Category: Sous l’Arbre à Palabres

Déclaration de L’honorable Assan Séibou, invité au siège de l’évènement précis « Sous l’Arbre à PalabreS »: « Balayer le système Yayi est une œuvre de salubrité publique »

 Assan SeibouL’honorable Assan Séibou est le 97ème invité de la rubrique phare de votre journal, «Sous l’Arbre à Palabre». Influent cadre politique, originaire du nord, avec  déjà à l’actif deux mandats parlementaires, l’homme aborde sans sourciller toutes les questions. Et affiche une position bien tranchée contre le système Yayi qu’il dit avoir combattu ces dix dernières années, dut-il subir des  représailles tant dans son champ politique que dans sa vie professionnelle. Mais  Assan Séibou s’en émeut très peu, s’avouant plutôt satisfait d’avoir mené un  «combat juste et patriotique». Influent membre de l’Alliance pour un Bénin Triomphant ( ABT),   il salue l’élection de Patrice Talon  à la tête du pays, heureux d’y avoir contribué aux côtés de son candidat Abdoulaye Bio Tchané, l’un des meneurs de la Coalition de la Rupture.  

Et si on en parlait

Bonjour Honorable, qu’est-ce que ça vous fait d’être invité de nouveau sous l’Arbre à palabre de votre journal ?  
Je vous remercie de m’avoir invité parce que la rubrique « Sous l’Arbre à palabre » dans votre journal et même dans le paysage médiatique béninois est déjà devenue une référence. Et quand ça tombe sur moi, je ne peux que me demander mais pourquoi moi parce que c’est assez gros quand même. Je veux vous remercier pour cette considération et également dit mon plaisir d’être ici parmi vois parce que je vois des journalistes qui pour la plupart ne sont pas des nouveaux. Ce ne sont pas des visages nouveaux pour moi et le journal lui-même est un journal assez crédible. Vous avez reçu des prix sur les plans national et international. Venir voir le journal et vous qui êtes des amis de longue date parce qu’on a fait beaucoup de choses quand j’étais à l’Assemblée nationale, venir vous voir comme à ces occasions, ça me faire beaucoup de plaisirs et d’échanger sur les sujets que vous avez évoqué tantôt, ça ne peut me donner plus d’intérêt à être ici sinon je n’aurais pas accepté. Vous voyez bien que l’honneur, l’intérêt et les amis, ça fait trois choses importantes qui font que je suis heureux d’être avec vous ce matin. Et à tous les journalistes qui sont autour de moi ici, je leur adresse mes salutations et leur dire merci d’avoir accepté de s’asseoir avec moi sous l’Arbre à palabre.

L’élection présidentielle de 2016 s’est achevée, la Cour constitutionnelle a donné les résultats définitifs sans contestation, quelle lecture faites-vous de cette élection ?
Je vais dire que les élections se succèdent mais elles ne se ressemblent pas parce que chaque élection vient avec son défi à part et il n’est pas juste de vouloir comparer chaque fois deux élections parce que les contingences ne sont pas les mêmes. Mais cette élection est exceptionnelle. Et tout ce que vous avez vu depuis le début de la campagne électorale jusqu’aux résultats et même la non contestation que vous venez de mentionner tient lieu d’un contexte et tient lieu de fait. Vous savez que c’est l’une des élections utiles pour nous dans le pays. Nous avions eu une liste électorale qui était à la base contestée et qui jusque-là l’heure nous sommes ici est encore contestable parce que des électeurs se plaignent de n’avoir pas eu des cartes ou bien on les a déplacés. On devrait voter donc dans des conditions un peu contraire à la loi parce qu’il y avait des béninois non enrôlés, qui avaient été enrôles et qui avaient été ignorés. Mais personne malgré tout ça n’a élevé de contestation. Il y a eu d’autres éléments qui se sont greffés pour faire passer en second plan les problèmes qui devraient être sur des contestations de base. Ce sont les candidatures d’abord. Les différents candidats qui se sont présentés l’ont été dans des conditions aussi historiquement uniques et exceptionnelles. Nous avons l’entrée des hommes d’affaires qui avaient été annoncées à un moment donné et qui sans contexte, avait eu un effort. Je le disais un jour à un de vos confrères que l’entraineur politique c’est-à-dire ceux qui finançaient le monde politique ont décidé d’aller jouer sur le terrain politique. Est-ce qu’à l’arrivée l’entraineur sera bon sur le terrain ou bien à la touche ? On verra bien. Et je pense que l’entraineur s’est avéré un bon joueur. Surement à force de poser des tactiques, il s’est découvrir le talent de bon joueur. Patrice Talon et Sébastien Ajavon sont dans le registre de ceux qui finançaient les partis politiques. Vous avez vu dans le passé que même le président Yayi l’a dit et Talon ne l’a pas caché, que pour les  élections antérieures, Talon a été son mentor financier. Alors, que celui-là décide d’être candidat, c’est un événement bouleversant. De même que Ajavon. Mais l’autre qui a complètement bouleversé le terrain politique et qui a changé l’élection en une sorte de défi patriotique, c’est la candidature de Lionel Zinsou. Apparemment que tout le monde se disait que c’est quelqu’un qui ne nous connaissait pas et qui a fait plus de soixante ans de vie et qui n’a jamais milité au sein d’une association des béninois de l’extérieur même pas à Paris, et nulle part, on ne le trouve et il n’a jamais été enrôlé et n’a jamais voté avec nous ici, se retrouve avec nous aujourd’hui. C’est grave de faire descendre quelqu’un comme ça parce que le chef de l’Etat veut quitter qui l’a fait entrer au pays. C’est la première difficulté. La deuxième est celle que j’ai annoncée tant tôt. Il ne connait pas le terrain et il n’est pas dans le milieu politique, on ne le connait pas. S’il était venu d’un pays comme le Brésil, des USA, le problème aurait moins vif. Mais il vient de la métropole colonisatrice. Et on connait les relations entre les métropoles et les colonies même jusqu’à présent. L’impression a été forte de dire : on veut nous recoloniser, on nous amène quelqu’un pour être à la solde de la France. Et lui-même avant son arrivée, a dit des choses qui ont enflammé la  situation. Il a dit même si ce n’est pas dans le contexte politique, il a dit dans un contexte très sérieux que l’Afrique appartient à l’Europe. C’est tout ça là qui a participé à crisper la situation. Et un an avant tout ceci, il était à la tête de la commission paritaire Nigéria-France et c’est lui qui représentait la France. Pour nous tous, il est plus français que béninois. Et ça, c’était le côté visible du problème. Mais le problème réel qui a fait que les élections se sont présentées comme ça avec autant de virulences de la part du chef de l’Etat sortant, le président Yayi Boni et de la part des adversaires aussi, c’est qu’en réalité Lionel venait porter le poids de la gestion de Yayi et devrait se justifier. A ce niveau-là, les résultats qu’on a eus prouvent que moins Lionel Zinsou qui était le problème que Yayi Boni lui-même. C’est l’échec de Yayi. Patrice Talon et tous ceux qui étaient venus pour être candidats, c’était en vérité pour nous protéger de la foudre de Yayi. Il n’arrêtait pas de s’en prendre aux gens, aux hommes politiques et aux opérateurs économiques. Et il veut mettre un système qu’il va contrôler. Nous craignions même qu’il ne devienne le premier ministre de Lionel Zinsou. Ce n’était pas exclu, puisque avec Yayi, rien n’est exclu. A partir de ce moment, le peuple combattait plus Yayi que Lionel Zinsou. Les arguments politiques internationaux ne pouvaient pas faire échouer Zinsou. Tout le monde le soutenait. En vérité, c’est la gestion de Yayi qui est sanctionnée.

Et l’inquiétude d’un troisième mandat déguisé.
Bien sûr ! Et moi mon combat, c’était contre Yayi, c’est lui que je traquais. Pour moi, c’est comme quand vous poursuivez une souris que vous voulez tuer, si elle se refugie sous une feuille, qu’est-ce que vous faites ? Vous abattez la feuille pour atteindre la souris. Vous abattez les deux et c’est la feuille qui va sentir plus de décomposition que la souris et peut-être même que vous allez rater la souris. Et c’est comme ça Zinsou, on traque Yayi et il s’est réfugié sous Zinsou, mais on écrase Zinsou et on le déchiquette. Et c’est ce sui est arrivé. Ma lecture est que cette élection est une sanction, c’est un vote sanction et il n’y a pas eu de réaction parce que Yayi s’est rendu compte que sur le terrain qu’il n’était accepté nulle part. J’étais tout le temps dans le Nord qu’on appelle sa base. Là-bas, il a semé une très mauvaise graine. Il a semé quelque chose que nous devons encore géré pendant quelques années. Il a donné le sentiment aux gens du Nord que nous, nous sommes du Nord et que les autres ne le sont pas. Alors que dans le Nord aujourd’hui, tout le peuple du Sud se retrouve comme tout le peuple du Nord se retrouve au Sud. Venant d’un chef de l’Etat qui est allé faire un discours comme quoi le Nord a tenu pendant longtemps le pouvoir pendant 20 ans sur 25 et qu’il ne fallait plus continuer plus sinon il nous garantir qu’il y aura eu une guerre parce qu’il a eu un candidat qui n’st pas du Nord qu’il s’en va tenir ses propos. Il descend dans mon village à Copargo et il prend le micro et dit aux femmes : « Copargo, sauvez-moi, sauvez-moi, Talon veut me tuer, c’est un bandit, c’est un voleur » Il a dit des choses assez graves et moi je ne suis pas content que les journalistes ne relaient pas ces choses-là parce qu’il a même dit que si Talon gagne, qu’il ne se laissera pas faire. Aujourd’hui, Talon a gagné, est-ce qu’il va laisser ? Ce monsieur était prêt à tout et à partir de ce moment, il devenait un danger.

Vous avez vu les résultats du premier tour, votre candidat ABT a eu 8%, qu’est-ce qui explique ce score là ?
Je vous disais que les conditions des candidatures ou du déroulement de la constitution des candidatures ont été des choses bouleversantes. Il y a eu des bouleversements partout ? Si une ou deux années avant les élections, vous demandez aux béninois, tous les sondages disent deux personnes : ABT et Koupaki. Je pense que cette vision est restée même au cours de la campagne. Nous avons eu des négociations au niveau de l’agence ABT avec des potentiels candidats. Des gens qui avaient déjà déposé leurs dossiers et qui se désistaient. D’autres qui cherchaient comment se positionner dans ce paysage. J’ai entendu plusieurs fois des candidats qui veulent se rallier dire que sur la plate-forme politique aujourd’hui, il n’y a pas meilleure offre que le président ABT pour prétendre gouverner le Bénin dans les conditions appropriées. Mais les gens souhaitaient deux choses. On vous dit tout ça et à la fin, on vous dit qu’il faut les moyens. Il faut l’argent. Il n’y en a qui ont même avoué qu’ils ont des problèmes sur les cris selon lesquels le pouvoir doit revenir au Sud. Pour tout le Bénin si on n’est pas hypocrite, Bio Tchané méritait d’être le président et c’est le meilleur. Mais il y a eu l’arrivée des hommes d’affaires et c’est le premier bouleversement. Au Bénin, personne ne pouvait penser une année avant les élections, que Talon ou Ajavon pouvait être candidat. Et même quand ils ont voulu l’être, vous avez vu que l’église et tout le peuple les appelait à dire non et de rester dans le créneau de leurs affaires. Et jusque-là, on se disait qu’ils n’iront pas jusqu’au bout et qu’ils finiront par se rallier. Il y a l’autre événement, c’est la réaction du PRD et de la RB qui est l’une des raisons qui a rendu la tâche plus dure à Lionel Zinsou et Yayi lui-même parce que ce ralliement-là, je peux dire, est le ralliement qui a crée aujourd’hui la rupture du candidat de la rupture. C’est vrai qu’à l’époque là, le camp de la rupture n’était pas encore constitué. Mais le fait de l’avoir de cette façon, a amené tous les autres à se câbler d’un côté et faire un fond de rupture parce qu’aucun béninois non plus, six mois avant les élections, ne peut penser que Houngbédji qu’on a élu dans des conditions que vous connaissez, allait commettre cet acte ignoble. Ou que Liady était poche de son copain que son père même a ouvert un front quand on annonçait la candidature de Zinsou a ouvert un front. On n’attendait pas que ces gens aillent s’agglutiner et le fait qu’ils se sont agglutinés a crée une psychose au niveau de ceux qui avaient peur de voir le système Yayi continuer. Et  vous l’avez vu les plus faibles dans les analyses sont partis immédiatement s’agglutiner. On a vu les Eric Houndété, Désiré Vodonou, tout ce monde est parti ; il y a de quoi bouleverser la population. Et vous savez, la base de Yayi et celle de Bio Tchané sont dans le Nord. Le fait de voir ce regroupement là et d’entendre dire que « même si vous votez ABT ne sera pas élu, vous savez vous-même la tradition du pays. L’Ouémé, le Zou et autres sont déjà là avec nous ». Et en plus, Zinsou lui-même a participé à ça. Et c’est là que je trouve que ce monsieur a été bas. Quelqu’un qui vient d’un système aussi huileux comme la France et qui vient dire dans mon village : « Dites à ceux qui hésitent encore de venir vite nous rejoindre parce que moi j’ai déjà gagné les élections. Vous voyez la Cour constitutionnelle, elle est avec moi, la Cena, nous la contrôlons ainsi que la Hacc, les institutions sont avec nous et les grandes forces politiques du pays sont avec moi et tout le monde vient vers moi ; donc moi je suis déjà président de la république, dites-leur de vite venir ». Les paysans qui ne connaissent pas les réalités du pouvoir, ces genres de propos les bouleversent et les cadres ne savent pas ce qui va se passer. Qu’on ait eu un 8%, je pense que tous ces événements se sont greffés et ont contribué à ça. Mais c’était un score aussi inattendu parce que j’ai vu Yayi pleurer et vous l’avez aussi vu sur les meetings au Nord. Quand nous programmons une séance, il programme la même chose au même moment et au moment endroit autant à Tchaourou que dans les autres communes du Nord. Et malgré tout ce qu’il a fait, nous étions à 36% dans sa commune.

Qu’est-ce qui explique cette haine du président sortant vis-à-vis d’un candidat ?
Vous savez, je ne trouve pas Boni Yayi un homme normal comme les autres. Et pourquoi ? C’est un normal qui ne fait aucune différence entre adversité et animosité. Si quelqu’un ne peut pas franchir ce pas là, je trouve qu’il n’est pas normal. C’est pourquoi il faut traiter avec Yayi pas comme avec vous. Il a fait cinq ans, sa haine peut paraitre apparente, elle peut même ne pas être fondée mais il faisait une sorte de haine pour montrer à tout le monde qu’il ne faut jamais celui-là après lui. Il a dit pensant que la passation de service est quelque chose de constitutionnelle. Vous l’avez suivi : « Je ne lui donnerai jamais le pouvoir. » Il a l’a dit pour Talon et il l’a aussi dit pour Bio Tchané à Gogounou. Il a insulté Bio Tchané de sauvage et bâtard. Est-ce que vous pensez qu’un président qui a toutes les facultés normales peut agir de la sorte dans un pays? C’est une haine inexplicable du point de vue rationnel.
Comprenez que Yayi avait d’autres objectifs. Je vous fais une de mes analyses.La commission de la CEDEAO a été vacante depuis février. Pourquoi Yayi attend-il qu’on donne les résultats définitifs des élections pour nommer le président de la commission ? En vérité, moij’avais la conviction que ce monsieur  se réservait lui-même la commission de la CEDEAO.……. On serait le 8 ou le 9 en train d’apprendre que pour lui permettre de continuer son dynamisme, sa diplomatie, et peut-être semer quelques graines de cette folie, qu’on va le nommer à la commission de la CEDEAO. On serait dans le même contexte que Alpha Oumar Konaré ou bien dans d’autres qui ont été rétribués. L’autre c’est l’Union africaine, lui il serait à la CEDEAO, et c’est quand-même 15 Etats. A partir de là rejoindre les Nations Unies. Ce serait le parcours d’Ibn Chambas. Ce monsieur a fait ses calculs. Il n’était pas en campagne pour Zinsou. Il était en campagne pour son avenir à lui. Et je suis convaincu de cela. Si c’est par Bio Tchané qu’il devait passer pour atteindre ça, si Bio Tchané pouvait le lui donner facilement ou le promouvoir, il l’aurait soutenu sans hésiter. Il aurait dit aux gens du nord, prenez vos armes, s’ils refusent, il faut les abattre, puisqu’ilavait l’habitude de leur demander de se préparer.

Malgré ça, Bio Tchané lui opposait le silence
Ça c’est le silence du sage. Nous sommes convaincus autour de Bio Tchané que cet homme n’était pas assez normal. Donc, si vous voulez riposter, vous vous trouverez en terrain anormal où le peuple ne vous comprendra pas. Et de toutes les façons, c’est la peur. Il veut nous faire peur. Mais ce n’est pas quelqu’un comme Bio Tchané qu’on intimide.

Verra –t-on ABT au sein du premier gouvernement de Patrice Talon ?
Je crois que c’est évident. Quand vous allez aux élections, vous avez des objectifs. Il y a les premières priorités et les priorités secondaires. La première es choses que nous avons combattues depuis 2011, que Bio Tchané a combattu depuis 2011 et nous sommes restés constants, c’est la mal gouvernance de Yayi. En 2011 déjà nous avions dit que sortir Yayi de la présidence est une œuvre de salubrité publique. Je l’avais affirmé. Notre objectif premier c’est de mettre fin à cette gouvernance-là, qui conduit le pays tous les jours à la catastrophe. Dans cette élection de 2016, le même objectifest resté. Priorité : il ne faut pas que le système Yayi continue, sinon nous risquions de quitter ce pays pour aller nous réfugier ailleurs pour travailler, ne serait-ce que pour travailler. Bio Tchané de ce point de vue privilégiait la non continuité de ce pouvoir. Et vous avez vu, Zinsou a été clair et leur campagne était que c’est la continuité. Et quand vous faites un combat politique, vous devez être prêt à tout sacrifice. Lorsque le front de Lionel Zinsou s’est constitué pour continuer, il était normal que les autres se retrouvent et que du coup, chacun soit prêt à se sacrifier pour que cela n’arrive pas. Bio Tchané a fait ce combat de façon constante. Pour nous, la première victoire devait résider dans la rupture avec ce système. Le deuxième objectif c’est de rendre cohérent et fonctionnel le regroupement. Je crois que ce sont les autres qui ont proposé Bio Tchané à cette époque-là pour être porte-parole. Je vous disais au début que tout le monde est unanime que ce monsieur est l’un des meilleurs pour mener la chose. Pour moi, il ne pouvait que se montrer actif.

Il sera au gouvernement ?
Probablement. Mais pourquoi allez-vous soutenir un système et refuser d’en faire partie. Vous dites que vous faites la rupture. Ce serait incohérent de dire que vous ne rentrez pas dans ce combat-là au premier plan comme on vous a vous. Moi, je sais que nous avons apporté tout notre soutien et l’appel a été suivi à 100%. Talon est élu, nous sommes porte-parole de la Rupture. Il deviendra opposant pour faire quoi ? Pour faire autre chose que la rupture ?
Abdoulaye Bio Tchané peut servir ailleurs que dans le gouvernement
Ça c’est une autre question. Mais l’alliance ABT sera au gouvernement. Il appartient à l’    alliance, selon ses objectifs, de lui dire qu’il y va ou qu’il n’y va pas.  Mais si vous demandez l’avis d’AssanSéibou, je vous dirai qu’il y sera et qu’il ne peut qu’être dedans. C’est selon AssanSéibou, mais pour le, moment les débats ne sont pas terminés. C’est ça aussi, l’affaire des négociations. D’un, c’est lui qui peut entrer et rendre les choses efficaces, parce qu’il a mené le combat à notre tête. De deux, parce que Patrice Talon respecterait le président Bio Tchané plus que n’importe qui dans l’alliance ABT. La troisième raison, c’est que techniquement, ce qu’il connait et peut apporter, personne dans l’alliance ABT ne peut l’apporter, du point de vue relation, du point de vue compétences, du point de vue connaissance du milieu béninois dans son domaine.

Quel pourrait être l’avenir de la Renaissance du Bénin (RB) et du Parti du renouveau démocratique (PRD) après l’échec de Zinsou ?
Vous me faites passer pour un marabout qui risque d’être de mauvais augures, parce que quand vous allez chez les marabouts ils aiment que vous entendiez ce que vous voulez entendre pour pouvoir sortir l’argent de poche. Pour moi, ils ont posé l’acte de nous abandonner pour soutenir notre bourreau. Ce n’est pas nous qui sanctionnons, c’est le peuple. Je crois que vous avez vu le PRD, malgré la sortie de Houngbédji, malgré tout ce qu’ils ont fait, perdre le terrain devant les autres. Il était inimaginable dans le passé que même si vous avez de l’argent, de l’influence ou du pouvoir, que vous puissiez l’emporter devant un appel de Houngbédji dans l’Ouémé. Il vient d’être démystifié. C’est beaucoup plusune réaction contre ces choses-là. J’ai observé la manière dont cela s’est fait et j’ai été personnellement dégouté. J’ai un profond respect pour Me Houngbédji et il le sait. J’aimais beaucoup le PRD. Ils le savent. Je n’ai pas compris, que c’est après avoir constitué ce front-là, après avoir donné le logo, comme on dit, que le président du PRD est reparti s’expliquer avec sa base. Ça signifie qu’il avait fait-là une aventure personnelle avant qu’elle ne devienne collective. C’est une erreur grave. J’espère qu’il va pouvoir se relever, parce qu’avoir fait la politique pendant si longtemps et finir dans une certaine désolation ne serait pas bien. Il lui appartient de trouver  les mots qu’il va dire aux siens, comment il va se comporter, parce que ce serait une perte énorme que d’avoir de grandes figures aussi expérimentées et se trouver en difficulté le même schéma se présente chez Léhady jusqu’à l’heure du dépôt de la candidature de Lionel Zinsou, il n’y a personne de nous qui croyait qu’il était dans cette logique parce qu’avec son père qui est quand-même la figure charismatique, même s’il n’aime pas qu’on le dise, être président, il a hérité de quelque chose et la chose dont on a hérité porte toujours la marque ce celui qui l’a inventé donc la RB restera toujours une invention de Rosine et Nicéphore Soglo. Il doit gérer sagement. Mais je pense que cette occasion est celle qui a révélé que même devant l’honneur de leur père Léhady n’est pas prêt à renoncer à un intérêt. C’est la lecture qu’on fait les gens du Zou, dans la zone où Talon a laminé Lionel Zinsou que les Léhady et Atrokpo soutenaient. Le père est devant et vous dites non. Je crois qu’à ce niveau-là, leur avenir dépendra de ce qu’ils vont dire à leurs populations pour redresser ce tort-là. Mais on les voit déjà appeler à soutenir Talon.

Comment appréciez-vous les ralliements massifs et subits à Patrice Talon ?
Je crois que vous êtes dans la suite de votre question. Ces ralliements-là rentrent d’abord dans le sens de ce qui va permettre à ceux qui se sont rendu compte qu’ils ont fait une erreur grave, de refaire leur avenir, d’essayer d’arranger ce qui peut se gâter dans l’avenir. C’est de dire nous ne sommes pas des opposants. Mais cette attitude aussi n’est pas une attitude responsable. Je viens de me rendre compte qu’ils ont réagi comme des gens qui ont vu le précipice brutalement devant eux. Le lendemain est devenu noir, on ne sait pas dans quoi on saute. Je trouve en ça une réaction fébrile. Il y a eu trop de fébrilité. Je pense qu’ils auraient pu attendre un peu, que le président prenne le pouvoir et qu’il fasse même quelques pas et qu’il voie de quelle manière il veut y aller avant de dire ‘’nous soutenons de façon inconditionnelle’’. Mais je crois qu’ils l’ont fait parce qu’ils étaient devenu non grata au sein de leur population qui est en train d’évoluer vers Patrice Talon. Et comme on dit, toute honte bue, ils ont posé l’acte. J’ai l’impression que c’est comme ça avec tous ceux qui font ces ralliements. Ceux qui sont un peu dignes vont attendre. Qu’est-ce qu’ils savent de ce que Talon va faire d’eux ? Parce que ces ralliements-là ne leur pas une priorité chez Talon, ça ne donne qu’une disponibilité. Et Talon, comme tout président, veut bien que tout le monde le soutienne, mais c’est un homme qui est issu d’une histoire et d’une logique politique et électorale. On ne va pas lui dire aujourd’hui de prioriser le PRD par rapport à Ajavon. S’il le fait, lui aussi le peuple le sanctionnera comme il a sanctionné le PRD. Voilà comment je vois la chose. C’est une fébrilité, c’est la peur. Et quand quelqu’un agit en état de fébrilité et de peur, il pose des actes maladroits et regrettables.

Le mot rupture est sur toutes les lèvres. C’est quoi la rupture, au fait ?
C’est d’abord rompre avec ce qui se passait. Quelqu’un dit qu’il veut continuer et nous disons qu’il faut rompre. Mais il faut faire attention. J’ai entendu des gens dire qu’il faut rompre avec tout ce qui se faisait. J’ai lu un de vos confrères qui disait qu’il ne faut plus qu’il y ait de premier ministre. Je me suis dit dans ce cas qu’il n’y ait plus de ministre d’Etat non plus. Pour certains, on doit rompre même avec les mots, les expressions. Dans ce cas changeons de dictionnaire.  Ce n’est pas ça. Là où nous voulons rompre, c’est dans la gouvernance,  dans la manière de gouverner.

Si on vous le demandait, quelles propositions feriez-vous au président Talon pour améliorer la gouvernance ?
La première des choses s’il prenait le pouvoir, c’est d’annuler toutes les affectations et nominations qu’il y a eu dans ce pays cinq mois avant, mettre à plat. Parce qu’on a fait des choses, on a donné à des gens des postes et des possibilités qu’ils ne méritent pas du tout. Et si on entérine, on va continuer avec le système. Et dans la gouvernance c’est de commencer d’abord à ne pas rendre les nominations comme une faveur qui attend rétribution. Quand on nomme quelqu’un, il pense qu’on l’a nommé pour sa communauté, pour sa maison. Ce sont des choses que je peux demander au président d’évacuer. J’ai déjà entendu le président dire qu’il ne fera pas de chasse aux sorcières. Je suppose que la chasse aux sorcières c’est de regarder quelqu’un qui ressemble à quelque chose et se jeter sur lui. Mais on ne peut pas prendre la gouvernance là où elle est, avec des problèmes sans connaitre comment ces problèmes-là se sont posés. Et si ça engage la responsabilité de quelqu’un, il faut bien le dire. Je vous donne un exemple. Le plus grand problème que nous avons est celui de l’énergie. Vous, les journalistes, avez tous suivi la centrale d’Akpakpa. Il a été versé dans cette centrale trois milliards et quelques de francs CFA sans que les groupes qui sont là aient tourné. Si on veut lutter dans le cadre de l’énergie, est-ce qu’on doit oublier cette centrale ou aller voir ce qui s’y est passé ? Si cela engage la responsabilité de ceux qui ont dépensé les trois milliards, il faut bien regarder ça non ? Je ne suis pas pour que le président s’engage à e pas investiguer. Mais, à poursuivre des gens qui n’ont rien fait, non. On peut situer les responsabilités sans nécessité de poursuivre, mais que l’opinion sache quand même ce qui s’est passé. Donc, au niveau de la gouvernance, si personne n’a peur, si personne n’a de crainte de demain qu’on puisse fouiller dans ce qu’il a fait, nous allons continuer avec les mêmes choses.

Que pensez-vous de la proposition de Nicéphore Soglo de faire venir des gens de la BrettonWoods pour investiguer par souci d’impartialité ?
Moi je ne le crois pas faire des investigations dépend  de la sincérité et de l’intégrité de ceux qui viennent. Celle qui nous a certifié la Lépi venait d’où ? C’est le PNUD, avec les partenaires, qui nous ont dit que c’est fiable, que c’est bon, mais ils savaient tous que ce n’est pas bon. C’est une institution internationale. On peut avoir des gens qui peuvent cautionner du faux. L’essentiel c’est de faire l’investigation avec des gens, et il n’en manque pas dans ce pays, d’une certaine intégrité à qui on peut confier une commission d’enquête. Si pour toute commission d’enquête nous devons chercher des institutions de BrettonWoods, notre argent va finir. L’enquête que nous pouvons faire avec dix, vingt millions ici, ils vont nous demander le milliard pour le faire. Il y a aussi la crainte de ce côté. L’essentiel c’est de s’engager à investiguer quand ça ne va pas. Yayi nous a habitué à des mensonges, à du camouflage. Le président doit cesser d’être vu par son peuple comme unmenteur. Nous avons tous vu le président Yayi comme un menteur invétéré. Il dit une chose et demain c’est le contraire qu’il est en train de faire. Je me demande si ce sont ceux qui lui fournissent les informations qui le rendent menteur comme ça, ou bien si c’est lui-même qui sait et le fait. Yayi a remis la démocratie en cause. Il ne respecte aucune loi. Quand la campagne a cessé, il a continué, continué d’utiliser les moyens de l‘Etat. Il n’ya avait rien qui puisse l’arrêter. Même son poulain qu’il a amené, il l’a entraîné dedans. Ce n’est pas de cette gouvernance qu’on a besoin.

Que dites-vous de la Nouvelle conscience prônée par un des candidats ?
Il y en a qui ont besoin d’une nouvelle conscience. Quand on dit nouvelle conscience, ça veut dire qu’il y avait une ancienne qui n’était pas bonne. Je pense qu’il y en a qui en ont besoin plus que d’autres qui ont gardé leur conscience. Je ne veux pas faire de bagarre sémantique mais je pense que chaque candidat a prôné ce qui pouvait lui permettre de se passer des difficultés que pourraient lui causer son passé, et avait besoin d’une certaine renaissance. Au fond, on a tous besoin d’une introspection et de changer de mentalité.de ce point de vue, changer de mentalité dans la gestion de la chose publique, c’est-à-dire la mentalité collective. Et c’est sur ce point-là que la question de nouvelle conscience, ce concept-là pourrait s’ajouter à la rupture que nous recherchons et le nouveau départ qui est prôné de l’autre côté, pour que nous ayons une nouvelle façon de voir les choses. Qu’on fasse table rase du passé, sinon Koupaki le promoteur de la Nouvelle conscience lui-même peut être mal vu par rapport à son implication avec Yayi. Parce que, si Yayi était un nazi, lui-même serait nazi.

Vous avez expliqué tout à l’heure que vous avez lutté contre le système Yayi qui est un système de prévarication, de division. Pourquoi n’avez-vous pas mis un peu d’eau dans votre vin pour rentrer dans le système et bouffer ?

J’aime la façon dont vous me posez la question.
Réellement, j’ai fait deux mandats, ce n’est pas un. Chacun a sa raison d’aller dans la politique et sa raison de vivre, comment il s’organise, comment il entend faire sa vie. Moi, je ne peux pas être en présence du mal et me taire. Je ne peux pas être en présence de quelqu’un que je sais de mauvais et dire : bon, comme il produit quelques fruits que je mange, je ne peux pas dire qu’il est mauvais. Moi, personnellement, j’étais convaincu avant 2008  que le président Boni était un mauvais président. Et que sa politique conduit mon pays dans le gouffre. J’ai eu beaucoup de personnes qui sont allé me voir pour dire : Assan mais vas- y, tu manges et après lui, la vie va continuer. Tu ne peux pas le faire arrêter. Mais si tout le monde allait faire comme ça, nous laisserons les gouvernants faire comme ils veulent. Et moi, j’estime comme je le dis souvent, je suis comme un impôt du Bénin. Je ne sais pas ce que je serai si ce n’est pas la sueur des autres. Je ne peux pas me payer un enseignants, mes parent sont pauvres et je lais ai perdu tôt. J’ai été à l’école comme on recrute les militaires. Dans le temps au village, on cour rattraper les enfants pour les amener à l’école et c’est de cette façon que j’ai été attrapé pour commencer l’école. Et avant que mes parents n’acceptent que j’aille à l’école, il a fallu qu’un ancien combattant explique à mon père que celui-là a été choisi pour être esclave du blanc. Le reste de tes enfants, c’est pour toi mais celui-là, c’est ton impôt. Et quelques part, j’ai été privilégié puisque en ce temps, ce n’est pas toit le monde qui va à l’Assemblée Nationale à l’âge où j’ai été élu député.  A trente ans déjà, je rentrais déjà au parlement. Ce n’est pas a tout le monde que Dieu a donné ça. Ça veut dire que j’ai une mission. C’est-à-dire que si je ne rends pas à ce peuple ce qu’il m’a donné, c’est dire que  si quelqu’un gouverne mal le Bénin, moi je suis là pour dire que c’est mauvais. Si c’est Patrice Talon qui commence demain matin, je vais lui dire que c’est mauvais. Et donc, je l’ai fait avec Yayi et pour ceux qui connaissent Boni Yayi,  avec lui, c’est la répression totale.

Vous avez été victime ?
Mais bien sûr, vous savez où je travail et vous me connaissez. Je travaillais avec des partenaires libanais et j’étais impliqué avec eux dans tous. Ils ont tous quitté le pays.  Allez voir leur domicil derrière l’ambassade d’Allemagne, c’et rasé, ils ont abandonné et ils sont rentré. Parce qu’on les persécutait en donnant des impôts trois fois en moins d’un trimestre. Trois redressement des commandements de payer. Et c’est parce que j’étais là. J’ai démissionné pour qu’on leur colle la paix mais on était deux, il y a Valentin Houdé aussi qui était de ce groupe là tout comme AkotègnonRaphaël qui était de ce groupe. Nous on ne faisait la politique là-bas, ce n’est pas dans la société là on l’a fait. Nous étions des travailleurs, nous étions des partenaires. Nous même, les affaires qu’on a initiées, je vous dis, on a eu un marché de trois cent millions, signé même déjà par les marchés publics et on a déjà mis les timbres  sur le document  d’octrois du marché mais dès qu’on a vu mon nom dans la société, c’est annulé. Tous ce que moi je faisais, et même dans le nord, vous ne pouvez même pas aller dormir dans mon hôtel, sans qu’on ne vous fasse des demandes d’explication le lendemain dans votre service comme quoi : qu’est-ce que vous cherchez chez lui ? Je suis rentré dans la maison du responsable du Cardé du Toucountouna par erreur dans la nuit parce qu’on m’indiquait quelque part et c’est la nuit. Le lendemain le gars a reçu une demande d’explication et une semaine après, le monsieur a été affecté. Donc, même autour de Boni Yayi, tous les cadres, aucun ministre ne voulait que vous lui rendiez visite. Même si vous avez un problème, on préfère que vous envoyé un garçon avec le problème que de venir vous-même. On ne veut pas qu’on vous voit en compagnie de quelqu’un comme moi. On est devenu une peste, c’est une persécution. Mais moi, ce n’est pas suffisant pour que je cède. Mon problème, c’était que son système ne continue pas. On l’a raté en 2011 et en 2016, on l’a réussir, c’est déjà bien. Donc, je ne plonge pas quelque part parce qu’il y a à manger là. Je n’ai pas la philosophie de la bouche. Vous savez, la mouche, quand elle voit le lait, elle veut se poser pour tous boire mais dès qu’elle se pose, c’est fini, ces ailles sont lourde puis, elle est morte. Moi je ne suis pas de cette nature-là.

Vous avez donné votre position pour l’entrée au gouvernement de l’alliance. Et si l’alliance vous mandatais pour le représentez ?
Je vous ai dit, qu’il s’agit là d’un certain débat au niveau de l’alliance et  même à l’intérieur de tous ceux qui ont soutenu le candidat Bio Tchané si on nous donnait des portefeuilles, si la position est claire, je ne vais pas refusé main si ce n’ai pas ma personne qui ai été choisi, c’est pas un problème, puisque ce n’est pas la seule façon d’être dans un gouvernement parce que pour vous, quand on dit gouvernement, c’est le poste ministériel alors que c’est tout le système.

Non mais si on vous donnait le post d’un Dg Sonapra, mais vous n’allez pas cracher dessus quand même ?
Je ne suis pas un misérable. Si on me dit voilà ce que tu vas faire c’est parce qu’on m’a regardé et on sait que je suis capable de le faire et il s’agit d’une chose nationale. Je me suis sacrifié pour ça, je me suis battu pour ça. Si on me dit c’est là que tu dois aller, c’est que je vais là-bas. Mais je ne suis pas frileux, je ne tiens pas a quelque chose ou à quoi je m’accroche vraiment.

Quelles sont vos perspectives en terme de carrière politique que vous vous tracé vous-même ?
Je suppose qu’au Bénin, la carrière politique se fait au jour le jour. Je ne suis pas prêt à me dire bon, comme Yayi est parti, mon combat est terminé.  Mon combat a toujours été politique, c’est-à-dire, celui de la gestion de la nation,de la cité. Et je dois continuer mon combat. Surement, vous n’avez vu aucun parti politique aujourd’hui dans le pays qui soit fonctionnel. Yayi a mis  son né partout pour détruire et même avant de partir en dernière minute, il a réussir à abattre le PRD et la RB. Les Fcbe c’était prévu, ça allait s’éclater. Mais, les partis qui étaient encore un peu stables, la RB, le PRD, il les a attirés. Et en politique, tous ce que Yayi attire vers lui, c’est qu’il crache du venin, c’est mortel. Tous ce qu’il embrasse doit disparaitre et je crois que même les hommes qu’il a embrassés ont eu des problèmes. Donc, il y a besoins dans ce pays, de faire une réforme, de redonner une chance au parti parce qu’il n’y a pas de débat politique sans parti politique. Il faut donner une chance à l’existencedes partis politiques, à des regroupements politiques. Donc, il y aura une reconfiguration de l’atmosphère politique pour que demain, les partis puissent présenter des candidats à la présidentielle. Cette fois ci, on a au aucun candidat d’un parti.

On ne vous a pas entendu parler jusqu’e là du nouveau candidat élu. Il n’est pas votre candidat mais, qu’est-ce que vous pensez de lui ? Milliardaire  où quoi, est-ce qu’il peut gouverner ce pays.
Je crois que lui aussi aura un temps dans l’apprentissage de la gouvernance. C’est un milliardaire, c’est incontestable. C’est un homme qu’on aurait pensé à juste titre qui aurait besoin de faire des détournements ou de faire des réalisations comme Yayi en a fait au soleil là et dire le lendemain qu’il n’a rien, qu’il a été bénévole et… Il ne va pas faire comme Yayi, nager dans notre marre, prendre quelques goutte d’eau dans la bouteille, boire à la maison et venir dir bon voilà, je ne bois pas dans votre marre. Non, non, non, il nage dans notre marre. Celui-ci peut dire qu’il n’a pas besoin de cette chose et se consacré beaucoup plus à sa renommée puisqu’on ne va pas dire que c’est l’argent que Talon va chercher. Dans la vie, l’homme poursuit trois choses. C’est la connaissance, l’argent et évidement, c’est la famille, c’est-à-dire l’honneur. Il a l’argent, il a sa limite de connaissance et je crois que c’est l’honneur qui est son problème. Parce que l’argent, on le prend pour aller chercher l’honneur et quand on a l’argent, c’est pour avoir l’honneur. Il a eu l’argent et la présidence là, c’est le plus haut et maintenant, il lui reste maintenir la renommée. C’est-à-dire, légué à la postérité, un nom. Je pense qu’il peut le faire. Seulement, c’est un homme d’affaire avec les réflexes d’un homme d’affaire. Quand vous l’approchez ou ceux qui l’on approché savent qu’il a des décisions carrée. Quand vous le prenez, il n’a pas encore le management politique qu’il faut. Prenez l’exemple de la conférence qu’il a animé après que la Cour ait déclaré qu’il est élu président. Il a dit : écoutez, moi, je ne suis pas dans les histoires d’équilibre régional, les histoires de parité, la satisfaction des soutiens politiques, ce n’est pas ma priorité maintenant, c’est rien que les  compétences. Vous savez, ces mots qu’il disait-là, c’est le résultat de tout un combat de certains. La question de parité, il y en a, c’est leur obsession surtout dans les organisations des femmes. L’équilibre inter régional, c’est l’obsession des hommes déshérité pour que tout ne continue pas de se concentrer dans les villes. Surement, ce n’est pas dans la philosophie qu’il le dit, mais ça pouvait choquer et il veut faire le choc. Ça, c’est qu’il a déjà défini ses décisions et il avance. C’est ça j’appelle une décision carré. La conséquence, ce n’est pas mon problème, c’est ce que ça veut dire. Or en politique, les politiciens trouvent toujours la formule pour emballer les choses pour ménager les susceptibilités tout en disant que nous allons faire un gouvernement de compétence. Donc, il faut encore un peu de temps. Il n’est pas politicien ça c’est claire. Un homme d’affaire n’est pas politicien. Il sort ses objectifs numériques et il fonce. C’est clair. Le reste, il peut faire des dégâts collatéraux et aujourd’hui, il doit prioriser  les dégâts collatéraux parfois devant une décision qu’il veut prendre. C’est pour ça que je dis qu’il lui faut un peu de temps.

Le chef de l’état a déclaré dans un récent conseil des ministres ses bien qui se résume à ce qu’en 10 ans, il n’a pas pris de salaire, il s’est appauvrit, il servir le pays avec amour etc… Quels sont vos impressions ?
Ma première impression c’est qu’à travers ce conseil des ministres, le président boni Yayi voulait nous montré à nous béninois que nous sommes ingrat puisque lui a servi le pays de façon bénévole. Non, ce conseil des ministres sorties ex nihilo c’est pour dire qu’il appliquait une décision constitutionnelle de déclaration des biens en début comme à la fin du mandat. Maintenant, est ce qu’à sa prise de fonction, il l’avait fait ? Quand il sortait en 2011 pour entrer en 2011, est ce qu’il l’avait fait ? Il ne l’avait pas fait. Aujourd’hui au moment où il s’apprête à partir, il s’en rende compte qu’il ne l’a pas fait et il veut le faire pour montrer qu’en effet, c’était avec sacrifice. Il s’est sacrifié pour le pays. J’ai deux aspects.  Le premier aspect, c’est le sérieux ou la sincérité de ce qu’il fait. Il vient selon moi de lancer un  défi au béninois en disant ;  je me suis sacrifié, je n’ai pas pris de l’argent et voilà, c’est ce que j’ai ça. Et aux béninois de chercher à savoir si ce qu’il dit là, est ce qu’il  a les moyens de  faire ça. Est-ce que c’est d’abord sincère.  Maintenant, c’est ouvert à tous les journalistes d’investigation de dire çà là, c’est à travers un accord qu’il a eu ça ou bien si c’est pour lui. Deuxièmement, je pense que le président Boni Yayi vise autre chose au plant international. Il le sait et on connait les démarches, ce n’est pas caché pour quelqu’un qu’il ne vise pas de rester tranquille. Il vise d’être bien vu même au niveau des services des Nations Unies. Il voulait être pasteur mais ce choix-là n’est pas sincère aux yeux du peuple. Il faut qu’il abandonne cette histoire de pasteur. Mais comme on dit qu’il va se promener au sein des Nations Unis comme Globale Trotter, c’est ce qu’il veut. Mais c’est dire qu’un homme qui dit qu’il s’est sacrifié, qui a tout fait, et on le rejette à ce point-là dans son propre pays, si les Nations Unies lui font une promotion, ce sera une insulte à ce peuple. Et, je trouve que le président Boni Yayi est le plus mauvais exemple. Je l’ai déjà dit en me justifiant à des niveaux donnés. Les maisons qu’il dit qu’il a, je me suis prononcé là-dessus avant 2011. La maison de Djougou, celle de Parakou ou la maison de Tchaourou, vous pensez que c’est des maisons comme vos maisons ? La maison de Djougou vaut un milliard. Cette de Parakou est plus grande que celle de Djougou, je présume qu’elle doit être plus chère. Je l’ai toujours dit. Sa maison de Tchaourou là, on connaissait. Quand on prenait la voix, c’e n’est pas un hangar mais c’était quand même un bâtiment qui était là. Autour, c’était la brousse mais aujourd’hui, c’est devenu un village avec des bâtiments qui ont poussé du jour au lendemain au point où on ne reconnait plus le bâtiment qui était là. Aujourd’hui c’est autre chose. Il y a quand même des investissements qui ont permis ça. A Cotonou ici où il habite. Mais tous ceux qui ont de maison autour de lui ont tout vendu. Il y a un même qui résiste et il parait que c’est devenu une histoire. Ce qu’il nous dit qu’il a déclaré là, ce n’est pas ce que nous on lui connaissait. C’est autre chose aujourd’hui et ils n’ont de nom pour lui aujourd’hui que de titre foncier et celui de Djougou, il l’a eu au cours de son mandat. Parakou il l’a construit au cours de son mandat et Tchaourou, il l’a reconstruit au cours de son mandat et ce qu’il a acheté autour de sa maison, c’est autour de son mandat. Alors, la question de déclaration de biens est un élément d’évaluation de la gestion morale du pouvoir. Il s’agit là de savoir si ce qu’il nous a déclaré là, s’il avait assez de revenu pour le faire. Plus grave, le monsieur vient dire encore qu’il ne prend pas de salaire. Attendez ! C’est un voleur qu’on a mis à la tête du pays. Où est ce qu’il a trouvé l’argent alors pour construire et acheté tous ces maisons. Où ? Çane peut être alors le produit d’une corruption ou d’un réseau. C’est un député qui me dit que le président ne doit pas dormir dans un taudis. Je dis d’accord mais il faut alors qu’il dort dans une maison qui est convenable à son revenu. Une maison de cent millions, serait à la portée de Yayi non ? Il ne peut pas dormir dans une maison de cent millions ? Kérékou après ces années de pouvoir on connait sa maison. On connait la maison de Soglo. Lui il ne peut pas dormir dans ça. Il a construit des maisons où il ne dort pas. S’il déclare encore, parce que moi, je me suis gardé de dire  qu’il ne prend pas de salaire, parce que si on mentionne ça, c’est encore plus grave. Il n’a pas de salaire mais il réalise des biens. D’où sort l’argent alors ? Quand votre enfant revient à la maison avec un objet plus cher que son revenu, le premier réflexe, c’est de lui demander : tu as trouvé l’argent où pour  acheter ça ? Quitte à le frappé pour qu’il dit la vérité. Celui-ci a amené des biens dans notre pays et dit que ce n’est pas notre argent qu’il a pris. Tu as pris  quel argent ? Il faut que le président nous l’explique si non, la justice doit l’interpeler. On n’a pas mis cette disposition constitutionnelle pour rien. C’est pour cela qu’on dit qu’il n’y aura pas de chasse aux sorcières, mais il ne faut pas que les sorciers nous persécutent et nous provoquent. Ça c’est une provocation d’un sorcier et nous devons riposter. Si ce pays-là se tait là-dessus, un autre président viendra dit : Moi, je n’ai pas pris mon salaire. Et, tout fonctionnaire, toute personne qui à un salaire à prendre et qui ne le prend pas doit être sanctionner et relever de ses fonctions, parce que la personne ne vit alors que de la corruption. Et, Yayi prouve là qu’il est corrompu et cette déclaration en réalité devait l’envoyer en prison. Ça me prouve que ce monsieur est moralement mauvais puisqu’il a eu le courage de déclarer qu’il ne prend pas de salaire. Entre temps, c’est AdidjatouMartyns qui a dit qu’il ne prend pas de salaire et quand nous on l’a attaqué, elle a retiré ce qu’elle avait dit. Maintenant, si un seul ministre des finances ou un relevé des finances prouve qu’il a prix ne serais qu’une fois ce salaire là, ce serait du parjure encore puisqu’il aura mentit. Mais, s’il n’en a pas pris, là, ce serait encore plus grave. Si vous journalistes, vous construisez un grand bâtiment demain et vous continuez à venir ici, il faut que votre directeur d’ici commence à s’écarter de vous. Ça veut dire que vous traitez des choses avec des gens et il va commencer par sculpter vos articlespour savoir si vous n’êtes pas en train de couvrir une mafia quelque part ou si vous ne prenez pas de l’argent illégalement ailleurs. En tout cas, cette déclaration est une preuve de mauvaise moralité pour le président.

Vous avez appris que le président Patrice Talon a promis qu’il n’y aura pas de chasse aux sorcières mais qu’il luttera également contre l’impunité. Voilà qu’il y a assez de dossier de corruption sous le régime de Boni Yayi. S’il advenait qu’il envoie ces dossiers à la justice, ne craignez-vous pas un bouleversement de la classe politique, surtout que des députés à l’Assemblée sont concernés et que beaucoup lui ont déjà promis leur soutien ?
De notoriété publique, souvent quand un pouvoir vient, l’idéal, c’est de ne pas conduire seulement en regardant dans le rétroviseur. Un chauffeur qui conduit et qui a les yeux rivés sur le rétroviseur fait un accident.  C’est pour cela qu’il faut éviter de créer la Psychose. Le président Boni Yayi a couru dans mon village et si vous l’écoutez, vous verrez que cette phrase de Talon lui donne beaucoup de soulagement. Parce qu’il descend en courant et en disant/ Sauvez moi, Talon veut me tuer. Et, il a rassemblé les femmes à Parakou et devant lesquelles il a même versé des larmes pour dire que Talon veut l’envoyer  en prison. Est-ce qu’elles vont laisser leur Boni là être envoyer en prison ? Et lui-même, il perle les larmes et fait comme celui qui pleure. Mais, ça veut dire qu’il a peur. Même le fait d’aller chercher Zinsou, c’était pour régler ça. Et, dans ces circonstances-là,  si le chef panique, ceux qui sont autour de lui auront la crise cardiaque. Il faut ramener la balle à terre et apaiser tout le monde. Seulement, se pose un problème. Vous prenez un pays au monde où tous les chefs d’Etat qui se sont installer ont faut un audit avant de prendre le pays au moins pour savoir : qu’est-ce que nous sommes en train de prendre et l’audit révèle toujours beaucoup de malversation. Mais, dans le cas de Yayi, il redoutait l’audit et c’est pour ça qu’il est allé chercherZinsou qui n’était pas dans le pays pour qu’il dise : je ne vois pas ça, il fait table rase du passé, il peut aller dormir à Paris et laissé quelqu’un d’autre gérer le pays. Mais, on est obligé de regarder ce qui ne va pas. Et, par rapport à ça, la chasse aux sorcières, je l’ai expliqué tantôt. C’est le fait de voir quelqu’un qui ressemble à quelque chose et dire bon voilà, c’est eux ça. On regarde votre directeur de publication et on dit voilà c’est un homme chauve, tous les chauves sont mauvais. On le prend alors qu’il n’a rien fait. Ça, c’est la chasse aux sorcières. Mais, demain,  s’il est un voleur, parce qu’on a dit qu’il n’y aura pas de chasse aux sorcières, il faut se taire. Non, non ; ce que je pense que nous devons faire, c’est que s’il y a des malversations qui se produise maintenant, il faut punir. Si c’est une malversation qui vous envoie dans le passé, il faut aller le chercher. Mais on ne peut pas dire que même si un dossier au quel on est confronté demain appel quelqu’un, pare qu’il a été du régime de Yayi, on ne l’appel pas. Et, pourtant, c’est ceux-là qui ont voté l’imprescriptibilité des crimes économiques. C’est une loi et si vous allez devant le juge, vous serai sanctionné. Et ne croyez pas que c’est Talon comme président qui va faire la chasse aux sorcières ou bien qui va faire les poursuites judiciaire. Si vous donnez à la justice sa compétence, le procureur  peut se saisir de quelque chose et le président de la République ne peut pas lui dire non. Si vous-même vous portez une plainte devant la justice, le procureur ne peut pas dire non et le président de la République ne peut pas refuser qu’on investigue sur ça. C’est ça la question de l’impunité. Si quelqu’un fait quelque chose, il sera puni. Mais, il faut se préoccuper plus de ce qui va se passer dans l’avenir que ce qui est déjà passé, c’est ce que ça veut dire.

Quelle sera alors l’avenir de l’alliance ABT ?
Je pense que l’alliance ABT va continuer d’exister. Quand je prends l’environnement politique national, les partis politiques se sont tellement affaiblis et aucun candidat n’a pu aller à l’élection présidentielle sans être sous une coalition s’il fait appel aux forces politiques. L’alliance ABT a été constitué depuis avec un certain nombre de parti et on ne peut pas dire que l’alliance n’a pas eu de performance puisque aujourd’hui, quand même, nous avons conduit un candidat qui, dans la nouvelle alliance au pouvoir va nous aider à renforcer notre alliance. Je sais et je l’avais dit tantôt, il y aura une recomposition de la classe politique, de la configuration même du pays. Donc  des regroupements vont se faire. L’alliance ABT va-t-elle s’élargir ou va-t-elle se fondre dans de nouveau regroupement ? Ça, je ne peux le dire maintenant puisque la politique est une question beaucoup plus pragmatique. Nous allons nous ajusté certainement et l’avenir est plus radieux que le passé et si nous entrons au gouvernement, je vous l’ai dit, cette campagne nous a montré que ceux qui ont l’argent font mieux la politique que ceux qui n’en n’ont pas. Nous avons tiré les conséquencesde notre échec mais nous n’avons pas encore fait la réflexion d’après élection parce que nous le faisons toujours au cours d’une retraite pour discuter, évaluer ce qui s’est passé et je crois que l’un des points qui a été l’évidence est que nous étions très bons, mais nous n’avons pas assez de moyens. Ça a participé peut être à ce que les hommes riche l’ont dit : si on vous laisse avec Yayi, ce pays est pourris et Yayi va vous écraser. Je comprends aussi leur jeu.

