense. Il n’a pas une armée forte, il a une garde présidentielle forte et sur ça, je suis d’accord. Vous imaginez que Zida, en arrêt disciplinaire parce que soupçonné d’avoir laissé entrer quelqu’un armé au palais, se soit retrouvé N°2 de la garde présidentielle ? N’oubliez pas que Blaise a dû fuir de son palais la nuit. Blaise Compaoré embourbé dans sa compréhension des choses, n’a rien voulu entendre. Depuis la crise que le Burkina a réussi à gérer, Blaise avait repris la main. Mais, il pensait que les Burkinabé étaient toujours les anciennes formes de Burkinabé. Or, la situation a créé d’autres types de Burkinabé puisqu’ils ont compris qu’ils peuvent faire distancer le régime. A partir du moment où ils ont eu cette conviction, il faut le gérer autrement. Il n’a pas voulu le faire et les conséquences sont là.

Selon vous, l’Afrique est-elle envahie par l’esprit Ouagadougou ?
Il n’y aura pas de printemps parce que tous les chefs d’Etats ont analysé cette situation. Je vous donne un exemple qui n’est même pas dans ce cadre. Le cas togolais. La Constitution n’a pas prévu la limitation du nombre de mandats. Mais malgré ça, Faure étudie fortement cette situation et analyse les réformes qu’il peut faire. Malgré que Faure soit aujourd’hui plus populaire qu’il ne l’était quand il est venu au pouvoir, il analyse, en ce moment, les réformes à faire pour que son mandat éventuel à venir soit une transition. Face à cette situation, on ne peut pas ne pas tenir compte de ça. Dans tous les pays aujourd’hui, comme le Rwanda qui a un régime extrêmement fort, le président analyse maintenant si ça vaut la peine ou si c’est jouable. Savez-vous que quand le peuple croit en lui, il devient dangereux et le peuple africain croit désormais en lui. Laissez-moi vous dire qu’on m’a demandé sur une radio de la place, ce que j’allais faire si Yayi Boni me donnait de l’argent pour briguer un 3ème mandat. Je leur ai répondu que quand Dieu siffle la fin, il n’y a pas ce système qui puisse permettre d’aller au-delà. Dieu a dit que Yayi a fini en 2016 et ça sera ainsi. Aussi, Dieu a dit que Blaise devait s’arrêter à ce niveau de son mandat, et puis ça a été ainsi. Voilà ce que je peux dire par rapport à ça. La fièvre a atteint l’Afrique et tous les chefs d’Etats font appel à des stratèges pour les aider à analyser la situation. Ce n’est pas seulement les révisions pour rester au pouvoir qui sont devenues dangereuses. Le fait de finir son mandat et de positionner son fils ou son frère est devenu tout aussi dangereux que de vouloir réviser la Constitution pour s’éterniser au pouvoir.

Quand vous côtoyez la population béninoise, pensez-vous, avez-vous le sentiment que le Bénin est aux portes de Ouagadougou ?
Non, vous oubliez l’histoire du Bénin. On se fait toujours peur avant de régler les problèmes. Je ne trouve pas dramatique la situation qui se passe aujourd’hui au Bénin. C’est vrai que les hommes politiques ont l’habitude de monter les enchères en montrant que l’heure est grave et tout ça. Vous allez faire les élections municipales en 2015. Mais sachez qu’il n’y aura pas de grandes mutations. Aujourd’hui, le peuple béninois comme le peuple burkinabé est fatigué de ces hommes politiques. Et vous ne voyez aucun leader de la société civile qui se prépare à créer une alternative digne du nom. Donc, le peuple n’est pas très intéressé. C’est vrai que le peuple se demande s’ils ne se foutent pas de nous mais, vous allez voir aux élections que le peuple ne sortira pas massivement pour la simple raison qu’il a le sentiment que c’est même pipe, même tabac. J’ai remarqué au Burkina que 20% des Burkinabé votent et que 80% ne votaient pas. Le jour où les 80% vont trouver leur leader, ils vont changer les choses. C’est la même chose au Bénin. La majorité des Béninois ne se sentent pas concernés par les questions électorales. Si les leaders naissent et arrivent à faire naitre une vision, ça va faire bouger les choses. On va faire les élections municipales, les élections législatives. Au lieu de se focaliser sur leur tenue ou pas, je préfère que les gens se focalisent sur les leaders qui peuvent diriger ce pays.

Que voulez-vous dire par « il n’y aura pas de grandes mutations s’il y a élection » ?
Quand on dit pouvoir en place, on parle toujours de pouvoir central mais le problème se pose au niveau des mairies. A Cotonou, qu’est-ce qui se prépare pour faire partir les Soglo ? C’est ça la réalité. Le peuple est endoctriné dans un débat de « est-ce qu’il y aura élection ou si Yayi va partir ?». Or, le vrai débat, c’est qui va remplacer Yayi, qui va remplacer les maires actuels ? Le Burkina a été confronté aujourd’hui à une réalité de tout pays africain. Ça fait des semaines qu’on leur dit de penser à l’après Blaise. Mais on s’est tellement focalisé sur Blaise que c’est pratiquement des religieux qu’on est en train de solliciter aujourd’hui pour devenir président de transition. Voilà que les populations sont dans la rue pour réclamer les élections qui auront lieu. Je dis que les élections auront lieu. Maintenant, ils n’ont qu’à se réunir pour définir qui sera le prochain président de la république. On a trop eu des présidents au hasard. Il faut que maintenant on puisse anticiper sur qui va être président du Bénin, et qu’il y ait des organes comme la société civile et la presse pour faire campagne dans le pays pour dire voici le profil du président, obliger les candidats à venir dire qu’ils remplissent ces conditions et vous allez voir que, pour une fois, on aura un président qui sera encadré. Pourquoi pas une charte républicaine à adjoindre à la Constitution pour que nous puissions avoir une sorte de veille démocratique où le président ne peut pas faire ce qu’il veut.

Pensez-vous que Yayi a véritablement changé quelque chose au Bénin ?
Oui, il a réussi à montrer le vrai visage des politiciens de ce pays. Yayi a réussi à nous montrer que la classe politique béninoise ne vaut pas grand-chose.

Lui-même compris ?
Oui. Le jour où il est venu au pouvoir, on croyait en lui comme on croyait à la classe politique. Aujourd’hui, il a réussi à mélanger les choses au point où le peuple ne croit plus en personne parmi eux. Si vous voyez les tendances qui s’annoncent pour les prochaines élections, vous verrez qu’encore une fois, ce sont les hommes politiques habituels qui sont annoncés dans le peloton de tête. Le peuple cherche donc toujours son leader hors de la classe politique. S’il y a une chose que j’ai déplorée chez le président Boni Yayi, c’est qu’il a très mal communiqué. La communication se passe très mal au Bénin parce que quand j’écoute la presse internationale sur l’impression qu’ils ont du Bénin, ça me fait très mal. Ce peuple est trop grand pour qu’on le classe dans le rang des pays où la démocratie dépend d’un individu, d’un homme. La démocratie béninoise, tout comme burkinabé, ne dépend pas d’un homme. Ça dépend du peuple. J’ai dit ici, lorsque Yayi Boni est passé K.O lors de son élection, que c’est parce que le peuple ne se retrouve pas en Adrien Houngbédji que cela a été possible. Si le peuple se retrouvait en Adrien Houngbédji, ce n’était pas possible pour qu’il puisse passer. Nous minimisons souvent et je suis content que cette situation au Burkina rappelle au peuple béninois qu’il est capable de mettre un feu rouge à qui que ce soit. Donc, ce qui a changé dans ce pays, c’est que la classe politique a changé. Rappelez-vous de la première et de la deuxième Assemblée nationale où il y avait du respect. Moi, j’allais suivre les débats à l’Assemblée nationale mais aujourd’hui, ce n’est plus du tout ça. Vous voyez que dès que quelqu’un a des problèmes avec la justice, il se fait élire juste pour avoir l’immunité parlementaire. Et l’Assemblée nationale est remplie de ces gens qui fuient la justice. Je crois que la presse peut jouer un rôle dans ce débat républicain pour anticiper. Quel est le profil du prochain député, quel est le profil du prochain président, quel est le profil du prochain maire pour qu’on arrive à faire du bruit autour. Même si on n’arrive pas à changer cela, ça va changer les choses. Je crois que c’est à ça que nous devons travailler aujourd’hui sinon, le Bénin est allé derrière en termes de démocratie, de Constitution.

A quoi sert Cerveau collectif africain ?
Le Cerveau collectif africain est un environnement virtuel pour construire une dynamique citoyenne et positive. Vous allez voir que nous sommes très fortement installés et nous avons eu l’opportunité de former dans toutes les couches, l’armée, le Gouvernement et autres. Dès que l’insurrection s’est achevée, ils ont eu une journée de nettoyage de la ville. Ils ont créé leur date pour montrer que c’est un peuple républicain. C’est pour dire que c’est ce travail qui se fait dans un environnement où nous sommes près de 5000 personnes là-dessus. Aussi, il y a beaucoup de chefs d’Etats qui font des discussions là-dessus parce qu’ils suivent l’actualité. Il y a également des Américains, des Japonais, etc. c’est un environnement où chacun partage son expérience positive. A titre d’exemple, ce matin, nous devons faire une émission sur une télévision de la place et j’ai annoncé ça hier nuit sur le Cerveau collectif africain.
Mes collaborateurs peuvent vous dire combien de coups de fils nous avons reçus à l’intérieur comme à l’extérieur simplement parce que les gens sont sur l’émission, voient une autre émission et ne voient pas le coach que je suis. Donc, ce sont cinq mille personnes qui sont en train de travailler, de se nourrir mentalement parce que vous savez, on a un sérieux problème dans le conditionnement mental. Je dis ‘’on’’ et je me mets dedans. Un exemple pratique. Certains parmi vous ont lu le discours du roi belge qui est adressé aux missionnaires avant qu’ils ne viennent en Afrique. Dans ce discours, il dit : « Allez en Afrique. Ne pensez pas que vous allez parler de Dieu là-bas. Ils connaissent Dieu avant votre arrivée. Mais allez les conditionner à aimer la pauvreté ». Il dit : « Répétez leur souvent ‘’Heureux les pauvres car le royaume des cieux leur appartient, les riches n’iront pas au ciel’’ ». Les amis, le coach Patrick Armand Pognon qui voyage de pays en pays, pour travailler au réarmement mental, n’a pas fini de nettoyer cette phrase dont je vous ai parlé parce que simplement, regardez notre rapport à l’argent. Vous croyez qu’à RFI quelqu’un va venir s’asseoir pour faire un débat avec vous sans que l’émissaire n’aille te voir pour dire tu paies combien. On discute argent d’abord. Nous, on est gêné de parler de question d’argent. On est très pieux avec l’argent. Or, on a créé une entreprise pour gagner de l’argent. Et on est gêné par les questions d’argent. Ça c’est le conditionnement qui a été fait. Quand on ajoute à ça le fait que le système éducatif a été encore conçu par eux, vous voyez le programme que nous sommes en train d’appliquer aujourd’hui, où les enfants deviennent de moins en moins intelligents, incapables de parler français, incapables de faire ceci ou cela. Tout cela est un conditionnement duquel nous devons sortir. Le Cerveau collectif africain contribue à faire ça au niveau des leaders qui sont au-dessus, quitte à ce qu’ils puissent le faire à leur tour. Un autre exemple que je vais donner rapidement avant qu’on ne continue est ceci : chacun n’a qu’à regarder sa peau. Personne dans cette salle n’a la peau noire. Prenez quelque chose de noir et mettez votre peau à côté, on n’a pas la peau noire. Mais on a tout le temps dit : « je suis noir ». Et quand je prends le dictionnaire et je cherche ce que signifie noir, on dit c’est ce qui est méchant, ce qui est sale, ce qui est impur. Quand on dit blanc, personne n’a la peau blanche. Mais on dit du blanc, ce qui est pur, innocent. Donc, ils ont pris les bons qualificatifs pour eux et ils nous ont donné les mauvais. La preuve est que la boîte noire dans l’avion n’est pas noire. Elle a la couleur rose. Mais j’ai demandé pourquoi on l’appelle boîte noire et on m’a dit que noir, c’est tout ce qui est mauvais. Alors, chaque fois que je dis que je suis noir, je dis que je suis méchant, mauvais. Donc, aujourd’hui sur le Cerveau collectif africain, personne ne dit qu’il est noir. Nous ne sommes pas noirs, nous sommes des Africains.

En quoi consiste le congrès mondial ?
Le congrès mondial que nous allons tenir à Cotonou, c’est d’abord une rencontre entre les ambassadeurs de développement. Mais qui permet d’offrir gratuitement à la population qui nous reçoit, des conférences de haut niveau sur la dynamique mentale. En réalité, nous serons en formation les matins et les soirs. Nous allons donner des conférences de haut niveau sur des thèmes de développement personnel, de business et d’enrichissement durable. Un autre exemple que je vais vous donner, si je fais le tour de cette salle, en dehors du fait qu’on est journaliste, vous allez constater qu’on est tous formé pour accompagner les affaires. Le comptable pour gérer l’argent des autres, le commercial pour vendre l’affaire des autres, le gestionnaire pour gérer l’affaire des autres, mais vous n’allez voir aucun métier où on nous a formés pour faire des affaires. Donc, encore un conditionnement pour qu’on soit toujours en train de servir l’affaire des autres. Vous voyez le chef de l’Etat et son gouvernement en négociation souvent. Ils ratent les négociations avec les investisseurs qui arrivent parce qu’ils ne sont pas formés aux affaires. Donc, en dehors du développement personnel, nous travaillons à une dynamique mentale du business. La femme de Dantokpa fait simplement de petites erreurs. Vous allez constater qu’elle commence avec un chiffre d’affaires de cinq millions. Mais progressivement, si son mari ne réinjecte pas de l’argent, vous allez voir que le capital va finir parce qu’il n’y a pas calcul de rentabilité, il n’y a pas calcul de marge bénéficiaire, il n’y calcul de rien. Donc, on va, on s’assoit, si ça vend, gloire à Dieu, si ça ne vend pas, ce n’est pas grave. Il faut donc aussi créer ces genres de conférences. Je profite pour vous informer que nous avons travaillé à ce que l’année passée, comme cette année, le congrès mondial se tienne pendant longtemps à Cotonou, tous les mois de novembre de chaque année pour permettre au Bénin de profiter de ce travail immense que nous faisons à l’extérieur.

Et qu’attend-on du Congrès de Cotonou ?
On attend d’abord que les Béninois sortent. Vous savez, j’ai donné des affiches à mettre dans la ville et les gens disent cette affaire d’église-là il faut amener ça ailleurs. Vous voyez qu’il y a un ras-le-bol du fait qu’on prie sans solution. Donc, première chose, c’est d’amener les gens à faire une démarcation entre leur relation avec Dieu et ce que la religion fait ou leur fait faire. Il faut que les gens se démarquent de ça. Parce qu’à l’allure où on va, la foi est en train de baisser. Or un peuple qui n’a plus de foi est un peuple perdu. Le premier discours d’investiture de Barack Obama a coûté près de six cent milliards parce que les Américains n’avaient plus de foi ni d’espérance. Alors, le discours devrait permettre qu’il y ait de l’espérance. Donc, on a investi pour faire ce discours. Cinq minutes après le discours, on fait le sondage et on montre que les Américains ont de l’espoir. On veut redonner de l’espoir à ce peuple. On veut redonner à ce peuple l’envie de réussir. Les trois choses sur lesquelles on va travailler sont les suivantes : premièrement, finir avec les maladies qu’on ne comprend pas, les questions de sorcellerie, les questions d’envoûtement. Moi j’ai dit, sur une des chaînes de ce pays que si un chef vodoun pense qu’il est fort, il n’a qu’à appeler pour me faire du mal. S’il dit Patrick Armand avant de dire Pognon, il est mort, il n’y a rien à faire. Je l’ai programmé et je vais apprendre au peuple à se programmer pour qu’aucun sorcier ne puisse perturber leur santé. La deuxième chose, ce sont les questions d’emploi. Vous ne pouvez pas donner de l’emploi à quelqu’un qui n’a pas confiance en lui-même. Vous ne pouvez pas donner de l’emploi à quelqu’un qui ne pourra pas produire de la richesse. Il ne vous apportera rien. Donc à partir de cet instant, imaginez à L’Evénement Précis, combien de personnes peuvent créer leur emploi ici s’ils sont capables de dire au directeur, voici les stratégies que moi j’ai pour apporter de l’argent et je veux une partie de cet argent. Donc, il faut réarmer le jeune pour qu’il prenne conscience de son potentiel pour l’utiliser. Et la troisième chose sur laquelle nous voulons travailler lors de ce congrès de Cotonou, c’est la question de l’enrichissement. Il faut qu’on veuille devenir riche. Si vous demandez à un Béninois : tu veux beaucoup d’argent ? Il va vous dire oui, mais il n’en a pas la foi. Il est gêné de dire qu’il veut de l’argent. Nous devons vouloir de l’argent. Dieu ne peut rien faire pour celui qui n’en veut pas.

Et que voulez-vous changer fondamentalement dans l’homme africain ?
Nous changeons d’abord son identité. Il faut qu’il sache qui il est. Vous savez, moi je dis qu’on peut tout me prendre. Mais si on me laisse Dieu et ma citoyenneté africaine, je retrouverai tout. Je suis fier d’être africain, je suis très fier d’être africain. Vous savez même quand on parle de richesse, l’Afrique dispose de 93% du Diamant du monde, 50% de l’or du monde, 55% de l’uranium du monde. Et je peux continuer par citer. Et pourquoi ça ne va pas ? Parce qu’on a une mauvaise définition de nous-mêmes. Il faut, que nous donnions à l’Africain, une identité qui lui permet d’aller dans le concert des nations pour savoir avec qui il est. Voilà ce que nous donnons aux Africains à travers l’Afrique.

Quels sont les grands axes des changements que vous professez ?
D’abord, mon premier objectif, c’est la santé pour tous. Je ne suis pas de l’OMS et je ne partage pas les objectifs du millénaire parce que si on doit prendre trente ans pour réduire de moitié la pauvreté, je me demande combien de temps il faudra pour réduire l’autre moitié avant d’éradiquer la pauvreté, elle-même. Moi je combats la pauvreté sous toutes ses formes. C’est pourquoi dans toute émission, quand le mot pauvreté sort, je me porte en faux pour l’effacer de la tête des gens. Donc, je voudrais travailler d’abord à la santé des gens puisque sans la santé, il n’y a rien. Il faut que chacun sache prendre les dispositions mentales pour ne pas tomber malade. La deuxième chose, c’est que tout le monde doit travailler. Si le voisin ne travaille pas, c’est que je suis en insécurité. Il faut que tout le monde soit capable de créer de la richesse, de créer son gagne-pain. La troisième chose, c’est l’enrichissement. Voilà mes trois secteurs. Il y a aussi une autre chose. On me dit souvent, coach vous parlez souvent mais vous ne parlez pas de la politique. Je forme des leaders pour l’avènement d’un leadership plus responsable à la tête de nos Etats. Je ne suis pas pressé. Nous avons fait des députés au Burkina, nous allons en faire aussi au Bénin. Je disais à quelqu’un tout récemment que si vous prenez un chien au Bénin qui a deux milliards, on peut le faire président aux prochaines élections parce que le jeu est toujours ouvert. Il n’y a rien de décidé encore. Mais il faut l’argent parce que vous ne pouvez pas faire d’un pauvre un président. Il ne pourra pas amener de l’argent dans le pays. Il faut être riche pour devenir président. Les gens m’ont demandé avec insistance d’être candidat aux élections et je leur ai dit que je n’ai pas deux milliards à gaspiller. Moi, ça ne m’intéresse pas. J’ai d’autres objectifs. Les questions politiques pour moi sont dans un deuxième plan.

Mais, on dirait que vous faites abstraction de notre culture qui nous enseigne la méfiance, le doute
L’Américain prend beaucoup de risques, mais tire aussi beaucoup de profits. Vous croyez qu’aujourd’hui je serai ce que je suis si je n’avais pas pris des risques. J’en ai pris énormément. Sans un risque, rien de bon. Moi je n’ai pas peur de quelqu’un. C’est vrai que quelqu’un m’a dit qu’au Benin, il faut faire attention parce que les Béninois sont ceci ou cela. Je lui ai dit s’il oublie que je suis originaire du Bénin. Moi je n’ai peur de personne dans ce pays. Quand tu as Dieu avec toi, personne ne peut rien contre toi. Dieu a mis devant nous une porte ouverte que personne ne peut fermer. Les gens m’ont dit que la Franc-maçonnerie, c’est de la sorcellerie. Ils ne m’ont pas encore invité parce que s’ils m’invitent j’irai là-bas. Moi je ne peux pas avoir peur de quelqu’un. Je ne peux pas avoir Dieu et avoir peur de quelqu’un. Quand vous avez peur de quelque chose, la chose va vous arriver. Ce que vous craignez, c’est ça qui vous arrive.

Alors coach, est-ce qu’on pourra dire aujourd’hui que le Bénin est prêt pour la renaissance ?
Cela dépend de nous Béninois. Cela dépend de la presse. Suivez Yayi Boni. La réflexion sur l’alternance n’est pas menée. Cela dépend du peuple qui doit travailler à son avenir. Mon intime conviction est qu’en 2016, il faut une alternance. Mon objectif est qu’en 2016, nous puissions avoir un président qui écoute les gens quand ils parlent. Nous devons choisir un bon président pour le Bénin.

Dans une de vos chroniques, vous avez donné comme titre ‘’je veux, je peux, je vais’’. Est-ce que la volonté seule suffit aujourd’hui ?
C’est pourquoi on dit les trois. Je veux, volonté. Sans la volonté il n’y a rien. Le problème est que le jeune veut un emploi. Et à 20 heures, il dort ou joue à la belotte. Vous pensez qu’il y a une volonté là ? Quand j’ai la volonté, je ne dors plus. Je suis au Bénin depuis en train de préparer le congrès mondial. Je ne dors pas parce que c’est un grand enjeu qui est à la fois ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. A partir de ce moment, il faut qu’il y ait un désir obsessionnel. La deuxième étape, c’est le pouvoir. Je peux. C’est pareil pour les élections présidentielles, c’est pareil pour se marier, c’est pareil pour faire les affaires, c’est pareil pour créer une entreprise. Je veux mais est-ce que je peux ? Beaucoup de personnes veulent, mais elles ne croient pas qu’elles peuvent. Alors, il faut croire que tu peux. Alors ça te travaille. Et maintenant, il faut se mettre en action. Je vais. Et moi j’ai corrigé le ‘’je vais’’ avec mes recherche, ‘’j’ai’’, ‘’je suis’’. En réalité nous faisons beaucoup de choses sans la dynamique mentale. Or, sans la dynamique mentale, il n’y a rien.

Si on peut vous résumer, on peut dire que tout part de la volonté. Mais il y a certains qui disent que c’est l’imagination ?
Au fait, j’ai répondu longtemps à cette question de visualisation.
Dieu a tout créé par la parole. C’est par la parole qu’il s’est révélé à nous. Il dit qu’il nous a créés à son image. Utilisons la parole. La parole va créer l’image, la parole va créer ce que nous allons voir. Si vous ne parlez pas, votre cerveau continue de projeter l’image de ce qu’il a en ce moment en lui. Alors, à force de parler et surtout de côtoyer les personnes positives, vous aurez l’image. Si vous programmez la richesse et vous côtoyez des pauvres, il n’y a rien à faire, vous serez pauvres. J’ai vécu l’expérience et aujourd’hui je fuis les pauvres. Je peux les voir dans les conférences mais ils ne seront pas mes amis, ils ne seront pas dans mes relations. Les gens vont dire que j’apporte de l’eau au moulin de l’ancienne première dame de la France, Valérie qui a dit dans son ouvrage que François Hollande n’aime pas les pauvres. Moi, cela ne me gêne pas. Si les gens sont gênés d’être pauvres, ils n’ont qu’à programmer pour quitter la pauvreté. Il n’y aura pas de places au paradis pour les pauvres parce que Dieu aussi ne veut pas côtoyer les pauvres. Il faut que nous travaillions tous pour devenir riches.

Comment pensez-vous inculquer vos enseignements aux enfants qui sont l’avenir des familles et de la nation?
Formidable ! Nous venons de lancer des projets d’aide à l’école et à l’enfant. C’est vrai que cela n’a pas encore pris au Bénin ici. Mais au Togo, c’est très avancé et les enfants sont reçus une fois par semaine. J’étais en train de passer et j’ai vu un enfant. On m’a dit qu’il a eu zéro en classe et il a caché la copie. Je lui ai dit : « Pourquoi tu as caché ta copie » ? Il me répond : « Maman me fatigue quand j’ai une mauvaise note. Elle ne cherche même pas pourquoi » ? Je lui dis : « Pourquoi tu as une mauvaise note »? Et l’enfant me répond : « Le professeur n’a encore rien enseigné et il nous fait une interrogation ». Comment peut-il questionner quelqu’un sur ce qu’il n’a pas appris ? Cet enfant a raison ! Mais personne ne veut l’écouter. Or, on doit l’écouter, le comprendre, le mettre en confiance. Quand un enfant veut marcher et tombe, les parents ne l’insultent pas. Ils l’applaudissent. Et comme ils l’applaudissent, il se relève et il marche. J’ai dit à cet enfant : « Maman et papa ne croient pas en toi, mais moi je crois en toi. Vas et montres-leur que tu es né pour réussir, que tu es intelligent ». Il est allé avec sourire aux lèvres. Cet enfant va réussir ! Voilà comment nous accompagnons les enfants. Mieux, comment voulez-vous dire aux enfants qu’il ne faut bouffer l’argent de personne, qu’il ne faut détourner l’argent de personne et en réunion à la maison vous discutez de comment vous allez dribbler telle ou telle personne et l’enfant est à côté ? J’ai rencontré un cadre de ce pays et je lui dis qu’au lieu d’utiliser le mensonge pour amener l’enfant à travailler à l’école, nous pouvons trouver la vérité qui lui convient. Il dit quoi par exemple ? Et je lui ai dit : « On dit souvent aux enfants que s’ils ne vont pas à l’école, ils ne vont pas réussir. Or, c’est faux. La preuve, les hommes qui ont réussi n’ont pas été à l’école. Les grands intellectuels comme vous, on est ici. Mais les Saley, les Fagbohoun, les Adjavon, les Toundé qui n’ont pas été à l’école, c’est eux qui sont en train de diriger l’économie de ce pays ». Ce monsieur m’a dit : « Et pourtant, tu as raison parce que moi j’ai plus ou moins réussi mais pas à l’école et l’enfant sait. Donc, quand je dis à l’enfant quand on ne réussit pas à l’école, on ne peut pas réussir dans la vie, il se moque certainement de moi, parce qu’il sait que papa n’a pas réussi à l’école mais il a réussi sa vie ». Et c’est une personnalité très connue de ce pays. Donc, nous accompagnons les enfants de plus en plus dans des programmes. Sachez une chose : si je travaille à ce que des gens un peu plus avertis d’un certain nombre de questions arrivent au pouvoir dans un certain nombre de pays, imaginez comment cela va aller vite. Ceux-là comprennent ce que nous faisons. J’ai été dans des mairies du Bénin, à Bohicon et autres où c’est le maire qui a donné la salle, qui a mobilisé les gens, qui a payé la télévision pour qu’on aille faire un séminaire pour la population. Voilà ce qui doit être démultiplié dans le pays. J’ai été au Togo où le préfet a donné la salle et autres, au Burkina, ça a été la même chose. Il faut que nous puissions utiliser les moyens de l’Etat pour travailler là où on doit travailler sur le mental des jeunes, des enfants, des uns et des autres.

Comment se porte le coaching africain actuellement ?
Ah, très bien ! Parce qu’aujourd’hui, c’est le coaching le plus élaboré, le plus efficace qui puisse exister dans le monde. Nous avons une lecture des situations aujourd’hui qui permet en trente minutes d’entretien avec n’importe quel décideur de pouvoir l’aider à prendre les bonnes décisions pour nous-mêmes et pour son pays. Nous avons aujourd’hui la capacité de lire, d’annoncer, d’anticiper sur les événements pour la simple raison que le coaching africain se porte bien. Nous avons formé plus de deux mille coaches en Afrique et nous sommes en train de préparer pour 2015 la formation de coach degré 3. Nous avons formé des degrés 1, des degrés 2. Mais pendant longtemps, nous n’avons pas formé des coaches de degré 3 parce qu’il fallait que les gens fassent leurs expériences. Pour vous dire vrai, c’est l’un des domaines où l’Afrique a dépassé le monde.

Combien de coaches avez- vous formé au Bénin ?
Au Bénin, nous devrons être à environ deux cent coaches. Après le congrès mondial, je vais former une vague assez intéressante de coaches sinon nous sommes à deux cent coaches aujourd’hui au Bénin qui pédalent chacun dans son domaine. A Ouagadougou, nous avons formé les patrons de presse comme au Bénin. Un jour, le ministre de la Justice rentrait chez lui à la maison. Un mécanicien passait et comme c’est lui-même qui conduisait la voiture, il l’a contourné. Il a fait peur au mécanicien. Celui-ci a fait un geste comme pour l’insulter. Le ministre descend. Comme il ne savait pas que c’était le ministre, il s’est présenté. Ce dernier lui a demandé d’aller se présenter chez le procureur. Le procureur a libéré le monsieur. Et ce dernier va en ville pour trouver quelqu’un à qui il a donné cinq mille francs pour le frapper. Il va voir un patron de presse pour lui dire que c’est le ministre qui a fait ça. Celui-ci, parce qu’il a été formé pour être coach dit même si c’est vrai, moi je ne peux pas faire ça. Ce pays peut brûler à cause de cette information. Le monsieur le quitte et va chez un autre patron de presse. Celui-ci n’a pas suivi la formation, il prend l’information et publie. Le peuple se met en ébullition ; marche par-ci, marche par-là. Le chef de l’Etat relève le ministre de ses fonctions. Un mois après, la commission d’enquête dépose son rapport. Le ministre n’a pas touché le monsieur. Vous voyez pourquoi, il faut former des coaches ! Parce que ce monsieur, si lui-même avait été formé, il aurait pris du recul vis-à-vis de cette information, il aurait cherché à vérifier cette information. Non seulement le ministre a perdu son poste mais c’est le moindre mal parce que le pays aurait pu brûler avant qu’on apprenne que le monsieur n’a pas été touché. En dehors du fait que le ministre soit parti, six autres ministres sont allés au domicile de ce dernier lui présenter les excuses du Gouvernement avec une enveloppe de trois millions de francs CFA. Donc, vous voyez qu’il est important que la presse, les enseignants qui travaillent avec les enfants, les hommes politiques soient formés ! Idriss Debby a fait un amphi de 1500 places à l’Université d’Abomey-Calavi mais à N’Djamena, il n’y a pas un amphi de 1500 places. Voilà comment l’Afrique fonctionne. Il n’a pas un amphi de 1500 places dans son pays et il donne cela au Bénin. Voilà les choses qu’il faut corriger.

Quel est l’accompagnement du Bénin dans votre mission ?
Aucun pour le moment. Pour ce qui est du Béninois, il fait beaucoup. Quand je circule dans le Bénin, je fais ceci et cela, je suis très content. Un jour, je suis passé sur une télévision du Bénin. Ils ont une panne technique, donc la version nationale ne passait plus mais celle internationale passait. Est-ce que vous savez que les Béninois sont sortis massivement pour aller à la télévision dire que si c’est Yayi Boni qui a empêché de passer, qu’il n’y a rien à faire, l’émission doit passer. Il a fallu qu’on leur démontre que l’émission se déroule à l’international avant qu’ils ne se calment. Donc, les Béninois me soutiennent. Mais je n’ai aucune relation avec une autorité politique de ce pays parce qu’ils n’ont pas cherché, ils n’ont pas voulu. Moi – même, je n’ai pas voulu puisque j’ai l’habitude de dire que mes charges ne peuvent pas être payées par un chef d’Etat. Donc, je ne peux pas attendre une audience pendant des semaines alors que celui que je veux rencontrer est incapable de payer ce que je gagne à travers mon travail et ce que je dépense chaque mois. Donc, il est souhaitable que nous puissions avoir, tout au moins, pour l’alternative les contacts qu’il faut. Je vous donne d’autres exemples. En Afrique, les discours du chef de l’Etat au 31 décembre ne servent à rien. En Europe et aux Etats Unis, c’est un discours pour passer un message, c’est un discours pour créer une dynamique, c’est un discours pour renouveler un contrat, c’est un discours pour faire rêver le peuple. Je souhaite qu’au 31 décembre de cette année, qui sera l’avant dernier 31 décembre avant la fin du régime de Yayi Boni, que son discours soit un discours qui parle au cœur des Béninois, un discours sincère, un discours qui crée une dynamique, un discours qui soit accompagné immédiatement d’un certain nombre de faits, d’actions, d’initiatives qui permettent de commencer par rêver et de commencer par avoir un 2015 meilleur que 2014. J’étais passé sur une émission au début de l’année 2014. Un féticheur a dit que l’oracle a annoncé que l’année 2014 sera une année douloureuse pour le Bénin. Il y avait l’astrologue qui était à côté qui a dit que les astres ont dit la même chose. J’ai pris la parole et j’ai dit si Dieu a révélé les choses, c’est pour nous donner la possibilité d’anéantir si c’est négatif. Deuxième chose, c’est normal que les astrologues et le Fâ disent la même chose puisque l’astre n’est que le Fâ que l’Européen a pris et a modernisé. J’ai pris la parole et j’ai décrété une année de paix, une année de joie, une année de prospérité. Je voudrais vous demander, à un mois de la fin de cette année, est-ce que le Bénin a eu une année douloureuse ? La réponse est non. Nous avons le pouvoir sur notre bouche, apprenons à l’utiliser pour que les problèmes ne viennent pas nous assaillir, pour que nous puissions anticiper. Si nous ne chassons pas la pauvreté de notre tête, de notre bureau, si nous ne chassons pas les problèmes de notre tête, de notre bureau, de notre maison, ils vont venir. Il faut les chasser de notre tête pour qu’ils ne viennent pas à nous.

C’est quoi le coaching ?
C’est un accompagnement qui permet à quelqu’un de se rendre compte de qui il est. Il ne te donne pas de l’importance mais il t’aide à savoir qui tu es. Et c’est très important, ça change tout. Dès qu’on sait qui on est, ça change tout. Moi je parle de plusieurs personnes que je reconnais ici ; quand je parle de vous à certaines personnes, elles me disent ‘’Mais est-ce que, lui-même, sait qu’il est important comme ça ?’’. Je dis ‘’Peut-être pas’’. Nous sommes importants mais il faut que nous prenions conscience de notre importance. Si je ne me crois pas capable de richesse, je ne peux pas devenir riche. Moi, je ne suis pas né riche ; j’ai vécu la pauvreté ; j’ai vécu le chômage. Un jour, on m’a demandé dans une émission, ‘’Pourquoi on va vous croire ? Et j’ai dit ‘’Parce que c’est un ancien chômeur qui parle’’. Moi, on m’a traité de tous les noms ici. J’ai créé une école gratuite à Porto-Novo et on m’a traité de trafiquants de drogue. Quand je suis allé retravailler mon identité et que je suis revenu, on m’a donné une salle gratuitement, on m’a donné des véhicules 4X4 de l’armée, on m’a donné un motard pour aller animer un séminaire là où on m’avait traité de tous les noms. C’est pour dire que si je sais qui je suis, ça change tout. C’est ça le coaching. Moi j’étais pauvre quand j’ai connu le coaching. Aujourd’hui, je fais partie de ceux qu’on peut citer comme les riches. Je n’ai pas de problème d’argent et je ne peux pas avoir de problème d’argent. C’est pourquoi vous allez voir que le congrès mondial se tient au Bénin. Nous ne faisons aucune demande de sponsoring, nous ne prenons l’argent de personne parce que quand vous tendez la main, c’est que vous êtes en train de programmer qu’eux, ils vont toujours recevoir et vous donner. Vous allez voir que je préside moi-même nos manifestations, parce que lorsque vous faites venir le chef de l’Etat ou le ministre, c’est considérer que mes collaborateurs ne sont pas de potentiels ministres, de potentiels chefs d’Etats. C’est nous qui faisons nos manifestations, c’est nous qui présidons notre chose. C’est un manque de confiance en soi que d’appeler tel ministre qui viendra présider la manifestation que vous avez souffert seuls pour organiser. Vous avez tout financé et il vient en retard et vous met en retard. Il fait son discours, on doit le raccompagner et il demande au responsable de rentrer dans sa voiture. Tu rentres et tu sors. Pour tout le monde, tu as pris de l’argent alors qu’il ne t’a rien donné. Il faut croire en nous-mêmes. Et c’est ça le coaching.

Est-ce-que le coaching rend riche le coach ?
Ah oui. Vous savez aujourd’hui, le coach peut ouvrir un cabinet pour recevoir des gens. Souvent, il se demande s’il est prêt. Mais, c’est dans l’action qu’il verra qu’il est prêt. Le coaching rend riche le coach. Je vous donne l’exemple pratique d’un enseignant qui ne croit pas que le coaching peut rendre riche. Un jour, le directeur de l’Université catholique de Bamako m’appelle pour venir animer un séminaire au début de l’année pour ses étudiants. Je pars avec le monsieur. Arrivé là-bas, on m’a demandé combien je vais prendre et j’ai répondu que pour les questions religieuses, je ne fixe pas de l’argent. Vous donnez ce que vous voulez, c’est ma contribution à Dieu. Le jour du séminaire, je donne une de mes chroniques et je demande ce que les gens ont compris de ça. J’ai écouté, ils ont compris. J’ai listé tout au tableau et j’ai fait la synthèse de ce qu’ils ont dit et j’ai clôturé. Ça fait deux heures. Je me lève, le directeur demande de passer dans son bureau. Il prend une enveloppe et il met trois cent mille francs dedans et il dit avec toutes nos excuses, nous n’avons pas beaucoup d’argent, c’est le début de l’année. Je prends et je remets à l’enseignant. On rentre dans la voiture et je lui dis de compter l’argent. Il ouvre et il dit quoi ? J’ai dit, compte l’argent. Il compte et il trouve 300.000 F. Deux heures de temps seulement ont suffi pour que je gagne ça. Je n’ai pas eu à préparer une fiche pédagogique, je n’ai pas de copie à corriger. Je suis venu parler deux heures de temps et j’obtiens 300.000 F avec les excuses du directeur. Je suis venu au Bénin où j’ai formé en une journée – et – demie 100 jeunes pour le compte du PNUD. Et je prends deux millions de francs Cfa avec les excuses du PNUD. Est-ce que le coaching rend riche ?

Et s’il vous était donné de prodiguer des conseils aux couples béninois, que diriez-vous ?
D’abord, je voudrais dire aux femmes qu’au-delà de tout, il faut qu’elles aillent acheter des tenues sexy, des tenues de chambre. La religion nous a menti une fois encore à ce niveau-là. Pour le bonheur de ton mari, tu dois t’habiller de manière à ce que les atouts que Dieu t’a donnés soient visibles et tu t’arranges pour passer devant lui en son temps. Tu t’arranges pour qu’il sente ta présence, qu’il te voit marcher, apprendre à balancer les fesses, ça là, c’est important dans un couple, dans un foyer. Ce sont des choses qu’on a laissé tomber alors que l’homme a un regard érotisé. S’il y a de l’érotisme à la maison, il va courir pour la maison. Mais s’il n’y a pas d’érotisme à la maison, il ne viendra pas. Pour les hommes, s’il vous arrive de regarder une femme sexy, faites tout pour ne pas dépasser cinq à trente secondes. Si vous devez dépasser les trente secondes voire une minute, c’est que vous êtes en danger parce que tous les réflexes sont partis, toutes les prudences son parties puisque l’homme agit avant de réfléchir alors que la femme parle avant de réfléchir. C’est scientifiquement établi. Donc, je dis que la femme doit être en tenue sexy, il faut se promener dans la maison sexy. Si ton mari, pendant longtemps ne te touche pas, il faut aller dormir totalement nue. Tu te mets dans une position au point où s’il rentre dans la chambre, je vous garantis, le jour-là, il y aura réconciliation. C’est très important et c’est vital pour un couple. Pour les hommes, il faut envoyer tous les jours un Sms à votre épouse pour lui dire combien elle est belle, combien vous l’aimez. Si vous ne le faites pas, c’est que vous êtes en danger. Il y a un responsable de l’opposition ici, membre de l’Union fait la Nation dont la femme a voté Yayi Boni. C’est que, dans leur bureau de vote, il y a une voix pour l’autre parti. Alors, il a demandé à sa femme : toi tu as voté qui et elle lui répond Yayi Boni. Le monsieur dit mais on est opposant non ? Et à elle de répondre : il dit qu’on est belle, qu’il nous aime. C’est très important de dire à la femme qu’on l’aime, qu’elle est belle, vraiment, tu es importante pour moi, et il faut le faire par Sms puisque si c’est en face, si c’est faux, elle va le savoir. Il faut l’écrire. Il y a un collaborateur qui a fait ça un soir à Brazzaville. Cinq minutes après, la femme l’appelle pour lui dire merci. Quelques minutes plus tard, il reçoit du crédit, des unités. Ça fait plaisir qu’on le leur dise. Je vous donne un exemple. Mme est là, son mari n’est pas là. Si quelqu’un, par hasard, entre et lui dit ‘’Mme vous êtes belle, vous êtes magnifique’’, cette personne a toute son attention. Vous entrez dans un bureau et vous dites à la secrétaire qu’elle est belle, que vous l’admirez, elle va vous introduire dans le bureau du DG même si ce n’est pas un rendez-vous. La femme aime ça, donnons-lui ça. La deuxième chose, trouvez un rendez-vous hebdomadaire. Une journée ou une demi-journée et c’est Madame qui décide du programme chaque semaine. Si vous décidez dimanche après-midi, par exemple, c’est elle qui va décider de ce que vous allez faire le dimanche après-midi. Vous allez voir qu’elle sera contente de ce programme, vous-même vous allez en bénéficier parce que ce sera forcément un programme de loisirs. Notre vie est faite de stress toute la semaine.
Il y a une dame qui s’est plainte à moi de son mari qui est un ambassadeur de développement et qui ne dort plus à la maison. Je lui ai répondu : « Tu crois que je vais te ramener ton mari venir dormir à la maison ? Regarde comment tu t’es habillée. Regarde comment tu fais tes cheveux. Ce n’est pas la femme qu’il a épousée ! Alors, si toi tu cesses d’être la femme sexy qu’il a épousée, il va chercher ailleurs la femme sexy ». Elle s’est remise en cause et je vous rassure que le mari vient au congrès de Cotonou avec son épouse. C’est pour dire qu’il a retrouvé la femme qu’il a épousée et véritablement, on se rend compte que les erreurs sont là. Voilà les quelques conseils que je peux donner aux couples et vous dire que la vie en couple est un sujet très important sur lequel j’insiste parce que si vous réussissez votre vie de couple, vous pouvez tout réussir.