Nous allons aborder la partie qui parle de vous-même. Qui êtes-vous et comment êtes-vous arrivé à ce stade ?
Il est difficile de parler de soi-même. Si non, je vous dirai que je suis Assan Séibou, je suis né vers 1967 à Kopargo dans le département de la Donga. J’ai fait mes études primaires et secondaires là-bas avant de venir ici à l’université nationale du Bénin.
J’ai soutenu ma maitrise en sciences économiques, option gestion des entreprises en 1993. J’ai terminé mes études en 1990 en sciences économiques. Après ça, je suis rentré dans la vie des affaires. Je n’ai pas voulu être un fonctionnaire ni un salarié. Je voulais être mon propre employeur et il faut dire qu’au moment où on terminait les études en 1990-1991, il n’y avait pas d’emplois et les jeunes devraient se battre comme ils le font aujourd’hui. Moi, c’est mon rêve. Je ne veux pas être fonctionnaire chez quelqu’un. Je veux décider de mon sort, ce que j’ai fait. J’ai travaillé beaucoup plus dans le secteur portuaire dans la gestion de certains espaces portuaires. J’ai été pendant treize ans, conseiller assistant d’un groupe d’hommes d’affaires dirigé par Monsieur Champion Roland. J’ai été l’assistant conseillé principal du PDG pendant treize ans. C’est le groupe qui réunissait Grand Moulin du Bénin, West coastmotors, Société africaine de Trans graissage et implanté dans quatre pays d’Afrique. Dans le milieu des affaires, j’ai fait mes propres affaires seulement que je ne pouvais pas créer une société dont je pouvais m’occuper, à cause des fonctions que j’exerçais. C’était incompatible avec la fonction de député parce que si vous créez un secteur au Bénin qui dépasse un certain capital et que vous n’êtes pas fournisseur de l’Etat, vous ne pouvez rien. L’Etat est le plus grand pourvoyeur financier de la place. En dehors de ça, j’ai été député à l’Assemblée nationale à partir de 1999, où j’ai fait deux mandats avec le Mouvement africain pour le développement et le progrès (MADEP), au sein duquel j’étais le vice-président

Mais avant ça, vous avez milité dans les mouvements estudiantins
Bien sûr. Depuis le primaire, j’étais membre fondateur de l’Association des élèves de Copargo qui après est devenue l’Association des élèves et étudiants de Copargo et Président fondateur du Front des élèves et diplômés sans emplois pour le développement du nord (FREDEN), en 1991 et j’ai fait deux mandats. Je suis heureux de voir que ce mouvement continue d’exister après 22 ans. Ça veut dire que j’avais bien vu. Il faut dire qu’à l’université, j’étais aussi militant de beaucoup de groupes. J’ai participé à plusieurs associations avant de commencer dans la politique en 1999. J’i été également élu par le parlement béninois au parlement de la CEDEAO

C’était en quelle année ?
En 2000. J’ai été élu pour aller siéger là-bas et j’ai occupé plusieurs postes au parlement de la CEDEAO. J’ai été Secrétaire parlementaire, rapporteur de commission et j’ai finis vice-président jusqu’en 2010 parce que là-bas, il y a un président et trois vice-présidents.

Et c’est là-bas que vous vous êtes spécialisé dans le suivi des élections
Dans la fonction que j’ai occupée là-bas, j’ai été responsabilisé pour beaucoup de choses. La relecture des textes de la CEDEAO a été ce qui m’avait passionné. Je faisais partir de la commission inter constitutionnelle qui devait faire des réformes. Mais, j’ai beaucoup plus participé à l’observation des élections. Nous nous étions battus pour que la CEDEAO participe à l’observation des élections parce que ça participe à la supervision. Nous avons été contents que la CEDEAO en a fait un point important et aujourd’hui, l’observation des élections est devenue une institution. J’ai observé les élections dans beaucoup de pays de la sous-région. Je suis dans le rang des experts au niveau de la CEDEAO pour l’observation des élections. J’ai été le Président de la Commission des experts pour l’élection qui a eu lieu en 2014 en Guinée Bissau. On était deux béninois dont un journaliste, FritzelSitondji, un sénégalais, une nigériane et un ivoirien tous de compétences différentes. J’ai dirigé cette commission d’experts ; Je devrais le faire aussi pour le Burkina mais j’ai décidé d’arrêter pour m’occuper du Bénin. Ces derniers temps, c’est beaucoup plus dans ces choses que j’ai travaillé.

Comment est-ce que vous vous définissez vous-même ou que dirions-nous si on devrait vous attribuer une étiquette ? Politicien, acteur politique, opérateur économique ?
Je ne sais pas mais j’ai fait tout ce que vous avez cité. Je pense que je suis plus un homme politique qu’un politicien. Le politicien est un homme prêt à tous les compromis. Je ne suis pas prêt à me jeter à la rivière parce que tout le monde est dedans et fait comme tout le monde parce que tout le monde marche par la tête. Avec ces conditions, je ne peux pas être un politicien. Je m’implique dans les affaires politiques et je me retire. Les affaires, c’est ce qui permet de survivre. On ne vit pas de la politique. Je ne vais pas léguer à mes enfants un parti politique ou une place dans une vie politique. Je suis obligé de me battre parallèlement, ce qui était ma vocation de faire des affaires et de ce point de vue, je suis un homme d’affaires.

Parlez-nous de votre formation post-maitrise
C’est vrai que j’ai fait quelques formations Qui ne sont pas toutes académiques. J’ai fait le master II en Droit pénal. Je l’ai fait à l’université de Parakou qui a une annexe ici à Cotonou. J’ai souvent estimé que le niveau académique le plus élevé est la maitrise. Le reste, c’est des spécialisations. C’est pour ça que je ne l’avais pas mentionné dans mes diplômes. J’ai aussi fait la formation des experts en entreprenariat en 1993 avec la CONFEJES. Je suis le premier expert du Projet entreprenariat des jeunes (PEJ) qui est au Ministère de la jeunesse. J’ai été l’ambassadeur du ministère de la jeunesse. Je ne l’avais pas peut être mentionné mais j’ai été président de l‘organe consultatif de la jeunesse du Bénin pendant trois ans. Ce qui m’a conduit à la Conférence économique nationale et à beaucoup d’autres choses. J’ai fait une formation pratique de terrain.

Parlez-nous de votre vie de famille
Je suis marié, père de quatre enfants. Je n’ai pas deux femmes. J’ai une et je me suis marié deux fois dans ma vie. Le premier mariage n’a pas été très heureux

Qu’aimez-vous chez la femme ?
La simplicité. J’aime l’attention de la femme et qu’elle fasse attention à moi sinon ça peut me conduire loin. Si j’aime une femme, c’est parce que son sourire me dit quelque chose. Quand je dois avoir une femme renfrognée, je ne peux pas tenir. J’aime quand la femme me souris parce que je suis obsédé par le sourire de mon prochain. Quand je n’ai pas le retour, je me referme. Même celui qui me sourit quand j’ai des soucis m’aide à surmonter ça. Mais si une femme doit s’occuper des questions de sous ou de ses affaires, je ne m’y attache pas. Je ne me bloque pas autour des moyens. Ce que j’ai c’est pour ma femme et mes enfants. Mes enfants sont ceux qui n’ont jamais demandés à vivre et que j’ai amenés. Ils ont droit à quelque chose. Je ne travaille pas dans l’ambition de faire des gratte-ciel mais pour que mes enfants soient heureux. Je suis un peu traditionnaliste et j’ai marié ma femme pour qu’elle vienne vivre chez moi. J’ai imposé quelque chose et je dois subvenir à tous ses besoins. Je n’ai pas besoin que la femme travaille. Je travaille et je lui fournis ce qu’elle veut puisque c’est moi qui l’ai amené là. C’est des actes très forts. Si tu me dis que ma femme vole, cela ne me dit rien.

On sait qu’il y a de très belles femmes à Copargo. Comment est-ce qu’un député peut rester sur une seule femme ?
C’est clair dans ma tradition, dans ma culture et dans ma religion. La polygamie est reconnue. J’ai été polygame. Je ne rechigne pas la polygamie et je ne rejette pas un polygame. Je trouve que c’est d’autres voies de vie qui ont leurs vertus et leurs avantages que ne vous donne pas la monogamie parce qu’on a vécu dedans. Mais nous voulons ressembler aux blancs.

Vous êtes l’un des acteurs qui avez voté la loi contre la monogamie
Je n’ai jamais défendu la monogamie jusqu’à ce qu’on vote cette loi à l’Assemblée, j’étais contre la monogamie. Il y a de très belles femmes à Copargo et vous le savez parce que nous avons des traits un peu sahéliens mais, je n’ai jamais eu la chance d’avoir une femme dans le milieu. Le cursus politique fait aussi que vous êtes obligés parfois de vous méfier des femmes de votre milieu. Si vous faites la politique, vous vous en rendrez compte mais, si vous vous amusez à chercher à sortir avec les femmes de votre milieu, vous heurtez votre base. Vous ne savez même pas la copine de quel jeune vous attaquez, et vous ne devez pas toucher la femme que le paysan a laissé. Il y a beaucoup d’autres réalités. Les études nous ont envoyé ici et ma femme est du sud. On aurait pu importer de la maison mais quand vous avez un certain sens de responsabilité, vous devez l’assumer. Je n’ai jamais soutenu la monogamie. J’étais de ceux qui ont soutenu la première monture où nous avons dit qu’il faut laisser les gens choisir. C’est très grave qu’on dise de faire de la monogamie une obligation en Afrique. Nous avons 52% des femmes qui grandissent plus vite et atteignent plus tôt la maturité. Une femme de 16 ans peut déjà se marier mais un garçon de cet âge ne sait pas encore s’il peut courtiser. Les femmes entrent plus vite dans la vie active du côté foyer que les hommes et elles sont censées portées. Un homme voyou ne peut pas porter une grossesse mais une jeune femme devient mère et responsable. La société entre dans une certaine souffrance. La polygamie est créée dans un certain système d’absorption de l’occident. Vous verrez qu’il y a beaucoup plus de femmes dans la rue plus qu’avant. Quand la polygamie était permise, on se plaignait du recul du mariage et du foyer. Quand une femme atteint un certain âge, elle est prête à tout pour être dans un foyer. Celles qui sont dedans ne veulent pas que les autres rentrent mais ce sont les femmes même qui demandent à rentrer. Souvent nous les courtisons sans dire « je veux te marier » mais c’est chemin faisant qu’elle impose le mariage. C’est un problème des femmes qu’on règle et non un problème des hommes mais on a tourné le sens comme si c’était un problème des femmes. Dans ce code, les hommes ont réglé leurs problèmes puisque, je vous le redis, le code de la famille est un code anti-femme.  Quand la cour a constaté qu’on ne peut pas permettre la polygamie, c’est elle qui nous l’a imposée. Mais, dans le même temps, on dit que tous les enfants qui naissent ont le même droit. Le problème d’un père c’est de penser qu’après sa mort ses enfants vont faire la guerre parce qu’ils sont sur l’héritage et dans les anciens droits, le fils de la femme qui n’est pas mariée n’a pas droit à l’héritage. Mais ici, les enfants sont tous égaux devant l’héritage. Ceci permet aux hommes de faire leurs enfants avec n’importe quelle dame et quand il meurt, cet enfant a le même droit que celui de la femme mariée. Ce code a réglé ce problème. Vous verrez qu’on laisse la femme à elle-même et nous entrons dans une phase comme en Europe où les femmes vont commencer par vivre seules. Ce qui n’est pas notre culture. Nous avons noté dans nos enquêtes que les américains sont en train de revenir sur le système de foyer que nous abandonnons. Quand une femme est mariée et fait un enfant aux Etats-Unis, c’est elle qui s’occupe de l’enfant à plein temps et l’homme se contente de travailler pour la satisfaire. Je ne crois pas que ce soit une bonne loi pour nous.

Si on vous invite à table, que mangez-vous ?
J’adore la pâte de riz, l’igname pilée accompagnée d’une sauce gluante soit du crincrin ou du gombo, m’langée à la viande de poulet. Pas les poulets congelés mais nature.

Et en termes de boisson ?
Je ne bois pas d’alcool. Je n’en n’ai jamais bu. Ma boisson préférée c’est l’eau minérale. Je prends des sucreries et vous savez qu’il n’y a pas une spécialité en cela. Je bois ce que je trouve mais je n’aime pas celles qui sont trop sucrées.

En termes de loisir ?
J’aime le cinéma car c’est quelque chose que j’aime depuis toujours et ça me distrait. J’aime lire. J’étais footballeur mais j’ai arrêté à cause des blessures. Je fais quelques sports d’entretien. Le spectacle me plait beaucoup

Quel sujet souhaitez-vous qu’on aborde et qui n’a pas été fait ?
On a beaucoup dit

Et s’il vous était donné de dire votre mot de fin ?
Je me suis senti sous l’arbre parce que je suis allé dans tous les sens. Il va falloir qu’il grandisse encore. Je souhaite que l’arbre grandisse davantage. Je souhaite que vous vous développiez plus que ça, à l’avenir. J’ai vu les débuts de ce journal et je crois qu’aujourd’hui, c’est un journal de grande notoriété de grande audience. Quand on a une grande audience, on doit être de grands cadres. Ce que je vous souhaite est que le Directeur puisse bénéficier de la grâce divine afin d’avoir une maison plus grande et avoir un véritable arbre où vous vous assoyez dans la cour pour faire l’arbre à palabre. Il y a des gens que j’ai vu partir d’ici devenir des gens biens et aussi de nouveaux visages qui viennent et que le personnel devient plus grand. J’avoue que je suis heureux de voir ça et je vous souhaite du succès. Dans le milieu des journaux, n’en déplaise à certains amis journalistes, vous avez pu garder un équilibre qui est salué dans le milieu. Un équilibre dans lequel vous n’aviez pas eu peur de critiquer. Vous aviez soutenu et si on devrait accuser l’Evénement précis d’avoir été contre quelqu’un, on a des problèmes. Je vous souhaite de garder la ligne et de grandir normalement.

Carte d’identité

Assan Séibou ou le militantisme chevillé au corps

Assan Séibou, le 97e invité ‘’Sous l’arbre à palabres’’ de l’Evénement précis est né vers 1967 à Copargo dans l’actuel département de la Donga. Très tôt orphelin, le jeune Assan effectue à Copargo ses études primaires et secondaires sanctionnées par le CEPE, le BEPC respectivement en 1977 et 1981. A l’Université nationale du Bénin (UNB), qu’il rejoint après l’obtention de son baccalauréat en 1984, il se dirige vers les sciences économiques, option gestion des entreprises et en obtient une maitrise en 1991.  Son parcours scolaire et universitaire est aussi un parcours militant qui s’exprime dans les nombreux mouvements associatifs dont il fait souvent partie des  géniteurs. Membre fondateur de l’Association des élèves de Copargo devenue après Association des élèves et étudiants de Copargo alors qu’il est au cycle primaire, Assan Séibou est, en 1991, le père fondateur du Front des élèves et diplômés sans emplois pour le développement du nord (FREDEN) à la tête duquel il fait deux mandats. Ce creuset continue d’exister d’ailleurs, à la grande satisfaction de son géniteur qui en parle avec une fierté à peine voilée. « Je suis heureux de voir que ce mouvement continue d’exister après 22 ans. Ça veut dire que j’avais bien vu ». Jamais las lorsqu’il s’agit de donner un peu de soi, d’investir de sa personne, Assan Séibou dont on peut dire qu’il a le militantisme chevillé au corps, est aussi actif dans plusieurs autres associations et groupes durant son parcours à l’UNB. Il finit même par être, trois ans durant, président de l‘Organe consultatif de la jeunesse du Bénin. Ce poste lui ouvrira les portes de la Conférence économique nationale. Au début des années « 90 », sa maîtrise en poche, Assan Séibou qui a une vision très claire de son avenir choisit de se lancer dans les affaires. Bien décidé à ne donner du « patron » à personne, il se lance dans le monde des affaires.  « Je suis rentré dans la vie des affaires. Je n’ai pas voulu être un fonctionnaire, ni un salarié. Je voulais être mon propre employeur», se rappelle-t-il, martelant à l’envi son aversion à être employé par un tiers. Ses premières pérégrinations dans le monde du business le conduisent dans le secteur portuaire, précisément dans la gestion de certains espaces portuaires. Dans ce monde, le natif de Copargo, dont les traits fins trahissent les origines shéliennes, jouit de la confiance de grands groupes. « J’ai été pendant treize ans, conseiller assistant d’un groupe d’hommes d’affaires ». A l’aise dans ce milieu, il développe ses propres affaires, tout en poursuivant plusieurs formations qui rallongent et enrichissent son curriculum vitae. En plus de  sa maîtrise en sciences économiques, option gestion des entreprises, il devient titulaire d’un Master II en Droit pénal de l’université de Parakou. La spécialisation est quelque chose qui lui tient à cœur et Assan Séibou ne rate pas les occasions qui s’offrent à lui de se spécialiser. C’est ainsi qu’il suit en 1993 une formation des experts en entreprenariat avec la CONFEJES, devenant ainsi le « premier expert du Projet entreprenariat des jeunes (PEJ) du Ministère de la jeunesse. En 1999, la politique lui ouvre les bras par la grande porte : la députation. Elu député à seulement trente-deux ans sous la bannière du Mouvement africain pour le développement et le progrès (MADEP), dont il était le vice-président, Assan Séibou est réélu en 2003. Au cours de ses deux mandats, celui qui se définit comme un homme politique plutôt qu’un politicien s’enrichit d’une expérience sous régionale à partir de l’année 2000. L’expérience l’a marqué et il en parle avec délectation. « J’ai été élu par le parlement béninois au parlement de la CEDEAO en 2000.  J’ai occupé plusieurs postes au parlement de la CEDEAO. J’ai été Secrétaire parlementaire, rapporteur de commission et j’ai fini vice-président jusqu’en 2010 ». Responsabilisé « pour beaucoup de choses », Assan Séibou se découvre une véritable passion pour la relecture des textes de la CEDEAO. Pour cette même institution, il n’a eu de cesse d’observer les élections. Militant actif et poids lourd de l’alliance ABT qui a œuvré pour la victoire du président Patrice Talon,  Assan Séibou aujourd’hui ne fait pas mystère de ses perspectives d’avenir qui épousent celles l’alliance à laquelle il appartient et dont il a largement parlé au cours de l’entretien avec les journalistes.

Intimité

Né vers 1967, l’Honorable Assan Séibou est marié et père de quatre enfants. Musulman pratiquant, l’homme qui a été polygame dans le passé vit avec une seule femme aujourd’hui. Attiré chez femme par la simplicité, l’attention qu’elle peut lui porter et surtout son sourire, Assan Séibou a su trouver en celle qui partage sa vie, la somme de toutes ces qualités. Originaire du sud Bénin, cette dernière est celle qui sait lui concocter les plats qu’il aime : la pâte de riz qu’il adore, l’igname pilée qu’il aime dégustée quand elle est servie avec une sauce crincrin ou gombo, garnie de viande de poulet. L’alcool n’a pas de droit de cité chez Assan Séibou qui préfère accompagner ses repas  d’eau minérale ou d’une boisson sucrée. Grand amateur de cinéma et de lecture, celui qui jadis pratiquait le football ne se consacre plus qu’au sport d’entretien, histoire de se maintenir en forme.

Le président du FRB, ex FRAP, ancien ministre, invité de « SOUS L’ARBRE À PALABRES » AU SIÈGE DE L’ÉVÉNEMENT PRÉCIS: Les révélations exclusives de Marcel de Souza sur ses années avec Yayi

De Souza Marcel96ème invité de la rubrique phare  ‘’Sous l’Arbre à Palabre’’ du quotidien l’Evénement Précis, l’Honorable Marcel de Souza, ancien ministre du développement et ancien conseiller technique du président Boni Yayi a fait le tour de l’actualité nationale et le bilan des dix ans de gouvernance du président Boni Yayi. Connu pour son courage et ses opinions, Marcel de Souza n’est pas allé du dos de la cuillère pour dénoncer la « médiocrité  de la classe politique béninoise, le régionalisme grandissant et les maux qui minent le système éducatif béninois ». La présence de marcel de Souza au parlement ne le dédouane pas des erreurs du régime, car lui-même dit assumer tout ce qui a été fait de bon comme de mauvais « On a travaillé et nous ne pouvons pas dire que tout est mauvais. Moi, j’assume », affirme-t-il.

Et si on en parlait

Bilan après plus de 100 jours à l’Assemblée Nationale
Il s’agira d’un bilan d’ensemble puisque le président Houngbédji a présenté son rapport et le sort de ce rapport est que depuis que nous avons pris fonction du 20 mai au 30 septembre 2015,  nous avons eu au total 28 sessions. Une seule était  ordinaire et les autres extraordinaires. Alors, de ces 28 sessions, j’ai noté que  par rapport aux autres mandatures, le taux de présence est élevé. 71% des députés ont un taux de fréquence entre 80 et 100%. Evidemment, il y a certains qui viennent une fois en passant et puis donnent des procurations. Donc le fait que la majorité qui est de 71% soit présente, est déjà un élément important. Cela veut dire que nous sommes animés de bonne volonté. A cet effet, on a voté trois lois ordinaires et six lois qui concernent les autorisations de ratification. Les lois ordinaires sont les ratifications des statuts des agents permanents de l’Etat, ensuite des statuts concernant la retraite, et les autres sont des ratifications pour donner au gouvernement les moyens d’action au plan infrastructurel. C’est des dossiers que je maitrisais quand j’étais au gouvernement ou que j’ai même suscités. Ils concernent les routes, l’électricité, les hôpitaux, les salles de classe. C’est donc vraiment des infrastructures dont nous avons besoin. Nous devons avoir à l’esprit que le Parlement a deux rôles essentiels : le vote des lois et le contrôle de l’action gouvernement. Et je pense que ce second rôle est faible, car on ne contrôle pas suffisamment. Donc, il faut comprendre que le bilan est positif parce que nous avons eu 28 sessions au total en un temps record. Nous sommes animés par la volonté d’aller très vite et bien, de donner au gouvernement les moyens de travailler, de voir également quoi faire pour améliorer l’action gouvernementale sur l’axe infrastructure.

Contribution à l’énergie
C’est le dernier dossier que j’ai négocié avec le MCA avant d’aller au Parlement. Avec ce dossier, nous avons eu à peu près 408 millions de dollars soit plus de 250 milliards de francs Cfa. Dans ce dossier, nous allons avoir de l’énergie réseaux produite par les Américains et des Béninois, déversée dans le réseau SBEE. Mais l’autre, c’est l’électricité hors réseau. Cela concerne les mairies pour qui on va installer des mini-centrales avec la collaboration du secteur privé. Si on ne règle pas le problème de l’énergie, on ne pourra pas booster notre économie. L’électricité apparait comme le sang dans les veines de l’homme. Si vous n’avez pas l’énergie en quantité, en qualité et à prix réduit, vous ne pouvez rien faire pour l’économie. Je note que l’électricité coûte très chère dans notre pays. Nous sommes à 105 Fcfa le kilowatt, alors qu’en Ethiopie à côté, ils sont à 20 fcfa le kilowatt.  Le problème est que nous n’avons pas de source d’approvisionnement. C’est maintenant qu’on les a identifiées. Et depuis l’indépendance, on n’a jamais eu une politique en matière d’énergie. Cette politique consistera à examiner toutes les possibilités que nous avons.  L’énergie hydraulique est la moins chère pour les 20 prochaines années tandis que l’énergie thermique touche un peu le problème climatique. Néanmoins, elle a son rôle à jouer. Je veux  parler de l’énergie solaire et éolienne. Nous avons adopté une politique pour que chaque année, une fois qu’on aura réglé ce problème de déficit, qu’on ait chaque année 20 à 30 mégawatts qui s’ajoutent. Je le dis parce que la croissance doit s’accompagner  avec un rythme de production, sinon on n’ira pas loin. Le vrai problème que nous avons est lié au Nigéria. Notre énergie vient sur la base de 200 mégawatts venant du Nigéria avec TCN qui a été privatisé sans rien nous dire, pour passer à 25 mégawatts. Comment faire pour le complément ? Le Togo a pu réaliser mieux que nous. Il a pu installer une centrale thermique de 100 mégawatts.  Mais attention, le montant est très élevé. Néanmoins, cela leur permet de ne plus avoir de délestage. C’est quelque chose de plus. Nous au Bénin, on a mobilisé de l’argent pour réaliser Maria Gléta. Quand j’étais à la BCEAO, c’est moi qui ai pris l’initiative de mobiliser des ressources. Mais malheureusement, nous devons utiliser le gaz venant du Nigéria. La situation a fait que nous sommes obligés d’utiliser le JET A1. Si nous utilisons le JET A1, au lieu que l’énergie coûte 105 Fcfa auxquels la SBEE nous vend, c’est à 250 fcfa le kilowatt. Néanmoins, on a utilisé les turbines qui ont leur rôle à jouer. Avec ça, on a pu s’en sortir en mettant du JET A1 à un prix moins. Ce qui peut secourir. Mais quoi qu’il arrive, il ne faut pas trop en utiliser. Nous avons négocié avec la Banque islamique de développement (Bid) qui doit nous faire une thermique de 400 mégawatts, mais en quatre phases. Dans un premier temps, nous devons réaliser  des turbines qui s’achètent. Et pour y parvenir, il faut deux ans. On a déjà lancé les appels d’offre et en principe si déjà nous arrivons à produire cela, on peut souffler un peu.

Sur ce sujet, il y a eu trop d’effets d’annonce
C’est vrai que c’était un effet d’annonce. Les besoins réels d’aujourd’hui sont à peu près de 250 mégawatts et on n’aura plus de problème de délestage au Bénin. Mais ces 250 mégawatts peuvent être obtenus également par les barrages. Il y a le barrage d’Adjarala pour lequel on a déjà sélectionné la société chinoise Sinohydro, mais c’est un barrage commun au Bénin et au Togo et on devait lancer les travaux depuis 2014. Mais il y avait des problèmes de financement. Elle va beaucoup nous servir, mais exige le déplacement de 11 mille personnes  des lieux. Les bailleurs veulent que le Bénin et le Togo financent le déplacement de ces populations. Tout cela retarde les choses. Le Parlement est sensible à tout ce qui concerne les infrastructures, au regard du niveau de la pauvreté au Bénin. Il nous faut un minimum d’infrastructures.

Servir au gouvernement et au Parlement, quelles différences ?
Premièrement, lorsque vous êtes à l’Exécutif, vous êtes sous ordre. Deuxièmement vous avez des objectifs à atteindre et dans ce cadre là, lorsqu’on élisait le chef de l’Etat, il avait un projet de société qu’on a développé. On a travaillé et nous ne pouvons pas dire que tout est mauvais. Moi, j’assume. Quand on prend un gouvernement et que ce qui est positif dépasse un tout petit peu ce qui est négatif, on peut dire que ce gouvernement est bon. Mais, il change tellement de ministres qu’il y a une certaine instabilité au niveau des dossiers pour mieux les suivre. Au moment où le Togo a le même ministre des finances depuis 2005, nous, nous avons déjà changé 06 ministres. Et quand nous allons aux réunions, c’est le même  qu’on voit. Cela stabilise les finances. Cela permet de voir les efforts et de corriger les erreurs. On n’a pas le temps de voir les résultats  et on procède au changement. Bien sûr que la constitution permet au Chef de l’Etat de changer, mais il faut qu’on recherche l’efficacité et la stabilité. Ce qui est à la base de cela est que les chefs d’Etat qui arrivent ne viennent pas avec l’esprit partisan. Ils ne viennent pas avec leur équipe puisqu’ils ne sont pas issus d’un parti politique. Si vous avez l’habitude de travailler avec des gens, il y a un climat de confiance. C’est arrivé au pouvoir qu’ils trouvent de parti. Au niveau donc de l’exécutif, vous êtes au charbon. Vous êtes tout le temps en conseils des ministres, alors que vous avez des objectifs que vous devez atteindre. Nous avons un chef d’Etat qui veut remplacer les 27 ministres. Or, le député n’a pas de chef. C’est le temple de la démocratie, du débat politique. Vous avez des positions à prendre et devez comprendre que vous avez un mandat   et devez protéger ceux qui vous ont mandaté. Vous n’êtes pas mandatés pour votre zone uniquement. Il faut comprendre que tu es député de la Nation. Vous m’avez élu, oubliez que vous m’avez élu et cherchez l’intérêt de la nation. C’est ce qui nous manque. Nous sommes un pays mais pas encore une nation. Regardez la montée du régionalisme actuellement. C’est dangereux pour notre unité nationale. Or, ce qu’on a le plus à conserver, c’est notre unité nationale. Donc le prochain Chef d’Etat qui n’aura pas un programme d’unité nationale n’ira pas loin. Cela passe par la reforme de notre administration. On n’arrive même pas à faire un concours pour recruter parce que chacun veut y mettre un parent. Moi, j’ai honte quand je vois des choses du genre. Quand on fait les quotas pour les concours, on prend des cadres de deuxième zone. C’est-à-dire que quand vous passez un concours, on laisse quelqu’un qui a 13 de moyenne pour  prendre celui qui a 08. C’est ce qui gangrène aujourd’hui notre administration. Et ça ne me surprend pas qu’il y ait la bonne gouvernance. Oui, il faut aller voir comment on les a recrutés. Il faut qu’on ait un minimum d’éthique. On ne peut pas gérer un pays avec le régionalisme.  Dans tout cela, nous avons une classe politique médiocre et j’en fais partie. La classe politique béninoise est d’une médiocrité rare. Elle est jonchée d’intoxication, de mensonge, de coups bas, de dribles, de transhumances et de corruption à bas prix.  C’est honteux.

Comment pensez-vous  marquer votre passage au Parlement dans cet environnement?
Je commence déjà à faire un travail. D’abord j’avais eu à élaborer avec l’appui d’un expert français, la loi sur le partenariat public-privé qui est un nouvel instrument  que tous les pays visent. Mais, nous on n’a pas encore fait la loi. Il y avait quatre initiatives qui avaient été prises, une par les députés, une par le ministère de la justice avec le comité de la législation, une autre par  la Chambre de commerce, et maintenant le gouvernement. Finalement, on a dit, synthétisons le tout pour avoir les meilleurs résultats.  Donc on a fait ce travail et transmis avant la Table ronde de Paris. Mais c’est resté bloqué au Parlement et j’en parle toujours. Dans d’autres pays, l’Etat engage les projets et invite le privé à les réaliser. Il y a plein d’infrastructures réalisées de la sorte en France, au Brésil et ailleurs. La deuxième loi pour laquelle, j’ai beaucoup œuvré, c’est la réforme du tribunal de commerce et de la Cour d’appel. Il faut rassurer les investisseurs. On ne se fait pas confiance au Bénin. Il y a une crise inédite. Pour développer, il faut investir. Et quand on investit, on crée l’emploi et on fait bouger la production qui conduit à la croissance. Après cette loi, je me suis dit qu’étant donné que nous voulons contrôler l’action gouvernementale, nous devons adopter une loi d’orientation de notre agriculture. Nous ne pouvons pas continuer comme nous le faisons, crier le coton partout. Il faut qu’on aille vers la diversification agricole avec les produits de rente en mettant en valeur les vallées que nous avons comme ressources. Regardez la vallée de l’Ouémé. C’est un don de la nature. Avec ça, on peut nourrir toute la sous-région si on la met en valeur avec les aménagements. C’est maintenant qu’on a négocié un projet avec la BAD pour 38 milliards de francs CFA qu’ils sont en train de mettre en œuvre. On peut même nourrir le Sahel qui a  un déficit de 350.000 tonnes de céréales chaque année. Moi quand j’étais ministre, le Programme alimentaire mondial a demandé une année 300.000 tonnes de maïs et de riz avec l’argent en main. On n’a pu fournir que 15.000 tonnes. C’est Dieu qui a le potentiel. Il y a de quoi avoir de l’espoir. L’heure de Dieu a plutôt fait que nous passons tout notre temps dans l’intoxication, dans une politique terrible.

Comment se porte votre parti ?
Le parti se porte très bien. Je sais de quoi vous voulez parler. Vous faites allusion au fait  qu’il y a eu quelques absences lors de notre congrès. Ce sont des  gens qui ont démissionné bien avant le congrès. Comme je l’ai dit, quand le bateau tangue, ce sont les rats qui se sont engraissés dans les cales qui sont les premiers à sauter et parfois se font happer par les requins. Comme ils sentent que nous allons vers la fin du mandat de Boni Yayi, ils se disent qu’il faut aller s’accrocher pour les années à venir. Il y en a même qui espéraient aller dans le gouvernement, mais ils ne sont pas nombreux. Dieu merci, je pensais que c’est des gens qui amenaient plus la cohésion, mais j’ai vu qu’il y avait plus de cohésion après leur départ. Je leur souhaite une bonne carrière politique.

Votre parti est-il de l’opposition ou de la mouvance ?
Nous sommes pour le moment de la mouvance. Je ne me suis pas déclaré non inscrit au Parlement. Je suis au premier rang à l’Assemblée, et quand les ministres viennent, je suis celui qui défend avec des arguments scientifiques les différentes décisions du gouvernement. Je sais de quoi vous parlez. Lorsqu’il y a eu le vote du Président Houngbédji, il y a eu des spéculations parce qu’il y avait une guerre de leadership entre nous les ministres.

Le président Boni Yayi a fait des déclarations contre vous
Oui, mais il ne l’a pas fait officiellement. Je ne suis pas informé. J’ai demandé à avoir l’enregistrement des déclarations qu’il aurait faites contre moi, mais je ne l’ai pas eu.  Il aurait affirmé que j’aurais pris cinq cent millions chez Patrice Talon pour pouvoir trahir le Chef de l’Etat. Je suis l’ami du chef de l’Etat depuis 38 ans et jamais, nous n’avons eu de prise de bec pour quoi que ce soit. Ce sont les gens qui voyaient venir un certain leadership que j’exerçais qui sont allés raconter plein de coups. Quand le scandale de l’eau a éclaté, les gens ont dit que ça fait un scandale de plus et que j’y  étais mêlé. Quand les cabinets internationaux sont venus, avez-vous entendu mon nom une seule fois ? Ils en ont profité. Moi, j’étais parti pour négocier le MCA. J’étais là-bas quand un ministre du gouvernement a donné deux cents mille aux journalistes pour dire qu’étant donné que c’est mon représentant qui est dirige le comité de pilotage, que je suis mêlé à l’affaire. Ce sont  les gens de la HAAC qui me l’ont dit. Or,  moi, je ne suis chargé que de   négocier les différentes politiques de ce projet. Une fois qu’on finit de négocier, on met les ressources à la disposition du ministère sectoriel, qui est le ministère des mines qui réalise le projet. Le comité de pilotage ne fait que deux réunions. Une en début d’année pour voir si le programme élaboré correspond à la stratégie mise sur pied, et une deuxième réunion pour voir si  les résultats attendus ont abouti. Mon ministère ne négocie pas de marchés mais quand on veut semer la confusion, on va dire que c’est le ministère du développement qui a piloté. C’était pour m’éteindre, pour me noyer parce qu’ils ont un système au sein des FCBE qui est l’éteignoir qui consiste à éteindre celui qui brille. Ils ont tenté et j’ai lu dans quinze journaux que le Ministère du développement est mêlé à l’eau. J’ai participé à ce qu’un cabinet international vienne faire le constat chez moi. Ils n’ont rien remarqué. Ils ont juste noté qu’il s’agit d’une élaboration des stratégies. Quand le cabinet Kroll a rendu son rapport, les syndicats qui m’avaient accusé n’ont même pas pu présenter leurs excuses.    C’est malheureux pour notre pays.

Au congrès du FRAP, vous avez fait noter dans vos propos que le Président de la République est un professeur agrégé en  dribles.
J’ai dit qu’il est professeur agrégé,  expert en drible et en politique.

Que voulez-vous exprimer par-là ?
Je veux exprimer par-là que les jeunes l’appellent affectueusement « Maradona national ». Il arrive souvent que le Président prenne  des engagements sans les respecter. Et c’est ce que la plupart des gens qui étaient ses amis au départ aux FCBE lui reprochent. Il  ne respecte pas ses engagements. Je le pense sincèrement mais c’est la realpolitik.

Est-ce le gouvernement qui l’oblige à prendre ces engagements ?
En partie. Quand on est arrivé à l’assemblée, moi qui suis un financier et une fois au parlement, on nous a dit qu’il faut nous mettre dans des commissions. J’ai dit qu’ayant participé à l’élaboration des stratégies, je vais à la commission du plan et du développement. Les quarante députés FCBE m’ont supplié d’aller aux finances car il n’y a pas de financier avéré dans le groupe. J’ai promis y aller à cause de l’intérêt du groupe. Le Ministre Abiola s’est demandé comment sauver mes intérêts si j’allais à la commission des finances. C’est ainsi que le chef du groupe a dit qu’il va mettre huit dans les commissions et ceux de l’opposition mettront neuf. Mais j’ai pris contact avec deux alliés et nous pouvons être président de la commission. J’ai dit qu’on ne respecte pas les engagements  parce que pendant que nous avons eu la majorité, vous n’avez jamais donné la commission des lois ou des finances à l’opposition et pourquoi le faire maintenant ? Ils ont répondu que c’est Dieu qui donne et qu’il faut y croire. A dix minutes des élections de commission, ce même président va dire qu’il ne faut pas voter pour moi. Je tombais des nues. C’est ça qu’on appelle les dribles. C’est moi qui ai prononcé à l’époque le KO de Boni Yayi. Maintenant arrivé au parlement, on m’oblige à aller dans une commission que je ne voulais pas, on me dit de déposer ma candidature et on passe par derrière pour me poignarder. C’est être vague d’esprit. Ça là seul suffisait pour dire que je démissionne du groupe des FCBE. Mais, ayant vu les relations que j’avais, j’ai choisi ne pas démissionner et j’assume parce que je ne suis pas de ceux qui quittent le gouvernement pour devenir opposant le lendemain. Je ne suis pas un opposant. J’assume ce qu’on a fait de bon et de mauvais. Mais, j’affirme qu’il y a beaucoup de défis qu’on peut encore relever. On pouvait avoir de meilleurs résultats si on avait travaillé avec méthode. Il y a des défis qu’on n’a pas pu relever et de l’autre côté, toute notre politique a été axée sur l’axe infrastructurel et social. Dans l’axe infrastructurel, il faut avouer qu’il y a eu pas mal de réalisations qui ont été faites. Dans l’axe social également, il y a eu beaucoup d’efforts qui ont été faits  dont, la gratuité de la césarienne, la gratuité pour les filles dans les écoles, encore que ces gratuités ne sont pas soutenables à long terme. Dans la gratuité de l’école, on donne une subvention de trois mille francs par enfant. Cette subvention vient en fin d’année. Il y a des écoles qui n’ont même pas  de craie pour travailler. Les enseignants sont même  obligés d’aller négocier ailleurs. Pour moi, il faut reformater entièrement notre enseignement.

L’économiste de Souza n’accepte pas le non-respect des engagements. Ce qui fait que vous vous déchainez quand vous remarquez que Boni Yayi ne respecte pas ses engagements
Je ne toise pas Boni Yayi. J’ai dit qu’il est un expert en drible et que du point de vue engagement, il revient dessus. Je ne suis pas le premier à le dire. Je vous ai donné un exemple pour dire que le président de la commission passe par derrière pour dire de voter contre ma voix sur les dix-sept.

Quels sont les autres engagements qu’il n’a pas respectés ?
Il y en a eu plein. Au moment où le deuxième questeur partait, on s’est réuni pour désigner quelqu’un pour le poste. Parmi nous, il y en avait deux qui disaient qu’ils voulaient être deuxième questeur, notamment Houngnibo et Agoua. J’ai dit qu’il faut qu’on les soutienne. Ce qui s’est passé est qu’Agoua a eu deux voix et Houngnibo cinq et les autres ont déposé les voix sur Atao Hinnouho qui n’a pas un niveau appréciable pour tenir un tel poste. On dit que c’est la realpolitik. Comment puis-je être avec vous et vous allez donner un mot d’ordre à quelqu’un d’autre pour voter contre vous ? C’est ça les dribles et c’est grave. Regardez la désignation de Lionel Zinsou. Nous sommes FCBE. Nous sommes un ensemble de partis et l’instance la plus haute c’est la Commission des chefs de partis. Il y a 82 partis dans les FCBE et plus de quatre cents mouvements. Mais rigoureusement, cette instance devrait se réunir pour être informée. Moi je fais partie des chefs de partis mais on n’a jamais été associé à quoi que ce soit. Nous étions là quand on a dit que ceux qui souhaitent être candidats à la candidature déposent leurs dossiers dans tel délai. Ils ont fixé les critères. Premier critère, être FCBE. Ça veut dire que vous avez une carte de l’Alliance qui atteste que vous êtes FCBE. Deuxième critère, vous devez avoir un fief c’est-à-dire une base électorale. Troisième critère, avoir bénéficié d’un mandat électif c’est-à-dire que vous avez été élu une fois au moins, soit député, maire ou conseiller communal, ou tout au moins chef de quartier. Voilà les critères qui sont définis et inscrits. A notre grande surprise, il y avait eu onze candidats. Un était farfelu sur les bords, un comité a été créé pour l’écouter. Celui-là a été enlevé et il en restait dix. La commission les a écoutés pour savoir s’ils ont les moyens pour battre campagne. Les moyens que vous pouvez mobiliser en donnant des preuves. La plupart ont dit : « choisissez-moi et je vous dirai comment faire pour trouver les moyens. Les gens ont demandé s’ils ont au moins cinq milliards pour battre campagne. Certains ont dit qu’ils ont été ministre de Yayi Boni et ne savent où trouver cinq milliards. On en était là quand ils leur  ont demandé de s’unir pour  désigner quelqu’un parmi eux. La commission s’est révélée incompétente parce que malgré tout ce qu’ils ont fait, on n’a pas pu dégager un candidat. C’est là qu’ils ont été voir le leader charismatique pour lui dire de désigner quelqu’un et qu’ils se mettront tous derrière, qu’ils s’engagent à ne pas se présenter mais de désigner quelqu’un qu’ils vont tous suivre. C’est comme ça qu’en entente avec tous, le coordonnateur a annoncé que c’est Lionel Zinsou qui est désigné pour porter le drapeau des FCBE.

Selon vous, est-ce que les critères sont respectés ?
Les instances les plus concernées n’ont pas été appelées. On nous traite comme des veaux. Et moi, je n’accepte pas cela. Je n’ai rien contre Lionel Zinsou. C’est moi qui lui ai passé service. Je le connais. C’est un gars qui a un très bon esprit, une compétence remarquable. Il est professeur d’université. Il est économiste de développement, banquier mais je dis qu’à partir du moment où on sort des textes et des critères, il faut les respecter.

Pourquoi n’aviez-vous pas postulé aux primaires ?
D’abord, je me suis mis en réserve avec tout ce qui se passe. Je n’avais pas reçu l’avis des gens qui ont protesté en disant qu’ils attendent mon dossier. Je dis que je ne me sens pas concerné et quand je me regarde, je ne suis pas dans cette scène, parce que je savais qu’on allait en arriver là. Est-ce que selon vous, nous qui nous sommes battus dans les FCBE depuis dix ans, aucun de nous n’a le niveau pour pouvoir continuer ce que nous avons commencé, rectifier ce qu’on a fait de mal, réajuster ce qu’il faut mieux faire pour que la pauvreté recule ?

Mais on vous a donné l’occasion et vous avez été incapables de désigner quelqu’un parmi vous ?
Non. Je vous dis qu’il y a la plus haute instance qui est la conférence des chefs de partis qui ne s’est jamais réunie.

Depuis le choix de Zinsou, vous vous êtes tous tu, validant ainsi par votre silence ce choix.
On se réserve le droit à tout moment de dire ce qu’il en est, et vous allez m’entendre. J’ai déjà  dit dans une interview que  je ne me sens pas associé à cette manière de désigner. Je n’ai rien contre le premier ministre. Mais je dis que de la manière dont le candidat a été désigné, je ne me sens pas engagé  du tout parce que j’estime que les principes établis n’ont pas été respectés. Si personne ne proteste, je dis que nous sommes traités comme des veaux parce que j’aurais été parmi les dix et tel que ça se passe, j’aurais élevé le ton.

Entre déçus de cette désignation, vous vous concertez ?
Bien sûr. Il y a des fronts qui se constituent,  mais comme vous le savez au Bénin, il y a beaucoup de lenteur. Ça traine mais ça va venir. Monsieur Lionel Zinsou a ses chances. Moi je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent qu’il n’est pas Béninois. Lionel Zinsou est de quel pays ? Barack Obama est de quel pays ? Sarkozy est de quel pays ? Le problème est que Lionel Zinsou est dans le parti socialiste en France. Il n’était pas FCBE, à ce que je sache. Peut-être qu’il l’est et que moi, je ne le sais pas. Maintenant, on a établi les critères. Il ne les remplit pas. Qu’est ce qui a fait que c’est lui que la haute hiérarchie a préféré ? C’est à eux seuls de nous l’expliquer. Mais, je trouve que quand vous êtes des combattants, que vous êtes unis par un projet de société, que vous faites ensemble des combats pour le développement, normalement parmi vous, on doit pouvoir trouver quelqu’un, quelqu’un qui a participé à la lutte contre les privations des libertés, quelqu’un qui a lutté contre Ségbana, qui a connu les PCO, qui a connu la faim et la soif. Allez demander à celui qui a été désigné le prix du kilogramme de gari, que voulez-vous qu’il vous dise ?

Les ambitions que nourrissait Marcel de Souza sont-elles éteintes ?
Avez-vous jamais vu un homme éteindre ses ambitions ? C’est quand on est dans la tombe qu’on peut les éteindre. Je nourris toujours mes ambitions mais il faut toujours savoir prendre ses décisions au bon moment et au moment opportun.  Regardez les gloires que nous avons actuellement. Il y a des coups de billets qui font qu’on n’entend plus rien, avec les hommes d’affaires. C’est notre constitution qui n’est plus au point. La constitution dit que ce sont  les partis qui animent  la vie politique. Mais on n’a mis nulle part que ceux qui sont candidats doivent être issus d’un parti politique. En Côte d’Ivoire, si vous n’avez pas un parti politique, vous n’êtes pas chef d’Etat. Mais ici, nous avons adopté le multipartisme intégral. Nous avons deux cents partis et nous aurons deux cents projets de société.   Voilà le désordre que nous avons, et comment financer ces partis ? Tout ça ne valorise pas notre démocratie. J’ai vu un candidat à qui j’ai demandé s’il est terrorisé puisqu’on ne l’entend plus. Il m’a répondu qu’il est tétanisé parce que les hommes d’affaires donnent dix ou vingt millions lors des meetings. La pauvreté des populations est telle qu’elles  saisissent  l’occasion qui se présente à elles. J’ai vu des jeunes qui m’ont dit qu’ils prennent désormais  cinq mille au lieu de deux mille. C’est une vue très courte et je crois que les choses vont s’améliorer avec l’alphabétisation. C’est malheureux parce que je ne vois pas quelqu’un de raisonnable se présenter au Bénin contre ces hommes d’affaire.  Il va se faire écraser. Je nourris toujours mes ambitions et je cherche toujours le bon moment pour pouvoir intervenir. Si je ne suis pas roi, je peux être un faiseur de roi. C’est ça mon objectif. On ne peut pas être forcément chef d’Etat avant de  servir son pays. Gbagbo a dit que le poste de chef d’Etat n’est pas un banc mais plutôt un fauteuil. Maintenant, quand on a la foule derrière soi, cela ne veut pas toujours dire qu’on est populaire. Car quand la  foule vient, vous voyez les mêmes personnes qui sont à Zè, après elles  sont à Allada pour dire sollicitation, et comme elles  le disent, on va croquer les légumes. Mais, ce n’est pas évident que le jour où ils vont voter, ils puissent voter pour ceux qui ont donné de l’argent. Donc, voilà un peu la situation. Je souhaite que vraiment pour les élections-là, ce soit une élection festive, que ce ne soit pas ce qui se passe où les gens se tapent dedans, mais que ce soit dans la joie,  dans le respect et qu’on ait quelqu’un qui sache comment mettre notre pays sur les rails du développement et surtout faire reculer la pauvreté puisque jusque-là, la pauvreté ne recule pas.

Directeur de campagne de Boni Yayi en 2011, vous nous avez promis qu’après les élections, la croissance du Bénin passera à deux chiffres.  Où en sommes-nous avec cette promesse ?
Deux choses : premièrement, ce n’est pas moi qui ai promis une croissance à deux chiffres. Non, il ne faut pas me faire mentir. J’ai le courage de mes opinions et je n’oublie pas ce que j’ai dit. Même dans dix ans, si vous me demandez ce que j’ai dit aujourd’hui, je vais vous le répéter.  Je suis économiste et un économiste avéré. J’ai géré la monnaie et le crédit et je n’ai fait que ça pendant mes trente ans à la BCEAO. C’était une promesse et certains en parlaient. Mais, pour avoir une croissance à deux chiffres, il y a un certain nombre d’éléments qu’il faut réunir. La première des choses c’est l’électricité que vous n’avez pas. L’électricité, c’est le coiffeur, l’électricité, c’est le magistrat, c’est le cuisinier, mais vous n’en avez pas et vous voulez avoir une croissance à deux chiffres. Comment vous allez l’atteindre ? C’est rêver de manière béate ça.

Quel est alors le taux réel de la croissance du Bénin ?
Notre taux de croissance aujourd’hui, on vous l’a dit. Tous les espoirs étaient permis en 2008 quand en 2009, nous sommes retombé à 2,9 parce qu’il y a eu la crise énergétique. Le baril du pétrole était allé jusqu’à 150 dollars US et l’électricité, c’était un  problème. En  2010, on est retombé à 2,7,  parce qu’il y avait la crise financière et alimentaire. L’Etat devait tout faire pour combler le déficit alimentaire. L’Etat avait sacrifié plus de 90milliards pour faire baisser les prix des denrées alimentaire et permettre à la population d’avoir accès à la nourriture. « Ventre affamé n’à point d’oreille » dit-on. Face à cette crise, nous avons reculé. Et, ce n’est qu’en 2011 qu’on a amorcé un nouveau redressement puisqu’on était à 3,9% du PIB et en 2012, nous sommes passés à 05,2% et depuis, on a un redressement progressif qui s’annonce puisque en 2013, on est remonté à 05,6, en 2014, on a atteint 6% mais, avec le chômage des jeunes et le secteur informel qui joue toujours son rôle, au lieu d’atteindre les 6%, on est là à tourner dans les  05,7%.  Pour 2015, on se dit qu’on va atteindre 05,8%. Mais, c’est déjà des taux importants puisque quand vous voyez la France, ils sont à 0,1%, les autres pays sont à 0,3% et nous, c’est en Afrique seule que nous avons encore les taux de croissance les plus élevés. Alors, en Afrique,  le Burkina Faso et la Côte d’Ivoire ont atteint 9%, le Burkina Faso a même atteint une fois 11%. C’est grâce à l’exploitation de leurs mines et nous, c’est maintenant qu’on a fait le scanning de notre sous-sol.  Vous vous rappelez, c’était l’année dernière. On a scanné notre sous-sol pour savoir ce qu’on a dans le sous-sol. On a du  pétrole,  on a de l’or, on a du bauxite, on a pas mal de choses, mais il faut du temps pour exploiter. On n’a pas construit Rome en une journée.

Est-ce que vous considérez que le régime Yayi a échoué, économiquement parlant ?
Non, moi je ne peux pas dire que le régime a échoué. Economiquement parlant, le régime devrait pouvoir faire reculer la pauvreté mais on sait que la pauvreté ne recule pas d’un seul trait comme ça. La pauvreté est teigneuse, ce n’est pas le régime seul qu’il faut accuser, mais nous tous. Nous devons nous accuser, parce que si nous ne changions pas et que nous continuons avec la corruption ambiante, le détournement, où est-ce qu’on peut aller ?
Je considère qu’il y a eu des avancées notables et vous ne pouvez pas me convaincre du contraire. Mais, il y a des défis qui n’ont pas été relevés et qu’il faut relever coûte que coûte. Les avancées, vous avez les avancées au niveau infrastructurel. Est-ce qu’on a déjà eu une seule fois une usine pour monter des tracteurs agricoles pour diminuer la pénibilité et permettre de faire plus de culture ? On est en train de le faire. Est-ce qu’on a mis en valeur la vallée du fleuve Ouémé ? Ça démarre. Vous savez combien les programmes de route sont difficiles à mettre en œuvre mais ça avance quand même. Ensuite, du point de vue aéroportuaire, l’aéroport de Tourou, difficilement on s’en sort, parce que comme les ressources ne sont pas en bloc, il faut désinstaller tout ce qui était là et réinstaller de nouveau, c’est de l’argent. L’aéroport de Glo Djigbé, qu’on  a initié depuis trente ans, on a mis les Sud-africains dessus, on a triphasé, mais c’est des ressources qu’il faut avoir. Nous sommes tous pressés. Tout le monde dit, le gouvernement doit, doit, doit, mais on va réaliser ces projets avec quoi ? Nous sommes un pays pauvre et il faut le reconnaître. Nous n’avons que les impôts, la douane, et les taxes de GSM. C’est ce que nous avons. Maintenant à côté de ça, les puits de pétrole qui existent.

Quels sont les échecs du régime que vous reconnaissez vous-même ?
Là où il y a eu peut-être des échecs, nous avons fait un projet pour l’électricité mais le temps n’a pas suffi. Regardez le barrage d’Ajarala, dans le cadre de la CEB. Moi, j’étais en avant-garde avec le Togo. Tout était élaboré et devrait être signé depuis fin 2014 et il faut quatre ans pour le réaliser et si on ne le fait pas maintenant, il y a le temps qui passe, quand est-ce qu’on va le réaliser ?

Deuxième échec ?
Ecoutez, je ne vais pas me mettre à aligner des échecs. Ce que je considère le plus comme échec, c’est la gestion de notre système éducatif. Notre système éducatif fabrique à 90% pour le chômage, puisque ça forme pour l’enseignement général. Il faut reformater tout le système et l’orienter vers le secteur technique, professionnel et entrepreneurial. L’Etat peut embaucher combien ? Aujourd’hui l’administration n’a que 68500 agents. Combien l’Etat peut embaucher ? Je pense qu’il faut aller  vers l’auto-emploi. Le chômage des jeunes est un échec pour le gouvernement. Mais quel est le pays qui a pu vaincre le chômage des jeunes ? C’est un problème mondial. Il faut se donner la main pour trouver les solutions. Ensuite, le secteur informel. Le secteur informel grossit. Le pétrole, la Sonacop qui participait au budget national à 20% au moins, aujourd’hui la Sonacop ne participe plus, le Kpayo a pris du terrain et c’est l’Etat qui subventionne la Sonacop. Ça aussi, je le considère comme des échecs. Il y a des choses qu’on ne peut pas négliger mais qu’on devrait pouvoir faire. Ensuite, en matière d’infrastructure. On a dit qu’on va réaliser le port en eau profonde de Sèmè. C’est un port dont on a besoin puisque si on a un port en eau profonde, on peut faire venir de grands bateaux et fluidifier le transport. Là on a besoin d’une profondeur de 20 mètres, alors que le tirant d’eau que nous avons, c’était de 12m et on est en train de tout faire pour aller à 15m malgré les travaux confortatifs qu’on est en train de faire. Et, ça également, on n’a pas eu à le réaliser comme on aurait souhaité.

Que dites-vous des scandales financiers  sous Yayi Boni ?
Vous savez, on a un système de compte qui est l’IGE qui a fait des audits. Une cinquantaine de dossiers dans lesquels il y a eu réellement des actes de détournement et  autres. Mais, nous sommes dans une situation où on a séparé le pouvoir législatif du  pouvoir judiciaire et du pouvoir exécutif. Donc, ce sont les magistrats ou la justice qui doit accompagner. Mais la justice n’est pas toujours au rendez-vous. Alors, quand on a envoyé les dossiers de l’IGE, la justice dit non, il faut retourner les dossiers à l’Officier de Police Judiciaire pour que l’enquête préliminaire puisse prendre corps. Ils ont dit bon, l’enquête n’a pas été faite, il faut donc des ressources. On a décaissé les ressources mais l’enquête n’a pas avancé non plus. Donc, la lutte contre l’impunité doit nous servir de boussole. Si quelqu’un commet et qu’on sanctionne je suis sûr qu’on ne serait pas à ce niveau-là. Mais, ce n’est pas l’exécutif seul qui doit jouer ce rôle, il faut reformer la justice pour avoir une nouvelle dynamique pour qu’on prenne des décisions hardies, sinon, l’impunité va demeurer. Voilà des éléments où je dis qu’il y a problème. Pour l’école il y a problème et il faut qu’on arrive à prévenir les grèves. C’est les grèves qui font que l’école ne peut pas avoir un enseignement de qualité. Puisque les enseignants veulent toujours un peu plus. Vous donnez le bras, ils veulent l’avant-bras. On ne peut pas dire que les enseignants n’ont pas été gâtés par le gouvernement quand même. Que ce soit de la maternelle, le primaire ou à l’université, les salaires ont pratiquement été multipliés par deux. Vous avez vu l’échec massif qu’on a eu au niveau de certains examens. Il y a que la qualité des enseignants se pose et c’est au nord que j’ai vu un cas, on les appelle  des enseignants multigrades. Ce n’est pas possible. C’est-à-dire que le même enseignant tient trois classes à la fois, comment il pourra s’en sortir. Et, ensuite, j’ai vu des salles de classe tout près d’ici à Ganvié où dans les salles, on voit 107 élèves pour un seul enseignant. Quel enseignement voulez-vous qu’il donne à ce monde-là et les bancs qui sont faits pour deux élèves, on entasse jusqu’à quatre. C’est déjà un bon résultat le fait que tout le monde puisse avoir un accès universel à l’enseignement primaire. Mais, il va falloir revoir la gratuité, revoir la politique en la matière et qu’on travaille pour la qualité sinon, ça ne va pas. Aujourd’hui on a besoin de douze mille salles de classe et de onze mille enseignants sinon, il y a problème et donc, il faut reformater cela. Deuxième élément, nous avons un taux de croissance démographique très fort. Nous sommes passés de 3,25 à 3,50. A cette allure, la population en vingt ans va doubler. Et ça pose le problème de la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Vous savez que la qualité nutritionnelle joue sur la qualité des enfants. Quand on prend un enfant en Afrique par rapport à l’Europe, le développement est plus accéléré en Europe que chez nous parce que la nourriture n’est plus une nourriture de bonne qualité et ça joue sur leur avenir aussi. En plus de ça, la croissance est élevée, si on ne met pas un système d’accès au planning familiale, ce n’est pas pour réduire les naissances mais il faut que nous contrôlions un peu notre croissance démographique. Si on n’arrive pas à la contenir, c’est insoutenable. Ça veut dire que ça crée les problèmes de nourriture, et c’est pourquoi notre agriculture, il faut vraiment la développer. Ça crée des problèmes de chômage, parce que les jeunes qui viennent, il faut qu’ils aient du boulot, ça crée des problèmes d’insécurité, les gaymans vont se multiplier, ça crée les problèmes d’urbanisme. C’est-à-dire dans nos villes, les gens vont se rassembler dans les bidonvilles et c’est ça qui donne les Djihadistes que nous voyons. Les Djihadistes, les terroristes recrutent parmi les jeunes. On leur fait voir des choses puis ils deviennent des Djihadistes. En plus de ça, il nous faut des lieux de loisir. Quand le paysans quitte son champ, il y va à 07h, il finit à 11h voire 12h. Il revient chez lui, pas de football, pas de loisirs, il n’y a rien pour l’occuper.  Il prend sa femme et il y va. Résultat, il a plein d’enfants. On a dit que c’est gratuit maintenant, non ? Il envoie les enfants à l’école et il croise les bras, les enfants n’ont même pas de sandale à porter.  Dans les villages du millénaire que j’ai suivis à Banikoara et à Founougo au nord,  je leur ai acheté  des kits scolaires, créé des cantines et mis à la disposition des établissements des documents. Mais, à la longue, comment on va s’en sortir ? Ça pose le problème de la séparabilité à terme et chacun doit s’interroger là-dessus. Regardez la gratuité de la césarienne par exemple. On a pris 48 centres hospitaliers. On a dit la césarienne c’est à 100.000 (cent mille) comme c’est gratuit, dès que les femmes arrivent, les médecins ne veulent plus faire pousser,  on coupe seulement puisque c’est gratuit.

Votre dernière rencontre avec le chef de l’Etat, ça date de quand ?
Non, nos relations sont très bonnes. Elles étaient bonnes, elles sont bonnes et elles resteront toujours bonnes. En toute relation humaine, il y a des hauts et des bas. Notre dernière rencontre, c’était chez le Général Mathieu Kérékou, lorsque le Général est décédé, on s’est vu là-bas, on s’est parlé. Il n’y a rien de grave. Nous étions amis depuis 38 ans, lui-même dit depuis 40 ans et notre amitié ne sera jamais trahie. Maintenant, il peut y avoir de petits problèmes, mais l’amitié demeure et ce n’est que ça. Même entre frères, on se  chamaille, on se donne des coups de poing puis après on continue, c’est ça. En toute relation humaine, il y a des hauts et des bas et moi, je ne me plains pas.

Vous faites partie de ces députés qui ont voté contre la levée de l’immunité du député Barthélémy Kassa. Pourquoi ce choix ?
Voilà, j’apprécie votre question et ça me donne l’occasion de me justifier. La levée de l’humilité de Kassa, était une précipitation non justifiée parce que Kassa peut être écouté comme témoin comme vous aussi  pouvez être écouté comme témoin, on n’a pas besoin de levée d’immunité. Ça c’est l’enquête préliminaire. Deuxièmement, l’audit c’est un document administratif, ce n’est pas un document judiciaire. Comment à partir de l’audit on dit qu’il faut lever l’immunité ? Ça ne se fait pas. C’est ne pas connaitre les textes, c’est ne pas connaitre les principes. Le gouvernement s’est précipité  pour rien. Donc on a dit, on ne va pas lever l’immunité à cette étape-là. On attend que le juge qui a pris le rapport qui a été établi approfondisse ses enquêtes, les collaborateurs étant toujours en prison. Et puis, s’il se présente devant la chambre d’accusation, le tribunal va demander qu’on lève l’immunité de Kassa et on va le faire. Parce que là il y aura des faits établis. Jusque-là tout accusé est présumé innocent.  Pourquoi voulez-vous que pour que la police judiciaire vous écoute, il faut aller lever l’immunité ? Ça c’est de la poudre jetée aux yeux. C’est pour ça que moi j’ai voté carrément non. Ça ne vaut pas la peine, c’est tout. Mais ça ne veut pas dire que la lutte contre la corruption n’est pas  forte.

L’impression que cela donne c’est qu’en réalité vous donnez un blanc-seing à tout ministre, à tout cadre  qui aurait détourné ?
Non, non ça c’est une impression que vous avez. Moi je suis certain que si les éléments sont établis,  nous irons au bout.  Le dossier est toujours en cours ce n’est pas enterré. On ne peut même pas l’enterrer,  car les Pays-Bas nous guettent. Dans la mesure où il y a des gens qui sont arrêtés, la probabilité que Kassa se présente  est toujours là. Le régisseur est là, le comptable, ainsi de suite. Et donc l’affaire doit être jugée. La justice est lente mais souvent efficace.

Pour un technicien du dossier, le rapport  Kroll a révélé que les différents forages d’eau ont été faits  dans la région du Chef de l’Etat et de Barthélémy Kassa, à Matéri et consorts. Qu’en dites-vous ?
Non, ça c’est des accusations gratuites. C’est vrai que le Chef de l’Etat qui est préoccupé par le fait de donner de l’eau potable aux populations,  parfois il arrive dans des zones et prend des décisions. Moi, ce que je connais, c’est la zone de Zè. Pour aller là-bas, la seule route qui y mène  est dégradée, les gens n’ont pas de l’eau potable, ni de l’électricité. C’est difficilement que ça vient. Par un cri de cœur, l Chef de l’Etat  dit « faites-moi vingt forages ». Ce n’était pas prévu dans le programme.  Il revient au comité qui est chargé de faire cela d’établir les urgences et voir  comment les choses vont se passer. On ne va dire que cela est un détournement.  Enfin quand je dis détournement de budget, le crédit est là. Mais étant donné qu’on constate que ces trucs sont là, en principe il n’y a pas de problème. Je ne dis pas qu’il n’y a pas eu d’autres magouilles.

En tant qu’économiste, quelle analyse faites-vous des propos du candidat Abdoulaye Bio Tchané qui estime qu’une fois au pouvoir,  il pourra rembourser tous les spoliés de Icc- Services ?
Attention, attention ! Il n’a pas dit qu’il va payer tous les spoliés. Il dit qu’il va dédommager et il demande aux autres candidats de se prononcer. Mais, il faut connaître l’état du dossier. Moi, c’est un dossier que j’ai suivi quand j’étais encore à la BCEAO. Deux choses à considérer. Le cas Icc-Services et consorts. Il faut d’abord voir les consorts. Là, c’est un certain nombre de structures qui sont venues à partir d’une religion. D’autres en ont les ressources et ont remboursé intégralement les déposants. Ils sont nombreux. Maintenant, c’est le cas Icc même, c’est des gens qui sont venus de la Côte d’Ivoire où ils  ont semé la même chose. Ils ont semé la confusion. Quand vous les interrogez, ils disent qu’ils ont eu quinze mille déposants. La commission ministérielle a introduit une enquête pour demander à tous ceux qui ont des preuves de venir. Les gens ont falsifié des preuves et on a recensé près de cent cinq milles déposants. Entre quinze mille et cent cinq mille, qui vous allez rembourser dans ce beau monde-là ? On a mis la main sur les ordinateurs, ils les ont touchés aussi. On a saisi des maisons, mais elles ne sont pas inscrites au nom des gens  d’Icc Services.  Les notaires disent qu’il faut les rétablir en leur nom avant qu’on puisse les vendre. Aujourd’hui, nous avons un milliard deux cent millions de FCFA dans un compte au Trésor. Mais on se demande bien  qui il faut rembourser, qui il ne faut pas rembourser. Dans la mesure où les gens ont semé la confusion en augmentant le nombre de déposants par des gens qui ne sont pas de réels déposants. Donc, c’est un dossier qui est devenu judiciaire et il faut que la justice  fasse son travail. Si la justice tranche, on peut dire que les vrais déposants, les voilà. Là, les autres, c’est des faux. Dans ce cas-là, on peut dédommager. On ne peut pas dédommager à cent pour cent puisque c’est un cas grave. C’est malheureux pour nos propres concitoyens qu’on a spoliés de cette manière-là. Mais eux aussi, ils ont pris des risques. Les banques sont là, les coopératives de crédit sont là et on dit vous déposez, vous avez le double pendant un temps, ils ont pris des risques. Vous savez qu’en Côte-d’ Ivoire, on n’a pas dédommagé des gens. Gbagbo avait dit, et celui qui dépose, et celui qui reçoit, moi je les sanctionne tous et les gens sont partis et c’est terminé. Maintenant, ici on dit qu’on va dédommager, c’est très bien mais il faut purger la liste et savoir ceux qui sont les vrais déposants. Donc, c’est un traquenard, et il faut faire très attention pour ne pas s’enliser.

Maintenant, est-ce que c’est possible ?
C’est possible. A cœur vaillant, rien d’impossible. Mais il faut que les gens d’Icc-Services collaborent. Qu’ils puissent dire nous, au moment où on nous arrêtait, voilà la liste réelle des déposants. Les gens qui ont glissé des noms et qui ont allongé la liste, on doit les sanctionner  s’il le faut. Maintenant si on a la vraie liste, même si c’est à hauteur de 10% ou même 15%, qu’on les rembourse comme on a remboursé pour les autres structures. Les gens de Icc-Services sont dangereux. Ils ont semé la confusion dans les listes. Même si vous avez cette liste-là, qui allez- vous rembourser qui n’allez- vous pas rembourser ? Voilà le vrai problème.

Nous sommes à la veille des élections présidentielles et deux hommes d’affaires que vous connaissez très bien se sont lancés dans la bataille et ont pris d’assaut les quartiers et les villages du Bénin. Que pensez-vous de ce phénomène qui prend du terrain ?

Là, moi j’ai trois choses à dire. Une, la constitution leur permet de se présenter. Deux, ce ne sont pas des gens qui ont l’esprit partisan et n’étaient pas dans les partis politiques, mieux, ils collaboraient avant. Aujourd’hui, brusquement, ils disent qu’ils veulent être Chef d’Etat. Moi je n’ai pas appris en France que Bouygues  veut être candidat ou bien même Bolloré. Et donc, il faut que les hommes d’affaires restent hommes d’affaires dans leur domaine, qu’ils fassent prospérer le pays et que de par leur travail, ils créent des emplois par ci par là. Mais, lorsqu’ils veulent faire le pas pour aller en politique, attention, c’est grave. Je n’ai rien contre eux, mais le pouvoir de l’argent, l’argent qu’on nous jette et que les gens trouvent facilement, ça nous fait détourner des vrais objectifs que nous avons. C’est même grave pour la sous-région. Si les hommes d’affaires arrivent à  avoir le pouvoir ici, ça va se propager dans la sous-région. Quand vous êtes homme d’affaire, ce serait mieux que vous restiez dans votre milieu. Faites vos affaires, faites du social, faites de l’humanitaire en faisant reculer la pauvreté, en créant des emplois, c’est déjà très bien. On n’a pas besoin d’être chef d’Etat avant de servir son pays. Maintenant,  les partis politiques, il faut qu’on puisse les revigorer. Que ce soit de vrais partis politiques et non des clubs électoraux. Que ces partis puissent avoir des projets de société, qu’ils forment leurs adhérents et que ceux-là soient de vrais leaders capables de faire des innovations et de traduire ceci en action. Quand vous n’êtes pas de vrais leaders, vous allez échouer, il n’y a rien à faire. Donc, je répète, les hommes d’affaires peuvent y aller, mais il n’est pas évident qu’ils aient pris vraiment le bon chemin. Ils peuvent appuyer les partis politiques sur le terrain, arriver à orienter un peu les choses. Mais eux-mêmes se mettre devant et en sortant des  milliards et des milliards, non. Actuellement, je vous dis que les politiciens même sont terrorisés. C’est la terreur et la dictature de l’argent. Face à cette dictature là, si vous avez été ministre et que vous n’avez pas volé suffisamment, qu’est-ce que vous pouvez faire ?

Donc, quand on est ministre, on a l’occasion de voler ?
Non, j’ai dit, quand vous avez été efficace, que vous avez respecté l’éthique, vous ne volez pas, vous n’avez pas de gros moyens. Comment pouvez-vous lutter contre les hommes d’affaires qui ont eu le temps de s’enrichir ?  Celui qui prend l’argent chaque fin du mois, ne peut pas tenir tête aux hommes d’affaires qui ont de gros marchés et qui ont assez de sous. Or, nos populations, actuellement, veulent bouffer. Moi je dis, il y a des deniers publics que des gens ont gagnés facilement, parce que l’argent qu’on gagne à la sueur de son front, on ne le donne pas comme ça.  Donc, ils n’ont qu’à bouffer. Mais le  jour   où on doit voter, ils doivent savoir que c’est un vote qui détermine l’avenir du pays, l’avenir de leurs enfants, les emplois, le secteur informel, ainsi de suite, il faut en tenir compte. Qu’est-ce qui nous manque actuellement dans ce pays ? Nous n’avons pas une administration de développement. L’administration, ça ne va pas. Or, pour que les infrastructures, les projets réussissent, il faut d’abord avoir cette administration, des ressources humaines de qualité. Si nous ne l’avons pas, on va continuer comme ça et c’est ça le grand problème. Et donc moi, pour me résumer, je ne suis pas contre les hommes d’affaires, mais quand ils choisissent un créneau, qu’ils restent dans ce créneau. Entre nous, c’est ce qui serait souhaitable.

Depuis 40 ans que vous êtes amis, qu’est-ce que vous aimez spécialement chez le chef de l’Etat, Boni Yayi ?

Lui et moi sommes des amis de très longue date. C’est à travers cette amitié qu’il a trouvé sa femme. Donc quand les gens parlent, je leur dis qu’ils ne maitrisent rien. Boni Yayi était quelqu’un de très humble. C’est cette humilité qu’il tente à tout prix de prouver. Mais, à travers cette humilité, pour qu’il change de face c’est très rapide chez lui.

Il ne supporte pas la contradiction ?
Bon, comme les chefs, parfois il se dit « Kabiési »(Roi), il ne supporte pas toujours qu’on lui apporte trop la contradiction. C’est donc à vous de savoir comment gérer avec lui.

Il parait que dans ses plus grandes colères, vous êtes le seul à l’affronter ?

C’est vous qui le dites. Mais je sais qu’en tant qu’ami, quand les dossiers atteignent un certain niveau, il vient me voir pour m’écouter. Il est arrivé des fois qu’il m’ait appelé, puis  fâché, j’ai claqué  la porte. Mais le lendemain, à  6heures  du matin, c’est lui qui m’appelle pour me demander d’oublier ce qui s’est passé. Et moi j’aime cela.

Carte d’identité: Humble malgré tout

Marcel de Souza se définit d’abord comme un spécialiste de la monnaie et du crédit. C’est toute sa carrière  à la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) qui est ainsi déclinée. Mais l’homme estime aussi être un symbole de l’unité nationale. D’un père originaire de Ouidah et d’une mère native de Djougou, Marcel de Souza est né en 1953 à Pobè, ville  qu’il considère « effectivement » comme chez lui. Mieux encore, il a fait  l’essentiel de ses études à Cotonou. D’abord à l’école primaire   Gbégamey Sud (en face du Collège Notre Dame). CEP en 1965, BAC série C en 1973 au Collège Aupiais qu’il a fait  de la 6ème en Terminale. Ce fut ensuite l’Université de Dakar (aujourd’hui, Université Cheik Anta Diop). « C’était la seule université de l’Afrique de l’ouest francophone à l’époque», se rappelle-t-il. Sa  maitrise en gestion des  entreprises en poche, il passe le concours  de la BCEAO où il est recruté en 1978, comme un certain Boni Yayi ou  Christian Adovèlandé, actuel patron de la BOAD.  Lorsqu’on lui demande de raconter son parcours au sein de la Banque Centrale, il montre un brin modeste. « Avec de la chance, j’ai eu un parcours vraiment élogieux. Parce que déjà à 26 ans, j’étais chef de service où je gérais près de 60 personnes. C’était dans un guichet de la BCEAO à Parakou. Et j’avais très peur. Puisque c’est des postes que vous occupez à partir de 39 ans ». Chef de service administratif, chef de service de crédit, contrôleur, c’est-à-dire directeur financier, Marcel de Souza a occupé les postes les plus décisifs de cette grande institution avant d’en être directeur central au niveau du siège à Dakar  puis directeur de l’agence principale de Cotonou (pendant 4 ans). En tant que  directeur national de la BCEAO, il reconnait que les montants qu’il gérait étaient énormes. « Je gérais régulièrement 1000 à 1500 milliards de  FCFA. »  C’est au bout de ce parcours qu’apparait la politique, avec l’élection de son « ami de 38 ans », Boni Yayi. Car l’homme a appris à cultiver la modestie et l’humilité. « Et chaque fois que j’ai une promotion, se souvient-il, ma mère m’appelait et me disait ceci : « Saches que tu es au service des autres. Tu te mets à genou devant ton Dieu et devant les autres». Donc, il faut s’abaisser. Car, qui s’abaisse sera élevé et qui s’élève sera rabaissé. »  C’est certainement pourquoi, malgré la politique et ses péripéties, l’ancien cadre de la BCEAO reste solidement attaché à sa dignité. « Moi, ma dignité je ne la vends pas.  Des milliards contre ma dignité, je choisis ma dignité. Si vous n’êtes pas digne, vous avez tout perdu. C’est pour cela que moi je dis que je ne me vends pas ».

Intimité: Une et une seule  femme

Marié et père de six enfants, Marcel de Souza est déjà grand-père. Pour lui, il faut se contenter d’une seule femme si l’on veut vivre heureux. « Il faut décorer ceux qui ont quatre cinq femmes », avoue le banquier. A table, il préfère les mets béninois.  Sauce légume à la bonne pâte de maïs comme tout bon Béninois, et il est satisfait. En dehors des sucreries, l’homme préfère de l’eau minérale. « Je n’aime pas l’alcool et je ne fume jamais, » dit-il. Ancien  président de la fédération béninoise de natation, il     a aussi  fait du  basket au collège ainsi que  le judo Shotokan.

Déclaration de Agboessi Noumonvi Cloubou, « Sous l’Arbre à Palabres » de L’Evénement Précis: « L’objectif ultime du capsocalisme est un emploi pour chacun »

Kloubou AgbéossiAgboessi Noumonvi Cloubou est la 95e personnalité invitée ‘’Sous l’arbre à palabres’’ de l’Evénement Précis. Candidat à l’élection présidentielle de février 2016, il parle essentiellement du capsocalisme, ce nouveau concept qu’il veut développer au Bénin dès avril 2016 s’il est élu. A bâtons rompus avec les journalistes, Agboessi Noumonvi Cloubou définit le capsocalisme, le décrypte, décline le concept et la méthodologie de sa mise en œuvre sur tous les plans : politique, économique, social et culturel. Le militaire de formation, fonctionnaire international, dévoile ses idées pour une croissance forte et déplore le manque d’audace des Béninois après son diagnostic de la situation sociopolitique et économique du Bénin. Agboessi Noumonvi Cloubou éclaire sur les raisons de son entrée en politique et les motivations de sa candidature à la présidentielle de février prochain.

Et si on en parlait

Nous sommes dans la soif de vous connaitre, nous allons vous demander, qui êtes-vous ?
Chers collègues, chers compatriotes, bonsoir. Mais avant de me présenter, laissez-moi vous remercier. Je vous assure que c’est un réel plaisir puisque le Bénin, notre pays, va certainement décider de tourner une page dès la semaine qui s’annonce. C’est une semaine cruciale et je voudrais vous exprimer toute la gratitude du mouvement qui, spontanément, me soutient, en l’occurrence, Monsieur Césaire Amoussou grâce à qui j’ai pu avoir ce privilège de me retrouver face à vous. Mon nom, c’est Agboessi Noumonvi Cloubou. Je suis né à Sèhomi dans la commune de Bopa. J’ai fait mon primaire à Sèhomi, mon secondaire à Bopa, à Aplahoué et à Lokossa. Très tôt, l’agression du 16 janvier 1977 nous a permis de passer le concours et d’aller en Union soviétique et de faire partie des 51 officiers formés. C’était pour la direction de l’armée de l’air, la chasse. Après trois ans de séjour, on est revenu en 1980. Nous n’avons pas eu la chance d’acheter des avions de chasse mais avons été obligés de subir des transformations, c’est-à-dire, au lieu de devenir aviateur, on est devenu para pour les uns, fantassins pour les autres. Moi j’ai choisis de faire du parachutisme. J’étais allé aux Etats Unis pour faire le cours d’Infanterie de base en 1986. Je suis reparti en 1992 pour le cours avancé. En 1990, je suis reparti en France pour être chef des TAP (Troupes aéroportées). En 1997, je suis reparti aux Etats-Unis, cette fois, pour être instructeur de la langue anglaise au sein de l’armée. A mon retour en 1998, j’ai fait le cours d’Etat major au Bénin et en 1999, j’étais reparti aux Etats Unis pour faire le cours de deuxième niveau pour être instructeur de la langue anglaise. J’ai fait, entre temps, le centre Koffi Annan du Ghana, j’ai fait la Pologne, le Kenya, et puis, après 29 ans de carrière militaire d’officier, j’ai passé un test pour devenir fonctionnaire international aux Nations Unies. C’était en avril 2006 et j’ai dû quitter le Bénin. J’ai servi aux Comores en tant que conseiller des Nations Unies. Après les Comores, j’ai servi en Mauritanie. En septembre 2014, j’ai été affecté comme chef du centre de l’information et de la sécurité des Nations Unies. C’est une grande mission d’environ quinze mille personnes.

Et le siège se situe où ?
A Juba au Soudan du sud. Mais s’agissant de mon souci du bien-être social, je peux affirmer que depuis 1988, j’avais déjà commencé à mener quelques réflexions. Ce qui m’a poussé à écrire un premier livre. Je commandais le camp de Bembèrèkè. Je me disais, une attaque extérieure, avec notre capacité, ce que nous pouvons faire pour contenir un tel assaut. C’est en réponse à ce questionnement que j’ai écrit le livre et j’avais fait également quelques fiches à l’endroit de l’Etat-major pour qu’on réorganise l’armée. Cela n’a pas suffi. En 1994, j’ai voulu réellement écrire un livre sur le leadership. Au même moment, j’avais commencé par avoir des réflexions politiques. Pas en tant que tel, j’ai su le bien-être social. J’avais quelques collègues qui travaillaient avec Nicéphore Soglo, Amoussou Bruno, Kérékou et Boni Yayi. En 1995, j’avais partagé l’ébauche du projet de société que j’ai avec le président Nicéphore Dieudonné Soglo. En poursuivant ma réflexion et profitant de mes voyages et des observations faites dans différents pays, j’ai affiné ma compréhension et le tour de vice a été la publication du livre « La rupture » de notre compatriote que j’appelle le pionnier  factuel, Valentin Agon. A la publication de ce livre, j’ai jugé bon qu’il ne serait pas normal de faire une rupture. La rupture est une révolution qui ne devait pas nous aider. Cependant j’avais concédé qu’on devait faire des ruptures sectorielles et faire un greffage, d’où le titre du livre « L’émergence de l’Afrique, le greffage qui s’impose ».

Quel est le diagnostic que vous faites de la situation sociopolitique et économique du Bénin ?
Laissez-moi vous dire très clairement qu’en dépit de l’effort fait par nos différents dirigeants, je crois que nous n’avons pas osé pousser, nous n’avons pas osé nous valoriser nous-mêmes, nous n’avons pas osé nous rendre utiles, nous n’avons pas osé prendre en charge notre identité individuelle. Est-ce que nous sommes des êtres humains ? Ce que nous représentons, nous n’avons pas osé le dire face aux autres, lever la tête et dire nous comptons aussi dans le monde. Ce diagnostic est général. Il part depuis l’accession de notre pays à l’indépendance où nous avons servi le colonisateur. Après, c’est devenu des néo-colonisateurs. On a fait la conférence, mais malheureusement, quand vous observez tous les domaines d’activité, social, politique, économique, environnement, vous comprenez que nous ne savons réellement pas ce que nous voulons ou nous ne savons pas que nous pouvons être utiles et que nous pouvons faire quelque chose, nous-mêmes.

Vous pensez que le Béninois croit qu’il n’a pas une place importante dans le monde ?
On ne sait pas, surtout les pays francophones. Pour nous, tout ce qui vient de l’extérieur est la meilleure matière. C’est le produit fabriqué à l’extérieur qui compte. Du coup, au lieu de travailler pour son peuple, pour se valoriser, nous travaillons pour valoriser les autres. Le diagnostic est un peu amer. Prenons l’éducation. L’éducation, c’est la tête d’un homme. Dans l’éducation, nous avons les vacataires et les volontaires. Qu’est-ce qui nous empêche de professionnaliser l’éducation ?  Je vois également notre administration, c’est le ventre. Nous ne travaillons pas bien, nous ne produisons rien. Dans ces conditions, nous ne pouvons pas espérer de meilleures conditions sociales. Nous avons parlé du Minimum social commun mais sans vraiment viser le Meilleur social commun et c’est ce qu’il faut. En se projetant un peu plus haut, en ayant une imagination vive de l’avenir, on peut mener des actions hardies. Sans cela, il n’y a rien. Prenez d’autres exemples terre à terre : le centre culturel français. Heureusement que la France est là. A part ces centres culturels français et américain, il n’y a plus rien pour nous-mêmes.  Ce sont eux qui choisissent les livres que nous allons étudier. Il faut que ça cesse. Nous sommes capables d’avoir des centres culturels dans chaque commune. On peut le faire. Prenons un autre cas qui est le football. Je ne sais pas si demain on peut aller en finale d’une coupe. Oui, on peut. C’est une question d’organisation, une question de honte, d’amour, de décision, d’engagement pour ce peuple. Tant qu’on ne l’aura pas, on aura beau crier, on n’aura pas de bons résultats. Prenons l’exemple de l’assainissement. Prenez Dantokpa. On a la chance d’avoir le plus grand marché de l’Afrique de l’Ouest et on est incapable de faire un complexe moderne digne de nom, avec des immondices  partout. Allez dans nos quartiers, il y a des ordures partout. Nous pensons nous-mêmes que nous sommes encore bas, qu’on ne mérite pas ceci ou cela. Est-ce que c’est important ? Si oui, on peut. Comment peut-on encore accepter que des gens meurent encore du paludisme au Bénin alors qu’il suffit de travailler, de nous organiser. Je vais faire le tour. L’alphabétisation, nous avons presque 80% de nos compatriotes qui ne peuvent ni lire, ni écrire et on ne fait rien, on en parle tous les jours. Ce n’est pas possible. Le travail ou l’emploi ? Le travail parce que nous avons oublié d’identifier les niches de travail et voir des méthodes à mettre en œuvre pour en faire des incubateurs d’emplois. C’est-à-dire, regardez un peu nos fleuves où tous ces cours d’eau qui sont ensablés. On ne fait rien pour les draguer, or le dragage est déjà fait sous nos yeux. On a des ingénieurs, des experts dans tous les domaines. On ne peut pas copier et faire le dragage nous-mêmes ? Il faut que les autres viennent faire le dragage pour nous, ce qui n’est pas normal. Je parle encore des niches du travail. Prenons l’assainissement,  c’est pareil et on peut s’organiser. Prenons la sécurité, on peut faire ce que nous voulons avec. Prenons la production de la tomate, on préfère que cela vienne du Burkina Faso. Prenons l’ananas, le coton qui est la seule filière, ça ne suffit pas. C’est pourquoi c’est gangrené. Prenons nous-mêmes, le « afitin », nous préférons aller acheter le Dijon dans une boutique plutôt que d’améliorer notre afitin. Aujourd’hui, le diagnostic est difficile à établir et vous savez pourquoi ? En 1989, nous pensions qu’il fallait couper la tête du serpent. Mais, aujourd’hui, il faut couper la tête à tous les Béninois parce qu’on est tous dedans, on est complice, comptable, coupable. On a laissé aller et de jour en jour, ça devient de plus en plus compliqué. C’est comme Boko Haram. Au départ, on aurait pu éviter le problème, on a laissé tomber et c’est fini. Regardez l’énergie électrique. Nous avons des cadres. C’est pourquoi le livre que j’ai écrit s’adresse expressément aux cadres, à nos compatriotes. L’idée que j’avais depuis 1994, ce n’est pas parce que je fais comme les autres mais c’est parce que je suis un observateur, j’ai servi au Bénin. Les gens pensent que le facteur déstabilisateur au Bénin est la corruption ou le non respect des lois. Non, c’est faux. C’est le détournement.

C’est la corruption
Non, ce n’est pas la corruption. Voyons la corruption sous trois angles. Dans un premier temps, je te demande une faveur verbale et après satisfaction, je mets la main dans la poche. C’est devenu, après, un conflit d’attribution entre parents, un lobby, un groupe. Si un projet coûte 100.000 FCFA, on coupe 20.000 de ces 100.000 qu’on va donner à quelqu’un pour lui demander de rendre le service. Dès que nous avons coupé comme ça, le projet n’existe plus, il est mort. Allez à la maternité, au cimetière, dans nos villages, les parents ne connaissent pas la corruption. On détourne tout et c’est ce qui tue le pays.

Vous n’êtes de ceux qui pensent que c’est Yayi qui a aggravé la situation et c’est l’échec de son régime qui a fait péricliter le pays.
Ce qu’il est important de savoir, c’est que le président de la République vient avec une vision et il faut des hommes pour animer cela. Depuis quelques années, on est incapable de nous dire les vrais résultats de toutes les élections. Si c’est comme ça, vous voulez et attendez quoi ? Allez demander aux institutions, on ne peut pas dire les vrais résultats issus de toutes les élections. Est-ce que c’est comme ça ailleurs ? Je ne sais pas, mais moi je m’interroge. Du coup, on dit que c’est Nicéphore Soglo, c’est Kérékou, c’est Yayi. Ils viennent et partent. Le peuple et les cadres sont là. Combien de fois avons-nous entendu dire les cadres « ça va ». Il y a des inégalités qui peuvent créer des frustrations. Je suis d’accord que de temps en temps, sous Soglo, c’était pareil, sous Kérékou et sous Yayi Boni, c’est pareil. Ça n’a pas changé. Si ce ne sont pas des lobbies, ce sont des réseaux. Si vous n’êtes pas de ce réseau, ou de cette région, vous n’avez rien. On ne peut pas continuer à condamner les présidents. Il faut que nous puissions mettre la responsabilité individuelle en avant. Comme ça, on peut prendre des décisions qui nous incombent. S’il faut croire toujours que c’est l’autre le bouc émissaire, si on continue comme ça, on va se retrouver quand ? Qui sont ceux qui ont dit non à l’envahisseur à Abomey ? On va dire que c’est Béhanzin ; mais en réalité, ce sont les amazones. C’est pour cela que le contexte qui prévaut aujourd’hui impose ce qui fait la dignité de l’homme. Pourquoi on est devenu aujourd’hui des hommes sans dignité ? Comment perdons-nous la dignité. Il y a deux sortes de dignité. La première, c’est le travail et la seconde, c’est le toit. Celui qui n’a pas un travail n’est pas un homme. S’il n’a pas un toit au Bénin, il n’est pas Béninois. Le problème de l’emploi doit rester une priorité pour les familles et les gouvernants. Tant que nous n’allons pas régler ce problème, on aura des difficultés. Qui dit emploi, dit production et la production appelle à une meilleure condition de vie. Si on n’a pas ça, on va toujours souffrir du mal dont on souffre. D’ailleurs, nous avons proposé une conférence de réconciliation et de pardon économique. L’objectif serait un engagement national pour la bonne gestion des ressources. L’autre fléau est la méchanceté. Cela date de très longtemps. Au cours de cette conférence, les sages trouveront les moyens pour solutionner cela.

Insuffisances qui empêchent la mise en œuvre de la démocratie béninoise pour que certains parlent d’échec aujourd’hui
La première faille à mon avis repose sur les institutions qui ne jouent pas leurs rôles. Je m’explique. Pourquoi je parle de vision ? La vision doit s’appuyer sur le développement, c’est-à-dire, le meilleur être. Il s’impose donc une dynamique de croissance sans quoi, on parlera de carton vide. La société civile, dans une certaine mesure, a fait son travail mais pas au complet. Le grand problème que vivent les Africains repose sur le manque d’emploi. Celui qui ne travaille pas et ne mange pas n’a pas de conscience. Donc, si on doit classer, je parlerai des institutions, la société civile et le manque de travail. Il y a des facteurs comme l’alphabétisation.

Le concept de Capsocalisme
La rupture du patriote Valentin Agon dont j’ai parlé tout à l’heure à côté du  greffage qui s’impose est juste une option d’introduction, d’application technique et technologique dans notre vie. Donc, est-ce que l’on peut transformer le « Ablo »  (pâte sucrée faite à base de farine de riz)  et autres aliments locaux ? Quand je faisais le point, je me disais qu’il y avait quelque chose. Vous vous rendez compte que la première menace en Afrique et au Bénin, en particulier, ce sont les jeunes et femmes sans emploi. Donc, cela devient une bombe à retardement. Même si l’on dit qu’on va donner de l’argent à tous les diplômés sans emploi, je crois que cela ne va pas résoudre le problème. On va leur payer cela pendant combien de temps. Il faut mettre le pays au travail. Il faut mobiliser le peuple dans l’action. Alors, face aux deux systèmes dans le monde, les systèmes économique ou financier, le capitalisme ou le socialisme. Il faut comprendre que ces deux sont aujourd’hui en perte de vitesse. Le socialisme a pratiquement disparu et le capitalisme, je doute. Dans ces conditions, juxtaposons les deux. Le capitalisme pour soutenir le social et utiliser le social pour apprendre à produire le capital d’où le capsocalisme. C’est un nouveau concept que nous allons développer au Bénin dès avril 2016. Puisque l’objectif ultime du capsocalisme est un emploi pour chacun. On fera en sorte à soutenir les actions des chefs quartiers ou chefs de village, on pourrait créer des coopératives qui sont enregistrées au tribunal avec la biométrie. Du coup, quand ces coopératives seront formées, les confrères qui sont obligés de faire du frelaté, conduire le taxi-moto, vont se retrouver pour choisir une filière agricole ou l’élevage. On va les organiser de sorte que les opérateurs économiques auront la part du lion dans cette affaire de la manière suivante. Si c’est bien organisé, il y aura des incubateurs soit pour les alevins, les poussins, les dindonneaux et autres. Et il faut bien des gens pour le faire. Il faut des gens pour les installations, fabriquer la provende, les engrais, la distribution. Il faut également des gens pour aller collecter les produits, les conditionner et d’autres pour la commercialisation.   Donc, les opérateurs économiques seront impliqués de même que les banques. C’est pourquoi je parle de biométrie. Ceci afin que quelqu’un n’aille pas frauder. On fera en sorte que les choses soient faites par commune. En cherchant à trouver de l’emploi pour chacun, j’avais pensé que la décentralisation jusqu’à la base ne suffit pas et que la coopération ne suffira pas. Donc, il faut aller chercher ailleurs des centres de recherches. Nous en créerons pour que les jeunes aillent s’exercer. Nous avons déjà la chance d’avoir le projet Songhaï, l’université d’agriculture de Kétou, les facultés spécialisées. Le plus important serait, au bout du compte, d’avoir des Béninois prêts à créer de petites machines pour transformer, déterrer, éplucher les produits agricoles. Ceci nous permettra, au bout du compte, d’avoir plusieurs filières à part le coton. On peut en avoir une dizaine. Comme cela, les salaires vont s’améliorer. C’est inadmissible que quelqu’un aille à la retraite et perçoivent moins que le Smig comme pension. Il faut qu’on arrête cela.

Déclinaison du concept au plan politique
Le capsocalisme et le greffage  sont des philosophies de renforcement de capacités. Leur déclinaison reste comment dynamiser la croissance et assurer le développement du pays. Ce n’est pas en tant que politique seulement. Ça doit être une option du Gouvernement de dire qu’il veut créer trente  filières au Bénin. Je veux organiser et avoir un certain nombre  de filières tout en permettant aux banques, opérateurs économiques et à l’Etat de former des individus et de leur permettre de produire du capital. Dans cette dynamique, elle peut prendre un sens politique. Le Gouvernement à mettre en place en 2016 devrait structurer cela et en faire des filières pour que celui qui crée sa société s’en serve pour promouvoir telle ou telle filière. Ce ne serait pas dans le vide. Donc, il faudrait que le travail individuel que nous faisons permette de soutenir cette vision globale de faire du Bénin un pays producteur de piment, d’ananas, de concombre, de poissons ou autres choses qu’on voudra. Donc, c’est comme cela que moi je vois que cela est faisable.

Déclinaison du concept au plan socioculturel
Nous n’allons pas formater le Béninois. C’est la rupture. Si on efface tout, on ne pourra plus reformer. Alors, le capsocalisme permettra de rendre les communes autonomes. Les communes qui ont une faible consommation d’énergie électrique devraient être déconnectées du réseau national. En remplacement, on leur met en place des centrales. En principe, en un mois, on a résolu le problème du délestage. Je le crois bien. Les travaux sont au laboratoire. Chaque commune devrait avoir sa piste d’atterrissage, son hôpital de référence, son centre culturel. En principe, le capsocalisme devrait permettre à chaque établissement scolaire d’avoir sa bibliothèque moderne. Si on ne le fait pas de la sorte, on risque beaucoup pour la jeune génération. Les petits ont déjà perdu l’habitude de lire, donc il faut leur faire une immersion en mettant à leur disposition autant de matériels didactiques et de recherches. Toujours dans le cadre du volet socio-économique, chaque commune devrait établir ses sites touristiques. Car, cela devrait se faire par  commune. Oui, toutes les communes ont leurs  potentialités. Chaque commune  devrait établir ses sites touristiques.  Chaque commune devrait s’interroger sur sa population d’ici 2030. Puisque nous devons aussi circuler sur les voies, il faut penser aux prévisions à faire. C’est aussi au capsocalisme de voir le meilleur social commun. Sur le plan économique, disais-je, c’est déjà cette volonté de voir et de créer des plateformes de réflexion, de recherche ou de loisirs. Dès que ces plateformes sont créées, le peuple peut circuler librement. C’est en s’amusant que les gens ont créé tout ce que nous utilisons aujourd’hui. C’est en s’amusant que quelqu’un a créé la lumière, un moteur et autres. Malheureusement, nous nous ne sommes pas dans cette dynamique. Au Bénin, il y a un compatriote qui a créé une radio qui a été fermée. C’est une aberration.    Nous devons faire le premier pas afin d’avancer. Si on ne le fait pas, comment allons-nous avancer ? Il va falloir également penser à la valorisation de nos savoir-faire endogènes. C’est ce que le greffage prône. Je voulais parler des techniques de l’information et de la communication de l’Afrique noire traditionnelle et le déterminisme ambiant de les utiliser la nuit,  de façon déguisée, illégale-même. Nous les utilisions, ces techniques de l’information et de la communication, du monde invisible et visible, et nous nous évitons de le dire. Mais, le tapis volant, le système est utilisé dans les villages. Nous refusons de croire que l’armée peut développer sa politique de défense sur la base d’une pratique de défense locale. Puisque nos parents se défendaient dans une certaine mesure avec les moyens et ces moyens ont toujours marché. C’est parce que, souvent, il y a eu la trahison, il y a eu le manque de solidarité. C’est ça qu’il faut d’ailleurs, pour ICC. Il faut une solidarité nationale pour que tous ceux qui ont été spoliés soient remboursés. Peu importe le pourcentage. Il faut que l’intelligence s’asseye et qu’on voie comment payer. Parce que c’est un nouveau scandale si on se tait là-dessus, parce que l’administration l’a endossé et il faut continuer, il faut payer. Absolument.

Quelle sera la méthodologie de la mise en œuvre de ce concept ?
Nous avons pensé que la première année, il s’agirait de l’aménagement priorisé. Voyons un peu nos départements, voyons là où il y a un peu de faiblesse. On n’a pas d’eau. Il faut courir pour leur donner de l’eau. Là où les routes ne marchent pas, il faut que l’armée coure pour rétablir la situation. C’est ça l’aménagement priorisé. Comment peut-on autoriser que tous les ans, il y ait inondation à Cotonou ? C’est inadmissible. On veut servir ou on veut se servir ? Ça, c’est parmi les aménagements priorisés la première année. La deuxième année, nous parlerons de l’année de recherche. Nous allons commencer par mettre en place des mécanismes, des plates-formes pour la recherche, pour mettre en place des coopératives, le recensement des jeunes. C’est ce que nous allons faire au cours de la deuxième année. En principe, dans ma compréhension, dans ma vision, nous pouvons mieux faire.  Nous avons des terres noires, nous avons des rochers, nous n’en faisons rien. Nous n’avons jamais cherché ce que nous pouvons faire avec ces terres noires. Moi je dis que nous devons tout faire pour trouver du matériau solide, nous-mêmes. Ainsi nous allons commencer la construction nationale dès la troisième année. Les autres ont observé la nature. Ils ont travaillé la nature. En Afrique, nous aimons travailler la nature. Nous devons chercher à savoir comment ça ce passe. Nous sommes des êtres humains, nous pouvons faire des découvertes, nous pouvons faire des innovations. Nous pouvons nous rendre utiles, pourvu qu’on prenne une décision, qu’on prenne un engagement. Troisième année, construction nationale. En principe, l’essor de l’économie nationale doit commencer à partir de la quatrième année. Et en fin d’année, on devrait déjà dire ‘’je suis fier d’être Béninois’’. Comment pouvez-vous accepter que des gens vivent au nord sans connaître la mer, et que des gens vivent au sud sans connaître les milieux naturels ? De toutes les façons, il importe, pour nous, dans ce tournant-là, de regarder à nos pieds et de voir ce que nous pouvons faire pour nous-mêmes. Si on doit tout attendre des autres, même si les autres, les OMD, les autres établissent les priorités, nous devons les incorporer dans nos propres systèmes. Et c’est pour cela que, s’agissant des stratégies, nous avons retenu neuf objectifs. Le premier objectif est d’abord le travail, c’est-à-dire, la première dignité humaine. Le deuxième, c’est la faim. Il faut que les gens aient à manger, parce que si le ventre est plein, il peut insuffler l’espérance au cerveau. Le troisième objectif  c’est le mental. Comment nous pouvons améliorer le mental des Béninois, et j’en viens à une question que vous avez posé tout à l’heure : la confiance. Parce qu’au Bénin, plus personne ne fait confiance à personne, même à la maison. C’est pour cela que nous devons insister sur les coopératives, pour rétablir la confiance à la base. On doit l’imposer. Si deux mécaniciens veulent faire une coopération avec un soudeur, un tôlier ou un peintre, ce genre de coopérative avec un garage digne de ce nom, les gens seront obligés d’aller au tribunal signer. Ce n’est plus comme avant. Avant, vous vous organisiez, comme vous voulez. Maintenant ce n’est pas ça parce que la banque qui vous passe son argent ne veut pas le faire sans garantie  et l’Etat doit se porter garant, en insistant, en faisant en sorte que tous ceux qui sont enregistrés le soient légalement pour qu’on puisse assurer la traçabilité et le suivi. Après, nous devons parler de l’environnement, de la sécurité, de l’industrialisation et également de la fierté nationale. Ce sont les neuf objectifs que nous avons prévus dans notre projet de société.  Cela devrait nous permettre, couplé avec les stratégies et la plus grande stratégie, pour le triangle de gestion de la vie publique, en insistant sur ce qui émerge du collectif. Ce qui émerge du collectif, quand nous parlons de coopérative, le système devrait être fait de telle manière que les productions soient raisonnables. Nous n’allons pas produire partout. Si nous produisons les mêmes choses partout, nous n’allons pas pouvoir bien organiser l’industrialisation. Si c’est au sud qu’il faut produire l’ananas, qu’on mette l’accent sur l’ananas, la région où c’est l’arachide, c’est l’arachide, la région du piment, c’est le piment. Comme cela, ça nous permettra de voir comment développer et assurer un bon suivi et une bonne industrialisation. Je parlais de ce qui émerge du collectif, c’est-à-dire, que chaque région devrait exprimer ses besoins en matière de développement et l’Etat accompagne, avec en toile de fond, les institutions qui sont en réalité là pour légaliser les ressources à mettre à la disposition des populations. Donc, le triangle des acteurs, le Gouvernement, les élus locaux et les institutions, c’est ceux-là qui feront que les choix ou les besoins réels des populations dans leurs contrées servent d’étalonnage et permettent aux populations de s’impliquer dans les décisions qu’elles auraient prises, elles-mêmes. C’est ce qui est important dans ce qui émerge du collectif.

Pouvez-vous nous expliquer le greffage dont vous parliez tantôt ?
La mangue greffée, nous la voulons un peu plus grosse, un peu plus succulente. Est-ce que nous voulons continuer de labourer avec la houe ? Les Blancs n’ont pas tout inventé. Nous aussi, on peut créer. Qu’est-ce qui nous empêche de trouver une technique pour que ‘’ablo’’ soit produit industriellement ? Vous l’acheter, le mettez dans de l’eau chaude, ça gonfle et vous mangez. On pourra vendre. Le greffage, c’est par exemple, dans certaines régions, nos parents peuvent quitter  un endroit pour un autre en une seconde ou en cinq minutes. Est-ce que c’est possible de quantifier, d’orienter et  de développer ? Quantifier, c’est-à-dire, développer la logique qui permet de déterminer que les effets ou les variables  liées à cet événement-là peuvent être ? Est-ce que ces variables-là, on peut les garantir sans ambiguïté ? Est-ce qu’on peut démontrer que A+B ou A-C donne E ? Peu importe. Donc, quel que soit l’endroit où nous appliquons A-C, on aura E. Donc, quel que soit l’endroit où nous appliquons A-C, on aura E. Pourquoi ne pas compléter le tarmac ? Je ne dis pas que ce sera fait exactement comme ça, mais en ayant l’esprit de valoriser ce que nous avons, de le quantifier, on peut y arriver. Donc, le tarmac est là et dès qu’il y a un séisme, une catastrophe, le Bénin dit ‘’dans une heure, j’envoie les premiers humanitaires’’. C’est possible, c’est une question de travail.

Donc, le greffage, c’est la valorisation des techniques traditionnelles
Absolument ! C’est l’introduction des applications techniques et technologiques dans nos vies, dans notre savoir-faire.

C’est quoi le meilleur social commun ?
On doit vivre. Est-ce que ce n’est pas minable que tout le monde soit obligé de détourner ? Le salaire est minable tout le temps, tous les jours. Tout le monde se plaint.

L e minimum social  commun de Tévoédjrè
Ça fait un moment qu’il a prôné cela. Il faut qu’on vise haut. Si on ne vise pas haut, comment peut-on travailler ?

Votre séjour soviétique  vous a transformé, visiblement  
C’était dans les années 70-80, ça fait longtemps. Je peux croire que la transformation est née aux Etats-Unis. Avant d’aller en Union soviétique, j’avais toujours 0,5 en français, en dissertation. C’est en 4e que j’ai appris à rédiger et j’ai commencé par avoir 8. Je n’ai jamais dépassé 8  jusqu’en terminale. Mais en Unions soviétique, il y a une surprise, il y a un événement qui s’est produit. Nous étions arrivés là-bas avec un peu de retard et l’alphabet russe est un peu compliqué. On est allés au premier cours et le lendemain j’ai restitué l’alphabet russe d’un trait, alors que des étudiants qui étaient là depuis trois mois n’avaient pas pu le faire. Tollé dans l’établissement. Deux ou trois jours après, beaucoup d’autres Béninois ont suivi et les Béninois ont pris le dessus. C’est alors que ma professeur m’a donné un carnet que j’ai encore, ‘’toutes les belles expressions, il faut les écrire dedans’’. C’est là que j’ai commencé à écrire, à prendre note. Peut-être que c’est l’Union soviétique qui m’a transformé sur ce plan. C’est le secret de la vie. Tant que vous prenez note, l’avenir est radieux.  Parce que les idées ou les faits anodins passent vite, surtout quand ils sont porteurs de bonheur.  Ils passent vite et disparaissent.

Selon vous, comment faut-il faire pour accéder à une croissance forte ?
Puisque nous sommes partis de la CEDEAO, de l’UEMOA, c’est là qu’il faut trouver la réponse. C’est un genre de panafricanisme, c’est-à-dire que les grandes recherches peuvent se faire. Nos chefs d’États doivent un jour se dépasser et chercher à servir leurs peuples. C’est l’engouement de servir, de porter le bonheur, de porter leur pays sur l’autel de la prospérité ; c’est ça qu’il faut pour nos chefs d’Etats. Si nous produisons du coton, pourquoi nos armées doivent s’habiller de tissu produit ailleurs ? C’est à nous d’instituer. L’engrais est acheté ailleurs, la provende ailleurs, les grandes écoles, c’est ailleurs. Si vraiment nous voulons évoluer, parce que le grand problème, c’est celui des moyens, mais c’est également un problème de décision. Puisque chaque pays a toujours les moyens et pour le faire, il y a un autre outil, la communication. Que le peuple comprenne. Quand on ne communique pas, nous détournons également l’attention. Dire la vérité, bien communiquer. Quand la communication est bien, c’est comme le sang qui circule. Les grands pays le savent. On est quartier latin, ce n’est pas pour la forme. Le Nigéria est là. J’avais dit la dernière fois qu’au besoin, il faut nommer un ministre chargé des affaires avec le Nigéria pour être sûr que nous avons un bon système de commerce avec le Nigéria. Il y a des petits pays qui sont riches. C’est une question de route, d’amour et de service. J’avais exigé au départ que le détournement sous toutes ses formes, le sectarisme politique et religieux à outrance cessent. Il faut que tout cela cesse. Et c’est pour cela que nous proposons la conférence du pardon. Il fut un moment, les policiers étaient très exigeants au sujet du port du casque. Et puis, j’arrive au pays en mars et je constate un relâchement. J’interroge et on me répond que c’est à cause des élections. Qu’est-ce que les élections ont à voir avec le port de casque ? Mais, il n’y a aucun lien. Est-ce que nos compatriotes comprennent que le port du casque, c’est pour la prévention des cas de mortalité en cas de choc impliquant un motocycliste ? Est-ce qu’on a communiqué sur cet aspect ? Mais, on détourne leur conscience en leur faisant croire que le Gouvernement pense à eux. Non et non. Et ce sont nos collègues cadres qui font cela. Ces genres de détournement sont présents partout dans tous les domaines, dans tous les faits au quotidien. Alors, moi je vois sans être trop long, deux décisions, un engagement de l’intelligence et du courage.