Pour conclure cet entretien, que diriez-vous ?

Je crois que nous avons fait le tour et je peux dire que je suis très heureux de cette expérience que j’ai vécue, et comme certains ici le savent, je vais partager cela. Je vais partager cette expérience et vous encourager à continuer sur la même lancée. Je vais certainement encourager des orateurs qui ont un parcours, qui ont une expérience surtout dans le domaine de l’entreprenariat à se prêter à cet exercice. Je vais vous donner l’exemple d’un homme qui est rentré à Air Afrique comme Stewart, c’est-à-dire serveur d’avion mais qui est sorti directeur de cette compagnie aérienne africaine. Je voudrais vous encourager aussi à penser business. Le journalisme, ce n’est pas un sacerdoce contrairement à ce que les gens pensent. Vous allez voir que dès qu’un journaliste est traqué au Bénin et que reporter sans frontière parle de lui, quand il sort du Bénin, il devient riche. Alors, pourquoi on ne devient pas riche dans le journalisme au Bénin. Moi, j’ai brisé ce tabou là au Burkina Faso où j’ai fait de certains journalistes des députés, je les ai aidés à aller à l’Assemblée nationale juste pour prouver qu’en tant que journaliste, on peut tout avoir. En tant qu’enseignant, on peut tout faire, on peut tout avoir. J’ai des journalistes aujourd’hui riches, j’ai des enseignants aujourd’hui riches. Or, c’est le moindre mal que je puisse vous souhaiter, que vous deveniez suffisamment riches dans ce que vous faites. Pour finir, je voudrais vous dire que je mets un an pour que nous travaillions ensemble pour que l’Evénement Précis ne soit plus que le seul quotidien mais plutôt un quotidien et une radio. Un an pour que nous gagnions cette bataille.

Carte d’identité: Le coach et le fou

« J’ai été souvent fou et je le suis toujours » déclare le président mondial des ambassadeurs de développement. Après avoir relevé bien des défis au Bénin et ailleurs en Afrique, Patrick Armand Pognon veut accompagner François Hollande à gagner les prochaines élections. « C’est une folie », reconnait-il avant d’admettre : « Si vous n’êtes pas fou, vous ne pouvez pas suivre Dieu. Il faut de la folie dans toute chose. » Devenu aujourd’hui un véritable globe-trotter, le coach est pourtant né à Porto-Novo le 17 mai 1972. Etudes primaires et secondaires entre Porto-Novo et Cotonou, et le voilà nanti d’un Bac G2. Il s’inscrit en informatique de gestion mais se retrouve avec trop de mathématiques et vire vers la gestion des entreprises, puis en marketing. En stage à la Polyclinique d’Atinkanmey à Cotonou, il devient vite incontournable et est propulsé à 24 ans directeur administratif et financier de la plus grande polyclinique du Bénin. « J’ai pris cette polyclinique qui faisait un chiffre d’affaires de 3 millions de francs Cfa le mois. Un an après, on faisait un chiffre d’affaires de 17 millions de francs Cfa le mois », rappelle-t-il. Après deux ans, il part du Bénin en 1997 et fait une école américaine délocalisée à Dakar pour un DESS en intraprenariat. C’était en 2000 avec le titre de consultant certifié en développement. De retour à Cotonou, Patrick Armand Pognon crée une école à Porto-Novo, une école qui avait la particularité d’être gratuite de la sixième à l’université. Ce fut une expérience douloureuse qui a duré trois ans. « Au lieu qu’un jeune de 29 ans qui crée un projet comme cela qui peut aider les Béninois soit encouragé, j’ai été combattu. J’avais eu 499 enfants que j’ai formés pendant trois ans, et ce sont des enfants qu’on a exclus du système éducatif à qui on a donné de la confiance et qu’on a présentés au BEPC », confie-t-il. Il s’en va alors à Bamako, où il lance une autre entreprise : Défi emploi jeune. Alors qu’il était en voyage sur Ouagadougou, il fait un grave accident dans lequel son véhicule était totalement irrécupérable. Convaincus que leur patron était mort, ses 32 employés volent tout le patrimoine de l’entreprise. Le coach s’installe alors à Ouagadougou en 2010. « En cette année où je m’installais à Ouagadougou, j’avais un matelas par terre, quatre chaises et une table », affirme-t-il avant d’ajouter : « Aujourd’hui, je ne peux pas vous citer le nombre de villes africaines où nous avons un domicile totalement équipé ». Aujourd’hui en effet, il a créé le Cerveau Collectif Africain qui compte environ 5.000 ambassadeurs de développement venus de tous les horizons. Ce sont des coachs désireux de mener une vie orientée vers la positivité et le service aux autres.

Intimité: Polygame mais pas heureux de l’être

Avec trois femmes et quatre enfants, le président Mondial des Ambassadeurs de développement s’estime plutôt heureux. Mais il n’en professe pas moins la monogamie puisqu’il avoue que ce sont des erreurs qui l’ont amené à la polygamie. « Le problème, avoue-t-il, c’est qu’on est toujours à la recherche de la femme idéale. Et finalement quand tu te retrouves avec une dernière femme et que tu te rends compte qu’elle n’a rien de mieux que les autres, tu te demandes pourquoi tu les as laissées. »  A table, l’homme aime manger africain : pâte de maïs, Agbéli, Télibo, sauce gluante peuvent faire son plaisir. En termes de sport, il aime bien la natation et les sports de chambre, mais rappelle que les séminaires et conférences qu’il anime depuis des années sont de grands exercices physiques. Patrick Armand Pognon conseille volontiers la gymnastique pour se relaxer.

Echanges « Sous l’Arbre à Palabre » avec le Colonel Marcellin Zannou, Fondateur de l’ISMA au siège de l’Evénement Précis: « L’ISMA est une fierté pour l’Afrique et le Bénin »

Marcellin Zannou netIl jouit de sa retraite, mais est toujours actif sur d’autres fronts. Au point de susciter l’intérêt de la rubrique atypique et prisée du journal l’événement précis, «sous l’arbre à palabre » dont il est d’ailleurs le 84ème invité . Le Colonel des douanes à la retraite, Marcellin Zannou ne rate pas l’occasion de la rubrique phare de votre journal. « Sous l’Arbre à Palabre », le Président Fondateur de l’Institut des métiers de l’audiovisuel (l’Isma), Colonel Marcellin Zannou, a véritablement livré son cœur à l’occasion de l’entretien. De son parcours professionnel en passant par les bons et mauvais souvenirs qui ont jalonné sa vie, l’invité au parcours exceptionnel, a échangé avec les journalistes sur divers sujets et a partagé avec eux sa vision sur l’homme et sur le comportement attendu chez un citoyen… Tout a été dit par celui qui durant trente ans, a géré à plusieurs postes, les affaires des douanes béninoises avec rigueur, fermeté et méthode. Ce sont d’ailleurs ces mêmes valeurs qu’il dit déployer à la tête de l’Institut des métiers de l’audiovisuel (l’Isma) qu’il a créé, il y a 7 ans, et qui en peu de temps a acquis une notoriété mondiale, avec des  prix et autres distinctions à n’en plus finir au point de réjouir son promoteur qui est désormais heureux de constater que l’ISMA est une fierté pour l’Afrique et le Bénin . Côté privé, Marcellin Zannou ne fait pas non plus la langue de bois et proclame avec  bonheur  et enthousiasme à qui veut l’entendre, qu’il est un polygame heureux.

Et si on en parlait !

Du colonel des Douanes très actif au citoyen ordinaire : comment gérez-vous votre nouvelle vie de retraité?

Avant de répondre à votre question, étant entendu que je me trouve devant des professionnels de la presse, je voudrais saisir l’opportunité pour rendre un hommage mérité à François Mensah qui s’en est allé à son Créateur. Il faut avouer que c’est douloureux, parce que c’était quand même une étoile. Etant entendu que les étoiles sont au ciel, je suppose qu’il est allé là où il devait aller, mais nous avons perdu quand même une star et nous allons souhaiter qu’après lui, Dieu puisse susciter d’autres stars dans la presse béninoise, pour que ce qu’il a su toujours bien faire puisse l’être davantage par d’autres. Ceci étant, je reviens à votre question. De colonel actif à simple citoyen, il faut avouer que dans la vie, chaque chose a son temps. Il y a un temps pour exercer une profession telle que je l’ai fait à la douane. Mais quand je rentrais à la douane en 1984, je savais que j’en avais pour 30 ans, et qu’après je serais appelé à faire valoir mes droits à une retraite. Je me suis préparé en conséquence, parce qu’en réalité, l’homme a deux dimensions. Il y a la dimension matérielle à laquelle vous faites allusion, à savoir douanier, mais il y a pour moi ce qui est plus important, la dimension spirituelle : quelles sont vos relations avec votre Dieu ? Et les relations avec Dieu sont des questions de vie, des questions permanentes. Il n’y a pas de retraite à ce niveau. Et aujourd’hui, j’avoue que je suis dans cette deuxième dimension qui appelle l’homme à agir au profit de ses semblables. Je pense que c’est ce à quoi je me donne le plus maintenant. Il faut avouer que je le fais avec beaucoup de plaisir et de bonheur. Parce que, dans la vie professionnelle, quand on prend la douane, il y a beaucoup de préoccupations à gérer à la fois, ce qui crée autant de plaisir, de stress et parfois la frustration. J’avoue qu’aujourd’hui, je suis totalement libéré de ces plaisirs, ces stress et frustrations. J’en suis libéré et j’avoue que c’est une très belle vie que d’aller à la retraite.

 

Il y a déjà huit ans que vous avez créé l’Institut Supérieur des Métiers de l’Audiovisuel (ISMA). Comment se porte aujourd’hui cette grande structure que vous avez réussi à installer ?

L’ISMA se porte aujourd’hui très bien. Et j’en veux pour preuve la consécration internationale que nous avons eue au mois de septembre dernier, où nos étudiants, pour le compte de leurs pays, à savoir la Côte d’Ivoire, le Togo et le Bénin, sont allés à une compétition internationale, CLAP IVOIRE INTERNATIONAL à Abidjan en Côte d’Ivoire, et sur les neuf (09) prix en compétition les quatre (04) étudiants en ont remporté sept (07). Pour moi, il n’y a pas meilleure preuve pour nous confirmer que ce que nous faisons porte déjà de bons fruits. Mais, une chose est qu’on arrive à ce niveau de performance, et pour moi aujourd’hui, un autre défi est de s’y maintenir, et au besoin, d’aller de l’avant. Donc, la situation actuelle de l’ISMA est plutôt reluisante, mais nous ne voulons pas nous contenter de cela, nous voulons aller de l’avant, et je sais que la possibilité existe d’aller de l’avant.

Quel est donc votre secret ?

Il n’y a pas un secret. Ce qui se fait, tout le monde le connaît. Je me suis souvent employé à dire que le succès n’est jamais l’enfant naturel de l’improvisation et de l’inorganisation. Lorsque vous mettez en place une organisation que vous gérez avec rigueur, avec méthode, avec des procédures bien définies, il est rare que vous n’ayez pas le succès. Malheureusement, dans beaucoup d’entreprises en Afrique, on fait de très belles choses, mais il n’y a pas de rigueur dans la gestion, il y a du copinage, du sentimentalisme ; il n’y a pas de procédures pour la gestion des choses, chacun fait ce qu’il veut comme il veut et cela conduit beaucoup d’entreprises à l’échec. Moi je me suis dit que je ne ferai pas cela. J’ai mis en place une organisation. Je n’étais pas personnellement à l’ISMA, parce que j’avais ma profession que j’exerçais, mais j’ai mis en place un manuel de procédures administratives, financières, comptables et pédagogiques. Ce que chacun doit faire à l’ISMA, il le sait ; à qui il doit rendre compte, il le sait ; comment il doit faire ce qu’il a à faire, c’est déjà dans un manuel de procédures, de façon que celui qui est placé à un poste sait ce qu’il doit faire. Et nous avons des méthodes de suivi-évaluation, tout ce qui se fait est régulièrement évalué et nous procédons aux ajustements. Donc, dans cette organisation, nous avons créé les fondements du succès. Deuxièmement, nous avons recherché dans le monde, les compétences avérées qui peuvent en trois (03) ans pour les Licences et en cinq (05) ans pour les Master, apporter quelque chose de bien pour nos apprenants. Cela coûte cher, mais c’est le prix à payer pour le succès. Le luxe a un prix et il faut le payer. C’est ce que nous avons fait. Lorsque nous avons une bonne organisation, des méthodes et des procédures de performances, lorsque l’encadrement pédagogique a la compétence requise, vous avez absolument le succès. Donc, ce n’est pas un secret. Cela s’enseigne dans toutes les écoles. Cela s’enseigne dans la vie, cela s’enseigne dans le management. Donc, voilà un peu ce que nous avons mis en place et qui nous a conduits à ces résultats-là.

 

Quelles sont les conditions qu’il faut remplir pour étudier à ISMA ?

L’ISMA est une entité d’enseignement supérieur. Nous nous sommes engagés dans le système LMD (Licence, Master, Doctorat). Ce qui fait que pour s’inscrire à l’ISMA, il faut avoir, pour la formation initiale, le baccalauréat. Mais le système LMD a mis en place un dispositif qui permet à qui veut, à tout professionnel qui veut avoir une formation qualifiante d’avoir la possibilité d’aller à l’école. C’est pour cela que le système CAMES a mis en place la validation des acquis d’expériences. Cela veut dire que quelqu’un qui n’a pas le baccalauréat, mais qui est dans la presse, dans les médias, qui n’a que le BEPC et qui a déjà fait 10 ou 15 ans dans la profession, et qui se rend compte qu’aujourd’hui, il faut aller en formation pour s’améliorer, pour avoir beaucoup plus de qualifications professionnelles, lorsqu’il envoie son dossier avec son niveau BEPC et que l’expérience accumulée pendant plusieurs années est certifiée ou confirmée par son employeur, le dossier est étudié et il peut être autorisé à s’inscrire en première année pour faire son cursus. C’est ce qui se fait en Europe, aux Etats-Unis et partout dans le monde et qui permet à des gens relativement âgés de poursuivre leurs études pour s’améliorer, pour être davantage utiles à leur communauté. A l’ISMA également, il y a cette possibilité pour ceux qui n’ont pas le baccalauréat mais qui sont déjà dans les médias. C’est la première condition. Deuxième condition, il y a un test qui se fait, parce que quand on parle, que ce soit de journaliste, de réalisateur ou de technicien, il y a une bonne dose de culture générale. La culture générale est fondamentale. Donc, on fait un test pour jauger l’aptitude de nos candidats à une inscription, pour voir quel est leur niveau en matière de culture générale. Donc, il y a une épreuve de culture générale. Ensuite, il y a ce que nous appelons un entretien de motivation : il veut être journaliste, mais pourquoi veut-il être journaliste ? Est-ce qu’il en a les réflexes ? Donc, on fait un test. Après ce test, ceux qui peuvent fréquenter à l’ISMA sont clairement identifiés et ils s’inscrivent. Ceux qui n’ont pas été retenus, chaque année on en a, ils sont remerciés et nous leur donnons des conseils parce que la formation professionnelle exige des pré requis.

Quelles stratégies mettez-vous en place pour soutenir les jeunes qui désirent suivre les formations de l’ISMA, mais qui ne disposent pas des moyens nécessaires ?

Soutenir c’est possible parce qu’il est difficile d’admettre que certains ont des compétences, des aptitudes, et que des raisons économiques leur imposent la contrainte de ne pas faire ce qu’ils veulent faire. C’est difficile. Nous avons souvent à l’ISMA beaucoup de cas de ce genre. Nous avons mis en place un dispositif, un service social qui étudie ces dossiers. C’est ainsi, par exemple, qu’il y a au Bénin un organisme de solidarité qui est géré par M. Gatien Houngbédji [Haut Commissariat à la Solidarité, Ndlr], qui chaque année recrute des candidats qui n’ont aucun moyen mais qui ont pu avoir le baccalauréat et qui veulent poursuivre dans les métiers du cinéma et de la télévision. Par ce biais, on nous envoie chaque année des étudiants que nous prenons. Il y a également les Fondations qui s’occupent des orphelins qui envoient chaque année des candidats à qui nous accordons des réductions substantielles. Et au niveau de l’école, lorsqu’on se rend compte que quelqu’un n’a pas du tout de moyens mais qu’il veut étudier, on a un système pour l’aider. On a également le cas des mairies qui veulent promouvoir l’excellence et qui nous sollicitent pour accorder des bourses à leurs étudiants.

Aujourd’hui, l’ISMA a fait ses preuves aussi bien ici qu’en Afrique et dans le monde. S’il vous était donné de parler du palmarès de votre école, qu’allez-vous dire ?

Je vais donner le palmarès en quelques chiffres. Je dirais simplement que nous avons commencé notre participation aux les festivals en 2009. De 2009 à 2014, nous avons envoyé 13 films pour les festivals. Et ces 13 films ont rapporté 41 prix. Sur ces 41 prix, quand je prends le festival Clap Ivoire, nous avons remporté trois fois le grand prix Kodjo Eboucle. Donc en six participations, nous avons remporté trois fois le plus prestigieux prix.

Au FESPACO àOuagadougou, nous avons également eu des prix. Au festival international de l’environnement de Paris, nous avons également eu des prix. Au festival Cinéma pour tous, qui a lieu à Tiznit au Maroc, sous l’autorité du roi Mohamed VI nous avons également eu plusieurs prix.

A travers ce palmarès, nous avons eu la consécration et la reconnaissance internationale, ce qui fait que beaucoup de pays nous font confiance et nous envoient leurs étudiants. Nous avons près de 20 pays qui ont leurs étudiants à l’ISMA. Nous avons également les religieux de l’église catholique et des églises évangéliques qui ont envoyé des prêtres et des pasteurs pour une formation à l’ISMA parce que justement on sait que désormais, c’est la communication à travers l’image et le son, qui atteint beaucoup plus les cibles. Et il est fortement question pour les religieux d’assurer la propagation de la foi à travers les ondes. Ce qui fait que nous avons aujourd’hui beaucoup de religieux et religieuses qui sont à l’école pour faire la réalisation, le journalisme et tout ce qui peut concourir à communiquer par l’image et le son.

A l’ISMA vous avez créé en juin dernier une fondation pour booster l’industrie cinématographique. Quel est le fondement de ce concept ?

Oui, à l’Isma nous avons élaboré un deuxième plan quinquennal qui part de 2013 à 2018. C’est dans ce plan que nous avons programmé qu’en 2014, nous allons créer une fondation parce que nous avons déjà sorti de l’école près de 223 journalistes réalisateurs et techniciens qui sont très occupés sur le terrain, sur les télévisions et dans les radios. Nous avons estimé qu’il faut ajouter une corde complémentaire à leur arc, en créant une fondation qui va rechercher et mobiliser des ressources financières pour le financement des projets conçus par nos étudiants ou des projets dans lesquels ils auront un rôle prépondérant à jouer. Donc, dans un premier temps, ce sont des projets conçus par les étudiants diplômés de l’ISMA. Dans un second temps, ce sont des projets conçus par des professionnels avérés même non formés à l’ISMA. Mais, la condition pour bénéficier des ressources de cette fondation, c’est de faire exécuter le projet essentiellement par les techniciens, journalistes professionnels formés à l’ISMA. Donc, si vous concevez un projet, ce peut être vous ici, la fondation vous apporte les ressources financières nécessaires, que ce soit l’apport en industrie ou l’apport en numéraire, pour financer votre projet. Voilà ce en quoi consiste cette fondation.

Après avoir obtenu une subvention de la fondation, vous en devenez membre. Et un membre ayant bénéficié du soutien ou de la subvention de la fondation est appelé à y cotiser chaque année, mais une cotisation spéciale, c’est-à-dire lorsque vous avez réalisé, sur subvention de la fondation, une œuvre qui va à un festival, sur ce que vous gagnez en numéraire, vous devez verser 20% à la fondation. Deuxièmement, si votre œuvre est commercialisée, vous allez également verser 20% à la fondation pour lui permettre de continuer à financer d’autres projets aux côtés de nos sponsors traditionnels qui nous apportent les financements nécessaires.

Déjà, trois mois de vie de cette fondation, est-ce que vous pouvez nous faire aujourd’hui un petit bilan ?

Oui, en trois mois d’existence, nous avons passé le peu de temps à nous formaliser, à avoir notre déclaration d’existence, à avoir notre déclaration au journal officiel. Nous en avons ensuite fait le lancement officiel le 26 juillet 2014. Et à partir du premier Octobre, nous avons lancé le premier appel à projet, copie sera également envoyée à nos partenaires de la presse écrite, dont vous, afin de faire une large diffusion de cet appel à projet dont la date de clôture est prévue pour le 20 octobre 2014. Après cela, nous allons mettre en place deux comités de lecture, un pour le cinéma et un autre pour l’audiovisuel. Il y aura dans ces comités de lecture des professionnels béninois, nos sponsors seront représentés, nos partenaires seront également représentés pour sélectionner les meilleurs projets. Et lorsque ces projets auraient été sélectionnés, la fondation qui dispose déjà des fonds, va financer leur réalisation.

A la création de l’ISMA, nous avons eu la chance de tomber sur quelques bribes de projet initial qui est une vaste ambition. Déclinez-nous un peu la philosophie qui sous-tend l’Isma

Qu’il vous souvienne que dans les années 1960, la France a aidé les pays africains à développer leur cinéma. Et à l’époque je voudrais vous rappeler que le premier cinéaste en Afrique au sud du Sahara, est un Béninois. C’est Paulin Soumanou Vieyra, le frère de Mme Rosine Vieyra Soglo. C’est lui qui a réalisé le premier film en Afrique au sud du Sahara. Ce film s’appelle « Afrique sur scène ». Mais, il s’est installé au Sénégal et c’est lui qui a développé le cinéma au Sénégal. Dans cette période, il y a Ousmane Sembène qui a réalisé « La Noire de …. ». Après, nous avons eu au Burkina Faso Mamadou Djim Kola qui a réalisé « Le sang des parias ». Au Bénin ici, nous avons notre compatriote Pascal Abikanlou qui a réalisé « Sous le signe du vodoun ». Après cette première génération de cinéastes africains, on s’est rendu compte que le cinéma africain n’a pas connu la promotion souhaitée. Il n’y a pas eu la relève au point où certains pays produisent aujourd’hui moins d’un film par an. Ce qui est une aberration. Alors, si on considère que le cinéma est une manière élégante de communiquer aux populations les comportements souhaitables qui concourent au développement, au bien-être, à l’hygiène et à tout ce qui est utile pour le développement de nos pays, il va de soi qu’on n’aurait dû jamais laisser tomber le cinéma. La preuve aujourd’hui est que vous voyez comment nos écrans sont inondés des films qui nous viennent d’ailleurs. Vous vous rendez compte de comment les gens sont attachés à aller suivre les séries les soirs. Vous voyez l’engouement que cela provoque. Mais quand cela se passe de cette manière, il y a un danger. Vous voyez des films dans lesquels la belle fille gifle sa belle-mère, ce qui est inadmissible dans la culture africaine. Si je prends l’habillement, vous voyez comment nos jeunes s’habillent aujourd’hui avec des pantalons qui sont d’une certaine dimension et qui tombent des fesses : C’est comme ça que les homosexuels et les prisonniers s’habillent dans un pays développé que je me garde de nommer. C’est devenu une mode pour notre jeunesse. Alors que chaque peuple a besoin de s’affirmer. On ne peut s’affirmer qu’à travers sa culture. Il n’y a aucun développement sans la culture. Si la Chine s’est développée aujourd’hui, elle a tiré le ressort de son développement de sa culture. Vous voyez comment ils inondent le monde aujourd’hui, c’est grâce à leur culture qu’ils s’imposent. Nous avons aussi besoin de nous affirmer. Mais nous devons le faire à travers quoi ? Notre culture. Il n’y a que la communication par l’image et le son pour le faire. Mais l’image et le son sont des questions de normes. On ne met pas une caméra à l’épaule pour filmer ce qu’on veut pour prétendre qu’on a fait un film. Et les normes s’enseignent à l’école.

 D’un autre côté, il faut avouer que lorsqu’on est à l’extérieur, on a soif des images d’Afrique. Malheureusement, si jamais il y a une image de l’Afrique qui est projetée sur un écran en Europe, c’est soit un coup d’Etat, ou un président qui a été corrompu, ou la famine qui sévit en Afrique où vous voyez des enfants maigrichons, plus morts que vivants, le ventre bien ballonné, et vous voyez la Croix Rouge qui distribue du lait avec des traces de lait autour des lèvres puis de grosses mouches vertes qui sucent le lait séché aux lèvres des enfants. Voilà l’image qu’on donne de l’Afrique. Ou, comme c’est la mode maintenant, c’est Ebola qui tue en Afrique, voilà les images qu’on montre de l’Afrique.

Mais quand on montre notre continent, voilà le schéma qu’on en donne. Cela frustre. Il faut être là-bas pour vivre ces choses. Mais mon continent n’est pas un continent où il y a tout le temps la guerre et la famine ! Il y a aussi de bonnes choses qui se passent en Afrique. A travers la télévision, on connait parfaitement l’histoire et la géographie de la France et d’autres pays développés. Nous apprenons ces choses à l’école. Mais ceux des pays développés ne connaissent ni notre histoire ni notre géographie, au point où quand une fois là-bas vous dites que vous êtes du Bénin, ils se demandent si le Bénin est le Zaïre, le Nigéria ou autres. Voilà les pays qu’ils connaissent là-bas. Quand tu dis que tu es du Bénin, ils vont t’appeler le nom de quelqu’un qui est peut-être à Johannesburg pour savoir si tu le connais. Donc, ils ne savent pas où se situe le Bénin. Ce sont des choses qui vous frustrent. Mais le tort nous revient parce que nous n’avons pas assez ou pas du tout communiqué sur notre pays ou notre continent.

C’est dans ces conditions que vous avez décidé d’inverser la tendance ?

Ce qui m’a le plus déterminé, c’était lors des mouvements de démocratisation consécutifs à l’effondrement du mur de Berlin. Les reportages relatifs à ces mouvements par la presse internationale montraient que le peuple bosniaque est un peuple barbare qui tuait sans discernement les hommes de l’ancien système. Les Bosniaques ont décidé d’assurer par eux même, la médiatisation des évènements liés au mouvement de démocratisation et d’en livrer les reportages aux organes de presse étrangers.

 Alors, le même événement qui donnait une impression de barbarie lorsqu’il est traité par la presse internationale, donne une impression d’acte de nationalisme lorsqu’il est traité par la presse nationale. Lorsque vous laissez d’autres assurer le rôle de fournisseur de votre propre information, ils manipulent les images et en donnent, en vos lieu et place, leurs orientations et leurs interprétations, ce qui est souvent contraire à la réalité.

Au Bénin, lorsque le président Soglo a créé la fête des religions endogènes, les reporters de la presse internationale arrivent très nombreux chez nous pour prendre les images et en faire des reportages. Mais, savez-vous ce qui se montre ensuite? On ne montre pas la femme qui danse avec souplesse et habileté ni les rythmes des tams-tams, mais on montre plutôt comment un bœuf est terrassé, comment on l’égorge avec le sang qui gicle pendant que le boucher est insensible aux derniers soupirs de l’animal agonisant : c’est l’image qui est donnée de la religion endogène ici au Bénin.

 Il faut inverser la tendance et comme l’a dit Wolé Soyinka, « le tigre ne proclame pas sa tigritude mais vit et bondit ».

N’y a-t-il pas aussi des raisons liées à la demande qui expliquent aussi la création de l’ISMA ?

J’ai remarqué qu’en Afrique, nous passons tout le temps à critiquer, à dénoncer mais sur le terrain de l’action, nous sommes totalement absents. Nous avons la capacité et la compétence pour critiquer et démolir avec le verbe mais sur le terrain de l’action, nous sommes totalement absents. Si je me suis laissé frustrer par ce que je vois, que faut-il faire pour inverser la tendance.

Il faut faire produire les informations de l’Afrique par les africains. Pour le faire, l’image et le son étant des questions de norme, il faut former des gens dans ce sens. Si nous voulons inverser la tendance et faire occuper à notre culture sa place de choix sur l’échiquier mondial, il faut former des techniciens. C’est là que l’idée de créer l’ISMA a germé et j’ai dit qu’il faut aller le plus loin possible. J’ai pris contact avec la Continental Bank, aujourd’hui UBA, qui m’a appuyé.

Pour les programmes et la pédagogie, j’ai décidé de nouer des partenariats avec les écoles étrangères qui ont déjà une solide tradition en la matière.

Comment avez-vous procédé ?

J’ai eu une idée précise de l’école : je veux former sur le même campus tous ceux qui concourent à la production de l’image et du son : les techniciens, les journalistes et les réalisateurs. Alors je suis allé sur Internet et j’ai vu une école appelée EICAR (Ecole Internationale de Création audiovisuelle et de réalisation) à Paris en France.

 Je me suis rendu en 2006 à Paris pour aller dans l’école et j’ai eu la chance qu’il y avait un Béninois du nom de Babylas Boton qui a fait cette école. Je lui ai demandé de m’emmener dans l’école où j’ai rencontré la directrice, Mme Christina REID, une américaine à qui j’ai expliqué que je veux créer une école comme la leur au Bénin. Ils ne croyaient pas à ce que je disais mais, je leur ai confirmé que je voulais créer vraiment une école. Je leur ai confirmé mon intention d’aller en partenariat avec l’EICAR, ce qu’ils ont accepté. Monsieur Alain Dejean a été envoyé en mission à Cotonou pour étudier la qualité de la télévision, la nécessité d’une formation de ce type au Bénin en particulier et en Afrique en général, etc. Le rapport de cette mission en est arrivé à la conclusion que la demande de formation était très forte et le 28 avril 2006, nous avons signé la convention de partenariat.

En ce moment, j’étais déjà allé voir une structure qui s’appelait la SAV en France. C’est elle qui m’a fait le plan de l’ISMA.

Nous avons construit une école de cinéma et de télévision avec des studios et tout le dispositif d’accompagnement pédagogique.

Tout ce qu’il faut pour tourner un film est déjà construit dans le plan. On a commencé comme ça en 2006 et progressivement, nous avons fait notre petit bonhomme de chemin et je pense plutôt que j’ai eu raison d’avoir créé l’ISMA

Etes-vous arrivé à réaliser 100% des objectifs initiaux ?

Vous voyez, il faut toujours viser loin. J’avais au départ un objectif. Je voulais que les films béninois et africains soient diffusés sur les chaines internationales de télévision pour que le cinéma africain occupe sa place sur l’échiquier international afin que la culture et le mode de vie des Africains connaissent la même promotion que les cultures asiatique, européenne et américaine. Et pour cet objectif, je suis comblé parce que sur Canal +, TV5 et d’autres chaînes de télévision européenne, nos films sont diffusés. «Rencontres virtuelles » passe très souvent sur Canal + Horizon et TV5, « Nanas Benz, les reines du textiles » passe aussi. De ce point de vue, notre culture est exportée et peut être appréciée par d’autres. Il y a eu également un documentaire sur la santé qu’on appelle « L’ulcère de Burili » que l’étudiante Estelle Akplogan a réalisé.

Le prochain objectif est d’inonder ces pays-là avec nos films qui reflètent nos réalités culturelles.

Pourquoi pas le Bénin ?

Inonder le Bénin est une réalité. Aujourd’hui, nous avons dans notre base de données plus de 250 films réalisés par les étudiants de l’ISMA. Ce sont des reportages, des documentaires et des fictions déjà réalisés. En 2009, j’ai eu un partenariat avec Canal 3 Bénin qui a diffusé nos films pendant quelques mois. Nous avons encore noué un partenariat maintenant. La deuxième phase consistera à ce qu’il soit connecté à notre base de données pour diffuser nos films.

J’ai également envoyé un projet de convention à l’ORTB pour la diffusion de nos films. J’ai bon espoir que ce projet aboutira le plus rapidement possible.

Nous avons également un partenariat avec LCF au Togo qui est la première chaine sur satellite du Togo. Là également, nos films sont diffusés et c’est bien parce que c’est vu par le monde entier.

Parlez-nous de la formation théorique et pratique à l’ISMA

Nous avons adopté un système qui conduit à un diplôme professionnel. Dans nos curricula, c’est le binôme 30-70, à savoir 30% pour la théorie et les notions basiques qui permettent d’appréhender la réalité pratique et nous avons 70% de pratique. C’est cela notre système parce qu’au commencement était le verbe. Parce que le verbe, c’est la théorie et c’est la théorie qui génère la pratique et de la pratique, on tire des éléments pour enrichir la théorie. Nous sommes dans cette dynamique-là. Ce n’est pas comme dans des écoles où on vous juge uniquement sur la base d’un devoir écrit parce que si on a ce système-là, nous avons des personnes qui sont très fortes dans la tête mais médiocres en pratique, des gens qui sont prêts à vous réciter les théories mais qui ne sont pas prêts à vous faire un petit film. On n’en veut pas. Nous voulons former des professionnels qui ont une maitrise de la théorie et qui dans la pratique, seront imbattables. C’est ce qui a fait le succès de l’ISMA. Aujourd’hui, tous les professionnels formés à l’ISMA qui sont sur le marché de l’emploi sont recrutés par les télévisions, et aussi à l’extérieur. Donc, voilà un peu le premier paramètre à savoir 30-70.

Mais, dans le cursus, chaque étudiant doit faire un projet professionnel de synthèse. A la fin de la deuxième année, vous devez faire un film ou un documentaire de votre filière où on voit comment vous avez pu faire la synthèse des connaissances acquises pour y accéder. En troisième année, les étudiants produisent également un documentaire ou une fiction et soutiennent un mémoire qui va contribuer à enrichir le domaine spécifique où ils ont choisi d’exercer leur carrière.

Quelles sont les principales difficultés que vous avez rencontrées ?

J’ai ma philosophie des choses. Et lorsque je me rends compte qu’une difficulté se crée, je rends grâce à Dieu, parce que depuis 2006, toutes les difficultés ont été, pour moi, des opportunités pour aller de l’avant. Et je dis que, par la force des choses, Dieu a toujours su transformer les difficultés en opportunités pour moi. Et à la fin de chaque difficulté, l’ISMA sort toujours vainqueur. Vous savez que les matériels en audiovisuel coûtent très cher. Lorsqu’on donne nos coûts de formation ici au Bénin comparativement à ce qui se paie simplement en Afrique du Sud où j’étais, à Johannesburg, pour une conférence du 15 au 17 septembre dernier, ils disent que ce n’est pas possible que l’école résiste pendant deux ans. Mais pourtant nous sommes là. Justement face à ces difficultés, il y a des sponsors qui surgissent. Des gens qui voient que ce que nous faisons est très important et nous viennent en aide. Ils nous appuient et j’avoue que cela est déterminant et nous permet d’aller de l’avant avec beaucoup plus de sérénité.

Une délégation de l’ISMA est invitée au grand congrès des écoles et universités du cinéma et de la télévision qui se tient en ce début  d’octobre à Los Angeles aux Etats-Unis. Quelle est la contribution de votre structure à ce grand rendez-vous ?

Los Angeles, nous y allons pour le congrès du CILECT. Je vais vous parler du CILECT en quelques chiffres. Le CILECT, c’est 160 grandes écoles et universités venant de 60 pays du monde entier. C’est 9.000 enseignants, 55.000 étudiants en formation initiale, et 1.330.000 anciens étudiants qui ont déjà fini et qui apportent leurs contributions à l’accompagnement du CILECT. 65% des meilleures productions au monde ont été réalisées par des professionnels qui ont fait des écoles du CILECT. C’est un puissant réseau qui a été créé en 1955 à l’occasion du festival de Cannes et qui aujourd’hui cultive la célébrité. C’est pour cela qu’il s’est réparti en région et nous appartenons à la région africaine. Dans la région africaine, il n’y a que sept écoles qui appartiennent à ce réseau-là. Il y en a une au Bénin, une en Egypte, une au Ghana et les quatre autres sont en Afrique du Sud. Les sept écoles de l’Afrique se sont réunies à Johannesburg pour préparer le congrès de Los Angeles. Au CILECT, nous avons beaucoup de possibilités. Nous rencontrons beaucoup de fondations qui veulent investir dans le cinéma. Je voudrais vous rappeler que lorsque nous étions au congrès de Cape-Town, du 1erau 05 mai 2012, nous avons pu entamer un partenariat avec une fondation espagnole qu’on appelle Mujerespor Africa qui assure la promotion des femmes. Lorsque les femmes sont dans une école de cinéma, et qu’elles n’ont pas les moyens, la fondation peut financer leurs études. Lorsque les femmes finissent et veulent réaliser un film ou un documentaire, et en assurer la promotion, la fondation peut apporter les subventions. Lorsqu’un homme a conçu et réalisé un film qui assure la promotion de la femme, la fondation finance.

Donc, nous voulons rencontrer ces genres de fondations au congrès.

Il y a aussi beaucoup d’enseignants qualifiés de ce réseau dont nous négocierons l’arrivée à l’ISMA et le CILECTva financer leur mission.

Le CILECT nous assure également la formation des formateurs à travers des workshops, c’est-à-dire des séminaires-ateliers où les enseignants se regroupent pour échanger sur les outils et moyens pour être plus performants dans leur secteur.

Il y a aussi les projets communs d’étudiants. On peut dire que ceux de l’ISMA avec ceux d’une école de la Norvège, ou ceux d’une école américaine peuvent concevoir ensemble un projet qui sera réalisé dans les trois pays sur financement du CILECT.

 C’est immense. Lorsqu’une école a des principes de gestion, des méthodes et des procédures avérées, que le CILECT accepte que l’école adhère à ce réseau international, il y a de nombreux avantages. A l’occasion de la conférence à Johannesburg, les écoles africaines ont déjà arrêté des projets pour nos écoles et nous allons à Los Angeles pour les présenter au CILECT.

Comment se porte l’Eglise du Christianisme céleste du Bénin aujourd’hui ?

L’Eglise du Christianisme céleste est une église de Dieu et toute œuvre de Dieu ne peut que bien se porter. Donc, l’église se porte très bien.

 

Que dire de Marcelin Zannou et le monde politique ?

Je ferai une observation qui me parait capitale. Je me rends compte que les médias accompagnent beaucoup les politiciens au point où aujourd’hui, les politiciens ont pris le devant des choses. Ce qui nuit gravement à notre pays. Il faut comprendre que n’est pas politicien qui veut. La politique a ses normes. Mais ceux qui n’ont pas été formés à ces normes, nous conduisent dans des situations où les valeurs sociales désertent le forum.

 Vous voyez, par exemple, comment les politiciens s’insultent à la télévision. Des propos outrageants et diffamatoires sont tenus à l’égard de personnalités qui sont à respecter dans une République pour ne citer que ce cas-là. En politique, au Bénin, le franc jeu, c’est la trahison. C’est pourquoi, après les élections législatives de 2007 où j’ai été élu député FCBE de Cotonou, j’ai renoncé à mon mandat parce que j’ai eu l’opportunité de côtoyer les politiciens et de découvrir exactement ce qu’est la politique. Moi, j’ai constaté que la politique telle que cela se pratique au Bénin, c’est l’art d’être convaincu de quelque chose et d’en dire ou d’en faire exactement le contraire. Conçue comme cela, la politique n’est pas un idéal pour moi chrétien. C’est pour cela que, officiellement, que je me suis retiré définitivement de la chose politique, et là, je suis sincère. Simplement parce que je ne supporte pas qu’on voit la réalité, mais pour des intérêts inavoués, qu’on procède à des dramatisations calculées dans la perspective d’avoir accès à un poste, soit un poste ministériel ou de direction. On peut renverser quelqu’un pour prendre son fauteuil. Et cela devient le travail quotidien des Béninois. C’est ce qui a fait l’échec de notre développement au Bénin. J’aurais souhaité que vous qui êtes des professionnels des médias, que vous travailliez à nous sortir des exemples de réussite, peut-être sur le plan économique ou sur le plan social. Faites leur promotion et celava accrocher d’autres. Ce qui se passe aujourd’hui avec la politique est un drame pour le pays.

Vous êtes pourtant un membre fondateur des FCBE. Que s’est-il passé ?

Oui en 2007, j’ai fait une incursion dans la politique. D’abord, je vous dirai que FCBE, qui est créé en son temps est parti de CBE (Convention pour un Bénin Emergent) qui a été un regroupement de partis et de forces politiques que j’ai initié, pour accompagner le président Boni Yayi avec qui j’ai des relations d’amitié qui datent de très longtemps. Lorsque les élections législatives s’annonçaient, je me suis dit qu’il ne fallait pas aller en rangs dispersés. Et c’est dans la salle de Conférences de l’ISMA que nous avons fait les concertations qui ont conduit à créer CBE. Maintenant, comme il y a d’autres forces qui concouraient également, on s’est entendu pour aller créer un seul groupe. C’est comme cela que nous avons créé FCBE. Donc ils sont partis de notre sigle pour créer FCBE. Nous étions, à l’époque, avec Mme Vicentia Boco,  Edgar Alia et bien d’autres ténors de la politique béninoise.

Mais dès que nous avons fini avec les élections législatives, j’ai tiré beaucoup de leçons à travers les tractations, les coups-bas où des gens qui n’avaient joué aucun rôle deviennent subitement des courtisans bavards. J’ai compris par là ce que c’est que la politique, j’y ai renoncé.

C’est pourquoi, depuis 2007, vous ne m’avez plus jamais vu dans les meetings, les marches et les mouvements politiques en salle ou dans les rues. Je préfère m’investir dans d’autres secteurs qui sont directement plus utiles pour mon pays, à sa jeunesse et à mon continent l’Afrique. En réalité, le président Boni Yayi a été élu président parce que la situation sociale de l‘époque était très tendue et le peuple ne faisait plus confiance aux politiciens. Tout s’achetait et se vendait, y compris les consciences. Il faut inverser la tendance. C’est comme ça que nous avons vu en Boni Yayi quelqu’un qui incarne le changement souhaité par le peuple et j’ai décidé de l’accompagner. C’est là que le mot « changement » est sorti. Donc, j’ai participé à cela. Mais depuis 2007, j’ai renoncé à faire la politique.

Quel est donc votre bord aujourd’hui, mouvance ou opposition ?