Est-ce que, selon vous, il faut changer le système éducatif ?
Pourquoi pas ?

Que faut-il changer fondamentalement ?
La première chose, selon moi, c’est qu’il faut rendre l’éducation aux enseignants. L’enseignement, c’est des trucs techniques. On ne peut pas avoir enseignement primaire, enseignement secondaire et autre… Non, c’est l’éducation tout court. On peut avoir des directeurs. Rendons l’éducation  aux enseignants parce qu’il faut stabiliser ce milieu. Il faut que ce soient les enseignants eux-mêmes qui organisent leur carrière. Aussi, faut-il créer des bibliothèques dans chaque établissement. Faire en sorte qu’il y ait de nouveaux internats (4) qui vont appuyer les deux qui existent déjà (Bembèrèkè et Natitingou). A côté de tout cela, il faut qu’on mette l’accent sur la formation des enseignants en professionnalisant l’enseignement, c’est-à-dire, amener les vacataires et les volontaires à intégrer la fonction complètement. C’est quoi un vacataire ou un volontaire ? L’enseignement ne peut plus continuer en misant sur cette catégorie d’éducateurs.

A vous entendre, les vacataires et les volontaires n’ont pas leurs places dans l’enseignement ?
Ils peuvent avoir leurs places. Mais, il faut les professionnaliser. S’ils doivent faire carrière dans le domaine, nous devons les former et les recruter comme agents permanents de l’Etat (APE). Parce que quand nous n’allons pas faire comme cela, et que nous allons continuer avec ce qui se fait actuellement, d’ici à 5 ans, ce sera terminé. L’Etat ne pourra plus rien pour eux. Ce qui sera grave. Moi, je crois qu’il faut faire de ces enseignants vacataires et volontaires des professionnels. Comme cela, avec la gestion des carrières des enseignants par des enseignants, le budget géré par eux-mêmes, le secteur de l’éducation peut connaitre un mieux-être. Aussi, y a-t-il des inégalités qu’il faut éviter. En principe, un enseignant qui travaille à Banikoara ou Sinendé, bref dans une région difficile doit, à grade égal avec son confrère de Cotonou, gagner plus que ce dernier à cause des primes. Si ce n’est pas le cas, on a perdu. Parce qu’il faut motiver les enseignants. Donc, ceux qui sont dans des régions reculées doivent gagner plus que ceux qui sont dans les villes de manière à ce que nous puissions avoir de bons enseignants. C’est ce que les grandes nations font. Et ça leur marche. Je crois qu’en faisant ainsi, nous pouvons redorer le blason de l’enseignement. Nous pouvons redonner confiance aux enseignants et nous pourrons permettre au système éducatif de nous former des élites.

Quand on observe bien l’un des rouleaux d’étranglement, c’est l’administration publique. Que faut-il faire pour la redynamiser ?
L’administration est pour un Etat ce qu’est le ventre pour le corps humain. J’ai parlé tout à l’heure du détournement. A côté de cela, il y a le sectarisme, ce qui fait qu’on n’a pas à la place qu’il faut la personne qu’il faut. C’est un facteur suffisant pour qu’on organise la conférence de réconciliation et de pardon. A la suite de çà, il faut maintenant former, parce que c’est un triangle. Si le triangle n’est pas bien rempli, que nos gens ne sont pas professionnels, ne sont pas loyaux et n’ont pas les outils pour le travail comme vous êtes ici, il n’y a rien et c’est perdu.  Le plus important, c’est d’abord le travail qu’on aura créé pour tout l’ensemble parce que, la plupart sont troublés quand ils viennent au boulot.

Que mettez-vous dans le « sectarisme » ?
C’est la politisation à outrance. Si vous n’êtes pas de tel bord, on ne vous confie rien, vous ne pouvez pas avoir de la place. Cela n’encourage pas l’élitisme.

Que dites-vous donc de la politique des quotas qui sont attribués aux régions lors des concours ? Ne pensez-vous pas que cela participe de l’équilibre régional ?
En réalité, c’est ce qu’il faut. Mais, en toute chose, il faut créer des normes. Il faut établir des règles. Pour l’élection présidentielle, on a dit qu’il faut avoir entre 40 ans et 70 ans. C’est clair. Maintenant, il y a des concours, nous disons il faut avoir au moins 12 de moyenne. Si quelqu’un n’a pas la moyenne, il ne peut pas réussir. Parce que si on crée les bases et que le quota est établi, celui qui est à Tanguiéta et qui a 11. Comment on va faire ? Le problème devient compliqué à partir du moment où les hautes fonctions sont occupées par des compatriotes venant de certaines régions. Comment vous ferez pour gérer demain cette frustration, cette inégalité  qui est créée. Tantôt, j’avais parlé de l’aménagement priorisé. Est-ce que tous les bons enseignants sont aussi au nord ? Ou bien tout le monde est à Cotonou ou à Parakou. Est-ce que, à Sinendé aussi c’est possible ? Alors, nous pensons que le quota doit être appliqué avec discernement. Les magistrats, ce que nous disons, à un certain niveau, on a besoin d’une certaine capacité, d’une certaine expertise. Ce qui fait qu’il faut négocier, qu’il faut discuter. Est-ce que nous allons établir des normes, des plafonds ? Si oui, on les établit. Et nous nous entendons sur les bases. Quelqu’un me demandait si tous les premiers au BAC et au BEPC sont toujours des villes ? C’est non. J’ai demandé qu’on me fasse les statistiques et le résultat est non. Ce n’est pas toujours le cas. Alors, qu’est-ce qui se passe ?  Donc, si on doit s’assurer que tous les départements sont représentés, il faut créer un format dans lequel on doit pouvoir évoluer. Et cela crée un autre problème parce que c’est l’organisation même de ces examens qui pose problème.

Beaucoup estiment aujourd’hui que pour gagner les élections, il faut  frauder. Qu’en pensez-vous ?
Je l’ai dit tantôt qu’il n’y a actuellement  aucune structure au Bénin qui peut nous donner les résultats des élections organisées chez nous surtout depuis la démocratie. Pour ce que nous savons, toutes les élections ont été truquées. C’est ce que nous avons appris et c’est pour cela que nous luttons pour que la décentralisation continue, étalée  jusqu’à la base de manière que la LEPI, les appareils qu’ils ont aillent au moins jusqu’à la mairie. C’est pourquoi nous demandons qu’il faut rétablir la confiance de la base et que, comme dans les grands pays, les départements donnent les résultats. Pourquoi doit-on attendre de rassembler tous les bulletins à Cotonou ? Si le truc est fait au niveau des communes on aura limité un peu la fraude. C’est  de petites astuces qui peuvent nous permettre de limiter la fraude parce que  le maire sait  que s’ils changent le numéro de tel village, les villageois ne vont pas accepter.

La machine électorale qui est mise en place est faite que pour que la fraude n’ait pas lieu mais, lors des dernières élections législatives et communales, beaucoup d’acteurs estiment qu’il y a toujours de la fraude. Est-ce que vous pensez que cela va continuer en 2016 ?
Laissez-moi vous dire une chose avant de répondre à cette question. Je disais tantôt qu’en 1989, on devait couper la tête d’un serpent. Mais en 2016, il faut couper la tête de tous les Béninois. Ce qui fait que personne ne fait confiance à son prochain. Et ma foi, je crois qu’une fois au regard de l’enjeu, au regard des facteurs en jeu et de la mobilisation des jeunes surtout, les dégâts seront limités. Vous ne pouvez pas l’empêcher à 100%. Les dégâts seront minimisés.  Puisque les jeunes, la société civile, cette fois-ci, sont beaucoup plus mobilisés.

En réalité, qu’est-ce qui vous a motivé à aller dans la politique ?
Laissez-moi préciser  deux ou trois choses. Le premier fait,  est qu’en 1994, j’avais déjà décrit la dynamique politique qui ferait la clé, l’outil principal de l’élection en 1996. Donc, ça veut dire que j’avais déjà un regard assez particulier sur la vie sociale, sur les faits de société. En 1995, j’avais effectivement fait l’ébauche de projet avec le président Nicéphore Soglo. J’avais écrit le manuscrit. Laissez-moi dire quelque chose que j’aimerais partager. En 2009, j’avais écrit aux Etats-Unis que nous allons vivre la troisième guerre mondiale inter-Etat. Et je me posais la question si l’amour et la patrie peuvent prévenir cela. Donc, j’ai écrit ce livre en 2009. J’avais déjà les grandes lignes que j’avais envoyées à l’Institut de paix aux Etats Unis. En ce moment, je venais d’arriver aux Comores où j’avais quelques soucis sérieux de gestion du personnel des Nations Unies aux Comores. J’avais répondu que je n’avais plus le temps. J’avais déjà fait les grandes lignes des deux bouquins qu’il faut écrire. Nous étions là quand les Nations Unies m’ont appelé au sujet du printemps arabe. En 2010, j’étais prêt à quitter les Comores pour la Mauritanie. Je n’ai pas pu. Mais, entre temps, je suis allé dans la politique, j’ai essayé d’écrire les livres mais je n’ai pas pu. Entre temps, je m’intéressais à la communication au point où j’ai été fait, un jour, une communication à un leader politique au Bénin sur la mobilisation politique. Avec le déclic donné par Agon, la rupture et le greffage, le capsocalisme. Je me suis demandé ce qu’il faut faire. Mais avant, j’étais allé voir Houédonou Boniface. Il était le préfet de l’Atlantique, qu’il fallait prendre obligatoirement une décision pour Dantokpa. J’avais écrit l’ébauche à Soglo mais il ne l’avait pas utilisée. En 1994, le projet était déjà prêt, le livre aussi. J’étais arrivé à Cotonou. Nago faisait sa conférence à Bopa. Je l’ai appelé pour qu’on se parle,  je lui ai remis ma carte de visite mais rien. Avec mon jeune frère je dis, comment on fait. Mon jeune frère me dit : la poussée intérieure qui te pousse à écrire tout ça, c’est toi seul. Tu ne peux pas dire pourquoi tu écris tout ça. Le capsocalisme, le greffage, si la personne ne l’a pas vécu intérieurement, comment elle peut l’expliquer, l’exprimer vocalement. Nous étions là quand le 19 avril 2015, j’étais au bureau, j’avais coulé des larmes et commencé par écrire une lettre. « Juba, le 19 avril 2015. Cela fait déjà 30 ans que tu travailles déjà sur le leadership et le bien-être social, c’est-à-dire, sur les problèmes sociopolitiques sans un objectif précis comme celui de briguer la magistrature suprême du Bénin. En 1995, tu avais remis en mains propres une ébauche de société au président Nicéphore Soglo.  Tu avais eu des entretiens avec monsieur Bruno Amoussou sur la communication politique. Tu avais toujours communiqué avec les chefs d’Etat-major successifs sur les problèmes saillants du pays. Tu avais alors partagé plusieurs fiches sur la visibilité du Bénin avec diverses structures du pays. Depuis septembre 2014, tu te disais sans cesse, mon heure a sonné. Cette fois-ci donc, tu dois prendre une décision qui te projettera sur une voie à sens unique où toute issue vers l’arrière va s’obscurcir au fil des jours. Il faut noter que tu es un fonctionnaire aux Nations Unies et pourtant, c’est comme si tu te retrouves face à la porte de la Jérusalem antique. Tu dois tout abandonner pour avancer, délester toute monture et charge pour évoluer. Au secours mon Dieu. Quels seront les contours et lignes directrices de ton nouveau testament qui sera ton guide ? Quelle alliance ou quel parti politique s’appuyer ? Faut-il  être un candidat indépendant ? Qui financera la campagne électorale ? Comment assurer une présentation et une présence sur tout le territoire national ? Sans ambiguïté, servir le Bénin est le seul réflexe qui résonne à chaque instant dans ton for intérieur. Pour réussir, tu dois appliquer la loi de l’effort renversé, eu égard  à la grandeur de la mission. Tu dois être intelligent et courageux pour ce projet. Rappelle-toi qu’un gagneur ne lâche pas. Lève-toi  et le peuple te suivra. Et comme tu es convaincu de ce que tu veux faire, tu dois simplement te battre en honnête et conscient amoureux pour atteindre ton objectif. Que les bénédictions soient ». C’était donc ce qui s’est passé ce 19 avril. Et j’avais beaucoup pleuré. Il fallait que je quitte les Nations Unies, alors que je gagnais bien. Je gagnais plus de 16 000 dollars par mois. Décision difficile à prendre. J’ai appelé ma femme et je lui ai donc dit qu’il faut que je quitte les Nations-Unies. Je lui ai expliqué qu’il fallait que je rentre. J’ai écrit aux Nations Unies qui n’ont pas accepté. L’organisation ne l’avait pas jugé nécessaire en un premier temps. Mais, je suis venu sortir le livre, et alors, le 14 juillet, on me dit, tu peux partir. Je suis alors descendu au Bénin depuis le 1er août dernier, sans avoir un parti en tant que tel, même si je peux me réclamer de la RB, des FCBE pour les contributions et même du PRPB.

 Et aujourd’hui, comment est-ce que vous vous définissez, si vous êtes lieutenant-colonel à la retraite, et vous entrez en politique ? Comment cela s’entend ?
Non, je suis un citoyen simple, ayant une vision, un sens élevé de discernement  avec une bonne compréhension du contexte national et régional tout simplement. Mais quel que soit le titre, ce n’est pas cela qui importe.

 Mais qu’est-ce qui motive votre foi en l’avenir ?
Je vais vous raconter deux ou trois faits. Le premier,   j’étais à Bembèrèkè pour commander  le centre régional des troupes aéroportées, en tant que capitaine. J’avais constaté qu’il y avait de vieux manguiers à  la devanture de l’institution. J’ai alors demandé s’il n’y avait  pas de jeunes plants. On m’a répondu non. Ce sont les colons qui ont semé ceux qui s’y trouvent.

Que diriez-vous s’il vous était donné de conclure ces échanges ?
Je voudrais exprimer ma sincère gratitude à l’Evénement Précis pour avoir choisi ce moment précis et voudrais dire en des termes précis que cette interview marque un tournant dans la vie du Bénin. Je voudrais bien vous remercier et espérer qu’en 2016, le Bénin retrouvera la marche des grandes nations et que le quartier latin trouvera les moyens de s’offrir sur une terre de prospérité du meilleur social commun c’est-à-dire le développement humain intégral où chaque citoyen a le droit et surtout que nous puissions nous valoriser car personne ne peut le faire à notre place.  L’outil c’est le travail et le travail.

Carte d’identité

Le pilote de chasse et le visionnaire

Agboessi Noumonvi Cloubou naît  à Sèhomi dans la commune de Bopa le 1er janvier 1956. Après l’école  primaire à Sèhomi, le secondaire à Bopa, à Aplahoué et à Lokossa, il part en 1977 à l’ex-URSS   pour une formation militaire à l’issue de laquelle il devient officier. Pilote de chasse, il rentre au pays trois ans plus tard. Faute d’avions de chasse, il entre dans le corps des parachutistes de l’armée béninoise. En 1986, le lieutenant Cloubou part  aux Etats-Unis pour y suivre le cours d’Infanterie de base, puis en 1992 pour le cours avancé dans cette même spécialité. Cinq ans plus tard, en 1997, le voilà  reparti aux Etats-Unis, cette fois pour être instructeur de la langue anglaise au sein de l’armée. Il fait alors partie des cadres supérieurs de l’armée béninoise. Ce qui lui donne le droit de participer en 1998 au cours d’Etat-major avant de repartir en 1999  aux Etats Unis pour suivre le cours de deuxième niveau pour être instructeur de langue anglaise. Il suit d’autres formations militaires et paramilitaires, participe aux opérations de maintien de la paix  au Congo et en Côte d’Ivoire. Chef du Centre d’opérations inter-forces des forces armées béninoises, il est reconnu pour son professionnalisme et sa sociabilité.  
Mais après 29 ans de carrière militaire, le lieutenant-colonel Cloubou passe un test en 2006  pour devenir fonctionnaire international aux Nations Unies. Avec son succès, il prend une retraite anticipée dès le 02 avril 2006. C’est donc en fonctionnaire international qu’il quitte à nouveau le  Bénin pour les Comores en qualité de conseiller à la sécurité au Département de la sûreté et de la sécurité des Nations Unies.  Après les Comores, on le retrouve en Mauritanie et en septembre 2014, il est affecté comme chef du centre de l’information et de la sécurité des Nations Unies à Juba, capitale du Sud-Soudan. Juba constitue  une grande mission d’environ quinze mille personnes. Malgré cette carrière exemplaire couronnée par des promotions régulières, l’homme ne manque pas de mener une réflexion approfondie sur la cité.  En 1988, alors qu’il  commandait encore l’Ecole Nationale des Troupes Aéroportées de Bembèrèkè,  il se mit à réfléchir sur la stratégie de réponse appropriée à une attaque extérieure.  Il produit alors son premier livre intitulé « La Patrouille, Ne bougez pas :». En 1994, il est l’auteur d’un manuscrit sur le leadership au sein des Forces armées. Mais le déclic, ce sera ses échanges avec le président Nicéphore Soglo sur le devenir du pays ainsi que la  publication en 2010 du livre « La rupture » de  Valentin Agon. « La rupture est une révolution qui ne devrait pas nous aider, dit-il. Cependant j’avais concédé qu’on devrait faire des ruptures sectorielles et faire un greffage ». D’où le titre de son livre « L’émergence de l’Afrique, le greffage qui s’impose »  publié en 2015.   Lorsqu’on lui demande pourquoi il a décidé après tout ce parcours d’entrer en politique, il cite sans ambages un extrait d’une lettre qu’il a écrite le 19 avril 2015: « Cette fois-ci donc, tu dois prendre une décision qui te projettera sur une voie à sens unique où toute issue vers l’arrière va s’obscurcir au fil des jours. »  Dans cette lettre, Agboessi N. Cloubou prend la décision sans retour de prendre sa retraite anticipée de l’ONU pour prendre ses responsabilités dans son pays.  Perçu comme un visionnaire par son entourage, il a décidé de rendre au pays ce qu’il lui doit en y travaillant à un niveau supérieur. « Il faut que l’on puisse oser établir des plates-formes pour avoir du travail, des emplois pour chaque citoyen pour que je sois suffisamment content de moi-même et que mon pays soit content de moi », dit-il.

Intimité: L’homme de la  fraternité

Marié et père de sept enfants, Agboessi N. Cloubou est un homme de toute fraternité et de grande ouverture d’esprit. La lecture, la musique et le sport représentent ses loisirs. A table, le militaire aime bien la salade. En termes de boissons, il apprécie le Coca cola et n’aime pas du tout l’alcool.

Déclaration de Soulé ALLAGBE, président de l’ANCB, « Sous l’Arbre à Palabres » au siège de l’Evénement Précis: « Le transfert des ressources aux communes n’est pas une faveur »

Soulé AllagbéInvité N°94 de la rubrique Sous l’Arbre à Palabres, Soulé Alagbé s’est ouvert aux journalistes de L’Evénement Précis à notre siège. Actuel Président de l’Association nationale des communes  du Bénin (ANCB), le désormais ancien maire de la commune de Parakou  lève un coin de voile sur son bilan  et annonce le Congrès de l’ANCB qui va renouveler les instances décisionnelles de l’institution. Au cœur des échanges, il y a également le fameux dossier FADeC et quelques propositions pour améliorer la gouvernance locale.

Et si on en parlait

Les élections communales sont terminées. Vous avez passé le témoin à votre successeur. Comment se sent-on une fois qu’on se retrouve de l’autre côté ?
Merci messieurs les journalistes. Merci de me donner cette occasion de venir dans la rubrique ‘’Sous l’arbre à palabre’’ pour discuter avec vous d’un certain nombre de préoccupations. Pour en revenir à votre question, lorsqu’on laisse le manteau de maire, on se sent bien. Je dirai qu’on se sent beaucoup mieux dans la peau d’un citoyen de la société civile. Vous comprenez alors que, dans ce contexte-là, nous puissions regarder les choses d’une autre manière. Ce n’est plus celle de l’acteur dans le feu de l’action mais plutôt le regard d’un citoyen de Parakou, d’un citoyen de la société civile.

Etes-vous toujours président de l’ANCB ?
Je suis toujours et encore président de l’ANCB jusqu’à l’organisation du prochain congrès. C’est vrai que cette question ne manque pas d’intérêt, étant entendu que je ne suis plus maire. Pour certains, dès que je ne suis plus là, il va de soi que je ne puisse plus être président de l’Association nationale des communes du Bénin. Or, les textes ont prévu que, lorsque quelqu’un quitte son statut de maire, excepté le président de l’association qui est autorisé à poursuivre la gestion de l’association, jusqu’à ce que le prochain congrès ait été organisé. Donc, il y en a qui pourraient tenter de me dire que les textes sont violés, dès lors que je ne suis plus maire. D’autres qui peuvent dire que c’est une caporalisation de cette association. Vous savez très bien que ces élus locaux sont de divers calibres, de diverses expériences. C’est parce que les textes ont prévu ce cas de figure qui est un vide juridique jusqu’à ce que se tienne le tout prochain congrès.

Comment se porte aujourd’hui l’ANCB ?
L’ANCB se porte très bien. Je dis très bien parce que l’ANCB a retrouvé sa cohésion, son unité. Vous êtes des journalistes et vous savez très bien qu’au sortir du congrès de 2008, l’ANCB avait traversé des zones de turbulences. Aujourd’hui, nous sommes très heureux qu’elle ait retrouvé son unité et sa cohésion. Je voudrais en profiter pour remercier l’ensemble des autres acteurs qui ont aidé à cela. Je veux citer le Haut commissariat à la gouvernance concertée et le Partenariat pour le développement municipal (PDM). Donc, voilà deux acteurs principaux, majeurs, qui ont véritablement aidé les membres du bureau que nous sommes, à vraiment faire recouvrir à l’association, son unité et sa cohésion. C’est vrai, il y a bien d’autres acteurs que je ne saurais citer ici.

A quand l’organisation du prochain congrès de l’ANCB ?
L’organisation du prochain congrès de l’ANCB est prévue en octobre prochain. La toute dernière réunion du bureau de l’ANCB s’est penchée sur cette question. Cette instance se dit qu’il fallait véritablement prendre les dispositions pour que, une fois les derniers conseils installés, on puisse aller au congrès. L’association est une association des communes du Bénin et on ne saurait convoquer un congrès pendant que des conseils communaux ne sont pas encore installés. Ce serait comme si on voulait les exclure. Nous autres, nous nous sommes inscrits dans cette vision d’organiser le congrès de l’ANCB en octobre prochain, tout en espérant que l’ensemble des conseils communaux sera installé et que nous aurions la pleine participation de tous les élus à ce congrès.

Votre mandat compte combien d’années ?
Le mandat de l’ANCB est de deux ans et demi. Vous allez vous interroger sur les raisons du non renouvellement du bureau actuel. Nous étions allés pour le renouvellement à une réunion à Parakou, au cours de laquelle il a été décidé qu’on puisse vraiment fixer la date de ce congrès. Mais, compte tenu de la situation que j’ai évoquée tantôt, l’association avait été traversée par des zones de turbulences où on a pu faire preuve de cohésion. La question avait été de savoir à partir de quand court le mandat du bureau actuel. Est-ce de la date du congrès de 2008 ou est-ce de la date à laquelle l’association a retrouvé son unité et qu’il y a eu des membres du nouveau bureau qu’on a pu intégrer pour retrouver la cohésion ? Les nouveaux ont dit qu’ils ne peuvent pas rejoindre le bureau à cinq mois de la fin du mandat et on leur dira que c’est fini. Nous autres, dans un esprit consensuel, avons dit que, dans ces conditions, puisqu’on n’était plus loin des élections qui étaient prévues pour 2015, il vaut mieux maintenir cette cohésion. Que le renouvellement du bureau ne soit pas seulement objet de discussion de manière à remettre en cause l’unité retrouvée. En ce moment, personne ne pouvait savoir qu’il y aurait deux ans supplémentaires dans les mandats des conseils communaux. Voilà pourquoi ce bureau a eu une durée de vie plus longue que les autres, mais bien entendu, cela a fait l’objet de débats ouverts où les uns et les autres ont parlé. Maintenant que c’est fait, on n’a plus de raison de faire survivre ce bureau au delà de la date du congrès qui va se tenir en octobre prochain. Je crois que nous pouvons travailler dans ce cadre pour que les élections aient véritablement lieu en octobre prochain.

De plus en plus, presque toutes les communes du Bénin font recours à la coopération décentralisée. Quel a été le rôle de votre mandature dans le renforcement de cette coopération ?
Il est clair qu’aujourd’hui, aucune commune, qu’elle soit à statut particulier ou ordinaire, ne saurait conduire toute seule sa politique de développement. Elle doit pouvoir s’ouvrir aux autres communes soit du sud, soit du nord. Et l’ouverture de ces communes béninoises aux autres communes du nord ou du sud ne veut pas dire obligatoirement en termes de ressources. Il y a aussi les bonnes pratiques qui peuvent impacter positivement les communes béninoises à aller de l’avant. Le rôle que l’ANCB a joué, dans ce cadre, a été très grand. Dans la mesure où, pendant que certaines communes se retrouvent avec deux, trois voire quatre partenaires hors du territoire national, c’est qu’il y en a d’autres qui n’en ont même pas un seul. Quand ce dossier a été étudié à une réunion du bureau, l’ANCB s’est inscrite dans la dynamique de créer une passerelle entre le Ministère des Affaires étrangères et le Ministère de la Décentralisation à travers sa direction de la coopération décentralisée. Nous-mêmes, avons envoyé des correspondances en direction de tous les maires pour leur demander de nous envoyer leurs adresses et de nous dire les caractéristiques des communes partenaires qu’ils souhaitent parce qu’il faudrait que les deux communes aient les mêmes tailles, les mêmes populations, visions culturelles, potentialités économiques. C’est ça qui permet une coopération vraiment fructueuse. Nous avons désormais ce répertoire. Dans leurs déplacements à l’extérieur les ministres ont distribué ce répertoire et trouvé des créneaux pour parler des communes béninoises et des partenariats. Je crois que cette nouvelle vision de l’ANCB à mettre en place cette plate-forme qui consiste à réunir les communes béninoises, a commencé par payer puisqu’il y a certaines communes qui n’en n’avaient pas du tout mais qui au moyen de cette stratégie, ont commencé par en avoir. Moi, par exemple, j’ai reçu pour la ville de Parakou, une offre de partenariat du Ministère des Affaires étrangères, avec la ville de Yamoussoukro. J’ai répondu favorablement et c’est sûr que la nouvelle équipe qui vient de monter va pouvoir poursuivre et concrétiser ce partenariat. Alors qu’avant, c’est ‘’chacun s’assoit et Dieu le pousse’’, comme on le dit. Chaque commune se battait toute seule mais aujourd’hui, il y a cette opportunité de se déplacer et négocier directement des partenariats.

Depuis quelques semaines, votre ancien collègue, le maire Mathias Gbèdan est en prison. Est-ce que vous avez peur pour le futur ?
Je ne peux pas parler de malversations. Le dossier étant encore en instruction, aucune conclusion n’a encore été tirée par les magistrats pour qu’on puisse savoir si oui ou non il s’agissait d’un cas de malversation. Pour en revenir au second aspect de votre question, par rapport à ma personne, je ne crois pas que j’ai un état d’âme particulier. Mais quand je dis que je suis un citoyen béninois et qu’aucun citoyen n’est au dessus de la loi, c’est que ça peut venir à tout moment.

Donc, faut-il craindre pour soi ?
Non. C’est pour cela que je dis que je n’ai aucun état d’âme par rapport à cela. Et vous, et moi, même si ce ne sont pas des faits qui me sont reprochés, parce que j’ai été gestionnaire d’une ville. Mais en sortant de votre sujet, je peux, peut-être, me trouver en conflit avec la loi et être interpellé. Ça peut arriver.

En parlant de conflit, le rapport FADEC, que ce soit celui produit par les communes ou par l’Assemblée nationale, a montré qu’il y a mauvaise gestion. Est ce que vous partagez ce point de vue que le Fonds d’appui au développement des communes a été mal géré par les municipalités ?
Il s’agit d’assertions à la-va-vite parce qu’il est très difficile de mal gérer les ressources du Fadec.

Comment ?
Dans la mesure où la gestion de ces fonds obéit à des procédures bien indiquées. Il y a des manuels de procédure et lorsqu’on vous transfère une ressource partant du Fadec, c’est qu’on vous dit déjà à l’origine, ce à quoi ces ressources sont destinées. D’où l’appellation Fadec affectés. Donc, il y a trois guichets des fonds Fadec. Il y a le guichet Fadec affectés. Là, dès qu’on décaisse les fonds qui sont en direction de votre commune, on vous dit ce à quoi ces fonds doivent pouvoir servir. Il y a un second guichet appelé Fadec fonctionnement pour appuyer les communes dans la gestion des charges de fonctionnement de celles-ci, du personnel et autres. Il y a un autre guichet qu’on appelle Fadec non affectés où la commune a la latitude d’orienter les dépenses mais pas pour le fonctionnement. La commune a la latitude de voir le secteur dans lequel elle a des besoins très pressants et utiliser ces fonds. Mieux, une fois ces fonds affectés ou connus, nous avons toute une série de contrôles ou d’audits qui viennent pratiquement tous les trois mois et à aucun moment, les corps de contrôle de l’Etat qui ont été  diligentés dans l’ensemble des communes béninoises n’ont jamais conclu à un cas de mauvaise gestion. Mais il a fallu que certains députés soient associés à des commissions de vérification pour qu’un vide survienne. Puisque les élus locaux que nous sommes et les élus nationaux que sont nos frères députés, nous partageons le même territoire politique
Ce que vous dites fait polémique parce que dans le rapport sur certaines communes comme Grand-Popo, certains faits sont avérés. J’ai même appelé le maire avec qui j’ai discuté. Et, vous vous rappelez le tollé que cela a fait en 2013.
Je me souviens, mais, même à notre niveau, à l’Association nationale des communes du Bénin, on a rendu public un communiqué de presse. Nous n’avons jamais dit que c’est une bonne gestion à 100%. Mais de là à peindre la gestion des fonds FADEC en noir, on n’est pas d’accord. Puisqu’on doit chaque fois renforcer la bonnegouvernance dans la gestion des ressources, même les ressources propres de nos communes, et pas seulement les ressources du FADEC. Ces ressources-là sont mobilisées par les efforts des populations. Il est clair que si nous voulons renforcer la démocratie à la base et l’ancrage de la décentralisation, nous devons tout faire pour que la bonne gouvernance soit effective. Et nous avons commencé, nous-mêmes, au niveau de l’ANCB par ce que nous appelons l’auto-évaluation des communes. Ces exercices d’auto-évaluation ont permis aux communes de se mettre à jour en attendant que les auditeurs assermentés par l’Etat ne viennent, de sorte qu’aujourd’hui les cas de malversations au niveau des communes ont été bien maîtrisés. Puisqu’à la faveur des exercices d’auto-évaluation, ces communes se rendent déjà compte de là où il y a des failles et des points forts. Nous avons travaillé, et comme la bonne gouvernance est un processus continu, nous nous inscrivons toujours dans ce sillage pour que les communes au niveau desquelles les cas de malversations ont été révélés puissent se ressaisir et assoir le capital de confiance avec l’Etat qui est le premier partenaire des communes en matière de transfert des ressources, et également faire en sorte que les partenaires techniques et financiers puissent être rassurés, etpour que la population à la base puisse être rassurée de ce que les ressources qu’elle s’efforce à mobiliser sont gérées à bon escient.

Quelles failles avez-vous relevées ?
Le détournement ne veut pas toujours dire que vous avez 500 francs destinés à telle activité et que vous empochez ces  500 francs-là. Des fois, lorsque vous prélevez des fonds pour mener une activité qui, selon vous, est une activité de développement primordial mais qui n’était pas prévue par les procédures qui ont affecté les ressources à votre niveau, cela peut être déjà considéré comme un détournement. Nous avons eu des cas du genre où le maire d’une commune ordinaire a été invité à plusieurs reprises à construire des latrines dans un collège. La gestion des collèges ne relève pas de ses prérogatives, mais ce collège se trouve sur son territoire. Le fait de laisser les élèves d’un collège d’un effectif de 1000 élèves aller déféquer dans la nature est un problème de santé publique. Mais le fait d’avoir pris une partie des fonds FADEC pour réaliser ces latrines-là a été conclu comme étant un détournement.

Vous avez souvent priorisé des actions populistes au détriment du concret…
Moi je ne sais pas si le fait de construire des latrines dans un collège peut déjà constituer une action populiste. Je ne vois pas, mais je dis que c’est une action de nécessité absolue, et qui plus, est liée à la santé publique. Je ne sais pas si vous mesurez l’ampleur d’une épidémie qui éclaterait du fait que le maire n’a pas eu le réflexe de construire des latrines à quatre ou cinq cabines.  Les fonds FADEC, je vous le répète, dans notre gestion, il ne nous est pas loisible de faire ce qu’on veut. On nous dit même qu’on ne peut pas réparer la résidence du maire avec ces fonds.

Mais, c’est ce qui est fait régulièrement
Moi, je n’ai pas réparé ma résidence avec les fonds Fadec. De toutes les façons, si les collègues l’ont fait, ce n’est pas évident que ça soit avec les ressources FADEC. Ça pourrait être avec autre chose, parce qu’il y a un certain nombre d’actes inéligibles en matière de dépense à partir des ressources du FADEC. Vous ne pouvez pas construire une auberge par exemple, vous ne pouvez pas vous acheter un véhicule, vous ne pouvez pas entreprendre une activité génératrice de revenus. C’est vrai que ce manuel,, aujourd’hui, est en voie d’être revu, avec l’insertion d’un certain nombre de corrections pour tenir compte de l’expérience déjà accumulée par rapport à la période de gestion et de l’avènement de ces fonds. Nous pensons qu’en évoluant, on trouvera le juste milieu qui va éviter très tôt que, pour avoir construit une cabine de latrines, on dise que le maire a détourné.

Précisément, dites-nous comment ce cas a été réglé par les corps de contrôle ?
Les corps de contrôle ont fait observer que ce n’était pas juste que cette commune ait utilisé les ressources FADEC pour construire des latrines dans un collège, et qu’il fallait que de telles activités ne puissent plus être réinscrites, en tous cas pas avec les ressources FADEC. Ce sont des points qui nous interpellent tous et eux-mêmes, les corps de contrôle de l’Etat qui sont passés, ont vu la pertinence de l’action posée par le maire. Ils ont même compris que c’est une action vitale. Mais, puisque ce n’est pas réglementé dans  les documents, c’est qu’il ne devrait pas le faire. Le maire allait-il croiser les bras ? En cas d’épidémie, c’est encore lui qui va être interpellé. Les corps de contrôle étant eux-mêmes des hommes comme vous et moi, ont conclu à la pertinence de l’acte posé par le maire. Puisque ça ne rentre pas dans le cadre des actions éligibles pour le statut de cette commune-là, donc, c’est un détournement. Il va falloir restituer les fonds. De toutes les façons, l’activité pour laquelle ces fonds-là avaient été prévus ne doit souffrir d’aucune insuffisance de ressources parce qu’on aurait distrait une partie pour construire des latrines. Donc, le maire, dans sa gestion, pourra voir les aménagements ou les réaménagements qu’il pourrait faire dans son Plan de travail annuel pour répondre positivement à l’activité pour laquelle les fonds étaient destinés.

Quels conseils donnez-vous à ceux-là qui se rendent coupables de mauvaise gestion ?
Quand nous nous retrouvons, nous faisons état de tout ça et nous leur demandons, en attendant que les procédures puissent dire autrement les choses, c’est que nous devons nous coller à l’existant. Pour éviter qu’on soit présentés comme de mauvais gestionnaires des ressources FADEC, il faudrait qu’on reste collé au manuel de procédure actuellement en vigueur. C’est cela que nous conseillons.

Le transfert des fonds FADEC est-il, selon vous, le transfert réel des compétences aux communes ?
Je dirai qu’à ce jour, et depuis l’avènement de la décentralisation, le transfert des ressources, tel que les communes en ont bénéficié, n’est pas à la hauteur des défis à relever. Il y a encore des efforts à faire. C’est vrai que le plaidoyer et le lobbying que  l’ANCB a eu à mener font apparaître une progression, chaque année maintenant, des fonds FADEC. En 2014, on était à 33 milliards. Suite au plaidoyer mené par l’ANCB avec la commission des échanges et des finances de l’Assemble nationale, nous sommes passés  à 47 milliards cette année. Donc, nous pensons continuer avec ce genre d’exercice pour qu’à la veille de la préparation du budget de l’Etat, l’ANCB puisse échanger avec la commission des échanges et des finances de l’Assemble nationale et le Ministère des finances, pour que les préoccupations des communes puissent déjà être prises en compte et non attendre que le budget soit déjà voté pour constater les dégâts. Nous nous sommes inscrits dans cette optique depuis déjà près de trois, quatre ans. Nous échangeons avec l’ensemble des Ministères sectoriels qui entrent dans la préparation du budget général de l’Etat.

Est-ce cela que vous êtes allés négocier avec Houngbédji ?
Ça fait partie de nos discussions avec le président de l’Assemblée nationale, Adrien Houngbédji. On avait bien d’autres sujets en plus de celui-là. Nous avons discuté avec lui de la nécessité de nous sortir enfin la loi portant statut des agents des collectivités territoriales. Cette loi nous cause assez de torts en ce moment dans le fonctionnement de nos administrations communales. Puisque nos agents ne sont pas régis par un statut clair, motivant et incitatif. Dès lors qu’ils trouvent mieux ailleurs, c’est qu’ils s’en vont et nous en sommes à un perpétuel recommencement. Nous avons parlé de cette loi qui avait été votée par la 6e législature, mais qui serait revenue pour une deuxième lecture. Nous avons donc prié le président de l’Assemblée nationale de voir avec ses pairs comment cette loi peut être vite votée pour que la gestion de nos administrations communales puisse véritablement répondre aux aspirations de nos populations.

Vous parliez du congrès, en octobre prochain, de  l’ANCB. Quel bilan présenterez-vous à ce congrès?
La cohésion retrouvée, c’est un acquis majeur, parce qu’avec la crise de 2008, l’ANCB aurait pu disparaitre et on n’en parlerait plus aujourd’hui.  C’est un acquis très important. Ensuite, nous avons doté l’ANCB d’un certain nombre de documents stratégiques pour son développement. Nous avons aussi doté l’ANCB de documents de communication. Nous avons doté l’ANCB d’un plan de lobbying et de plaidoyer. Nous avons fait de sorte qu’aujourd’hui, l’ANCB ait une notoriété au niveau de l’administration centrale, puisqu’elle fait partie de près d’une cinquantaine de commissions interministérielles ou conseils d’administration. Tous les Ministères, aujourd’hui, travaillent avec l’ANCB. Ça, c’est très fort. Il y a sept ans en arrière, personne n’aurait pensé que l’ANCB pourrait réussir à se rendre incontournable. C’est un acquis majeur. Nous avons ensuite ces rencontres périodiques avec le Ministère des finances, l’Assemblée nationale, et même avec le chef de l’Etat. Ce sont des acquis majeurs. Nous parlons avec ces différentes autorités, de la vie des communes, de l’ancrage de la décentralisation au Bénin et des perspectives par rapport à ce que la décentralisation doit pouvoir rimer avec développement. Il ne faudrait pas que la rétrocession des ressources aux communes, communément appelée transfert des ressources, soit perçue comme s’il s’agissait d’une faveur. Ce n’est pas du tout  une faveur, c’est un devoir pour l’Etat de transférer les ressources, puisqu’il s’est déchargé d’un certain nombre de prérogatives qu’il a reversées aux communes pour leur permettre de remplir leurs obligations. Et nous pensons qu’aujourd’hui le transfert des ressources est en train de faire son petit bonhomme de chemin, et qu’au fur et à mesure que nous avancerons dans la décentralisation, nous allons pouvoir apprécier les efforts qui sont faits, par l’Etat central, les communes, elles-mêmes, et les partenaires techniques et financiers.

Quel est le taux de cotisation par commune au niveau de l’ANCB ?
Les communes cotisent dans les caisses de l’ANCB au prorata du montant de leurs budgets respectifs. Nous n’avons donc pas un taux standard à verser dans les caisses.

Y a-t-il de ‘’mauvais élèves’’ parmi les communes ?
Non, il n’y en n’a pas. Depuis deux ans, je peux vous rassurer qu’il n’y a plus de mauvais élève au niveau de l’ANCB. Chacune des 77 communes libère sa cotisation, conformément à son budget, et suivant le compte administratif. Il n’ya plus de mauvais élève, puisque nous avons trouvé une stratégie qui est que les cotisations à l’ANCB doivent être prélevées à la source, dans le FADEC fonctionnement. On s’entend avec chaque commune sur le montant à payer qui est retiré et reversé à l’ANCB. Il est vrai que ça n’a pas été facile, mais je crois qu’on commence déjà à s’habituer à cette pratique  et je crois que c’est aussi un des acquis majeurs de l’ANCB puisqu’il est clair, que ce soit au Bénin ou ailleurs, que le problème de cotisation dans une association demeure crucial.

Vous confirmez que le syndicat des maires serait une coquille vide sans le FADEC?
Pas du tout ! D’abord, notre association n’est pas un syndicat. Nous sommes une association qui porte la voix de l’ensemble des communes, qui joue le rôle d’interface entre l’Etat, les partenaires techniques et entre les communes et les populations. C’est cela, puisque nous avons tous adhéré à l’association au moyen des délibérations. Chaque conseil municipal, communal délibère pour dire qu’il adhère librement à l’association. S’il y a déjà cette adhésion volontaire, il va de soi que les ressources qui doivent permettre à l’association de remplir ses obligations puissent suivre. D’où la mise à l’essai de cette stratégie qui aujourd’hui est en train de faire tâche d’huile dans la sous-région, puisque tous, nous éprouvons les mêmes difficultés. Quand nous nous retrouvons à la faveur des mouvements municipaux régionaux, nous en discutons. Ce n’est pas un problème propre aux communes béninoises. Mais si les communes béninoises peuvent constituer un modèle pour la sous-région, tant mieux, et c’est pour cela que nous continuons toujours de travailler à la mobilisation des ressources pour autonomiser l’association. Parce que la question est là aussi. L’association a des services à rendre à ses membres. Si elle n’a pas de ressources, avec quoi peut-elle rendre ses services? Je crois qu’aujourd’hui, les membres de l’association que sont les communes partagent largement cette perception des choses et se disent que, si elles veulent une ANCB plus proche des communes, une ANCB utile, pourquoi ne pas laisser poursuivre les prélèvements à la source.

Que peut-on retenir comme avancées de votre passage à la tête de la commune de Parakou où vous avez passé sept années?      
En termes d’avancées, je dirais qu’il y a eu beaucoup de réformes. Si l’on prend par exemple la mobilisation des services, il y a eu un audit organisationnel qui a repositionné l’administration municipale dans un contexte à en faire beaucoup plus une administration de développement qu’une administration bureautique. Nous avons doublé cela d’un redéploiement du personnel, parce qu’il faut adapter le personnel à cette nouvelle organisation des services. Et cela, c’est pour rendre l’administration beaucoup plus rentable, puisque que désormais nous devons nous comporter comme étant des fournisseurs de prestations, et nos populations doivent être perçues comme des clients, et non des usagers. Cela appelle à un certain nombre de comportement de la part des gestionnaires des villes que nous sommes. Nous ne devons plus nous auto satisfaire de ce qu’on est une administration et que les autres sont des usagers. Non. Les autres sont nos clients et nous devons nous comporter de manière à ce qu’on se croit dans un magasin où on est allé acheter avec tout le reflet de marketing possible. Cette réforme a été menée. Le foncier est aujourd’hui, un secteur très délicat et sans lequel, aucun développement ne peut s’opérer. Nous avons organisé une table ronde sur cela avec l’ensemble des acteurs, que ce soient les lotisseurs, les architectes, tous ceux qui interviennent dans ce domaine. Et on s’est dit qu’il faut repositionner le foncier dans son contexte de manière à permettre un développement harmonieux de la ville de Parakou. Et comme vous le savez aujourd’hui, si les promoteurs de projets n’ont pas le sentiment d’être sécurisés dans  leurs propriétés foncières, vous comprenez qu’ils ne peuvent pas apporter le plus qu’ils doivent apporter. Aujourd’hui, cette confiance a été rétablie ou renforcée au niveau de la ville de Parakou. Et nous pouvons allègrement recevoir l’ensemble des promoteurs de projets qui veulent vraiment s’installer. Nous avons engagé un dossier de mobilisation de ressources qu’on a appelé emprunt obligataire. Dans l’histoire des communes béninoises, Parakou a été la toute première à initier un tel projet. C’est vrai, il n’a pas abouti, mais nous ne sommes pas du tout découragés. Car, ce projet a eu le mérite au moins de renseigner suffisamment les autorités centrales.L’emprunt obligataire constitue une passerelle surtout en ce qui concerne les communes à statut particulier pour renforcer les ressources et doper le développement. Quand ce dossier a été monté par la ville de Parakou et soumis au marché financier de l’Uemoa, il y avait près de 4 pays : le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso et le Bénin à travers la ville de Parakou qui étaient en compétition. Mais, c’est notre dossier qui a été validé. Je crois que c’est un mérite. Et à l’époque, l’administration centrale du Ministère de la Décentralisation ne savait même pas les documents qu’il fallait préparer pour accompagner les communes dans ces genres de levé de fonds. Donc, c’est avec le dossier de Parakou que les documents complémentaires ont été élaborés au niveau du Ministère de la Décentralisation. C’est donc que les communes ont aussi parfois eu à piquer notre administration centrale et à se mettre à jour vis-à-vis du contexte de décentralisation actuelle qui n’évolue pas. Parce qu’il est clair, les communes à statut particulier ont été reçues comme étant des communes qui peuvent aller faire des prêts comme un individu, comme une personne physique quitte à investir dans les créneaux porteurs pour renforcer le tissu économique de la commune. Donc, nous avons, pour le moment, buté contre la garantie de l’Etat. Le dossier est là. C’est sûr que la nouvelle équipe pourra le réveiller pour que, d’ici à là, cette garantie soit accordée et afin, qu’au moins dans l’environnement institutionnel de la décentralisation au Bénin et dans la sous-région, on puisse toujours citer le Bénin comme étant le précurseur des réformes. Ensuite, nous avons initié une réforme qui a aussi fait école au niveau des communes de la région nord et de la région sud. C’est l’institution d’un guichet unique pour l’ensemble des prestations dont on peut vraiment bénéficier et ceci, du fait de l’évasion des ressources, qui nous a inspiré à mettre en place une telle réforme. Et depuis que cette réforme a été mise en place, j’avoue que la mobilisation des ressources propres de la ville a connu une hausse. C’est vrai qu’il y a toujours de ces tentatives pour la contourner. Mais au fur et à mesure, nous adaptons aussi nos stratégies par rapport à la maitrise totale de cette réforme. Entre autres, nous avons aussi essayé un partenariat public-privé. Pour ça, nous avons deux gros et de très bons projets. Vous n’ignorez pas que Parakou est une ville de transport. Donc, beaucoup de camions se garent ça et là et occasionnent des accidents qu’on aurait pu éviter. Ils vont être rangés sur un parking gros porteur que nous avons prévu construire à Parakou. Cela va éviter les stationnements le long des artères, et par ricochet les nombreux cas d’accidents que nous enregistrons du fait de ces stationnements.

Citez-nous quelques actions que vous aviez entreprises et qui n’ont pas marché ?
Oui. J’ai en ce moment entrepris une action au niveau de l’aménagement de la place Tabera. Pour ceux qui connaissent la ville, cette place est située entre la mairie et la préfecture. D’autres l’appellent « Place Abdoulaye Issa ». Puisque c’est là où se trouve le mausolée de cette grande figure de l’histoire politique béninoise. Pour le moment, nous avons voulu donner une nouvelle image à cette place toujours dans un contexte de partenariat public-privé. Mais là, le promoteur de ce projet peine encore à mobiliser les ressources. C’est vrai, quelque chose a commencé sur le site. Mais, ce n’est vraiment pas à l’allure que nous aurions aimé. Parce que, selon nos prévisions, on devrait pouvoir réceptionner cette infrastructure avant la fin de notre mandat. Mais, il se fait qu’aujourd’hui c’est un chantier qu’on laisse à notre successeur. On ne peut donc pas dire que cela a marché. J’ai initié un autre projet : « la lutte contre la divagation des bêtes à Parakou». Mais à ce jour, on est presqu’à la case du départ. Puisque, lorsque vous opérez les arrestations des bêtes, c’est encore par vous, la presse, que les populations passent pour grogner. Vous voyez ? Alors que cette divagation pose d’énormes problèmes aux populations. Les moutons traversent lorsqu’un motocycliste qui a remorqué une dame avec un bébé passe. Il ne fait pas attention, et tombe. C’est des cas d’accidents pour lesquels on ne retrouve jamais le propriétaire de la bête pour supporter  au moins les soins des accidentés. Et cela, c’est quand il n’y a que des blessures. Si non, il y a eu des cas de décès. Donc, c’est aussi une opération que poursuivra mon successeur. Nous avons eu à mettre également en place une autre opération : « Le prélèvement du sable sur les voies ». Cela est une opération très vitale pour qui connait la géologie du sol de Parakou. Les pentes sont très fortes. Et l’érosion est tout près. Nous avons l’érosion à Parakou. Ce que Cotonou a comme inondation. Et tous les efforts de ré-profilage, de rechargement des voies que nous faisons, il suffit d’une seule pluie, pour que tout cela soit lessivé comme si rien n’avait été fait. Si en plus, les citoyens par leur incivisme vont prélever du sable sur ces voies, vous comprenez que c’est dangereux. Et c’est encore les mêmes qui vont dire que le maire n’a pas réparé les voies, on n’arrive pas à circuler. Mais, ce sont eux qui, de nuit, vont prélever du sable. Donc, quand l’opération a été organisée et qu’elle tendait déjà à maitriser le secteur, les populations ont changé de stratégie. C’est de nuit qu’ils vont prélever le sable pendant que notre service technique dort. C’est aussi une opération qui n’a pas encore réussi à 100% et que mon successeur doit pouvoir poursuivre.

N’avez-vous  pas l’impression que la métropole qu’est Parakou est reléguée à l’arrière-plan ?
Je ne crois pas que cela soit exactement le cas. Puisque dans le cadre du développement de la ville de Parakou, il y a la partition des élus locaux que nous sommes et il y a la partition des autorités centrales. Et je sais que c’est de çà que vous parlez. Quand nous prenons les gros projets, tel que, par exemple, le développement de l’université de Parakou. Pour ça, l’Etat arrive à jouer son rôle. On ne peut pas dire que Parakou est oubliée par rapport à l’université. C’est vrai que c’est un secteur très éloigné, un secteur où, aucun effort n’a jamais été suffisant. Mais, je le dis, on peut saluer les efforts du Gouvernement parce que quand vous prenez le port sec de Parakou, c’est un projet de l’Etat qui, aujourd’hui, suit son court. Et très bientôt, cette infrastructure  économique doit pouvoir être réceptionnée.  Si vous prenez l’aéroport international de Tourou, voilà un aéroport  qui est presque terminé si ce n’est ce souci de voir la piste être prolongée de 900m pour la rendre conforme aux normes internationales.

Ces deux projets en cours de réalisation auront-ils un impact sur le développement de la ville ?
Si. Il y a d’abord que la notoriété doit pouvoir être renforcée par la mise en service de cet aéroport. Il y a également, la perception des impôts et taxes que la ville aura à lever sur les activités de l’aéroport. Il y aura la même chose au niveau du port sec sans compter le flux d’opérateurs que ces infrastructures peuvent vraiment drainer sur la ville de Parakou et l’ensemble des activités connexes qui pourraient se développer et en faire non seulement un capitale régionale, mais aussi un véritable pôle de développement.

Peut-on dire qu’en 10 ans, le chef de l’Etat a œuvré pour le développement de Parakou ?
En 10 ans, le chef de l’Etat a œuvré pour le développement des communes du Bénin. Mais, il y a beaucoup d’efforts qui restent à faire. Là,  j’aurai triché avec moi-même, si je dis que l’ensemble des points de la décentralisation au Bénin ont été réglés entièrement. Mais je reconnais que des efforts ont été faits. Je viens de vous signaler par des chiffres qu’en 2014 le fonds FADEC était de 37 milliards contre 32 en 2013.Mais en 2015, nous sommes à 45milliards. De même, en 2012, c’était un chiffre moins que celui de 2013. Et je me dis, si nous nous retrouvons dans cette progression, je crois qu’à terme, on pourra juguler pas mal de défis et nous même au niveau de l’ANCB, nous avons entrepris une campagne 15% du budget généralde l’Etat aux communes. Parce que ce sont les directives même de l’UEMOA qui ont fixé ce taux.En principe, dans la sous-région de l’UEMOA, tous les pays devaient faire cet effort de transférer 15% au moins de leur budget  au développement des communes. Donc, nous avons encore du chemin.Nous allons toujours nous battre pour que les 15%  du budget général de l’Etat soient véritablement destinés aux communes. Parce que je dis toujours qu’on ne doit pas voir l’Etat à part et les communes à part.Nous ne sommes pas, l’Etat et les communes, des concurrents mais plutôt  complémentaires. A partir de cet instant, je ne vois vraiment pas la résistance, c’est-à-dire, le sens de la résistance que pourra observer l’Etat à aider les communes à se développer ; puisque si les communes se développent, c’est l’ensemble de la nation béninoise qui se développe. Alors pourquoi ne pas se compléter et faire en sorte que les communes se développent puisque tôt ou tard si même vous êtes ici à Cotonou, capitale économique, un jour ou l’autre, vous repartirez dans votre TchoumiTchoumi natale. Mais si, entre temps, pendant que vous occupez une bonne position pour aider les communes à mobiliser les ressources et à doper le développement, vous n’avez rien fait, vous irez retrouver votre pays natal sans école, sans centre de santé alors que vous étiez habitué à toutes ces choses à Cotonou, la  capitale économique.

En dehors de tout ce vous attendez du budget national, qu’est-ce que Yayi peut relever comme défi ?
Non, ce que le Bénin va relever comme défi, c’est d’abord la construction de la maison de l’élu comme lui-même il l’a dit lors d’une de nos entrevues. Et il avait adhéré parfaitement à l’idée de voir vraiment  les élus du Bénin disposer, non seulement de leurs résidences, mais d’un siège puisque l’ANCB est en ce moment en location. C’est vrai que nous avons fait des efforts et c’est le lieu de remercier la ville de Cotonou qui a offert deux parcelles à l’ANCBpour la construction de son siège.Bien d’autres communes telles que Porto-Novo, Abomey-Calavi ont emboité le pas à la ville de Cotonou.Maintenant, il reste que nous puissions véritablement démarrer les chantiers pour mettre vraiment les communes dans un cadre adéquat de travail et pour ça, je crois que le chef de l’Etat pourrait jouer un grand rôle dans la réalisation de ce beau projet à suivre. Nous avons aussi un autre problème à soulever ; c’est celui du moyen de transport des élus que nous sommes.Les élus locaux sont trop sollicités. Il y a très peu de communes qui peuvent s’acheter un véhicule et continuer par payer les salaires du personnel. Là aussi, il faudrait que l’Etat puisse nous aider en dotant les maires de véhicules de commandement, ne serait-ce qu’une fois tous les 5ans. Parce que les maires souffrent. Vous êtes là, vous allez voir sur la bande passante qu’on veut vous voir le lendemainà Cotonou et que la mise en place se termine à 8heures. Mais vous êtes à Karimama.

Vous prenez taxi…
Oui, vous prenez taxi, d’accord.  Mais ce sera avec toutes les incommodités. C’est l’image de la décentralisation du pays qui en prend un coup. Si le maire d’une commune doit aller discuter une place avec la marchande qui a ses paniers de tomates et autres dans un véhicule dont le confort reste à déterminer,  cela n’est pas du tout intéressant. Il faudrait que le Gouvernement fasse l’effort  de doter les communes ne serait-ce que d’un véhicule tous les 5 ans. Parce qu’il n’est pas rare de voir les maires faire auto stop. Si c’est encore avec leurs collègues, c’est bon. Un maire qui va arrêter un autre usager de la route qui passe dans sa belle voiture et qui refuse de s’arrêter, vous voyez un peu ce que cela fait comme ressentiment ? Alors qu’il faut répondre à une sollicitation républicaine.

Dites-nous dans quel compte les maires qui ont de véhicule l’ont acheté ?
C’est dans leur budget. Mais, il y a très peu de communes dont les budgets peuvent supporter l’achat d’un véhicule 4X4 digne du nom et continuer par répondre aux autres obligations ; acheter les fournitures, payer les salaires, etc. Il y en a parmi eux qui peuvent le faire. Or, tous, qu’on soit à Cotonou, Parakou, Ouidah ou Malanville, on est soumis aux mêmes obligations. Quand on nous invite, on nous invite tous avec tout ce que cela comporte comme contrainte. On ne dit pas ceux qui sont à Parakou ou ceux qui sont à Karimama peuvent ne pas venir. Je crois que là, l’Etat à un grand rôle à jouer.

Si vous aviez un conseil à donner à vos collègues qui viennent d’être installés. Vous leur direz quoi ?
Je leur dirai de coller au manuel de procédure et faire en sorte que toute la politique qu’ils vont asseoir dans le cadre de la gestion de leur communes soit une politique participative avec les citoyens. Se rapprocher beaucoup plus de leur population. Partager avec elle, toute idée de projet ou de politique de développement avant de les mettre en œuvre. Accroitre la sensibilisation en ce qui concerne le payement des impôts et taxes. Parce que c’est là toute la question. Le maire peut être engagé, inspiré, travailleur, volontariste, tant qu’il n’y a pas de ressource, pour mettre l’ensemble de ses qualités en route, c’est à la fin du mandat on l’aura taxé de maire qui n’a pas suffisamment travaillé. Alors que l’accompagnement dont il devait bénéficier de la part des populations n’a pas été au rendez-vous. Je suis citoyen et je dois me conformer à la loi.

Donc vous retournez à la mairie en tant que simple agent?
Mais bien sûr, je retourne à la mairie en tant que simple agent puisque je ne suis pas encore allé à la retraite. Il n’y a rien de difficile-là.

Nous nous retrouvons avec deux femmes maires sur les soixante-dix-sept.  Dites-nous,  qu’avez-vous fait à la tête de l’ANCB pour améliorer la participation des femmes à la gouvernance locale ?
Je peux même dire que c’est le travail fait à l’ANCB pour améliorer la participation des femmes à la gouvernance locale qui a valu les deux mairesses. Mais oui. Vous savez la mandature qui vient de finir, on l’a fait avec une seule femme.

Deux sur soixante-dix-sept, ce n’est pas à applaudir ?
Non, ce n’est pas suffisant. Ce n’est pas à applaudir mais c’est déjà un progrès. Telle que, nous autres, au niveau de l’ANCB on a travaillé, si au niveau des autres plateformes de réseaux de femmes elles travaillent autant, la société civile travaille autant, je crois que ce score sera amélioré les années à venir.

Et comment est-ce qu’elles-mêmes devraient travailler ?
Elles doivent travailler de sorte qu’elles doivent pouvoir s’affirmer. Je vous raconte : j’étais à une réunion, une communication était passée et on devait recueillir les intervenants. Mais tous ceux qui s’étaient inscrits n’étaient que des hommes alors que l’activité était une activité essentiellement orientée vers les femmes et, Mme la ministre de la Décentralisation qui était à côté de moi était un peu surprise de ne pas voir les femmes réagir et, un autre, je crois un préfet, c’est le préfet intérimaire de l’Atlantique qui me dit, monsieur le président, ça commence déjà par là. Donc, c’est ça. Madame, prenez-vous, vous-même en charge, nous on est prêt à vous accompagner, le réseau des femmes travaille intimement avec l’ANCB. Beaucoup de réunions se tiennent au siège de l’ANCB, beaucoup de rapports sont rédigés à l’ANCB, nous les appuyons dans la mesure de nos possibilités mais nous pensons que deux, ce n’est pas encore le score. Nous devons travailler, travailler pour  que ce score soit amélioré les années à venir.

Avec le déclin des FCBE aux législatives et aux communales, vous pensez que réellement les FCBE vont garder le pouvoir en 2016 ?
Il faut voir les choses autrement. Les élections législatives sont une bataille, ce n’est pas encore la guerre. Non, c’est un aspect et c’est pourquoi j’ai dit que c’est une bataille. Mais, que d’ici à 2016, qu’il y ait une recomposition de la classe politique, de manière à repositionner les FCBE au-devant de la scène politique, il n’y a qu’un pas. Donc, on ne doit pas tirer leçon des échecs des FCBE aux législatives et conclure qu’elles ne pourront pas garder le pouvoir en 2016.

Vos impressions, pour conclure ces échanges

Je dirai pour conclure que la rubrique ’’Sous l’arbre à palabre’’ puisse prospérer, avoir une longue vie puisqu’elle permet de faire un tour d’horizon de l’ensemble des préoccupations qui concernent l’actualité et aujourd’hui l’occasion a été donnée aux communes béninoises, à travers ma modeste personne, de pouvoir nous entretenir sur la décentralisation dans son ensemble, ses acquis et ses difficultés, les fonctions du maire, les atouts et les difficultés. Je dirai que si cette rubrique n’était pas créer, il fallait la créer. Je profite pour vous remercier, tous ceux qui ont participé à cet entretien. J’avais au départ très peur parce que je me suis retrouvé tout seul contre tous, mais j’ai découvert que c’était dans la fraternité. Même si certaines questions ont chatouillé, tout s’est bien très bien passé. Encore une fois merci, je souhaite beaucoup de professionnalisme à chacun d’entre vous et des opportunités beaucoup plus radieuses et qu’à la prochaine invitation, l’émission puisse se dérouler dans un cadre un peu plus attrayant.

Carte d’identité: Un passage douloureux
On est en 2002. Les premières élections communales de l’ère démocratique viennent de se dérouler. Contre toute attente, Soulé Allagbé est élu conseiller communal de son Tourou natal, alors même qu’il souffrait sur un lit d’hôpital à Tanguiéta. Quelques semaines auparavant, il avait fait un grave accident. Mais au moment où les candidatures sont lancées pour les élections, les sages et les notables de Tourou, arrondissement de la ville de Parakou, se rendent en délégation à son chevet pour lui demander d’être candidat. « Non !», répond Soulé Allagbé, agent municipal depuis 1992 à la mairie de Parakou. « Ils sont partis, ils sont revenus, dit-il. J’ai dû alors indiquer là où on pouvait trouver mes actes de naissance et tout le reste et c’est ainsi que mon dossier de candidature a été déposé ». Elu haut les mains sur la liste du FARD Alafia, l’homme venait de loin. C’est en 1958 que cet homme affable a vu le jour à Tourou. Le CEP et le BEPC puis le Bac série littéraire, il les décroche à Parakou avant de partir à Abomey-Calavi pour des études de droit. On était en 1979. En 1987, il soutient une maîtrise de droit mais reste bloqué à la porte de la fonction publique. On était en 1986, année où les recrutements dans l’administration publique béninoise ont été gelés du fait de la crise économique. Recruté finalement par la mairie de Parakou, Soulé Allagbé parvient ensuite à décrocher une bourse de formation pour le Centre africain  d’études supérieures en  gestion (CESAG) à Dakar. Son DESS en poche, il part en stage à la mairie d’Orléans, en France. Et c’est nanti de tous ces parchemins que l’homme doit désormais prendre les rênes de la mairie de Parakou à la suite d’événements tout à fait imprévisibles. Car, à la suite de l’assassinat du juge Coovi, le maire Rachidi Gbadamassi a été déféré à la prison civile de Natitingou en 2005. Samou Adambi le remplace mais est élu député en 2007. Et c’est sans même y penser que Soulé Allagbé est devenu maire intérimaire puis maire tout court à la suite des élections de 2008. De cette expérience, il tire la leçon que l’homme est très compliqué, surtout lorsqu’il est en politique. «  Je me suis dit que j’étais en formation. Et tout ce que j’ai appris dans ce circuit-là, il n’y a aucune université au monde, aussi célèbre, soit-elle, qui pourrait me l’enseigner », constate-il aujourd’hui.    Il fait l’expérience de la méchanceté humaine, des coups bas qui pleuvent, surtout lorsque ses amis politiques complotent pour le destituer, sous de fausses accusations de détournement. Le chantier du port sec de Parakou venait de démarrer et les propriétaires terriens de la zone devaient être dédommagés à hauteur de 50 millions F Cfa. Ses propres amis conseillers communaux avec qui il a voyagé sur Cotonou  dans la même voiture l’accusent d’avoir détourné ces fonds, devant le chef de l’Etat. Ils menacent devant Boni Yayi de le destituer. Il a fallu que le comité des propriétaires terriens mis en place monte au créneau pour démonter toute cette orchestration, preuves à l’appui. « Point par point, ils ont fait la lumière sur le dossier et c’était une honte totale », se rappelle l’ancien maire. Lorsqu’on lui demande si cette expérience municipale a été difficile pour lui, il répond sans ambages : « Ça a été douloureux pour mes enfants, pour mon épouse et pour moi-même. Les absences répétées au foyer. Tu n’es jamais là. Quand tu reviens d’une mission à Cotonou, tu déposes le sac, le lendemain, on te réinvite. Et tu dois répondre », confie-t-il. Président de l’Association nationale des communes du Bénin, il est aussi  vice-président du Conseil des collectivités territoriales de l’UEMOA. Des responsabilités que Soulé Allagbé  quittera bientôt pour redevenir simple agent municipal dans une ville de Parakou pour laquelle il nourrit encore beaucoup d’ambitions.

Intimité: Amateur de boxe
Marié à une seule femme, Soulé Allagbé est père de deux filles et d’un garçon. L’aînée, 22 ans, est étudiante et le dernier, 15 ans passe en classe de première. Invitez l’ancien maire de Parakou à table, et il aimera particulièrement l’igname pilé.  Comme  boisson, un Youki lui va à merveille. « En termes de sport,  j’aime particulièrement la boxe mais je ne la pratique pas », dit-il avant de remercier infiniment son épouse dont la présence et la fermeté lui ont permis d’éduquer ses enfants, alors même qu’il est constamment absent du foyer.

La rédaction

Professeur Philippe Noudjènoumè sous ‘’l’Arbre à palabres’’ de l’Evénement Précis : « L’argent a drogué la population au point où le père ne reconnait plus le fils »

NoudjènoumèVotre rubrique atypique, « Sous l’Arbre à palabres » a reçu un universitaire pas comme les autres. Il s’agit du professeur de droit, Philippe Noudjènoumè. 93ème invité du journal, il  s’est ouvert aux journalistes de la rédaction.  Comme plats de résistance de ces échanges à bâtons rompus, les sujets brûlants de l’actualité et la vie du Parti communiste du Bénin dont il est le secrétaire général. De son regard de réformateur, l’homme voit la « démocratie béninoise en danger » et « confisquée ». Plusieurs fois candidat malheureux aux élections présidentielles, Philippe Noudjènoumè fait des dénonciations. Pour lui, l’argent et la fraude sont devenus des facteurs déterminants pour l’élection des dirigeants béninois. Et pour sortir le Bénin de cette situation qu’il dénonce, il fait quelques propositions qu’il compte d’ailleurs soumettre aux populations pour l’élection présidentielle de 2016 à laquelle il se porte déjà candidat.

 

Monsieur le Professeur, quelles sont vos impressions d’être sous l’arbre à palabre ?

Mes impressions, mes chers journalistes, merci de m’avoir fait honneur  de m’inviterpour cette interview qu’on peut appeler grand  angle. C’est un plaisir pour moi de me prêter à toutes les questions qu’il vous plaira de poser à ma modeste  personne.

Quelle lecture faites-vous des résultats des deux  dernières élections  législatives et communales?

Les deux dernières  élections législatives,  communales et locales  ont révélé une chose très importante : c’est que notre système politique est  malade. De quoi ? Il se fait que la classe politique dirigeante est consciente qu’elle ne peut pas faire passer un message unanimement accepté par la population sans recourir aux méthodes les plus infestes de la démocratie, abondance de corruption, l’argent versé par-ci, par-là, pour s’acheter des suffrages et arracher le suffrage du peuple. Deuxième  situation, c’est la fraude de bout en bout, depuis la création du Cos-Lépi  jusqu’aux opérations électorales, le jour même des élections, jusqu’après y compris au niveau des structures chargées d’organiser les élections, il y a fraude. Il y a fraude, il y a manipulation des données sorties des urnes. Tout cela pour que nous ayons des représentants. Si bien qu’aujourd’hui, sont représentants à ces deux niveaux, à la fois députés et maires. Mais pas tous, bien sûr, des gens qui ont mis la main sur la richesse nationale et se sont faitde l’argent avec lequel ils peuvent corrompre et se faire élire. Autrement dit, on a des mal élus pour l’essentiel et qui sont illégitimes.

Est-ce que vous estimez que c’est du fait du règne de l’argent que votre alliance ANG n’a obtenu ni député ni conseiller ?

Non. Essentiellement, c’est le rôle de l’argent. Parce que si vous voyez bien, au niveau de l’ensemble des listes qui se sont présentées aux législatives et aux locales, nous sommes la seule alliance à avoir un programme déployé partout. Un programme qui a reçu des acteurs, des accueils enthousiastes dans les villes et les campagnes. Mais à la fin, l’argent a tout déjoué. Des éléments, même vomis, même décriés par les populations, à cause de l’argent, se sont fait élire aux législatives. Deux choses nous ont défavorisés. C’est le rôle massif de l’argent et ensuite la fraude.

Mais si les populations acceptent volontairement d’être corrompues par l’argent,ça veut dire que le niveau de conscience n’est pas adapté au processus démocratique?

Oui et non.Oui parce que, jusqu’à demain, qu’on le veuille ou non, il y a des gens, c’est eux qui mettent les bulletins dans les urnes. Non, parce qu’il y a eu des situations antérieures. C’est comme une bête sauvage qu’on enferme affamée dans une cage et qu’on sort. Elle ne raisonne plus. L’argent a drogué notre population, puisque j’ai vu moi-même sur le terrain. L’argent a drogué la population au point où le père ne reconnait plus le fils, la sœur, le frère. L’argent a tout drogué parce que la population a faim. Un pays où l’individu vit avec en moyenne un (01) dollar par jour à qui on déverse brutalement 1.000 francs, 2.000 francs, il ne raisonne plus, il préfère mourir en prenant ça qu’à ne rien faire.

Est-ceque, dans ces conditions, la démocratie a de l’avenir ?

Notre démocratie est en danger, notre démocratie a été confisquée entièrement par une classe dirigeante, vorace, illégitime depuis 1990 qui conduit le pays au chaos. Nous, en tant que personne physique, nous sommes vieux. Vous, vous êtes assez jeunes et vous aurez le temps de voir.

Mr le Professeur, on note aujourd’hui que le PCB est en chute libre, il ne parvient plus à faire adhérer la masse à ses idéaux. Est-ce qu’on peut conclure que votre parti n’apparait plus crédible aux yeux des populations ? 

Non. Ce sont vos prémisses qui ne sont pas exactes. Le PCB n’est pas en chute libre. Non.

Mais vous n’avez pas de député

 Je vous ai déjà dit les conditions dans lesquelles se déroulent les élections. Donc, il ne faut pas me parler de vos prémisses qui ne sont pas justes. Les prémisses qui conduisent à des  conclusions erronées. Nous ne sommes pas en situation de crise et aujourd’hui, nous avons, après les élections, beaucoup des manifestations ! Vous savez, il y a des volontés qui se battent pour venir au parti. D’ailleurs, je vous signale que notre parti est alliance avec deux autres partis, à savoir, le PSB-Bélier et le CDP et ensuite avec plusieurs organisations révolutionnaires de syndicats comme la FESYNTRA-FINANCES, la CSTB de Iko et autres. Avec des jeunes aussi, on est en alliance. Ils sont partis sur le terrain et ils ont vu ce que c’est que la gangrène qui est, n’est-ce pas, la corruption et la fraude.

Mais est-ceque c’est normal que des organisations syndicales soient affiliéesà une organisation politique ?

Absolument normal, parce que lorsque je suis un syndicat que je fais des revendications, je veux qu’à un moment donné, un gouvernement soit amené à donner satisfaction. Partout, c’est comme ça. C’est au Bénin que je vois des syndicalistes se raconter n’importe quoi. Ça  me fait même mal des fois de  voir n’importe quoi. Un syndicat doit faire de la politique pour que ces exigences soient prises en compte par un Gouvernement qu’il désire porter au pouvoir absolument.

Je voudrais avoir votre avis sur l’organisation pratique de ces élections.

J’ai déjà un peu parlé de ça au début. J’ai parlé des conditions chaotiques dans lesquelles ont été organisées les élections au Bénin. On était à la veille et on dit qu’il faut aller aux élections alors que le COS-LEPI n’avait pas encore tout fini et il y a encore un système qui est que le COS-LEPI où les membres sont en même temps candidats et ils fabriquent des listes pour les autres. C’est un scandale ! C’est déjà en fait, des conditions de fraudes manifestes ! Parce qu’ils sont à la fois juges et partie, c’est chaotique.

Vous  avez des noms?

Le président de COS-LEPI,Sacca Lafia. Il est candidat sur la liste de l’alliance Soleil ; il y a d’autres éléments comme le président de la Fédération béninoise de football,Ahouanvoébla. Il est membre du COS-LEPI, il est député aussi ! C’est la fraude manifeste. Il ne faut pas permettre aux gens de faire du scandale.

Mr le Professeur, bientôt Yayi Boni va boucler  ses deux mandats à la tête du pays. Mais quel bilan faites-vous de sa gestion ?

Pour faire le bilan de la gestion du président Boni Yayi, on peut écrire des tomes. Alors, si vous voulez qu’on fasse son bilan, on peut, en un mot, dire que c’est la faillite du système néocolonial, c’est un avatar du pacte colonial. En 1960, nos Etats n’ont pas assisté réellement à l’indépendance. La France, comme il n’y a rien eu dans notre pays, a dit il n’y a pas guerre chez nous. On n’a aucune souveraineté  et depuis lors, ça continue jusqu’aujourd’hui. Sauf  quelques petits éléments qui ont changé entre 1972 et 1989 avec le PRPB.  Le système comprend une langue française  qui est la langue de l’enseignement dans le monde et en Afrique, nous autres, nos enfants et nous-mêmes pratiquons la science en langue étrangère. Souvent en anglais, en français.Yayi Boni a échoué. Il a échoué. Je parle du système, lui-même. Ensuite, il y a le franc CFA qui est une arnaque mondiale où votre argent est laissé quelque part. Par exemple, en 2010, les réserves même du Bénin ont été évaluées à peu près à 710.000.000.000FCFA auprès du trésor français que la France garde par devers elle. La Côte d’Ivoire a au moins 4500.000.000.000 FCFA, que la France emprunte maintenant par des banques privées à nos pays avec intérêt. C’est une arnaque. Ça fait deuxième système: la langue, la monnaie et autre chose maintenant, c’est toute l’administration qui est là. Les entreprises, n’est-ce pas, disons françaises, on peut citer Bolloré. Après tout, nous sommes pratiquement une colonie dahoméenne, devenue Bénin. Bolloré prend tout en charge. Voilà un système et Yayi Boni n’est qu’un membre du système. Il n’est arrivé que par ça. C’est ainsi qu’en 2003, il a été décoré par Chirac et c’est après qu’on le propulse à la tête de l’Etat béninois. Il exécute exactement ce que veut la France. Donc,Yayi Boni n’est qu’un élément du système où l’éducation est à terre. Regardez le BEPC. C’est l’échec de l’école française au Bénin. Avec le BEPC extraverti. Yayi Boni, c’est un échec. Mais c’est le système, non pas d’un individu, mais le système entier. Le système autour duquel on va s’agenouiller, s’il vous plait, et les autres qu’ils soient de l’UN ou de la RB. Il n’ya pas de différence. En termes de gestion financière et politique, il a excellé parce qu’il a donné une caractéristique particulière aux diplômes. Yayi Boni a excellé dans la destruction du tissu économique, même élémentaire, dans la destruction des fonds publics, dans la négation de ce qui a été acquis en 1990 comme liberté. Lui, il a détruit tout ça. C’est tout. Mais, c’est le système qui est là.

N’est-ce pas parce qu’on ne vous associe pas à la gestion que vous peignez tout en noir ?

Je vous fais une confidence. S’il vous plait, c’est la première fois que des offres de participation aux systèmes sont présentées. Nous ne sommes pas des négationnistes. Si un pouvoir dit aujourd’hui je veux telle situation comme l’instruction  dans nos langues maternelles, mon parti participera à cette décision. Ce n’est pas parce que mon parti ne participe pas. Est-ce que réellement vous voyez ce qui est bon ?Tant mieux pour vous. Dans ce pays où les jeunes sont au chômage, un concours où on met en jeu 5 à 10 places, il faut au moins  10.000 candidats. Il faut savoir que c’est un échec.Je vais vous faire une confession. En 2006, au moment des élections présidentielles, mon chef était  Pascal Fantondji. On a retenu en ce temps quand on parlait de changement (ça peut changer, ça doit changer), on l’a appelé. Surtout au deuxième tour où les deux sont apparus, Houngbedji  et Yayi, pour lui dire qu’on veut le rencontrer. On sait qu’il faut rencontrer les deux pour savoir ce qu’ils veulent faire après. Au départ, Houngbedji a répondu à l’appel, Yayi Boni aussi. En ce moment, il était en campagne. Il nous envoie son acolyte, Issa et j’ai appelé Boco qui était chef de la campagne de Yayi à l’époque-là. Il a répondu d’accord et dit que monsieur le Président est en voyage et il a envoyé quelqu’un; on lui a exposé  tout ce que nous voulons.Ça a eu lieu le 12 mars 2006, c’est-à-dire, entre les deux tours. Le 19 mars, Yayi a été élu. Après, il nous a reçu dans notre siège de 10h à 12h30mn et on ne s’est pas entendu sur un point essentiel, l’impact de nos enfants, les langues maternelles. Il a expliqué pourquoi il dit non. Comme on ne s’est pas entendu, il a fini par lâcher. Je vais informer les candidats et s’il y a lieu, la semaine prochaine, on verra ce qu’on va faire. On lui a envoyé un dossier composé de notre programme à nous dans lequel il est mentionné comment nous voulons qu’on gère le pays parce que là-dedans, il y a l’inscription, il ya la question pour mettre fin à la corruption et la révocabilité des directeurs techniques.

Voilà les éléments essentiels que nous voulons voir exécuter par le gouvernement. Evidemment, nous ne l’avons pas obtenu.

C’est pourquoi quand il est élu, vous ne vous êtes plus approchés de lui ?

Si. Il a été élu le 19 mars 2006.  On amène un dossier en avril et en septembre.

Je parle de gestion du pouvoir…

Non. Quand on lui a envoyé les dossiers et qu’il n’a pas répondu,  on va faire quoi ? Quand on lui a envoyé le dossier, c’est parce qu’on voulait le rencontrer simplement.

Voilà, une autre échéance se rapproche,  en 2016. Est-ce que vous aurez un candidat ?

Nous avons fait une expérience, les élections dernières. Ces élections ont révélé que notre système électoral politique est malade et qu’il faut une réforme globale. On n’a pas obtenu et nous allons encore vers une autre échéance électorale. Nous avons été candidat en 2011, mais invalidé par la Cour constitutionnelle. Il n’y a pas de raison qu’en 2016 nous ne soyons pas candidat.

Donc Philippe Noudjènoumè sera candidat en 2016.

Je crois que oui. Sauf empêchement de dernière minute.  Je le répète, il n’y a pas, pour le moment, de raison que nous ne soyons pas candidat sur la liste des partants pour 2016.

Est-ce que ce ne serait pas une anomalie ? Vous n’avez ni député, ni conseiller, et pourtant vous voulez vous lancer dans une aventure pareille ? 

Ecoutez. Je dis bien, jusqu’à nouvel ordre. Je serai candidat. On tire toujours des leçons dans une élection. C’est vrai qu’on n’a pas des députés, on ne dira pas qu’on n’a pas d’élus conseillers, mais les leçons seront tirées à partir de ces élections.

Pensez-vous que votre programme adressé au chef de l’Etat n’a vraiment pas de failles ? Ou bien, c’est le chef de l’Etat qui est contre votre parti ?

Mais c’est évident. Nous avons eu droit à un rejet absolu du programme et des organisations qui le proposent. Donc, c’est un rejet par Yayi Boni. On a vu après tout ce qu’il y a. Les mensonges, la mauvaise gestion, la livraison de notre pays à l’étranger avec la présence de Bolloré et autres.

Vous avez, un peu plus tôt, cité les partis qui sont en alliance avec vous. Dites-nous si c’est le PCB qui va se présenter uniquement ou si vous irez en alliance?

Pour le moment, nous sommes partis en alliance pour les législatives. L’alliance ANG (Alliance pour la nouvelle gouvernance). Cette alliance, au niveau communal, a pris plusieurs noms. Au niveau de Comè, c’est l’alliance démocratie à la base. Là, nous avons eu quelques conseillers élus. Cette alliance est allée aux élections législatives, ira aussi aux prochaines élections. Elle peut s’élargir à d’autres alliances qui acceptent un minimum de notre plate-forme. Notre idéologie actuelle, c’est qu’il faut aimer passionnément ce pays. Etre prêt à mourir pour lui. Ne pas laisser les enfants souffrir. Ne pas chasser les fils du pays, protéger ses investisseurs. Voilà  où nous en sommes. Quiconque est d’accord, nous sommes prêts pour l’accompagner.

Quels seront les grands axes du projet de société que vous allez proposer au peuple ?

 C’est le patriotisme. 1-La promotion de la production nationale par la protection des producteurs nationaux contre l’envahissement de l’étranger, 2-L’instruction dans les langues nationales, 3- l’élection et la révocabilité de nos dirigeants techniques à des postes où il y a de l’argent, 4-Les assises sur nos valeurs traditionnelles. Pour être chef à l’extérieur, il faut l’avoir été chez soi. Il faut compter sur notre tradition. Ne pas les écraser sous couvert de la mondialisation qui n’a pas de nom. C’est cela notre projet de société.

Et s’il vous était demandé de faire un bilan de votre passage à la tête du PCB. Vous diriez quoi ?

Le bilan ne se fait pas dans une communication.

Qu’avez-vous réussi à faire jusque-là en tant que secrétaire général ?

Nous avons beaucoup fait, mon équipe et moi.

Exemple…

Ecoutez, si vous voulez, la plateforme qui a empêché Boni Yayi de réviser la constitution, on était un des éléments moteurs. Demandez aux gens de l’UN, ils vous le diront. Les marches de terrain, ce sont nos éléments qui venaient. On a empêché absolument que cette révision de la constitution ait lieu. Quand le projet de révision de la constitution a été fait par l’équipe de Boni yayi, c’est ma modeste personne qui a fait la critique du programme de Boni Yayi, pour pouvoir détruire cela en même temps. C’est moi qui ai démonté le projet  de constitution du président, parlant des arguments qu’il ne connait lui-même.  J’ai démontré qu’il voulait créer une nouvelle république pour pouvoir se maintenir au pouvoir. Il y a plein de choses qu’on a réussi à faire.

Vous êtes professeur à l’université, par conséquent,  concerné par la grève qui secoue depuis quelques mois l’UAC. Alors, comment appréciez-vous cette situation que cette université traverse ?

C’est déplorable. Cette crise a des causes.

Lesquelles ?

C’est que notre pays et ses gouvernements agissent dans l’improvisation et dans le mépris du peuple. Voyez-vous ? Nous étions là quand le conseil de l’Uemoa, en 2007, a décidé que tous les pays membres de l’union adhèrent au système LMD. Et sans prendre précaution, sans évaluer le niveau de chaque pays pour savoir s’il peut pratiquer ou non le LMD, on balance le LMD par un décret  en 2010. On se met à le faire. Alors que les conditions élémentaires ne sont pas remplies. Il faut minimum un ratio d’enseignants-étudiants de 1 pour 25 ou 30 étudiants. Or, aujourd’hui, dans nos universités au Bénin, tu vois des amphithéâtres de 5.000 voire 6000 étudiants. Avec cela, il est impossible de faire LMD. Autre chose,  et là c’est malheureux. Ce ne sont pas nécessairement les gouvernants. Il y a mes propres collègues enseignants qui font preuve d’une voracité bizarre. Ce sont eux qui veulent privatiser les universités.

Vos collègues ?

Bien sûr. Ce n’est pas possible. Comment vous pouvez accepter que pour étudier au campus d’Abomey-Calavi dans les facultés classiques de 1ère en 3ème année, que les études soient gratuites et qu’à partir du Master, ce sont des centaines de milliers que vous devez débourser ? Et c’est par une note signée du recteur, s’il vous plait. Note N°260-13 UAC du 31 octobre 2013 signée du recteur Sinsin qui fixe les montants à payer par les étudiants en Master au Bénin. Les frais d’inscription annuelle à la formation du Master et l’accès au doctorat s’élèvent à 51.500f pour les étudiants réguliers et à 100.000 f pour les étudiants étrangers. Les frais de formation des Béninois, à l’inscription, sont entre 250.000 francs CFA et 500.000f Cfa au maximum pour les masters professionnels. Entre 250.000 et 600.000 fcfa au maximum pour les masters de recherche et pour les doctorats.  Les tarifs sur les subventionnés n’incluent pas les frais de recherche en formation doctorale. C’est grave. Une étude faite par le Conseil national de l’éducation dit ceci : « L’étudiant en DEA et doctorat à la Flash à l’UAC paye 452 200f par an s’il est Béninois, et 710 000 f s’il est étranger. Les Béninois inscrits pour un master en examen de la science de la vie spécialité production végétale à la Fast payent 451.200 f par an et ceux du doctorat en science de la vie payent 651.200f par an à l’UAC. Les étudiants inscrits en Master à la Haute école régionale de commerce international  (EHERCI) de l’UAC payent 600 000 f par an. 150 000f pour l’anglais obligatoire et 30.000f pour l’inscription, soit au total  780.000f CFA. L’étudiant béninois en DEA et doctorat de la Fadesp- régime ordinaire- paye 351 200f par an  ».  L’étudiant de Master en droit de l’homme et démocratie de la Chaire Unesco paye 651 200f par an. À titre de comparaison, on notera que l’inscription en doctorat à l’université Cheik AntaDiop de Dakar coûtait 150.000f par an jusqu’à l’année dernière et cela vient d’être ramenée à 75.000f pour compter de l’année 2015-2016. » Pourquoi le Bénin va t-il exceller dans la négativité ?

Quels sont vos reproches alors ?

Mais, les frais sont élevés. Pour un pays dont le salaire minimum est un dollar par jour, c’est grave. Cela veut dire qu’on exclut les fils des pauvres de l’accès au doctorat et au Master. Mais, ils sont  combien au master et en doctorat ? Si vous voulez, 1ère année et 2ème année, il y a des étudiants. Le reste on ne voit plus rien. Il y a des facultés classiques qui sont déjà privatisées comme la Faseg où même en seconde année on paye. Par exemple, pour la filière gestion en seconde année à la Faseg, on paye 100. 000 f et en économie, on paye 100.000f déjà au premier cycle. On va où avec cela ?

Cela veut dire que vous soutenez le combat des étudiants ?

Entièrement. Jele dis souvent à mes collègues. Ils déconnent.

C’est vous qui les encouragez à casser leurs propres infrastructures ?

Attention. Je dis ce qui est vrai. Ce sont les aînés qui créent les conditions de violences à l’université. Quand vous faites les trucs de ces genres-là, vous donnez des raisons aux gens qui font des casses. Quand vous appelez les flics qui font des casses aux étudiants, que voulez-vous ?

Vous avez les preuves ? Avez-vous vu des flics casser des choses ?

Quand ils sont venus sur le campus, ils ont cassé plus de 60 motos appartenant aux étudiants. Vous ne savez pas cela ? Allez vous renseigner, vous saurez. Ils ont blessé des filles qui étaient dans leurs cabines. C’est l’autorité rectorale qui fait violence en faisant appel à tout moment aux flics. Je le dis haut et je le défends partout. Je m’en fou des voix des professeurs qui ne partagent pas le même avis que moi. Si ce qu’ils disent est erroné, je dois le dire. J’ai fait un point de presse pour ça, le 12 juillet dernier.

Quelle est, selon vous, la porte de sortie ?

Il faut mettre fin à l’application du LMD. Faire le bilan du LMD, mettre à terre ces frais exorbitants qu’on fait payer aux étudiants.

Vous paraissez ignorer que le Bénin, en se mettant hors du LMD, accuse du retard

C’est quoi hors du LMD ? Pourquoi me parlez vous de hors de LMD ? Nous avons un système pédagogique négatif qui ne correspond pas à nos réalités. Pire encore, tous les syndicats d’enseignants de l’UEMOA, que ce soit au Burkina Faso, en Côte d’ivoire, au Sénégal sont tous contre le LMD. Ils disent que les conditions ne sont pas réunies pour appliquer ce système comme il faut.

Mais les syndicats n’ont pas rejeté ça

Ils ont tort.

Comment appréciez-vous la qualité des étudiants béninois que nous avons aujourd’hui ?

Nous avons la qualité médiocre que nous fabriquons nous mêmes. Ce sont mes éléments. Lorsque tu arrives sur le campus, moi je fais ce qu’on appelle la mutualisation des infrastructures pour les étudiants. Et le cour que je fais en un semestre, je peux le faire en 4 jours. On les assomme de notions, de concepts, et on s’en va. Moi, j’ai fait les universités européennes et africaines. Je n’ai jamais vu un tel système comme au Bénin aujourd’hui où ils sont 2000 dans un amphi. Et c’est ceux-là qu’il faut évaluer. Et pire encore, la plupart des gens sont affamés, ne savent pas là où loger. C’est nous qui fabriquons les élèves et les étudiants de demain. S’il y a violence, ce sont les professeurs et le Gouvernement qui sont les responsables.

C’est la qualité de l’enseignement qui fait échouer les étudiants ?

La qualité de l’enseignement est à terre.

Vous dites une phrase terrible

Absolument et je l’assume

Mais vous-même, vous lâchez le public et vous attaquez le privé. Ne pensez-vous pas que c’est une des raisons de l’échec ?

Non

Mais vous avez une école

J’ai créé une école expérimentale. Mais c’est moi qui paie. C’est à Klouékanmè et c’est moi qui paie cette école. L’école est à terre. C’est l’école française qui est à terre au Bénin. Nous n’avons pas encore une école béninoise au Bénin mais une école française.

Comment appréciez-vous alors les résultats des examens de fin d’année ?

C’est encore une fois la preuve de l’échec de notre école au Bénin. Parce qu’on nous dit qu’il y a grève et on assomme les enseignants de tous les péchés d’Israël. Cette année, il n’y a pas eu grève, et pourtant. Les NPE surtout ont tué l’école au Bénin. Comment voulez-vous qu’on applique le LMD sans faire l’évaluation des conditions d’application de notre système. C’est un échec pour les NPE comme pour le LMD

Mais on n’a pas les mêmes soucis dans les universités privées

Je ne sais pas puisque je n’ai pas fait une étude détaillée là-dessus.

C’est pourtant le même système qui est appliqué dans le privé

Si vous voulez faire le LMD aujourd’hui, pour la FLASH qui regorge de 45.OOO étudiants, il faut 300 à 400 enseignants au moins. Combien sont-ils ? Il faut que le Gouvernement recrute massivement les enseignants et les paie justement.

Autrement dit, ce n’est pas le système LMD qui souffre ?

Pour cet effectif, il faut au moins 100 amphis et salles de cours. Je ne voudrais pas remettre en cause le système qui est en vigueur dans ce pays contrairement aux pays comme le Nigéria ou la Russie où ça marche. Simplement que les conditions ne sont pas réunies pour que ça marche au Bénin à l’heure actuelle.

Vous hébergez la CSTB qui ne se soucie pas de la formation des enseignants mais plutôt des questions de primes, d’augmentation de salaires et autres.

Je n’héberge pas la CSTB. La CSTB est une organisation amie sœur. Ce n’est pas moi qui héberge.

Elle est avec le PCB ?

Non. Nous avons contribué en 1982 à la création de la CSTB au Nigéria. Depuis lors, ils sont autonomes

Nous allons toujours rester dans la mouvance éducative. Il y a quelques temps vous avez créé une école où on enseigne la langue Adja. Pourquoi cette option ?

Vous savez, un peuple n’accepte la science que dans sa langue. L’anomalie coloniale a fait que seul le continent africain accepte la science dans la langue d’autrui,  en français, en anglais, en portugais, en espagnol.C’est pourquoi on parle de déperdition scolaire. L’enfant, dans le ventre de sa mère, entend sa voix. C’est déjà démontré scientifiquement. Quand il sort, il suit avec toutes ces langues. Or, chez nous, c’est le contraire. L’Unesco a dit depuis 2005 qu’il faut que toutes les langues aient accès à la science et à l’internet. Toutes les langues maternelles peuvent être des supports au dernier cri. C’est ça la question. Pour ça, feu Pascal Fantondji et moi avions créé l’Institut national de formation en recherche pour dire qu’il faut œuvrer à ce que les langues soient des langues de science. Or, il n’y a de science que lorsqu’on est dans une école. J’ai essayé de mettre en œuvre une pratique qui est en cours. Il y a deux ans, j’ai essayé avec un collègue de l’INREF.

Quel est le nom exact ?

« Adja tchoudédé » qui veut dire le peuple est debout.

Pourquoi cette option pour la langue Adja ?

C’est un hasard. On pourrait penser que c’est parce que je suis adja mais non. Je voulais le faire ailleurs comme à Covè ou Abomey, mais ça n’a pas réussi. On a pensé le faire en milieu Hwéda mais ça a marché en milieu Adja, à Klouékanmè. Comment ? Il y avait déjà un lieu d’hébergement naturel, un orphelinat parce que la question la plus difficile est celle-ci. Quel parent vous donne ses enfants en cobaye ? Il faut avoir une grande confiance pour aller dans une école qui n’est pas formelle.

Ne risquez-vous pas de tomber dans l’illégalité ?

Heureusement pour nous, les parents ont envoyé leurs enfants et ils sont à l’aise.

Mais, c’est illégal

Il y a des écoles privées qui enseignent uniquement l’arabe. C’est comme ça qu’on évolue et les enfants sont à l’aise et on enseigne les mathématiques, l’histoire, la géographie en langue nationale adja. Mon ami et professeur Guédou est actuellement en train de faire quelque chose du genre à Avogbanan dans le Zou. Il n’aime pas ce que je fais. Pour lui, on commence en fongbé et au fur et à mesure qu’on évolue, la proportion du fon diminue. J’ai dit non. Pour notre expérience, tout se fera en adja. Le français sera comme langue enseignée à partir du parler adja. Et ça va commencer l’année prochaine. Vous verrez qu’ils vont rattraper ceux qui sont au CM2, qu’ils vont passer le Cep et réussir.

Qui sont les professeurs qui s’occupent de l’enseignement ?

Ce sont des maitres puisque c’est le cours primaire.

Comment ont-ils été formés ?

Au départ, ce n’était pas facile parce qu’il fallait trouver un maitre qui, à la fois, maitrise la pédagogie et la langue ancestrale que ce soit adja, yoruba, puisque je veux que ça se développe dans le pays. Il faut qu’il maitrise à la fois la pédagogie et la langue. Ça n’a pas été aisé. On a pu trouver deux. Pour le premier, ça a été un tâtonnement, mais il s’est vite mis à la tâche. C’était d’abord un enseignant du privé de l’école française qui a été aussi alphabétisé en adja. La seconde est une femme qui a fait une école d’instituteurs où elle a eu le CAP, dans l’école française et qui maitrise aussi la langue adja.

Est-ce que vous êtes déjà reconnu par l’Etat ?

C’est en train d’être fait

Comment les enfants vont composer pour le CEP?

Le français intervient à partir du CE2. Pour l’heure, il évolue en adja du CI jusqu’en troisième année. Nous garantissons que l’enfant ira au CEP et réussira en français mieux que les français.

Comment ça se passe avec la scolarité ?

C’est moi qui la prends en charge. J’appelle tout le peuple à payer cette école afin qu’elle soit une expérience riche et réussie pour le bonheur de la nation

Quelles sont vos sources de financement ?

C’est nous qui payons

Et les soutiens extérieurs ?

Il n’y en a même pas.

Ne faudrait-il pas mettre un bon système en place parce qu’aujourd’hui il y a l’anglais qui prend de l’envergure. C’est important pour ces enfants d’apprendre cette langue. Mais n’y aura-t-il pas des difficultés à pouvoir s’en sortir ?

Une personne qui maitrise sa langue nationale maitrise facilement la langue étrangère. Moi, j’ai été un exemple. Mon père est un paysan et ne maitrisait pas le français. J’ai appris très tôt le français. L’enfant qui est là aujourd’hui au CE1 ou au CE2 va très vite évoluer en français. A partir de la sixième, il va exceller en anglais.

Y a-t-il un sujet que vous auriez voulu aborder avant la fin de ces échanges ? 

Oui. Il y a un aspect me concernant. C’est que je suis aussi écrivain. Mais la politique prenant le dessus a offusqué ce talent qui est en moi. J’ai écrit  des poèmes.  J’ai participé à un concours à l’agora français, c’était un concours théâtral et deux de mes écris ont été retenus et produits sur scène. Mais la politique m’a caché ce talent.

Qu’est-ce qui vous a le plus motivé à faire carrière dans la politique ?

Je suis révolté par la pauvreté. Je suis d’un milieu populaire, pas de riche, non. J’ai dit qu’il faut lutter contre la pauvreté. J’ai vu des parents pourchassés, ligotés pour l’impôt. Ça m’a révolté et j’ai dit qu’il faut mettre fin à ça. C’est le ‘’ZinsouTakouè’’ en question.

 

Que direz-vous en conclusion à cet entretien ?

Je voudrais réitérer mes sincères remerciements à toute l’équipe de ‘’L’Evénement Précis’’ pour m’avoir invité et accueilli à cet entretien. Je voudrais souhaiter longue vie à la rubrique et au journal et que le peuple se lève pour éviter certaines choses. Que le peuple se lève contre les traquenards et libère notre tissu économique qui est vicié par la corruption, l’argent. Il faut protéger notre patrimoine. Le peuple n’a qu’à se lever et être vigilant car les hommes passent, mais le pays reste.

CARTE D’IDENTITE

Un engagement politique et professionnel

Deux traits de caractère transparaissent chez le professeur Noudjènoumè ; deux traits qui peuvent se réunir sous une seule appellation : l’engagement. Il y a d’abord sa fouge politique qui l’a amené de prison en prison sans que jamais elle ne s’éteigne. Arrêté le 26 juin 1979, soit quatre mois après sa première prise de service en tant qu’enseignant à l’université, il passe cinq années derrière les barreaux. De Cotonou où il fut d’abord conduit à la prison civile de  Porto-Novo d’où il parvient enfin à s’échapper, il passe cinq années d’enfer dans les geôles du PRPB. Philippe Noudjènoumè avait pourtant tout pour réussir sans histoire dans le Bénin révolutionnaire. Né en septembre 1948, il parcourt d’une traite l’école primaire et le cours secondaire, avec des résultats brillants. Bénéficiaire en 1961d’une bourse pour faire le Collège  Aupiais, c’est dans ce réservoir d’intelligences qu’il évolue jusqu’à décrocher son baccalauréat en  1968. Baccalauréat série Philosophie (série littéraire d’aujourd’hui), il est le deuxième du Dahomey, cette année-là, le premier étant Ismaël Tidjani-Serpos. Sur ces entrefaites, Philippe Noudjènoumè débarque à Dakar, en plein cœur des grèves estudiantines. La répression le touche, lui et ses camarades dahoméens, évacués manu militari sur Brazzaville par les autorités sénégalaises. On était en 1970. Après trois ans au Centre d’éducation supérieure de Brazzaville, il part pour Caen, en France et ensuite à la Sorbonne pour faire le droit. Mais le brillant étudiant ne fait pas que le droit : il décroche aussi une maîtrise d’histoire. En 1979, c’est le diplôme d’études supérieures (DES), l’équivalent du DEA ou du master d’aujourd’hui, avec lequel il rentre au pays pour enseigner. Mais c’était sans compter avec sa fougue qui le mêle aux mouvements d’humeurs en cours sous le régime révolutionnaire.  Quatre mois seulement après son retour au bercail, il doit faire la prison et y rester jusqu’en 1984.  Avec une dizaine de prisonniers d’opinions comme lui, il profite du relâchement de la surveillance pour s’évader. Trois fugitifs de la bande seront repris avant de s’évader à nouveau.  Famille brisée, carrière en lambeaux, le voilà qui entre en clandestinité. Car, la libération des détenus politiques des suites de l’amnistie de 1984 n’aura guère émoussé la hargne antirévolutionnaire de Philippe Noudjènoumè. Il rentre en 1990, à la faveur de la conférence nationale qu’il dénonce aujourd’hui avec la même virulence.  « Notre démocratie n’a pas été octroyée par Kérékou mais arrachée par notre sueur, notre sang », dit-il avant d’ajouter : « Ceux qui ont combattu pour la démocratie ont été exclus de la conférence nationale. C’est pourquoi, aujourd’hui, les choses se passent comme ça. Ceux qui se sont battus pour la démocratie sont là et ce sont les profiteurs qui sont là, aujourd’hui, à faire les gros bras, les dodus. Ils n’ont pas souffert pour la démocratie car la plupart de ceux qui l’ont fait sont morts, ceux qui ont fait la prison, ceux qui ont vu leurs familles se disloquer. C’est à ceux-là que nous devons notre démocratie ». Membre fondateur du Parti Communiste du Dahomey, il est aujourd’hui le premier responsable du PCB. Mais, derrière ce parcours politique, se cache un autre parcours, celui professionnel qui n’est pas moins hardi. Philippe fait partie des rares enseignants à avoir refusé délibérément de s’inscrire au Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur (CAMES). Car, selon lui, « le système CAMES est un système  organisé  par la Francophonie qui évalue    selon les normes et canon  français ».  Il refuse de s’y soumettre. Avec son doctorat décroché en 1995 sur le thème « Démocratie au Bénin, bilan et perspectives de 1985 à 1993 », il dispense des cours de sciences politiques à l’université d’Abomey-Calavi jusqu’en 2009, année de son admission à la retraite. Auteur de plusieurs ouvrages de droit et de sciences politiques, il est aussi expert en gestion des frontières.

INTIMITE

Intellectuel  et frugal

Philippe Noudjènoumè est père de sept enfants de différents mariages. Mais, il reste monogame et apprécie  chez la femme sa tendresse et sa sincérité. A table, le communiste aime les plats béninois : gombo, légume par exemple accompagné de la pâte de maïs ou encore l’igname pilée avec de la bonne sauce arachide. Boisson ? Non, rien que de l’eau. Sa passion reste le football, même s’il considère que  « la politique a détruit notre football ».

 La Rédaction

Sous l’Arbre à Palabres avec Pascal Todjinou, secrétaire général de la CGTB: « Le gouvernement n’anticipe jamais sur les tensions sociales »

Todjinou à PalabreLe secrétaire général de la confédération générale des travailleurs du Bénin (CGTB) Pascal Todjinou était le 92ème invité de la rubrique ‘’Sous l’arbre à palabre’’ du quotidien l’Evénement Précis, le vendredi 17 juillet 2015. Le syndicaliste s’est  prononcé  sur les résultats des examens de fin d’année, les élections communales, l’actualité politique et sur la gouvernance sous le président Boni Yayi. Marié et père de cinq enfants, Pascal Todjinou estime que les raisons avancés par la Céna actuelle dans le retard des résultats  des élections et des erreurs commises dans l’organisation ne sont pas valables. Dans son franc parler habituel, Pascal Todjinou estime que la dépolitisation de la Céna pourra rendre beaucoup plus transparents les prochains scrutins au Bénin.

Et si on en parlait

Comment  analysez-vous les résultats de fin d’année dans les divers examens ?

Je ne suis pas mal à l’aise avec ces résultats. Mais le résultat du Bepc a donné  31, 16%. Je pense qu’il y a quelque chose. Que ce soit les résultats du Bepc ou du Bac, ce n’est pas nouveau. Nous, à l’époque où on était parti à l’examen probatoire, c’est à peine 12% qui étaient admis. Quand on est parti au Bac, c’est à peu près 22%. Donc, aujourd’hui, on a l’impression que parce que c’est un examen, il faut que tout le monde soit admis. Ça, c’est la première remarque. Cela montre que tout le monde doit avoir le Bac. Résultat, on a le Bac mais on n’arrive pas à utiliser le Bac parce que le niveau intellectuel qui donne le Bac n’est pas acquis. Avant, quand on dit bachelier, mais, ce n’est pas n’importe qui ! Je ne veux pas comparer ce temps à mon temps à moi. Mais quand même, il faut un certain sérieux. Ça, c’est le point de vue général. Maintenant, j’ai l’impression que cela doit donner de leçon aux parents d’élèves, aux autorités, et à vous les journalistes parce qu’en 2014, quand on faisait les mouvements de grève, on pensait que les différents résultats et surtout le Bac,allaient être catastrophiques. On se disait que cela pourrait donner entre  10%  et 15%.  Mais, qu’est-ce qu’on a observé au cours de l’année paisible ? On a fait le constat que les résultats sont minables. Alors, vous devez apprécier dans toutes ses dimensions ces informations-là. Est-ce à dire qu’il faut que l’année soit bien remuée pour qu’on ait de très bons résultats ? Ça c’est une question qu’il faut poser ou bien c’est parce qu’il y a eu une année bien mouvementée que les enseignants ont bien travaillé ou bien c’est ce qui a forcé les élèves  à bien travailler ? C’est également une question et je vous laisse apprécier ces questions-là. Troisième niveau, moi je crois que  les résultats obtenus sont fonction  de ce qu’on observe dans le monde éducatif. Vous voyez, il y a eu ce qu’on appelle Approche Par Compétence (APC).Aujourd’hui,   moi-même qui suis ici, mathématicien que je suis, je ne suis pas en mesure de comprendre ce qui se passe. On a fait le ménage puis on est allé copier quelque chose au Canada qu’on est venu coller  ici sans savoir comment le Canada fait, sans savoir comment ou bien combien d’enfants un enseignant garde dans une classe. Autrement dit, on ne s’est pas renseigné. Alors que le Canada est un pays fortement développé où la population est suffisamment vieille. La population canadienne est suffisamment vieille, et donc le nombre d’enfants est moindre que par rapport à chez nous ici. Vous voyez, la pyramide des âges au niveau du Canada aujourd’huiest renversée. Or,  chez nous, c’est dans le sens inverse. Il y a beaucoup plus de jeunesque de personnes d’un certain âge. Résultat, tout le monde veut fréquenter, beaucoup veulent aller à l’école alors qu’on n’a pas les moyens pour suivre ce programme. Conséquence, l’APC va souffrir. Donc, moi je crois que ce qu’il faut retenir essentiellement, c’est que c’est regrettable qu’on ne fasse pas passer du haut vers le bas, mais il fallait évoluer  progressivement  vers le haut afin que les gens se donnent un peu plus d’espoir. Donc, les résultats de cette année me semblent être un peu plus compatibles avec la situation qui prévaut dans le monde scolaire où l’on se pose des questions sur combien d’enseignants sont qualifiés.

A propos, ce n’est pas vous syndicalistes qui aviez forcé le gouvernement à reverser les enseignants vacataire en contractuels en 2007 ?

Non, écoutez ! Nous, dans notre combat pour le reversement, nous avons proposé et expliqué au gouvernement qu’il faut prendre des gens de qualité dans chaque domaine. Si quelqu’un n’avait que le CEP lors du reversement, il faut lui trouver là où son niveau permet de le mettre, et pas pour le mettre nécessairement dans l’enseignement. Quelqu’un qui n’avait que le diplôme de couture ou bien l’enseignement ménager comme on le dit, mais qui n’avait pas une vocation à enseigner, il ne fallait pas  l’envoyer  dans une école pour enseigner, puisque l’Etat a  exploitécelui-là pendant un certain nombre d’annéeset dans ces conditions-là, il n’est pas question de pressurer quelqu’un et le jeter comme une peau de banane ou d’orange. C’est ça qui a été notre combat.