Je vous dirai que l’environnement politique n’étant pas le mien, il est évident que je ne saurais me retrouver ni dans la mouvance ni dans l’opposition. Dans le schéma politique, il y a la mouvance, l’opposition et ceux qui cherchent la moindre opportunité pour sauter à gauche ou à droite. Je ne suis dans aucun camp. Le camp que j’ai choisi est celui de tous ceux qui peuvent apporter une lumière au peuple afin qu’il trouve un chemin. Et je crois que par l’ISMA, j’ai apporté une lumière au Bénin et à l’Afrique si bien que beaucoup de jeunes se sont identifiés et réussissent aujourd’hui avec beaucoup de bonheur. Oui, parce que, par l’ISMA, l’Afrique aura de nouveaux talents dans le cinéma et en journalisme. Si vous allez aujourd’hui à Africa 24 à Paris, 55% des JRI ont été formé à l’ISMA. A Canal 3 Bénin, à GolfeTV, à LC2, beaucoup ont pris par là, et je veux nommer, par exemple, Christian Adandédjan, Laurence Ngandou, Hanniath Bello, Jerôme Houngbo, Emmanuel Sèbo, et bien d’autres. A l’ORTB également, je peux citer plusieurs anciens, à savoir, Marc Tchanou, Francis Zossou, Abiath Oumarou, Jemima Catraye, Loukiath Dangou-ZATO et bien d’autres qui sont tous venus à l’ISMA pour densifier leurs qualifications puisque c’est un métier où on ne va pas à la retraite tant qu’on a encore quelque chose dans la cervelle. Donc, j’ai créé une lumière qui a éclairé un chemin et ils ont tous découvert qu’ils peuvent aller par cette lumière-là. Je suis de ce parti et je préfère rester là. Et je vous invite à m’accompagner en m’évitant d’aborder les questions politiques, parce que cela détruit. Cela crée des clivages, des frustrations et notre pays est devenu une marmite sociale qui peut exploser à tout moment parce qu’on donne trop la parole aux politiciens qui attisent le feu, soufflent sur les braises mal éteintes qui peuvent faire exploser à tout moment.

 

 Si on vous nommait ministre des finances ou de la communication. Vous déclinerez l’offre ?

 

Pourquoi voulez vous que je sois ministre. Je n’ai pas besoin d’être ministre avant de faire ce que j’ai fait à la douane et qui est incontestable. Allez voir ce que j’ai fait au port, à l’aéroport, à la Brigade mobile, à la Direction. J’ai marqué mon passage. Je suis fier de l’avoir fait. J’ai été le rapporteur du comité de pilotage des réformes douanières du PRCC. Je n’ai pas besoin d’être ministre parce que je ne veux pas jouer à l’hypocrisie de célébrité. Quand vous devenez ministre, à peine vous vous installez qu’un autre commence par convoiter votre siège et par le secouer. Et là, vous passez tout le temps à lutter pour conserver ce fauteuil au lieu de contribuer au développement de votre pays, vous vous exilez involontairement ou volontairement de vos amis, vous vous faites des ennemis, vous perdez votre liberté. C’est cela, les réalités politiques du Bénin. Dieu a fait de moi ce qu’il veut et cela me suffit largement.

Des réformes et pourtant, les douaniers se plaignent toujours?

Le douanier est un soldat du fisc et à ce titre, l’Etat ou le législateur a tout fait pour le mettre à l’abri de la tentation. Si je vous énumère les primes, indemnités et avantages que nous obtenons à la douane, si vous avez un enfant qui est douanier, vous allez commencer par lui en vouloir. Mais, il n’en demeure pas moins qu’à côté de ceux qui font ce travail avec rigueur, abnégation et une bonne dose de morale, il y en a d’autres qui aiment flirter avec les mauvaises manières de servir, qui adoptent des comportements contraires à l’éthique et aux bonnes mœurs.

Cela voudra-t-il dire que le douanier est à l’abri de la corruption ?

Il y en a qui peuvent travailler correctement parce qu’ils ont été mis à l’abri de la tentation. Il y en a qui travaillent honnêtement, ils sont nombreux à la douane et on ne les connaît pas toujours. Mais il y en a de l’autre côté qui ont du plaisir à jouer dans la corruption.

Malheureusement, au Bénin, tous ceux qui emploient le mot corruption n’en connaissent pas la définition. C’est pour cela que nous souffrons jusqu’à aujourd’hui. La corruption a un contenu et quand on ne le connait pas on combat tout sauf la corruption. Au Bénin, c’est quoi ? Je vais vous donner une image de la façon dont nous luttons contre la corruption au Bénin. Imaginez un arbre qui porte des fleurs et qu’il y a déjà des prémices qui annoncent qu’il y aura beaucoup de fruits, et que subitement, on se rend compte que les feuilles sont envahies par les chenilles farineuses qui les noircissent, vous constatez que les feuilles sont noires et que la belle récolte est compromise. Ceux qui sont chargés de lutter contre le fléau montent dans l’arbre et coupent toutes les feuilles noircies prétendant ainsi avoir éradiqué le mal. Mais les feuilles repoussent quelques mois plus tard et les chenilles reviennent encore avec une plus grande densité. C’est cela, la lutte contre la corruption telle qu’elle se passe au Bénin. Il est utile de considérer que la corruption représente pour la société ce que le microbe représente pour l’organisme. Les professionnels de la santé vous diront que vous ne verrez aucun organisme sain sans microbe. Donc, la corruption existera toujours dans nos sociétés, c’est pourquoi ceux qui tiennent des discours selon lesquels ils vont éradiquer la corruption, ne connaissent pas ce qu’ils prétendent vouloir éradiquer. Ils se trompent de cible et la lutte échoue lamentablement pendant que la corruption se développe.

Alors, pour créer un environnement défavorable à la corruption, il faut aller à la base. La base, ce sont les salaires que les fonctionnaires gagnent. La faiblesse des salaires constitue la première cause de la corruption au Bénin. Prenez le salaire que les travailleurs gagnent et prenez le mode de vie du Béninois : il doit louer une maison, donner à manger à sa famille et quand il devient fonctionnaire, les parents lui confient un neveu ou une nièce dont il doit assurer les charges de subsistance et de scolarisation. Chaque weekend, il y a des décès, anniversaires, mariages, baptêmes et autres. Il faut de l’argent. Si tu ne contribues pas aux dépenses, dans la culture africaine, tu es mal perçu. De sorte qu’il y a une forte pression qui s’exerce sur les maigres salaires au point où la seule issue que les travailleurs trouvent, c’est de mettre la main dans les caisses qui ne leur appartiennent pas ou se servir de leur position pour s’abstenir d’exercer un pouvoir de contrôle contre ou non gratification. C’est la corruption. Donc, c’est l’insuffisance et le niveau des salaires qui en sont les premières causes. Les travailleurs, comme on le dit en fon, ne vont pas nouer le pagne au cou pour aller au service. Ils vont s’habiller. Tu dois bien t’habiller pour aller au service et il faut de l’argent pour cela. Si vous voulez lutter contre la corruption, il faut commencer par agir sur les salaires afin que chacun ait un niveau décent de vie. Qu’il y ait ce qu’on appelle une indexation des salaires sur le coût de la vie. Mais si le salaire a été indexé sur le coût du maïs, du poisson de la tomate ou autres, il faut qu’il évolue dans la même fourchette. C’est la meilleure politique pour lutter contre la corruption. Du point de vue des autres facteurs, il faut penser globalement et agir localement. Qu’est-ce qui fait qu’il y a corruption à la douane ? On pense local et on trouve la solution au phénomène de la corruption à la douane. Dans le secteur des marchés publics, aux services des impôts et partout où le phénomène se développe, nous devons rechercher les solutions propres à chaque secteur. Si on prend le secteur de la douane, on dit qu’il faut informatiser pourqu’il n’y ait plus de contact avec les usagers. Cela a été fait et a fait reculer la corruption à la douane cependant la lutte contre la corruption est une lutte permanente. Vous voyez, on a créé un organe qui peut lutter contre la corruption. Le moment venu, nous allons apprécier. On a vu dans ce pays Anne Cica Adjaï, elle a été le chantre de la lutte contre cette corruption, elle a fait beaucoup de choses courageuses qui auraient pu faire reculer la corruption. Est-ce que le phénomène a reculé ? Chaque année, on reprend avec la même litanie mais le problème demeure. Donc, il faut trouver des solutions et les solutions commencent par les salaires.

Les recettes douanières ont drastiquement baissé en 2014 

Vous dites que je suis un douanier à la retraite et c’est vrai. A la retraite, on demeure douanier. « Douanier un jour, douanier toujours », comme le DG des Douanes nous dit à l’occasion de la cérémonie d’hommage qui nous a été rendu pour notre départ à la retraite. Je suis dans la douleur et je l’ai exprimé au directeur général. J’ai pu échanger avec lui par rapport à nos expériences de terrain pour voir par quels voies et moyens, par quelle méthode, quelle forme de communication interne on peut mettre en marche maintenant pour faire remonter les 21 milliards avant la fin de l’année. Je partage ses douleurs et j’avoue que je suis très mal à l’aise, je ne le cache pas. J’ai pu appeler le directeur général pour lui dire d’agir sur certains cadres à divers niveaux. J’ai apporté comme d’habitude ma contribution. Je ne veux pas faire une appréciation sur les causes parce que je ne suis pas là aujourd’hui pour cela.

Mais, on dit qu’il y a beaucoup trop d’exonérations…

L’Etat, pour apporter sa contrepartie à un projet, accorde des exonérations et ce sont des hommes qui gèrent ces exonérations-là. Ce sont les hommes qui en sont bénéficiaires. Vous avez appris ici en son temps quand on faisait la CEN-SAD, ce qui est sorti comme exonération. Certains auraient construit des villas partout dans le Bénin. Ce sont là les avatars, ce sont les errements qu’il faut contrôler maintenant.

Que faut-il faire concrètement ?

D’abord, il faut réduire comme les collègues l’ont dit, les exonérations et mettre en place un mécanisme pour mieux contrôler la destination des produits exonérés. Cela fait appel à beaucoup de choses : qui sont ceux qui bénéficient de ces exonérations ? Quelles sont leurs influences sur les uns et les autres ? Il y a beaucoup de facteurs qu’il faut maîtriser et les choses pourront aller mieux.

Et s’il vous était donné de conclure ?

Je vous remercie parce que vous m’avez offert l’opportunité de me prononcer sur mes convictions. Vous savez, si je n’étais pas avec vous ici, je serais peut-être à l’ISMA avec les étudiants. Vous m’avez invité ici pour me faire évader. C’est tant mieux pour ma santé. Donc, je vous remercie pour m’avoir donné l’opportunité de soigner ma santé. Deuxièmement, vous m’avez permis de vous donner des éléments qui vous permettront de mieux me connaitre, parce qu’on dit que la créature révèle le créateur. Il y a peut-être ceux qui me connaissent vaguement et ne savent pas de quoi je nourris mon moral et mes sentiments. Nous avons parlé à cœur ouvert et ce que j’ai créé ici maintenant permet de me révéler à beaucoup d’entre vous qui d’ici, me connaitront mieux. J’en suis plus heureux parce que comme l’a dit Seydou Badian dans Sous l’orage, « la meilleure des relations est celle qui mène l’homme vers les hommes ». Si je dois ajouter quelque chose, c’est de vous inviter à gérer votre vie individuelle et professionnelle avec beaucoup de rigueur et de méthode. Mettez-vous dans un état d’esprit de rigueur et vous réussirez dans la vie.

Carte d’identité

Trente années de douane

Marcellin Zannou est né le 6 mars 1959 à Porto Novo. Maternelle et primaire dans la même ville, puis à Dassa où il fait son CEP et le BEPC. Après la seconde, il retourne à Porto-Novo au Lycée Béhanzin où il décroche son baccalauréat, série D en 1979. Il passe ensuite par Bassila où le conduit en 1980 la mission d’enseignement. Une fois à l’université, il s’inscrit à l’Institut national des sciences juridiques et administratives, option Douane. Le 6 avril 1984, il fait son entrée à la douane béninoise qu’il quitte le 30 juin 2014, pour faire valoir ses droits à une pension de retraite. Ce sont trente années de service au cours desquelles on l’aura vu sur plusieurs fronts. Port de Cotonou, Brigade mobile de l’Atlantique et du Littoral, Direction de la lutte contre la fraude, Direction de la gestion des ressources, ce sont quelques-uns des postes de responsabilité qu’il a occupés durant sa carrière. Bien sûr, on aura retenu qu’il fut pendant longtemps le porte-parole de la Douane béninoise, poste qu’il a quitté volontairement en 2012 après quinze années pour préparer la relève. Ses plus grandes joies, ce sont les réformes auxquelles le colonel a participées. «Nous avons cousu, détaillé et disséqué ce qu’il faut faire. Ce qui veut dire que si n’importe qui vient à la douane, ce qu’on doit avoir en matière de réforme jusqu’en 2020 est déjà établi », rappelle-t-il. Mais, il y eut aussi des douleurs dont la plus vive est certainement celle qu’il connut en septembre 2007 lorsque le colonel a été brutalement révoqué de son poste de chef brigade port. Pour avoir participé activement aux réformes douanières, il a, en effet, été affecté au port en tant que chef Brigade. Une fois en poste le 18 août 2006, Marcellin Zannou met en place les réformes qui ont été conçues par le Comité dont il était le rapporteur. « Comme je connaissais les systèmes de fraude, j’ai verrouillé tous les robinets d’où la fraude pouvait couler, confie-t-il. Il y a eu des pressions, mais je n’ai pas cédé par acquis de conscience, par ma foi. » Il rappelle alors les statistiques. A partir d’août 2006 et jusqu’en septembre 2007 où il quittait le port, la douane faisait un excédant mensuel de 4,5 à 6 milliards de FCFA. « Chaque mois, on dépassait le quota mensuel de 4,5 milliards à 6 milliards sauf en juin 2007 où il y a eu des élections au Nigéria où on a fait un excédant de 2 milliards, parce que nous avions mis en marche les réformes. » Mais, il y avait « la machine de la mafia » à laquelle il devait faire face. « Quand j’ai commencé et que l’argent qui allait dans les poches privées a commencé par rentrer dans la caisse du trésor, j’ai commencé par avoir des pressions, explique le colonel à la retraite. J’ai dit non parce que je sais ce qui a amené le président Yayi au pouvoir et je ne devais pas trahir la confiance que le peuple avait placée en lui et dont il m’avait délégué une partie ». C’est sans compter avec ce qu’il appelle mafia et qui a réussi à le noircir auprès du chef de l’Etat. « J’ai fait quelque chose qui aurait permis à mon pays de me décorer. Mais en lieu et place de la décoration, c’est l’humiliation », dit-il amèrement. Il rapporte avoir mis la main sur une fraude pour laquelle il a infligé plus de 600 millions de FCFA d’amende. Le prévenu a reconnu sa faute et s’est engagé à payer. Contre toute attente, le chef brigade et le Directeur général des Douanes sont accusés d’en être les complices et ont été révoqués de leurs fonctions en septembre 2007. « Franchement, la mafia est très puissante », reconnaît-il, avant de montrer d’un doigt accusateur l’enquête de l’Inspection générale d’Etat « qui a fait un rapport qui n’a pas résisté à l’épreuve des textes règlementaires », selon ce qu’il rapporte. Après une confrontation entre l’inspecteur général d’Etat et ses cadres enquêteurs devant le chef de l’Etat, les conclusions de l’IGE ont été battues en brèche. Le conseil des ministres du 19 juin 2009 lui donne raison et le chef de l’Etat a exigé sa réhabilitation en 2010. Nommé à nouveau chef de la Brigade mobile Atlantique-Littoral en avril 2010, il renoue avec les résultats. « Allez voir encore les chiffres. Allez vérifier ces informations et vous comprendrez que si on veut faire son travail, on le fait consciencieusement. Mais tenez compte désormais du paramètre que la mafia existe et peut vous fragiliser à tout moment. Pour cela, il faut vous en remettre à Dieu. Priez pour que même si la mafia veut vous humilier, Dieu puisse faire jaillir sa lumière et sa puissance qui vous élèveront et vous serez honoré », confie-t-il.

INTIMITE

Un polygame heureux

Marcellin Zannou ne le cache, il est polygame et heureux de l’être. « La polygamie est un acte d’honnêteté, de sincérité, de notoriété et de charité », confie-t-il. Après le travail, il aime bien s’amuser à la maison avec ses enfants qui lui procurent une joie pure. « J’ai beaucoup de plaisir à m’amuser avec mes enfants et ils se prêtent franchement à ce jeu. C’est ma source principale de joie », dit-il avant d’ajouter son amour pour la lecture. A table, le colonel ne prend jamais de boisson, sauf les jus naturels non réfrigérés. Amoureux de la pâte de riz, il aime volontiers l’accompagner de la sauce d’arachide aux poissons séchés.

Réalisation : La Rédaction

Echanges « Sous l’Arbre à Palabres » avec Amanda Ellis, envoyée spéciale du Premier ministre néo-zélandais et ambassadeur à Genève au siège de l’événement précis : « La Nouvelle Zélande et le Bénin partagent leur savoir-faire agricole avec les PMA »

Amada Illus nouvelle Zélandaise81ème invitée de la rubrique «Sous l’Arbre à Palabres » de votre journal, Madame Amanda Ellis, envoyée spéciale du Premier ministre de la Nouvelle-Zélande, a pris une part active à la récente conférence des Pays les moins avancés (PMA) organisée à Cotonou. Elle y est venue accompagnée d’experts en agriculture partager les grandes performances de l’agriculture néo-zélandaise. Dans ses échanges avec les journalistes de « L’Evénement Précis », Madame Ellis a aussi soutenu la nécessité de promouvoir la gente féminine, condition essentielle à la croissance et au développement, un combat qu’elle mène pour ses sœurs néo-zélandaises et dans d’autres pays depuis de longues années.

Et si on en parlait

Madame Amanda Ellis, vous avez pris part récemment à la conférence ministérielle de Cotonou sur les Pays les moins avancés. Quelles impressions en avez-vous gardé ?

J’ai participé à la conférence des PMA à Cotonou en tant qu’envoyé spécial du Premier ministre de la Nouvelle-Zélande. J’étais ravie de venir partager les connaissances de la Nouvelle-Zélande en matière agricole au cours d’une session parallèle avec le Bénin, le PNUD et la CCI. Chez nous, en Nouvelle-Zélande, un pays classé comme développé, c’est l’agriculture qui est la base de notre développement. Nous sommes toujours à la recherche de moyens pour accroître notre productivité. A Cotonou, nous avons eu la chance de découvrir, avec le professeur Goldson et M. Sellars qui sont des universitaires et scientifiques néo-zélandais, une expérience agricole inédite ; je veux citer le centre Songhaï. Le professeur Goldson représente la communauté scientifique et académique en Nouvelle-Zélande. M. Sellars représente le secteur privé (il travaille pour une coopérative agricole, Livestock Improvement Corporation, en Nouvelle-Zélande).

Quelles impressions aviez-vous eu après la visite du centre Songhaï ?
Nous étions très impressionnés. L’approche intégrée, respectueuse de l’environnement, avec notamment l’énergie renouvelable est pertinente pour tous les pays. C’est avec enthousiasme que toutes les personnalités qui étaient avec nous ont vécu ces moments de visite. Le Professeur Goldson estime que ce qu’a créé le Bénin est vraiment exceptionnel et qu’il est très important que ce centre serve de modèle pour les pays africains visant une croissance inclusive, verte et écologique. A l’occasion de la conférence de Cotonou sur les PMA, nous nous sommes entretenus avec des experts sur l’agriculture de plusieurs zones dont la RDC, le Tchad, le Cameroun, le Burkina Faso, le Congo Brazzaville et le Niger. Plusieurs experts ont fait part de leur intérêt pour le centre Songhaï et leur désir d’introduire ce modèle chez eux.

Quels sont les atouts de la Nouvelle-Zélande en matière agricole ?
La Nouvelle-Zélande est un pays dont le développement est essentiellement basé sur l’agriculture. 72% de nos exportations sont des exportations agricoles. Nous exportons 90 à 95% de toute notre production agricole. Notre modèle de coopérative a pour but une croissance inclusive où l’agriculteur est actionnaire, responsable de la façon dont la coopérative est gérée et donc bénéficiaire des profits générés. Avec l’Agenda post-2015, la communauté internationale cherche vraiment des solutions pour combattre la pauvreté et nous y parviendrons avec des suggestions de croissance inclusive. En cela, le centre Songhaï est un excellent exemple.

Vous venez de parler d’un partenariat avec le Bénin dans le cadre du développement agricole. Que contient-il ?
On a travaillé étroitement avec le Bénin, le PNUD et le CCI pour préparer l’événement agricole parallèle à la conférence de Cotonou. Le partenariat avec le Bénin est plutôt un partenariat d’échange de connaissances, d’expertises par l’intermédiaire du PNUD et de la CCI ensuite pour donner des idées de développement aux PMA. La Nouvelle Zélande en tant que petit pays, n’est pas un bailleur de fonds bilatéral important en Afrique. Notre contribution passe par le biais des organisations internationales comme le PNUD ainsi que la Banque mondiale, la CCI, la SFI, etc.

En quoi le modèle néo-zélandais peut-il capter l’attention du Bénin ?
C’est un modèle qui privilégie l’agriculteur. Comme nous venons de le voir à Songhaï et comme le confirment le professeur Goldson et M. Sellars, expert en génétique et en bétail, les deux pays se basent sur les recherches scientifiques: l’agriculture repose sur cette base scientifique. Par exemple, en Nouvelle Zélande, on fait des recherches pour améliorer le bétail. M. Sellars a montré qu’en 5 ans, la Nouvelle-Zélande a pu gagner 42 millions de dollars de plus grâce aux progrès de la génétique qui a fait augmenter la productivité des vaches laitières. Le professeur poursuit aussi des recherches sur les herbes résistantes à la sécheresse. C’est donc l’alliance de la science et des structures d’organisation qui nous permet en Nouvelle-Zélande d’avoir une économie dynamique fondée sur l’agriculture. Il faut souligner aussi l’importance de la formation. En Nouvelle-Zélande, la plupart des agriculteurs ont une licence en science avant de devenir agriculteur. Il y a aussi le marketing et l’accès au marché. Ce qui est important, c’est de respecter la réglementation phytosanitaire, de comprendre les règles du jeu et de se forger une image de marque.
Le professeur ajoute qu’en Nouvelle-Zélande, vu la prépondérance de l’agriculture et du bétail, on essaie de travailler de façon scientifique sur les changements climatiques. Par exemple, les émissions de gaz carbonique du bétail sont nuisibles aux changements climatiques. Nous travaillons sur ce sujet avec des pays d’Afrique et d’Amérique du Sud également. Les recherches en Nouvelle-Zélande sur la réduction des émissions des animaux sont vraiment quelque chose que la Nouvelle-Zélande met au service de la communauté des chercheurs.

Dites-nous, Mme l’ambassadrice, combien gagne à peu près un fermier néo-zélandais?
M. Sellars qui représente les coopératives laitières avance le chiffre de 937 000 dollars par agriculteur pour une ferme moyenne d’environ 420 vaches laitières. Ce chiffre représente un revenu annuel brut avant impôts. En raison de la spécialisation en Nouvelle Zélande, une ferme de 420 vaches n’a que trois ouvriers. Le professeur Goldson soutient ce modèle et précise qu’il y a déjà des étudiants du Nigéria qui font des études en Nouvelle Zélande. Il est en effet possible de suivre d’abord une formation en anglais avant de faire une maîtrise ou un doctorat. L’université où enseigne le professeur Goldson est justement en train d’étudier cette possibilité puisque nous estimons très important d’avoir des échanges entre les pays africains et la Nouvelle Zélande.

Quel est le sort réservé aux petits producteurs dans cette atmosphère empreinte de concurrence ?
Ce qui est important, c’est ce qu’on a vu ici au centre Songhaï. Cette coopérative facilite la croissance inclusive, ce qui veut dire que le petit fermier en étant membre de cette structure coopérative arrive à mieux bénéficier des recherches en commun, de la technologie, des machines, par exemple, et puis des structures de marketing. C’est pour cette raison qu’en Nouvelle Zélande, nous trouvons que cette stratégie des coopératives fonctionne très bien. Songhaï est une bonne structure, très prometteuse pour l’Afrique.

L’utilisation des engrais chimiques et biochimique n’a-t-elle pas d’impact sur l’agriculture néo-zélandaise ?
On utilise les deux formes, mais nous veillons à ne pas exagérer, car trop les utiliser peut être nuisible. M. Sellars dit que, de plus en plus, les fermes font usage du fumier de vache pour fertiliser les sols. Nous avons vu les mêmes techniques utilisées au centre Songhaï. Dans ces conditions, on a beaucoup moins besoin des engrais chimiques avec lesquels il faut faire très attention car ils peuvent nuire à environnement.

Comment les femmes participent-elles au développement de la Nouvelle Zélande ?
1/3 des agriculteurs en Nouvelle Zélande sont des femmes. Il existe des associations de femmes agricultrices, des réseaux de femmes agricultrices en matière de production laitière et ces réseaux sont très importants car ils organisent des conférences au cours desquelles on échange des connaissances, des idées, des techniques. Il faut préciser que la Nouvelle-Zélande est le premier pays au monde où la femme a obtenu le droit de vote. C’était en 1892.
En ce qui concerne les animaux, M. Sellars, généticien, explique qu’on choisit les meilleurs pour la procréation, pratiquant ainsi une sélection naturelle. Avec ses connaissances en génétique, il est arrivé à augmenter la productivité de certains animaux de façon considérable. En revanche, il n’est pas permis de pratiquer des modifications génétiques sur les vaches laitières. On privilégie une sélection génétique non modifiée. C’est seulement dans les laboratoires que les experts et les scientifiques étudient les différentes modifications.

La Nouvelle-Zélande est candidate pour être membre du Conseil de sécurité de l’ONU. Que peut attendre un pays comme le Bénin de votre élection ?
C’est vrai, la Nouvelle-Zélande prépare depuis longtemps sa candidature pour un siège non-permanant au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Elle a siégé la dernière fois il y a 21 ans au moment du génocide du Rwanda. La Nouvelle Zélande était alors à la présidence et avait fait preuve de courage et d’une politique étrangère indépendante. Je pense qu’il est toujours essentiel de regarder le bilan d’un pays qui se présente à un poste important comme celui-là. La Nouvelle Zélande apprend et écoute les pays africains sur les questions africaines avec un esprit ouvert et un respect des pays indépendamment de leurs tailles ou de leurs allégeances. 66% du travail du Conseil de sécurité de l’ONU est en Afrique. Il est donc crucial d’entretenir des relations avec les ambassadeurs africains afin de mieux comprendre les perspectives africaines sur les questions de sécurité. Comme les pays africains, la Nouvelle Zélande croit qu’on devrait utiliser plus chapitre 6 que chapitre 7 puisque chapitre 6 met en valeur des méthodes paisibles pour résoudre les conflits comme la négociation et la médiation. Il vaut, en effet, mieux prévenir que guérir. Nous prônons la prévention des conflits et avons conscience de la corrélation entre développement et sécurité.

Quelle appréciation faites-vous de l’organisation globale de la conférence des PMA à Cotonou ?
La Nouvelle Zélande est ravie d’être reçue si chaleureusement par le Bénin. J’étais également à la tête de la délégation de la Nouvelle Zélande à Istanbul en Turquie à la Conférence ministérielle des PMA en 2011. Et c’est avec le plus grand plaisir que j’ai été reçue par l’ambassadeur du Bénin à New York pour travailler ensemble à mettre notre partenariat en place pour la conférence. J’ai aussi retrouvé mon homologue de Genève ici à Cotonou. L’accueil était tellement chaleureux ! J’ai été très marquée par le dîner présidentiel avec les danses extraordinaires et les performances culturelles du Bénin ainsi que par les excellents mets locaux. Je considère que nos échanges pendant la conférence de Cotonou ont été très fructueux. Pour moi, le Bénin joue un rôle très important pour l’avenir en parlant de l’agenda Post 2015.

C’est quoi déjà le contenu de cet agenda ?
Oh ! C’est un vaste sujet. Cet agenda comporte toutes les questions sur lesquelles il faut travailler pour l’émergence des PMA. Pour résumer, il s’agit du prochain agenda de développement qui succèdera aux objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) à leur échéance en 2015. Il s’appuiera sur les leçons tirées du travail effectué pour réaliser les OMD et consiste actuellement en une proposition contenant 17 objectifs prenant en compte les aspects économiques, sociaux et environnementaux afin d’améliorer la vie des personnes et protéger la planète pour les générations futures.

Madame l’ambassadrice, votre pays est multiracial. Comment vous êtes parvenus à intégrer cette cohérence à vos programmes de développement pour être au niveau où vous êtes actuellement ?
Excellente question. La Nouvelle Zélande est fondée sur un traité (le Traité de Waitangi signé en 1840 par les chefs Maori et le représentant de la reine) qui incarne le partenariat entre le peuple autochtone, le peuple Maori et le peuple qui est arrivé au XIXe siècle, ceux qu’on appelle Pakeha en langue maori, un peuple de descendance européenne. Ce partenariat entre le Maori et le Pakeha est le fondement de notre nation. Et comme vous l’avez dit, nous sommes maintenant un pays multiracial et multiculturel. Nous avons 120 langues parlées en Nouvelle Zélande dont trois langues officielles : l’anglais, le Maori et la langue des signes, le langage des sourds. Donc, c’est vraiment très varié. Il existe aussi des modèles de développement spécifiquement maori comme, par exemple, le système traditionnel de propriété foncière collective. Notre programme de développement en Nouvelle Zélande s’inspire des deux modèles. Le développement est très spécifique à chaque pays. Un peu comme l’a fait le Bénin, la Nouvelle Zélande s’est nourrie de différents modèles de croissance. Mais il est toujours important d’ancrer dans la tradition les pratiques locales pour que cela marche bien. Il faut prendre en considération les particularités de chaque pays pour déterminer le modèle de développement qui convient.

Carte d’identité:Un parcours atypique

Elle est née dans l’île du Sud de la Nouvelle-Zélande en novembre 1962, précisément dans une petite ville de 100 000 personnes appelée Dunedin, ville universitaire mais entourée d’activités agricoles. « Je passais mes vacances avec des amis qui vivaient dans des fermes. Et je montais à cheval pour regrouper les moutons et aussi couper leur queue », se rappelle Amanda Ellis, nostalgique. Elle a également fait ses études universitaires à Dunedin et les poursuivra dans une université située dans les Îles Hawaï.  C’est là qu’elle rencontrera son mari. Amanda Ellis a travaillé entre autres à l’OCDE à Paris comme économiste pendant deux ans avant d’être nommée Consul dans les territoires français de la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française (Tahiti). C’est là qu’elle a commencé à travailler véritablement sur les questions de développement. Vietnam, Laos, Cambodge entre autres sont les pays qui ont par la suite bénéficié de ses compétences. « C’est depuis ce moment que j’ai vraiment compris que de très petites choses peuvent amener de grands changements », se rappelle-t-elle, indiquant, par exemple, qu’avec un prêt de 20 dollars, une femme entrepreneur au Vietnam a réussi à transformer tout un village avec l’élevage des vers à soie. « J’étais définitivement convaincue de la contribution de la femme au développement », avoue la diplomate auteur de deux livres sur la femme dans les affaires, devenu des best-sellers. En Australie, elle fut la première personnalité à avoir monté une première unité dans le secteur privé pour le développement (à la Westpac Banking Corporation) et a ensuite fait la même chose à la Banque mondiale où elle gérait aussi le Conseil des PDG du secteur privé pour le président de la Banque mondiale. Nommée envoyée spéciale du Premier ministre auprès de l’Afrique francophone et aussi ambassadeur auprès des Nations Unies à Genève depuis un an, elle dit être fière d’œuvrer davantage pour le rayonnement des pays les moins avancés.

Intimité très sobre !

Elle est à l’image des grandes personnalités féminines qui ne s’attachent pas uniquement à leur apparence pour s’affirmer en société mais le font plutôt par le travail. Amanda Ellis parle d’ailleurs très peu d’elle-même quand on tente de pénétrer dans son intimité. Un joli garçon de 11 ans, un mari avocat, un couple tranquille. Elle n’en dit pas plus, même si elle avoue adorer la cuisine africaine dont elle raffole une fois à table. Elle est également très sportive, nageuse et prof de Yoga à ses heures perdues.

La Rédaction

Echanges « Sous l’Arbre à Palabres » avec Le professeur Agrégé, Me Joseph Djogbénou au siège de l’événement précis : « Je dénonce ceux qui prétendent diriger le Bénin et qui se taisent sur tout »

L’allure gracile dans son costume bleu marine, Me Joseph Djogbénou fait son entrée, à pas rassurés dans les locaux du Journal, ‘’L’Evénement précis’’. L’avocat et professeur agrégé des universités, et tout nouvel homme politique, président d’honneur du parti « Alternative Citoyenne » est sous les feux des multiples questions des animateurs de ‘’Sous l’arbre à palabres’’, l’espace d’échanges par excellence du journal ‘’L’Evénement précis’’. 83e personnalité à s’installer sous cet arbre où beaucoup de choses se disent et se révèlent, Joseph Djogbénou aborde avec aisance et élégance les grands sujets de l’heure au Bénin : la gouvernance sous Boni Yayi, la révision de la Constitution, la polémique autour du troisième mandat, le droit de grève des magistrats, la table ronde de Paris…. Mais, il y avait aussi un sujet d’importance majeure pour lui : sa candidature à la présidentielle 2016. Me Djogbénou n’en fait plus aucun tabou et semble déterminé à faire prospérer ce projet, à 45 ans. Grosse ambition pour cet acteur intrépide de la société civile béninoise qui a été également un excellent journaliste, avec comme grand maitre d’alors, l’émérite confrère, feu Jérôme Badou.

Et si on en parlait

Nous venons de commémorer le 54ème anniversaire de l’accession de notre pays à la souveraineté internationale. Quel regard portez-vous sur le Bénin d’aujourd’hui après cinquante-quatre ans d’indépendance?

D’abord, je voudrais vous saluer, saluer l’Evénement Précis et les organes de presse présents à cette rencontre ainsi que l’initiative. Pour moi, c’est une forme de mutuelle de la qualité de l’information, mutuelle de la qualité du discours public. Et vous avez mon encouragement. Je pense qu’il serait bien intéressant que vous associiez désormais la presse télévisée. Sur la question des 54 ans d’indépendance, on peut voir le verre à moitié plein, pourquoi pas. Et puis on verra le verre à moitié vide. Quand on voit le verre à moitié plein bien entendu, nous ne vivons pas en 2014 comme nos parents ont vécu en 1960. C’est vrai que le pays a connu des évolutions sans doute certaines, que le taux de la scolarisation des filles a augmenté, que la qualité des prestations, de ce point de vue, a aussi sans doute augmenté. Mais le verre à moitié vide, est-ce que le pays tel que nos ancêtres l’ont légué, après 1960 nous l’avons encore ? Les 112 622 km2 que nous avons tous appris à la Maternelle et au Cours primaire, existent-ils encore ? La réponse est négative. Est-ce que la qualité intrinsèquement telle qu’on peut l’espérer en 2014 est celle que nous avons ? La réponse est négative. Est-ce que le pays est plus uni qu’en 1960 ? La réponse me paraît essentiellement négative. Je dirais en conclusion que nous avons beaucoup d’efforts à faire pour assumer notre qualité de Béninois. Voyez-vous, la dignité d’un être humain réside en la capacité à transmettre en mieux ce qu’il a reçu. Est-ce que nous sommes en capacité de transmettre en mieux ce que nous avons reçu ? La réponse, je préfère ne pas la formuler aujourd’hui. Sinon elle serait négative et j’aurai la crainte que nous n’ayons pas encore la qualité d’êtres humains, la qualité de Béninois dignes. Nous pouvons rendre différente cette réponse en construisant davantage, en nous engageant beaucoup plus. Nous pouvons espérer alors une réponse relativement affirmative. C’est dans cette perspective que je suis.

A l’occasion de cette fête nationale, le président de la République a présenté comme il est de tradition, un discours à la nation. Quelle analyse en faites-vous ?
C’est un discours de contexte. Mais ce discours de contexte a-t-il répondu aux éléments de contexte ? Est-ce que ce discours a fourni des éléments de réponses essentiels aux préoccupations déterminantes? Quelles sont les préoccupations déterminantes ? Ce sont les préoccupations institutionnelles. La qualité de nos institutions, le rapport qu’entretiennent nos institutions les unes à l’égard des autres. Est-ce que les réponses essentielles ont été fournies par rapport à la qualité de la vie ? Est-ce que les réponses de qualité ont été fournies du point de vue de la place du Bénin en Afrique et dans le monde ? Sans doute une chute à laquelle on pouvait s’attendre, une chute qui n’a pas atteint le degré où on devrait la placer. La promesse de l’organisation des élections à la fin de cette année, cette promesse ne peut pas être tenue. Nos populations ont droit à la sincérité et à la vérité. Les citoyens, il faut les tenir en responsabilité. Les élections municipales n’auront lieu que lorsque la Liste électorale permanente informatisée serait transmise à la CENA. Est-ce que cette liste peut être transmise avant la fin de l’année ? Est-ce que la CENA peut se mettre en mouvement avec les ressources financières qu’on dit que nous n’avons pas ? Rappelez-vous que la Cour constitutionnelle a instruit une requête de Serge Prince Agbodjan, lui demandant d’enjoindre au président de la République de convoquer le corps électoral. La Cour constitutionnelle dans ses éléments d’instruction, a obtenu et du gouvernement et du Cos-Lépi et de l’Assemblée nationale, des réponses dans le sens que chacun a joué sa partition mais qu’il n’y a pas de moyen. Est-ce que le chef de l’Etat a dit maintenant que les moyens sont disponibles ? Est-ce qu’aujourd’hui, vous journalistes, vous pouvez témoigner que le Bénin dispose d’une Liste électorale fiable ? C’est la question à laquelle il fallait répondre. L’organisation des élections dépend de la réponse à cette question. Pour ma part, je considère que les élections municipales ne pourront pas être organisées avant la fin de l’année.

En êtes-vous sûr ?
Ce n’est pas à moi de vous en donner l’assurance. Je veux avoir les éléments de l’assurance. Et l’un des éléments de l’assurance, c’est la transmission de l’instrument électoral à la Céna, c’est la dotation de la Céna et du Cos-Lépi des moyens pour l’organisation des élections. Ils n’ont pas les moyens.

Professeur, c’est comme si vous n’êtes pas du tout satisfait de la gestion qui est faite par le président Boni Yayi. Et s’il vous était demandé de vous essayer à un petit bilan de sa gestion depuis huit ans, qu’allez-vous dire ?
Je préfère me mettre dans une approche prospective. Je préfère moins parler du présent que de parler du futur. Nous avons fait des erreurs profondes. La première erreur que nous avons faite en 2006, c’est de nous atteler, y compris moi-même, à assurer la transmission du pouvoir à la fin de l’exercice de Kérékou sans nous poser la question de savoir qui va le prendre? Quoi sera traité ? Comment ce sera traité ? Nous ne nous sommes pas préoccupés de ça. C’est la faute, je veux dire à la fois déontologique, patriotique, citoyenne de l’élite.

Vous êtes donc coupable ?
Je fais partie de l’élite. En 2005, nous avons tous œuvré pour que la Constitution ne soit pas révisée et que Kérékou parte. A aucun moment, nous ne nous sommes attardés sur la question de savoir qui va prendre le pouvoir, quel est le contenu de la suite. Nous avons sans doute rejeté l’eau de bain avec le bébé. Donc la classe politique a été rejetée et nous avons confié le pouvoir à la personne qui paraissait le meilleur, qui était à l’extérieur. C’est une erreur déterminante et bien sûr, nous assumons cette erreur-là. Mais l’assumer, c’est faire en sorte que cela ne se répète pas. C’est pourquoi, je dis que je suis dans une démarche prospective. Quant à faire le bilan des dix années bientôt du régime Yayi Boni, je ne suis pas à même de le faire. C’est la femme du marché Dantokpa qui fera le bilan. Ce sont les travailleurs des sociétés qui ont été fermées qui feront le bilan. Ce sont les travailleurs du secteur du coton, de la filière du port qui feront le bilan. Donc, c’est le citoyen qui fera le bilan. Et de ce point de vue, je n’ai pas l’impression que le citoyen vous dira, comme on a l’habitude de le dire, que le bilan est globalement positif. J’ai l’impression que le bilan est globalement négatif.

Maître Djogbénou, si vous le voulez bien, nous allons parler de la société civile. Vous qui avez été un militant associatif, quelle appréciation avez-vous du rôle de la société civile au Bénin ?
D’abord, un élément de clarification. Ce sont les journalistes qui nomment, ce sont les journalistes qui baptisent, ce sont les journalistes qui désignent qui ils veulent comme société civile. Ce sont les journalistes et l’opinion qui ont besoin d’éléments d’identification des acteurs publics. Je considère que chaque citoyen a un engagement individuel vis-à-vis du pays. Que l’Etat est un grand espace comme au sein d’une paroisse. Les uns lisent les écritures, les autres nettoient, certains distribuent les cartons, d’autres aident à s’asseoir et que nous sommes tous dans la République, c’est-à-dire «res publica», la chose publique appelée à assumer une fonction sociale, politique, sécuritaire et économique. De ce point de vue, certains s’engagent pour prévenir le Sida, d’autres comme je le fais maintenant, contre l’Ebola. On a tous des engagements personnels. A des moments donnés de sa vie, il faut s’engager pour la cité. L’espace public peut être distingué en deux catégories. Il y a l’espace public partisan. Et il y a l’espace public non partisan. Ce que vous appelez société civile, je l’appelle l’espace public non partisan. Et de ce point de vue, c’est heureux. Depuis la colonisation, rappelez-vous, il y a des fondations du pays. La première fondation de ce pays, c’est la presse. Ça fait partie de la société civile. C’est l’élite qui bâtit la société civile. Et nous avons cette tradition, nous avons cette culture. Et j’en suis fier. Il y a une société qui génère les acteurs non publics. Nous sommes l’un des rares pays en Afrique de l’Ouest dans lesquels la parole est publique ainsi que l’action. Et cette parole et action publiques ne sont pas seulement confiées aux acteurs politiques. Bien entendu, est-ce que cela suffit, est-ce que le militantisme dans la société civile permet d’opérer le choix entre un aéronef qui coûte sept milliards et la construction des bâtiments pour abriter les étudiants ? Ce choix est un choix politique. Est-ce que le militantisme dans la société civile a permis d’éviter que la liste électorale qui nous a conduits aux élections de 2011 ne fût pas une liste contestable ? La qualité de la liste électorale est un choix politique. Est-ce que le militantisme politique a permis les nominations des personnalités de qualité dans les institutions ? La désignation et la nomination sont des choix politiques. Est-ce que le militantisme politique nous a permis aujourd’hui que le gouvernement prenne des mesures de restriction, des mesures de prévention en ce qui concerne le virus EBOLA ? (NDLR : L’émission a été enregistrée le 5 août 2014). A un moment donné, ceux qui ont l’expérience dans l’espace citoyen, non partisan, ont l’obligation de renforcer la qualité des ressources humaines dans l’espace partisan. Il faut faire en sorte que les bonnes personnes soient aux bonnes places pour que les décisions pensées soient prises. En conclusion, il y a une complémentarité entre les acteurs de l’espace de la société civile et les acteurs politiques. Les uns peuvent renforcer les autres.

Et le mouvement «Mercredi rouge» dont vous avez été l’un des instigateurs a célébré son premier anniversaire il y a peu. Est-ce que vous pensez que ce mouvement a été utile pour la consolidation de l’action publique ?
Je devrais vous laisser apprécier. Un acteur qui apprécie ses propres actes provoque une gouvernance catastrophique. Un acteur qui dit sur toutes les chaînes que tout ce qu’il a fait est bien, que la qualité de vie a augmenté, que le PIB est exponentiel, que d’ici 2020, le Bénin sortira des PMA et qui commente lui-même, ne commente pas de la manière la plus objective. Cependant, je vais vous proposer quelques éléments qui procèdent de constats évidents. A partir de Mercredi rouge, vous avez tout au moins observé que le Clergé s’est prononcé au sujet de la révision de la Constitution, que la plupart des Centrales syndicales se sont prononcées sur la révision de la Constitution et que finalement, cette préoccupation a fait l’objet d’une appropriation collective, citoyenne à l’instar du concept de Mercredi rouge. Et ceux qui font plus le Mercredi rouge, ce sont les travailleurs, ce sont les syndicats. Il y a donc une sorte d’élévation de la conscience sur les périls qui nous guettent. De ce point de vue, je pense que même s’il faut, dans la vie, nuancer, se regarder dans le miroir, il faut avoir le courage de constater quelques rides. Je considère dans cette relativité qu’il y a quand même quelques succès. Et que finalement, cette conscience élevée nous a un peu éloignés du péril qui est la révision de la Constitution. Voyez maintenant avec quelle prudence certains parlent encore de la révision de la Constitution. Ce n’est plus aussi fréquent. A chaque moment de la vie d’une nation, quand il y a des problèmes, il faut que des citoyens cherchent des solutions. Nous avons trouvé à l’époque que nous ne pouvons pas appeler les jeunes à exposer leurs corps aux balles. Nous ne pouvions appeler les jeunes à dégrader les bâtiments publics. Nous ne pouvions pas stimuler la confrontation, non des idées, mais des hommes. Nous avions considéré que le corps peut être une arme de protestation. Et qu’offrir pour une journée son corps à son pays, c’est la plus extraordinaire action patriotique de grâce. D’où l’idée du Mercredi rouge, d’où la couleur rouge. C’est l’auteur africain Ahmadou Kourouma qui a dit : « Quand on n’est pas d’accord, on dit non !». Dire non par son corps, au travers de la couleur de son habit. Je n’ai pas l’impression que cette initiative prenne fin. Regardez, pour le mouvement des magistrats, avec quelle spontanéité certains de nos compatriotes ont retrouvé leurs habits rouges. J’ai l’impression que, de temps en temps, on manifestera de cette manière dans ce pays. On exprimera sa colère de cette manière et pour moi, c’est une manière pacifique. Ce n’est pas une manière qui consiste à chercher des armes, ce n’est pas une manière qui consiste à saccager, à casser. C’est une manière qui consiste à se faire voir, à dire : « je ne suis pas d’accord ». Lorsqu’on n’est pas d’accord, oui, il faut dire non.

Pensez-vous que « Mercredi rouge » a vraiment servi à quelque chose ?
Les problèmes d’éducation ne peuvent pas être réglés par un mouvement citoyen. Les problèmes de culture ne peuvent pas être réglés par un mouvement citoyen. Vous savez, il y a des envies qui sont limitées par l’impuissance physiologique. Certains sont dans la tentation mais ne peuvent pas aller dans la tentative. Lorsque vous avez des envies et que votre corps repousse ces envies, vous pouvez en parler, mais vous ne pouvez pas agir. Je n’ai pas l’impression que ce qui est dit soit une tentative. Ce qui est dit n’est que l’expression d’une tentation, une tentation limitée par l’impuissance physiologique, l’impuissance physiologique institutionnelle. Notre pays n’admettra pas le troisième mandat. Mais il ne suffit pas de le dire. Il y a lieu de l’affirmer, il y a lieu de manifester cela. C’est pourquoi j’ai fortement apprécié la manifestation des femmes intellectuelles, de notre élite féminine la fois dernière, qui consiste à dire très ouvertement que nous ne l’admettrons pas. Vous allez en entendre encore, mais de moins en moins, parce que oui, lorsqu’on exprime ces tentations, il faudrait que le corps manifeste son impuissance. Nous sommes dans un corps qui manifeste, qui réitèrera cette impuissance physiologiquement institutionnelle qui refuse le troisième mandat.

Ne pensez-vous pas que le non des femmes est une pression inutile, d’autant que le chef de l’Etat dit qu’il partira en 2016 notamment au président Obama et au Pape émérite Benoît XVI?
Il faut éviter de considérer que c’est un leader qui va rassurer son peuple sur son départ. C’est le peuple qui va assurer le leader de ce départ. Ce n’est pas Obama qui a élu le président de la République, ce n’est pas le Pape qui a élu le président de la République. Ce sont les citoyens béninois qui ont porté leurs suffrages pour l’élire dans un cadre constitutionnel. Il appartient aux citoyens béninois de se souvenir qu’à un certain moment, ils doivent en élire un autre. Quelles que soient les promesses que l’on a faites, promesses auxquelles nous n’avons pas assisté, il appartient à nous-mêmes de nous revivifier, de nous réitérer notre propre promesse de faire en sorte que le Bénin, un Etat politiquement stable, réalise l’alternance, et au-delà de l’alternance, qu’il y ait une véritable alternative. Le problème, ce n’est pas Boni Yayi, le problème c’est qu’il nous appartient à nous-mêmes d’être dans un état de veille permanente, dans un état d’éveil important pour qu’évidemment on puisse assurer M. Boni Yayi qu’il laissera le pouvoir en 2016.

La veille permanente, ne pensez-vous pas qu’elle pourrait être pour la Lépi ?
C’est un tout, parce que bien entendu, il faut que nous évitions de faire comme en 2006, que la question ne soit pas seulement de quelle manière la gouvernance actuelle va prendre fin. Que la question soit aussi, et de ce point de vue je suis d’accord avec vous, de quelle manière qualitative la gouvernance prochaine va s’installer ? Et la réponse à cette question passe par la liste électorale. Je ne dis pas permanente informatisée, parce que la liste électorale, c’est un outil au service d’une fin. La finalité, c’est l’organisation des élections. L’outil, le moyen, ne peut pas être plus important que la fin. Il nous faut une liste électorale de qualité, pour que la fin soit atteinte dans la qualité. Je pense que cette question est tout aussi importante que ça doit nous occuper. Ça doit nous préoccuper. Et je n’ai pas l’impression, je vous l’accorde, que nous nous en préoccupons assez avantageusement. Je vous rappelle néanmoins que nous avons saisi, à la suite du recours introduit par Alternative citoyenne, la Cour de justice de la CEDEAO sur les réponses que la Cour constitutionnelle du Bénin formule à l’égard des différents recours sur la liste électorale. La Cour constitutionnelle du Bénin considère que la liste électorale est plus importante que l’organisation des élections. Nous considérons que l’organisation des élections est plus importante que la liste électorale. Lorsqu’un véhicule ne vous amène pas à bon port, il faut le changer. Le port, la destination, c’est ça qu’il faut considérer, là où vous voulez aller, c’est ça qu’il faut considérer. Lorsque le véhicule est en retard, lorsque le véhicule n’a pas de carburant, il faut le changer. En venant au siège de votre journal, certainement que vous avez expérimenté des moyens de locomotion, et certains moyens vous auraient empêchés d’assister à cette rencontre et vous avez dû en changer. La liste électorale est un moyen. Le port, il faut le considérer. Si la Liste électorale permanente informatisée est en retard parce que nous n’avons pas les outils, parce que la qualité n’est pas suffisante, il faut que nous changions de véhicule parce que nous devrions arriver à bon port et dans la qualité. Parce que c’est arriver à bonne destination qui préserve la paix. Et nous sommes tous dans cette quête de paix, et si on ne le fait pas aujourd’hui, ça sera trop tard demain.

Vous êtes d’accord avec ceux qui parlent de liste ad’ hoc ?
Je reste sur ma position. Je dis qu’il y a une destination qu’il faut atteindre, et que la liste ne doit pas nous retarder. Si la Liste électorale permanente informatisée doit nous retarder, il faut changer de stratégie. C’est la question que nous posons à la cour de la Cedeao : est-ce que la Cour constitutionnelle du Bénin, est-ce que l’Etat béninois a raison de dire que sans la Lépi aucune élection ne sera organisée ? Sans la Lépi, la fin, l’alternance démocratique, la finalité de la préservation de la paix ne sera pas acquise et de ce point de vue, la Cour de justice de la Cedeao devra répondre. De ce point de vue, l’Etat béninois devra s’expliquer et cette explication est attendue. Et donc, nous nous en tenons à cette ligne : la Liste électorale permanente informatisée, c’est un moyen. Si vous avez une moto et une voiture et qu’il n’y a pas de carburant dans celle-ci, vous la laissez, vous prenez votre casque et vous prenez votre moto pour aller à l’heure à l’école, au service, au culte… Mais si vous tenez à votre voiture, vous n’irez pas à l’école, vous n’irez pas au service. Nous n’irons pas à l’élection présidentielle si nous tenons au véhicule sans carburant de la LEPI.

Peut-on donc reconduire la liste qui a servi au K.O ?
La question posée comme ça, c’est une sorte d’affront ! Non pas seulement à ma personne, mais à tout le pays ! Vous ne pouvez pas considérer qu’on doit reconduire une liste dont vous savez que le produit c’est le K.O. Et ce K.O, est un chaos et il faut l’éviter. Ce n’est pas le sens de mon discours. Considérez le sens de mon discours : c’est une question existentielle! Si vous voulez aller à un endroit et que vous avez plusieurs moyens et que l’un des moyens est défectueux, changez de moyen ! Je ne vous demande pas de changer de moyen pour aller mourir ! J’ai dit, il faut porter le casque! Nous avons l’ingénierie juridique, l’ingénierie technique pour faire en sorte que le moyen soit un moyen de qualité. Mais ne nous refusons pas cela et personnellement, la Cour constitutionnelle du Bénin a tort de considérer que le moyen est plus important que la fin, d’enserrer le pays dans une suspicion continue. La Cour qui est une Cour de régulation, enserre le pays dans une forme de suspicion permanente, dans une forme de crainte permanente à l’égard de l’organisation des élections. Elle a l’obligation déterminante de donner la solution par rapport aux moyens de qualité qui nous conduiraient à l’organisation des élections dans la paix. La qualité de la gouvernance dépend de la qualité de l’organisation des élections. La qualité de la paix dans une nation dépend de la qualité de l’organisation des élections. Et la résolution pacifique, la résolution anticipée, la résolution qualitative de la question de la dévolution du pouvoir, les membres de la Cour constitutionnelle savent que ce sont des questions majeures dans un Etat en voie de construction. La Cour constitutionnelle avait à charge de convier, d’imposer à toutes les institutions, en tant qu’organe de régulation, l’obligation de répondre de la manière la plus raisonnable possible à cette préoccupation majeure, de procéder à la dévolution du pouvoir, au moyen d’une liste électorale. Dans tous les pays, ce dont on a besoin, c’est d’une liste électorale. Il faudrait que l’élite assume sa responsabilité.

On vous considère au barreau du Bénin comme un avocat doué et dans l’arène universitaire comme un enseignant hors pair. Qu’est-ce qui vous pousse aujourd’hui à embrasser une carrière politique ?
C’est vous qui m’y poussez ! Voyez toutes les questions dont on discute. Si à des moments donnés, l’élite n’assume pas… Moi j’ai 45 ans. J’ai la chance d’avoir 45 ans. Je veux espérer que vous aussi, vous aurez 45 ans. Dans quel pays sommes-nous ? Un pays sans route, sans hôpitaux. Sans route, vous allez fracasser vos têtes contre l’asphalte. On allait à Abomey une fois et l’un de nos amis a heurté un usager de la route. L’hôpital, CHD de Porto Novo n’a pas d’ambulance pour évacuer sur Cotonou. Et vous considérez que moi, je vais me contenter d’être enseignant, je vais me contenter d’être avocat, vous dites brillant ? Quelle est cette brillance dans une société de pauvreté ? Où se trouve la brillance, où se trouve la qualité ? La pauvreté est due à l’inorganisation, la pauvreté est due à l’absence d’engagement de celles et ceux à qui Dieu a donné le pouvoir de parler, le pouvoir d’agir, mais qui mettent ça dans le réfrigérateur. A cette forme de complaisance générale, oui, c’est vous qui me condamnez à l’action publique, à l’action politique. C’est votre devenir qui me pousse. Comment vous voyez, vous-mêmes votre profil dans 10 ans, dans 15 ans ? Si la Cour constitutionnelle maintient sa jurisprudence, si des voix fortes ne s’élèvent pas et que les élections ne sont pas organisées, vous pensez qu’il y aura des investissements dans ce pays ? Vous pensez que vous qui avez votre fortune, vous allez l’investir dans un pays politiquement fermé ? Pensez-vous qu’il y aurait de l’emploi, qu’il y aurait de la construction ? Pensez-vous que ces enseignants de qualité dont vous parlez, vont rester dans un pays fermé? Un pouvoir qui n’est pas dévolu au moyen de règles saines est un pouvoir non démocratique et tout pouvoir qui n’est pas démocratique se trouve toujours dans la tentation de la discrimination par la proximité. Et on parle de régionalisme ! Ce sont des liens de proximité pour mieux assurer, imposer ce pouvoir et c’est aux dépens du plus grand nombre. Il faut que l’élite s’engage et je ne parle pas seulement à mon égard. Il faut que l’élite africaine fasse une sorte de réconciliation. Parce que le coton, ce ne sont pas les paysans qui en profitent. Ce ne sont pas les paysans qui circulent dans les 4X4, ce ne sont pas les paysans qui sont dans les bureaux climatisés, dans les évacuations sanitaires. C’est l’élite et à partir d’un certain moment, j’ai commencé par dire que chacun doit répondre. Moi je réponds. En 2006, nous avons tous contribué dans cette forme d’indifférence intellectuelle à faire en sorte qu’on ne réfléchisse pas sur celui qu’on devrait choisir. Il faut aujourd’hui, choisir et moi je suis dans ce débat, je suis dans ce combat et j’y resterai, peu importe les risques auxquels cela expose.

Votre engagement n’a-t-il pas un lien avec l’homme d’affaires Patrice Talon que vous avez défendu ?
Regardez tout ce que nous avons dans ce pays. Regardez toutes les préoccupations que nous avons dans ce pays. Des questions de santé, des questions d’éducation, les questions d’énergie, les questions de transport. Pensez-vous qu’en 2006 on s’est engagé parce qu’il y avait l’homme d’affaires Patrice Talon ? Pensez-vous qu’en 2008, lorsque tous les militants de la RB ont été, je dirai suspectés de trafic de cartes d’électeurs, on s’est engagé à leurs côtés parce qu’il y avait Patrice Talon ? Pensez-vous que, à l’égard de Simon Adovèlandé, alors coordonnateur du défunt MCA, on s’est engagé parce qu’il y avait Patrice Talon ? Pensez-vous que moi je fus engagé, à l’université, et, à la fin, devenu président du Bureau exécutif fédéral parce qu’il y avait Talon ? Ayez un peu de considération historique. Il y a des êtres humains, des individus qui ne sont pas des sujets. Il y a des individus qui sont des citoyens, et l’engagement c’est le fait d’assurer, d’assumer sa qualité de citoyen. Que du point de vue de ma profession, je défende, je rencontre des personnes, je l’assume. Qu’en 2006/2007, je fusse devenu l’avocat de Gbadamassi, je l’assume. Vous ne le dites plus aujourd’hui. Que j’eusse contribué à lui faire bénéficier de la liberté provisoire, je l’assume. Je ne trie pas les êtres humains, je ne fais pas une défense discriminante, intéressante en soi, intéressée a priori. Je n’assure pas une défense idéologique, je n’assure pas une défense liée à la fortune. Pour ma part, c’est l’être humain qui compte et je l’ai fait à l’égard de la personne que vous avez indiquée mais avec beaucoup de fierté. Maintenant que tout est fini, il me reste l’honneur de son amitié. A moins que dans ce pays, il y ait une institution qui enlève à certains la qualité de Béninois, et au-delà, la qualité d’humain et là vous direz, peut-être avec raison, que je n’ai pas le droit de défendre un être qui ne serait pas humain.

La société civile, un tremplin pour la politique ?
Je ne parlerai pas de tremplin. C’est un espace de formation de l’être. Les enfants qui ont 15 ans, certains ont l’habitude de les emmener aux manifestations publiques, surtout lorsque ces manifestations ont lieu pendant les vacances. Regardez cette jeune fille arménienne, 13/15 ans, ce sont des jeunes français de 13 ans, 14 ans, 15 ans, qui n’ont rien à voir avec son expulsion de la France, aucun lien avec cette jeune fille, qui ont manifesté contre les autorités françaises. J’en vois, au bout de la passerelle, à Charles de Gaulle à Paris, lorsque nos compatriotes, lorsque les Africains sont expulsés, qui viennent avec des pancartes : « Monsieur, c’est notre camarade, nous voulons qu’il reste». Ce sont ceux-là qui deviennent des ministres français demain, ce sont ceux-là qui deviennent des présidents. Ne soyez pas racistes à rebours. Ne considérez pas que ce qui se fait ailleurs et qui est bien ne va pas se faire ici. Ne considérez pas que tous ceux qui sont dans l’espace public, qui ont des expériences n’ont pas de légitimité à assurer des fonctions politiques. Et alors, qui va assurer les fonctions politiques ? Regardez ce qui se passe. En vertu de quoi lorsque vous n’avez pas dirigé une association ou milité dans une association, lorsque vous n’avez pas tranché des conflits au sein d’une association, lorsque vous n’avez pas pris des responsabilités au sein d’une association, au sein d’un parti politique, en vertu de quoi vous allez diriger un pays ? Au nom de quoi vous allez demander à quelqu’un qui n’est jamais resté dans une association, dans un parti politique, d’accepter la contradiction ? Au nom de quoi vous allez lui dire qu’il m’affronte dans un débat public ? Au nom de quoi ? Parce qu’il n’a pas l’apprentissage ; parce qu’il n’est pas habitué ; parce qu’il n’en a pas la formation. Et donc, l’espace public est aussi un espace de formation pour la qualification de l’espace politique. Si vous parlez de tremplin, cela a une perception négative. C’est un espace de configuration, de formation, d’enrichissement pour l’espace politique. Et je vous renvoie également à la construction de l’Etat béninois avant la colonisation. Quel parti politique vous avez avant 1946, quel parti politique ? Ce sont des jeunes à l’époque comme vous qui militaient parce qu’assumant leur qualité d’élite, qui se sont préparés à assurer et à conduire le parcours vers l’indépendance. Où est-ce que vous avez trouvé Senghor, dans quelle école politique il a été formé ? Où est-ce que vous avez trouvé Césaire, dans quelle école politique a-t-il été formé ? Où est-ce que vous avez trouvé N’Krumah, dans quelle école politique a-t-il été formé, Nelson Mandela, dans quelle école politique il a été formé ? Les associations, c’est le berceau enrichissant du personnel politique d’un pays. Ce n’est pas un tremplin, c’est un espace consacré pour produire à la société des acteurs qui vont la gérer.

Alors maître Djogbénou, pensez-vous que cet engagement qui vous anime si tant et qui vous conduit aujourd’hui sans doute dans la scène politique ne serait pas perçu par un quidam béninois comme étant une préparation à aller contre la personne du président Boni Yayi ?
Depuis 2006, vous aurez pu comprendre que certains sont à leur place. Que tout ce qu’ils disent, s’est réalisé. Tout ce que nous avons dit s’est réalisé. Malheureusement, toutes les prévisions aboutissent, les préventions ont été légitimées depuis 2006. Vous pensez que c’est contre un homme ? Vous pensez que certains ne sont pas liés ? Je suis avocat. Vous pensez que je n’ai pas intérêt à avoir les dossiers de l’Etat ? Vous pensez ça ? Vous pensez que je n’ai pas intérêt à avoir la Sonacop, la Sonapra ? Vous pensez que je vais moi-même personnellement considérer la personne de Boni Yayi et me refuser d’avoir la Sonapra, la Sonacop, les dossiers de l’Etat à l’étranger ? Je n’ai pas l’expérience ni la légitimité de défendre l’Etat béninois à l’étranger ? Combien de phrases devrais-je prononcer pour avoir tout ça ? Vous pensez que je suis si inintelligent que la personne de Boni Yayi va vicier toute ma pensée ? Ce n’est pas la personne, c’est le système. Et moi j’aime vivre dans ce pays et j’aime vivre dans un pays de qualité. Voyez, je suis allé à l’école primaire de ce pays, au cours secondaire dans ce pays, à l’université dans ce pays et je n’en ai pas honte. Pourquoi contribuerai-je à faire en sorte qu’on ait davantage honte du pays ? Voyez. C’est le sens de mon engagement et quant à l’élection présidentielle, je vous ai dit, je serai de tous les débats, le débat de la construction de l’alternative, le débat des propositions déterminantes, le combat pour le choix et, je ne me déroberai pas. Le moment viendra où je vous le dirai de la manière la plus précise mais, je ne me déroberai pas. Je ne suis pas animé de complexes. Il y a deux complexes majeurs dans ce pays. Le complexe de l’argent et le complexe de l’extranéité avec son versant qui est celui de la proximité. Ce complexe qui voudrait surtout que celui qui est resté dans ce pays, n’ait pas de vocation à vous diriger. Lorsque le Béninois reste dans le voisinage de son compatriote celui-ci n’est plus légitimé à être apprécié et, a fortiori à le diriger. Il a fallu qu’Angélique Kidjo soit applaudie à Washington avant que nous l’élevions dans notre conscience ! C’est ce complexe qui nous conduit à chercher le dirigeant ailleurs. Si nous n’avons pas le dirigeant à Washington, nous allons à Lomé le chercher. Je ne suis pas gagné par ce complexe-là. Je serai de tous les combats, je serai dans tous les débats.

Vous infirmez donc la rumeur qui circule et qui dit que maitre Djogbénou a déjà déclaré sa candidature pour la présidentielle de 2016
Vous avez l’habitude de dire tout le contraire de ce que j’avance. Je vous dis, je serai de tous les débats. Si vous le voulez, de tous les combats politiques et j’ajoute que je ne me déroberai pas. Faites-en une lecture et un commentaire exégétiques à souhait !

Professeur Djogbénou à moins de deux ans de la présidentielle, sous Kérékou, le débat s’affirmait déjà. Vous êtes Sous l’arbre à palabre. Dites-nous : aspirez-vous à diriger les Béninois en 2016 ? Quelle sera votre vision ?
Quelle lumière vous cherchez ? Je dis que je serai de tous les débats, de tous les combats. Si l’élection présidentielle est un combat, je dis que je serai de tous les combats et vous voulez quelle lumière, vous voulez quelle compréhension ? Bien entendu, Sous l’arbre à palabre, ce n’est pas l’espace politique pour se prononcer sur les nouvelles visions. Je dis qu’un projet se construit. Je parlais de débat. Ce projet sera sur la table des débats. Je serai de ces débats et je serai de ces combats ; prions pour que Dieu nous donne la vie et ça ne se passera plus comme avant. C’est ce que je vous dis.

Comment ça se passera ?
Toutes les virgules des contributions seront commentées, toutes les virgules. Et chaque citoyen sera appelé. Je passe déjà de hameau en hameau. La situation du pays doit être expliquée, exposée. Nos putréfactions doivent être exposées, les projections doivent être déterminées, précisées mais il y a un temps pour tout. Le temps vient, il n’est pas si loin. Vous savez qu’il y a des combats importants, vous avez parlé de la liste électorale, c’est un combat extrêmement important. Vous parlez de l’organe politique et je vous ai dit que je ne suis pas convaincu que les élections municipales aient lieu en décembre ; c’est un combat important, il faut assurer cela. L’organisation des législatives, c’est un combat important. Le Bénin est un sujet de dissertation. Il faut une introduction, un corps du devoir et une conclusion. Mais, il ne faut pas faire le corps du devoir avant l’introduction.

Maitre Djogbénou, vous êtes le président d’honneur du parti Alternative citoyenne. Quelle est votre appréciation de la classe politique du Bénin ?
Je pense que la classe politique du Bénin mérite d’être renforcée. Notre position est celle-là et c’est pour ça que nous la renforçons. Regardez, nous sommes quand même en 2014. On nous dit que toute la classe politique est décrédibilisée et c’est en 2014 que nous avons cherché à constituer un parti politique. Sommes-nous tombés sur la tête ? Parce que l’expérience, la qualité de la gouvernance dépend de la qualité de la classe politique, dépend de la qualité des propositions politiques. Il faut que nous évitions la stratégie de l’autoroute de temps en temps, la stratégie de l’ascenseur, que nous pensions un peu à la stratégie des routes et des sentiers. Quelle est la stratégie de l’autoroute, la stratégie de l’ascenseur ? C’est celle qu’incarne une personne dont on dit qu’elle est au-dessus de tout le monde. Elle n’est impliquée dans rien, surtout elle vient de l’étranger, elle n’a pas de parti politique. Cette personnalité-là, elle quitte sa maison et elle chute à la Présidence de la République. C’est la stratégie de l’autoroute depuis 1990. Quels sont les résultats ? La stratégie des sentiers, c’est d’entrer dans un parti politique, c’est affronter les intérêts dans un parti politique, c’est apprendre à diriger une famille, c’est apprendre à diriger un groupe, c’est apprendre à faire un choix, c’est apprendre à discuter, c’est apprendre à orienter, c’est apprendre à gérer, c’est apprendre à avoir avec soi une classe politique en capacité de gérer, c’est apprendre à identifier les ressources humaines. Regardez comment on forme nos gouvernements. « Je veux quelqu’un du Mono-Couffo, est-ce que vous avez quelqu’un ? Surtout que ça soit une femme. » Or, cette personne-là n’a jamais contribué à votre projet politique, vous ne la connaissez ni d’Adam ni d’Eve.

Seriez-vous surpris que le prochain locataire de la Marina vienne du septentrion ?
Je ne fais pas ce débat. Parce qu’on a constaté que l’opposition attend en embuscade Je voudrais vous dire, la question n’est pas de savoir de quelle région va émaner le prochain président de la République. Regardez bien l’organisation des concours. Kora Zaki a organisé son concours déprécié, contesté. Sounton aussi a organisé son concours déprécié. Ce n’est pas le problème de l’homme, de l’être humain, c’est le problème de la qualité. Je veux vous dire Madame, moi je viendrai vous convaincre. Si vous considérez que c’est mauvais, votez pour qui vous voulez et après, vous allez assumer. Ma conscience me dit qu’il faut convaincre chacun de nous. S’il est du Nord, du Sud, de l’Est ou de l’Ouest, je passerai partout convaincre. Si vous procédez par un choix régionaliste, vous aurez le passage du pouvoir par Kora Zaki et Sounton et vous aurez le même concours. La question est dans la qualité de l’être humain, la question n’est pas dans l’affiliation régionale ; la question c’est dans la compétence, la question c’est dans la responsabilité. Je suis dans ce combat.

On a remarqué que c’est du Nord que viennent les compétences …
Je n’ai pas dit ça. Je ne dis pas ce qui se passe, je dis ce qui va se passer par rapport à moi, ma position. C’est de convaincre si vous êtes la meilleure, convainquez chacun de nous que vous êtes la meilleure. Si je suis le meilleur, je convaincs chacun que je suis le meilleur sur ce que je vais faire, sur la manière dont je vais le faire, sur les assurances que j’offre ; c’est ce que chacun de nous devrait prendre. Je vais utiliser un mot bien gros, j’abhorre, j’ai en horreur ceux qui s’estiment être en capacité mais qui se taisent sur tout, je les ai en horreur. Ceux qui voient le pays réduit à la portion congrue, qui se taisent sur tout, surtout lorsque ces personnes font partie de l’élite, je les ai en horreur. Il faudrait que nous puissions nous exprimer, il faudrait que nous puissions nous convaincre les uns et les autres. J’ai en horreur ceux qui passent de foyer en foyer distribuer de l’argent. On ne distribue pas les idées, on distribue de l’argent. J’ai en horreur ceux-là. Et donc, il faut convaincre chacun. Mon problème, si vous venez à moi et que vous êtes du Sud et que vous me demandez de voter pour vous et que vous ne me proposez rien, je ne voterai pas pour vous, c’est ça. Si je me présente devant vous, ne dites pas que c’est le professeur, ne dites pas que c’est l’avocat. Qu’est-ce que je vais faire ? Qu’est-ce que je vous propose, qu’est-ce vous allez devenir dans 20 ans, quelles sont les perspectives pour que vous évoluiez ? Quelles sont les perspectives que vous ne mourrez pas à 45 ans ? Quelles sont les perspectives évidemment qu’il y ait des routes d’accès, de sortie dans ce pays ? Quelles sont les perspectives ? C’est de cela qu’il s’agit. Maintenant si vous voulez une alternance régionale, que ce soit dans la qualité. Il faut éviter la stratégie Kora Zaki-Sounton. C’est de la qualité qu’il est question.

Maitre Djogbénou, parlez-nous de vos relations avec les acteurs politiques
Je peux vous parler de mes relations avec les citoyens du Bénin parce que les acteurs politiques sont aussi des citoyens du Bénin que je rencontre en tant que citoyen que je tente de convaincre sur ce que nous faisons, sur les perspectives que nous avons et sur les enjeux déterminants pour ce pays. Que pour une fois au moins, l’élite propose vraiment. Je ne suis pas désespéré à l’idée de considérer qu’ils entendront cela et qu’ils entendent et qu’ils apprécient cela. Je n’ai pas le sentiment qu’il y ait une sorte de repoussoir, de rejet. Je pense qu’il y a de la considération mais j’ai l’impression aussi qu’il y a de l’attente, mais chacun se déterminera le moment opportun.

Pouvez-vous nous exposer quelques grandes lignes de votre vision au plan politique et au plan économique ?
Si vous considérez que je suis un citoyen du Bénin, que je remplis les conditions, que je n’ai aucune pathologie qui m’éloigne des fonctions auxquelles chaque citoyen dans mon état, dans mon statut peut aspirer, je serai de tous les débats. Ne pensez pas seulement aux élections présidentielles. Pourquoi vous ne pensez pas aux élections législatives ? Je serai de tous les débats. Après cette précision, je voudrais vous dire que le pays a besoin de réformes bien pensées, de réformes structurelles. Le pays a besoin que l’on s’attèle à des priorités extrêmement importantes. Je vais vous en énoncer quelques-unes. L’espace n’étant pas consacré à cela, le temps ne permettra pas d’aller dans le détail. Il y a à agir au plan politique sur une pratique constitutionnelle novatrice. Voyez, l’on parle de la révision de la constitution. Est-ce que l’on a profité de toutes les utilités de notre constitution ? Les utilités de la constitution, c’est dans la pratique constitutionnelle. Et cette pratique constitutionnelle doit nous permettre non pas de régresser, mais de progresser. Quelques éléments. Le premier élément, vous savez bien que les présidents de certaines institutions sont nommés par le président de la République, notamment les présidents de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC) et celui de la Cour suprême. Il est admis dans ce pays qu’évidemment il faille évoluer. Mais cela passe-t-il nécessairement par la révision de la Constitution ? Il me semble que le président de la République peut procéder à cette désignation par des mécanismes d’identification des présidents qui soient des mécanismes objectifs. Pourquoi ne pas penser à une désignation par les pairs que confortera le président de la République ? C’est une pratique constitutionnelle. La constitution ne sanctionne pas le président de la République qui choisit parmi les pairs, la personne ayant la capacité de diriger l’institution. Il a la prérogative de diriger le Conseil supérieur de la magistrature.
La question de la justice est une question extrêmement importante et j’en reviendrai. Pourquoi ne pas renoncer à siéger au Conseil supérieur de la magistrature ? Pourquoi ne pas insister sur des pratiques saines qui pourront être prises en compte dans l’avenir par les générations qui vont nous succéder dans le cadre des révisions qui pourraient intervenir ? Pratiques constitutionnelles saines, principes sains de gouvernance. Dans nos discours, j’ai entendu certains dire que ce sont les populations qui sont les problèmes. Mais c’est plutôt l’élite qui est le problème. Elle attend des autres qu’ils suivent ses paroles mais elle, l’élite, peut se permettre de se comporter par des actes qui s’en distancent. Pour moi, il faut une gouvernance par l’exemple. Si vous ne pouvez pas assumer ce que vous incarnez et conseillez, il ne faut pas demander à l’autre de le faire. Regardez l’enthousiasme avec lequel nos compatriotes ont commencé par aller ponctuellement au service en 2006. Oui, c’est bien parce qu’il y a en ce moment-là une pratique saine que l’on appliquait soi-même. Moi qui suis dans nos universités, quand je viens à 8 heures, vous ne verrez aucun étudiant venir en retard. Je n’ai pas de garde de corps. Mon mobile ne sonne pas au cours et donc ceux de mes étudiants ne sonnent pas non plus. Il faut une gouvernance par l’exemple. Si vous voulez que les fonctionnaires viennent au service à l’heure, venez aussi à l’heure. Moi, qui ai un cabinet, venez voir à quelle heure mes collaborateurs viennent au boulot. Vous ne verrez rarement un agent venir après l’heure. Parce que les Béninois sont comme tous les autres citoyens du monde. On ne peut pas dire que les autres citoyens ont des gènes de bons comportements et que les Béninois ont des cellules génétiques de mauvais comportements. Les Béninois sont en quête de modèle. Tous les peuples du monde sont en quête de modèle. Pour moi, ce sont des modèles de proximité que vise la gouvernance par l’exemple. Et si vous voulez que je développe quelques priorités, je le ferai.

Les priorités de Maître Djogbénou
La première priorité, c’est l’énergie. Je ne considère pas qu’en 5 ans, on va régler le problème de l’énergie. Elle passe à la fois par la production, la distribution et le renforcement technique. La prochaine gouvernance va poser les fondations de la résolution lucide et durable du problème. La deuxième priorité, c’est l’éducation. L’arme atomique du Bénin, c’est l’éducation, c’est la capacité que les jeunes auront à assumer demain, c’est leur capacité de réaction. Il faut une réforme du système éducatif, il faut une réforme de l’approche de l’éducation. Nous sommes un couloir. Les 122.622 km2 constituent un couloir, le couloir qui est une fenêtre sur le Nigéria, le Niger ou le Burkina. Si vous êtes dans mon couloir, vous devez savoir parler ma langue, être cultivé. Et dans le couloir, si le peuple n’est pas un peuple de qualité, celui qui vient va rebrousser chemin. Nos étudiants doivent avoir une culture de la qualité. Ils doivent être en capacité d’être consommés par les usines modernes au service d’un Nigéria qui finira le siècle avec un milliard d’habitants et sera dans le peloton des Etats développés. Or, le Bénin apparaît comme le pose-pied pour la conquête et le service industriel, technologique et culturel du Nigéria. Ce ne sera que par la réforme de l’approche de l’éducation. Je suis personnellement songeur sur l’efficacité de l’approche par compétence (APC). L’APC est une approche qui permet de produire des ouvriers pour les usines. C’est une approche expérimentée au Canada et aux Etats-Unis. Vous voyez l’étendue de ces Etats, avec des usines ? L’APC permet de faire en sorte que les jeunes soient rapidement consommés par les usines. Quel est le résultat ? L’APC ne paraît pas en lien avec notre système, notre statut de couloir, notre culture. C’est possible qu’on mette en place une usine d’eau minérale pour servir le Nigéria. Quand les autres changent, nous n’avons pas la qualité de ressources humaines qui suit. Est-ce que vous avez encore vu des vulcanisateurs dans ce pays ? Il faut anticiper sur tout cela. Donc, avoir un système éducatif qui consiste à considérer que le Bénin fait 10 millions d’âmes pour un marché de proximité de 300 millions de Nigérians pour le moment. Il faut considérer que le Nigéria n’est pas un problème mais plutôt une solution. La troisième priorité est l’administration territoriale. Je pense à une réforme de l’administration territoriale. La question est de savoir si, avec l’état actuel de l’administration, on pourra répondre à notre conception du développement. Est-ce que l’administration locale nous permet d’être une nation ou un Etat ? Nous avons une administration décentralisée à un niveau et, aux autres, fortement centralisé. Nous avons le département qui est une construction de Napoléon qui vise à identifier les citoyens là où ils sont dans une perspective sécuritaire. Et nous avons une constitution de 1990 qui célèbre le citoyen qui veut une société, une nation. Je ne pense pas à la départementalisation. Je crois qu’à la place du régionalisme, il faut la régionalisation pour permettre à l’Etat d’être partout. Il faut, au travers de la nouvelle réforme, contribuer à la transfiguration du sujet en citoyen, de la diversité culturelle, ethnique et sociale une richesse pour la construction de l’Etat et de la nation. Mais la quatrième priorité qui n’est pas des moindres est la justice. Je suis de la justice. Il faut une réforme de structure. Pas celle qui se passe à l’Assemblée nationale. Je vais vous donner un exemple. Tentez d’aller à Porga et précisément à la gendarmerie et dites que vous avez perdu quelque chose et que c’est telle personne à Porga qui l’a volé. On va présenter cette personne au procureur. La distance entre Porga et Natitingou est de 120 kilomètres. Avec quoi, il va présenter cette personne-là ? Le code de procédure pénale lui impose de la présenter au procureur en 24 ou 48 heures. Déjà la gendarmerie n’a pas les moyens pour établir le procès-verbal. C’est l’un des protagonistes de l’affaire qui financera le déplacement. Nous sommes dans une sorte de privatisation de la justice pénale. Parce que, pour que cette personne soit vite présentée, il faut des moyens de transport du justiciable. Et donc, c’est nous-mêmes qui payons la justice. Les crédits pour les gendarmes, les officiers de police sont confiés au ministre de l’intérieur et à celui de la défense. C’est à dire que les moyens pour assurer la vie et la subsistance des fonctionnaires qui servent la justice sont confiés à d’autres Ministères mais ces personnes sont utilisées par la justice. Quelle gabegie ! Il faut une réforme qui place sous l’autorité de la justice un personnel qui sert la justice, une réforme qui permette d’utiliser les mêmes moyens avec plus d’efficacité. Lorsque vous confiez au Ministère de l’Intérieur du matériel pour toutes les gendarmeries, ça va passer par les directeurs, centraux, techniques, généraux, départementaux…et ira à Porga, amoindris. Vous interrogez toutes les gendarmeries, tous les commissariats, on vous dira que quand on livre les véhicules, on ne pense pas au carburant. Les agents doivent être entretenus aux moyens de quoi ? Cette réforme passe aussi bien par la structure que par le financement de la justice. Je finirai par la réforme de la santé. La santé a besoin aussi d’être financée. Quand je parlais de la gouvernance par l’exemple, le président de la République doit être nécessairement soigné par des médecins d’ici. Quand on vous dit que c’est le chirurgien qui a soigné le président qui doit vous opérer, vous avez plus d’assurance. Et si le président de la république est soigné par un chirurgien béninois au Bénin, vous ne pensez pas que pour sa propre survie, il va mieux s’intéresser aux problèmes du secteur ?

La table ronde de Paris constitue l’une des actions du gouvernement pour faire venir des investisseurs au Bénin. Comment appréciez-vous ces actions ?

Lorsqu’un gouvernement est à la fin de son mandat, sa signature n’est plus aussi forte pour engager les investisseurs. Les questions dont on a dit qu’elles ont été discutées à Paris sont des questions qui méritent d’avoir une légitimité politique. Je profite de cette question pour appeler tous les investisseurs à la cohérence face à un gouvernement en fin de mandat et dont on sait en premier lieu, qu’il n’a aucune perspective de réitération de son mandat et de deux, qu’il est dans une situation politique très difficile. Néanmoins, ces investisseurs sont libres de s’engager, mais je leur conseille d’avoir les outils les plus importants pour souscrire des assurances et d’avoir des fonds de garantie déterminants. Les questions de Paris sont des questions qui doivent être politiquement débattues. En vertu de quoi, si je vous dis que je vais construire un terrain de football, vous n’allez pas préférer un hôpital ? Ce sont des investissements qui engagent le Bénin sur la durée et nous allons dans une des échéances politiques qui permettent ce débat. Je trouve donc que le moment est inopportun et que le mécanisme n’est pas adéquat. Toutes ces questions sont des questions politiques. Et c’est leur règlement politique qui est le meilleur assureur de l’investisseur. Je pense que s’il y a des engagements qui sont des engagements sains, ils seront confirmés. L’Etat est une continuité.

Le rôle des élites
Il y a une convergence de situations malheureuses. Mais pour ma part, l’éloignement de l’élite est le refus par l’élite d’assumer sa responsabilité. Le confort que nous voyons ailleurs, nous le préférons à nous-mêmes. Au lieu de transformer ce confort venu d’ailleurs en un confort collectif. Quand je vais à l’aéroport, j’aurais préféré que tous les policiers se mettent au garde-à-vous, prennent ma valise et me conduisent jusqu’au salon d’honneur. Je viole ainsi les règles de sécurité et quand je descends à Paris, je ne vois aucun policier venir me chercher. C’est le comportement de l’élite africaine. Vous êtes ministre, vous refusez d’aller au service à l’heure. Les voies exigües, vous les empruntez comme tout le monde et vous prenez votre gyrophare, vous créez des nuisances sonores, vous troublez la paix des autres. Vous les bousculez, vous vous prévalez de votre pouvoir. C’est ça l’élite africaine. Vous sortez de votre bureau à une heure du matin où il n’y a même pas une mouche sur la route, mais vous mettez le gyrophare, vous mettez les klaxons. C’est ça l’élite africaine. Ce qui nous ruine, c’est le refus de l’élite à considérer que tout pouvoir qui ne s’exerce pas avec humilité s’humilie. L’élite africaine qui refuse souvent de porter la lampe que Dieu lui a donnée. Et pourtant elle ne constitue pas 10% de la population. Mais c’est cette élite qui ne veut pas être dans les rangs des supermarchés, c’est cette élite qui ne veut pas respecter les règles, c’est cette élite qui brûle les feux et quand on l’arrête, elle préfère montrer sa carte au lieu de montrer ses pièces. C’est cette élite qui corrompt et c’est ça qu’il faut surtout changer. C’est l’élite qui doit assumer sa responsabilité, c’est elle qui doit atteindre un degré de sagesse qui soude la société et l’élève. Or, la sagesse, c’est l’humilité. L’élite responsable, c’est l’élite qui prend d’assurance à sa voiture, qui est à jour, parce que c’est elle qui montre la voie. Ce n’est pas elle qui viole la loi, qui viole les règles. Mais l’élite africaine, c’est une élite qui a son esprit ailleurs et son corps en Afrique. Et cet ailleurs vient ruiner l’Afrique. Regardez tous nos aéroports, il y a le salon d’honneur. Le salon d’honneur, c’est le salon de la famille de l’élite, et nous ne savons pas quelle impression, quelle image nous donnons. Le copain français sort par le salon d’honneur. Mais c’est lui qui renseigne son gouvernement sur cette complaisance sécuritaire dans nos Etats. Et c’est ce qui fait que Georges Bush va être reçu à l’aéroport plutôt qu’au Palais. Parce qu’évidemment, nous ruinons tout le crédit que nous pouvons avoir auprès des autres. C’est l’élite qui est concentrée sur son existence personnelle en étant indifférente aux douleurs et aux malheurs collectifs. C’est avec douleur que nous avons observé que certains membres de cette élite nous organisent des élections catastrophiques en mars 2011, et l’année suivante, arborent non sans fierté, les insignes françaises, en allant à l’Ambassade de France voter à l’occasion de l’élection présidentielle de 2012 en France qui sont organisées avec qualité.