Parmi les griefs qu’on porte au système éducatif c’est qu’il y a trop de grèves et trop de syndicats.Qu’en dites-vous ?

Il y a une chose que vous devez comprendre. C’est depuis 1990 qu’il y a la liberté d’expression, de regroupement. A partir de cet instant, si quelqu’un veut créer son syndicat, il le crée. Le problème ne se trouve même pas là et la preuve, au niveau des politiques, vous voyez combien de fois, chaque semaine, il y a un parti politique qui nait. Par contre,  trop de grèves comme je viens de l’expliquer, ce n’est pas la cause des résultats catastrophiques que l’on enregistre. En 2014, il y a eu trois mois de grève et ça, c’est grâce à la Cgtb, la Csa, la Cosi Bénin essentiellement qu’on n’a pas connu une année blanche. Selon l’intention de certains, c’est qu’il faut conduire la grève jusqu’à l’année blanche et rendre responsable le gouvernement. Nous, on est des patriotes. Nous, nous avons nos enfants à l’école, nous avons nos parents qui ont leurs enfants à  l’école, même à l’Université. C’est pour cela que malgré vos critiques, les critiques très acerbes des journalistes, nous avons maintenu le cap en disant non, il faut arrêter. Donc, voilà, moi je ne pense pas nécessairement qu’il y a eu corrélationentre le nombre de syndicats et les faits de grève. Par contre, s’il y a eu souvent mouvement de grève, il faut aller poser la question au gouvernement. Le gouvernement n’anticipe jamais sur les tensions  sociales.

On  constate que lors des revendications, vous insistez beaucoup plus sur les  primes que sur la formation.

Non, vous voyez, les primes, ce sont  des droits acquis. C’est comme chez vous ici, si vos collaborateurs travaillent bien, et que vous avez déjà retenu que si on travaille bien on a droit à quelque chose, si quelqu’un travaille bien,  il faut lui donner sa chose. La preuve, vous avez eu des prix qu’on voit ici, c’est parce que vous travaillez bien que les gens vous ont noté  pour vous donner des prix. Ça, c’est des droits acquis. C’est vrai, il y a des gens qui revendiquent ça de façon anarchique, mais à la Cgtb, ce n’est pas ça. Par contre, nous avons un programme que nous déroulons au fur et à mesure et vous allez constater qu’au niveau de la Cgtb, les militants ont une technique de revendication, ont  une technique de négocier, une technique d’intervenir. Ce n’est pas les gens qui aiment crier, crier, non ! Nous assurons la formation de nos militants de façon réelle, nous le faisons chaque fois qu’un syndicat s’affilie à la CGTB. En dehors des affiliés de la  CGTB, nous organisons des cycles de formation en vue de permettre aux gens de se promouvoir. La preuve, l’année dernière, nous avons formé des gens pour les concours professionnels. Ils sont admis massivement  et c’est en retour qu’ils nous ont donné des prix avec des tableaux et autres. C’est vous dire que nous sommes les seuls. Au Bénin ici, il n’y en a pas deux. Au Bénin ici, il n’y a pas une seule centrale ou confédération syndicale qui ait ce label de formation, il n’y en a pas. La preuve, c’est que nous avons construit tout un bâtiment à trois étages qui s’occupe exclusivement de la formation. Pour ce qui concerne  la formation des enseignants,  ce n’est pas nous. Ça, c’est le gouvernement, c’est l’Exécutif qui le fait. C’est l’Exécutif puisque moi je ne peux pas concevoir des modules de formation pour les enseignants.

Beaucoup de vos collaborateurs, c’est-à-dire, les collaborateurs des secrétaires généraux se plaignent de leurs conditions de vie et de travail. Je voudrais parler de ceux qui sont dans les secrétariats par exemple. Qu’en dites-vous ?

Ils sont où ? Dans les autres secrétariats ? Il n’y a personne dans ces conditions chez moi. Si c’est chez les autres, je ne parle pas des autres. Dans tous les cas, chez nous à la CGTB, le minimum pour une vie décente se pratique. Je ne dis pas que c’est les meilleures conditions. Mais le minimum. Ici maintenant, je vois que vous avez le minimum pour travailler. Si vous allez dire qu’on va climatiser les bureaux dans lesquels travaillent les agents, là nous n’avons pas ces moyens là. Je ne sais pas ce qui se passe dans les autres centrales et confédérations syndicales. A ce niveau-là, je ne peux que m’occuper de la CGTB. 

Ils sont vos employés et vous devez les défendre !

Non, je défends mes syndiqués et ceux qui sont à la CGTB. Si au niveau des autres centrales ou confédérations il n’y a pas de plainte, je ne peux pas. S’il y avait une plainte de ce que leurs conditions de travail ne sont pas bonnes, même les simples gardiens, il faut leur demander comment ça se passe ?

Alors, à la date d’aujourd’hui, quelles sont vos relations avec votre ministère de tutelle, c’est-à-dire le ministère de la fonction publique et du travail ?

Il faut dire que ce ministère a commencé par améliorer ses relations avec les centrales syndicales depuis le ministre Sounton jusqu’à aujourd’hui. Il faut dire que ces relations se sont améliorées considérablement. Vous savez qu’il y a eu une femme ministre qui est passée par là et vraiment c’est… je ne veux pas qualifier son passage puisqu’elle-même, elle aurait déjà compris d’une manière ou d’une autre son passage à ce ministère. Mais depuis son départ, on a l’impression qu’on peut aller mieux.

A quand l’organisation des élections professionnelles ?

Mais, il faut poser cette question au gouvernement. Nous avons forcé, nous avons crié. Si on se met en mouvement de grève pour réclamer l’organisation des élections professionnelles, qu’est-ce que vous journalistes allez écrire contre nous dans la presse ?Ce n’est que ça qui nous intéresse ? L’organisation des élections professionnelles chez nous au Bénin ici dépend uniquement du gouvernement mais qui ne veut pas les organiser et  ça et on ne sait pas pourquoi. En 2012, on a mis le paquet pour que ces élections aient lieu mais zéro. En 2013, avec le ministre Sounton, tout est préparé et pourtant, ça ne s’est pas tenu. Puisqu’en 2012, les textes qui devront servir à l’organisation de ces élections professionnelles sont des textes qui n’ont rien à voir avec les structures syndicales que nous sommes. Ces textes ont été concoctés par le mari de cette dame ministre et on s’est posé la question de savoir là où il est allé les trouver. Dans quel pays, dans quel environnement juridique ? Vous voyez ? Finalement, quand le ministre Sounton est arrivé, on a récupéré tous ces textes qu’on a revus et il a promis rendre compte au gouvernement. Ce qui a été fait. Donc, on s’attendait à ce que le ministre Sounton puisse organiser  ces élections professionnelles mais, de lenteur en lenteur, de chantage en chantage, ça n’a pas été fait. On arrive en 2014, vers la fin de l’année-là, un nouveau ministre est arrivé et a encore  mis le paquet. Tout le monde pensait qu’avec celui-là aussi ça pouvait marcher. Ça allait  mais finalement, ça s’est bloqué et nous  en sommes aussi  là  jusqu’à présent.

Mais vous n’avez pas dénoncé ça ?

On ne pouvait pas se mettre nu dans les rues et réclamer l’organisation des élections professionnelles. On a tout fait.

Il faut bloquer les négociations

A cause des élections professionnelles ? Mon Dieu !

Oui mais puisque c’est ça qui justifie l’alternance, la vie  démocratique  des associations professionnelles.

Vous pensez que parce que les élections n’ont pas eu lieu, il faut bloquer les négociations. Ce thème n’est par fort pour bloquer les négociations. Puisque dans ces négociations, il y a des niveaux. Et, nous, au niveau de la Cgtb, on n’est pas là pour des mouvements de grève  spontanés. Non, on gradue. Ce n’est pas parce qu’on n’a pas organisé les élections professionnelles qu’il faut se mettre en mouvement de grève. Du point de vue de l’extérieur, parce que nous sommes aussi en relation avec l’extérieur, on va nous apprécier comment ? Il faut trouver quelque chose de fort, suffisamment fort pour dire ça là, c’est mauvais. On dit que ce qui bloque, c’est la disponibilité des fonds qui  devraient y  être alloués. Tantôt on dit qu’il faut cent millions de Francs CFA, tantôt on dit que c’est cent quatre vingt millions de CFA qu’il faut, mais que cela n’est pas disponible.  C’est un mélange très difficile à digérer.

A quand  le congrès de la CGTB. Visiblement, ça tarde à venir.

Qui vous a dit que ça tarde ? C’est ça ce que vous dites souvent. Chez nous, nous avons toujours le monopole. Ce n’est pas le congrès où il faut inviter tout le monde. Non. Le renouvellement des instances chez nous se fait de façon périodique et régulière. C’est pourquoi je ris. Chaque structure à son fonctionnement interne. C’est pourquoi je ris quand les gens parlent de ça. Certains journalistes préfèrent remplacer Yayi Boni qui estime que les vieux là doivent partir, histoire d’avoir la possibilité de manipuler les jeunes. Nous, chaque cinq ans, nous organisons toujours notre congrès. Vers fin 2010, nous avons fait notre dernier congrès et c’est ça qui a fait rentrer beaucoup de  gens dans le bureau et nous avons envoyé les résultats à qui de droit. Nous les avons même envoyés à Yayi pour lui montrer que nous là, ce n’est pas ça. C’est comme ça.

On peut avoir une date du congrès de la CGTB ?

 Pourquoi voulez-vous que je vous donne une date ? Je ne peux pas dire que ça ne bouscule pas dernière moi. C’est normal que ça se bouscule. Si ce n’est pas le cas, c’est très mal pour moi-même.

 Etes-vous prêt à passer la main ?

 Pensez-vous que je serai à vie secrétaire général de la Cgtb ? C’est vous, journalistes qui aidez toujours l’Exécutif à créer de problème aux organisations syndicales. La preuve, en 2011, Yayi a officiellement écrit au Bureau International du travail (BIT) pour demander à quel âge on peut finir d’être responsable syndical et est-ce qu’un retraité peut être responsable syndical. Le Bureau international du travail (BIT) a écrit pour préciser que l’Exécutif n’a rien à voir dans l’organisation des syndicats. C’est cela qui l’a fait taire, sinon il était prêt à en découdre avec nous qui sommes déjà à la retraite, mais qui continuons de  diriger les organisations syndicales. Mais quand vous prenez l’échiquier national,  près de  4/5 des organisations syndicales sont dirigées par des gens qui n’ont plus un engagement vis-à-vis de l’Etat. Et c’est très bien d’ailleurs. Moi, je ne peux plus me rendre au ministère du Plan tant que je serai syndicaliste. Chaque fois qu’il y aura un dossier dans ce ministère, je suis tenu par le secret professionnel. Il y a un certain nombre de choses que vous ne pouvez pas aborder. On va vous rappeler automatiquement que vous êtes encore sous contrat. Prenez toutes les organisations confédérales pour voir si la plupart restent dans l’administration. Et c’est l’une des réponses du Directeur du BIT à Boni Yayi. Il lui a dit de venir à  Genève constater des gens en poste avant son arrivée et qui y sont encore. Au Bénin, dès qu’on voit des cheveux blancs sortir pour quelqu’un, on demande ce que cherche un vieillard à la tête du syndicat. Et cela est souvent écrit par les journalistes. Comme moi, je ne suis pas vieillard, je suis bien à l’aise.

Comment se porte la CGTB ?

Bien. En 2014, nous avons reçu 11 affiliations, en 2015, nous sommes déjà à 09 syndicats affiliés si bien que la CGTB devient de plus en plus une grosse machine à gérer. Pour moi, la CGTB se porte bien. Moi, je ne m’intéresse pas aux réseaux sociaux. J’ai un portable qui émet et reçoit, et c’est fini. Tout le reste, je laisse la presse écrire. Il y a même un quidam qui a écrit une certaine chose sur moi que j’ai pardonné. Car pour être un bon responsable syndical, il faut s’assumer d’abord. Surtout au Bénin et surtout sous Yayi, il faut avoir une assise et une autonomie financière d’abord. Cela fait aujourd’hui qu’aucun ministre de la république ne peut m’approcher pour me corrompre. Je ne laisse pas le visage avant de laisser l’occasion. Oui, je me suffis.  Intellectuellement et matériellement, je me suis préparé avant d’aller à la retraite. Dans quelques jours, je voyage hors du territoire pour monnayer mon  expertise. Quand c’est comme cela, on vous respecte. Si vous comptez sur leur perdiem, ils vont un jour vous couper le biberon et bienvenue supplication et corruption. Je vous donne un dernier exemple sur le dernier forum organisé dont on me force à signer la charte. J’ai refusé de signer, car, moi, je ne maitrise pas le contenu. En plus c’est une charte fabriquée de toute pièce par une institution non constitutionnelle et non reconnue par la constitution. Elle est fabriquée par le gouvernement Yayi, dont je ne maitrise pas le contenu. Il s’agit du Haut conseil pour la gouvernance concertée. Maintenant, si le bureau me le demande, je me soumets. Sur la question, on s’est retrouvé le mercredi 15 juillet dernier. Mon vieux ! C’est un rejet total. Donc, c’est moi-même qui suis obligé d’améliorer cela. Mais comme les autres veulent signer, on est obligé de reprendre le contenu.

Que reprochez-vous à la charte ?

 Sa précipitation et son contenu non  avenu. C’est vous qui dites que le Premier  ministre s’est confronté aux réalités syndicales. C’est après que je l’ai amenée à la maison pour mieux m’imprégner de son contenu. Si je le signais, c’est grave pour moi. Par exemple, on n’a pas parlé de l’engagement du gouvernement. On a cité  des conventions qui ne sont même pas nécessaires dans une charte. Ce qu’on propose à notre niveau est ceci. Nous reconnaissons qu’une charte est une bonne chose. Il faut aller voir le processus qui a conduit à la réalisation de la charte du Sénégal. On ne s’est pas levé pour le faire au cours d’un forum. Non, ça se discute et on s’entend entre gouvernement, patronat et syndicats. Mais, ici c’est avec un monde qu’on veut discuter une charte avec nous.

Bref bilan de votre passage à la tête de la CGTB

Est-ce le temps d’un bilan et mieux est ce que c’est dans un journal  que je dois faire un bilan ? Du point de vue syndical, je ne pense pas. Ce que je peux dire est que j’ai réussi à agrandir cette confédération. On était 07 syndicats à l’avoir créée, mais aujourd’hui, on est à plus de 160 affiliés. Au départ c’était exclusivement les syndicats de l’administration publique. A ce jour, nous en avons dans le public, le privé et le secteur informel, encore que dans ce dernier secteur, ça se régule de plus en plus. Il y a au moins cinq (05) syndicats en position d’affiliation. Et dites-vous qu’on ne prend pas n’importe quel syndicat. Il y en a qu’on rejette quand on étudie leur dossier qui n’est pas compatible avec notre référence à nous. Il y  en a qu’on a rejeté. Chez nous, il y a un comité qui se charge d’étudier les demandes. Quand ils donnent leur avis favorable, moi j’écris pour leur demander de venir. Chez nous, c’est d’abord les négociations, la compréhension de ce qu’on demande et maintenant la lutte. On ne déclenche pas de grève spontanée chez nous.

Quelle sont les techniques de négociations collectives ?

C’est vaste. C’est tout un livre que nous avons conçu. C’est la CGTB seule qui en a au Bénin. C’est pourquoi, nous, on est à l’aise dans les négociations. Pour bien négocier, il faut comprendre le sujet sur lequel porte les négociations,  s’en approprier, se préparer en conséquence pour affronter l’employeur et avoir une tenue correcte,  du point de vue comportement et habillement. Je crois qu’il faut apprendre les techniques de négociation avant de s’y jeter.

Est-ce que l’effectif des syndicats affiliés permet à la CGTB de déclencher une grève et de bloquer à elle seule, l’administration publique ?

Non. Ce n’est pas comme cela que ça se passe. Si la revendication concerne tout le secteur de l’administration, et que vous déclenchez un mouvement de grève, ils vont suivre. Si ça concerne l’éducation et vous déclenchez, ils vont suivre. Mais du point de vue formule, ce sont les revendications d’ordre général qui amènent les confédérations à entrer en mouvement de grève. Lorsque vous parlez de l’administration, il y a ce qu’on appelle la Fédération des services publics. Ce n’est que le secrétaire général de cette fédération qui peut déclencher un mouvement de grève.

En dehors de l’effectif que vous avez élargi, quelles autres actions pouvez-vous-nous relever ?

A part cela, la CGTB a eu d’autres acquis. Ceux qui sont aujourd’hui reversés le sont grâce à la CGTB. D’abord du temps du ministre d’Etat, Amoussou Bruno, le décret portant statut juridique des agents contractuels de l’Etat. Lorsque je vois certains aujourd’hui s’agiter, je ris. La CGTB a lutté pour que ce décret soit signé et que eux, ils soient là. Je vous explique. On était en plein mouvement et la CGTB a fait des recherches  en utilisant les statuts particuliers des agents permanents de l’Etat pour dire qu’avec tel article, c’est possible. Pour la première fois, les techniciens du ministère de la fonction publique nous ont appelés, mais la deuxième fois, il a fallu l’insistance avec des décisions pour que le ministre d’Etat demande une passerelle pour régler ce problème. C’est là qu’ils ont fait référence à cet article.  Mais lorsqu’on voit ceux qu’on a recrutés jusqu’en 2008, le ministre KintAguiar, Paix à son âme a pris un arrêté pour limiter leur date d’engagement. C’est moi qui suis  allé le voir,  le décret  en mains pour lui expliquer  qu’il n’a pas raison. Résultats,  on a repris cela. Ce sont des acquis de la CGTB. Evidemment lorsque vous êtes ensemble, les acquis deviennent la chose de tout le monde.

 Echecs rencontrés durant votre parcours syndical

Il y en a  eu. Le dernier qui montre que moi, je ne peux pas signer la charte avec le gouvernement est le non élargissement des 25% aux enseignants. C’est un échec parce que jusque-là, ils n’en profitent pas. En son temps jusqu’à tard dans la nuit lors des négociations, on s’est entendu sur le quota de payement pour 2011, 2012, 2013 et 2014. Là,  on aura fait le plein pour qu’en 2015 avec les turbulences politiques, on n’arrive plus à parler de cela. On n’a jamais écarté les enseignants puisqu’ils avaient déjà leur allocation d’incitation à la fonction enseignante. Mais, ils sont des travailleurs de l’administration, donc dès lors qu’on prend une mesure,  ça concerne tout le monde, mais le gouvernement nous a tournés  en rond par la suite et les conséquences sont là, difficiles à gérer. Ça a fait payer même plusieurs syndicats. Voilà un exemple palpable d’échec.

Avez-vous déjà préparé la relève à la  CGTB ?Famille Todjinou

Si à la date d’aujourd’hui, il n’y a pas de relève, c’est grave. S’il n’y a pas de relève, je serais gêné.

Les mois d’avril et de juin 2015 ont été marqués par la tenue des élections législatives, municipales et communales.  Quelle appréciation faites-vous des résultats qui sont issus de ces élections ?

Il faut dire que les résultats ne sont pas mauvais. Mais ce qui se passe avec la Céna d’aujourd’hui me permet d’être vraiment à l’aise. En 2008, nous  avons eu deux mois pour organiser les élections. Qu’est-ce que vous n’avez pas écrit sur moi? Or, ceux qui sont là aujourd’hui ont eu un an pour organiser les élections donc six fois plus de temps que moi. Ils sont aussi arrivés au fait qu’il y a eu tripatouillage. Moi je suis à l’aise. Je suis à l’aise parce que c’est aujourd’hui que les journalistes trouvent que ces élections sont  difficiles, très complexes. Or,  c’est la première fois dans l’histoire du Bénin qu’on avait organisé les élections jusqu’au niveau local. Et c’est seulement  la Céna de 2008 qui l’a initié. Normalement, ceux-ci n’ont pas de difficultés à avoir parce que tous les fichiers des sept cents arrondissements et les 77 communes sont là. Il suffit juste de prendre les logos et de les placer. Deuxième chose, la Céna qui est là a eu tous les moyens. Mais moi j’avais quoi ? Ils me doivent encore un million huit cents mille (1.800.000) Francs comme primes. En tant que président, on ne m’a pas payé cela.

Et  pourquoi vous vous êtes tu ?

Je ne peux pas me mettre dans la rue pour ça. On dira qu’il a mal organisé les élections et il réclame encore les primes. Aujourd’hui, je suis fondé à réclamer parce que les gens ont compris que ces élections sont complexes. Or,  je n’ai eu que deux mois pour les organiser. Les autres sont installés depuis le 4 juillet 2014. C’est inconcevable. Les arguments qu’ils avancent ne sont pas, selon moi,  recevables. Il y a lieu seulement d’approfondir et de tenir compte des réalités actuelles. Surtout que pour ces élections, la circonscription électorale est l’arrondissement or les fichiers de ces arrondissements se trouvent déjà là. Le problème ne se pose pas. Cette année, il y a eu moins de logos qu’en 2008 parce que cette fois-ci, on a refusé les candidatures  indépendantes. Si vous ne passez pas par des partis politiques, vous ne postulez pas. A partir de cet instant, le champ est réduit.

Avez-vous l’impression que la Céna a organisé des tripatouillages ?

Non. Je ne vais pas utiliser le terme tripatouillage. C’est parce que les gens n’ont pas compris ce qui se passe. Quand les Procès Verbaux (PV) arrivent du terrain, c’est exclusivement ces PV que la Céna utilise. S’il y a eu tripatouillage du terrain à la Céna, ceux qui sont à la Céna ne peuvent pas savoir. C’est pourquoi ceux qui montrent les pictogrammes  ont raison. Moi je ne parlerai pas de tripatouillage. Car, Cela veut dire qu’on a pris de l’argent pour faire ce qui ne doit pas être fait, ce qui n’est pas mon cas.

Que préconisez-vous pour qu’on n’arrive plus à organiser des élections à polémiques ?

La suggestion est qu’il est temps que les gens dépolitisent les organes chargés des élections dans notre pays. Il faut absolument dépolitiser. Tous ceux qui sont là sont des politiciens sans exception.

Même la vice-présidente  qu’on connait de la société civile comme vous ?

Je dis qu’ils sont tous des politiciens. A partir de cet instant, il faut dépolitiser. Il faut que ce soit un organe technique qui soit à l’appui de nos élections. On a dit Commission électorale nationale autonome. Le «A» n’existe pas. La seule Céna qui a été autonome est celle de 2008. Nous avons tout refusé. Si je peux vous dire la pression que j’ai reçue de la présidence de la République, vous allez avoir peur de moi.

Donnez-nous des exemples concrets de pression que vous aviez reçues ?

Non, ce n’est pas le moment. Si la vie se prolonge, j’aurai le temps d’en parler.

Voulez-vous dire que le Président  vous avait  demandé de tripatouiller  les résultats?

Le tripatouillage est une manipulation des résultats réels. Je n’ai pas dit que c’est le président qui a mis la pression sur moi. Ma proposition c’est qu’on dépolitise les structures chargées de faire les élections. Deuxièmement, que les gens travaillent indirectement. Troisièmement, qu’ils travaillent de façon  impartiale.  Que ce soit véritablement les techniciens qui fassent le travail. L’expérience que j’ai acquise à la Céna 2008 est absolument riche mais les gens ont manipulé l’opinion publique contre moi. Ils ont manipulé l’opinion publique de façon forte. Même mes propres frères de Sèmè ont été manipulés contre moi. Après avoir fini de prendre l’argent, certains sont venus me dire qu’ils ont été chargés de le faire.

Est-ce  la manipulation de l’opinion publique qui a occasionné les agressions que vous aviez subies dans votre quartier  à l’époque ?

Non, ce n’est pas ça. Moi je ne peux pas connaitre l’intention de me faire disparaitre quand j’étais président de la Céna. Mais dans tous les cas, c’est qu’on a tenté par deux fois  de me faire disparaitre et ça n’a pas marché. C’est pour ça que je rends hommage à certains gradés de la Police et de la gendarmerie parce que n’eut été ceux-là, on pouvait me faire disparaitre de mon bureau. Il est arrivé à des moments donnés où on m’a habillé autrement pour me faire sortir. Le fait qu’on m’est demandé de laisser la présidence à quelqu’un d’autre et que j’ai refusé est à l’origine de ces  tentatives.

Comment appréciez-vous alors l’organisation des élections sous Boni Yayi depuis 2006 ?

C’est la catastrophe et je l’ai toujours dit. Depuis l’avènement du président Yayi, aucune élection n’a été paisible et je le dis de façon très franche. C’est mon ami. Yayi en tant qu’individu est un ami à Todjinou Pascal en tant qu’individu. Mais dès qu’il est arrivé en tant que président de la République, j’ai l’impression qu’il y a eu un système de changement. Il a amené le changement mais je ne peux pas dire si c’est ce changement qui l’a changé.

Vous estimez que Boni Yayi en tant qu’homme avant 2006 a changé ?

Ah non. Je vous le dis sans ambages, il a changé radicalement. Mais il ne peut en être autrement. Lorsqu’il est venu au Palais, il a renvoyé tous les conseillers qui étaient là. J’en  étais ravi et je m’attendais à ce qu’il fasse partir, suivez mon regard,  celui qui crois détenir  le titre foncier de la présidence. Mais on n’a pas compris pourquoi il ne l’a pas fait.

De qui parlez-vous ?

Celui qui a le titre foncier était là avant votre naissance.

Avez-vous peur de le nommer clairement ?

Je ne veux pas créer de problème à votre journal.

Dernièrement, on vous a vu faire campagne aux côtés de la mouvance. C’est un acte qui a paru incompréhensible. Qu’en dites-vous ?

Je suis contre les FCBE parce que leurs  pratiques ne sont pas orthodoxes et  sociables. C’est pour cela que lors des élections j’ai été direct en disant qu’il faut combattre tous ceux qui sont sur cette liste. Je sais ce que ça m’a couté. Mais chez moi, j’ai des jeunes  qui sont sortis volontaires  pour diriger l’arrondissement. J’ai dit que je peux les soutenir. Ce n’est pas le parti que je soutiens mais le candidat pour qu’il soit utile à mon arrondissement.

Dès lors que j’ai vu qu’il est bon pour faire le travail, je l’aide à être élu. Mon rôle s’arrête là. Ça peut être la mouvance, moi je n’en connais rien. Moi je soutiens un candidat parce que c’est du développement local qu’il s’agit. Les gens m’ont dit que je fais campagne pour FCBE. Heureusement que ce dernier a échoué sinon on dirait que j’ai contribué à l’échec d’un candidat. Et comme il a échoué, ma mission est terminée. Il ne peut plus dire aujourd’hui que j’ai travaillé pour lui pour qu’il soit conseiller FCBE. Dieu m’aide toujours.

Quelle analyse faites-vous de la  présidentielle de 2016 ?

Je ne suis pas politique et je ne veux pas me prononcer sur ce sujet. Vous avez dit qu’il y a déjà environ 45  potentiels candidats. Moi je n’en sais rien.

SG on sait que vous appréciez particulièrement une personne qui porte le même prénom que vous. Je veux parler de Pascal IrnéKoupaki.

Le premier ministre Pascal Irénée Koupaki, du point de vue négociation avec les centrales syndicales est très bon. Je dis la vérité. Depuis qu’il est sorti du gouvernement, les négociations ont toujours tangué et rien n’en est sorti.

Ce sera votre candidat pour 2016 ?

Moi je ne sais pas s’il est candidat. S’il l’est, on appréciera. C’est un homme très calme, de rigueur.

C’est le candidat de la Bourse du travail.

Ah bon ? Vous l’avez déjà vu là ?

Avons-nous  encore besoin d’un banquier à la tête du pays ?

Est-ce que c’est moi qui vais dire que j’ai besoin d’un banquier. C’est le pays.

Comment vivez-vous votre retraite ?

Bien. Et je veux inviter mes jeunes frères à préparer aussi leur retraite. Avant d’aller à la retraite, j’ai essayé de mettre un certain nombre de balises pour que lors de ma retraite, je ne devienne pas mendiant. Parce que la pension là, ne signifie plus rien. Vous aurez à peine 200 voire 250 mille Francs par mois. Et par les temps qui courent, c’est vraiment très insignifiant. Donc, moi j’ai essayé de m’organiser de manière à avoir d’autres activités en dehors du syndicat qui me permettent de tout le temps bouger. La preuve,  je vous ai dit que dès la semaine prochaine je serai hors du territoire national pour des consultations.

Quels types de consultations ?

C’est sur le plan politique et autres. Ces consultations me profitent énormément. En dehors de ces consultations, j’utilise une bonne partie de mon temps pour le syndicat.

Votre engagement syndical date environ de 1978, si on vous comprend bien ?

Non. C’est très loin çà. En 1978, je n’étais pas syndicaliste. J’étais anti révolutionnaire. Entre temps au niveau de Cotonou ici, il y avait ce qu’on appelle les comités d’action. Ce sont les structures décentralisées du parti communiste dans lesquelles on militait vraiment. Je ne suis pas communiste, mais j’y ai travaillé de façon ardente et correcte. C’est là qu’avec les camarades Mètongnon et autres, on travaillait avec l’inspiration de Pascal Fantondji. Sincèrement, voilà un homme, un cadre bien compétent. Quand vous vivez avec lui, on sent que c’est quelqu’un de bien outillé. Il a des idées formidables. Alors je peux dire que l’engagement syndical  date de l’époque révolutionnaire.

Comment cela a-t-il démarré ?

C’est à partir des comités d’action. Cela nous a permis de comprendre comment on lutte et comment on gère les résultats des luttes.

Parlez-nous de la création de la CGTB ?

La CGTB n’est pas créée comme çà. Il y avait d’abord le collectif des syndicats de l’administration publique et puis après la fédération des syndicats de l’administration publique et c’est vers 1993 que la confédération est née avec comme je vous l’ai dit 7 ou 8 syndicats.

Quelles sont les joies qu’on rencontre lorsqu’on est responsable syndical ?

On est joyeux lorsque vous luttez pour obtenir un résultat. Vous vous dites enfin nous avons pu obtenir quelque-chose. Mais on est malheureux lorsque les militants ne vous croient pas. Lorsque dans la lutte que vous menez vous obtenez un minimum, du point de vue syndical, on prend cela d’abord. Mais certains estiment que c’est parce qu’on est mouillé ou corrompu qu’on a accepté le minimum. Alors, du point de vue de l’engagement syndical, on est découragé. On se demande qu’est-ce qu’il faut faire ?

Cela vous est-il arrivé ?

Bien sûr que oui. Pas une fois, ni deux fois. Le découragement provient du fait que  le militant apprécie mal les résultats obtenus après les négociations. Je vous donne l’exemple de 2014. Il y a un concours frauduleux qui a été organisé, il y a eu remise des prélèvements sur salaires. On a fait la somme de tout cela et on s’est dit que tel qu’on avance, il faut qu’on ferme un peu. Mais nous avons été très mal compris par les travailleurs, notamment, les enseignants du secondaire. Il y a même des injures qui sont proférées à votre endroit.

Et que faites-vous ?

Les injures, on est obligé de les encaisser.

N’y-a-t-il que des injures  que vous encaissez? N’avez-vous pas aussi des avantages ?

Avantage ? Je n’en connais pas. Moi je ne suis pas salarié de la maison.

Qu’est-ce qui fait que malgré les injures, vous ne quittez  pas la tête  de votre confédération?

J’ai dit tantôt que lorsque vous arrivez à obtenir quelque-chose pour les travailleurs, vous ressentez de l’honneur.

Donc, le syndicalisme ne vous a pas permis de gagner quelque chose vous-même ?

Si. J’ai gagné des choses. Par exemple, l’augmentation de mon salaire. Avant, la valeur de l’indice salarial était minuscule. Mais, à force de discuter de cela avec les autorités, cette valeur a été revue à la hausse et cela a aussi augmenté  mon salaire.

Cela ne permet pas de positionner les cousins, cousines, neveux et nièces dans les structures ?

Le syndicat ? Ce n’est pas une entreprise à ce que je sache.

Il y a certains secrétaires généraux qui sont dans les conseils d’administrations par exemple….

Je crois qu’il y a des choses qu’il faut relativiser. Lorsque je vais à un Conseil d’administration,  qu’on me donne quelque chose et que ce n’est pas une rémunération mensuelle, c’est que cela doit être quelque-chose qui vient est une fois en passant. Autrement dit,  si c’est  quelque chose qui vient de façon occasionnelle, il faut le  prendre.  Par exemple, à votre niveau, lorsqu’on vous envoie en reportage et qu’il y a des perdiems qu’on vous paye, il faut les  prendre. C’est pour vous dire que le Conseil d’administration n’est pas une rémunération permanente.

En 2012, vous avez été mis en détention préventive par l’ex-procureur de la république, Justin Gbènamèto pour défaut d’assurance. Quels ressentiments avez-vous de cette situation ?

J’ai l’impression que c’est une persécution de la part du pouvoir, parce que le défaut d’assurance ne peut pas conduire quelqu’un de bien connu en prison. Moi je voyage. Les gens font des accidents, même mortels. Au Bénin ici, pendant que moi je croupissais à la prison, il y a des gens, un maire qui a pris le véhicule de l’Etat lui-même et a percuté quelqu’un qui en est mort automatiquement, à Bohicon. Il n’est pas allé en prison. Cela veut dire qu’l y a quelque chose qui ne va pas. Ce véhicule là même n’a pas d’assurance. Ça veut dire que, parce que c’est Todjinou, il faut l’humilier. Mais moi j’ai pris ça comme une partie de mon passage sur cette terre. Là où je me trouve ici maintenant, je n’aime pas aller au commissariat, ni à la gendarmerie et j’ai habitué mes enfants à cela.

Vous n’avez pas des enfants dans l’armée ?

Aucun. D’ailleurs, aucun d’eux  n’aime l’armée.

Avez-vous des enfants qui s’intéressent à ce que vous faites, le syndicalisme ?

Aucun. Vous savez pourquoi ? Parce qu’il fut une année où nous avons négocié et renégocié et nous avons eu 5% de l’augmentation de la valeur indiciaire pour les enseignants. Les gens ont tellement critiqué cela. Et j’avais un de mes enfants qui faisait les classes à Suru Léré, Arrivé aux cours, un professeur l’a interpelé en  ces thèmes : « toi, ton papa a pris de l’argent pour ne pas nous défendre correctement ». Après la récréation, l’enfant n’est plus parti au cours. Il est rentré à la maison et a refusé de poursuivre les cours dans cet établissement. J’ai tout dit, puisque je ne pouvais plus lui trouver un autre collège, mais il a insisté et a perdu l’année. Il a fallu l’envoyer dans le département du  Mono chez un de ses oncles pour qu’il reprenne les classes l’année suivante.

Il y a déjà vingt ans que vous êtes secrétaire général d’une confédération. Voulez-vous nous certifier aujourd’hui qu’aucun membre du gouvernement n’est jamais venu vous remercier pendant ou à la fin d’une négociation avec des pots de vin ?

Non,  non. Je vais vous donner un exemple. C’est un jour à l’issue d’une négociation que le ministre Alassane  Soumanou  a dit « monsieur Todjinou, je suis très heureux de vous. Je vais vous coudre 4 chemises lolo Andoche.» Posez lui la question s’il me les a jamais donné depuis près de 3 ou  4 ans.  C’est-à-dire  que cela dépend de votre comportement vis-à-vis de ces dits ministres. Si vous avez un comportement qui facilite la chose, cela peut arriver. Je vous donne un autre exemple. Un ancien ministre de fonction publique  m’avait invité dans son bureau un jour. D’abord je lui ai demandé si je dois venir avec les miens ? Il a dit non qu’il avait un message très important à me transmettre. Alors je suis allé. A mon arrivée, il a renvoyé tous ceux qui étaient avec lui. Vous savez ce qu’il m’a dit quand je lui ai demandé ce qu’il avait de si important à me dire ? Il a tout simplement dit qu’il m’apprécie beaucoup. Alors je l’ai remercié pour m’avoir invité pour me dire qu’il m’apprécie. De là, il m’a tendu une enveloppe et me dit, SG, c’est pour le carburant. Je lui dis, ah carburant, donc il y a des tickets valeurs dedans ? Il me dit non, c’est le carburant. J’ai refusé. Il a insisté. Et je lui ai dit ceci : monsieur le ministre, il ne faut pas faire cela. Sinon, demain, je serai votre ennemi N°1. De là, il me dit, mais les autres ont déjà pris. Je lui ai répondu que je ne suis pas les autres. Donc, je n’ai pas pris. C’est pour vous dire que cette méthode,  on connait. Et il ne faut jamais fléchir. Ce sont des pièges qui peuvent même venir des autres organisations syndicales.

Ah bon ?

Oui et oui. C’est ce que j’ai dit au président Boni Yayi en 2008. Après la CENA, on est allé au palais. Le président dit : « mais monsieur Todjinou, est-ce que  c’est digne de vous les élections que vous avez organisées ?» Je lui ai répondu : oui c’est très digne.  Mais quand cela a commencé par me gêner dans la tête, j’ai pris mon ordinateur et je lui ai écrit ceci : Excellence monsieur le président de la république ; cher ami, Pascal Todjinou est pauvre, mais il veut rester digne dans sa pauvreté. L’argent ne lui dit absolument rien. C’est resté comme cela. Et c’est pour cela qu’aucun de ses ministres ne peuvent venir me voir s’il y a quelque-chose. Et moi-même, je ne suis pas  allé  les voir. Cela ne veut pas dire que je ne vais jamais aller  les voir. Mais la probabilité pour qu’ils me corrompent est très faible.

Donc il y a la corruption dans les négociations ?

Ça peut arriver. Puisque moi, on a tenté de me corrompre. Quand on me dit les autres ont pris, est ce que ce n’est pas pour me tromper. Je n’en sais rien. C’est pourquoi nous  devons rester fermes et intransigeants devant l’argent même s’il y a pression sur nous.

Votre travail au niveau du Conseil économique et social

Nous sommes quatre là-bas. Ainsi que le patronat. Mais, ce que nous faisons, est énorme. Tous les projets de loi que le parlement vote passe par le Conseil économique et social. Nous donnons notre point de vue là-dessus. Le budget aussi passe par là. Nous donnons également notre point de vue. Nous arrivons même à imposer certaines conditions. Donc, ca, c’est un endroit particulièrement utile pour les travailleurs mais aussi pour le peuple béninois.

Une  chose est ce qui est dans le document et l’autre chose est ce que le gouvernement a pris. On peut écrire dedans qu’il faut donner les 25% aux enseignants, mais dans la mise en application, le gouvernement peut ne pas le  faire. D’où la question de crédibilité.

Vous avez éjecté votre camarade Essè Iko  du CES ?

Non. Non. Ce thème-là n’est pas bon. On ne l’a pas éjecté. C’est lui qui a voulu éliminer tous les autres. Il a voulu dribler. Si le jour où on a fait le vote pour choisir les gens, il était là, on sera obligé de le choisir. Lui, il veut avoir deux places. Il avait déjà eu à la  troisième mandature deux places. Même chose à la 4ème mandature et un texte vient maintenant pour dire qu’il n’y a pas deux places pour une organisation syndicale. Mais au lieu de courir pour aller prendre d’abord cette première place,  il dit que lui veut deux ou rien.  Comme c’est sa volonté, l’autre a levé la main et on a voté pour lui. C’est lui qui voulait nous éjecter. Et nous, nous avons lutté pour nous maintenir. C’est tout ce que nous avons fait.

 Votre conclusion ?

Je vous remercie pour l’invitation et vous demander de continuer ainsi, parce que  ce que nous venons de faire est très important. Cela m’a permis de connaitre l’équipe de l’Evénement Précis. Il y a des choses qui se racontent, par exemple l’histoire d’alternance tout comme si, il y a un temps pour l’alternance syndicale. Moi je n’en connais pas. Mes doyens du Sénégal, de la Côte-d’Ivoire et du Togo qui étaient là avant moi sont encore au poste. Je souhaite beaucoup de succès à votre institution. Merci.

TodjinouCarte d’identité : Un homme de terrain

Pascal Todjinou aime bien s’en féliciter. C’est un mathématicien, et pas n’importe lequel, un statisticien. Né en juillet 1952 à Adjohoun, il décroche son Bac scientifique en 1973. Il  passe alors le concours d’entrée au Centre international de formation statistique de Yaoundé, au Cameroun. Il est parmi les deux candidats retenus sur les 182 ayant composé. Deux années d’études au Cameroun, et le voilà qui rentre au pays non seulement pour  poursuivre ses études universitaires, mais aussi pour donner des cours au Collège Polytechnique Universitaire (CPU, actuelle EPAC). Il est ensuite recruté par l’Institut National de Statistique et de l’Analyse Economique (INSAE) où il devient  Chef division statistique.    « Moi je suis un homme de terrain, c’est-à-dire que ma qualité de statisticien n’est pas pour le bureau, dit-il. Je préfère être sur le terrain ». C’est ainsi qu’il s’est singularisé dans des enquêtes dont l’une des plus marquantes reste l’enquête « Budget et consommation » au bout de laquelle il a reçu les félicitations de la  Direction de l’Insae comme du chef de projet, un Danois. Directeur provincial de la statistique du Mono à l’époque où un certain Martin DohouAzonhiho était Préfet, il n’était pas adepte des méthodes de l’ancien ministre. « Ce qui a été surprenant pour moi, c’est qu’il m’a appelé pour être le Directeur des études et planification quand il était devenu ministre de l’agriculture ». Refus du futur syndicaliste qui ajoute : « Ce n’est pas évident que je fasse trois mois avec lui ». D’autant d’ailleurs que Pascal Todjinou détestait la vie de bureau. Son engagement dans le syndicalisme, l’homme le doit à une série de couacs qui l’ont marqué. « Il y a un des ministres qui dirigeaient le plan qui est venu tenir une assemblée générale chez nous à l’INSAE. Et tous ceux qui avaient pris la parole ce jour-là, et qui n’ont pas magnifié la révolution, ont été tous affectés. Même des doyens à moi, ont été affectés», se rappelle-t-il. Malgré les constantes affectations qu’il venait de subir, il est envoyé dans le Borgou. On était en 1987. Il rejoint son poste  malgré tout.  Et c’est là-bas, que commença en lui ce qu’il a appelé « l’inspiration syndicale ».  Mais depuis 1978, l’homme était déjà dans les Comités d’action du Parti Communiste dirigé à l’époque par Pascal Fantodji. Cette flamme syndicale le conduit à participer à la mise en place d’un Collectif des syndicats de l’administration publique qui donna naissance à la Fédération des syndicats de l’administration publique. En 1993 naît la Confédération Générale des Travailleurs du Bénin (CGTB) avec initialement sept  syndicats. Lorsqu’on lui demande quelle joie il trouve dans cet engagement au service des travailleurs, Pascal Todjinou souligne simplement qu’il a pu se satisfaire des négociations ayant abouti à des augmentations de salaires. Quant aux peines, elles sont nombreuses, notamment lorsqu’il rencontre  l’incompréhension de ses camarades dès qu’une négociation n’a pas été conclue selon leur bon vouloir.  « On est malheureux lorsque les militants ne vous croient pas », dit-il. Il rapporte même que l’un de ses enfants violemment apostrophé par son professeur en classe sur une négociation ayant abouti à 5% d’augmentation du point d’indice, décida de ne plus jamais mettre les pieds dans cet établissement et dut se résoudre à perdre cette année. En octobre 2012, il est écroué lorsque sa voiture dont l’assurance venait d’expirer fait un accident. Il s’agissait selon lui de la volonté du pouvoir de l’humilier. «Mais moi, dit-il, j’ai pris ça comme une partie de mon passage sur cette terre. »  A la retraite depuis deux ans, l’homme avoue mener une vie bien chargée pour avoir su préparer son départ. Tel un chauffeur sûr de son moteur, le syndicaliste est convaincu de laisser à la CGTB un héritage digne.

Intimité: Simple et heureux

Avec cinq  enfants, Pascal Todjinou est un père heureux. Ses loisirs, il les a presque oubliés. Footballeur puis homme de théâtre durant sa jeunesse, l’homme est aujourd’hui si occupé qu’il n’a guère de temps pour les loisirs. A table, Pascal Todjinou est adepte des mets béninois, notamment la pâte accompagnée du crincrin ou de légumes.

La Rédaction

L’Ambassadeur de la République Fédérale d’Allemagne près le Bénin Hans Jörg Neumann « Sous l’Arbre à Palabres » au siège de l’événement précis: Le doyen du corps diplomatique parle de la démocratie béninoise, du FADeC et des élections

Hans Jorg NeummannLes personnalités continuent de se succéder dans la rubrique phare « Sous l’arbre à Palabre » de votre journal. Cette fois-ci, c’est le doyen du corps diplomatique au Bénin, son Excellence monsieur l’ambassadeur de la République fédérale d’Allemagne, Hans Jörg Neumann. Extrêmement ponctuel, le 16e ambassadeur allemand au Bénin et 91e invité de ‘’Sous l’arbre à palabres’’ de ‘’L’Evénement précis’’ se prête à l’exercice. Dans des échanges à cœur ouvert, le diplomate allemand explique l’attachement de son pays aux relations avec le Bénin, notamment, à travers l’appui à la décentralisation, à l’eau potable et à l’environnement. Occasion pour lui de donner son appréciation sur la gestion du fonds Fadec dont l’Allemagne est l’un des grands contributeurs et surtout d’évoquer les progrès réalisés par le Bénin ces dernières années et qu’il a notés comme étant des pas importants. Son opinion de la presse béninoise, les rapports des Béninois à la ponctualité et à l’environnement ont aussi été abordés. Enfin, un coin de voile a été levé sur le jardin secret de ce grand amateur d’art moderne et de littérature, amoureux de l’ananas béninois ‘’pain de sucre’’.

Et si on en parlait

Comment se portent justement les relations bénino-allemandes?
Je dois d’abord avouer qu’être ambassadeur d’Allemagne près le Benin est une tâche agréable  parce que notre coopération bilatérale se porte très bien. Nous avons des relations amicales et étroites, guidées par un véritable  esprit de partenariat entre les deux pays. Je me sens bien dans cette relation contrairement à d’autres ambassadeurs qui rencontrent assez de difficultés dans d’autres pays. La politique bilatérale doit être vue dans le contexte de la politique d’Allemagne envers toute l’Afrique.  Cette politique  repose sur une vision réaliste du continent. Fondée sur des valeurs universelles en étant guidée par ses propres intérêts, l’Allemagne a toujours souligné que les Africains sont les premiers responsables de leur continent. C’est un partenariat sur un pied d’égalité!! La coopération entre l’Allemagne et l’Afrique se concentre sur six domaines clés guidée par nos valeurs et nos intérêts, à savoir, la paix et la sécurité, la bonne gouvernance et l’Etat de droit ; l’économie, le climat et l’environnement, l’énergie et les matières premières, et bien sûr, le développement, l’éducation et la recherche.

Quels sont les domaines prioritaires de cette coopération ?
Depuis 1960, mon pays est représenté au Bénin.  Je suis déjà le 16ème  ambassadeur allemand. Notre coopération a commencé pratiquement avec l’indépendance et a évolué sans interruption même dans les périodes difficiles. C’est un partenariat de première qualité marqué par le respect mutuel, la confiance et une franchise qui permet d’aborder tous les acquis et les défis. Il existe des liens étroits dans beaucoup de domaines (culture, universités, économie). Pourtant, le secteur de la coopération bilatérale est le plus important. Depuis des années, notre engagement a couvert un grand nombre de secteurs comme l’aménagement des forêts, la santé, l’éducation, l’infrastructure ou l’approvisionnement en eau. Actuellement, nous nous concentrons sur trois pôles prioritaires : appui à la décentralisation et aux communes, soutien au secteur agricole et à la protection des ressources naturelles ainsi que l’accès à l’eau potable.
Comme dans le passé, aujourd’hui, de nombreux experts allemands travaillent au Bénin dans beaucoup des structures telles que la GIZ  (coopération technique avec un personnel de plus de 200 personnes), la KfW (coopération financière), les fondations politiques et de nombreuses ONG.  De plus, il existe un grand nombre de relations de base entre des communes allemandes et béninoises. Les relations personnelles sont un complément important  à la coopération officielle. J’aimerais aussi souligner que l’Allemagne  souhaite que le peuple béninois ait la certitude d’avoir l’Allemagne comme  ami en Europe; un ami qui a fait preuve de bonnes relations  à travers des actions concrètes et  non pas seulement par des mots. Nous voulons laisser des traces visibles au Bénin par le biais de nos projets de coopération.

Quelles sont les grandes phases de cette coopération ?
Avec nos partenaires internationaux et les partenaires béninois, les progrès dans le secteur eau sont encourageants.  Nous sommes aussi très contents en ce qui concerne la décentralisation.  Mais il y a aussi des champs avec moins de succès.  Quand je vois les listes pour les législatives, je dois constater que notre lutte pour encourager les femmes du Bénin de se présenter aux élections n’a pas encore produit assez des fruits.  Les hommes n’ont pas encore montré leur volonté de leur céder assez de places sur les listes. Autre point. En Allemagne, on travaille avec beaucoup de rigueur. Nous aimons que les rendez-vous commencent à l’heure et que les délais convenus soient respectés.  Nous avons des partenaires béninois avec lesquels ça marche bien mais malheureusement aussi des partenaires avec lesquels il y a encore de grandes possibilités d’amélioration.
Sur le plan politique, la coopération est encourageante. Le Bénin a fait preuve d’une expérience encourageante de respecter les règles démocratiques depuis plus de vingt ans. Sa politique extérieure était marquée par le souhait d’un bon voisinage et de coopération avec les autres pays. La taille d’un pays et surtout son poids politique jouent certainement un rôle. Mais pour résoudre les problèmes internationaux, il faut d’abord la confiance des autres. Ce sont souvent les petits pays qui ont fait preuve de capacités. Dans l’Union européenne, il y avait des présidences remarquables de nos partenaires de petite taille. Le Bénin soutient souvent, sur le plan international, des projets ou des candidatures allemandes.

Que gagne la République fédérale d’Allemagne de sa coopération avec le Bénin ?
Comme je viens de le dire, le Bénin est un partenaire fiable sur le plan international.  En ce qui concerne la qualité de partenaire économique du Bénin,  nous espérons que notre soutien va changer le Bénin en partenaire riche qui va acheter nos marchandises.  Evidemment, la coopération avec une grande assistance financière doit prendre fin un jour et doit se changer en partenariat économique.

A combien est estimée la communauté allemande vivant au Bénin ?
A peu près 200 personnes (y compris le personnel de l’ambassade et le personnel des institutions allemandes et leurs familles).

Les investisseurs allemands au Bénin se sentent-ils en sécurité au Bénin ?
Le Benin est un pays avec une sécurité générale beaucoup plus développée que dans certains pays de la région.  La paix sociale, la paix religieuse est encourageante.  En ce qui concerne la sécurité économique, le Bénin est déjà avancé dans les dernières années. Dans l’index de « Doing business », nous avons pu constater une progression.  Mais malgré les progrès considérables,  il reste encore un long chemin pour un climat d’investissement qui va vraiment attirer les hommes d’affaires allemands. Je parle notamment, d’un système juridique et d’une administration performante.  La lutte contre la corruption a juste débuté.

Qu’est-ce qui justifie l’intérêt que vous portez à ces axes de la coopération allemande au Bénin ?
On doit dire une chose. Il y a plusieurs motivations pour l’Allemagne dans son engagement à investir en Afrique. Nous avons des principes qui nous guident. Nous sommes des lobbyistes pour notre pays. Si on travaille au Bénin, on a des objectifs. C’est de Gaulle qui a dit un jour que « les Etats n’ont que des intérêts ». Et c’est vrai. Maintenant quel est notre intérêt ? On a constaté que le continent africain est un continent de stabilité où l’économie peut fonctionner. C’est bien évident que nous voyons en ce moment des milliers de réfugiés qui vont vers l’Europe à la recherche d’un environnement plus favorable économiquement. Donc, c’est dans notre intérêt que dans tous les pays d’Afrique, les gens trouvent des conditions favorables pour rester chez eux. En ce moment, l’Allemagne a déjà un très grand nombre de réfugiés politiques.

A combien peut-on évaluer le volume de l’investissement allemand au Bénin ces deux dernières années et pour les cinq prochaines années ?
Je peux constater que plus de 900 millions d’euros ont été investis au titre de la coopération financière et technique au Bénin pendant les cinq  dernières décennies. Tous les trois ans, les grands axes de la coopération bénino-allemande sont déterminés dans des pourparlers bilatéraux.  Ce sont, tout d’abord, nos partenaires béninois qui proposent les projets concrets. Pour la période en cours -  2014 à 2016  – notre coopération prévoit un investissement de 105 millions d’euros. Malheureusement les investissements des entreprises privées sont très rares au Bénin. Un des rares investisseurs d’une taille importante est Heidelberg Cement qui travaille au Bénin avec le nom CIMBENIN.  Les exportations du Bénin en Allemagne en 2013 sont inférieures à un million d’Euros. Les importations béninoises ont eu une valeur de 93 millions d’Euros.

Pour vous qui observez le Bénin depuis près de quatre ans bientôt, quels sont les progrès que vous avez notés dans le développement du pays ?  
J’ai déjà mentionné les progrès dans le secteur de l’eau. De même, il y a entre autres un certain progrès dans quelques secteurs d’infrastructures comme l’approvisionnement de l’électricité ou de l’internet.  La décentralisation, un facteur majeur pour inclure les communes dans la lutte pour le développement a progressé.  Via le Fonds FADEC, le pourcentage des moyens financiers a  augmenté lentement, mais constamment.  Evidemment, le processus d’organisation des élections législatives et surtout communales était trop lent. Mais, finalement nous avons des dates.

Quelles sont justement les leçons que l’Allemagne a tirées de la gestion  du FADEC ?
Vous touchez là un point très important et cette question m’a été déjà posée à plusieurs reprises. Simplement parce que cela fait déjà beaucoup plus de 10 ans qu’on est actif dans ce domaine d’appui. Mais, on ne doit pas oublier que la décentralisation n’est pas un processus d’aujourd’hui à demain. Il faut durer dans le temps pour installer ce système. Donc, on doit tout d’abord être patient. Si j’observe les réalisations en 10 ans, on ne peut pas dire que des progrès n’ont pas été enregistrés. Pas autant qu’on le souhaitait, mais il faut dire qu’il y a un effort. Aujourd’hui, quand je rends visite aux communes, je constate qu’il y a beaucoup plus d’intérêt de gestion de la part des maires. Et l’instrument qui est vraiment l’instrument clé, est le FADEC. Evidemment, l’Etat central hésite un peu à remettre cet argent que l’Allemagne et les autres partenaires donnent chaque année pour ce fonds. C’est un peu notre bébé parce que c’est évidemment vrai que celui qui a l’argent a le pouvoir. Mais on doit constater que, chaque année, il y a un tout petit pas en avant. Même si le budget n’est pas encore satisfaisant, on avance. Il faut remarquer qu’on entend souvent l’argument que les communes n’ont pas assez de gens qualifiés pour gérer ces fonds. Et les maires, à juste titre, répondent que pour former les gens, il leur faut de l’argent. C’est vrai qu’il y a de petits problèmes. Il y a eu récemment un audit effectué par le parlement. On a retenu qu’il y a  des points corrects, mais on ne doit pas être trop strict simplement parce que c’est encore un processus. C’est un travail en construction. Je dirai en général que la décentralisation avance et il faut avoir de la patience et je suis très confiant que ça va s’améliorer progressivement. Mais n’attendons pas des miracles d’un jour à l’autre. C’est comme avec la démocratie béninoise qui est grandissante. Il faut de la patience.

Etes-vous satisfait ?
Oui, et nous avons notre façon de contrôler les progrès. La GIZ est très active sur le terrain. Je crois que le 31 mai 2015, il y  aura un changement et un certain nombre des gens que  nous avons formés vont sortir. Ce qui est normal. Mais il y a les fonctionnaires qui restent. Ils ont appris et doivent savoir comment gérer un budget. Ils doivent veiller par exemple parce que le FADEC n’est pas pour acheter des véhicules aux élus locaux, mais pour construire des écoles, des hôpitaux et autres.

Les élus locaux sont en colère après le rapport des députés, qu’en dites-vous ?
Il faut comprendre que les députés n’ont pas fait un mauvais travail, mais plutôt  un travail peut être un peu trop détaillé. Il y a quelques maires qui se sont plaints que la chose est politisée. Mais en général, c’est une bonne chose que le parlement s’occupe d’un tel audit. C’est aussi normal que les maires réagissent sur le traitement. Pour résumer: Je pense que c’est un bon jeu démocratique.

Quel est le montant déjà investi par l’Allemagne  dans le FADEC ?
Je ne peux pas vous le dire exactement pour le passé.  Mais entre 2006 et 2014 nous avons dépensé à peu près 14,5 millions d’Euros. Ensuite la coopération allemande a accordé à nouveau en 2014 à peu près 15 millions d’Euro pour le FADEC pour les années 2015 et 2016.

En votre qualité de doyen du corps diplomatique, vous aviez, le 23 janvier 2015 à la présidence de la République, affirmé que le Bénin a fait des progrès énormes. De quels progrès parliez-vous ?
Ce sont justement les progrès dans les secteurs du développement. Les progrès pour les investisseurs constatés par le rapport « Doing business ».  La participation du Bénin sur le plan politique international et sa volonté de s’engager, par exemple, contre la peine capitale. Des projets pour améliorer les infrastructures sont en cours.

Les voix s’élèvent pour réclamer plus de liberté d’expression sur les médias du service public. Pensez-vous que cette liberté n’existe pas ou que le gouvernement utilise plus les médias du service public que les autres forces politiques ?
En Allemagne, il existe des lois concrètes pour les médias du service public.  Gouvernement et opposition ont les mêmes droits de se prononcer pendant une campagne électorale. Le nombre des publicités électorales auxquelles les partis ont droit dépend de leurs résultats lors des dernières élections.  Evidemment, nos médias du service public ont le devoir d’organiser des discussions où chaque parti, d’un certain poids, a la chance de participer.  Je suis optimiste que la HAAC va jouer son rôle et va veiller à un accès équilibré aux médias de service public pendant la campagne électorale.

Les  progrès  qu’on accroche à la démocratie béninoise  suffisent-ils pour  en conclure qu’elle se porte bien, selon vous ?
La démocratie béninoise est encore jeune.  Les institutions nécessaires pour le fonctionnement d’une démocratie existent et travaillent. La Cour constitutionnelle  fonctionne. Finalement, les élections sont en cours. Les droits de manifester sont respectés; la presse est libre, les droits humains sont respectés.  Malheureusement – faute de moyens financiers – il y a encore des lacunes. J’espère que le déroulement des élections prochaines  va montrer que tous les acteurs vont jouer leur rôle. Le Bénin a bien joué son rôle de président de l’Union africaine, et c’est ça qui montre qu’il y a beaucoup de talent politique.

Dans quel domaine il y a encore des choses à corriger ?
Je peux encore souligner qu’à mon avis, la démocratie est en marche. J’ai déjà mentionné, le quatrième pouvoir, la presse doit être renforcée, surtout les médias financés par les contribuables doivent être beaucoup plus ouverts à tout le monde et non pas  être réservés uniquement pour les actions du Gouvernement. Là aussi, on doit faire des progrès pour que le quatrième pouvoir puisse progresser. Au niveau de la justice qui est un pouvoir élémentaire, j’ai déjà mentionné que le système judiciaire doit être amélioré et c’est aussi une question d’argent. Et, j’ai constaté que le groupe de PTF qui s’investit dans ce domaine a constaté qu’il y a manque de moyens dans beaucoup de tribunaux. Pas moyen pour tout juge de voir toutes les décisions rendues dans un certain cas et dans les autres tribunaux en deux ou trois clicks et de pouvoir comparer au cas qui se présente à lui. Il faut également une bibliothèque électronique pour les juristes et voir comment ça pourrait aider dans le travail. C’est aussi très  important et ce sont des choses à améliorer. Je voudrais parler d’un sujet qui m’a particulièrement marqué dans toute l’Afrique. C’est cette mentalité  selon laquelle le vainqueur prend tout. Ça veut dire que les minorités ne sont pas protégées et  une démocratie dépend fortement de la manière dont  la minorité ou l’opposition est incluse dans le processus politique. Si je prends les commissions au niveau du parlement, ce sont tous des politiciens de la majorité. Chez nous, c’est selon les pourcentages de vote, les partis ont le droit de prendre la présidence d’une certaines commission. Le président de l’Assemblée nationale, avec chaque parti, selon leur poids, a droit  à un vice-président et c’est clair que les minorités sont respectées. Ici, c’est très important qu’il y ait des mécanismes appliqués afin que l’opposition puisse  être beaucoup incluse dans le processus de décision.

Dans quel domaine la démocratie  béninoise bégaie-t-elle, selon vous ?
Le rôle des medias est d’une importance majeure comme organe de contrôle des autres institutions. Mais ce contrôle a un prix. Si on veut avoir des journalistes indépendants et des journaux de qualité, on doit payer des salaires qui garantissent cette indépendance. Les droits de l’opposition doivent être respectés. L’art de compromis doit être appris de manière que tout le monde se retrouve.  Une opposition doit toujours être constructive.

Vous voulez donc dire que la démocratie n’est pas la dictature des plus forts ?
Ça, c’est bien clair, une dictature n’est jamais une démocratie et une dictature n’est jamais plus forte. La démocratie, c’est bien sûr le système où la majorité prend les décisions mais les droits de la minorité doivent toujours être pris en compte parce que c’est évidemment la minorité d’aujourd’hui qui peut être la majorité de demain. Et si vous les traitez de manière inappropriée, est-ce qu’ils vont être meilleurs ?  Non. Donc, si je vois en tant qu’opposition que mes droits ont été respectés, alors, je ferai en sorte que les droits de l’opposition soient respectés lorsque je serai dans la majorité. Donc, les mots dictature et démocratie s’excluent.

Vous êtes l’un des ambassadeurs qui ont demandé au Gouvernement d’écouter davantage son opposition. Quels sentiments vous ont animé au soir de la marche de l’opposition et de la mouvance ?
Comme les autres ambassadeurs, j’étais soulagé quand les manifestations de l’automne passé se sont bien déroulées. Tout le monde – gouvernement comme opposition – a bien respecté les règles.  J’espère de même que cet esprit va être gardé pour la période des élections.  Heureusement au Bénin, on ne doit pas se poser la question de savoir combien de morts il y aura pendant la campagne électorale (comme c’est le cas dans quelques pays de la région). Je crois qu’on sent depuis un certain temps la volonté sincère du Gouvernement de discuter avec l’opposition. Prenons l’exemple de l’ORTB. Il y a maintenant plusieurs émissions qui incluent l’opposition. Il y a donc un vrai débat.

Le Bénin aborde un cycle d’élections, législatives, communales et locales puis présidentielles ; avez-vous des craintes pour la démocratie béninoise ?
La démocratie béninoise n’est pas encore parfaite mais le Bénin a montré depuis 1990 qu’il y a une grande volonté de faire avancer cette démocratie.  J’étais très soulagé quand les dates pour les élections 2015 ont été fixées. Maintenant j’espère que la campagne électorale et les élections vont se dérouler dans un esprit démocratique. …. Je crois que tout comme les législatives et les communales dont les dates sont connues et sont en cours, les élections présidentielles également vont respecter les délais constitutionnels. Il y a un dialogue entre les différents partenaires, pas aussi intense comme on le souhaiterait, mais il y a quand même un dialogue. Nous allons maintenant observer comment les élections vont se dérouler   avec beaucoup d’intérêt. Est-ce que nous aurons les résultats le 26 avril ? Est-ce que ce sera un résultat accepté par tout le monde ? Est-ce que les gens ne vont pas se battre ? Mais ici, il y a une chose dont on est content. On n’a pas à craindre ou de discuter le nombre de morts pendant le processus comme dans certains pays de l’Afrique, où on a peur de compter des centaines de morts à cause d’une élection. C’est une chose que j’aime beaucoup, donc, pour le dire en une phrase, la démocratie au Bénin est encore jeune et fait tout le temps des pas en avant.

La Liste électorale permanente informatisée (LEPI) que votre pays a contribué à financer est-elle, selon vous, une source de fiabilité électorale ?
La LEPI de 2011 était financée en grande partie par des PTF.  Sa correction a été financée à 100 pourcent de l’Etat béninois.  Malgré ses lacunes, la Lépi de 2011 n’était pas mauvaise. Les PTF espèrent qu’elle peut être une base fiable pour les élections. La lépi de 2011 n’était pas mauvaise. Il y avait des lacunes, il y avait le besoin de corriger. Mais déjà en 2011, elle était beaucoup plus fiable au Bénin que ce qu’on a trouvé dans d’autres pays africains. Je suis sûr que la Lépi que nous avons en 2015 ne sera pas aussi parfaite. Il y aura probablement encore une fois quelques oubliés, mais c’est une très bonne base pour une élection. Donc, c’est un bon signe après toutes les discussions que maintenant, le résultat est présenté. Ça a duré beaucoup plus longtemps. C’est vrai, mais les élections seront sans pression. On ne doit pas regarder en arrière, on doit regarder devant. Mais, on ne doit pas oublier, c’est un document sur lequel on doit travailler tout le temps, prendre  en compte les Béninois de l’extérieur. Chaque année, il y a des changements, les gens vont se déplacer, et là, j’espère qu’on ne va pas répéter l’erreur de 2011 et travailler sur une Lépi pendant trois ans. Vous avez maintenant un Cos-Lépi qui doit continuer à travailler parce que, pour les présidentielles, il y aura encore quelques changements. On doit être capable de travailler avec des documents pour que dès qu’on a une élection, ils soient prêts. Donc, travailler avec la Lépi, c’est que tout le monde doit faire de son mieux  pour que ça reste un instrument permanent.

Il parait que vous étiez fâché lorsque des politiciens béninois ont soutenu que la Lépi de 2011 n’existait pas et que c’est maintenant que le Bénin est en train de réaliser sa Lépi ?
Fâché et choqué  ne sont pas des mots qu’on utilise en diplomatie. Mais, nous étions un peu surpris de l’ampleur de cette discussion lorsque nous avons entendu que la Lépi existe. On peut dire qu’il y a des choses à corriger. Les PTF n’étaient pas fâchés ou choqués, mais nous avons toujours dit notre mot qui est que la Lépi existe malgré le fait qu’il faut l’améliorer.

C’est cela qui a fait que vous êtes resté à l’écart du financement de sa correction?
Ce n’est pas une surprise. On a discuté sur cette question et on a dit que nous avons porté notre assistance pour que la Lépi soit là. C’est bien de le faire, mais on ne va pas recommencer. Nous sommes finalement très contents de savoir que tout s’est bien passé. Nous sommes contents que le Bénin ait pu corriger sa Lépi sans notre assistance directe. La preuve que c’est faisable. La preuve que le Bénin n’a pas toujours besoin des PTF  quand il est en difficulté.

Donc, vous donnez raison à celui qui disait à la remise de la Lépi à la Céna  que c’est celle de 2011 qui a été corrigée !
C’est très bien que cette fois, il y ait eu plus de transparence. Je reconnais qu’il y avait eu des problèmes de communication en 2011 sinon, on aurait pu épargner certaines polémiques.

Vous avez décliné l’appel de la CENA par rapport au financement de son budget pour les élections !
Nous sommes très favorables à tout le travail que la CENA fait. Le PNUD a envoyé une délégation à la Céna pour voir comment elle s’organise et quels sont ses besoins pour le bon déroulement du processus. Donc, nous avons discuté de cela avec la CENA pour voir les défis qui restent à relever. Mais, là encore, nous avons compris que le Bénin peut encore gérer les difficultés de la CENA. Maintenant, il est beaucoup plus facile aux PTF de financer une institution béninoise si les demandes viennent à temps. Si la demande arrive, on échange entre nous. L’Union européenne demande ce que chacun peut faire. Mais si la demande est venue il y a quatre, cinq ou six semaines, l’Allemagne a son budget certes mais il y a des gens dans les autres pays en période électorale qui ont fait leur demande il y a un an. Et les autorités allemandes ont fini de distribuer les fonds qui sont prévus pour l’aide aux pays en développement.  Donc, comprenez que malgré la volonté des PTF, ils ne puissent pas répondre favorablement à toutes les sollicitations. Si le cas est urgent ou grave, le PNUD va appeler l’Union européenne. On va discuter et essayer de faire quelque chose.   C’est une question d’argent. C’est une question de matériel et la CENA doit faire un plan détaillé de tout ce qui doit être fait et nous allons observer et voir par quel moyen nous pouvons peut être l’accompagner. On ne peut pas dire non. C’est pensable que nous pouvons peut-être l’accompagner, mais il faut encore des clarifications.

Le débat sur la révision de la constitution agite l’opinion publique béninoise ; L’Allemagne suit-elle ce débat ?  
Evidemment l’Allemagne – comme tous les PTF – suit les discussions concernant la révision de la constitution.  La loi fondamentale de l’Allemagne – notre constitution – est un document vivant qui est amélioré si nécessaire. Sauf les règles fondamentales,  tous les articles peuvent être changés avec la majorité nécessaire.   Comme ça, il y a eu déjà de nombreux changements.   Pour l’Allemagne une révision d’une constitution est donc quelque chose de tout à fait normal. Je ne crains pas pour le Bénin un scenario à la burkinabè.  Le Bénin a – comme la constitution le prévoit – une alternance régulière.  Le président Boni Yayi a répété maintes fois qu’il respecte la constitution et qu’il va partir quand son mandat sera terminé.  J’ai confiance en sa promesse. Je suis convaincu qu’un scenario à la burkinabé  ne va pas se produire au Bénin. Je ne pense pas que la majorité des Béninois accepteraient qu’un président ne respecte pas sa parole. Votre Cour constitutionnelle a été très claire dans sa décision, on ne touche pas aux fondamentaux de la constitution. Et je suis d’avis que ce serait choquant s’il y avait un changement de constitution. Maintenant, est-ce qu’il y a possibilité que les choses se passent comme chez les voisins ? Non, je ne pense pas. Les conditions ne sont pas les mêmes et le Bénin, depuis l’avènement de la démocratie, a vu plusieurs alternances au pouvoir. Vous n’avez pas eu un président qui s’est éternisé au pouvoir. Le président Boni Yayi n’a rien fait qui soit contraire au respect de la constitution. Je crois que le Bénin n’a pas à regarder ce qui s’est passé au Burkina Faso et qui est un exemple pour tout le continent. Les hommes politiques béninois sont bien mûrs et ont observé avec attention ce qui s’est passé à côté et ont déjà dit que ça ne peut pas se passer au Bénin.

Qu’est-ce qui vous a marqué depuis que vous séjournez au Bénin ?
Positivement, la bonne coopération bilatérale entre nos deux pays. La facilité d’accès aux responsables politiques. L’amabilité du peuple béninois. Négativement, la pollution et la négligence des peuples de protéger leur environnement, le non-respect les dates de rendez-vous et le gaspillage.  Pendant la visite du pape Benoit  XVI en 2011 j’ai eu la preuve que les Béninois sont capables d’être à l’heure et de soigner leur ville. Mais après le départ du pape, cette discipline a disparu à nouveau.

Pensez-vous que la démocratie béninoise peut atteindre la démocratie allemande ?
J’ai l’espoir que la démocratie béninoise va de plus en plus s’améliorer. Il y a beaucoup de choses qui doivent encore s’améliorer. Vos partis politiques ne sont pas encore comparables avec les partis politiques allemands qui ont un profil clair. Beaucoup d’électeurs ne savent pas la différence d’un parti à un autre. Quel est le programme de tel ou tel parti ? Il n’y a pas de parti sauf  le parti  communiste qui a un programme qui se distingue vraiment des autres. Il n’y a pas un parti écologiste. Il n’y a pas un parti libéral ou socialiste, conservateur. Or, il faut tout ça pour  une démocratie qui fonctionne. Mais, j’en suis sûr, le Bénin va avancer.

Avez-vous le sentiment que la pauvreté recule réellement vu l’aide et tout le travail d’accompagnement que vous faites à l’endroit du Bénin ?

Cette fois, je vais utiliser le mot ‘’choqué’’ parce que j’ai circulé et j’ai vu des gens qui n’ont pas l’électricité, qui n’ont pas l’eau courante, ni d’infrastructure médicale. Ce qui veut dire qu’il y a au Bénin des gens qui meurent pour des maladies alors que cela ne devrait pas être le cas. Vous avez vu le dernier rapport de l’Unicef. Il y a encore la malnutrition. J’ai vu très peu de  gens qui ont vraiment faim mais  j’ai également vu des gens qui sont malnutris. J’ai vu dans le Bénin profond que le système éducatif a fait des progrès mais il reste encore beaucoup de choses à faire aussi longtemps que les gens n’ont pas une formation de base, aussi longtemps que c’est encore possible d’acheter parfois des voix dans une élection à 2000 francs Cfa.   Parce que, pour certaines personnes en difficulté économique, une élection est une grande possibilité de gagner un peu d’argent pendant les élections. Là aussi, ce sont les lacunes d’une démocratie. Donc, le Bénin avance parce qu’il y a beaucoup d’écoles dans les campagnes, mais il faut encore beaucoup plus d’enseignants et de professeurs qualifiés. Il faut un système de santé beaucoup plus approfondi. La différence entre l’élite béninoise et celle qui n’a pas la formation ou l’accès à la vie citadelle est trop grande. L’écart est trop grand.

Que reste-t-il à améliorer au Bénin?

A partir des choses que j’ai déjà mentionnées, il y a quelque chose qui m’a marqué. C’est qu’il y a beaucoup de Béninois et de Béninoises qui n’ont pas conscience de leur environnement. Quand je vois des gens brûler des ordures, et ne savent pas ce que ça crée autour d’eux, je crois que dans ce domaine il faut encore beaucoup sensibiliser. La circulation béninoise est aussi un problème. Je me demande si tous ceux qui circulent à longueur de journée savent le faire sur des bases réglementaires.  Et là, le nombre de victimes m’a beaucoup frappé et je suis très inquiet parce que ça se produit tous les jours. C’est une bonne chose si certains participants à la circulation écrivent sur leurs voiture ou motocycles que c’est Dieu qui les protège mais ils doivent aussi assister Dieu avec leur comportement pour éviter des accidents.

Carte d’identité: « Je suis un refugié de base »

Né à Berlin Est en 1956, Hans Jorg Neumann est juriste de formation. L’homme qui a 27 années de diplomatie à son compteur a la particularité d’avoir été au cœur même d’un des grands moments de l’histoire du 20ème  siècle. Il avait, à peine trois ans, quand ses parents s’enfuient avec ses frères et lui, de l’autre côté à Berlin Est. Le Mur de Berlin n’était pas encore érigé. « Mes parents se sont enfuis en 1959 parce que mon père qui travaillait à l’université de Berlin, s’est aperçu que la direction politique de l’Allemagne de l’Est n’allait pas dans la direction qu’il souhaitait », dit l’homme qui se définit lui-même comme « un refugié de base». C’est de l’autre côté du Mur, dans une ville près de Francfort que Hans Jörg Neumann fera ses premiers pas à l’école. Il y a d’ailleurs gardé des attaches, puisque sa mère et ses frères y vivent toujours. Son baccalauréat en poche en 1975, il décide de devenir professeur, mais son père l’en dissuade à cause du peu de débouchés qu’offre cette profession à l’époque. Après son service militaire, ses grades lui donnant la possibilité d’embrasser le domaine de son choix, il décide de devenir juriste, sans grande conviction, après qu’un ami lui annonce vouloir le devenir lui-même. Il y prend goût. « Comme je n’avais pas une idée de ce que je voulais vraiment faire, j’ai commencé avec la jurisprudence. Finalement j’ai aimé ce que j’ai fait ». Les villes de Francfort et Lausanne (en Suisse) marquent son cursus universitaire. Après avoir passé une année comme avocat, il commence sa carrière de diplomate. Le choix de la diplomatie s’était imposé à lui lors d’un séjour aux Etats-Unis dans le cadre d’un programme d’échanges entre 1973 et 1974. « C’est pendant cette année-là que j’ai décidé de travailler dans le champ international ». Après deux années passées à Bonn, « très fier », il rejoint Le Caire pour son premier poste à l’étranger. Il passera au total quatre ans en Egypte avant de revenir en Allemagne où il se voit responsabiliser pour tous les pays du Maghreb, de la Mauritanie jusqu’en Egypte. Entre 1996 et 1998, il occupe le poste de consul de l’ambassade d’Allemagne en République Tchèque. Retour ensuite à Berlin, devenue la capitale après la chute du Mur.  Il y travaille comme responsable à la direction du droit de travail, du droit social et s’occupe également de tous les problèmes des Allemands en difficulté à l’étranger. En 2001, les Etats-Unis l’accueillent en tant que conseiller politique à Washington.  C’est à ce poste qu’il vivra les attentats du 11 septembre. Il en parle avec une émotion à peine voilée plus de 13 ans après. « Je suis arrivée 6 semaines avant le fameux attentat de New-York.  J’ai vu à Washington de mes propres yeux le Ministère américain de la Défense brûler, parce que notre ambassade avait une vue sur l’édifice. J’ai vu personnellement cette attaque. C’était très difficile ». Après un séjour de trois ans comme numéro deux à l’ambassade d’Allemagne à Bucarest, il rentre en Allemagne et est nommé inspecteur au Ministère des Affaires étrangères. Certains collègues critiqués n’en garderont pas que de bons souvenirs : « J’ai fait des audits dans tout le monde, à une cinquantaine de postes. Comme j’étais quelqu’un qui a pris très au sérieux son travail, il y avait parfois des critiques que les collègues n’ont pas aimé ». Après cet épisode, il revient en Afrique, mais au sud-Sahara, plus précisément au Bénin où il est en poste jusqu’à cet été où il aura totalisé près de quatre années.

Intimité: Un grand amateur de culture

Divorcé avec trois enfants, Hans Jorg Neumann est un grand amateur de culture. L’art moderne, la musique et surtout la littérature captent son attention. Le summum, pour lui, s’installer confortablement dans un fauteuil, un cocktail et tout un grand nombre de livres qu’il lira l’un après l’autre. Sportif amateur de football, il fait partie de l’équipe de foot de l’ambassade. Il est resté très fidèle, depuis l’âge de 6 ans au club Eintracht Francfort. A table, il n’est pas difficile et est incapable de résister s’il aime un plat. Il adore le poisson de mer fraîchement pêché, les fruits et légumes du Bénin. Pour lui, l’ananas béninois ‘’pain de sucre’’ est le  meilleur au monde.

déclaration « Sous l’Arbre à Palabres » de Irénée ZODEKON, Chef d’arrondissement de Dovi au siège de l’événement précis: « Un maire doit être à l’écoute de sa population »

Zodékon Irené90ème invité de la rubrique ‘’Sous l’arbre à palabre’’ de votre quotidien l’Evénement Précis, le chef d’arrondissement de Dovi dans la commune de Zagnanado, Irénée Hounmènou Zodékon, a dressé le bilan de ses activités. Au cours de l’entretien, le conseiller communal a notamment décrié la manière dont sont gérées les ressources et l’administration locale de Zagnanado depuis l’ère de la décentralisation. Membre du parti UPD Gamèsu, Irénée Zodékon justifie la démission de ce parti des Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE) et estime qu’il accompagne le président Boni Yayi jusqu’à la fin de son mandat en 2016.

Et si on en parlait

Que retenir de votre bilan en tant que chef de l’arrondissement de Dovi ?
J’ai l’habitude de dire que le CA de Dovi que je suis, représente l’exception. Je le dis parce que les ONG de l’arrondissement de Dovi, à savoir, CEPAG et l’association de développement de tout Dovi ont constaté qu’au cours de la première mandature, il y a eu assez de laisser-aller. Et les gens ont dit que, pour qu’on puisse être CA, il faut faire un test à la base comme pendant la révolution. Cela suppose qu’on juge les gens devant toute la population. C’est ce que la population de Dovi a voulu rééditer en demandant à tous les candidats potentiels de venir plancher suivant un projet de développement pour une durée de cinq ans. Ce n’était pas facile. Nous étions huit candidats et chacun a expliqué son programme d’activités. D’après les textes qui régissent la décentralisation, il est dit que les critères pour être candidat, c’est qu’on doit savoir lire et écrire. A mon avis, c’est un péché que nous devons relever, parce que le Béninois n’aime pas la révision. Pour moi, réviser les textes qui régissent la décentralisation doit commencer par là. Dire qu’il faut savoir lire et écrire pour être candidat, c’est mauvais. C’est de là que ceux qui ne peuvent pas initier un programme d’activités ont été éliminés. Il ne restait que deux candidats. Moi j’ai conduit mon programme d’activités et extrapolé. Je me suis dit que si je deviens chef d’arrondissement, et surtout maire de la commune de Zagnanado, je peux mettre à exécution mon programme d’activités. Mon programme d’activités a pu couvrir les secteurs vitaux de notre économie, à savoir, le secteur éducatif, le secteur routier, le secteur agricole et le secteur financier. Parce que quand vous faites un programme, vous devez avoir des ressources financières pour les mettre en exécution. C’est de là que j’ai soutenu, et mon projet de société a été retenu. Déjà, les primaires à Dovi ont commencé par l’élimination de ceux qui ne peuvent pas produire et soutenir un projet de société, parce qu’il y a eu une adhésion populaire, et c’est ce projet qu’on a transformé en lettre de mission sur la base duquel chaque trimestre, je suis évalué devant toute la population de Dovi. Et nous le faisons de façon rotative. Si ce trimestre nous le faisons à Dovi-Vodo, on ira ailleurs, parce que l’arrondissement de Dovi comporte six villages. On a parcouru, en peu de temps, les six villages et les populations ont posé des questions. Entre autres, dans la lettre de mission, que veut la population ? C’est là qu’on a vu qu’à chaque fois qu’on finit les élections, il y a toujours mésentente entre les fils et filles d’une localité. On m’a donné comme mission de réunir toute la population de Dovi. Cela veut dire quoi ? Ceux qui ont voté pour moi, ceux qui sont contre ma manière de présenter les dossiers, étaient obligés de devenir les porte-parole de Dovi. Ce n’était pas facile. Et d’ailleurs, Dovi a une spécialité : c’est un arrondissement qui a deux CEG. Les gens m’interrogent à ce sujet. Je réponds que j’aidais la population avant d’être un élu. Pour la construction du CEG de Dovi, j’ai donné plus d’un demi-hectare de domaine. J’étais un simple citoyen, j’étais un cadre de la Caisse autonome d’amortissement. Dites-vous que ce domaine était réservé pour abriter une station radio. C’est ce que j’ai voulu donner à la population et mes vœux ont été exaucés. En lieu et place de la station radio, ça devient CEG, un domaine public.

A part le CEG auquel vous avez contribué, que peut-on retenir de vos actions en tant que chef de l’arrondissement de Dovi?
Tout est inscrit dans ma lettre de mission. Ainsi donc, les réalisations au cours de mon mandat sont les suivantes :
1- Le maintien des deux CEG dans l’arrondissement ; on m’a dit de réunir le centre et l’arrondissement de Dovi qui sont divisés à cause de la création des deux CEG, et surtout à l’issue des élections. J’ai tout fait pour les réunir.
2- L’ouverture régulière du bureau de l’arrondissement de 8h à 12h 30, et de 15h à 18h30 ; je l’ai fait, parce que j’ai mis en place une administration de pointe, et j’ai mis les moyens à la disposition du secrétaire administratif. Pour réussir, je mets les moyens. Je lui ai acheté un téléphone portable et chaque fois nous communiquons sur les dossiers brûlants de la population, qui mérite un traitement urgent.

Ensuite ?
3- Le traitement des dossiers de l’état civil. Nous avons tout fait pour que les dossiers concernant l’état-civil se règlent. Aujourd’hui, dans la commune de Zagnanado, les ONG et associations de développement ont montré que Dovi constitue un exemple à ce niveau. Les gens nous ont félicités, parce qu’aujourd’hui, nous pouvons dénombrer les naissances. Près de 15000 naissances, et nous avons déjà dépassé 5000 décès. Aujourd’hui, nous pouvons montrer que nous avons maîtrisé les mouvements des populations.

4- Dans le domaine de l’éducation.
Nous avons tout fait pour que tous les villages puissent bénéficier d’au moins un module de trois classes. Donc, on a tout fait pour rapprocher la population des centres de formation. Ce n’est pas tout. Les enseignants, je les rencontre périodiquement. Chaque fois, vers la rentrée, on organise une séance et on enregistre leurs doléances et à la fin de chaque année, on fait le bilan. A Dovi, le taux de réussite dépasse largement le taux national et parfois nous sommes félicités.

5- Dans le domaine de l’urbanisme.
Nous y avons également beaucoup travaillé. Il en est ainsi parce qu’on dit que si vous voulez le développement, c’est à travers les infrastructures que vous mettez en place. Le CA de Dovi, par son dynamisme, et du moment où on lui a donné comme lettre de mission de procéder aux travaux de lotissement, j’ai fait une proposition au conseil communal qui a été acceptée. Comme vous le savez, le développement part toujours du centre vers la périphérie. Le C.A de Dovi a inversé cette notion. J’ai dit qu’il faut commencer de façon simultanée dans les six arrondissements qui composent la commune de Zagnanado. Ça a passé. Aujourd’hui, nous avons commencé par faire les états des lieux. Nous sommes à la phase d’enquête commodo et incommodo simultanément dans tous les arrondissements de la commune de Zagnanado. Actuellement, nous sommes à la phase d’enquêtes commodo et incommodo qui consiste à mieux situer les terrains par rapport aux titres de conventions. A l’issue de ces travaux de lotissement, les parcelles seront sécurisées et prendront de valeurs. Donc j’invite vivement les travailleurs de l’Evénement Précis de venir se faire offrir des parcelles sans problème, parce que la sécurité est là. Je vous rassure qu’il fait bon vivre à Zagnanado, surtout à Dovi.

Quelles sont vos relations avec le maire en place ?
La commune de Zagnanado est maudite. Zagnanado a connu deux maires. Ces deux maires sont des oiseaux de même plumage en matière de mauvaise gestion. Nous avons connu un maire pendant trois ans trois mois, un militaire. Il a confondu vitesse et précipitation et il a écarté le conseil communal. Les textes qui régissent les communes du Bénin ont prévu trois organes : le conseil communal, qu’on peut comparer à l’Assemblée nationale qui prend les décisions au niveau communal ; il y a le second organe qui est l’exécutif. Et ce sont les maires qui sont à la tête de ces deux organes. Il y a l’autorité de tutelle qui est le préfet. Le premier maire ayant mal géré a été destitué en juillet 2011. Nous pensions que nous étions au bout de nos peines. Nous avons choisi un gestionnaire des boîtes de craie, c’est-à-dire, un enseignant, mais il est totalement passé à côté. Il a tout fait pour avoir, autour de lui, une majorité acquise à sa cause pour la mauvaise gestion. Le premier n’avait pas pu réunir autour de lui, la majorité. Mais ce qu’il ignore, c’est qu’il y a des têtes fêlées dans le conseil communal et il pensait qu’il peut détourner tranquillement. Je vais vous dire quelque chose. Dans la loi contre la corruption, on peut vous interpeller à tout moment. Vous pouvez avoir 90 ans. Je suis ravi de dire que les complices et l’auteur vont subir les mêmes peines. Ce que je veux dire par là, c’est que les relations ne sont pas bonnes entre le maire actuel et moi, à cause du non respect des textes. Je vais illustrer par quelques exemples. –
- Mauvaise gestion des ressources financières.
Il a attaqué directement les recettes issues des produits pétroliers. Zagnanado se trouve entre Kétou et Bohicon. Comme vous le savez, il y a un trafic très florissant de ces produits-là. Les gendarmes le savent, les douaniers connaissent. Les agents de renseignement du palais connaissent aussi ce que je dis. Il y a un cahier dans lequel ces recettes sont mentionnées et réparties par structure. Du mois d’août 2011 à janvier 2012, il n’y a pas eu reversement des recettes issues de ce fonds-là. Et je lui ai dit « Monsieur le maire Misségbétché, vous êtes en train de vous amuser avec le feu. L’argent de l’Etat ne se gère pas comme ça ». Vous savez ce qu’il m’a répondu en fon ? Il reconnait avoir détourné. Il dit qu’il a bouffé. Nous sommes dans quel pays ?

Un autre exemple ?
- Deuxième exemple, là, il y a le transfert frauduleux de toutes les infrastructures vers son village natal.
Je voudrais continuer en disant qu’il a mal géré nos carrières de sable. Vous savez, il y a une mine inépuisable que Dieu nous a donnée au niveau de Kpédékpo. Prenez la voix qui quitte Bohicon pour Kétou. A hauteur de Kpédékpo, vous verrez de quoi je parle. Ma commune Zagnanado qui m’a donné naissance est très riche en ressources. Vous allez voir, sous le pont de Kpédékpo, des bancs de sable et au niveau de Womèto Glonzounmè, il y a un énorme gisement de sable à ce niveau-là. Comment il a géré ? D’abord, pour réussir son coup, il a fait peur aux agents et fait enfermer tous les pointeurs et agents collecteurs qui travaillent sur le site, soit disant qu’ils ont fait affront à l’autorité avec la complicité de certains cadres de la mairie. Il est allé jusqu’à faire enfermer un chef de village pendant des semaines pour les intimider.

Monsieur le C.A, nous n’avons pas la possibilité de vérifier ces informations. Par conséquent, nous allons aborder une autre question. Vous êtes l’une des pièces maîtresses dans la destitution du maire Bognonkpè. Que lui reprochiez-vous réellement ?
Je vous l’ai déjà dit. Lui, c’est un militaire dépourvu de notions de gestion des ressources humaines et, donc, il n’a pas pu réunir autour de lui la majorité des conseillers communaux. Il fait une gestion solitaire. Un maire qui est devenu commerçant, conducteur et qui livre avec le véhicule de fonction des boites de peinture, des clous, des cartons. Dites-moi franchement, est-ce qu’il peut faire des choses comme ça en tant que maire ? Il est à la fois maire et remplace parfois même le comptable. Et ce n’est pas fini. Un maire qui se lève et diminue les avantages de son personnel ; et ce n’est pas fini, il nargue tout le monde. C’est pour cela que l’ancien préfet du Zou, Timothée Adjitchè disait que le maire Bognonkpè a créé le treizième département du Bénin. Vous savez que nous avons douze départements. Donc, lui, il a créé le treizième et le préfet l’a qualifié de militaire indiscipliné. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est l’ancien préfet qui l’a dit et les chaines de radio ont largement diffusé cela en son temps. Le temps nous presse, sinon, les documents sont là, des commissions de l’IGE, l’IGM ont pris par là et les rapports sont là et sont les preuves de ce que nous sommes en train de dire.

Oui, mais monsieur le C.A, la gestion du maire Bognonkpè ne vous a pas plu et celui par qui vous l’avez remplacé n’est pas bon pour vous non plus. N’est-ce pas parce que vous n’êtes pas là que vous êtes en train de peindre en noir tout ce qui est fait ?
C’est très facile de faire ces genres de jugement. On se réunit dès qu’il y a session communale. Ceux qui vivent avec eux disent que ça ne va pas et les faits sont là. Je vous ai dit que les pointeurs des carrières de sable montrent que ça ne va pas. Maintenant, pour le maire Bognonkpè, ce sont les cadres de la mairie, c’est-à-dire, le chef service des affaires financières, le secrétaire général qui constituent la mémoire et le CST, chef service technique qui ont dit que celui-là ne peut pas gérer une mairie. Il préfère gérer des hommes en uniforme, les armes que de gérer les finances publiques. Et moi j’ai dit que l’autre, au lieu de gérer les boites de craie, et les ardoises, il fait des confusions. C’est pourquoi, je pense que Zagnanado n’a pas la chance d’avoir un maire crédible. Certes, il n’y a pas une école pour former les maires, mais le management, ça s’apprend.

Mais justement, votre statut d’inspecteur vous dédouble sur le terrain.
Non, monsieur le journaliste, je suis à l’aise. Quand j’étais cadre à la Caisse autonome d’amortissement, mon franc parlé a fait qu’on ne me mettait pas là où il y a à bouffer. Les postes juteux, non, moi je n’ai pas ma bouche dans ma poche. Je veux l’équité, la justice. Donc, je dénonçais avant d’être chef d’arrondissement. Je vous invite à aller à la Caisse autonome d’amortissement et dites Zodékon simplement. Ils ont une base de données internet qui permet de juger le personnel. Tapez seulement mon nom et vous entendrez ce que les gens vont vous dire de moi. Mais avant d’aller là-bas, comprenez que ce n’est pas le fait que je suis inspecteur qui fait que je comprends les choses comme ça. Les textes sont là et disent ce que doit être la gestion communale. Si tu es maire, tu dois appliquer à la lettre les décisions du conseil communal. Mais les deux maires, si non celui qui est là dit que le budget qu’on vote-là est le sien. C’est le budget du maire. Vous voyez la confusion qu’on fait à Zagnanado ? Il dit que c’est le budget du maire. J’ai dit que Zagnanado n’a pas eu la chance pour les deux mandatures de la décentralisation. Mais, l’histoire fera que des hommes éclairés comme Irénée Hounmènou Zodékon vont diriger de la meilleure manière. C’est pour vous dire que je n’influence jamais avec mon titre d’inspecteur, le conseil communal.

Selon vous, quel profil devrait avoir le maire de Zagnanado ?
Non, non, il faut généraliser. Il ne faut pas personnaliser le débat sur Zagnanado. Sinon, ce ne serait pas bien.

Mais puisque vous dites que Zagnanado est maudit, selon vous !
Zagnanado est maudit dans la mesure où déjà dans l’histoire, c’est à Zagnanado, en dehors de son palais que le roi Guézo a rendu l’âme. Notre malheur commence par-là d’abord. Le type devait retrouver la mort dans son lit mais c’est en cours de route qu’il est décédé. Et, là où il a trouvé la mort, il n’y a pas eu développement et l’endroit est surnommé Aovi Dogbanmè. Arrivé là, vous ne trouverez que des bananeraies et de la brousse. Vous voyez, au niveau du développement, comprenez que c’est Zagnanado qui a donné naissance à Covè et à Ouinhi. Mais pour choisir les ministres, c’est toujours Covè ou Ouinhi. Vous voyez ? J’ai dit tantôt qu’il faut réviser les textes qui régissent la décentralisation. On dit de savoir lire et écrire. Ce qui veut dire qu’un simple maçon peut devenir maire. On a connu le cas à Covè. Des gens qui ne savent même pas le B-a ba dans la gestion des finances publiques ont occupé le poste de maire. Moi je dis qu’il faut bannir cet article. Il faut nécessairement revoir les critères. Entre temps, j’aurais appris que le Bac serait exigé avant d’être maire ou bien même la maîtrise. Mais, la politique aidant, les gens ont retiré cette partie. En termes clairs, un maire doit être à l’écoute de son conseil communal, il doit être à l’écoute de sa population et à l’écoute de sa société. Sinon, comment comprendre qu’une fois maire, il faut recruter toute sa famille. Ceux qui ont des diplômes, on peut les recaser. Et les autres qui n’ont pas pu accéder à ce poste ? Que vont-ils faire ? La commune de Zagnanado compte plus de 50.000 âmes, par exemple. Le critère pour être maire, doit être celui du respect des textes et la loyauté envers les populations. Je le dis parce qu’un maire est au service de sa population. Sinon, comment se fait-il qu’un individu devenu maire veut combler le retard en matière d’infrastructures scolaires en un temps record dans sa localité ? Je vous donne un exemple. Durant le mandat du maire Misségbétché, en trois ans, l’arrondissement de Banamè qui est très vaste, je n’en disconviens pas, a eu la moitié des 16 constructions de module de classes de la commune de Zagnanado. Et, quand il veut le faire, c’est sans l’avis préalable du conseil communal. Je vous donne encore un autre exemple. On nous a donné douze latrines pour toute la commune de Zagnanado. Vous savez ce qu’il a fait ? Il a envoyé cinq à l’arrondissement de Banamè. Nous pensons que ce qui se passe est terrible. Ce n’est pas du tout bon. Ce n’est pas un concours qu’il a passé pour être à ce poste-là mais il convoie tout ce qui appartient à la commune dans son arrondissement. Moi qui suis ici, j’ai eu la chance d’avoir l’hydraulique villageoise depuis le mois de décembre 2013. On a fait des essais en novembre et parce qu’il devrait procéder au recrutement d’un fermier pour gérer le projet, mon cher arrondissement, mon cher Dovi qui m’a donné naissance, on est venu cadenasser toutes les cabines, donc non fonctionnelles. Ce qui veut dire qu’actuellement, ma femme, mes enfants, ma maman et mes frères continuent de s’alimenter avec l’eau de marigot. Comment on peut priver toute une population de l’eau potable alors qu’on est en train de supporter le Chef de l’Etat qui s’échine jour comme de nuit à offrir de l’eau courante à toute la population béninoise. En terme claire, le maire Misségbétché par ses agissements sabote les actions du Chef de l’Etat en compromettant dangereusement toutes les élections prochaines dans cet arrondissement. Je vous dis que Dovi a bénéficié de la direction générale de l’eau d’un château qui alimente une quinzaine de points de distribution d’eau potable réalisé à coût de millions. Mais mon maire a bloqué tous ces points d’eau alors qu’on a l’habitude de dire que la toilette constitue la beauté d’une femme. On prive ma population de l’eau courante, de l’eau naturelle, il ne peut jamais faire ça.

Vous auriez pu être maire après la destitution de Bognonkpè. Qu’est-ce qui vous a poussé à l’élection de Misségbétché ?
Je peux vous dire oui comme non. Nous sommes en politique et c’est la démocratie. Je peux vous dire que la destitution du maire Bognonkpè vient de moi. Je vais vous dire les raisons fondamentales. D’abord, nous étions quatre à lorgner le poste de maire en mars 2008 à l’issue des élections municipales. Il y a monsieur Bognonkpè, qui est très habile, il y a l’actuel maire, Misségbétché, il y a Aliou Soumanou et Zodékon Hounmènou Irénée qui est en face de vous. Lui, il est jovial, très compréhensible. On a tout fait avec la complicité de la presse, des grogneurs, des émissions, mais un jour, j’ai réuni Aliou Soumanou qui était le chef d’arrondissement de Agonlin Houégbo et le premier adjoint au maire, Symphorien Misségbétché, l’actuel maire. Je leur ai demandé ce qu’ils voulaient. Vous voulez la destitution du maire Bognonkpè ? Ce que nous allons faire est très simple. Moi, je ne veux plus le poste du maire. C’est un élément déclencheur. Le plus habile, Bognonkpè, a saisi ça au bond. Donc, j’ai mis à compétition Symphorien Misségbétché, l’actuel maire et Aliou Soumanou l’actuel premier adjoint. Sinon, il était chef d’arrondissement de Houégbo. Pendant trois mois, ils n’ont pas pu choisir le poste de maire et celui du premier adjoint. J’ai dit : « Vous voyez, vous n’êtes pas conséquents envers vous-mêmes. Un seul poste, un seul siège. Nous sommes trois. Moi, je me suis retiré pour vous permettre de choisir, mais vous êtes incapables de vous comprendre ». Donc, si quelqu’un vous dit que Symphorien Misségbétché a été élu, dites-lui non. Il a été choisi par Zodékon Hounmènou Irénée, C.A de Dovi. Le premier adjoint, je lui ai aussi offert ce poste-là. Lui, il est Nago et il m’a dit qu’au pays fon, nous n’aimons pas les Yoruba. Vous m’excusez beaucoup si vous êtes Yoruba. Donc, le premier adjoint s’est fâché pour dire qu’on a fait ségrégation raciale en l’écartant. J’ai dit non, mais ce qui s’est passé, c’est que le maire, au moment où on faisait la lutte pour destituer Bognonkpè, on a porté plainte contre ce dernier. Mais, je vous dis que le jour où on a remis le papier de la plainte à Symphorien Misségbétché, le lendemain, Bognonkpè a eu la plainte. Parce qu’il dit « Je veux rester premier adjoint ou je deviendrai maire et Zodékon est très furieux parce qu’il veut le poste de maire ». Donc, de façon mathématique, pour être maire, étant donné que nous sommes onze conseillers communaux à Zagnanado, pour avoir la majorité, il faut six. Pour avoir la majorité confortable, il faut sept. Donc, on a exclu celui-là qu’on veut destituer et il reste dix personnes. Qu’est-ce que nous allons faire ? J’étais obligé d’aller voir les têtes couronnées, les anciens députés, ministres, cadres d’Agonlin et en l’occurrence, Aké Natondé, Valentin Somassè et consorts. Aké Natondé m’a demandé ouvertement en son domicile à Mènontin Pourquoi je ne veux pas devenir maire ? Comme vous venez de me le dire facilement. Et je lui ai dit que j’ai promis à la corporation, à mes collègues, que je ne veux pas être maire. Il m’a prévenu que Misségbétché n’est pas sérieux et qu’il va me décevoir. Valentin Somassè m’a dit la même chose dans son bureau au siège du projet PAFILAV qu’il coordonnait à Cotonou. Partout où il passe, il fait tout pour décevoir. Quand le dossier de destitution était prêt, les gens me l’ont confié et j’ai gardé ça pendant une semaine chez moi à Lokokoukoumè. Je mijotais, je réfléchissais, est-ce que celui-là va être sérieux ? C’est le temps qui m’a trahi puisque je ne savais pas qu’il y aura une prorogation de mandat. Sinon c’est cinq ans et Bognonkpè avait fait déjà trois ans pratiquement et donc lui, Symphorien Misségbétché, serait maire pendant deux ans et on ira aux élections et moi je prendrai. Donc, je préparais pour être maire en 2013. Maintenant, comme il y a eu rallonge, je vais extrapoler pour dire que je serai le prochain maire de Zagnanado.

Vous êtes du parti UPD Gamessu qui vient de démissionner des FCBE. Quelle appréciation faites-vous de la gestion de Boni Yayi depuis 2011 ?
Soyez rassurés puisqu’à la fois je vais vous plaire et je vais également vous étonner. Premièrement, UPD Gamessu existait avant l’avènement de Boni Yayi. Si vous n’êtes pas d’accord, je vais vous faire l’historique puisque nous avons supporté Soglo, Kérékou…bon voilà. Mais, nous avons signé un contrat avec le gouvernement de Boni Yayi. Il faut voir la nuance. Je n’ai pas dit FCBE, mais j’ai dit que nous avons signé un contrat d’accompagner le chef de l’Etat jusqu’à la fin de son mandat. Dites-moi si Boni Yayi est à la fin de son mandat. Nous avons quitté FCBE mais nous continuons toujours d’appuyer le gouvernement de Yayi Boni qui n’est pas fait que des FCBE. C’est toutes tendances confondues. Mais le chef de mon parti dit qu’il se retire des FCBE.

Pourquoi maintenant ?
Non, dites-moi dans quelle école la démission a un temps précis.

C’est curieux !
Non, ce n’est pas curieux. Nous avons eu un temps de réflexion et nous avons décidé de nous retirer aujourd’hui. On n’a jamais dit qu’on ne soutient plus le chef de l’Etat. Allez voir le communiqué. Nous nous retirons des FCBE ne veut pas dire que nous avons quitté Yayi Boni.

Vous avez sucé le jus de l’orange et maintenant, vous jetez la peau.
Non, vous êtes les journalistes qui font et défont. Je vais vous dire quelque chose. Nous avons participé à quelque chose, c’est à vous d’apprécier. Ce que vous avez oublié, n’eût été la vigilance de mon président éclairé à l’Assemblée nationale, nous allons connaître dans notre histoire ce qu’on n’a jamais connu depuis 1960. On devait traduire Yayi Boni devant la Haute Cour de justice. Pourquoi vous n’avez pas acclamé pour dire que le professeur Mathurin Nago a bien fait de taire cette histoire. Quand on a constaté qu’il y a chasse à l’homme, où tous les cadres de l’UPD Gamessu sont évincés, mais ça n’a pas émoussé les ardeurs. Vous connaissez l’affaire de la bretelle de Bopa. Si c’était vous, journaliste, quelle serait votre tendance ? C’est vous qui avez l’habitude de poser les questions, mais si vous ne pouvez pas répondre à celle-là, je vais vous aider.

Mais vous savez que votre président a été par deux fois ce qu’il a été. Président de l’Assemblée deux fois grâce à Yayi Boni.
Non, non, c’est une complémentarité. Je tiens à vous préciser qu’on ne fait jamais la politique pour les beaux yeux de quelqu’un. En réalité, la relation entre Yayi Boni et Mathurin Nago est régie par un contrat qui ne dit pas son nom. Tenez ! Si Yayi Boni avait été traduit devant la haute cour de justice comme le voulait certains, il perdrait son droit de candidature et ne serait même pas en liberté. Mais le président de l’Assemblée Nationale, le président de l’UPD Gamesu l’a sauvé et c’est en récompense qu’il aurait bénéficié peut être de l’appui du docteur Boni Yayi pour son second mandat. Nous avons beaucoup contribué, je pèse bien mes mots. Moi, je ne parle pas des FCBE mais plutôt de Yayi Boni. Et aujourd’hui, il décide de quitter les FCBE et on le traite de tous les mots. En tout cas, j’ai bien choisi mon parti politique qui a un président digne du nom.

Oui mais, on vous demande le bilan de votre collaboration avec Yayi Boni.
Pourquoi vous êtes pressé. Je vous dis que c’est grâce à UPD Gamesu que Yayi n’a pas été jugé en 2011 ; ce n’est pas un bilan ? C’est un bilan élogieux. Ce n’est pas le bilan où on a commencé par renvoyer tous les cadres, les ténors de l’UPD. Vous connaissez l’ancien directeur des examens et concours, Cakpo Mahougnon. On a voulu le salir en disant qu’il a détourné. Si vous voulez lui retirer le poste, faites-le au lieu de chercher la petite bête. Vous connaissez les milliards que les bailleurs de fonds, les partenaires techniques convoient par l’intermédiaire de la Caisse Autonome d’Amortissement. Ils ne pouvaient pas être débloqués si Nago ne voulait pas. Quand on demande la ratification, si Nago ne voulait pas, il pouvait ne pas programmer. Donc, il a aidé autant que Yayi l’a aidé. C’est une fidélité en amitié.

Donc vous devez accompagner Yayi jusqu’à la fin de son mandat…
C’est normal. Et par rapport à la question qui est de savoir mon appréciation sur la gestion de Yayi, je crois que lorsque vous êtes sur un arbre, ne cherchez jamais à le couper. Sinon, vous tombez avec. Moi, en tant que Béninois qui vit depuis toujours au pays, je ne peux pas dire que Yayi n’a rien fait. Si quelqu’un le dit, c’est qu’il n’est pas de bonne foi. Certes, il y a des imperfections. Et d’ailleurs aucune œuvre humaine n’est parfaite. Yayi est un humain. D’abord si on prend l’aide qu’on apporte aux femmes avec les trente mille, est-ce que ce n’est pas une bonne chose. D’ailleurs, les femmes continuent de louer cela. Quand on a voulu essayer cela chez moi à Dovi, c’est 15 millions de F Cfa qui ont été décaissés pour satisfaire les femmes de mon arrondissement. Aussi, Yayi a démystifié la fonction du président de la république en étant un peu partout. C’est grâce à lui que Dovi sera éclairé puisque Dovi a un projet gouvernemental d’électrification. Il en est ainsi dans plusieurs domaines. Pour moi, Yayi Boni a essayé. Mais il faut reconnaitre que ce sont ceux qui l’entourent qui ne lui donnent pas de vrais conseils. C’est comme un cercle vicieux où, les personnes les plus proches du roi lui mentent. Et ceux qui sont à la périphérie qui arrivent à lui dire la vérité ne parviennent souvent pas à le voir.