Que vous inspire la fièvre Ebola ?
Je veux que chacun de nous prenne conscience de la gravité de ce qui risque d’arriver. Je n’ai pas l’impression que l’Etat ait pris les mesures. Quelles sont les mesures qui auraient dû être prises ? La suspension provisoire de tout convoi de jeunes. Nous sommes dans la période des vacances. Cette mesure devrait être prise en priorité. Les colonies de vacances, il faut les interdire provisoirement. L’interdiction de la chasse et de tout produit dérivé pendant cette période. Nous éviter de consommer la viande de brousse pendant deux ou trois mois va permettre d’éviter la contamination. Il y a des mesures de précautions qu’il faut prendre. L’escargot que nous aimons tant, les Ivoiriens l’ont interdit. Et pourquoi ne pas le faire chez nous ? Nous devons interdire la consommation de la viande d’agouti, éviter les échanges par groupe. Si vous avez l’occasion d’effectuer un transport dans un véhicule qui n’est pas un véhicule de transport en commun, il faut le faire. Parce que la question de santé, elle est prioritaire. Si nous voulons diriger ce pays, il faut encore y trouver des hommes et des femmes. Voilà les Américains, quand ils ont eu un ou deux contaminés, ils ont envoyé un avion, les Espagnols, ont fait de même. Quel avion viendra nous chercher, nous autres ? Et de ce point de vue, je n’ai pas l’impression que la gravité de la situation ait été prise en compte par le gouvernement. Ce n’est pas le problème du Ministère de la santé seul. C’est le problème des Ministères en charge de l’Education, des Sports. Les championnats pendant cette période doivent être suspendus s’ils sont en cours. Ce sont des mesures majeures qui doivent être prises. Je ne suis pas un spécialiste. Mais il faut appliquer ce que l’on appelle le principe de précaution. C’est cela mon coup de gueule si vous me le permettez. Il faudrait que les responsables à divers niveaux prennent les mesures parce que ça va les atteindre et atteindre chacun de nous si cela survenait. C’est l’une des maladies très rares qui se trouve dans l’absolu de traitement égalitaire. Cela ne distingue pas le riche du pauvre. Qu’est-ce que moi j’ai fait dans mon cabinet. J’ai réuni tout le personnel. Des mesures de protections ont été prises. Vos toilettes doivent être renforcées en produits de nettoyage. La propreté doit augmenter en qualité parce que si l’un parmi vous est atteint je suis atteint. Il y a une chaine de solidarité dans cette maladie. Positivons-la.

Votre mot de fin
Je suis très heureux. Vous êtes un formidable jury d’agrégation. Il est vrai, je n’avais pas besoin de faire beaucoup d’efforts pour répondre à vos questions parce que la vérité n’a pas besoin d’être construite autrement. C’est le mensonge qui a besoin qu’on y fournisse beaucoup d’efforts. Si vous trouvez que des choses ont été dites de la manière la mieux construite, c’est parce qu’elles sont vraies. Je voudrais que vous puissiez poursuivre parce que nous sommes dans des échanges. Notre pays nous impose de contribuer dans la qualité à sa relève, à sa reconstruction. Après, ce sera la période de la décision. Mais il faut échanger d’abord. Je vous félicite d’avoir cet échange et de m’avoir reçu.

A bâtons rompus « Sous l’Arbre à Palabres » avec le Secrétaire général de la Fesyntra-Finances au siège de l’événement précis : Mètongnon fait de grosses révélations sur les scandales et crimes économiques au Bénin

Laurent Mètongnon, le Secrétaire général de la Fésyntra-Finances est le 82einvité ‘’Sous l’arbre à palabres’’, la rubrique atypique et prisée du journal ‘’L’Evénement Précis’’. Un numéro exceptionnel, croustillant et riche de révélations. Une archive à conserver. Son éternel feutre sur la tête, la soixantaine galante et élégante, l’homme au parcours militant exceptionnel échange avec les journalistes à bâtons rompus sur divers sujets. Regard perçant et scrutateur derrière ses lunettes, il ne rate pas le système Yayi dont il ne retient que « scandales » et « crimes économiques ». Communiste bon teint, militant très actif du PCD, le Parti communiste du Dahomey, il parle du mouvement syndical au Bénin,des tiraillements entres centrales syndicales,notamment. Les dernières grèves qui ont étalé au grand jour les dissensions entre « camarades » et au cours desquelles « l’argent a circulé » sont évoquées. Sans langue de bois, il en parle. Connu pour avoir donné du fil à retordre au gouvernement au plus fort de l’Affaire Dangnivo, il aura connu la torture et la prison pendant les pires heures du Parti de la révolution populaire du Bénin (PRPB). Ce pan douloureux de son histoire,Laurent Mètongnon le partage avec émotion, mais aussi et surtout avec la fierté  de ceux qui ont dédié leur vie à la lutte pour les libertés.

Comment se porte le mouvement syndical en ce moment dans notre pays ?

D’entrée, je dois pouvoir vous dire que le mouvement syndical se porte très bien. Il se porte très bien dans la mesure où les dernières actions syndicales contrairement à ce qu’on peut dire, ont permis une certaine décantation. La décantation vient du fait qu’aujourd’hui, la véritable défense de leurs intérêts et de leurs revendications passent par la prise en charge de leurs mouvements de grève par eux-mêmes à travers les comités départementaux mis en place pour le contrôle de leurs actions  et non la prise en charge totale de leurs mouvements de grève par des responsables syndicaux qui bien qu’élus, peuvent se détacher de l’intérêt général, pour leurs intérêts personnels.

Donc du coup, la première leçon est que les comités de lutte qui ont été mis en place dans les départements ont réellement dirigé les mouvements au grand  dam  des secrétaires généraux qui pensaient que comme jadis lorsqu’ils décrètent et lancent un mouvement, ils peuvent suspendre quand ils veulent et comme ils veulent. Et vous avez pu constater l’évolution du  mouvement de Janvier à mars 2014 pour les uns qui pensent que la base n’existe pas,  ne peut leur dicter la conduite à tenir ; et avril 2014 pour ceux qui ont continué après avis de la base pour la suspendre après concertations de ces bases. Donc c’est fondamental  aujourd’hui comme leçon à tirer que ce sont les combattants qui disent à un moment donné : « nous cessons le feu. » et les chefs se doivent de respecter au risque de se retrouver sans troupe.

Est-ce qu’on peut considérer que c’est un peu à cause des dissensions nées de la grève de Janvier à Avril, qu’entre les centrales, il y a tiraillement ?

En principe il ne devrait pas y avoir de tiraillement. Il y a des revendications et il faut les défendre. Certains peuvent choisir de sacrifier ces intérêts d’ordre général pour des intérêts personnels. Le syndicalisme pour moi, c’est d’abord un idéal, un engagement, une conviction, l’amour du prochain dans la lutte pour son émancipation, l’instauration de la justice, de la répartition équitable suivant les critères établis et connus. Comme vous le voyez, pour moi,  c’est un problème de vision du mouvement. Pour ce qui concerne en tout cas la CSTB et la FESYNTRA-Finances, lorsque nous lançons les mouvements, nous laissons la base agir et donner toutes les informations pour la conduite à tenir car les responsables syndicaux n’apportent que l’éclairage. La grève c’est avant tout et après tout l’action et l’affaire des travailleurs.

La base, c’est qui ?

La base, ce sont les responsables des syndicats de base, les travailleurs regroupés dans ces syndicats affiliés ou non.

Oui, mais SG, le peuple ne réfléchit pas,  et c’est toujours les guides qui réfléchissent et prennent des décisions et le peuple applaudit?

Dans un pays arriéré comme le nôtre, c’est l’idée que les intellectuels et les politiciens propagent pour se donner le bon droit de tout faire, de manipuler le peuple et surtout la jeunesse. Lorsque les hommes vivant sur une aire géographique donnée se laissent opprimée, manipulée par certaines personnes dites illuminées, oiseaux rares, sans se défendre, vous constatez qu’on peut douter de l’existence du peuple. Mais les hommes politiques quand il s’agit des joutes électorales, ils savent que le peuple existe et réfléchit bien.    Allez dans les villages, allez dans nos contrées, si le peuple béninois n’était qu’à 40% instruit dans nos langues, vous pensez que les intellectuels vont les manipuler comme ils veulent ? Oui j’en conviens, il faut certains pour éclairer mais pas pour abêtir.

Nos populations ne sont pas bêtes. Vous voyez, sous l’arbre à palabres dans nos villages avant, c’est le lieu de règlement de tous les problèmes. On prend l’arbre à témoin pour ne dire rien que la vérité. Vous ne serez que sincères. Et même en présence du  roi et des personnes âgées, c’est ce qui a été décidé qui s’applique. Donc du coup, c’est ce que les travailleurs ont décidé ensemble qui doit être appliqué par les responsables syndicaux, et non ce que ces derniers pensent. Puisque l’éclairage qu’on peut donner peut être en déphasage avec ce qui se passe comme réalité sur le terrain. Ça, je pense qu’aujourd’hui, il faut que cela se sache que quand on dit que les guides sont éclairés, le guide ne peut pas être éclairé sans le peuple. Mais c’est plutôt le peuple qui, à travers tout ce qu’il dit, peut éclairer le guide. Sinon, le guide, s’il pense qu’il est éclairé, soit il devient dictateur ou il devient un monarque à qui il faut se soumettre. Et je pense que les peuples ont déjà aujourd’hui dépassé ce stade et  dictent ce qui doit pouvoir être fait à leur chef.

Est-ce qu’on peut considérer que les dernières grèves ont révélé la force de l’argent ?

Je vais vous dire d’abord ceci. Il faut caractériser d’où on est parti avec cette force de manipulation de l’argent dans notre pays le Bénin.Vous savez pendant la période révolutionnaire, ce n’était pas si visible. A cette époque, vous êtes tous membres du PRPB et de ses organisations de masse. L’avènement du Renouveau et les élections en 90, ont consacré la corruption électorale et on a  vu l’argent circuler par les responsables politiques du système du Renouveau. Parce que pour avoir le pouvoir, ils ont compris qu’après avoir pillé et affamé le peuple, il leur fallait jeter des miettes pour avoir leur suffrage. Donc la corruption a commencé au plan électoral en 90 et s’est amplifiée en 2006 et 2011. Le peuple et surtout sa jeunesse a été souillée par certains politiciens et aujourd’hui l’argent dicte sa loi dans tous les secteurs.Du coup, en milieu syndical également, l’argent dicte sa loi et circule. Si quelqu’un vous dit le contraire, il a menti. Au plus, on peut dire que certains résistent de mordre à l’appât, quand d’autres succombent facilement.

Comment ça circule ?

Vous savez, actuellement par exemple, les syndicats communément appelés« syndicats jaunes » sont fabriqués par le pouvoir dans beaucoup de ministères pour contrebalancer les syndicats qu’ils disent gênants ceci à coup d’argent. Lorsqu’au niveau des responsables on veut les attirer, on dit « non toi viens. Ce que tu fais là, rentre dans les rangs et tu auras ton compte sinon tu n’auras rien. » Et vous avez constaté même qu’au sein du parlement  et des organisations politiques dans ce pays on a dit « ’moi je ne vais pas passer toute ma carrière dans l’opposition, il faut que j’aille aussi à la mouvance ».  Ça veut dire quoi ? Ça  veut dire qu’il faut que moi aussi j’aille prendre une partie du biberon.C’est ça la mentalité de certains leaders de notre peuple. Donc s’il y a des syndicalistes de ce genre, on ne peut pas dire que c’est une chose extraordinaire, surtout qu’ils sont nombreux à n’avoir pas un idéal, un engagement, une conviction syndicale, mais des intérêts personnes.

Est-ce qu’en 2014 vous, vous avez eu votre part du gâteau ?

Moi Laurent Mètongnon je n’ai pas reçu une part de gâteau et les pouvoirs successifs du Renouveau, du changement et de la refondation savent qu’ils ne peuvent me tendre ce piège et n’avoir.L’argent circule dans le monde syndical, ce n’est pas d’aujourd’hui.  Qu’il ait circulé lors des derniers mouvements de grève, ce n’est pas moi qui l’ai dit. C’est l’un des responsables des centrales, en l’occurrence celui de la CSA-Bénin,  Dieudonné Lokossou, qui a dit que l’argent a circulé. Donc c’est à lui qu’il faut poser la question. Qui a fait circuler l’argent ? Et l’argent est allé où ? Donc je pense que c’est aussi facile que ça. Vous savez, il est souvent difficile de parler de soi-même. L’argent peut circuler, on peut tenter d’en envoyer à Mètongnon Laurent, mais ceux qui le font ou qui y pensent, savent que Laurent Mètongnon de par sa conviction, son idéal, ses principes et les valeurs qu’il défend, ne prendra pas.

 

Vous avez fait vœu de pauvreté ?

Non, je n’ai pas fait un vœu de pauvreté. Mais j’ai fait le vœu de dignité et d’honneur et je sais ce que je dois pouvoir avoir et être dans ma vie. Je ne peux donc ternir mon image, celle de ma famille et de mes enfants, par le bradage de ma conviction pour de l’argent souillé.

 Puisqu’on m’a dit qu’il y a une partie qui parle du parcours de l’invité que je suis, je vous ferai découvrir qui je suis et vous saurez que de mon origine jusqu’à ce que je suis, je ne peux pas baigner dans ces choses-là au risque d’irriter mes ancêtres là où ils sont. Mon nom, c’est METONGNON qui veut dire, « dans ton bonheur, je trouverai le mien ».

SG, nous allons quitter l’étape des rumeurs, donnez-nous un exemple concret de transaction financière en milieu syndical ?

Non, parlant de transaction financière, lorsque vous pouvez dire que telle personne a pris, il faut en avoir les preuves.

Nous sommes sous l’arbre à palabre…

Moi je n’ai pas de preuve pour dire que telle personne a pris et que telle n’a pas pris. Mais ce que je sais, est que, que ça soit juste après le renouveau, ou sousle changement et la refondation, des ministres m’ont dit : « non Mètongnon, ça ce n’est que des intéressements et non la corruption » mais j’ai dit non pour ne pas trahir les travailleurs. Et pour çà vous pouvez faire vos enquêtes auprès des travailleurs du MEF. Ces autorités le savent. Ils peuvent venir sous votre arbre à palabre et je voudrais bien que ça soit eux mêmes qui viennent porter le témoignage. C’est plus parlant. Les seuls témoignages qui ont été faits,  vous pouvez les avoir chez Jean Baptiste Elias. Je fais un clin d’œil à votre journal qui a fait une enquête sur l’affaire Dangnivo et la lutte qui s’en est suivie. Mais au cours de cette lutte, moi je devrais aller visiter cinq pays de l’Asie. Le chèque s’élevait à plus de trois millions, sans compter l’hébergement, la nourriture et autres. Mais j’ai dit non. Je ne peux pas avoir lancé une lutte et voyager. Quel que soit le bonheur à tirer de là-bas, je dois rester soudé à ma base. Ça si vous voulez l’écouter en audio, la cassette existe. Il y d’autres actes, comme des postes de direction miroités pour me détourner de l’idéal, mais j’ai résisté, non pas parce que je ne veux pas du pouvoir, mais tout simplement parce que je ne peux travailler avec un gouvernement qui érige l’impunité en système de gestion, un système de scandales, bref de mal gouvernance.

Alors SG, le lundi 14 Juillet dernier, les responsables syndicaux ont été conviés au renouvellement du bureau de la cinquième mandature du CES. On ne vous a pas vu autour de cette table-là.Qu’est-ce qui a justifié votre boycott ?

En fait, le 14 juillet, l’invitation était qu’il fallait que chaque centrale syndicale envoie cinq membres pour élire ceux qui doivent représenter les organisations syndicales au sein du Conseil économique et social pour le compte de la cinquième législature. Cette façon de désignation ne faisant plus école, la CSTB a refusé d’y participer et la notifié par écrit. En effet à partir de 2001, c’est-à-dire, après les premières élections professionnelles, les critères permettant d’envoyer les représentants des organisations syndicales au CES ont changé. Si à la 1er mandature en 1994, il n’y avait que quatre centrales : La CSTB qui existait depuis 1982 dans la clandestinité, l’UNSTB,(la CSA-Bénin et la CGTB nées à la faveur du Renouveau démocratique) se sont réparties les quatre places, il n’en a pas été ainsi à la deuxième mandature avec une nouvelle centrale, la COSI qui est venue s’ajouter portant le nombre de centrale à cinq.   Et puisque sur le terrain déjà, la CSTB, de par son attachement aux revendications, en faisait voir de toutes les couleurs aux autres centrales, notamment à leurs secrétaires généraux, qui ne se souciaient pas de la volonté de leurs bases, il fallait éjecter la CSTB pour mieux museler les travailleurs et poursuivre les complots. En réalité, qu’est-ce qui se passait ? Voilà des secrétaires généraux qui, pour avoir ensemble lancé une grève, peuvent à minuit aller à l’antenne pour suspendre le mouvement sans l’avis de leurs bases et pour des raisons inavouées. La CSTB n’était pas souvent d’accord, criait au scandale, dénonçait ces secrétaires généraux et pour tenter de la discréditer, et surtout de l’isoler, on disait qu’elle faisait des grèves politiques. Mais est-ce que les revendications des travailleurs étaient bien posées ? Est-ce que la façon de défendre ces revendications était meilleure ? On disait en ce moment-là qu’il fallait séparer la politique du syndicat. Il y a une politique sociale. Lorsque vous voulez même défendre les enseignants, il y a une politique de l’éducation. Le fait aujourd’hui que celle dont dispose le gouvernement du Président YAYI Boni est en inadéquation avec les profondes réalités de notre pays, on constate tout le désastre et le massacre dela formation des élèves et étudiants, bref de toute la jeunesse studieuse de notre pays. L’objectif de ces bonzes syndicaux c’est de ne pas faire les grèves, mais de s’entendre avec les gouvernementspour leur laisser le champ libre de faire tout ce qu’ils veulent avec les travailleurs. Ainsi, en 1999, les cinq centrales se sont réunies et quand il a été question de choisir quatre représentants,il s’est formé une coalition contre la CSTB qui fut donc  éliminé.

En 2001, Les élections professionnelles ont eu lieu. La loi 98 portant code du travail au Bénin entre temps a porté la précision que les places dans les représentations nationales doivent être attribuées aux centrales les plus représentatives,   par rapport aux suffrages obtenus au cours de ces élections.Les autres soutenus par le gouvernement, se disaient que l’heure était arrivée pour se débarrasser définitivement de la CSTB.ils se disaient que si on allait aux élections, on allait écraser la CSTB. C’était l’objectif. Donc du coup, dans un premier temps, ils ont dit, il faut avoir 25% pour être représentatif. On est allé aux élections professionnelles en 2001, j’étais le directeur de campagne. On a battu proprement campagne. Et ils ont été surpris que la CSTB les ait battus de très loin. Du coup, c’est sur la base des suffrages obtenus en 2001 qu’en 2004, les représentants de  la CSTB(2) la CSA-Bénin(1), La COSI(1) ont été envoyés à la troisième mandature du Conseil économique et social.

En 2006, il y a eu les secondes élections professionnelles. La CSTB les a distancés. Là prenant la mesure des choses, ils ont dit qu’il ne faut plus avoir 25% pour être représentatif, mais qu’il faut plutôt avoir 15%. La CSTB a eu 44,76%. Et le deuxième la CSA-Bénin avait moins de 16%. Donc, ont siégé à la 4ème mandature, la Cstb, la Csa,  et la Cgtb venue en 3ème position

 Voilà la légalité qui était mise en place, et tous les  secrétaires généraux avaient dit  qu’il la fallait. Nous disons aux députés : « respectez la légalité,  respectez la loi, en n’arrachant pas le droit de grève, le droit de citoyenneté aux magistrats. » Mais nous-mêmes, on se retrouve entre ceux qui veulent faire respecter la loi,  et au même  moment nous tordons le cou à la loi. Parce qu’on a tordu le cou à la loi 98. On a tordu le coup au  décret. Parce que les décrets qui ont été pris après, c’est sur la proportionnalité,  même le décret de 2013 qu’ils ont pris pour  pouvoir organiser les élections professionnelles en 2014, c’est clair dedans que s’il n’y a pas eu d’autres élections,  on se base sur les élections passées  pour envoyer les gens au CES.   Le principe est là. C’est sur la base des élections de 2001 et de 2006  que Gaston Azoua est allé au CES, que Mètongnon  est allé au  CES,   que Todjinou Pascal est allé au CES et que  Lokossou Dieudonné  est allé au CES. Alors  pourquoi on laisse ça de coté et on dit qu’il faut retourner en 1999, où  ils avaient fait le complot pour éliminer la Cstb pour pouvoir  aller  au  CES ? Il y a quelque chose là qui est anormal.  Il y a quelque chose là qui sent complot et assimilable à une récompense de ceux qui ont suspendu le mouvement pour le compte du gouvernement.

Et c’est tout ?

 Mais vous ne voyez pas que là, on ne peut pas aller légaliser quelque chose qui n’est pas légal ? Ce serait apporter sa caution à quelque chose qui est mauvais si on y    allait. Ca fait partie de la lutte aujourd’hui ? Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que nous-mêmes on sait que quelque   chose est illégal mais pourtant  on est là. Non,  ce n’est  pas ça la logique.  En tout cas au niveau de la Cstb et de la Fesyntra-Finances, ce n’est pas notre façon de voir et d’agir et cette attitude ne saurait être comparée à une politique de chaise vide.

D’aucuns estiment que les syndicalistes   à la Cgtb et à la Fesyntra-Finances ne sont plus en fonction mais continuent de diriger les travailleurs. Qu’en dites-vous ?

Oui je suis à la retraite. Mais il faut faire la différence entre la profession et le syndicalisme. Le syndicaliste défend les intérêts moraux et matériels des travailleurs. Même à la retraite si ces derniers lui font confiances, il peut défendre leurs intérêts. Mais au plan professionnel, la loi dit qu’après 30ans de service ou 55ans d’âge, il faut aller à la retraite. C’est le pouvoir de YAYI qui fait courir ce bruit pour que certains syndicats dont les responsables incorruptibles par lui quittent la scène syndicale pour lui coller la paix. Toutes les fois que les travailleurs des finances vont m’accorder leur confiance et me confier la défense de leurs intérêts, je le ferai avec toute la force qui reste. Il n’y a pas de salaires, de privilèges à la fesyntra-finances ; il y a l’honneur de défendre des hommes, le pays.

SG, vous aviez deux fois déjà siégé au CES, quelles sont vos impressions ?

Non le Conseil économique et social, il faut remonter à sa date de création. L’intention des pères fondateurs c’était d’avoir une boite qui réfléchisse  à tout ce qui est économique, à tout ce qui est social et qu’on  le reverse au Président de la République pour l’aider à prendre des décisions. Mais dans la réalité, pour ce que moi j’ai connu, les conseils qui sont donnés Dieu seul sait s’ils sont pris en compte.  Puisque à chaque section,  il faut qu’on nous dise par rapport à tel  dossier qu’on a traité, à tel  avis qu’on a donné,  quel est l’avis du Président de la République.

Donc, c’est une institution budgétivore, selon vous ?

Moi je ne le qualifierais pas d’institution budgétivore. Mais je dirai que c’est une boîte de réflexion qui est sous utilisé au Bénin. Puisque ce sont les couches professionnelles qui sont là bas.  Et lorsque par exemple on veut parler de l’environnement, on veut parler de l’agriculture, c’est  avec des gens  comme Mama N’diaye hier, des gens comme le professeur BOKO qui sont là aujourd’hui.   Et lorsqu’on parle de ces choses-là sans tenir compte de leurs recommandations, vous allez me dire quoi ?  En principe ce qui est dit dans la loi, c’est que ce sont les conseillers de la république qui doivent faire des recommandations au Chef de l’Etat.       Au CES vous avez les associations du développement qui sont représentées, les agriculteurs, les magistrats, les sportifs, les opérateurs économiques, les artistes, les artisans en fait ce sont tous ceux-là qui  sont censés connaitre les différents problèmes des couches sociales de notre pays qui se réunissent. Mais lorsque le budget vient, et qu’au moment où nous on l’analyse pour faire connaitre notre point de vue, le gouvernement a déjà fini et l’a envoyé à l’Assemblée, qu’est- ce que vous vous devenez ? Vous envoyez votre réflexion au parlement ? S’ils veulent en tenir compte ils en tiennent compte.  Lorsque vous prenez les pays développés, il y a ce qu’ils appellent  Sénat. Et vous verrez que ce sont les anciens, les présidents, les vieux qui viennent là et qui réfléchissent. Et ces réflexions n’ont pas de couleurs.  Vous voyez même  au Nigéria, si ça change, et qu’un président vient, il ne peut pas s’écarter de la ligne directrice du développement de son pays. La belle preuve, c’est ce que  tout le monde a cru ici, quand Obama  est venu au pouvoir aux USA. On a dit : « Ah ! Voilà un noir   qui est venu au pouvoir, il va aider les pays africains. » Non ! les choses ne se passent comme cela. La fondation du développement dans les grandes lignes existe, tracée et il ne peut pas s’en écarter pour les beaux de qui que ce soit sans connaître la fronde des américains toutes tendances confondues. Donc la guerre là bas, ce n’est  pas une guerre de personnes,  mais c’est  une guerre d’idées, de développement. Qui a les idées, émerge, et non harcelé, méprisé, contraint à l’exile. C’est de ça qu’il s’agit.

 

Est- ce que, selon vous, il faut changer la loi organique sur le CES ?

Non, la loi organique telle qu’elle est, le problème qui s’était posé était une augmentation du nombre pour faire intégrer d’autres couches.  En principe, si l’exécutif,  donne son aval, ça ne devrait pas être un problème.  Parce que moi je me dis qu’au CES, ce sont ceux qui  connaissent les problèmes de ceux qui souffrent  qui doivent être représentés là-bas.  Par exemple si on prend  le problème des casques,  il y a une commission.   Le gouvernement avant de prendre la mesure doit s’en référer au CES pour dire : « Voyez-moi ce problème. Si je vais de cette façon, est- ce que ça ne va pas créer  au plan social des remous ? » Ces conseils auraient évité ce qu’on voit. Parce que si j’aborde ce problème  avec vous, moi je me dis que  notre régime ne va que chercher des problèmes  qui ont été mal réglés par le PRPB. Sinon, un décret de 1972, de la fin du régime du Président Maga du Conseil Présidentiel, c’est ça que le gouvernement va exhumer et nous dit que  ce décret a été réhabilité  par un arrêté interministériel en mars 2006, fin du régime de KEREKOU donc avant même Avril 2006.  Et c’est ce décret qu’on fait publier en 2014, sans savoir qu’en 1972 il n’y avait pas de zémidjan, ni autant de motos mais des BBCT, VESPA.  Les motos, on pouvait même les compter du bout des doigts avec les étudiants  « No moto, no amour ». C’est-à-dire que si tu veux conquérir le cœur d‘une femme il fallait avoir  une moto.  C’était comme ça que les choses se déroulaient. Et sur quelle voie, les voies  n’étaient pas ce qu’elles sont aujourd’hui.  Mais comment aujourd’hui,  on exhume ce décret, sans prendre certaines dispositions. Vous avez si pitié de moi que vous voulez que je porte de casque. Oui j’en conviens c’est bien. Avec la population de 1972, il faut féliciter le PRPB qui a créé des transports urbains. Vous n’avez jamais entendu parler des STPA, Trans Ouémé, Sotramo, ainsi de suite ?  Aujourd’hui en 2014, les voies telles qu’elles sont, l’indiscipline  des usagers règne créant  des embouteillages  et des accidents. Absence de rails et mieux, quand on veut faire une nouvelle voie, qui    prévoit les pistes cyclables ? C’est à cela qu’il fallait réfléchir ou carrément subventionner les casques.  On est au moins un million, à Cotonou et Abomey- Calavi, selon notre dernier recensement. Et je prends  au bas prix 5000f pour  un casque, vous voyez combien ça fait : 5milliards. Ces 5milliards-là, ça va servir à quel investissement ?  Qui a réfléchi à ça ? Vous allez voir quand les stocks vont finir les gens seront encore fatigués car l’éducation des usagers de la route au Bénin pose un problème. Et vous avez vu toutes les variétés de casques qu’il y a.   Lorsqu’on prend les patriotes c’est- à dire ceux qui veulent réfléchir à la sécurité, ils verront que c’est le chômage qui a créé ça.  Lorsque vous regardez parmi les zémidjan, vous verrez qu’il y a plein de diplômés, qui ont  fait deux ans ou trois ans à l’Université. Il y a des gens qui ont fait  six ans voire sept ans mais qui sont en train de faire zémidjan. C’est le chômage qui a créé ça. Donc,  la résolution de ce problème passe par  la sécurité alimentaire, la sécurité de l’emploi. Donc, si on sécurise l’emploi, on reprend les rails, on développe les transports communs, c’est sûr qu’il y aurait  moins d’accidents. Parce qu’il  y a des gens qui ne connaissent même pas le code.  Mais vous ne voyez pas comment ils conduisent ? Tous ceux  qui  font accident ce ne sont pas des gens qui n’ont pas de casques.     Ou bien à défaut c’est qu’on peut faire recours à ces policiers qui  sont sortis la dernière fois. Pourquoi ne restent-ils pas aux carrefours ? Lorsque les gens font excès de vitesse on les verbalise. Donc le problème est beaucoup plus de mon point de vue un problème d’éducation de ces motocyclistes venus de la campagne parce qu’ils n’ont plus à faire là-bas.

Laurent Mètongnon nommé ministre de la fonction publique. Votre réaction ?

Le système est actuellement un système de scandale, d’impunité et de crimes financiers.

 C’est-à-dire un système où vous n’êtes que soumis à un chef. Je ne peux pas travailler sous un tel système. Si c’est le système du renouveau qui doit continuer et qu’il ne doit pas y avoir une rupture radicale, moi je ne peux pas travailler dans ces conditions. Il faut que ça soit clair. Si je dois occuper un poste ministériel, il faut qu’on me laisse les coudées franches afin de réfléchir avec ceux qu’il faut, pour pouvoir mettre en place une politique. Je ne peux pas être au ministère du travail sans avoir le point de vue des travailleurs. Il n’est pas question d’aller s’assoir dans un bureau pour parler des mois de service public. Avec qui cela a été décidé ? Avec les travailleurs ? Je ne pense pas. Donc je pense qu’il faut une rupture radicale de la gestion du pays avec des patriotes.La problématique aujourd’hui c’est quel pouvoir pour le Bénin de demain et pour quelle gouvernance ? Je sais qu’ils sont nombreux dans le pays mais étouffés,  car si vous donnez vos positions on vous qualifie d’opposant. On ne fait que les décevoir. Sinon pour les derniers concours, la Fesyntra-finances a avisé et pourtant on y est allé par force. J’ai dit que ce sera une mauvaise organisation. D’abord, le délai donné. Un papier sort le 30 juin et on veut qu’on compose le 28 juillet. C’est comme cela que ça s’est passé. Or, contrairement aux normes, ils disent que c’est des contractuels à durée  déterminée et que c’est deux ans renouvelables. Ils sortent donc  le régime juridique portant recrutement des agents occasionnels. C’est vrai, dans ce document à la partie Recrutement, on n’a pas donné de délai. On a parlé seulement de recrutement  sur poste par rapport au profil et autres.   Bref, ceux qui devraient   réussir sont connus d’avance. Et je l’avais dit aux jeunes qui n’ont pas compris. Après, ils ont commencé par pleurnicher. Je crois qu’ils ont tort car c’est eux qui doivent se battre.  Ce ne sont pas les autres qui doivent se battre à leur place ; ils peuvent être accompagnés, éclairés dans cette lutte. Ceci parce qu’ils ne sont pas encore nos syndiqués. Nous on a le droit de défendre nos militants. Si on le fait, c’est parce qu’ils sont des citoyens. Aucune jeunesse n’a marché pour protester contre cela, c’est inadmissible.  Je le dis parce que s’il y  avait une certaine cohésion parmi les candidats,ils auraient pu faire fléchir le dimanche le gouvernement en imposant une certaine transparence dans l’organisation des concours. C’est à la jeunesse de mon pays de se lever, de s’indigner et de se battre. Quand moi j’étais jeune, depuis le collège jusqu’à l’université, c’est avec les maniocs qu’on faisait les graffitis sur le goudron. Et pour écrire sur le mur, en plein jour ou sous la lumière, il fallait avoir du courage pour le faire sous le Prpb.

 

La Cgtb et la Fesyntra-Finances ne respectent pas l’alternance dans le monde syndical comme elles l’exigent au chef de l’Etat, Boni Yayi.

Sur cette question, je constate que vous êtes intéressés et je suppose que vous n’avez pas été trop satisfait de ma précédente réponse. Alors je complète ceci :

La gestion politique d’un pays se base sur la constitution. Or, le syndicalisme qui n’est pas une profession, est la défense des intérêts des hommes, des travailleurs surtout. Mais il y a un âge pour défendre quelqu’un ? Moi, je me battais depuis mon enfance contre l’injustice. Tout le monde ne peut pas oser affronter certaines choses au nom des gens. C’est pour vous dire que ce sont les hommes de Yayi qui le disent. Son souci est de voir certaines personnes partir du monde syndical.  A mon départ à la retraite au ministère, mais c’était la fête à la présidence car on disait que je vais enfin leur coller la paix. Je n’ai pas besoin d’être syndicaliste avant de défendre les zémidjans. Je dis qu’avec ce problème de casque, le gouvernement est en  train de nous gruger. Les gens n’ont pas les soins adéquats dans les hôpitaux, les gens ont faim, manquent de moyens pour supporter leurs enfants et vous refusez de subventionner les casques. Il faut des gens des gens audacieux pour le faire entendre à des gouvernements comme celui de la refondation. Des gens ont dit qu’ils ne peuvent pas faire l’opposition toute leur vie. Mais si c’est dire ce qui ne va pas qui est opposition, moi je ferai ça jusqu’au dernier souffle toutes les fois que les travailleurs me le demanderont.

Avantages du syndicalisme

Mon arrivée ici est déjà quelque chose que j’ai gagné puisque ce n’est pas réservé à tout le monde. Je suis donc une personne ressource digne et peut partager avec vos lecteurs, mon expérience, ma conviction et mon engagement dans la défense des hommes. Ce qu’on gagne aussi est que parfois quand tu sors, les gens te doigtent et te reconnaissent. C’est déjà un avantage. J’ai fait une émission en langue Xwéla, le samedi 02 août dernier avec Isidore Dansikpè sur Fm Ahémé. Mais avant que je ne finisse l’émission, des gens sont arrivés pour connaitre ce Metongnon qui parle. On voulait venir voir celui qui est Laurent Mètongnon. C’est ça donc ce qu’on gagne. Et c’est plus que de l’argent.

Menaces sur les pensions des retraités annoncée par le président du patronat, SébatienAjavon

Je pense que là, il faut relativiser. C’est au président du conseil d’administration que vous posez la question et non au syndicaliste. Les problèmes que posent les employeurs et leursemployéssont beaucoup plus profonds que ça et remontent à la gestion de l’ancien DG ALI YERIMA et ont trait également aux textes qui régissent la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) qui donnent trop de prérogatives au pouvoir. Je dis que s’il y a une société qui peut créer le plus d’emplois dans notre pays c’est la Caisse.   La Cnss, ce sont des milliards que nous avons mais qui dorment dans les banques. Un petit problème du système financier qui touche les banques, et tout est à l’eau. Il faut donc revoir le système de sa gestion, la politique de placement, des investissements, la politique salariale etc etc.

 Une politique d’investissement pourvoyeuse d’emplois par exemple peut être la construction d’un hôpital de référence où on a tout le matériel moderne et les médecins qualifiés. Vous voyez tout ce qu’on y gagnerait ? Au lieu d’envoyer les malades en Afrique du Sud, au Maroc ou ailleurs, ne pourrions nous pas faire cet effort sans tendre la main à l’extérieur ? C’est beaucoup d’avantages qui nous attendent si c‘est fait. On ne peut pas se réveiller dans la 55ème  année d’indépendance avec un hôpital de référence au lieu de faire la chasse aux opérateurs économiques ? On doit se demander quoi faire pour le pays ensemble. On essaie de créer de l’emploi pour les jeunes. Donc,  c’est dire que le combat que eux ils mènent pour leurs employés, c’est celui de la mainmise de l’administration sur la Caisse. Il faut vous dire qu’ensemble déjà le 17 avril, on avait tout suspendu   par rapport à une décision prise au niveau du conseil qui n’a pas été exécutée. Les moyens de pressions alors sont ce que font ces membres actuellement. Il faut vous dire que les pensions sont payées jusqu’à l’heure où je vous parle. Si la performance de la Caisse le permet, on devrait revoir tout ça, parce que c’est une caisse sociale. Le gros problème dans notre pays aujourd’hui, c’est où sont les vrais patriotes ? Ce n’est pas les patriotes qu’on a eu au niveau des syndicats de la douane et autres dont je parle mais je veux parler de ce patriotisme ardent qu’on doit ériger en système, de gestion qu’on cultive au sein du PCB depuis 1977.C’est-à-dire qu’on prenne la chose de la société comme notre propre chose et voir comment on doit pouvoir la gérer, c’est de ça qu’il est question. Le Bénin a besoin des hommes vertueux, qui aiment leur patrie, les hommes qui y vivent et respectent le bien commun.

Il parait que les caisses de la CNSS ont servi à financer le gouvernement à des fins inavouées 

En tout cas, depuis que moi je suis là,  c’est-à-dire depuis novembre 2013 jusqu’à maintenant, je n’en ai pas eu d’indice. Sinon, sur les points que je demande, je n’ai pas eu d’indice que l’argent de la Caisse a servi à faire de telles choses. La gestion de l’ex DG a fait l’objet d’audit de l’IGE et du cabinet Mazard et les résultats sont là. Puisque on est dans un régime d’impunité rien n’a été fait et je constate comme monsieur tout le monde.

Sinon, le président du patronat disait que si on devait faire le point, que tous les Dg qui ont pris par-là doivent aller en prison.

Non c’est le Président lui-même qui a déclaré que si on devait prendre en compte les résultats des audits que tous les directeurs iraient en prison. Il sait alors de quoi il parle.

Il y aurait des rapports scandaleux sur le Dg Ali Yérima, où sont-ils passés?

Nous avons le rapport de l’IGE, et aussi  le rapport Mazard. Et tous ces rapports sont à la présidence. On les a eus mais avant, j’ai dû  écrire pour les réclamer à plusieurs reprises. Mais Ali Yérima, vous ne le voyez pas assis en conseil des ministres ? C’est pour ça que j’ai dit à mon jeune frère où à mon fils tout à l’heure que si on vit dans un régime d’impunité, vous ne verrez pas ceux qui ont  un certain honneur   aller  salir   leur dignité. Nous sommes dans un régime d’impunité et les répressions se font au rythme de l’humeur de celui qui est chargé de sanctionner. C’est ça, les rapports sont là, c’est connu, les sanctions sont   prévues dedans et on attend.

SG, vous avez été dans vos différentes fonctions antérieures membre de l’Observatoire de lutte contre la corruption devenu aujourd’hui l’Autorité  nationale de lutte contre la corruption. Selon  vous, qu’est-ce qui a été fait concrètement depuis sa création en matière de lutte contre la corruption ?

Je peux avoir un regard critique mais ce regard critique est professionnel. Parce que quand j’ai pris service en 1981 à la direction du budget, je suis resté à la division investissement et équipement. C’est ça qui s’occupait des grands travaux. Donc, ce qu’on appelle les rues de Cotonou, c’est-à-dire quand vous quittez Gbèdjromèdé pour venir à Atinkanmè, c’était du sable. Ce projet-là, si vous le cherchez dans les archives, vous verrez mon nom, vous verrez le nom de l’IGF, Hounsou Edouard. Si vous prenez le ministère de l’économie et des finances actuel, vous verrez mon nom. Donc, je suis resté dans un système où j’ai vu ce qu’on appelle les marchés publics. C’est pour ça que si vous allez à l’université aujourd’hui et que vous prenez mon mémoire du premier cycle, c’est : « Le financement des marchés publics en République populaire du Bénin ». Vous aurez assez de chiffres et vous verrez que déjà en ce moment-là, je dénonçais déjà tout ce qui est surfacturation, tout ce qui est avenant. J’ai fait l’Observatoire de lutte contre la corruption sous la direction de Jean Baptiste Elias. On peut tout reprocher à Jean Baptiste Elias, mais si c’est le dynamisme, il l’a et les résultats que nous avons eus sont probants et peuvent être démontrés pour les deux mandatures. Qu’on ait changé l’Observatoire de lutte contre la corruption en Autorité, vous verrez toujours que les missions n’ont pas changé. Les textes sortis, les lois qu’on a eues, qu’est-ce qu’on en fait ? Tout le problème est là et qui peut avoir la poigne de faire exécuter ça sans toucher à la cour et à la basse-cour de YAYI ? Tout le problème est là ! Qui peut avoir le courage de le faire ? C’est de ça qu’il est question.

 

On a l’impression que cette Autorité est trop silencieuse et ne parle pas. A quoi cela est dû ?

Il faut des gens qui peuvent avoir le courage de leurs opinions, de faire passer leurs opinions. Quand c’est blanc, ils n’ont qu’à dire que c’est blanc et n’avoir peur de qui que ce soit, ni de représailles de qui que ce soit et ou être prêt même à subir les représailles. C’est pour ça que si les paroles vont sous l’arbre à palabre  au village, on ne cache rien.

Le droit de grève des magistrats à l’Assemblée nationale  a nécessité la mise en  place d’un comité de gestion de la crise. Selon vous, la victoire serait de quel côté ?

Dans cette histoire, il ne faut pas voir l’Unamab seule, il faut voir le peuple béninois. Si ce n’est que les magistrats, ils sont combien ? Non, on leur retire le droit de grève comme on a fait aux douaniers, mais aussi le droit de citoyenneté. Ils n’ont même pas à militer dans un parti politique. Voyez-vous tous les ravages que ça va faire au niveau des institutions ?         Puisqu’au niveau des institutions, tous ceux qui sont magistrats doivent être  sortis.  Votre CENA même, on doit le mettre aux calendes grecques et c’est fini. Il s’agit là d’un problème profond. J’ai dit à l’entame de notre entretien que quand vous prenez notre loi fondamentale, vous verrez que c’est par rapport à la période dictatoriale dont on venait de sortir que la loi a été prise. L’article  30 de la loi fondamentale a été clair : le droit de grève est reconnu à tout fonctionnaire. Si dans d’autres constitutions, dans d’autres pays le droit de grève est interdit aux magistrats, on ne peut pas transporter ça ici parce que dans  notre loi fondamentale, ce n’est pas la même chose.  Et, l’article 25 est clair : le droit d’aller et de  venir  est reconnu. Avant 90, Il n’y avait que deux journaux. On avait déjà conquis les libertés dans les rues en 85 et couronnées en 1989pour voir Tam-Tam Express, la Gazette du golfe, le Canard enchainé et autres commencer par paraître. Et si vous prenez les numéros de la Gazette du golfe  aux années 89, c’est les extraits des papiers des comités d’action pour la plupart. Donc, pour en revenir à cette question, les magistrats, ce n’est pas eux, c’est le peuple. C’est au peuple qu’on veut retirer  son droit pour avoir le bon droit de le mater à tout moment, de lui dicter ce qui doit pouvoir se faire. Quand vous avez vu le défilé du 1er août, qu’est-ce qu’on a montré ? C’est rien que des armes de guerre. « Taisez-vous hein, sinon, vous voyez ce que j’ai ? C’est pour vous. » Voilà ce qu’on veut dire.  Dans les pays africains, c’est ça. Mais dans les pays développés, on montre ça pour   faire peur à d’autres puissances. Quand les Etats Unis d’Amériques font ça, ils amènent tout ce qu’ils ont comme armes chimiques et autres pour dire : « Union soviétique tu vois tout ce que j’ai ? Tu vois à quel niveau je suis déjà » C’est ça ce qui se fait. Mais ici, c’est pour faire peur aux populations.  On veut dresser le lit à la dictature. Au peuple de se battre. Les magistrats en ont suffisamment fait et il faut les féliciter.

 

N’y a-t-il pas un peu d’objectivité dans ce que disent les députés quand on sait  ce qui se passe dans les tribunaux ?

Non. En voulant régler un problème, il faut voir celui à qui cela profite. Voici le problème qui est posé : ils disent que les dossiers trainent au niveau des juges, que les tribunaux sont engorgés, que les juges sont corrompus. Qui construit les tribunaux ? C’est les magistrats qui le font ? Et dans la loi, je ne suis pas juriste mais quand il y a un tribunal quelque  part, c’est qu’il doit y avoir une prison à côté. Combien de prisons on a au Bénin et elles ont été construites pour combien de gens ? C’est ça aussi la sécurité.  Si on doit avoir pitié de nous, quand on nous a pris comme malfrat, la loi aussi nous dit qu’on ne doit pas nous torturer quand on nous met au frais. Il faut bien nous traiter. C’est ça aussi le droit du citoyen. Combien de prisons  y a-t-il ? Tous les fonds qui sont volés, combien   ont-ils  pris pour construire des prisons ou des tribunaux ? N’avez-vous pas appris que le  MCA a envoyé de l’argent pour construire des hôpitaux, argent qui a été détourné ? Voilà la leçon qu’on veut apprendre. Les tribunaux ont engagé les dossiers, les dossiers trainent sans suite. N’avez-vous pas appris que les magistrats disent que quand il y a cour d’assise, il y a des moyens qu’on doit mettre à leur disposition et qu’on ne le fait pas ?  Pour qu’il y ait sécurité, il faudrait qu’il y ait assez de juges, de magistrats. Ceux qui ont dit qu’ils ont honte des magistrats parce qu’ils sont trop corrompus, l’histoire nous a fait déjà savoir ce qu’ils sont. Pourquoi celui qui a dit que les juges sont plus corrompus ne donne pas de noms ? Moi, je ne parlerai pas d’un corrompu sans donner de nom ni  la preuve. Dès qu’on a dit que quelqu’un connait des corrompus, il aurait dû donner des noms qu’il serait un garçon. Il aurait fait avancer la magistrature dans notre pays. Entre temps quand il y avait eu un problème des magistrats pour frais de justice, des magistrats ont été radiés. Les magistrats ont-ils refusé d’être radiés si les faits de corruption sont établis ?Moi je ne dirai pas que les magistrats sont corrompus. Je dirai que certains magistrats sont corrompus mais pas tous.

Que faut-il faire face à cette proposition ? Faut-il laranger  au placard?

Moi, je pense qu’il faut la retirer. Mais j’ai écouté Sacca Lafia. Voilà quelqu’un qui s’occupe de notre Lépiet qui dit aujourd’hui que les signataires de cette proposition de loi ne feront pas demi-tour, qu’ils iront jusqu’au bout. Ils comptent sur quoi concrètement ? C’est ce que je ne comprends pas.

 

Où en est-on avec l’affaire Dangnivo ?

Je réitère mes remerciements à tous les journalistes qui nous ont relayés. Parce que n’eût été leurs efforts, personne n’aurait su qu’un cadre a disparu dans des conditions qui jusque-là sont mystérieuses. Quand même on a voulu me convaincre de ce que le corps exhumé à Womè était son corps. Moi je continue de dire que ce n’est pas son corps. Et ce n’est pas Akofodji qui me dira le contraire. Le Directeur de cabinet militaire, en ce moment, Robert Gbian qui était sur les lieux m’a posé la question de savoir pourquoi je suis si triste. Je lui ai répondu que même ci c’était un Nigérien qui était perdu et qu’on me dit que c’est lui qu’on est en train d’exhumer, j’allais avoir la même attitude. Dangnivo est un être humain et je continue de répéter que  tôt ou tard, on saura la vérité sur ce qui s’est passé ce 17 août 2010. J’ai appris comme vous à la radio que le Procureur général de la cour d’appel, Gilles Sodonona dit qu’il y a un témoin qu’on recherche depuis dans l’affaire Dangnivo, sinon ça devrait passer à la cour d’assises. Quand nous avons été appelé puisqu’on a porté plainte au niveau de la cour et qu’on a laissé nos dépositions, personne ne nous a dit jusqu’à présent celui qu’on recherche. C’est déjà bien qu’on recherche un témoin. Si c’est le témoin à charge ou à décharge, il faut qu’il le retrouve.

Est-il vraiment mort ?

Ne me posez pas cette question dans la mesure où le procureur dit qu’il reste un seul témoin et c’est le principal.Puisqu’il l’a dit, j’attends. Je suis en train de prier pour qu’Akofodji ne meurt pas, puisque quand nous sommes allés le voir, il a dit quelque chose que vous devrez garder en mémoire. J’ai pu avoir la cassette et j’ai ce qu’il a dit. Que Dieu nous prête vie. Dangnivo vivant ou mort, on saura un jour ce qui s’est passé.

On apprend que les maires s’organisent à faire une déclaration sur un prochain mandat de Boni Yayi. Que pensez-vous d’un éventuel 3ème mandat ?

C’est une machine qui est en marche et le dernier verrou qui peut sauter c’est cette histoire de magistrature. On sait que si on arrive à vaincre les magistrats et à leur retirer le droit de citoyenneté et celui de grève, tout peut se passer. Parce que dans un pays où il n’y a pas de justice, quand ça va se passer comme ça, vous verrez les réponses que les gens donneront par rapport aux milliards promis lors de la table ronde. Que des maires s’apprêtent à le faire, c’est normal. Ces maires sont dans l’illégalité et ils veulent continuer leur mandat. Il leur faut ce parapluie pour pouvoir encore se maintenir. La même chose pour certains députés qui savent que c’est sous ce parapluie qu’ils peuvent faire autant de mandats qu’ils veulent à l’Assemblée nationale. Le troisième mandat est anti constitutionnel parce que notre constitution est claire à cet égard et la trouvaille c’est de dire que c’est le peuple qui le veut. On verra ce peuple qui va se soulever dans les campagnes pour pouvoir le dire. C’est la méthode qui a prévalu entre temps dans un pays voisin que je ne veux pas nommer mais que vous connaissez. L’avion peut atterrir et se casser mais, ça ne veut pas dire que les populations viendront pleurer et dire qu’il faut rester. Est-ce que mon peuple aujourd’hui, avec toute la misère, ses sous engloutis dans ICC, avec ces scandales dont la Cen-Sad, l’obscurité dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui après avoir englouti autant de milliards à Maria Gléta, est-ce que le peuple béninois, la jeunesse béninoise va se laisser duper ? J’attends de voir.

« Je confirme qu’il y aura alternance en 2016 et que Boni Yayi partira ». C’est ce qu’ont déclaré ses proches le 1er août dernier. Que pensez-vous de ces déclarations ? Vous y croyez ?

Je sais qu’au Bénin, ceux qui sont guidés par le ventre disent une chose dans la chambre et autre chose quand ils sont dehors. Pour les informations que j’ai reçues et qui me sont parvenues par rapport à cette loi contre les magistrats, en principe, elle devrait être balayée à leur première rencontre. Quand ils se retrouvent en plein jour, ils craignent la justice personnelle de celui qui les a mis là parce qu’il y a certains, quand tu les écoutes, c’est sans conviction. Il y en a parmi eux qui sont pour ça, qui foncent. Je ne voudrais pas vous dire certaines choses.

Que pensez-vous du RAMU ? Y a-t-il un relais entre Ramu et ICC ?

Vous qui êtes dans le journalisme, essayez de revoir un peu le passé. En son temps, pour pouvoir dompter les zémidjans puisqu’ils étaient nombreux, Kérékou disait qu’ils allaient faire du manioc et qu’il leur trouverait des champs. C’est des milliards qu’on a mis dans ce projet et il y avait au moins 3 ou 4 millions. Allez chercher là où sont passés ces milliards. Est-ce qu’ils ont réellement servi à faire du manioc, du gari ? Lui, pour ne pas faire du manioc, c’est le RAMU. « Je vais m’occuper de votre santé, vous allez vous soigner. » Se soignent-ils maintenant ? Vous les voyez ?  Je ne peux pas dire que le Ramu est ICC bis parce que je n’ai pas encore assez de preuves mais, c’est un marché de dupes qu’on a signé avec eux.

Rédaction

Yèto KANDJI, Roi d’Agonlin sous « L’Arbre à Palabres »: « Les administrations locales ne peuvent plus se passer des Rois du Bénin »

La rubrique phare de votre journal, « Sous l’Arbre à Palabres » a reçu comme 79ème invité, sa majesté Yèto KANDJI, 5ème Roi d’Agonlin. Le  climat actuel au sein des royautés béninoises,  l’état des lieux des activités  que mène  le Haut Conseil des Rois du Bénin dont il assure le poste de secrétaire général, ses  appréhensions sur la gestion du pouvoir par le président Boni YAYI, son « grand ami »,  sont entre autres sur lequel il a réagi  sans faire la langue de bois. Il a longuement insisté sur la nécessité d’une collaboration réelle et fructueuse entre les chefferies et royautés du Bénin et les administrations locale.  La polémique autour des  millions qu’aurait offerts récemment le richissime homme d’affaires Samuel Dossou  aux Rois du Bénin, le droit de grève des magistrats,  l’éventualité d’un troisième mandat pour Yayi,  étaient également au menu des échanges entre le prestigieux invité et les journalistes de « L’Evènement Précis » doublement honorés par la présence remarquable  de la reine Sessimè, une espagnole.

Et si on en parlait

Avant toute chose, quelles sont vos premières impressions ?

Je suis très content d’être avec vous ce matin. Ici, c’est ma maison. Vous savez que monsieur Agognon, votre directeur est mon fils et l’Evènement Précis est un journal digne de ce nom que nous aimons beaucoup. C’est pourquoi chaque fois que nous avons des manifestations, des fêtes à célébrer dans notre royaume, on vous fait appel. Je suis très content d’être parmi vous. Aujourd’hui, la royauté béninoise se porte très bien. Nous sommes là d’abord pour œuvrer pour la paix et le développement de notre cher pays le Bénin. Les gens nous appellent souvent pour nous dire que nous sommes des rois et de ne pas se mêler de politique. Le roi effectivement ne doit pas faire la politique mais à des moments donnés, il faut réagir. Car, nous ne voulons, en aucun cas, laisser nos fils et nos cadres se battre. Le Président de la République qui est là aujourd’hui a été élu par les rois. Il n’est pas là sans nous. C’est pourquoi nous devons agir s’il y a des divergences politiques.

Comment se porte aujourd’hui  le royaume d’Agonlin?

Majesté Yèto Kandji : Le royaume d’Agonlin se porte très bien. Il y a la paix, la cohésion entre les filles et fils de la région Agonlin.

 

Après 20 ans de règne, quel bilan faites-vous ?

Il y a eu beaucoup de choses lors de la célébration de l’anniversaire des vingt ans d’intronisation. Nous avons, dans un premier temps, procédé à la réhabilitation de notre palais qui nous a coûté près de deux cent million (200 000 000) de francs Cfa et grâce au soutien de nos partenaires, surtout de la reine Sessimè, nous avons érigé et inauguré la statue du roi Yèto qui est le fondateur du royaume d’Agonlin. La reine Sessimè nous a envoyé de l’argent pour soutenir les enfants orphelins de Zagnanado. Toujours dans ce sillage, elle envisage, avec nous, la construction d’un orphelinat à Zagnanado. C’est pour vous dire que tout est en bonne voie. Nous avons été invités,  il y  a quelques temps, par le ministre espagnol chargé des relations, le ministre Comina qui aime beaucoup la tradition,  et qui a d’ailleurs été intronisé  dans notre palais. Cette invitation nous a permis de rencontrer beaucoup de personnalités espagnoles, des maires, des honorables députés et autres. Il devait même y avoir un jumelage entre la mairie de Zagnanado et celle de Bayolas en Espagne. Bientôt, ce sera une réalité. Voilà quelques actions menées après la célébration des vingt ans d’intronisation. Mais, au-delà de tout ceci, il y a eu également la célébration de la fête de Mahi Ouindo qui consacre l’union des filles et fils Mahi qui a été célébrée dans ma commune, Zagnanado. A l’issue des cérémonies, j’ai été élu président du conseil de tous les roi Mahi.

 

 

Quelles relations avez-vous avec les autorités communales de votre royaume ?

Vous savez qu’aujourd’hui, il n’est pas permis à tout le monde de parler de politique puisque si  vous ne savez pas  faire, vous allez avoir des problèmes. La politique est très différente de la tradition. Mais la royauté a toujours sa place dans la gestion du pays. Aujourd’hui, les mairies fonctionnent sans les rois alors que dans les pays qui nous entourent, tels que le Ghana, le Togo, le Nigéria, les maires fonctionnent avec les chefferies  traditionnelles. Mais au Bénin, c’est le contraire. Le maire s’oppose à  des décisions que prend le roi. On lui a dit qu’à Agonlin, la tradition est bien structurée. On a un agrément, tous les documents administratifs et par conséquent, nous sommes habiletés à agir dans le sens qui est le nôtre. Aujourd’hui, il y a la paix, le maire a compris que le roi est incontournable dans son royaume et tout marche bien actuellement. Mais si le maire,  veut effectivement le développement de sa localité et supprimer le roi, ça ne peut pas marcher. Le roi a des relations qu’il peut mettre au profit de l’administration locale. Donc, le maire a intérêt à collaborer avec lui pour le développement de la commune. Mais, aujourd’hui, c’est le contraire. Si le roi n’est pas du même bord politique que le maire, c’est qu’il est ignoré.  Voilà un peu ce qui se passe entre la mairie et la chefferie, où le maire invite un chef de collectivité et lui dit bon va-y, dis que tu es roi. Il le dit et par surcroit, le maire commence par financer ce dignitaire. Il est protégé par le maire et il pense qu’il est fort mais c’est faux.

Que fait le Haut Conseil des rois du Bénin dont vous êtes l’organisateur en chef ?

Le haut conseil des rois est une association que nous avons créée. Au prime abord, il y avait le Conseil national des rois du Bénin, que vous connaissez, puis après, il y a eu un petit problème entre nous. Un petit problème de leadership et le roi d’Allada avait claqué la porte. Mais, nous autres, sommes restés avec les rois du nord.  A la fin, ils ont créé une structure qu’on appelle le conseil supérieur des souverains. Ce qui fait qu’on avait deux structures. Mais, le Conseil national des rois du Bénin est enregistré officiellement au Ministère de l’Intérieur et toutes les invitations officielles sont envoyées au Conseil national des rois du Bénin. Il y a plusieurs mois, le président Boni Yayi a décidé de nous aider à aller en congrès afin de juguler cette crise et c’est le ministre Alexandre Hountondji en charge des relations avec les institutions qui avait géré ce dossier. Personnellement, j’ai décidé de faire régner la paix en notre sein. C’est  ainsi que je suis allé voir les rois d’Allada et de Kika pour leur faire comprendre que c’est l’union qui fait la force. Le roi d’Allada me disait que j’étais très jeune mais de leur proposer quelque chose.  Je suis aussi  allé voir le roi Agoli Agbo d’Abomey et d’autres rois pour qu’on arrête un schéma d’union. Le roi Agoli Agbo m’a salué et a essayé  de m’accompagner pour fusionner les deux structures. Ainsi, on est allé au nord avec le roi d’Allada et autres pour calmer la situation. Aprsè, on a instruit tous les rois pour un point à leur base. Donc, on a parlé aux différentes bases qui sont d’accord et on a décidé d’aller au congrès. C’est là, qu’on a choisi l’hôtel Azalaï de Cotonou. Il faut préciser que ce n’est pas le gouvernement qui nous finance. A ce congrès, on avait invité le roi Sifi Ziyé de la Côte d’Ivoire qui était venu en tant que grand roi d’Afrique. C’est lui qui nous a d’ailleurs négocié l’hôtel. Celui qui était le directeur de l’hôtel est un fils de la Côte d’ivoire.  Au lieu de payer 2.000.000 fcfa, on a  déboursé la moitié. Il faut noter que le roi de Savalou n’était pas du cercle, mais on l’a quand même invité avant de nous rendre compte que ce n’était pas opportun. On a regretté de l’avoir fait. Il est venu monter certains rois qui ont commencé par crier qu’on a eu de l’argent. Il est resté à faire du bruit. Mais à la fin, on a arrêté le congrès pour reculer afin de mieux sauter. C’est ce qui a fait qu’on a, après quelques mois, choisi la ville historique de Parakou pour aller adopter le règlement intérieur et les statuts des rois du Bénin.  En son temps, on a invité les rois qui devaient venir sur fonds propres et devront comprendre qu’il n’y a pas de perdiem à prendre en retour. C’est là que chaque roi devra montrer sa puissance et son autonomie à gérer son palais et à se gérer lui-même. Ce n’est paps qu’on voulait écarter certains. Donc, cela a été mon apport pour ramener l’union.

Le Conseil national des rois du Bénin  existe-il toujours ?

Le Conseil national des rois du Bénin existe de même que le conseil des souverains. Sinon, la plus grande structureest le conseil national des rois du Bénin.

D’où était venu le bruit qui a agité le congrès constitutif du Haut conseil des rois du Bénin ?

C’est entre le roi de Savalou et le roi d’Abidjan. Le guide libyen avait un projet sur l’Afrique consistant à faire les Etats Unis d’Afrique. Il avait tenté à plusieurs reprises, mais ça n’avait pas pris. Les gens lui ont conseillé d’impliquer les rois d’Afrique. Sinon, Kadhafi préparait son affaire avant de venir  au Bénin. C’est à son arrivée au Bénin qu’il a cherché à savoir la structure des rois la plus représentative. C’est de là qu’on lui a  conseillé le Conseil national des rois du Bénin. En ce moment, le roi de Savalou était nouvellement intronisé et avait la protection de ce conseil. En son temps, il avait invité le roi Bazou du Cameroun quand les gens lui ont dit de contacter le conseil avant toute action sans quoi, il n’ira pas loin dans ce projet. Il a été me voir et j’ai discuté avec le roi de Kika. Et c’est  finalement le Conseil national des rois du Bénin qui a pris les devants de l’organisation de l’arrivée du roi. On était donc tous à l’aéroport. Le roi de Savalou était dans le Conseil national des rois du Bénin si bien que pour la fête du 15 août, c’est moi, en tant qu’organisateur qui mobilisait les rois. C’est dans cette ferveur que le guide libyen était aussi venu au Bénin. On était donc tous à l’ambassade où le guide nous a reçus. Il nous a même félicités pour  nos accoutrements et  notre organisation et nous a invités à Tripoli. Donc, c’est le conseil qui a organisé ce voyage et celui qui a suivi. Le roi Gbaguidi m’a remis son passeport et on était en contact (il était encore en fonction en ce moment) pour organiser cela. Ce qui s’était passé était que le roi Ziyé était déjà avec le guide en tant que secrétaire permanent du forum des rois d’Afrique. Quand nous sommes allés là-bas, j’ai constaté que mon frère Gbaguidi a commencé par envier le poste du secrétaire permanent du forum. Et depuis Tripoli, cela a commencé par aller mal. On lui a dit de se calmer car, on venait d’intégrer le système. Ce qui a entrainé des divisions entre rois d’Afrique. On est revenu et l’année qui a suivi, on y était. Mais cette fois-ci, les choses ont pris de l’ampleur. Un jour,  depuis nos chambres, on a constaté à la télévision libyenne que notre frère s’est converti. Tenez-vous tranquille, ce sont les motards qui l’ont conduit à l’hôtel. Tout le monde était étonné. Moi, je sais que je ne peux jamais accepter cela car la tradition est autre chose. Après un dîner, chaque délégation allait saluer le guide. Le roi d’Allada était  en 3ème position et moi en 5ème.  A notre grande surprise, le roi Gbaguidi a posé son chapeau sur la tête du guide. Il a ensuite remis sa canne  au guide. Et comme le guide aimait les gens  qui se décidaient à se convertir, cela a été un acte capital pour lui. Convertir un roi est un événement.  Si vous le faites, vous devenez ainsi son ami et si vous voulez de l’argent, il vous en donne. C’est ce que le Roi Tossoh Gbaguidi XIII a fait pour devenir l’ami de Kadhafi. Nous  n’étions pas d’accord avec le  roi de Savalou. C’est ainsi qu’il a commencé par envoyer des courriers au guide libyen pour lui signifier qu’il a une Fondation et a commencé par demander des financements. Lors de notre troisième voyage, il a demandé à ce que cinq rois dont moi-même ne soient pas dans la délégation.  Mais l’ambassadeur lui a rappelé  que c’est depuis la Présidence qu’il a reçu les instructions concernant ceux  qui devraient prendre part à ce voyage. Il lui a expliqué que mon passeport ainsi que ceux des quatre autres rois sont déjà là. C’est de là qu’il m’a appelé pour signifier que nous devrions voyager et m’a demandé de lui envoyer mon passeport. Je lui ai répondu que je l’ai déjà envoyé à l’ambassadeur. C’est ainsi qu’on est allé en Libye. Arrivés là-bas, la chose a pris  encore une autre tournure. Je dois rappeler qu’en ce moment, le gouvernement était en train de préparer notre forum. On s’est dit que le ministre chargé des relations avec les institutions n’était pas habilité à  organiser ce forum et qu’il revenait aux rois de le faire eux-mêmes. C’est ainsi que nous avons écrit au président de la République pour lui dire que le Conseil national des Rois du Bénin doit participer à ce forum. En réponse à notre lettre, le Président de la République a donné des instructions pour que le directeur de cabinet du ministre chargé des relations avec les institutions  nous reçoive. On était environ neuf rois. Il nous a fait comprendre que nous devrions faire ce que nous réclamions. Cela supposera qu’on n’aime pas le chef de l’Etat et nous a demandé de revoir notre position. Nous lui avions dit qu’on aurait appris que le gouvernement avait débloqué vingt-cinq millions pour l’organisation du forum et que personne ne nous dit rien et qu’on n’est même pas associé à quoi que ce soit. Il nous a dit qu’il nous comprend et va revoir les choses. C’est ainsi que nous nous sommes retournés pour prendre part bêtement au forum que le Ministère organisait pour nous. En ce temps, il y avait le Conseil national des rois du Bénin et le Conseil des Souverains du Bénin comme institutions de la royauté. Chacune de ces institutions avait envoyé  une délégation de sept membres au forum. J’étais dans l’une des délégations. Mais là-bas, on a constaté que sans qu’on n’ait clôturé les travaux,  on nous a demandé de les amener au Ministère. Et c’est au Ministère là-bas que le bureau du  Comité de suivi desdites résolutions et recommandations a été mis sur pied. Moi, en son temps, j’ai déclaré  devant le directeur du cabinet que ce que le ministre chargé des relations avec les institutions fait  n’est pas bon. C’est ainsi qu’il a donné des instructions pour qu’on m’écarte du Comité de suivi. Mais bien avant cela, entre le roi Sifi Ziyé et le roi Tossoh, le courant ne passait plus bien. Car, à l’époque où nous organisions le forum des rois d’Afrique, le roi Tossoh voulait prendre le poste du secrétaire général permanent. Il nous a même demandé de le soutenir contre le Roi Sifi Ziyé. Mais nous lui avions fait comprendre qu’il aurait dû le faire quand nous étions encore dans notre pays. Nous lui avions clairement fait comprendre que le roi Ziyé était mieux placé  que lui pour gérer ce poste. Et quand il est revenu, il nous a dit qu’il est devenu indépendant. Ce qui veut dire qu’il n’est plus dans le Conseil des rois du Bénin. Il a donc commencé par mener ses actions seul. C’est alors que le roi Sifi Ziyé a commencé par travailler avec nous au Bénin. Il m’a rendu visite dans mon Palais à Agonlin et nous l’avons reçu en grandes pompes. Quelques jours après, le roi Tossoh m’a demandé de le laisser tomber. Je lui ai répondu ceci : « Majesté, quand vous étiez ensemble avant, est-ce que tu m’as dit qu’il est faux ?  Je suis donc libre de faire ce que je veux ». C’est  ce qui a fait qu’entre moi et le roi Tossoh, le courant ne passe plus correctement.

 

Les raisons du spectacle observé lors du congrès constitutif du Haut conseil des rois du Bénin

Quand  on a voulu organiser le congrès constitutif du Haut conseil des rois du Bénin, on était resté en contact avec le roi Ziyé. Et on avait une vision en collaborant avec lui parce que quand Kadhafi avait rendu l’âme, le roi Ziyé avait commencé par chercher des partenaires pour que le forum des rois d’Afrique ait lieu. Il est allé en Guinée équatoriale pour poser le problème au Président équato-guinéen qui l’a adopté et même donné son accord pour que le forum soit organisé dans son pays. Parallèlement à ça, le roi Tossoh avait déjà envoyé un courrier au gouvernement pour lui dire que tous les rois sont d’accord pour que le forum des rois d’Afrique soit organisé au Bénin et plus précisément à Savalou. En son temps, nous ne l’avions pas suivi dans cette démarche. Aucun grand roi du Bénin  ni d’ailleurs n’a pris part à ce forum qu’il  a effectivement organisé. Il s’était précipité à faire ce forum parce que, nous autres, on était en pleins préparatifs de l’organisation du Haut conseil des rois du Bénin. L’information étant relayée sur Internet,  il  s’est dit que c’est  pour nous aider que le roi Ziyé était venu  nous rendre visite au Bénin. Son intention était donc de casser notre projet à tout prix. Mais, il n’était pas sûr que Ziyé allait venir à notre congrès. Il l’a même personnellement appelé pour lui intimer l’ordre de ne pas venir au risque de se faire arrêter. Mais avant ça, il lui a envoyé une lettre à travers laquelle il l’a clairement menacé. Nous en avons copie. Mais nous avons rassuré le roi Ziyé que rien ne se passera s’il vient à notre congrès étant donné que le Bénin appartient à nous tous. Effectivement, le roi Ziyé est venu à notre congrès comme convenu et j’étais allé l’accueillir à l’aéroport. Je dois dire qu’en réalité, c’est à cause du roi de Kika qui est un sage  qu’on a invité le roi Tossoh. Il nous en a fait la demande et nous l’avons effectivement invité à ce congrès. Et quand l’incident dont vous parlez a commencé par se produire, on a fait savoir au roi de Kika que nous avions regretté de faire ce qu’il nous a demandé. En réalité, quand il est venu, il s’était préparé pour affronter le roi Ziyé. C’était la raison principale de cet incident. Ce n’est pas du tout parce que les rois n’étaient pas d’accord pour la création du Haut conseil des rois du Bénin. C’était donc un problème entre Sifi Ziyé et le roi Tossoh.

 

Vous aviez promis ramener la paix au sein de tous les rois mahi qui ne s’entendaient pas lorsque vous avez été élu président des rois Mahi au début de l’année 2014. Où en êtes-vous actuellement étant donné qu’on remarque à travers  vos explications que vos relations avec le roi Tossoh continuent d’être tumultueuses ?

Depuis que j’ai été élu président du Conseil des rois mahi, comme vous venez de le dire, j’ai prêté serment que je dois tout faire pour unir les fils et filles mahi. Le roi Tossoh devrait arriver à Agonlin. Mais comme le courant ne passait pas bien entre nous, il a envoyé seulement quelques quatre dignitaires qui sont venus assister aux manifestations marquant mes vingt ans de règne. Mais après ça, le roi Tossoh est venu me voir dans mon Palais il y a environ deux mois. On avait beaucoup parlé. Mes dignitaires en étaient témoins. J’ai senti dans ses propos qu’il veut qu’on soit ensemble. Mais, lorsqu’on a fini de parler, je lui ai dit que je vais rendre compte aux autres rois. Effectivement, je suis allé voir le roi de Kika. Quand je lui ai dit que le roi Tossoh était venu me voir, il en était étonné. J’en ai parlé également au roi d’Allada. Mais, je dois dire que, bien avant notre rencontre, il a  créé une autre structure. C’était au Palais des Congrès de Cotonou. Il s’agit de la Haute autorité des rois du Bénin. Il l’a fait justement parce qu’il n’est pas dans le Haut Conseil des rois du Bénin. Son intention reste toujours de casser cette structure que nous avons créée. Mais cela ne passera pas parce que nous devons rester ensemble. Aujourd’hui, tous les grands rois, du Nord au Sud sont avec nous, sauf lui. De toute façon, moi, en tant qu’organisateur de notre structure, je suis en train de faire un travail de fourmi pour le roi Tossoh revienne au sein du Haut Conseil des rois du Bénin. Je suis en train d’œuvrer pour ça. Mais j’ai appris encore qu’il est allé au Ministère de l’Intérieur pour négocier la signature du ministre afin d’obtenir l’agrément  du Président de la République. Heureusement que le ministre a refusé, selon les informations que nous avons eues en lui disant que nous devons rester ensemble. Et je pense que ce dossier est déjà rangé dans les tiroirs. J’ai également appris qu’il entreprend de créer la Grande Chambre Royale. Et il paraît qu’ils ont même fait appel à des gens influents comme Bio Bigou, le professeur Félix Iroko pour influencer le ministre chargé des relations avec les institutions. J’ai appris que  la mise en place de cette nouvelle structure se prépare activement au Ministère chargé des relations avec les institutions. Et ça, non plus, ne peut pas aller parce que tous les rois sont déjà réunis dans une seule structure que nous appelons Haut conseil des rois du Bénin. Le roi Tossoh doit donc revenir au bercail. Et nous sommes en train d’œuvrer pour ça parce que c’est ensemble qu’on sera fort.

 

Malgré le serment que vous avez prêté pour unir les fils et filles d’Agonlin, des personnalités de votre royaume  continuent de s’entredéchirer. Qu’en dites-vous ?

Effectivement, aujourd’hui, ça ne va pas au niveau des cadres d’Agonlin. Politiquement, je veux dire. Comme vous le savez, aujourd’hui, dans la région, tout le monde veut être leader. Vous savez que le  ministre Lambert Kotti, lorsqu’il était encore en poste, les week-ends, arrivait au village. On discutait et on réfléchissait sur nos problèmes. On était là quand on a appris qu’il y a eu remaniement ministériel. On enlève donc le ministre Lambert Kotti pour placer son jeune frère Aké Natondé. Ça, même si vous êtes des frères ‘’même père et même mère’’, cela doit vous faire mal. Cette situation a amené beaucoup de divisions dans la région. Etant donné que le ministre Kotti a ses partisans ainsi que le ministre Aké. Dans ces conditions, comment voulez-vous qu’il y ait la paix dans la région Agonlin. Si moi j’étais à la place du chef de l’Etat, je ne devrais pas faire ce qu’il a fait. Je peux nommer Aké dans un autre Ministère.

J’ai tenté plusieurs fois de les unir, mais en vain. Appelez aujourd’hui Janvier Yahouédéou, Dadjo Marius, Gandaho Pascal. Ils te diront non si tel doit être là, moi  je ne viendrai pas et ainsi de suite. La dernière fois, l’honorable Valentin Somassè  a organisé une fête pour l’an un de sa libération. On s’est battu et il a été libéré. Il est venu me voir et a dit : « Majesté, je voudrais remercier la population   d’Agonlin parce qu’en son temps, j’ai vu à la télé qu’on a marché, des banderoles en mains pour moi. Maintenant, je vais les remercier mais sous ton parrainage.  Comme c’est toute la région, on invite tout le monde. Que ce soient les chefs traditionnels, les cadres, l’administration locale des trois communes, sans exception ». Nous avons fait des démarches, on a invité les cadres et tout le monde. Mais, ils n’étaient pas là. Yahouédéhou Janvier était là et lui, on constate qu’il a la volonté et il veut que les fils  de la région s’entendent. Gandaho Pascal, c’est devant moi que Somassè l’a appelé, il est venu à Agonlin ce week end-là mais n’a pas mis pieds sur les lieux de la manifestation. Comment voulez-vous que sa majesté gouverne dans ces conditions. On m’a donné le pouvoir. Je suis tête couronnée et quand j’appelle un fils en réalité, quel qu’il soit, il doit répondre. Il doit se rendre au palais automatiquement répondre à l’appel de son roi. Mais, ce  n’est pas le cas et tous les fils ne sont pas comme ça non plus. Il y a des fils qui sont nés à l’extérieur et qui ont grandi là-bas. Ils ne connaissent pas les principes de leur tradition et par conséquent, quand le roi les appelle, ils peuvent dire mon roi, je n’ai pas le temps ainsi de suite. Là on peut comprendre.   Mais pour ceux qui sont nés au pays et qui connaissent les principes de la royauté, le roi ne peut pas appeler un prince qui va traîner les pas !

En  2013, vous avez été élu président du Haut Conseil des rois  mahi. Vous  aviez placé votre mandat sous le signe de la réconciliation entre les rois qui ne s’entendaient pas. Avez-vous pu relever ce défi ?

Relever le défi, je dirai oui mais nous avons encore du temps et bientôt je serai à Savalou  pour voir le roi Tossoh Gbaguidi afin que nous échangions sur un certain  nombre de petits problèmes. Au niveau de la région Agonlin, le problème ne se pose pas. Agonlin est un et indivisible. Agonlin, c’est trois communes. Il y a Zagnanado, la commune mère, il y a Covè et puis Ouinhi. C’est au temps de la révolution que le ministre Azonyiho a donné l’autonomie à Covè et Ouinhi si non, les deux communes étaient sous Zagnanado. Donc, Agonlin est un et demeurera un. Nous, nous avons été intronisé le 24 février 1993. En son temps, il y avait le père de dah Zéhè   à Covè. Il était membre du conseil national des rois du Bénin quand moi j’étais trésorier dans ce conseil. On travaillait ensemble surtout pour les cérémonies de purification dans la région. Mais juste après sa mort, les choses ont commencé. Lui-même était Dah Agounli. C’est au moment où le président Kérékou devait briguer son second mandat, en période électorale. On était là et on nous informe qu’on veut introniser le roi de Covè. Nous, on n’était pas au pays mais nous avons donné les instructions au sages, aux dignitaires et autres de participer aux cérémonies. Moi, j’étais là-bas quand on m’a appelé pour me dire que sur les cartes d’invitation, ils ont mis roi d’Agonlin. J’ai dit mais si c’est ça, il ne faut pas participer à l’intronisation. Donc, c’est comme ça, petit à petit, qu’on a commencé par entendre roi d’Agonlin, Zéhè roi d’Agonlin. Mais je vais vous le dire, il ne représente rien dans les associations, même sur le plan national, personne ne le connait. Ce problème nous a amené devant les tribunaux et le juge s’est déclaré incompétent. Il revient au Conseil des rois de trancher.

Donc effectivement, on a fait ce procès. Il a fait appel, cela n’a pas marché. Aujourd’hui, nous  avons des critères. Après le forum, on a envoyé certaines lois à l’Assemblée nationale. On ne se lève pas un jour pour dire qu’on est roi. Tu dois suivre certains rituels. Est-ce que ton papa était roi ? Est-ce que ton grand-père était roi ? Tout cela se trouve sur la table des députés depuis bientôt trois ans. Et ils ne veulent pas voter parce que ce sont eux qui ont fabriqué ces rois –là, à cause de leurs intérêts. Si aujourd’hui, on vote cette loi, je pense que tous ces rois vont tomber. Ils seront à terre.  On était allé rencontrer le président de l’Assemblée nationale. Cela fait déjà quatre ou cinq mois. Et il nous disait que cela fait pitié. « Les députés, je ne vais pas vous mentir, ils ne veulent pas voter  cette loi.  Il y a des roitelets qui se promènent partout  même à moto et qui disent qu’ils sont roi tant… roi tant ».

Donc, c’est l’Assemblée nationale qui vous bloque ?

Oui, c’est l’Assemblée nationale.

Quel message vous avez à l’endroit des députés ?

Ce que moi, je pense, c’est que, ce sont  nos enfants.  Ils sont élus par les rois. Bientôt, ils vont quitter. Ils vont finir leur mandat. On ne peut pas aller les supplier. On leur a envoyé une loi qui se trouve  sur leur table depuis trois  ans, et ils nous bloquent. C’est eux qui nous bloquent.

Mais vous n’avez jamais parlé de ça ?

Ecoutez ! La fois dernière, on était allé à Abomey. Il y a Dah Agbalènon qui organisait quelque chose. Il a invité  l’honorable Malèhossou qui était là. Mais j’ai pris la parole et j’ai parlé de ça. Lui, il dit, ‘’Majestés, je ne suis pas au courant’’.  Maintenant que tu es au courant, fais-nous quelque chose. Mais depuis ce jour, bientôt un an, rien n’est  fait.

Mais vous n’avez pas marché contre lui ?

Ecoutez ! Est-ce que les rois vont marcher. On peut dire à nos enfants de marcher. Mais pas nous.

On revient au Haut conseil des rois du Bénin. Concrètement, que fait cette instance ?

Le Haut conseil est créé, d’abord, pour assainir le milieu de la chefferie béninoise. Vous savez, aujourd’hui, il y a beaucoup de rois, et, si ce haut conseil a été créé, c’est pour sortir les vrais rois du Bénin, pour aider  également l’administration. La fois dernière, vous avez vu les syndicalistes et la présidence. On a été reçu par le chef  de l’Etat et nous lui avons donné des conseils. Mais on est allé également voir nos enfants syndicalistes. On leur a parlé aussi. Mais la paix est revenue aujourd’hui. Donc, les objectifs du haut conseil, c’est d’aider également le gouvernement, de faire d’une manière pour que chaque royaume se développe. Nous avons certains villages où il n’y a pas de l’eau à boire. Nous sommes en train de prendre des contacts avec nos partenaires, nos amis qui sont à l’étranger pour qu’on puisse faire de forages dans nos royaumes afin que nos enfants boivent  de l’eau. Le haut conseil a été créé pour le développement.

Qu’est-ce que vous dites au sujet de tout ce qui se passe autour de la répartition du fonds que l’Etat vous donne chaque année ?

Le comité de suivi, en son temps a été créé pour aider les historiens. Quand  nous avons fini le forum, on a  choisi certains historiens  pour voir les royaumes puissants. Mais eux seuls ne peuvent pas faire le travail. Sans nous  les rois, ils vont mal faire. Donc, dans ce cadre, nous avons mis  un comité de suivi  sur pieds. Quand le gouvernement a commencé par nous subventionner, automatiquement, ce comité de suivi a décidé de gérer les fonds. On a décidé  de répartir un million de francs FCA par commune.  Vous savez, il y a des choses qu’on ne peut pas dire. Normalement, si ces fonds sont pour les rois, nous avons une structure,  on nous remet la totalité. On entend à la télévision, cent millions. Quand on partage, des rois  prennent vingt mille francs CFA. C’est vrai. A cause de ces fonds, il y a beaucoup de rois. Un chef traditionnel se lève et il est roi parce qu’au moins, il va trouver vingt mille ou cinquante mille francs.

Vous savez, aujourd’hui, on ne peut pas dire à Agoli-Agbo de quitter Abomey pour venir prendre 1 million à Cotonou pour son royaume. Ecoutez, si le gouvernement nous considère, il peut aller dans les archives sélectionner les grands rois. Et puis le roi est dans son palais et le gouvernement lui envoie son enveloppe.

Comment se passe la répartition ?

Vous savez, les 1 millions, quand ça vient, ce n’est pas le roi seul qui bouffe. C’est pourquoi je dis qu’il y a des rois qui prennent 20 mille, 50 mille. C’est une division. Quand on annonce à la télé que les 100 millions sont là, vous allez voir du monde dans votre palais. Et comme ça, vous commencez à partager. Si quelqu’un ne trouve pas, il s’énerve contre vous et il vous maudit. Que Dieu nous aide hein. Il y a des rois aujourd’hui qui ne trouvent pas à manger. Je ne peux pas vous mentir.

Sa majesté, il y a des rois qui marchent ? Qui sont-ils ?

Ecoutez, c’est une surprise pour moi d’apprendre que les rois ont marché.

Nous avons assisté à la marche du roi Agoli Agbo au moins…

Dans quelle condition ? Il faut me dire un peu pour que je sache.

Pour le développement de sa commune par exemple….

Vous savez, un roi est un être humain. Le roi n’est pas différent. C’est la tradition qui donne le poids au roi, à sa majesté. Donc, nous faisons également des erreurs. Ce qui s’est passé avec le roi Agoli Agbo, nous l’avons appelé après au sein du conseil, et nous lui avons demandé de ne plus continuer  parce que ce n’est pas bien.

Ça veut dire que sa majesté Yèto Kandji ne marchera jamais ?

Jamais.

Pourquoi ?

Mais écoutez, moi, j’avais refusé d’être intronisé. Un jour ma mère est allée à Agonlin pour les cérémonies après le décès de mon père et elle a été bloquée là-bas. Et on lui disait, si ton fils ne vient pas, les cérémonies de sortie ne finiront pas. Elle a donc fait trois ans dans le palais.  Et cela m’a fait mal. Alors un beau jour, je me suis présenté. C’est là qu’on lui a fait les cérémonies et elle a été libérée. C’est comme ça qu’on m’a intronisé. Mon papa m’avait dit,  en son temps, majesté, il faut accepter voiture, femme, tout, et qu’il allait s’occuper de tout. Alors, après sa mort, je me demandais qui allait me donner tout ce qu’il m’avait promis.  Mais quand je suis resté au couvent pendant trois mois,  des rois sont venus me dire ce que je devais faire et ce que je ne devais pas faire. C’est après cela que je suis sorti. Et automatiquement, je suis allé voir le roi Adétutu à Kétou. Il m’a reçu et m’a donné des conseils. Après, je suis allé à Djougou, à Kouandé, à Savè où j’ai rencontré tous les rois. Je ne suis pas un  petit dans la royauté au Bénin. Je suis resté avec tous ces grands. On a travaillé ensemble au sein du conseil national des rois du Bénin. C’est le roi Adétutu qui était le président du conseil. Quand j’étais au couvent, il y a des moments où je ne trouvais pas à manger parce qu’il y avait des princes qui étaient là et qui cherchaient le trône. Alors, ils envoyaient des missiles. Et celui qui devrait venir vous donner de l’argent pour manger ne vient pas. Vous êtes là et vous souffrez. Et si vous résistez à cela pendant cinq ans, vous devenez un vrai roi. Donc, depuis, je ne manque plus de rien. Vous pouvez visiter mon palais. Mon palais, sans fausse modestie n’est pas comparable à d’autres palais au Bénin. Vous pouvez venir voir. Mais écoutez, quand Jean Gounongbé était venu,  il a dit Tossoh n’a qu’à venir à Agonlin pour voir ce qu’on appelle palais. Si j’ai la reine Sessimè, qui est une espagnole, c’est parce que les ancêtres et Dieu ont déjà tracé tout. Mais, aujourd’hui, moi je ne souffre de rien. Si c’est l’argent, j’appelle mon amour et je lui dis envoie de l’argent et elle en envoie.

C’est vrai ?

Mais oui. Elle va envoyer. Elle ne peut pas me laisser comme ça. Pour les cérémonies de mes 20 ans sur le trône, je sais combien elle a mis dedans. C’est des millions. Agoli Agbo me connait. Kpoédégbé aussi. Je ne suis pas le plus petit parmi eux, mais vraiment, je suis important. Ce n’est pas que je suis en train de me glorifier. Je veux juste dire qu’on ne peut pas organiser ici au Bénin quelque chose qui concerne la tradition sans moi, Yèto Kandji. Je respecte d’abord le roi d’Allada. Il est plus âgé que moi. Ce n’est pas parce que nous sommes tous rois et qu’il y a un problème que je vais l’insulter. Non ! Moi je les respecte tous. Et j’ai leur bénédiction. Aujourd’hui, tous ces rois m’écoutent. Kika, Agoli Agbo, Kpodégbé, jusqu’au nord. Quand nous disons c’est ça, c’est vraiment ça. Quand nous avons des réunions, avant que les rois du nord ne se déplacent, il faut que je donne le top parce qu’ils ont vu en moi que je dis la vérité. Je respecte, je ne suis pas dans n’importe quoi.

On dit que vous avez été approché par l’homme d’affaire Samuel Dossou. Qu’en dites-vous?

 

Bon, vous savez, quand vous ne maîtrisez  pas quelque chose, il faut vous taire au risque de dire n’importe quoi sur les ondes ou dans la presse. Le Haut Conseil  des rois a été créé pour la promotion de la paix et pour le développement. Nous sommes là également pour soutenir nos enfants qui seront marginalisés. Vous savez, quand il y a un problème, l’enfant doit courir voir le roi pour l’en informer, pour lui demander peut-être sa protection. Quand un enfant fait cela, on va le sauver. En ce qui concerne ce dossier, d’abord le Haut conseil des rois  avait fixé une rencontre extraordinaire. C’était en cours quand la princesse, l’honorable Prudencio, est allée voir le roi d’Allada qui est le président du Haut Conseil des rois du Bénin avec son mari, Monsieur  Samuel Dossou pour aller se plaindre. Au cours de notre réunion extraordinaire, nous avons étudié le dossier et rendu publique une décision. Après notre sortie médiatique, le chef de l’Etat nous a appelés afin que nous puissions l’écouter aussi. Au cours de l’audience qu’il nous a accordée, il nous a fait part de beaucoup de choses sur le dossier. Nous avons alors décidé de jouer à l’apaisement et de rencontrer à nouveau notre fils Samuel Dossou afin qu’il nous éclaire davantage. Notre but étant de faire en sorte que la paix revienne dans le pays.

 

 

 

 

 

Que dites-vous d’un éventuel  3ème mandat pour le chef de l’Etat?

Bon, vous savez, le président de la République, c’est un ami. Même pour le voir, je ne passe pas par un ministre. Je l’appelle et il me reçoit. J’ai des relations personnelles avec lui. Même quand je suis à l’étranger, je l’appelle et on discute. Si les gens le soutiennent pour un troisième mandat, c’est qu’ils ont vu que si on le laisse partir comme ça,  on aura des problèmes. On n’a pas eu de l’argent chez le président Yayi Boni avant de faire des déclarations devant la presse. On l’a soutenu avec le cœur. Aujourd’hui, les gens constatent qu’il ne veut pas partir. Le pouvoir, c’est le pouvoir. Je vois que nous devrions plutôt prier pour lui pour que tout aille bien. 3ème mandat ? Bon, nous avons une constitution. Et notre constitution dit tout. Je pense que, pour la paix, il ne faut pas forcer les choses. Et le pouvoir c’est Dieu qui le donne. S’il  va briguer un troisième mandat, c’est Dieu et les mânes de nos ancêtres qui vont décider de çà. Aujourd’hui, je ne peux pas rester ici pour dire que Yayi Boni ne va pas accéder à un troisième mandat. Mais, il faut qu’on aille doucement. Et vous avez vu tout ce qui s’est passé au cours du dernier mandat du président Kérékou. Ecoutez, le président m’avait reçu pour un tête-à-tête. On a beaucoup parlé. Il m’a dit qu’il va partir. Lui, il ne veut pas la guerre.  Même à la maison, il refuse à ses enfants de tuer les mouches. Lui, il veut la paix dans son pays. Ce que  je vois c’est que, c’est la politique. Nous sommes là pour prier qu’il y ait la paix et pour que tout aille bien. Je dis et je répète, le pouvoir c’est Dieu qui le donne. Dieu l’a aidé. Il a fait un mandat et en a eu un autre qui est en cours. On espère qu’il le finira en paix. A Abidjan, Gbagbo pouvait laisser le pouvoir tranquillement et se reposer. Il peut revenir encore, qui sait ? Il est aimé par les Ivoiriens. Mais quand on dit laisse, et qu’on veut s’efforcer  parce qu’il y a des gens qui vous poussent à rester, on finit par se retrouver quelque part où ces incitateurs ne se retrouvent pas souvent. Donc, moi je pense que si, aujourd’hui, la population béninoise décide que Yayi Boni est en train de travailler et qu’elle ne veut pas qu’il parte sans finir ce qu’il a entamé, il peut faire un 3ème mandat. Mais, écoutez, il peut partir et revenir. De là, on verra la différence. Mais nous, nous allons essayer de lui parler pour qu’il n’y ait pas de débordement.

 

 

C’est pour vous dire que c’est Dieu et les mânes de nos ancêtres qui décident. Yayi peut dire ‘’moi je vais briguer un troisième mandat’’. S’il le dit et que le tout puissant et les mânes de nos ancêtres n’acceptent pas, il y aura la guerre et nous ne voulons pas la guerre dans notre pays. Donc, dans ce sens, quand ça va arriver et il va tenter de faire quelque chose…, nous les rois, aujourd’hui sans vous mentir, tous les rois sont fâchés contre Yayi Boni.

Aah !

Mais oui !

Donc le roi est contre ?

Comment vous pouvez dire ça ? Il est mon ami d’accord. Mais écoutez, je dis aujourd’hui du Nord au Sud, les mânes de nos ancêtres  ne sont pas contents  de lui.

Jusqu’à vous ?

Mais oui.

Qu’est-ce qui a amené ça ?

Ecoutez le roi d’Ifè était venu à la présidence et il disait au président, mais écoutez, Excellence, pourquoi vous laissez vos rois comme ça, en train de souffrir ? Et il lui a dit si vous voulez rester longtemps au pouvoir, mettez vos rois à l’aise. Il lui a dit ça. Aujourd’hui nous, on a des problèmes.

Il ne vous met pas à l’aise ?

Avec les cent millions-là ? On n’a pas notre place au sein du gouvernement. Lors des cérémonies officielles, on ne reconnaît pas la chefferie traditionnelle.

Mais vous   êtes souvent invités ?

Mais vous êtes invité… tu viens, tu es debout. Tu veux t’asseoir, on dit non. On nous balance des choses et après on nous dit allez-vous asseoir. On ne nous respecte pas. C’est quand il y a les élections qu’on nous considère. Et là, on se couche par terre. Mais normalement après les élections il faut passer encore. Mais le président, c’est mon ami. Il était venu dans mon palais pour recevoir les bénédictions. Il était couché par terre. Mais aujourd’hui, il vient à Agonlin sans même penser venir me saluer dans mon palais. C’est ça, donc on n’est pas considéré. C’est quand il y a un problème brûlant qu’on nous considère.  Les majestés vont régler ça. Effectivement nous avons ce poids. Ecoutez, nous on n’a pas peur. Mais, ce n’est pas le moment de réagir. Vous voyez donc, on n’a pas peur. Mais le jour viendra et  on va réagir. Notre réaction, fera  trembler du Nord au Sud. Donc ce n’est pas le moment. On demande au Dieu Tout puissant et aux mânes de nos ancêtres de nous prêter une longue vie pour qu’on puisse voir comment les choses vont se passer en 2016.

Vous  êtes dans le peuple. Le Béninois vit-il décemment ?

Effectivement, ça ne va pas parce que, partout où tu passes, c’est la misère. C’est la vérité, ça ne va pas. Donc si le gouvernement peut revoir la situation avant la fin de son mandat, ce serait bien.

Et par rapport à la grève des magistrats ?

Vous savez  que les magistrats ne sont pas contents. Et quand tu n’es pas content de quelqu’un, il faut tout faire pour le déstabiliser.

Que pensez-vous de leur marche alors ?

Si le gouvernement est en train de refuser ça, c’est parce qu’il a compris que si on laissait les magistrats faire la grève et se constituer en association, c’est qu’ils vont commencer par agir comme les syndicalistes. Si tout allait bien, il n’y aurait pas ça.

A Agonlin qu’est devenue l’Avenue Cardinal Bernardin Gantin ?

Vous savez tout est politique. Les gens viennent vous parler et si possible, appellent même Dieu. Mais quand ils vous quittent  et s’en vont, vous êtes totalement oubliés ainsi que les projets. Ils ont leurs objectifs dans leur tête.

Donc ce projet aussi a été abandonné ?

C’est abandonné ! J’ai dit en son temps que je vais réagir. Mais aujourd’hui quand tu passes ce sont des herbes un peu partout. On les attend au carrefour.

Qui êtes-vous ?

Je suis le roi d’Agonlin Sa Majesté Yêtokandji. J’ai été à l’école. Mais mon niveau d’instruction n’est pas élevé. J’ai arrêté l’école en classe de CM2.

Mais on a l’impression d’écouter quelqu’un qui a fait l’université ?

Merci. Je n’ai pas pu avoir mon Certificat d’études primaires. J’avais commencé le Cours d’initiation à Lokossa dans les années 80.

Qu’est-ce qui vous a finalement amené à la royauté ?

Mon grand­-père – c’était lui le roi Azonssi Togni Agonlinhossou. Mon père était le prince aîné. J’étais au CM2 quand j’ai commencé par tomber malade et je marchais difficilement. C’est alors que l’oracle  a révélé que je devrais être roi. Ma maman a commencé par crier disant que c’est faux. Mon père, lui, me disait qu’il allait m’amener au village pour les rituels. Donc, on m’a amené dans une brousse où on m’a fait les cérémonies. Et lorsque je suis revenu, il n’y a plus de maladie. Donc, soudainement, on apprend la mort de mon grand-père. Dans mon enfance, quand il venait nous voir, j’étais souvent le premier à l’aborder. Ainsi il me demandait des services. Je pouvais aller en brousse lui chercher les feuilles parce qu’il était un guérisseur. Donc après sa mort, j’ai fait sept avant d’être intronisé. J’ai deux grands frères qui ne sont plus de ce monde.

 

Carte d’identité

Roi par contrainte

Depuis 20 années déjà, le roi Yèto Kandji  règne  sur le  trône de ses ancêtres à Agonlin. Mais cette mission traditionnelle, il n’en voulait pas du tout. Jeune à l’époque où il vivait avec ses amis à Ouidah, une ville historique située dans le département de l’Atlantique, il voyait trop contraignant de tout abandonner pour venir être intronisé sur un trône qui exigeait moult sacrifices. Et pourtant, parmi ses deux frères ainés qui ont déjà rendu le tablier de la vie, c’est bien lui que l’oracle a désigné après les consultations effectuées. Mais sa résistance ne durera pas trop longtemps. Après la mort de son père, en effet, sa mère sera bloquée après les funérailles à Agonlin. Son retour à Ouidah est désormais subordonné à l’intronisation de son fils désigné par l’oracle pour assumer l’héritage ancestral. « Après le décès de  mon père, on est allé à Agonlin faire les funérailles. Mais après,  les sages ont bloqué  ma  maman au village. Son retour à Ouidah était donc conditionné à mon intronisation. Après plusieurs réflexions, vu les souffrances qu’endure ma mère, j’ai dû abdiquer. Je suis allé me donner et c’est de là qu’ils ont programmé mon intronisation », s’en souvient-il encore comme si c’était hier. C’était le 24 février 1993. Désormais intronisé, le roi Yèto Kandji va parcourir tous les  grands couvents pour prendre conseil de ses aînés à l’instar du roi Kpodégbé d’Allada, intronisé deux années plus tôt. Même s’il se souvient encore de ses premières années de galère dans cette fonction ancestrale, le roi Yèto Kandji  ne  nie plus tirer profit de la chose. « D’abord, le roi est respecté. Dans une communauté, c’est lui qui coiffe tout. Cette position qu’il occupe fait que les gens le respectent quelle qu’en soit leur catégorie socioprofessionnelle. Mieux,  avant d’aller saluer un roi, on lui  amène quelque chose. Cela  peut être de l’argent ou des boissons. Il y a aussi  des étrangers qui viennent saluer le roi par amour, ils peuvent venir vous témoigner de leur affection et vous donner 1 million en partant par exemple », a-t-il avoué. Mais ce n’est pas tout. Outre le côté matériel, une puissance naturelle protège le roi de toute tentative occulte. Et il en témoigne : « Si tu es un vrai roi et tu sors la nuit, tu es protégé. Les ancêtres sont partout où on est, ils sont avec nous et c’est eux qui nous encadrent. S’il  y a un incident devant, ta voiture peut avoir une crevaison. Ce qui te  permettra de rester là pour quelques heures avant de trouver  une solution à ton problème pour continuer ton chemin. Arrivé là bas, tu vas  remarquer qu’il y a eu des morts, un accident ou un camion qui s’est renversé sur une voiture. S’il n’y avait pas eu cet arrêt, c’est toi qui allais en être victime. Donc, c’est les ancêtres qui nous protègent », a-t-il révélé.

Intimité

Roi, mais encore amoureux

A 42 ans révolus, le roi Yèto Kandji d’Agonlin a  fait la  rencontre de   sa troisième épouse, il y a seulement trois ans. La nouvelle reine est une Espagnole. Et  est rebaptisée  Sessimè pour ainsi prendre les couleurs africaines. Comme si c’était encore hier, il parle sans détour de sa rencontre avec sa nouvelle amoureuse. «En fait, j’avais voyagé avec mes deux reines en Espagne en 2011  pour une manifestation. J’y  étais  reçu comme un Président.  C’était formidable. Au terme de la fête, on  a commencé par échanger et c’est comme ça qu’on a  invité celle qui est devenue aujourd’hui la reine Sessimè. Elle est venue au Bénin, au palais et après, on a demandé aux ancêtres si elle peut être notre reine. Avec les consultations, les ancêtres ont accepté. Elle avait peur ce jour-là. D’abord elle a été intronisée princesse, après elle a subi les cérémonies de la reine pour devenir reine Sessimè. Ça fait trois ans qu’on est ensemble. Elle était à nos côtés lors de la fête de Mahi Hwendo. Donc, aujourd’hui, j’ai trois reines », a-t-il confié. Danseur, frimeur dans sa tendre jeunesse, le roi Yèto Kandji, de par ses nouvelles charges a dû changer sa manière de vivre. Il n’a pratiquement plus de divertissement. « Depuis ma jeunesse, je dansais, j’allais en boite. Aujourd’hui, le roi ne danse plus », a-t-il avoué sans regretter son passé de « show gars ».

La Rédaction

Echanges « Sous l’Arbre à Palabres » avec la Directrice exécutive de l’ITC au siège de l’événement précis : Arancha Gonzalez invite les PMA à faire de l’agriculture une priorité

80ème invitée « Sous l’arbre à palabre », Arancha Gonzalez, la Directrice exécutive du Centre du commerce international (CCI), venue au Bénin dans le cadre de la Conférence ministérielle sur les nouveaux partenariats pour le renforcement des capacités productives des Pays les Moins Avancés, s’est fait le plaisir de venir discuter avec l’équipe du journal ‘’L’événement précis’’. Passant outre les réserves diplomatiques liées à ses fonctions, elle s’est voulue pragmatique et directe. Se conformant à l’exigence de vérité que confère la tradition africaine dans les réunions sous l’arbre à palabre, elle a, avec une précision et une éloquence, hors pair, satisfait aux curiosités des journalistes, toujours enclins à vouloir extirper des tripes de leurs hôtes, les vérités les plus difficiles à révéler. Au cœur des échanges à bâtons rompus, il était question des missions et du fonctionnement du Centre du commerce international, de l’organisation du Forum Mondial pour le Développement des exportations à Kigali, la collaboration entre le CIC et le monde commercial béninois, le rôle des échanges commerciaux dans le développement, l’importance de l’Agriculture et de l’agro-industrie dans le commerce international. Plusieurs autres aspects ont été aussi abordés. Un comeback sur son parcours…Un détour dans sa vie privée…bref, un véritable cocktail d’informations à déguster.

Et si on en parlait

Quelle est la mission du Centre du Commerce International (ITC) dont vous êtes la Directrice exécutive ?

 La mission du Centre du commerce international est d’aider les Petites et Moyennes Entreprises des pays en développement à participer au commerce international. Il s’agit d’importer aussi bien que d’exporter. Nous aidons en particulier les Pays les Moins Avancés (PMA) à importer ainsi qu’à exporter de l’investissement. C’est tout cela que nous appelons internationaliser les petites et moyennes entreprises. L’objectif du Centre est de servir les pays en développement et notamment les PMA afin qu’ils utilisent le commerce international comme un outil pour générer de la croissance et de l’emploi qui à terme, permet de réduire la pauvreté.

En septembre prochain, se tient à Kigali, le cinquantenaire du Centre du Commerce International avec l’organisation du Forum Mondial pour le Développement des exportations. Quel est le bilan de votre coopération avec les pays sous-développés en termes d’appui pour le commerce international ?

L’ITC est né en 1964 avec deux personnes dans un bureau et avec une seule machine à écrire. Aujourd’hui, nous sommes environ trois cent personnes dans un bâtiment avec plein d’ordinateurs et d’outils informatiques. En 1964, on envoyait des informations dans les pays en développement par lettre, par télex et ensuite par  fax ; maintenant on se sert de l’Internet pour échanger des données fiables sur les opportunités commerciales. Aujourd’hui, cinquante ans après, c’est ce que l’on appelle l’intelligence commerciale, voir où se trouvent les opportunités commerciales. Vous trouverez l’intelligence commerciale sur notre site Internet (www.intracen.org) gratuit et accessible à tout le monde à partir d’un ordinateur ou d’un IPad. Le bilan est énorme parlant du commerce international. Il y a trente ans, 70% du commerce international était concentré sur l’axe Nord-Nord et seulement 20%  des échanges était enregistré sur l’axe Nord Sud. Quant au commerce Sud-Sud, il ne représentait à peine 10% des échanges commerciaux. Aujourd’hui, trente, quarante ans après, on avance vers un monde où un tiers du commerce international sera dans le cadre de transactions Nord-Nord, un tiers sera duNord-Sud et le  tiers restant sera du Sud-Sud. Evidemment, nous ne pouvons pas attribuer tout cela à l’action du Centre du commerce international mais je veux bien penser qu’on a eu quelque chose à voir avec cette évolution du commerce international. On a outillé pendant ces cinquante dernières années, les petites et moyennes entreprises (PME) des pays en développement afin qu’elles puissent prendre une part plus importante dans le commerce international. C’est pourquoi on voit aujourd’hui cette présence qui est dû aux entrepreneurs du Sud dans le commerce international. Aussi, lorsque nous nous retrouverons cette année à Kigali (Rwanda) à partir du 17 septembre prochain, ce sera la première fois que nous organiserons notre grand évènement annuel en Afrique, la première fois en cinquante ans – ça nous a pris du temps- ce n’est jamais trop tard j’ose croire! J’ai voulu dès mon arrivéeà la tête de l’ITC, en septembre 2013, envoyer un signal comme quoi l’Afrique, c’est aussi un moteur pour l’entrepreneuriat et un endroit où on peut faire des affaires. Ainsi, à Kigali, on va faire deux choses : d’abord, on va parler du commerce international. Il y a aura des ministres, des chefs d’entreprises, de grandes entreprises et de petites entreprises, il y aura aussi des investisseurs, de jeunes entrepreneurs et représentants de la Société civile. On vadiscuter comment aider les PMEsà participer dans les chaînes de valeur. Ce sera également une occasion, pas simplement pour parler du commerce, mais pour faire ducommerce.Il y aura donc des séances dédiées aux rencontres entre entrepreneurs pour réaliser des transactions commerciales. Nous accorderons une place spécifiqueaux femmes entrepreneurs avec la tenue d’une  plateforme pour que ces femmes rencontrent des investisseurs ou d’autres entreprises qui seraient intéressées à acheter leurs produits ou leurs services.

Vous êtes à Cotonou dans le cadre de la conférence ministérielle sur les nouveaux partenariats pour le renforcement des capacités productives des pays les moins avancés. Pour la circonstance, vous avez déjà des thématiques concernant la chaîne des valeurs dans le commerce international et le rôle de la science dans l’agriculture. En quoi ces aspects constituent-ils une contribution pour le renforcement des capacités productives des PMA ?

 

Pendant beaucoup trop longtemps, on a eu l’impression que pour sortir de la pauvreté, il fallait s’industrialiser. Et pour s’industrialiser, il fallait produire soit des machines, des voitures ou des avions. Et, on a pendant trop longtemps négligé l’agriculture. Or, pour beaucoup de pays, la sortie du sous-développement, la croissance, l’emploi se feront par le biais de l’agriculture. Alors, on a voulu marquer ces points lors de nos débats hier et notamment aujourd’hui (Ndlr : mardi 29 Juillet 2014), dans une séance organisée pour parler du rôle de l’agriculture dans le développement. J’aime aussi beaucoup parler du rôle de l’agro-alimentaire, de la transformation agricole, de la montée en valeur dans la production agricole parce qu’une fois encore, c’est la solution pour beaucoup de pays en développement, à savoir bâtir sur des atouts qui existent dans ces économies. Il ne faut pas aller chercher trop loin, on peut commencer à bâtir là où on a des atouts ici, aujourd’hui et maintenant. C’est vrai que quand on parle de l’agriculture ou de l’agro-alimentaire, il faut penser qualité. La  qualité, c’est aussi penser à une dimension science. Cela veut dire quoi ? Cela veut dire investir dans des productions agricoles, de la  valeur ajoutée, de qualité, maximisant l’utilisation des intrants agricoles. C’est l’utilisation de la science pour faire en sorte que la production agricole soit aux normes sanitaires internationales. Voilà pourquoi, on a voulu parler de l’agriculture, de la transformation agricole et de l’importance de la qualité comme démarche pour faire de la valeur ajoutée sur place. Dans cette démarche qualité, il y a un pays qui est le champion, qui sert un peu de modèle à tous, c’est la Nouvelle-Zélande ;  un pays où le développement a été fait par le biais de l’agriculture. Mais, les agriculteurs en Nouvelle-Zélande, ce n’est pas simplement des hommes ou des femmes qui travaillent la terre quand ils ont un peu de temps libre. C’est une activité à laquelle les agriculteurs ont été formés. Ils ont fait l’université ou des écoles techniques pour apprendre comment exploiter  l’agriculture d’une manière durable en étant conscients de l’importance de préserver l’environnement, l’écosystème, le bois, la pâture.

 Les cinq commandements pour le développement des PMA que vous avez annoncés au cours de la conférence de Cotonou sont-ils toujours valables quand on sait que les Etats africains ont des difficultés à les mettre en œuvre dans tous secteurs concernés comme c’est le cas au Bénin ?

J’ai voulu résumer les débats sur l’agriculture autours de « cinq commandements ». Il faut tout d’abord, une démarche de valeur ajoutée axée sur la qualité. Quand on parle de qualité, on parle de  durabilité, d’une production respectueuse de l’environnement, c’est la mise en valeur des terroirs, des indications géographiques, la production bio, le respect des normes et standards. Ensuite, il s’agit également de construire des ponts entre l’agriculture et d’autres secteurs de l’économie comme les services et en particulier le tourisme. Le troisième commandement consiste à assurer la formation et la mise à niveau des capacités des agriculteurs de manière continue. Il faut qu’on les forme à comment mieux produire et à transformer d’une manière plusdurable. Le chemin vers l’agro-alimentaire nécessite des partenariats entre le public et le prive, entre PMEs et multinationales, avec des coopératives ou encore avec la société civile. Enfin, le cinquième commandement fait référence à l’importance  de l’ouverture commerciale. Des marchés d’exportation plus ouverts et plus équitables pour les PMA. Ces « commandements » sont des règles de base qui peuvent servir à générer plus de valeur ajoutée dans l’agriculture mais surtout à créer des emplois pour les femmes et les jeunes.

 

Pensez-vous que les PMA peuvent-ils réussir correctement leur intégration dans le commerce international quand on sait que l’Internet est encore une denrée rare dans ces pays avec une  connexion toujours pénible ?

Absolument, les moyens de communication et les moyens de vente électronique de même que les moyens de présentation électronique, sont très importants pour les PMEs aujourd’hui.  Cela permet d’abord à des petits producteurs de se présenter au monde. Ainsi, imaginez si vous êtes un petit producteur et que vous faites un investissement pour créer un site web pour annoncer votre produit, cela vous fait économiser pas mal de francs grâce à l’Internet. Avec cette présentation, peut-être même que vous n’avez même pas besoin d’aller dans une foire. Vous pouvez vous présenter au monde, faire la publicité de qui vous êtes, de ce que vous offrez par des moyens électroniques peu coûteux, vous avez là une belle carte de présentation.  Vous pouvez également utiliser le commerce électronique pour vendre vos produits. C’est un moyen favorisant les rencontres entre les vendeurs et les acheteurs. Donc, carte de présentation, lieu de rencontres, lieu où se font des transactions commerciales. Et tout ça grâce à quoi ? C’est grâce à la pénétration de la technologie. Il y a beaucoup de citoyens aujourd’hui qui n’ont jamais connu de lignes téléphoniques fixes parce que nous sommes passés aux lignes téléphoniques mobiles. Il y a une conscience de l’utilisation des technologies pour favoriser l’accès des petits producteurs, favoriser l’accès des petits pays et notamment des pays enclavés aux marchés internationaux. 

La piraterie est une gangrène du commerce international. Que peut faire le centre international du commerce pour préparer les PME des PMA à affronter cette difficulté ?

Notre rôle en termes de piraterie, c’est la formation. Nous ne faisons pas dans la répression puisque cette forme de lutte revient aux autorités nationales quand il y a piraterie sur le plan national. Aux Nations Unies, il y a aussi un organe qui s’occupe des crimes, des drogues et qui lutte contre tout ce qui est commerce illégal. Il y a également une convention internationale sur le commerce des espèces protégées. Le rôle de l’ITC est de former les PMEs à l’importance de  respecter les règles et les normes en vigueur. Que ce soient les règles de propriété intellectuelle, ou des normes en matière de qualité ou de sécurité. Nous, c’est notre rôle, c’est la formation, faire prendre conscience aux entreprises à ne pas s’engager dans des activités de piraterie.

 

 Le grand handicap des PME, c’est le financement. Pensez-vous que le financement inclusif ou ce que nous appelons les micro-crédits peuvent réellement aider à la naissance de PME viables ?

Je suis parfaitement d’accord avec vous que le financement est un problème majeur pour les petites et moyennes entreprises et encore plus, pour les micros entreprises ainsi que celles détenues par des femmes. S’agissant de ces dernières, outre les difficultés classiques des PMEs s’ajoutent le fait que ce sont des femmes qui vont demander un accès au crédit.  Ce qu’on a observé, c’est que parfois, les institutions financières sont plus dures avec une femme entrepreneur  au point de ne pas accepter de lui accorder un crédit pas parce que son activité commerciale ne serait pas viable mais parce qu’elle est une femme. Donc oui, il y a des problèmes. Quelles sont les voies possibles de solution ? Il y a les banques, les institutions financières classiques. On a vu que les instruments de ces institutions financières traditionnelles sont trop onéreux et ne permettent pas, trop souvent, de financer les PME. On a vu aussi les micro-crédits qui étaient très promus par monsieur Yunus au Bangladesh, notamment pour aider les femmes micro-entrepreneurs. Les microcrédits  sont encore très utiles mais cela ne suffit pas  pour la petite ou  la moyenne entreprise. Pour la moyenne entreprise,  le microcrédit est beaucoup trop petit. Il faut développer des moyens innovants d’inclusion financière, car un crédit à une PME à double chiffre est un véritable obstacle à la croissance. Il faudrait penser à des mécanismes de garantie des crédits, aux investisseurs  sociaux  on encore au « crowdfunding ». Mais il y a l’urgence.  Dans le cas des femmes entrepreneurs, il y a beaucoup de pédagogie à faire pour changer les mentalités.

 Vous avez déjà fait beaucoup de choses avec le Bénin concernant les filières ananas, coton et autres. Est-ce que nous pouvons avoir un bilan ?

Oui, je crois qu’il y a un bilan et des chiffres à l’appui. Mais le bilan le plus convaincant est qu’on travaille avec le Bénin depuis plus de vingt ans et que le Bénin continue de faire appel à l’ITC. Cela doit signifier que notre assistance fourni des résultats auprès des entrepreneurs parce que ce sont  d’abord eux et le gouvernement qui continuent à frapper à notre porte. J’ai discuté ce matin avec vos collègues dans le cadre de notre appui sur l’ananas et la noix de cajou. Là, on a beaucoup agi pour  aider  les entreprises à se fédérer, parce que ce qu’on constate que les petits producteurs sont trop nombreux pour pouvoir accéder individuellement aux marchés internationaux. Les marchés internationaux exigent une stabilité dans l’approvisionnement avec un certain émolument. Un producteur, deux producteurs ne peuvent pas le faire mais si c’est un grand groupe de 20 producteurs,  30 producteurs rassemblés dans des coopératives, là, on a de quoi pouvoir accéder aux marchés internationaux. La première démarche qu’on a à faire, c’est une démarche d’agrégation de producteurs ; la deuxième démarche, c’est d’aider ces producteurs à produire avec des standards de qualité répondant aux marchés internationaux. Enfin, nous les aidons à trouver des acheteurs sur les marchés internationaux. Pour la noix de cajou, on a mis en relation des producteurs béninois avec des acheteurs vietnamiens qui sont devenus des acheteurs réguliers de la noix de cajou béninoise. Avec l’ananas, on  a fait de la mise en relation sur le marché régional, avec un pays, le Maroc,qui est dans la région au sens élargi, et qui a beaucoup intérêt à acheter dans la région parce qu’il est en train de s’orienter plus vers l’Afrique. Donc, si vous voulez par notre connaissance des acheteurs marocains, on a aidé les deux parties à se mettre d’accord, à se mettre ensemble pour faire des transactions commerciales. Si vous voulez notre  expérience de 50 ans nous a aussi permis de faire pousser les relations commerciales Sud-Sud. Comme je vous le disais, ces relations sont en plein essor.

Vu ce bilan que vous venez de dresser, dites de façon concrète ce que ça a pu changer au niveau des entreprises de ces pays?

De façon concrète, cela veut dire qu’il y a du commerce international. Concrètement, cela  veut que si on peut exporter, c’est parce qu’on peut produire. Si on produit on crée des emplois. Pour résumer, tout ça se réduit à la création d’emplois au Bénin. Des emplois qui ont contribué à la croissance du Bénin et à travers cette croissance, à la réduction de la pauvreté. L’ITC est une agence de développement qui a deux particularités. Particularité numéro une, on appartient de manière conjointe à l’Organisation mondiale du commerce qui œuvre pour l’ouverture commerciale et aux Nations Unies. Particularité numéro deux, nous sommes une agence de développement qui travaille avec le secteur privé pour favoriser l’internationalisation des entreprises. Nous sommes donc une agence de promotion commerciale dont la singularité réside dans la transformation d’opportunités commerciales en réalités commerciales. Alors ce sont aux entreprises que nous prêtons beaucoup d’attention et que nous écoutons très attentivement. Parce que ce sont elles qui peuvent nous dire si elles ont des besoins que notre expertise peut les aider à combler.  Aujourd’hui, elles nous disent « il nous faut des formations de qualité, nous n’arrivons pas à fabriquer des produits de qualité aux standard nécessaires ». Elles nous disent qu’il faut investir dans l’emballage. Il y a par exemple une production d’ananas incroyable au Bénin, mais j’ai compris qu’il y a plein d’ananas qui partent dans un pays voisin, je ne cite pas de nom, très souvent dans un commerce qui n’est pas règlementé. C’est généralement de l’autre côté de la frontière qu’on transforme ces ananas avec des emballages bien sûr pour faire des produits transformés, des jus d’ananas, de l’ananas coupé et mis en boîte. Donc, il y  a de la valeur ajoutée qui n’est pas produite au Benin. Alors pourquoi ne pas le faire au Bénin ? Emballages de qualité, étiquetage… Donc c’est cette démarche que j’appelle la compétitivité de petites et moyennes entreprises qui ont besoin d’expertise que nous allons continuer à mettre à leur disposition sachant qu’il y a deux autres domaines dans lesquels nous allons continuer à aider le Bénin. Le premier domaine est celui du renforcement des capacités des  institutions d’appui au commerce. Au Bénin il y a des milliers de petites et moyennes entreprises. Nous ne pouvons pas atteindre chacune de ces entreprises. Par contre si nous aidons les institutions béninoises d’appui au commerce, comme l’ABEPEC, si nous aidons la Chambre de commerce, si nous aidons lesassociations des producteursde Benin, si nous aidons l’association des petites et moyennes entreprises, eux, ils pourront aider les petites et moyennes entreprises individuellement. C’est ça notre démarche. En anglais on dit « one to one to many » (en français« un à un à plusieurs autres ». Le deuxième domaine est celui de l’appui au gouvernement pour l’aider à mettre en place des politiques commerciales et en particulier, des politiques favorables aux entrepreneurs qui réduisent les entraves administratives ainsi que les coûts de transactions pour les entreprises. Par exemple, nous sommes en train d’aider certains pays d’Afrique de l’Ouest à mettre en place l’accord de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) sur la facilitation des échanges qui a été signé au mois de décembre 2013. L’accord vise à moderniser les procédures douanières pour les rendre plusefficaces et moins coûteuses pour les petits entrepreneurs. Voilà donc concrètement de quoi il s’agit.

Quand on connait le rôle de la femme dans le développement du commerce d’un pays, que doivent faire les pays les moins avancés pour impliquer les femmes dans la chaîne du commerce international ?

Il y a  un chiffre que j’aime beaucoup donner parce que ça explique pourquoi il faut s’occuper des femmes entrepreneurs. Ce n’est pas une question idéologique ni une question de charité. Ce n’est pas pour être sympathique avec les femmes ni pour gagner des voix même si les femmes votent aussi. C’est parce que les femmes entrepreneurs, et ça ce sont  les études et les statistiques qui le disent, réinvestissent 90% de leur revenu dans leur famille, dans leur société. L’équivalent pour les hommes entrepreneurs n’est que de 45%. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que si on aide les femmes entrepreneurs, on va avoir un impact sur la réduction de la pauvreté plus important et plus rapide. Alors, il faut inclure les femmes dans les activités économiques. Quels sont les obstacles, que peut faire le Bénin ? Il y a des obstacles qui sont des obstacles sociétaux. La femme au foyer, la femme avec les enfants, la femme avec la famille…mais la femme n’est pas dans les activités industrielles, ni les activités économiques. Donc, il y a, si vous voulez et ça, ce n’est pas exclusif du Bénin, partout il y a des changements de mentalités  à faire. Et là, il y a un travail à faire par tous qui inclut aussi les journalistes pour faire de la pédagogie. Donc, vous avez-vous aussi un rôle à jouer. Le changement de mentalités, c’est votre rôle en tant que média. Bon, il y a aussi des politiques domestiques pour permettre l’activité entrepreneuriale des femmes. Concrètement, ça veut dire quoi ? Il y a beaucoup de femmes entrepreneurs. Simplement elles sont pour beaucoup dans le domaine de l’informel. Alors comment on fait? Il y a l’accès au crédit qui est fondamental. Si une femme n’a pas accès au crédit, certes, elle va continuer ses activités entrepreneuriales mais elle restera dans l’informel. Et l’informel ça veut dire quoi ? Salaire plus bas, qualité plus basse, productivité plus basse, condition d’emploi plus basse. Si on veut créer des emplois décents et durables, il faut travailler pour l’inclusion de la femme dans le secteur formel. Et pour cela, il faut tenir compte du financement, du système de taxation et enfin du système de formation pour les femmes. C’est vrai que dans le cas de la femme, en plus d’avoir une activité entrepreneuriale, il y a la famille et les enfants.Il faut donc ajuster la formation pour qu’elle puisse arriver.  Il faut investir dans la formation. Ça, c’est une tâche pas seulement pour le secteur privé, pas seulement pour les associations professionnelles  mais également pour le gouvernement. Il faut avoir des politiques qui favorisent l’inclusion de la femme dans le secteur entrepreneurial. Voilà, donc trois exemples concrets de comment il faudrait faire  pour inclure les femmes dans les activités entrepreneuriales. C’est un sujet sur lequel l’ITC est presque féroce, parce que nous y croyons, vu la fonction, l’importance économique de ces femmes entrepreneurs. C’est pourquoi nous avons un programme spécifique pour les aider et qui s’intitule « Femmes et Commerce ». C’est un programme pour appuyer et aider à mieux inclure les femmes entrepreneurs dans le commerce et en particulier, dans le commerce formel.

Que pensez-vous de l’avenir de l’Espagne après les dernières élections présidentielles ?

Moi, je suis favorable  à l’identité qui est très liée  au terroir, à son lieu de naissance, aux odeurs et couleurs de cet endroit. Pour moi, c’est cela le pays basque. C’est la langue basque, c’est la musique basque, ce sont les montagnes basques, c’est la côte, c’est la cuisine. Mais je me sens une basque à l’intérieur d’une Espagne qui est une Espagne plurielle. C’est un pays composé des basques, des galiciens, andalous et autres. Je me sens basque mais dans l’Espagne. Je crois que la force de l’Espagne, c’est la somme de toutes ses composantes. Je ne pense pas que dans un monde où il faut faire la désagrégation et non la ségrégation, une petite entité indépendante pour tirer autant de profit qu’on peut tirer aujourd’hui en faisant partie d’une réalité qui existe depuis des siècles. Il s’agit de voir à l’intérieur de cette Espagne qui est une Espagne plurielle, où le Nord est différent du Sud et l’Est différent de l’Ouest, où le Centre est différent des autres où on a la mer, les montagnes, les déserts. C’est une question de savoir, le degré d’autonomie et d’autogestion des différentes régions de l’Espagne. Je prends par exemple, un modèle qui est un modèle très proche du fédéral, où on collecte notre propre taxe. Donc, on collecte des taxes et on paye à l’Espagne unservice.

Vos impressions d’avoir visité l’Evénement Précis et à de vous adonner à cet exercice que nous appelons  « Sous l’Arbre à Palabres »?

Moi j’aime beaucoup cet exercice. Je crois que c’est un exercice auquel des personnalités publiques devraient se livrer plus souvent étant donné que c’est un exercice qui permet non seulement de parler de la profession, mais aussi de la personne publique. Car c’est aussi important pour les gens de comprendre que derrière les habits que nous portons, nous sommes des personnes avec des parcours et que nous sommes aussi des individus avec des amis, des intérêts et un passé. Que nous sommes aussi des êtres comme tout le monde sauf qu’on nous a confié une  responsabilité particulière qui est celle  de prêcher une parole. Moi je prêche la parole des Petites et Moyennes Entreprises (PME) dans les pays en développement, je prêche la parole des femmes entrepreneurs, je prêche la parole d’un commerce plus ouvert et plus juste, je prêche la parole de l’aide pour le commerce. Et je le fais avec beaucoup de conviction car j’y crois. Mais derrière tout ça, il y a une personne. Je me livre donc à cet exercice très volontiers. Vous savez qu’avec mon passé de porte-parole, j’ai bien un faible pour la presse. C’est donc un plaisir pour moi d’être avec vous ce soir. J’espère que ça été utile pour vous. Je suis prête à le refaire dès que vous en manifesteriez l’intérêt et dès que j’ai un petit bout de temps ici au Bénin.

Un mot pour conclure !

Je  voudrais vous encourager en tant qu’organe de presse que vous êtes à continuer à porter la parole et à accepter le rôle pédagogique que vous jouez dans la société. Vous avez un rôle d’information, mais aussi un rôle d’éducation. Parce que votre parole, ce que vous dites et que vous écrivez, c’est ce que nous tous nous entendons et c’est ce que nous lisons. Je veux donc vous encourager à exercer cette mission qui est une mission sociale. Je veux vous encourager à continuer de prêcher cette bonne parole. Parce que les sociétés dans lesquelles nous sommes, nous avons besoin de cette bonne parole. Je vais souligner les mots « bonne et parole ». Il faut donc que la parole soit bonne. Et pour qu’elle soit bonne, il faut qu’elle soit une parole. C’est donc un encouragement que je vous lance. Je vais aussi vous dire  mon engagement vis-à-vis du Bénin, vis-à-vis des PMA. Ils représentent  60% de nos activités au Centre du commerce international. Je me suis donc engagée auprès du Président Boni Yayi  de l’augmenter dans les trois prochaines années. Tout ça pour vous dire que vous allez me voir un peu plus souvent au Bénin.

 

Carte d’identité

1La petite  agricole devenue femme de haut niveau

 Née un 22 mai 1969, dans une petite  région espagnole qui s’appelle « Le Pays basque », Madame Arancha GONZALEZ a très tôt pris du goût pour la nature et l’agriculture. Son village lui en offrait d’ailleurs tous les atouts avec ses montagnes impressionnantes et son couvert végétal splendide régulièrement arrosée par une pluie généreuse.  « J’aime beaucoup l’agriculture car j’ai très tôt connu sa force dans la transformation des populations rurales » affirme-t-elle, nostalgique d’une enfance davantage heureuse pour elle entre  les vaches, les moutons, les fromages, le lait…la «bonne bouffe ». Elle vient d’une famille d’enseignants et connaît donc «  la force de la parole et de l’éducation ». Elle y attache du prix. « Il faut comprendre que si on veut transformer notre société, c’est par l’éducation. Il faudra outiller nos jeunes pour qu’ils soient plus libres; leur donner les connaissances nécessaires pour qu’ils soient les maitres de leur destin » soutient-elle.                              

Madame Arancha Gonzalez, côté académique, a connu un cursus scolaire normal brillant prolongé au supérieur par des formations assidues en droit à l’université de Navarre et Carlos III à Madrid, d’où naquit son goût pour l’Europe. « J’ai fait une formation en droit communautaire à Madrid à l’université Carlos 3 ». Elle se retrouvera à Bruxelles, en 1993 pour démarrer sa carrière professionnelle dans un cabinet d’avocats allemand où les dossiers relatifs au droit du commerce international, au droit des entreprises, aux fusions et acquisitions ont davantage renforcé ses connaissances en la matière. Elle rejoindra par la suite, la Commission européenne où  elle s’est  impliquée  dans la gestion des relations commerciales de l’UE avec l’Europe de l’Est, la Turquie, l’Iran, les Pays du Golfe, la Méditerranée, etc. « Après cela, j’ai changé de cap et je suis devenue porte-parole. J’ai donc porté la parole du commerce international un peu partout dans le monde et même au Bénin » se souvient-elle avec enthousiasme. En 2003, elle a foulé pour la première fois le sol béninois à l’occasion de la visite alors effectuée par le Commissaire européen au commerce international, Pascal Lamy. « C’est là que j’ai fait la connaissance de la bière béninoise, « La Béninoise » que j’aime » se rappelle-t-elle.   Huit ans au poste du Directrice de cabinet de Pascal Lamy, Directeur General de l’OMC, puis, en 2013, elle gravit une échelle plus grande, devenant depuis la Directrice exécutive du Centre du commerce international. «  J’ai beaucoup travaillé pour l’ouverture du commerce international à tous les pays du monde. Nous avons besoin d’un système commercial plus juste envers les pays en développement » se réjouit-elle.  Interrogée sur son rôle actuel, elle est déterminéeà démontrer que le secteur public peut être aussi efficace que le secteur privé, qu’une organisation internationale peut être aussi efficace, aussi performante qu’une entreprise privée. Elle espère  qu’un jour on cessera de s’étonner qu’il y ait une femme a la tête d’une organisation internationale parce que l’on considèrera que le rôle d’une femme dans la société, est un rôle normal. « Je veux qu’on arrive à démontrer que la femme peut avoir un rôle dans la société dans son entièreté, tant dans la politique que dans l’économie ainsi que dans les institutions internationales. » soutient cette européenne convaincue. 

 

Intimité

Pas d’enfant, mais heureuse

« Je n’ai pas d’enfant. Si j’en avais eu, ils se sentiraient un peu orphelins» avoue  madame Arancha Gonzalez qui est toujours entre deux avions. A peine a-t-elle gouté l’ananas béninois depuis dimanche où elle est à Cotonou, qu’elle en est tombée presque amoureuse. La gastronomie béninoise dans son ensemble ne laisse pas non plus indifférente  l’espagnole, ravie  d’avoir savouré le « blocoto » (sauce à base de pattes de bœufs) et autres spécificités culinaires béninoises. Si par ailleurs, elle adore le tennis, son sport favori dans une Espagne où une star mondiale, Rafael Nadal demeure l’étoile brillante incontestée et incontestable, elle affirme être  aussi une  admiratrice émerveillée du football et a son club favori, l’Athlétic Bilbao, les rouges blancs. A table, la directrice exécutive de l’ITC est une bonne buveuse de vin. Mais aussi du Gin Tonic pour clore une journée difficile.

La Rédaction

Echanges Sous l’Arbre à palabres avec la représentante de l’Etat français au Bénin au siège de l’événement précis : L’ambassadrice de France expose les priorités des relations franco-béninoises

Le ballet des personnalités diplomatiques se poursuit. Après leurs Excellences, les ambassadeurs  du Japon et de l’Union européenne près le Bénin, c’est le tour de la représentante de la France de rendre visite à votre journal. Et lorsque l’ambassadrice de France se déplace, il y a évidemment événement. Bien plus, lorsque Madame Aline Kuster-Ménager se déplaceaccompagnée de ses collaborateurs, au siège du journal L’Evénement Précis pour être l’invitée de la rubrique exclusive du Quotidien L’Evénement Précis « Sous l’arbre à palabre ». Sans autre forme de protocole, la représentante de l’Etat français au Bénin a accepté sans sourciller, faire face aux questions des journalistes de la rédaction et des autres organes de presse. Une occasion rare que n’a pas ratée l’équipe de votre journal pour discuter à bâtons rompus avec elle sur l’état actuel de la coopération entre la France et le Bénin, les acquis, les perspectives et surtout les résultats palpables. L’hôte N°78dans cette rubrique phare et très priséedu journal n’a fait économie ni de parole ni d’arguments pour apporter des éléments de réponses aux questions « Sous l’arbre à palabre » où elle a été soumise aux appétits voraces des curiosités des journalistes.Au cœur des échanges à bâtons rompus, les nouvelles priorités dans les relations entre le Bénin et la France, la fête du 14 juillet que célèbre la République française, la table ronde  des investisseurs que le Bénin a organisée à  Paris,  l’affaire Talon et bien d’autres dossiers non moins importants.Un comeback sur son parcours…Un détour dans sa vie privée…Sous l’arbre à Palabres est un véritable cocktail d’informations ! A lire et à archiver.

Et si on en parlait

Excellence Madame l’ambassadrice, depuis la présentation de vos lettres de créances au chef de l’Etat du Bénin, le mercredi 26 juin 2013, qu’est-ce qui vous a le plus marquée dans la vie sociale ?
Ce qui m’a marquée, c’est qu’en arrivant ici, je n’avais pas à l’esprit que le Bénin était si impliqué sur le plan régional et international. Quand je suis arrivée, c’était au moment où les soldats béninois partaient au Mali et ils ont été assignés à Kidal. Ça m’a beaucoup impressionnée et j’ai vu tout le travail de coopération qui est abattu. Entre les militaires français ici, les instances techniques et les militaires béninois, il y a une grande proximité. Je ne m’attendais pas forcément à ça. Vous êtes un pays relativement petit en termes de population mais, vous avez un rayonnement international important.

Quels sont les enjeux de la commémoration de la fête du 14 juillet ?
Le 14 juillet tombe en même temps que la commémoration du centenaire de la grande guerre 1914-1918 et du 70ème anniversaire de la libération. Il y a eu des cérémonies importantes pour célébrer l’anniversaire du débarquement et le président Boni Yayi sera invité à l’anniversaire du débarquement en août. Je pense que c’est un sujet qui me touche, qui touche le Bénin parce que tous ces anciens combattants africains ont participé aux deux conflits. Donc, ça va être un des sujets qu’on va essayer de mettre en valeur. Pour le défilé du 14 juillet, il y aura le drapeau béninois et également 4 jeunes civils béninois qui sont partis le lundi 07 juillet et qui vont participer à un spectacle vivant avec d’autres jeunes africains et d’autres jeunes en général. Que la jeunesse aussi s’approprie ces questions, les connaisse et que ce devoir de mémoire perdure, me semble très important. A la résidence, nous allons mettre à l’honneur nos anciens combattants. Il y en a deux qui sont encore très vaillants. Ce sera notre petite note pour participer à cet effort de mémoire collectif.

En dehors du 14 juillet, vous avez rencontré quelques anciens combattants ?
On les voit très souvent, on les associe aux cérémonies, on les associe au 11 novembre. En dehors de ça, ils sont en contact avec le service des pensions puisqu’ils reçoivent des pensions. L’attaché de défense  va même les voir chez eux, là où ils habitent.

Quelles appréciations faites-vous, Madame l’ambassadrice, des relations entre la France et le Bénin depuis le mercredi 26 juin 2013 que vous représentez votre pays ici ?
A l’occasion du 14 juillet, l’année dernière, nous avons mis l’accent sur la notion de partenariat. Ce qui m’avait frappée, tout de suite en arrivant, c’était la multitude de partenariats qui rapprochaient les Béninois et les Français, qu’il s’agisse de partenariat officiel ou du partenariat avec la société civile. Et donc tout au long de cette année, en tout cas, dès mon arrivée, j’ai voulu faire l’état des lieux de toutes ces relations pour mieux connaître les acteurs et comprendre leurs préoccupations, et voir comment mieux les accompagner en relation avec nos priorités politiques et nos priorités de développement. A partir de là, avec mon équipe élargie, on a fait un important travail d’analyse et de réflexion qui m’a permis de nourrir mon plan d’action. Il faut que vous sachiez que tout nouvel ambassadeur de France doit présenter son plan d’action au ministre des Affaires étrangères français et à ses directeurs dans les six mois de son arrivée. Donc, au bout de six mois, j’ai présenté des actions, des réflexions à partir du diagnostic qui a été fait. A partir de là, le ministre me confie ma lettre de mission. Ce travail est assez important au départ. Je voudrais donner quelques grandes illustrations de ce plan d’action et de ce qu’il contient.
D’abord, je crois qu’on peut dire que le dialogue politique avec le Bénin est très fécond, en particulier sur les questions de sécurité. Les présidents François Hollande et Boni Yayi se sont vus à plusieurs reprises, à Paris mais également à l’investiture du nouveau président au Mali. Chaque fois, ils ont eu des entretiens. Souvent, la sécurité est un des sujets qu’ils ont évoqués. Et, vous le savez aussi, le sommet de l’Elysée qui a réuni les pays d’Afrique et la France en décembre dernier avait pour thème central la sécurité du continent. A cette occasion, plusieurs sujets ont été évoqués, qui concernent notre coopération avec le Bénin. Je pense à la lutte contre la piraterie, à la lutte contre les trafics, la cybercriminalité, la traite des êtres humains qui sont des sujets qui montent en puissance. D’ailleurs sur ces deux derniers sujets, la cybercriminalité et la traite des êtres humains, on a lancé de nouvelles actions de coopération qui figurent dans mon plan d’action et dans ma lettre de mission confiée par le ministre. Voilà pour le premier champ… le champ politique.

De nouveaux engagements avec le Bénin
La réflexion a été aussi profondément renouvelée en matière de coopération au développement puisque, vous le savez, en novembre dernier, le ministre de développement de l’époque, M. Pascal Canfin, est venu signer le nouveau document-cadre de partenariat entre nos deux pays. Cent millions d’euros d’engagements nouveaux ont été approuvés. Cela a été l’objet d’un travail interactif avec la partie béninoise, conduit par le ministre des Affaires étrangères. Il y a eu un travail de discussion en amont avant la signature du document. Je pense que j’aurai l’occasion de revenir sur le sujet de coopération.
Le deuxième grand axe est la coopération avec les institutions béninoises. J’ai voulu impulser une coopération un peu plus dynamique, en particulier, avec l’Assemblée nationale. Il existe déjà des relations de groupes d’amitiés parlementaires puisque du côté français, après les élections législatives, un nouveau groupe s’est formé et le Bénin a composé récemment son groupe d’amitié. Mais l’Ambassade travaille aussi avec l’administration de l’Assemblée nationale sur un certain nombre de sujets pour accompagner les travaux en matière d’élaboration des lois. Nous avons une coopération en matière de législation. Nous apportons nos conseils et notre expertise sur différents textes : le Code Pénal, le Code de l’Enfant… On a travaillé sur la loi sur le partenariat Public-Privé pour apporter une expertise, un regard, des échanges sur la rédaction de la loi. Les lois sont importantes, parce qu’elles sont le socle de la démocratie.
Le troisième axe, c’est un sujet qui intéresse beaucoup de Béninois : celui des visas. On a fait un travail, je crois, qui porte ses fruits. Une stratégie en matière de visas a été élaborée sur la base de critères objectifs. D’abord, la réduction du délai de délivrance et une amélioration de l’accueil du public en général ; des travaux d’aménagement de la section visa sont en cours. Ensuite, un accès plus facile au visa de circulation pour les partenaires béninois de l’Ambassade, que ce soit dans l’administration, le secteur privé, la société civile, le milieu artistique, les médias. Le nombre de visas de circulation a beaucoup augmenté. Ce qui ne nous empêche pas, par ailleurs de faire un contrôle assez strict des autres visas, bien entendu. Enfin, le dernier objectif de cette stratégie a été de repenser un tout petit peu l’accueil et la prise en charge des étudiants dans leurs démarches pour aller en France. Le visa, c’est ce qu’on voit à la fin. Mais, il y a l’accompagnement pour informer sur les études en France et pour accompagner les choix et le processus d’inscription. C’est une institution qui s’appelle « Campus France », hébergée à l’Institut Français qui travaille sur ce sujet -là. Je peux vous dire qu’elle a reçu 11 000 [onze mille] dossiers en 2013, en augmentation de 7% par rapport à l’année précédente et qu’elle a organisé des sessions d’informations thématiques qui ont été fréquentées par 1200 étudiants à Cotonou mais aussi à Parakou. Je pense que, cette année, ça devrait porter ses fruits. Vous savez qu’il y a 2000 étudiants béninois en France. C’est une population importante pour la France, mais aussi pour le Bénin parce que ce sont les futurs cadres de l’administration et les acteurs de l’économie. Voilà pour le troisième axe de cette stratégie. C’est un travail qui n’est pas complètement achevé d’ailleurs mais qui nous a beaucoup occupés.
Je me suis aussi beaucoup investie dans le travail de coordination entre les autres partenaires techniques et financiers. Je me suis personnellement investie, par exemple, dans l’animation du groupe sectoriel « Justice ». Cette année, pour la première fois, avant les réunions techniques, on a eu un entretien avec les autres chefs de mission et le ministre de la Justice. Je me suis aussi investie aux côtés de mes collègues de l’Union européenne sur la programmation du 11ème FED (Fonds européen pour le développement), sur le choix des différentes priorités. Je me suis investie dans le cadre de la réunion conjointe annuelle des partenaires techniques et financiers. C’est quand même un temps fort du dialogue avec le gouvernement béninois.

Accueil et gestion de l’ambassade
Le dernier point, c’est que je me suis beaucoup investie dans la rénovation de la gestion de l’ambassade. J’ai mis en place un plan d’ambassade verte pour essayer de travailler sur la gestion des déchets organiques, notamment, sur la consommation d’énergie et puis aussi la rénovation du patrimoine parce que le parc de l’ambassade est un patrimoine non seulement pour la France, mais aussi pour tous les Béninois. Or, des éléments de décorations, de mosaïques sont vieillissants et doivent être préservés. Il faut vous dire que le ministre et le Ministère des Affaires étrangères français demandent à ses ambassadeurs de s’investir dans la gestion des ambassades, la gestion du budget… Les ambassadeurs sont évalués par Paris par les différents services. Mais ils sont aussi évalués par leurs collaborateurs de l’ambassade qui mettent des notes sur un certain nombre de sujets et font des suggestions lors d’une notation dite « à 360° ».

Quel rôle avez-vous joué, Madame l’ambassadrice, dans l’affaire Talon ?
La demande d’extradition de Talon est un dossier entre la justice et les avocats. Concernant la relation politique bien entendu, j’étais dans un dialogue constant avec les autorités béninoises, avec le président Boni Yayi que je rencontre très souvent, pour essayer d’expliquer comment fonctionne la Justice en France, comment tout cela peut évoluer.

Quelles sont les nouvelles priorités dans le cadre de la coopération entre la France et le Bénin ?
D’abord, je voudrais vous dire que la coopération se porte très bien. Elle est très vivante. Elle évolue pour s’adapter aux besoins des Béninois. Je pense en particulier aux demandes qui nous ont été faites sur le secteur énergétique et sur la formation professionnelle, par exemple. Elle s’inscrit vraiment dans une approche coordonnée avec les autres partenaires techniques et financiers. Pour vous donner une illustration, nous allons vers un exercice de programmation conjointe avec les partenaires européens. C’est vraiment un travail de groupe et nous passons des messages en groupe au gouvernement. Nous réfléchissons à notre coopération ensemble. Notre coopération intègre aussi de manière un peu plus déterminée certaines dimensions transversales : la redevabilité, la transparence, le développement durable qui est un sujet important ; vous savez, la France accueille la prochaine conférence sur le climat en 2015. Un autre sujet qui me tient beaucoup à cœur, c’est l’équilibre homme-femme. Pour vous donner un exemple, on a essayé d’être attentif à ce qu’un certain équilibre soit trouvé dans l’octroi des bourses en France.
Sur les axes de la coopération, le premier est pour aider le Bénin à atteindre les objectifs du millénaire pour le développement (OMD) dans la santé et dans l’éducation. Dans la santé, la France s’est fortement engagée en matière de santé maternelle et infantile. Vous savez qu’il y a plus de 1300 femmes qui meurent chaque année au Bénin du fait des complications liées à l’accouchement et c’est tout à fait évitable. De la même manière, la moitié des décès de petits enfants peut être aussi évitée. Donc, la France a décidé d’apporter son soutien au Bénin sur ce sujet-là. Dans ce cadre, elle mobilise 20 millions d’euros sur cinq ans pour le Bénin sur la période 2012-2016 pour accompagner dans l’amélioration des conditions sanitaires des populations. Cela prend la forme d’actions de promotion de la planification familiale, d’amélioration de l’offre de soins obstétricaux et néonatals, de la formation d’agents de santé communautaire et de la prise en charge des pathologies responsables des mortalités infantiles. Le deuxième axe dans la santé qui est aussi très important, c’est la lutte contre les grandes pandémies que sont le paludisme, le VIH SIDA et la tuberculose. La France est le 2ème contributeur au Fonds mondial contre le SIDA, le paludisme et la tuberculose et le Bénin est un bénéficiaire très important du Fonds. Actuellement, il y a un nouveau cycle qui s’amorce et auquel le Bénin est éligible. Il pourra bénéficier de 163 millions de dollar pour lutter contre ces trois pandémies et renforcer son système de santé. La France contribue environ à 12% au Fonds mondial. Donc, on peut dire qu’il y a près de 20 millions de dollars de financements français qui, à travers le Fonds mondial, vont profiter au Bénin. Cela reste un axe très fort de notre coopération. Mais, on ne se contente pas de mettre l’argent dans le Fonds mondial. Nous accompagnons le Bénin avec l’expertise pour qu’il tire le meilleur parti de ses moyens, notamment, dans le cadre des partenariats hospitaliers sur l’accès aux médicaments. Un exemple de réussite de cette coopération : le Lazaret, le centre hospitalier de pneumo-phtisiologie du Bénin qui est vraiment un exemple en Afrique. Il a reçu d’ailleurs la visite du ministre du Développement français en novembre dernier. Il reçoit l’appui du Fonds mondial et grâce à cet appui, 90% des cas de pathologies peuvent être traités. Ce qui est un excellent résultat qui permet d’ailleurs de faire en sorte que le Bénin soit l’un des rares pays d’Afrique subsaharienne à atteindre la cible correspondante dans les Objectifs du millénaire pour le développement. Enfin, le dernier axe en matière de santé qui est vraiment un secteur important de notre coopération, c’est la recherche. La recherche au Bénin est vraiment exemplaire. Vous savez peut-être que des chercheurs béninois et français développent ensemble le vaccin contre le paludisme chez la femme enceinte dans le cadre de deux laboratoires qui sont financés avec l’appui de la France, le Centre de lutte intégrée contre le paludisme (CLIP) et le Centre de recherche sur le paludisme associé à la grossesse et à l’enfance (CERPAGE). Tout cela se fait dans le cadre d’un travail avec l’Institut de recherche pour le développement (IRD) qui est une des grandes institutions de la recherche en France. Et bien entendu, sur la santé, il y a aussi beaucoup d’actions qui passent par les appuis à la société civile, quels que soit les acteurs.
Après la santé, il y a aussi le secteur de l’éducation. Sur l’éducation, l’AFD (Agence française pour le développement) est très active, puisqu’elle a consacré 9 millions d’euros à la construction des salles de classes, des collèges et à la formation des enseignants. Il y a un nouveau projet à venir de dix millions d’euros pour appuyer les collèges. Ce projet sera complété par un appui à la formation professionnelle dans la région d’Agonlin pour lequel j’ai signé, il n’y a pas très longtemps, un projet de 4 millions d’euros. Tout cela soutient le Bénin dans l’atteinte des OMD.

Le soutien à la croissance économique  
Enfin, nous appuyons le secteur productif, principalement le secteur de l’énergie. A la demande des autorités béninoises, cette priorité a été mise en avant lors de la table ronde de Paris. Il y a eu, dans ce cadre, plusieurs actions. Je voudrais citer, par exemple,  l’électrification rurale. L’AFD a contribué à l’électrification de 105 communes rurales aux côtés de l’Union européenne dans le cadre d’un grand projet de 20 millions d’Euros. Elle est en train de finaliser un prêt souverain de 53 millions d’Euros et un autre financement de 20 millions d’euros avec d’autres partenaires pour redresser la SBEE, moderniser le réseau à Abomey Calavi et dans tous le département de l’Atlantique.
Le soutien à la croissance est un sujet important. C’est toujours l’AFD qui opère avec un projet de 10 millions d’Euros en accompagnement de l’agriculture familiale et en conseil aux exploitants. Il y a également un autre projet de prêt de 11 millions d’euros qui est en train d’être finalisé pour permettre de renforcer les capacités des acteurs dans la région du Zou et des Collines. Il y a également un autre programme que l’AFD porte pour le compte de l’Union européenne qui concerne le secteur privé, l’accès au crédit des  petites et moyennes entreprises et le soutien au dialogue public-privé qui est très important pour le Bénin.
Enfin, je voudrais dire un mot spécifiquement sur ce que l’on fait à l’ambassade au service de coopération en matière de développement. Là, en particulier, nous apportons un appui à la bonne gouvernance, à la réforme de l’administration et à la relève des cadres dans l’administration béninoise. Je le dis parce que l’appui en matière de développement humain et l’appui à l’économie sont vains si on n’a pas une administration solide. Vous savez que l’un des problèmes du Bénin, c’est la relève des cadres de l’administration. La plupart sont déjà partis à la retraite ou bien vont partir dans les années qui viennent et il faut préparer les jeunes à assurer cette relève et assumer cette responsabilité. Cela passe par des programmes de formation continue, mais également des formations en France et sur place. A partir de la rentrée, un expert français viendra au niveau du Ministère de la Fonction publique et de la réforme administrative pour apporter son expertise aux autorités béninoises. C’est un programme qui vise toutes les administrations. Nous travaillons avec l’ENAM et l’ENA en France. Enfin, ce qui est vrai pour les administrations est aussi vrai pour les universités. Vous avez des enseignants de très grande qualité au Bénin, mais eux aussi ils vont partir à la retraite. Nous avons donc décidé de concentrer nos efforts sur des bourses d’études pour des enseignants-chercheurs. Cette année, il y a 20 bourses de doctorat qui ont été attribuées en concertation avec le Ministère de l’Enseignement supérieur afin que les enseignants puissent être bien employés et assurer la relève, en particulier, dans les nouveaux centres universitaires. Les grandes universités s’étendent dans les différents départements, dans tout le pays, sur des thématiques spécifiques. Il faut donc, à mon sens, accompagner cette démarche vertueuse qui va aider à une meilleure adéquation entre les étudiants qui sortent et le marché du travail. Ce qui est l’une de vos priorités. Nous avons déjà un expert en matière d’université pour mettre au pas le système. J’ai déjà rencontré le ministre d’Etat sur le sujet pour répondre aux besoinx afin de réussir ce programme.
Enfin, je ne peux pas terminer mon exposé sans parler de la coopération décentralisée avec le Bénin. Savez-vous qu’il y a 66 projets de coopération décentralisée au Bénin entre collectivités territoriales françaises et béninoises ? L’Ambassade met un expert dédié à cette coopération à disposition de l’Association nationale des communes du Bénin (ANCB) pour accompagner ces partenariats. Ce sont des coopérations qui deviennent de plus en plus professionnelles, et certaines sont plus anciennes. Je peux en citer deux. Il y a, par exemple, l’une des plus anciennes, celle de la région de Picardie et du Groupement intercommunal des Collines qui porte sur la formation professionnelle et le développement économique. Depuis 1995, il y a plus de 9 millions d’Euros qui y ont été injectés. Ce n’est pas négligeable. Il y a aussi des partenaires qui débutent au Bénin et qui considèrent que le Bénin est un bon pays pour monter des partenariats. Ainsi, la commune de Prades-le-Lez travaille avec la commune d’Akpro-Missérété dans les domaines de l’eau et de l’assainissement et dans les technologies de l’information et de la communication dans l’enseignement. Une convention de 70.000 euros a été signée fin 2012.

Avec la montée en puissance de la Chine, la France ne perd-t-elle pas du terrain, surtout dans les domaines économique, social et politique ?
Pour répondre à cette question, je dirai simplement qu’on ne voit pas la Chine comme une menace. C’est un Etat de fait qui va de pair avec le développement magistral de ce pays depuis quelques années. La France demeure le deuxième partenaire économique du Bénin, devant la Chine. Maintenant, nous voyons l’émergence des pays partenaires comme la Chine, l’Inde et la Turquie qui ont été très présents à votre table ronde. Ils ne doivent pas être vus comme des menaces mais plutôt comme des atouts pour le Bénin et son développement. Sur le volet politique, je voudrais dire une chose : c’est que la Chine, pour la première fois, a participé cette année aux opérations de maintien de la paix en Afrique et a envoyé 400 soldats au Mali. On ne peut que s’en féliciter. Il faudrait qu’elle prenne sa part dans le volet politique du développement du continent. Donc, on travaille avec la Chine.

Les actions de la France sont plus orientées vers la justice. Pourquoi cet intérêt au secteur de la justice au Bénin ?
Vous voulez faire allusion au fait que la France est le chef de file des partenaires techniques et financiers dans le domaine de la justice. Je l’ai mentionné. On a également une coopération en matière de justice mais le plus gros partenaire de la coopération sur la justice est l’Union européenne. Il y a un projet très important qui avait fait un état des lieux du secteur et qui a permis de contribuer à l’élaboration du plan national en matière de justice. L’Union européenne, c’est en partie de l’argent français qui contribue pour 20% au Fonds européen de développement (FED). On est très actif dans ce secteur parce qu’une justice de qualité, crédible, efficace et accessible aux citoyens est une dimension incontournable du développement. C’est d’abord dans la confiance que les citoyens mettent dans leur justice qui pourra les protéger, faire valoir leurs droits, que s’ancre la confiance en la démocratie. C’est très important. L’impunité, d’une manière générale, est de l’injustice et elle ne fait qu’encourager les comportements déviants. Donc, la justice est un acteur clé de la démocratie. Aussi, dans un pays comme le Bénin qui veut attirer les partenaires privés, il est indispensable d’avoir une justice qui fonctionne parce que la sécurité juridique est l’un des éléments que regardent les investisseurs avant de venir dans un pays. C’est la garantie que l’argent qu’ils y mettent et les projets qu’ils développeront seront respectés. Evidemment, une justice qui fonctionne est aussi un atout clé pour le développement économique.

Madame l’ambassadrice, la justice est un élément fort de la démocratie, et c’est l’un des vastes chantiers sur lesquels vous intervenez au Bénin. Malheureusement, ce secteur est ébranlé depuis des mois par des mouvements de grèves perlées qui risquent de se durcir avec la proposition de loi introduite par certains députés pour supprimer le droit de grève aux magistrats. Quelle est votre appréciation sur cette question-là ?
Je dois d’abord dire que la France n’est pas l’exemple absolu pour le Bénin en matière de justice. Je peux vous dire comment cela se passe en France. Le droit de grève est garanti pour tous les fonctionnaires de l’Etat, dont les magistrats bien sûr. Mais ce faisant, il y a un service minimum qui est garanti pour le cas des magistrats de manière à faire en sorte qu’une grève ne puisse paralyser complètement le travail des juridictions, parce que la justice doit pouvoir être opérationnelle à tout moment pour régler certaines affaires. Le droit de grève est en tout cas un droit garanti à tous les travailleurs, quels qu’ils soient, en France.

Mais en tant qu’observatrice de la vie sociale béninoise, il vous est arrivé de constater que les grèves ont été souvent trop longues, comme dans le cas du secteur de la justice, où vous investissez beaucoup. Comment vous appréciez une telle situation ?
Non, je n’ai pas d’avis à porter sur la durée d’une grève. Même en France aussi, il y a des grèves qui sont assez longues. Je pense que chaque pays a sa dynamique. Ce qui est important est que cela ne paralyse pas le système. Il faut toujours chercher des solutions et des voies possibles pour régler au mieux ce genre de crises.

L’implication de la France dans la promotion des droits des femmes et des enfants au Bénin
En tant que femme, bien sûr, je me sens particulièrement concernée par la promotion des droits des femmes. En France comme au Bénin, il y a des progrès à faire. Au Bénin, on a toujours soutenu la promotion des droits des femmes. Le programme sur la santé des femmes que nous supportons est déjà une manière pour promouvoir le droit des femmes, surtout au sujet de la lutte contre les violences faites aux femmes, où le Bénin a adopté une position progressiste. L’Ambassade soutient également les associations de femmes. On a supporté cette année l’ONG Femmes, Action et Développement et l’Association des femmes juristes du Bénin qui font de la pédagogie et de la sensibilisation pour essayer d’expliquer aux femmes quels sont leurs droits et devoirs. Et ce que je trouve très remarquable et très positif, c’est que ce sont les femmes, elles-mêmes, qui aiment parler de ces sujets-là. Elles les portent avec leur énergie et leurs propres mots.
La protection des droits des enfants doit également être une priorité. Pour cela, nous soutenons l’ONG des Frères franciscains au Bénin. L’infanticide rituel des enfants dits « sorciers » reste effectivement un sujet de préoccupation. Je crois que ce qui est important au-delà de ce travail c’est que les représentants de l’Etat dans les zones où ont lieu ces pratiques s’en saisissent eux-mêmes souvent, diligentent des enquêtes, signalent les cas, de manière à ce qu’on aboutisse à des poursuites judiciaires parce que ce sont des pratiques criminelles, et je pense que là, il y a encore des progrès à faire. Bien entendu sur des sujets aussi compliqués, il faut que des actions d’éducation accompagnent la mise en œuvre de la loi.

Quels sentiments avez-vous eu lorsque le président François Hollande a formé un gouvernement paritaire ?
Ce n’est pas la première fois qu’on a ce genre de gouvernement en France. En France, la notion de parité est désormais inscrite dans les textes de loi, et les administrations sont sanctionnées quand elles n’en tiennent pas compte. Elles ont un calendrier pour atteindre la parité au niveau des hauts fonctionnaires, comme dans le monde des ambassadeurs où l’accent est de plus en plus mis sur la parité. Il y a beaucoup d’efforts qui sont faits dans ce sens. Quand j’étais nommée, il y a 24 ans, ambassadrice en Ouganda, il y avait seulement 14% de femmes françaises qui étaient ambassadrices. On représente aujourd’hui plus du quart, et moi, je ne peux que féliciter la société française pour avoir compris la nécessité de faire la promotion des femmes.

Quelles sont vos impressions sur la prestation de la France au mondial 2014 ?
Il faut dire que je ne suis pas une très grande amatrice de football mais j’ai suivi les matchs de la France mon pays puisqu’il y a un enjeu. Je dirais que je suis triste que la France n’ait pas dépassé les quarts de finale. Il y a quelques mois de cela, on n’était même pas sûr de participer à la coupe du monde. Je crois d’ailleurs qu’il n’y avait que les Béninois qui y croyaient. Je peux dire que la performance de cette équipe est bonne. Et surtout pour ce que j’ai vu, il y a eu un très bon esprit d’équipe. Quand on arrive à un tel niveau de compétition, il y a souvent des facteurs de hasard qui jouent. Et le pire, c’est quand on passe à l’étape des tirs au but !

La France, chef de guerre en Afrique au moment où le continent africain l’attend sur d’autres chantiers de développement. Qu’en dites-vous ?
D’abord pour qu’il y ait développement, il faut qu’il y ait de la sécurité. Un pays en guerre ne peut pas se développer.  Vous avez un grand voisin qui le vit au quotidien. Donc, insécurité et développement ne sont pas compatibles. Il faut alors agir. Le deuxième point est que la France vient en soutien à une opération de maintien de la paix. Ceci pas toute seule, mais à la demande des autorités du pays. Ce qui a été le cas du Mali dans le cadre d’un effort concerté de la communauté internationale qui a négocié à New York au Conseil de sécurité de l’ONU avec toutes les parties prenantes. Sur ce volet de maintien de la paix, comme cela se passe, il y a des discussions, des négociations, ensuite on agit en fonction du mandat qui est donné dans le cadre qui a été fixé. Par conséquent, il faut dire qu’on essaie de répondre à des problématiques qui concernent les Africains et nous concernent aussi.

Quel est votre sentiment à la suite de la récente déclaration de Cotonou relative à l’abolition de la peine de mort ?
La peine de mort est un des sujets chers à l’Union européenne. Car, pour rentrer dans l’Union européenne, l’une des conditions est d’abord d’abolir la peine de mort. Ce qu’ont fait tous les pays au sein de l’Europe. C’est donc un sujet de droit de l’Homme fortement porté par les pays de l’UE et par la France. On est évidemment très heureux que les Africains se soient saisis de ce sujet. En Afrique, à peu près la moitié des pays africains se sont engagés à l’instar du Bénin au niveau international en signant le deuxième protocole qui parle de droit civil et politique, et ils observent un moratoire de droit ou de fait. C’est un très bon résultat par rapport à d’autres continents, si je peux me le permettre. Et l’idée de l’Union africaine à Addis-Abeba, c’est d’essayer de mettre au point un protocole sur la peine de mort pour que les pays puissent s’engager plus. C’est une démarche africaine portée par les Africains et on ne peut que la soutenir. Mais, je crois que les Africains ont de meilleurs porte-paroles sur ce sujet. Il faut dire que la déclaration de Cotonou était très positive à ce niveau. J’ai participé à la session ministérielle où il y a eu des interventions ministérielles représentant plusieurs pays africains. Il y a le Bénin qui a aboli la peine de mort, Madagascar qui n’a pas aboli mais qui n’a plus fait d’exécution depuis 1958 à côté de l’Algérie qui a aussi fait une déclaration pour s’engager au plan national et international à porter ce protocole. Aux Nations Unies, il y a eu des résolutions sur le moratoire à voter en faveur de cette résolution. Ce que je retiens de la déclaration de Cotonou, c’est que les Africains vont de l’avant, donc c’est positif.

Quel bilan faites-vous sur le soutien de la France à la lutte contre la piraterie maritime en Afrique ?
C’est un bilan très positif. C’est positif parce que c’est le Bénin qui a fait le premier pas. Il a mobilisé la région et les Nations unies pour alerter la communauté internationale sur ce problème. Le Bénin s’est équipé en bateaux pour lutter contre la piraterie et la France a participé à l’effort de formation des différents acteurs qui luttent contre la piraterie. Il ne s’agit pas seulement de marins, mais aussi des douaniers, des policiers, des magistrats. Et je dirai que cet effort de formation qui s’est traduit dans la mise en œuvre du projet ASECMA concernant l’ensemble des pays riverains du Golfe de Guinée et qui est géré depuis le Bénin, a porté ses fruits. Au Bénin, en particulier, il y a eu l’arraisonnement d’un bateau pirate qui a été mené de manière exemplaire. Les pirates ont été identifiés, arrêtés, les enquêtes ont été bien effectuées et les coupables ont été conduits devant la justice. Le plus important est qu’on ait mis en place toute cette chaine d’acteurs pour mener à bien cette démarche. En matière de piraterie, si vous voulez lutter contre celle-ci, l’impunité est le fléau à combattre. Tant qu’il y aura impunité, il y aura des pirates  qui vont profiter de leurs opérations. A ce niveau, je me félicite que le Bénin agisse. Au mois de décembre 2013, le Bénin a adopté sa stratégie interministérielle en matière d’actions en mer. Et là aussi, tous les acteurs ont été impliqués dans la discussion, ce qui a rallongé le délai, mais le résultat est positif. Je crois que cette stratégie va permettre d’aller de l’avant et de poser les jalons de cette action. Un autre point, c’est que le Bénin s’est manifesté comme volontaire pour accueillir le Centre de coordination de la zone Est qui va permettre aux différents pays de coopérer. Il est très important d’avoir une action collective dans cette lutte car dès que les pirates voient un maillon faible, ils agissent en conséquence. Enfin, il y a des bâtiments français en mer qui sont en permanence et de manière récurrente dans le Golfe de Guinée dans le cadre d’une opération qu’on appelle Coramb. Ils viennent très souvent en escale au Bénin. Depuis que je suis au Bénin, il y a eu cinq escales de bâtiments français et à chaque fois, il y a des opérations d’entrainement conjoint entre les marins français et les marins béninois. Ce sont des actions très concrètes de mise en situation. Ils sont très souvent rejoints par leurs confrères togolais voire nigérians de manière à avoir cette dynamique régionale et cet entrainement permanent. Cela a vraiment porté ses fruits. Et il est possible de dire que les actes de piraterie ont baissé au large des côtes béninoises parce que le Bénin a vraiment su se mobiliser.

L’AFD a encore réduit récemment l’aide de la France vis-à-vis des pays Africains. Et on se demande, est-ce qu’on tend de plus en plus vers la réduction de l’aide française au Bénin ?
Non, il ne s’agit pas d’une réduction d’aide de la part de l’Agence Française de développement aux pays africains. Au départ, il y effectivement une loi de finance rectificative. On doit faire des économies. Alors, il y a eu un certain nombre d’impacts budgétaires. Mais l’aide au développement est complexe et n’est pas seulement budgétaire. Vous savez que, dans l’aide au développement, par exemple, on prend en compte le coût de la scolarité des étudiants étrangers. Tous les aspects de l’aide au développement ne sont pas budgétisés. La France avec près de 10% de l’aide internationale distribuée, reste un grand acteur de l’aide au développement. C’est le quatrième bailleur mondial. La priorité pour l’Afrique a été réaffirmée lors du comité interministériel pour le développement qui s’est tenu l’année dernière. Et la priorité à 16 pays africains dont le Bénin a été réaffirmée. Je suis donc très confiante que l’aide au Bénin va se poursuivre et que son volume va être maintenu.
Je voudrais vous dire aussi que les Français continuent à considérer qu’il faut soutenir l’aide au développement malgré la crise. L’année dernière, il y a eu un sondage d’opinion et 68% des Français étaient en faveur de maintenir le volume de l’aide au développement. Et puis il y a aussi le soutien qui s’exprime à travers le volontariat. Au Bénin, vous avez par exemple mille volontaires qui viennent chaque année pour des périodes plus ou moins longues. Vous avez des volontaires de tous âges. Vous avez des jeunes, vous avez des retraités ou des professionnels. Cela fait partie des apports de l’aide au développement. C’en est une dimension très importante.
Le dernier point porte sur les financements innovants. La France a été à la pointe pour faire émerger d’autres sources de financement à côté de l’aide publique au développement. Par exemple, la taxe sur les billets d’avion, vous en avez certainement entendu parler, qui est une taxe qui alimente un organisme qu’on appelle Unitaid, qui finance des médicaments contre le paludisme et la tuberculose. C’était à l’époque le ministre Douste-Blazy qui avait lancé cette idée qui, depuis, a fait son chemin. Et le Bénin profite de ces flux financiers. Depuis la création d’Unitaid, il a reçu 1,4 million de dollars pour la lutte contre le Sida et la tuberculose. Donc, il n’y a pas que l’aide au développement classique. Il existe aussi d’autres sources.

Quel a été l’apport de la France dans l’organisation de la table ronde du Bénin à Paris?
La France n’a rien fait dans l’organisation. C’est la Banque mondiale qui a accompagné le Bénin dans l’organisation de la table ronde. La France a participé aux trois journées de la table ronde. A la première journée, vous savez, c’étaient les bailleurs institutionnels. On a repris des engagements qui avaient été validés dans le document-cadre de partenariat et on a essayé surtout de regarder les priorités du Bénin. Je vous ai parlé du secteur énergétique où il y a une très forte demande. Très clairement, nous allons essayer de faire un effort particulier dans le secteur. Sur le volume du fonds, il avait été déjà arrêté auparavant, il n’y a pas eu d’annonce nouvelle. Le deuxième jour, c’était le secteur privé. Là, les sociétés françaises étaient très présentes. Elles sont autonomes dans leur communication. Mais j’ai vu qu’elles étaient très actives. La troisième journée était sur la diaspora. Une grande partie de la diaspora est en France. Beaucoup d’ailleurs sont derrière les partenariats décentralisés. Donc, les trois journées de cette table ronde me paraissent des moments  importants. J’ai pu apprécier que le Bénin possède quelques atouts. Le sujet, ce n’est pas de trouver de l’argent. C’est mettre en œuvre les reformes de gouvernance.

La France dans le domaine des médias était une contributrice. Mais on remarque aujourd’hui que le financement des médias est fait désormais par l’Allemagne et le Danemark. Est-ce qu’aujourd’hui les médias sont devenus orphelins de la France ?
On ne peut pas dire ça. Voyez-vous, on a beaucoup de sujets et les médias font complètement partie des axes de coopération en matière de gouvernance. J’ai dit tout à l’heure que la justice est un des piliers de la démocratie, mais une presse libre qui a un bon savoir-faire est évidemment aussi un des grands piliers de la démocratie. Donc, on continue de faire des actions de formation sur place, notamment, sur certaines thématiques. La semaine dernière, on a eu le conseiller général de l’audiovisuel basé à Abuja qui travaille sur toute la zone. Il est venu faire un diagnostic sur les besoins de la presse audiovisuelle et je crois qu’on a déjà pas mal avancé par rapport à ce qu’on voulait faire. Il y a tout un axe de travail, à mon sens, sur la presse en ligne qui est de plus en plus un vecteur de communication très important. Donc, on va essayer d’aller sur ce terrain-là et puis aider aussi dans une coopération plus technique. Moi, je ne sais pas ce que font les autres partenaires, mais la France n’a pas abandonné le secteur. Soyez rassurés.

Alors, Madame l’ambassadrice, comment entrevoyez-vous l’avenir des relations franco-béninoises?

Bien ! Les relations franco-béninoises sont très bonnes. Et elles ont la particularité d’être vraiment ancrées dans l’histoire. Ce n’est pas que les relations entre gouvernements, c’est aussi une relation entre des hommes et des femmes qui travaillent ensemble en France et au Bénin. Elles ont un bel avenir et elles vont continuer à se développer. Je dirais qu’au plan international, le Bénin est un acteur très présent. Ce qui est un atout.

La Rédaction