Est-ce que ce ne sont pas les mêmes ritournelles avec Kérékou, parce qu’en son temps, on nous disait que c’est son entourage qui ne lui donnait pas les bons conseils. Quand est-ce qu’on va finir avec ça ?
Vous savez, on a élu une personne. Mais pas toute une population. Si le Bénin a des problèmes, aujourd’hui, je pense que ce sont les agents de renseignement, les conseillers les plus rapprochés de Yayi Boni qui nous ont conduits à cela. Moi, par exemple, c’est par votre intermédiaire que j’arrive à dire ce que je pense de la gouvernance de Yayi. Combien de Béninois peuvent venir vous parler? Les gens ont peur.

Avec ce que vous dites, pensez-vous que Yayi peut encore revenir en 2016
Sur l’une des chaines de radio, je l’ai déjà dit et je le répète ici. Notre constitution ne prévoit pas un 3ème mandat. Alors, pourquoi posez-vous aux gens cette question ? Ce que je sais est que Yayi a dit partout et même devant tout le peuple qu’il partira en 2016. Certains ont même dit qu’il aurait souhaité devenir pasteur quand il quittera le pouvoir en 2016. S’il le fait, je serai son premier fidèle, le premier à le servir dans son église.

Mais les actes qu’on observe montrent autre chose….
C’est normal. Parce que tout système qui tend vers sa fin a toujours de ces genres de choses. Prenons Kérékou, au soir de son mandat, des gens ont tenté avec UBF et consorts de le maintenir. C’est pareil avec Yayi. Moi je suis habitué et je sais que ces gens-là vont échouer parce que notre constitution n’a pas prévu cela. Je vais de ce pas vous demander une chose. Vous êtes le 4ème pouvoir, alors cessez de poser ces genres de question, parce que vous allez embrouiller la tête aux gens. Le chef de l’Etat ne nourrit pas l’ambition d’un troisième mandat.

Vous l’avez dit, Yayi ne se représentera pas. Est-ce une voie qui s’ouvre pour votre chef éclairé, Mathurin Nago de devenir président de la République ?
Etant donné que la constitution n’a pas prévu trois mandats, je suis certain que Yayi va partir. Et en me basant sur la définition de ce qu’est un parti politique, association d’hommes et de femmes aspirant à gagner le pouvoir et à l’exercer, je vous dirai oui. Vu que Mathurin Nago est bel et bien dans un parti politique dont il est le président. Ce qui veut dire que dès lors que Yayi s’en va, nous sommes prêts à le remplacer.

Et quelles sont les chances de Nago en 2016 ?
D’abord, il faut savoir qu’il y aura une pléthore de candidats. Mais, après avoir fait 8 ans d’exercice en tant que deuxième personnalité du pays, je crois que Mathurin Nago est bien connu des Béninois. Non seulement ça, il connait très bien ce dont regorge le poste du président de la république. Il a beaucoup de relations à l’international. Il a une grande expérience en matière de représentation. Je pense qu’il a la carrure, la taille qu’il faut pour briguer la mandature. Donc, pour éviter à notre pays d’errer, je dirai qu’il faut qu’on prenne quelqu’un comme lui. Je vais même vous faire une confidence. Les consultations du fâ ont dévoilé que le prochain président du Bénin en 2016 doit être de grande taille.

Ah bon ?
C’est la révélation du Fâ.

Et vous votre taille ne conviendrait-elle pas pour être ministre ? Que s’est-il passé ?
Avoir un poste de ministre, c’est le bon vouloir du président de la république. C’est vrai, ce sont des gens qui vous proposent. Si c’est vrai que j’ai été proposé, je pense que c’est celui qui m’a proposé qui a encore jugé bon de me retirer de sa liste. Et là, moi je n’y peux rien. Le malheur de Yayi, c’est de s’accoquiner avec des gens qui, au départ, étaient contre lui, des gens qui l’ont combattu en 2006. C’est aussi de considérer aujourd’hui ceux-là comme étant ses vrais amis. Or, demain ils deviendront ses ennemis dans la mesure où, ils ne sont pas prêts à gérer son bilan avec lui. Le fait que nous, nous ayons quitté l’alliance FCBE ne veut pas dire qu’on l’a lâché.

Le ministre Aké a toujours sa main tendue vers son frère Zodékon…
Ça, jamais. Il ne l’a jamais fait. Vous avez appris l’affaire des déplacés de Sagbovi. Voilà encore les méfaits de Symphorien Misségbétché. Le conseil communal s’est réuni le 30 septembre 2013 et a délibéré pour ordonner un payement. Exprès il n’a pas envoyé la délibération au préfet pour que cette délibération soit approuvée. Maintenant, pour être bien vu par le ministre Aké Natondé, il est allé avec lui dans l’arrondissement, où moi je suis le premier responsable, le 30 décembre dernier pour aller payer les 2 millions, sans rien me dire alors que j’étais présent. Si celui-là avait le sens du respect de l’autorité, il ne peut pas venir chez moi agir de la sorte. Je peux vous rassurer qu’ils étaient venus le jour-là pour faire campagne contre moi. Est-ce qu’on va dire que celui-là qui veut me déstabiliser sur mon territoire veut faire la paix ? Je ne pense pas. L’autre chose, le ministre Aké est venu encore lancer un dossier d’aménagement de la route Covè-Dovi-Sagon-Bossa laissé par son grand-frère, le ministre Lambert Koty à la veille des campagnes pour les législatives sans m’aviser. Pourquoi a-t-il attendu ce moment alors qu’il a pris service depuis août 2013 ? C’est encore pour me déstabiliser. Celui-là veut-il faire la paix ? C’est encore non. Les exemples sont nombreux.

Comment comptez-vous vous faire réélire dans la zone ?
Je vais vous rassurer. Ce qu’on vous montre-là, c’est un montage pur. Ce ne sont pas mes frères d’Agonlin qui sont allés à ce lancement hein. Je sais reconnaitre un frère d’Agonlin. Les gens ont été sollicités d’ailleurs comme ils le font quand il s’agit de venir marcher à Cotonou pour venir assister à la cérémonie et montrer qu’il y avait du monde. Pour ce lancement, ils ont tout fait, mais la population n’est pas sortie. Vous savez, la population de Dovi connait celui qu’il lui faut. Et de là, moi je suis serein, tranquille. Et je vais vous étonner. Moi je suis le futur maire de Zagnanando. Ils peuvent tout faire, ils ne pourront pas me déstabiliser. Je remplis tous les critères pour être le maire et je le serai. Aussi, suis-je en communion avec la population de Banamè, Don-Tan, Dovi, Agonlin Houégbo, Kpédékpo. Bref, toute la commune m’attend. Alors, je pense que c’est de l’amusement ce que Aké fait pensant qu’il peut me déstabiliser. Ils seront surpris.

En tant qu’inspecteur général du Ministère de l’Agriculture, dites-nous comment vous arrivez à servir vos administrés ?
Je sais que les gens font souvent l’amalgame pour ce qui est du double emploi. Si vous me relevez un seul article qui note que quelqu’un qui est inspecteur ne peut plus être chef d’arrondissement, moi je démissionne tout de suite. Sinon, c’est le maire seul que les textes obligent de résider. C’est pour cela qu’on leur construit leur résidence et on leur met à disposition des agents de maison. Si vous n’avez pas ce dispositif, on vous loue une maison. Cela fait partie des choses que nous devons corriger au fur et à mesure que nous évoluons. Parce que les textes actuels donnent trop de prérogatives au maire. Dites-vous que le maire de Zagnanando ne réside pas dans Zagnanando. Il réside à Naogon à Covè. Bref, si moi j’arrive depuis près de 7 ans à jouer convenablement mon rôle de CA, c’est parce que j’ai mis les moyens comme je vous l’ai déjà dit pour qu’aucun dossier ne reste sans être traité, c’est-à-dire, les dossiers les plus brûlants sont convoyés en même temps à l’administration de la mairie de Zagnanando et le secrétaire général s’en charge pour qu’ils soient vidés immédiatement. Donc, je n’ai aucun problème pour la combinaison de mes deux fonctions. Cela s’explique aussi par le fait que je sois chaque week-end au village pour m’occuper des affaires de l’arrondissement. C’est comme aujourd’hui où vous m’avez invité ici. Avant de venir, j’ai fini ce que je dois faire. Je viens comme ça d’une mission de contrôle dans une structure. Ce qui veut dire que j’accomplis d’abord ma fonction régalienne avant d’aller faire la fonction politique. Vous savez qu’on ne peut pas demander à un ouvrier d’aller occuper le poste de la gestion de la cité.
J’ai appris à bien justifier ma paye mensuelle. Si les admis à la pension de retraite perçoivent chaque fin du mois, pourquoi veut-on demander à quelqu’un qui est encore en fonction de démissionner de son poste pour aller gagner 60.000Fcfa, comme la prime qu’on doit me verser à l’arrondissement et que la commune ne me verse pas régulièrement.

Carte d’identité

A 53 ans, Irénée Zodékon est un ancien syndicaliste dans le milieu bancaire. Au Syndicat national des travailleurs des banques et établissements financiers du Bénin (Syntra-banques), il est propulsé secrétaire administratif en 1991, alors qu’il avait fait son entrée à la Caisse autonome d’amortissement (CAA) cinq ans plus tôt. Secrétaire général adjoint pendant deux mandats, il devient secrétaire général après un braquage à la Financial Bank, braquage ayant coûté le poste à son secrétaire général d’alors. En 2001, profitant du second tour des élections présidentielles, son syndicat déclenche un mouvement de grève extrême pour revendiquer essentiellement la révision par le patronat de leur convention et la revalorisation de leur valeur indiciaire. Après des négociations serrées, le syndicat avait réussi à s’entendre avec le ministre des finances d’alors, Abdoulaye Bio Tchané. « Aujourd’hui, c’est cette convention que toutes les banques et établissements financiers du Bénin utilisent », affirme-t-il, très fier de la lutte des travailleurs. C’est que, Irénée Zodékon est connu pour être un homme déterminé et tenace. Cela s’est traduit jusque dans ses études et sa carrière professionnelle. CAP aide comptable en 1981, BAC G2 en 1982, il fait des études de droit à l’université nationale du Bénin. Il est détenteur d’un DESS en droit des affaires et du Diplôme Universitaire en gestion de patrimoine, successivement à l’Université nationale du Bénin puis à l’université de Lyon en France. C’est le 20 août 1986 qu’il est engagé à la Caisse autonome d’amortissement (CAA), après un concours. « Un peu partout où je passe, je fais l’effort de respecter l’équité et les textes », dit-il. A partir de 2003, il devient directeur de l’administration au Ministère de l’Enseignement technique et de la formation professionnelle puis directeur des ressources financières, matérielles et logistiques. Il fait alors son entrée en politique et devient secrétaire adjoint chargé de l’information et de la communication de l’UPD Gamesu dont son ministre d’alors, Léa Hounkpè, était une des responsables. Il est également le fondateur de du collège d’enseignement général privé et professionnel ‘’Le Satin-Zodiac’’ basé à Covè. Depuis huit ans, Irénée Zodékon est le chef de l’arrondissement de Dovi dans la commune de Zagnannado. Inspecteur Général du Ministère de la réforme administrative en 2009, il a été muté au ministère de l’agriculture dont il devient Inspecteur Général quelque temps plus tard. Il a été confirmé  à ce poste lors du dernier Conseil des Ministres. Et l’homme continue d’avoir une confiance absolue en ses chances politiques. Malgré un franc-parler qui lui colle à la peau.

Intimité

Un mari fidèle !

Marié et père de cinq enfants, le CA de Dovi avoue n’aimer qu’une seule femme, celle qui est la mère de ses enfants. Même si, avant de la connaître, il a pu faire des aventures, il s’en tient à celle qui, comme lui, est originaire de Dovi. Quand on lui demande ses préférences culinaires, il répond sans détour : « J’aime la pâte de farine de maïs accompagnée de légume. Avant d’aller à table je prends un verre de vin blanc local (sodabi)».

La Rédaction

déclaration « Sous l’Arbre à Palabres » du Professeur Vicentia Boco, présidente du l’INPF au siège de l’événement précis: « Je suis contre les acteurs politiques qui manipulent les femmes »

Boco Vicentia netLes personnalités se succèdent au siège du quotidien L’Evénement précis, dans la rubrique atypique « Sous l’arbre à palabre ». Le mardi 4 février dernier, c’était le tour de la dame de fer, professeur Vicentia Boco, présidente de l’Institut national pour la promotion de la femme (INPF), ancienne ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique et ancienne directrice de campagne du candidat Boni Yayi. 89ème invitée de cette rubrique phare, le professeur de médecine, radiologie et imagerie à la retraite n’a pas mâché ses mots pour exprimer sa position sur les divers sujets de l’actualité nationale. A bâtons rompus avec les journalistes de l’Evénement précis et ceux venus d’autres organes de presse, elle a dressé le bilan de ses activités et de leurs  impacts sur la vie des femmes béninoises. Elle souhaite vivement que s’accroisse le nombre de femmes aux postes de prise de décision. Pas pour être des valets des politiciens, avertit l’ancienne ministre qui condamnent avec fermeté les acteurs politiques qui manipulent les femmes. Lisez plutôt l’intégralité des vérités du Professeur Vicentia Boco sous l’arbre à palabre.

Et si on en parlait

Quelles sont vos premières impressions en venant dans les locaux de l’Evènement Précis en tant qu’invitée de « Sous l’Arbre à Palabre » ?
L’Evènement précis est un quotidien avec lequel je collabore déjà depuis un certain nombre d’années et j’ai toujours félicité sa ligne éditoriale qui il me semble, fait preuve d’une certaine neutralité.C’est un plaisir pour moi de pouvoir échanger avec des journalistes reconnus de la presse béninoise. C’est aussi un honneur de pouvoir passer après 88 personnes, donner aussi mes impressions sur le Bénin en général, le travail que nous faisons, la part des uns et des autres etc.…Donc c’est un plaisir.

Madame la présidente, est-ce que c’était nécessaire de créer l’INPF avant de promouvoir la femme ?
Je vous remercie pour la question. Est-ce que c’était nécessaire, je dirai oui et non. Ce n’est qu’une manière de faire. L’institut est une voix parmi tant d’autres qui pourrait permettre si cet institut est bien utilisé, d’améliorer les conditions des femmes dans notre pays. Donc nécessaire ou indispensable, je dirai oui et non.L’institut a été créé comme un outil qui, à terme, doit permettre d’apporter des changements qualitatifs sur la situation des femmes. Cet institut fonctionne comme un petit laboratoire. En fait, on doit dire que c’est un petit laboratoire parce que le Bénin est deuxième ou troisième pays au monde à avoir une institution comme celle-là. Qu’est-ce que nous faisons ? Nous identifions par des études, par la recherche, par des interviews, par des rencontres avec les populations féminines prioritairement mais également avec les hommes tous âges confondus; (c’est-à-dire qu’on ne se limite pas aux adultes ou aux jeunes) les difficultés de l’ensemble de la population. Puis, nous essayons d’identifier en quoi l’apport des femmes en particulier pourrait améliorer cette situation et on se rend très vite compte que les femmes participent peu aux différents foras de réflexion. Je n’ai pas dit ‘‘prise de décision’’ car en la matière il faut observer que les réflexions, les discutions, les échanges qui permettent de prendre des décisions ne tiennent pas beaucoup compte de la position ou des besoins des femmes. Donc, après avoir identifié ces besoins,nous proposons à travers des recommandations et des axes d’action comment améliorer tel ou tel point. Voilàdonc ce que nous faisons. Evidemment, c’est un travail de longue haleine. Vous conviendrez avec moi que ce n’est pas facile parce que la situation des femmes n’est pas uniforme sur l’ensemble du pays et les problèmes ne sont pas les mêmes. Nous allons revenir peut-être sur les détails mais vous savez très bien que la situation des femmes globalement dans l’Ouest du pays par exemple n’est pas la même que les contraintes, les difficultés des femmes en région Sud ou dans le Nord. Donc, on ne peut pas globaliser. Même là, nous sommes obligés de faire attention pour ne pas dire des généralités. D’où l’intérêt d’études précises dans des localités, dans des régions, en tenant compte des us et coutumes des populations ou des sociétés dans lesquelles ces femmes doivent s’insérer parce qu’il ne s’agit pas de les couper de leur réalité. Ensuitenous faisons de la sensibilisation parfois envers ces femmes afin qu’elles soient responsabilisées par rapport à leurs propres choix, mais nous faisons également une veille stratégique pour savoir si nos recommandations sont prises en compte. Evidemment, les politiques, les décideurs sont également entretenus à travers des actions de lobbying visant à les sensibiliser pour mieux prendre en compte les femmes dans leurs actions quotidiennes. Nous faisons des plaidoyers auprès duGouvernement, de l’Assemblée et tous ceux qui devraient se saisir de nos résultats pour orienter leurs actions. Mais tout cela n’est pas facile. Donc, nous nous sommes rendu compte qu’il fallait pour potentialiser les résultats, une réorientation des stratégies en utilisant la méthode de recherche-action. C’est quoi la recherche action ? Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, on identifie les besoins, les goulots d’étranglements, les difficultés, on fait des recommandations puis on choisit des populations cibles restreintes pour tester nos propositions et prouver qu’elles peuvent fonctionner. Et à ce moment-là, si nous démontrons que dans telle population, nous avons réussi à améliorer la participation des filles par exemple ou le maintien des filles à l’école et que ça fonctionne, on ne pourra plus nous dire : « c’est la théorie, c’est déconnecté de notre réalité, ça ne marchera jamais, c’est trop lent à venir, votre proposition n’apportera pas de résultat tout de suite, etc ». Car, c’est ce que nous entendons tous les jours. Donc nous essayons aujourd’hui de devenir une institution pas seulement de recherche-théorie, mais de la recherche-action. Là aussi, c’est difficile de convaincre les différentes autorités de cette nécessité, car dans notre structuration intellectuelle au Bénin, nous voulons tout et tout de suite, nous n’avons pas la patience d’attendre que notre travail porte ses fruits. Donc c’est difficile de convaincre les politiques parce qu’ils sont pressés d’avoir des résultats. En matière de société, vous savez bien que c’est très difficile d’induire des changements de comportement et qu’il faut du temps, de la persévérance et beaucoup d’engagement. Voilà ce que nous faisons.

Qu’est-ce qui a changé fondamentalement depuis que vous êtes à la tête de l’institut?
Je vais plutôt parler des types de recherches que nous avons faits et vous montrer quelques points sur lesquels nous avons insisté. Nous avons été installés fin 2009, nous avons commencé à fonctionner vers septembre 2010. Nous avons mis au moins six mois pour nous installer. Donc nous fonctionnons réellement depuis à peu près quatre ans. Dans ce délai de temps, nous avons fait 17 études qui ont porté sur différentes thématiques. Nous avons fait une étude sur la participation des filles aux formations scientifiques et techniques parce que nous nous sommes rendu compte que dans le monde aujourd’hui, les progrès économiques arrivent par la recherche scientifique et le capital scientifique des sociétés. Quand vous prenez un pays comme l’Inde qui est aujourd’hui à la pointe, tous ses jeunes ingénieurs ont été formés aux USA et l’Inde a fait la politique de rappeler ses jeunes ingénieurs qui sont dans le monde entier dans son pays en leur faisant des situations favorables et en les mettant au travail. Avant cela, il faut déjà avoir le capital humain dans lequel il y a les hommes et les femmes. L’étude a montré qu’il y a un déficit de femmes dans certaines formations. Dans certaines formations elles sont à peine est à peine 2%. Et la tendance est à la décrue. Nous avons donc tiré la sonnette d’alarme en demandant de renforcer la présence des filles dans ces domaines de manière à avoir à terme un grand capital scientifique humain capable de travailler au développement du pays pour l’industrie de demain. Nous avons également fait une étude sur l’apport des femmes aux revenus des ménages. Cette étude a montré que dans le milieu rural, 47% des revenus sont apportés par la femme. Je suis sûre que dans la tête de tout le monde, ce sont les hommes qui apportent l’argent dans le foyer et que ce sont les femmes qui le dépensent. En milieu urbain, c’est 66%. Cette étude a montré que ces revenus vont essentiellement à la satisfaction des besoins domestiques. Autrement dit, c’est la femme qui met son argent dans l’habillement des enfants, dans le marché, mais c’est l’homme qui va faire le crédit pour construire la maison, qui capitalise et la femme ne capitalise rien. Cela interpelle nos décideurs pour dire que si dans un ménage il est reconnu que la femme peut apporter des revenus, plus elle aura de revenus, mieux sera la situation des ménages, même si ces revenus ne sont pas mis à destination de structures fonctionnelles comme la maison, la voiture ou la télévision et que cela va plutôt dans les dépenses de marché. C’est quand même un apport car cela soulage l’homme de ses charges.
Nous avons fait également une étude sur la participation de la femme dans les postes de prise de décision et les résultats ont été publiés. Ces résultats ont montré que nous avons moins de 3,5% de femmes dans les conseils communaux au niveau local alors qu’à la fin des élections, il y avait 4,3%. Mais progressivement avec les contestations,les nominations et démissions, le nombre a diminué. C’est ce qui s’est passé à l’Assemblée aussi. A la suite de cette étude, nous avons démontré qu’au moins au niveau local, il fallait aux prochaines élections, au moins un minimum de 10% de femmes. Car c’est au niveau local que se prennent les décisions qui impactent réellement la vie quotidienne des populations à la base. Parce que c’est au niveau local qu’on décide de là où on va construire les centres de santé, les écoles, les salles de classes. Et là, il est nécessaire que les femmes y soient pour donner leur point de vue. Nous avons donc souhaité et fait du coup un certain nombre d’actions pour améliorer la participation des femmes aux postes de prise de décision.
La dernière étude qu’il me plait d’aborder, c’est la prise en compte du genre dans les politiques de santé. Cette étude montre que les programmes de santé sont neutres par rapport au genre. On ne fait pas la distinction entre les besoins des hommes et des femmes. Par exemple, dans le cadre du programme de traitement du Vih/Sida, les besoins des femmes lors des traitements ne sont pas les mêmes que ceux des hommes. Donc, lorsqu’on fait les campagnes, on ne cible pas de manière différente les hommes et les femmes. Or, non seulement les besoins, mais les risques ne sont pas les mêmes. La femme est beaucoup plus exposée que l’homme aux risques du Sida. Et il y a des précautions particulières à prendre par la femme. Or les campagnes ne tiennent pas assez compte de cela.
J’irai plus loin pour dire que même dans la politique en matière de santé reproductive, le programme ne s’intéresse qu’aux femmes et ne tient que peu compte des hommes. Or, ils ont aussi leur partition à jouer dans la politique familiale et maternelle. Donc, on ne peut pas dire que nous faisons la politique maternelle alors que c’est la politique familiale et pire, mettre de côté les hommes. Voilà les études importantes qui ont montré qu’il y a des failles au niveau des programmes.

L’INPF face aux OMD
Le premier critère qui est l’enseignement primaire pour tous nous intéresse tous. Mais nous ne nous sommes pas focalisés sur celui-là qui est largement pris en compte. Mais tout ce que nous faisons est en concordance avec l’objectif 3 qui parle de l’égalité entre l’homme et la femme. Notre objectif principal est de réduire les inégalités entre les hommes et les femmes dans tous les domaines pour atteindre la promotion sociale des femmes. Donc toutes nos actions ne visent que cela. Maintenant, je voudrais faire remarquer que nous sommes déjà en 2015 et nous faisons déjà le bilan des OMD pour aller vers les Objectifs de développement (ODD). Vous avez entendu que le Bénin est en passe d’atteindre un certain nombre d’objectifs mais en tout cas, pas le 3ème.Nos actions futures viseront également à évaluer sur le terrain ce dont les femmes ont pu bénéficier de l’ensemble de ces programmes, évidemment si nous avons les moyens pour le faire !!!! Donc, nous nous situons plutôt à un moment charnière où toutes nos actions, nos études, nos actions de lobbying envers les politiques, les décideurs et bailleurs de fonds afin que les femmes soient mieux prises en compte.Nous sommes donc en train de préparer un bilan, non pas pour l’INPF, mais pour savoir si les femmes ont reçu satisfaction à partir de tous ces efforts déployés par les uns et les autres. Nous ne faisons que jouer notre rôle, qui est un rôle de veille.

Peut-on conclure que vos objectifs sont atteints en ce qui concerne la promotion de la femme depuis la mise en place de l’INPF ?
Je vois deux volets dans votre question. Je réponds séparément. Première question, est-ce que la femme béninoise se reconnait à travers nous ?  Deuxièmement, est-ce que nous n’avons pas l’impression de prêcher dans le désert ? Nous, nous sommes sur le terrain tous les jours et nous rendons compte de comment les femmes dans les villages, à la base vivent. Ceci à travers des échanges réguliers. Et je pus vous dire que les femmes à la base connaissent l’Institut, attendent beaucoup de l’Institut. Nous avons eu le temps de leur faire comprendre que notre rôle n’est pas de venir offrir des casseroles, des houes, sceaux, encore moins de l’argent. Nous leur avons bien fait comprendre que notre travail consiste à discuter avec elles, connaitre leurs besoins et être les porteurs de leurs messages. Depuis cette année, Nous avons pu installer des points focaux dans chaque région. Au début, la hiérarchie n’avait pas souhaité cela et on devait rester dans les bureaux. C’est après l’avoir convaincue que nous avons commencé à mettre en place nos points focaux qui serviront de relais de la base vers le sommet. Donc je réponds par un « oui », que les femmes qui ne voient pas l’institution comme concurrente, se reconnaissent en nous. Maintenant, les structures qui font à peu près les mêmes choses ou qui travaillent sur les mêmes thématiques, parfois nous voient comme concurrente et essaient de nous affaiblir. Pour moi, elles devraient nous considérer comme une structure partenaire. Chacun de nous, s’engageant à développer un volet des actions ou des réflexions à mener pour les femmes. Donc, nous ne pouvons pas être concurrentes, mais plutôt complémentaires. Et moi, je prône cela. Et je dis que le sujet est tellement important. En tout cas, je le pense ainsi et d’ailleurs, je ne me mets jamais en position de juge par rapport à ces structures et pourtant, il y aurait bien des insuffisances à relever parfois. C’est vrai qu’on n’a pas encore trouvé la clé pour résoudre cette équation. Toutes les personnes qui pourraient se mettre à cette table et apporter une toute petite contribution pour que la situation des femmes s’améliore sont les bienvenues.

Lecture des statistiques des femmes dans les institutions
Alors, je vais revenir sur deux points. La situation au niveau local. Nous n’avons pas eu de réélection des maires depuis. Donc on ne peut pas évaluer. C’est aux prochaines élections qu’on pourra en parler. Mais ce qui est certain, c’est que plus nous aurons de maires femmes, meilleure sera la gouvernance au niveau local. Pour des quantités de raisons que nous n’aurons pas le temps de développer ici. Pour n’en citer que quelques-unes : la manière de faire la politique des femmes est la plupart du temps différente de celle des hommes, et la préoccupation des femmes généralement vont au bien-être des populations ou des personnes qui les entourent. Donc, on a formaté les femmes sur cette manière de penser. Aujourd’hui, c’est au bénéfice de notre population et avant que les femmes politiques ne deviennent des bêtes politiques, c’est-à-dire ne pensent qu’à elles, avec tout le respect que je dois aux politiques politiciens, les femmes aujourd’hui ne sont pas encore des bêtes politiques. Donc nous devons profiter de cette opportunité pour les mettre à disposition pour le travail en faveur de nos populations. Pour moi, c’est une perte de potentialité que de ne pas utiliser les compétences de ces femmes et leur manière d’être aujourd’hui, pour améliorer les conditions de nos populations. Il peut avoir zéro femme au gouvernement ; ce n’est pas parce que des femmes sont au gouvernement que la situation va s’améliorer. Je le dis parce que la femme qui est au gouvernement ne fera que ce que son chef lui demande. Lorsque vous êtes dans un gouvernement, vous êtes obligés d’appliquer une politique qui est prédéfinie. C’est vrai que vous pouvez essayer d’influencer mais la marge est plus que tenue. Nous avons des exemples tous les jours dans notre pays. Par contre je pense que c’est plus facile lorsqu’on est dans les partis politiques. C’est donc dire que les femmes doivent tout faire pour intégrer les partis politiques. Je sais que ce n’est pas facile. Par contre, je crois qu’elles ne doivent pas viser l’intégration des partis politiques pour aller au gouvernement. Malheureusement, c’est ce qui se passe aujourd’hui. Et c’est un peu dommage. Je ne dirai pas la même chose pour l’Assemblée Nationale. Je dois encourager les femmes à aller à l’Assemblée Nationale. Et elles doivent essayer d’y aller. Car c’est là que se prennent les lois de la République qui gèrent notre vie. Même la loi de finances doit être votée par l’Assemblée. Si l’Assemblée identifie que peu de crédits ont été mis sur un programme en faveur de la réduction des inégalités, le gouvernement est tenu de revoir sa copie. Donc, il faut plus de femmes à l’Assemblée Nationale. Il faut aussi plus de femmes dans la gouvernance locale. Mais ce n’est pas gagné. Cependant, si à la suite des élections, on trouve zéro femme élue, je serai extrêmement déçue, mais je ne regretterai pas d’avoir fait ce travail. Je le dis parce que contrairement à ce qui se dit dans les différents milieux, nous voyons les femmes de la base commencer à réfléchir pour dire qu’elles ne sont plus seulement là pour subir et qu’elles souhaitent prendre en main leur destinée. Et ceci est important. Je veux que les femmes s’investissent à la base. Leur participation aux élections à la base est très importante.

Des stratégies déjà peaufinées pour favoriser l’élection massive des femmes aux prochaines joutes électorales ?
Oui, nous avons identifié les femmes potentielles candidates. Nous les avons formées et à la fin, plusieurs nous ont affirmé n’avoir jamais reçu de formation de ce niveau. Elles ont déclaré être candidates, mais avec ce qui a été dit, qu’elles ne savent plus si elles peuvent réellement le faire car il ne suffit pas de se faire positionner. Nous leur avons montré les contraintes, les exigences, les atouts pour être élues. Nous avons travaillé avec les chefs de parti sur toute l’étendue du territoire pour leur démontrer que c’est dans leur intérêt de positionner des femmes à des postes éligibles. Je crois qu’en la matière, on ne peut pas contraindre les partis politiques. On ne peut que les sensibiliser. Nous allons continuer à travailler avec les femmes qui seront positionnées en les aidant à faire le travail technique sur le terrain. Nous n’avons pas d’argent à leur offrir, mais plutôt l’accompagnement technique.

Rejet de la loi sur la parité entre homme et femme. Un échec pour l’INPF ?
Cela nous a fait très mal, mais plus profondément que vous l’imaginez parce que, lorsque cette loi est allée à l’Assemblée, j’ai fait un lobbying avec les députés. Ils m’ont dit : ‘’ Madame Boco, nous vous connaissons et sachons bien ce que vous défendez et ce que vous valez. Malgré toute l’estime qu’on a pour vous, on ne votera pas cette loi’’. J’ai poussé ma curiosité à savoir pourquoi, ils ne veulent pas voter cette loi. Le projet de loi avait pourtant été amendé avec la contribution de certaines Ong avec lesquelles nous avons travaillé. Ce projet a été envoyé à la commission des lois parce que nous avons estimé qu’elle ne peut pas être votée en l’état. Personnellement, j’ai très mal vécu ça, parce que j’ai estimé que la loi n’avait pas été formulée pour être votée. Je pèse bien mes mots. La loi disait quoi ? La loi disait :poussez-vous et donnez-nous la place. Or, ce n’est pas ça. La parité est bien sûr une affaire de droit, mais pas pour que la femme prenne le dessus. C’est une justice qui est réclamée pour que les femmes soient représentées à environ 50% dans les postes de prise de décision. Mais ce n’est pas comme ça.
Il faut que chacun comprenne cette nécessité. Il ne s’agit pas de l’imposer. Cette loi, il fallait la travailler déjà avec les députés et surtout, faire le lobbying autour, même dans les populations pour que celle-ci comprennent son bien-fondé. Elle est reportée sine die, ce qui veut dire qu’elle n’est pas classée aux oubliettes. J’espère que lorsque nous aurions passé ces périodes électorales et que nous serions plus au calme, nous allons revenir sur cette loi, essayer de mieux la reformuler, de trouver les moyens de la populariser un peu, de manière à obtenir l’adhésion d’un grand nombre de personne avant de la présenter à l’Assemblée. Pour nous, la parité n’est pas une fin en soi. Notre problème au Bénin, je le dis une fois encore, c’est d’aider les femmes à prendre leurs places dans la société. C’est tout. Notre société a changé. Avant, c’étaient les hommes qui faisaient tout. Aujourd’hui, les données ont changé. La femme peut aussi bien faire ce que l’homme fait si on lui en donne l’opportunité. C’est aussi simple que ça. Même si ce n’est pas 50%, vous-mêmes, les chiffres que vous avez donnés là sont totalement ridicules. Moi, je ne peux pas oser les dire à l’extérieur. J’étais dans un colloque de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), qui portait justement sur les femmes et les jeunes, où il y avait 27 ou 28 pays réunis. Le Bénin est parmi les plus mauvais dans le domaine de la représentativité des femmes. Le Bénin fait partie des pays qui ont le moins bien fait dans ce domaine-là même si nous crions partout que nous avons fait les micros crédits. Même ces micro-crédits que nous avons faits, il faut voir ce que ça apporte réellement aux femmes. Ce sont des réflexions qu’il va falloir progressivement faire. Les micro- crédits ont-ils réellement amélioré l’autonomisation des femmes ?

Comme vous l’avez expliqué, les femmes sont quasi inexistantes aux postes de décision. Quel est alors le rôle de l’INPF pour qu’on en soit encore là ?
Cette question fait partie de l’étude que nous avons faite sur la participation des femmes aux instances de prise de décision. Les enquêtes sont là, les populations ont participé et les enquêtes ont montré qu’il y a quatre ou cinq grands facteurs. Premier facteur, c’est qu’il y a moins de femme en capacité intellectuelle pour intervenir au haut niveau en politique. Les femmes qui interviennent en politique sont très souvent peu instruites et donc, elles restent souvent dans le rôle d’accompagnement des politiques. Elles font la mobilisation, elles font à manger pour les membres du parti. C’est elles qui s’occupent de la cantine, c’est elles qui font le folklore et qui dansent. Et, ceci vient du fait que beaucoup de femmes sont encore peu instruites. Donc, nous devons faire en sorte de veiller à l’amélioration de l’éducation des femmes. C’est le premier facteur le plus important. Le deuxième critère est que le témoignage des femmes qui sont allées en politique démontre que le milieu politique est hyper violent. Je ne dis pas simplement violent mais hyper violent. Ça veut dire que quand vous êtes en politique, on s’attaque à vous par tous les moyens possibles même si vous vous tenez sur vos gardes. On ira lancer à travers la presse des choses sur vous pour essayer de vous vilipender, de ternir votre image, parfois on inventera des choses sur vous etc… Donc, les femmes qui vont en politique sont maltraitées d’abord par les hommes et puis après par les femmes parce qu’elles font une sorte de concurrence, une sorte de leadership entre elles. Ce qui fait qu’elles ne se soutiennent pas. Ceci est dû au fait qu’elles sont peu nombreuses aujourd’hui. Si les femmes étaient nombreuses en politique, la concurrence qu’il y a entre elles, parce qu’elles veulent toutes être leader va s’atténuer automatiquement. Troisième facteur : je viens de parler de l’instruction et de la violence en politique qu’on peut corriger intelligemment. Ensuite, c’est le peu de moyens financiers des femmes, puisque la politique, ça coûte cher. Or, les femmes, si elles ont de l’argent, elles se disent, « mon argent, je l’ai gagné honnêtement, donc, je ne veux pas distribuer en politique puisque comme je ne peux pas voler après, ou si je ne peux pas tricher, je ne peux pas récupérer mes fonds ». Donc, les femmes, même quand elles ont les moyens financiers préfèrent le consacrer à leur famille, à leurs enfants, à leur milieu social etc… Tout simplement parce qu’elles n’ont pas le réflexe d’attendre « le retour sur investissement » comme ça se fait dans le milieu politique. Elles sont donc réticentes pour ça parce que « le retour sur investissement, » elles ne se sentent pas capables de l’appliquer. Le dernier critère, c’est qu’elles ont les charges de la famille. Les femmes, quand elles ont des enfants à bas âges, ont du mal à aller en politique et plus tard, c’est plus difficile de s’intégrer dans un parti. Aujourd’hui, il faut qu’on les aide à intégrer le milieu politique tout en ne visant pas responsabilités politiques ; mais une fois que leurs enfants sont un peu grands, et qu’il y a moins de contraintes, et que les hommes, comme nous le souhaitons, pensent à les aider un peu dans le ménage, elles seront mieux aguerries pour assumer des responsabilités. Et je crois, si vous regardez bien, les femmes qui sont en politique sont soutenues par leur conjoint. Et, beaucoup ne vont pas parce que les hommes ne les y aident pas. Et ça, c’est le 5ème critère : l’opposition de leurs conjoints parce que même quand elles le veulent, leurs conjoints sont réticents puisqu’elles risquent de voir ternir leur réputation. Donc, les hommes s’opposent souvent à ce qu’elles fassent la politique. Voilà les cinq facteurs ou critères que nous avons trouvés dans cette étude. Ce n’est pas nous qui l’avons inventé, ce sont des informations issues des enquêtes donc remontées de la base.

Nous allons parler des fistules obstétricales. Ces femmes victimes de ce mal sont souvent écartées du monde. Quelle est l’appréciation de l’INPF ?
Vous voulez mon appréciation ? Il faut simplement retenir que la fistule obstétricale n’est pas une fatalité. Ça, c’est la première chose. Donc, plutôt que d’avoir à traiter les malades, il vaut mieux faire de la prévention. Alors, pour moi, la première solution, c’est d’améliorer la prise en charge des femmes pendant l’accouchement, donc mieux accompagner l’accouchement des femmes. Parce que les fistules sont dues aux accouchements dystociques, longs et difficiles et surtout chez les filles jeunes. Les grossesses précoces sont les plus grandes pourvoyeuses de fistules. Donc, pour moi, la première solution, c’est la prévention. La prévention en améliorant le plateau technique médical et de la prise en charge. Il y a des choses qui se font là-dessus mais tant qu’il reste à faire, c’est que rien n’est fait. C’est vrai qu’aujourd’hui, le Ministère de la santé a mis du matériel dans les centres sanitaires jusqu’à la périphérie, mais vous convenez avec moi qu’il n’y a pas de ressources humaines. Il y a des maternités aujourd’hui qui sont sans électricité, sans eau. Moi j’en ai visité, où il y a une seule sage-femme, elle ne peut pas faire la garde 24h/24, 365 jours sur 365 jours. Personnellement, j’estime que le Bénin a fait beaucoup d’efforts dans la construction des services de santé, dans l’équipement des services de santé de la périphérie. Mais, notre Etat doit encore faire un gros effort dans le recrutement et la formation des ressources humaines en matière de santé. Ce n’est pas sans raison qu’on parle d’hôpitaux morts et tout ça. C’est parce que le personnel médical et paramédical est un chainon important dans la prise en charge en matière de santé. Simplement parce que sans ce personnel, il n’y a pas de soins. La machine peut rester là, mais s’il n’y a personne derrière pour la faire tourner ou bien pour interpréter les choses ou pour faire les gestes qu’il faut, ça ne sert à rien. Vous le savez très bien. Notre Etat est plus enclin à acheter du matériel qu’à former les ressources humaines. Je crois que vous comprenez de quoi je parle. Donc, nous devons beaucoup miser sur la formation et sur le recrutement de ressources humaines pour nos formations sanitaires, leur compétence par des formations de qualité. C’est la première chose à faire. Ensuite, faire la sensibilisation pour éviter les grossesses précoces. On pourrait, par exemple, mettre en place un programme de suivi spécifique des grossesses précoces, dès qu’elles sont identifiées. Lorsque vous avez une fille de 16 ans par exemple qui arrive dans une maternité ou bien que dans une école on se rend compte qu’elle est enceinte, qu’on ne la renvoie pas simplement chez elle en disant : « allez accoucher et après vous revenez et nous on va vous reprendre pour que vous puissiez continuer vos études ». Aujourd’hui, tout le monde est d’accord là-dessus. Mais, est-ce qu’il y a pour ces filles, un système de prise en charge pour ces grossesses-là afin de les aider de sorte que les parents qui ont honte de dire que leur enfant est enceinte ne puissent pas les cacher dans un coin quelque part pour qu’au moment d’accoucher, elles se retrouvent dans des endroits non sécurisés ? C’est comme ça qu’arrivent les fistules. Nous devons faire des efforts pour que le personnel soit mieux formé, que les grossesses précoces soient mieux prises en charge et que les programmes de santé et de populations qui, aujourd’hui s’occupent beaucoup de la contraception s’occupent encore plus de ces aspects. Maintenant, qu’est-ce qu’on peut faire pour ces femmes atteintes de fistules obstétricales ? Il y a des programmes qui ont été mis en place et des campagnes de traitements. Mais la réalité est qu’une fois que les femmes sont atteintes de ces fistules, on les cache. Donc les gens ne les sortent pas alors qu’on ne peut pas passer de maison en maison pour savoir s’il y a un cas de fistule. En fait, je pense qu’il nous faut un réseau d’indicateur, ou d’alerte dans les villages en périphérie, et dans les maternités de façon à ce que quand un accouchement est difficile, qu’on mette en place un système de suivi de ces femmes de manière à repérer la lésion à temps. Et parce que la fistule ne se découvre pas au moment de l’accouchement, la lésion est faite pendant l’accouchement et les conséquences ne se voient que plusieurs semaines ou plusieurs mois après.

L’activité principale des femmes béninoises se limite aux micros crédits, aux marches de soutien, au meeting et autres. Quel ressentiment avez-vous quand vous voyez ces choses ?
Vous savez que je suis contre. Je suis absolument contre. Je ne l’ai jamais caché et je ne sais pas si vous m’avez jamais vu marcher. Ce n’est pas sans raison. Alors, je vais vous dire. Pour moi, cette pratique n’est pas simplement déplorable, elle est punissable parce qu’elle s’appuie sur la faiblesse et la fragilité des femmes. C’est une forme d’abus sur ces femmes déjà pauvres. Je ne condamne pas les femmes parce que nous les avons interrogées. Elles nous disent : quand je vais au marché, le bénéfice que je fais en rentrant chez moi n’atteint pas ce qu’on me donne lorsque je vais faire une marche. Donc, au lieu de m’asseoir et vendre à longueur de journée mes «kluiklui», et n’avoir que 50F ou 100F de bénéfice dans une journée et même parfois 0F de bénéfice en fin de journée, je préfère aller à une marche pour qu’on me donne 1000F. Vous allez la condamner ? On ne peut pas les condamner. Nous devons simplement travailler à ce que leur bénéfice dépasse les 1000F qu’on leur donne et nous aurons réglé le problème. C’est très important ce que je suis en train de dire. Une chose est de dire aux politiques : arrêtez d’utiliser les femmes. Mais, ça leur est tellement facile !!! Tout le monde veut la facilité et il faut vraiment une grandeur d’esprit pour essayer de résister. Donc, à la fois nous condamnons la pratique, à la fois nous aimerions la voir arrêter. Ça ne nous grandit pas et parfois quand je vois les hommes politiques faire ça, je n’ai aucune estime pour eux.

Mais vous ne l’avez jamais dit au chef de l’Etat dont vous étiez la directrice de campagne.
Le chef de l’Etat connait toutes mes idées. Je crois que j’ai toujours eu la parole franche avec lui aussi et je crois qu’on se connait assez bien.

Ça veut dire qu’il ne suit pas les conseils de son entourage ?
Je ne dirai pas ça. Je dirai plutôt que les priorités ne sont pas les mêmes. J’insiste sur ce sujet-là. La seule solution, c’est d’améliorer les conditions de vie des femmes, d’abord en les éduquant mieux en leur apprenant à gagner de l’argent et à s’autonomiser. La vraie bataille, c’est celle-là et c’est dans ça que je m’engage et que je suis engagée, pas seulement là où je suis mais partout où je suis. Peut-être que vous ne le savez pas, mais dans toutes mes autres activités, c’est prioritairement sur cela que j’insiste.

Parlons 08 mars parce que nous nous y approchons. Est-ce la journée du 08 mars ou bien le mois ou le trimestre de 08 mars ?
Pour moi, c’est tous les jours qu’on peut célébrer le 08 mars.

L’année du 08 mars alors ?
Pourquoi pas. Parce que c’est tous les jours que nous devons travailler pour l’amélioration des conditions des femmes. C’est tous les jours que nous devons avoir cette priorité et pour moi, chaque jour où quelqu’un se lève pour dire, j’analyse la condition des femmes, j’apporte quelque chose à la situation des femmes, je fais quelque chose pour la femme afin qu’elle soit un peu mieux, quel que soit le jour de l’année pour moi, c’est positif. Donc, le 08 mars c’est quoi ? Revenons au 08 mars. C’est une journée qui a été identifiée par les Nations-Unies pour que le monde entier, au moins une fois par an pense à la situation des femmes. Ça ne veut pas dire que tous les autres jours, on ne doit pas y penser. La deuxième réponse, c’est que le 08 mars, c’est aussi la fête des femmes. C’est donc ce qui justifie un peu les festivités. Mais, c’est aussi où des réflexions sont menées. Ce jour-là, plus particulièrement, on fait des réflexions sur la situation des femmes. Donc, le 08 mars, on ne doit pas refuser qu’il y ait des festivités. Mais, il ne peut pas y avoir que des festivités, il faut aussi qu’il y ait des réflexions, des recommandations, des propositions, etc… Des activités qui permettront d’améliorer les conditions des femmes.

Il y a souvent des fêtes pour la journée. Etes-vous pour ou contre cette manière de faire ?
Et j’ai toujours été contre. L’Institut n’a jamais fait de fête pour le 08 mars. Nous avons un budget pour ça. Notre budget pour la première année, nous l’avons utilisé pour faire une étude sur les formations techniques. Nous avons toujours utilisé notre budget pour faire des actions concrètes, pour faire soit des études soit des formations sur le terrain pour les femmes. On nous l’a même reproché en disant que nous n’avons pas théoriquement en étant institut, le droit de faire des travaux de terrain. Et nous avons répondu non. C’est notre argent. On nous a dit de faire la fête, mis nous avons préféré faire des études. On ne peut pas aussi nous en vouloir pour ça.

On pourrait appeler ça détournement de fonds ?
Non, on va dire chevauchement d’attribution. Le 8 mars prochain, je vous le dirai puisque ce n’est pas encore balisé mais, c’est une action intellectuelle. Vous serez certainement mis aux faits mais nous ne ferons pas de foulard et autres.

Vous êtes ancienne ministre de l’enseignement supérieur. Au mois de décembre, tous les acteurs du monde de l’enseignement ont été conviés aux états généraux de l’enseignement. Quand vous avez eu les conclusions de ces assises de l’éducation, avez-vous le sentiment que la plaie a été réellement pansée ?
Vous m’amenez sur un terrain pointu et je vais vous répondre franchement. Je n’ai pas encore eu les conclusions. J’ai demandé et je vais les avoir. Une fois que je les aurai analysées, je pourrai répondre clairement à votre question. Je n’ai pas suivi vraiment les débats. Je crois que le forum a essayé d’identifier en partie les insuffisances de notre formation et y a proposé des solutions. Permettez sans être revancharde de rappeler que, quand j’étais au Ministère, j’ai été la première à convier à des assises des chefs d’entreprises. Mon discours était que la formation doit s’arrimer à nos besoins économiques. Nous avons mis 8 ans pour revenir à ça, nous aurions pu faire mieux depuis 8 ans. Donc, le forum a essayé de faire des propositions pour que les insuffisances de la formation que nous donnons aujourd’hui soient corrigées. Permettez que je le dise les conclusions que j’ai eues m’ont donné le sentiment que nous ne sommes pas allés au fond des questions. Permettez-moi de poser cette question. Est-ce que former des gens à foison dans des universités sans aucun espoir de travail, c’est travailler ou donner des chances à notre pays de se développer ? Pour moi, c’est une bombe à retardement. Est-ce que déconcentrer les universités et mettre des centres universitaires dans les 77 communes améliore la qualité de la formation ? Je ne crois pas. Je crois que comme ça se fait dans l’économie, dans l’éducation, nous devrions avoir un axe central. Et cet axe dorsal devrait être défini en fonction des besoins identifiés du moment. Je donne un exemple : à un moment donné, nous nous sommes rendu compte qu’on n’avait pas de statisticiens. Donc, nous avons donné des bourses pour aller former des statisticiens et nous avons poussé des gens vers cette formation. Mais à un moment donné, il faut dire stop, jusqu’à ce qu’on revienne à une formation continue pour que l’économie puisse se développer de manière à ce qu’il n’y ait plus de chômeurs. Aujourd’hui, nous avons des besoins énormes dans différents domaines en particulier dans le domaine scientifique. Je prends le domaine de l’environnement. Nous n’avons pas encore fait des formations qu’il fallait dans le domaine de l’environnement ni pour la sauvegarde, ni pour l’exploitation rationnelle de nos potentialités en la matière. Nous n’avons rien fait. Nous formons des environnementalistes pour aller rester dans les bureaux. Donc pour moi, le problème de l’éducation est loin d’être résolu et je ne sais pas si le forum est allé au fond.

L’une des questions face à laquelle vous étiez réticente quand vous étiez au gouvernement est relative aux doléances des étudiants à rendre gratuit l’enseignement supérieur. Après votre départ, le verrou a été sauté. Avez-vous l’impression que le gouvernement a bien pris l’option de décréter la gratuité de l’enseignement supérieur ?
La gratuité de l’enseignement supérieur a été une volonté du chef de l’Etat. Il a même voulu plus que ça et le moins difficile pour notre Etat était de prendre en charge les inscriptions. Ce verrou a été sauté comme vous dites et ça a été signé. Mais, je crois qu’il n’y a pas eu assez d’explications sur la proposition. Déjà à l’époque, les études que j’avais faites montraient que la charge financière pour l’enseignement supérieur était insoutenable pour notre budget. Parce que ça fait un appel d’air vers les universités. On dit : vous êtes inscrits gratuitement et tous les bacheliers vont s’inscrire même s’ils ne vont pas au cours. On a alors dit : si vous redoublez, on ne vous reconduit pas l’inscription. Mais s’il redouble là et va s’inscrire en 1ère année dans une autre filière ? Tous les jeunes vont s’inscrire, même s’ils vont dans d’autres formations ailleurs. Ils vont s’inscrire à l’université pour bénéficier de la carte d’étudiant qui ouvre la porte à certains droits comme la prise en charge dans les hôpitaux, les restaurants. Même s’ils ne font pas la formation, ils prennent la carte d’étudiant pour pouvoir bénéficier de certains droits. C’est humain. A mon avis, je crois que cette question devrait être revue, repensée et qu’on puisse peut-être mettre des critères pour voir dans quel cas, c’est sûr que certains étudiants voudront avoir les inscriptions gratuites et pas tout le monde. Je crois que chaque fois qu’on met quelque chose en place, il faut l’évaluer. Le système de bourse que j’avais mis en place a été évalué un certain nombre de fois et reconduit malgré les insuffisances. Mais je crois qu’il est suffisamment crédible même s’il est un peu tributaire de la qualité de ceux qui sont chargés de l’appliquer. Il faut évaluer la gratuité des inscriptions. Il faut se donner le temps et le courage d’évaluer, voir les distorsions, ce qui a ou n’a pas marché, on revoit et on prend des solutions. Je crois que la gouvernance c’est aussi ça. Se remettre en cause, revenir sur des décisions qu’on avait prises et mieux expliquer aux gens quels sont les objectifs mais aussi la finalité à pouvoir aider un certain nombre d’étudiants qui sans cette gratuité ne pouvaient pas s’inscrire. Est-ce qu’on les aide réellement ? Parce que ça coûte cher aussi d’aller à l’université tous les jours C’est difficile d’avoir une chambre sur le campus mais ça soulage déjà un peu les parents.

Quels sont vos projets qui sont en train d’être concrétisés actuellement avec l’actuelle équipe rectorale ?
Je crois que je travaille assez avec l’équipe rectorale qui est là. Je crois que nous avons des échanges informels avec le recteur et toute l’équipe. Personnellement en ce qui nous concerne, nous avons lancé en collaboration avec l’UAC, la formation en genre et nous attendons pour que ça démarre. Parce que nous nous sommes rendu compte que le problème du genre, donc la réduction de l’inégalité entre les hommes et les femmes et la prise en compte équitable des hommes et des femmes, n’est pas suffisamment abordé au niveau de l’Université. Pour qu’il soit pris en compte, il faut que ceux qui pensent et appliquent les programmes gouvernementaux, publics soient formés en matière de genre. On s’est rendu compte que c’est parce que les gens ne connaissaient pas qu’ils ne savent pas l’appliquer. Donc, on a mis en place cette formation qui doit démarrer incessamment. Ce sera une formation diplômante, universitaire, sur deux ans. Les personnes travaillant déjà pourront venir se former de manière à avoir des compétences en genre. Et ça peut rentrer en compte dans d’autres formations.

Avez-vous déjà vérifié votre nom sur la lépi ?
Oui, non seulement j’ai mon nom sur la Lépi, mais j’ai envoyé à tous ceux qui sont sur mes réseaux le lien pour vérifier et j’ai fait démultiplier à un certain nombre de personnes pour vérifier leurs noms sur la Lépi.

Avec cette opération, avez-vous le sentiment que nous tendons vers la Lépi consensuelle tant souhaitée pour des élections apaisées ?
La Lépi est assez bien nettoyée parce que le fait que les gens vont vérifier sur le terrain, aura permis d’enlever les doublons. Maintenant la Lépi telle qu’elle est aujourd’hui, personnellement devrait faire consensus, c’est ce que je pense. Maintenant, nous sommes en politique. Peut-être que ça n’arrange pas tout le monde. Mais, il faut que ça arrange tout le monde parce que c’est de la paix de notre pays qu’il s’agit. Au lieu de perdre son temps à se combattre, ça permettra qu’enfin, on parle des problèmes de développement.

« Nous nous sommes trompés, nous vous avons trompés ». Quand vous avez entendu les déclarations de l’une de vos compatriotes femme députée à l’Assemblée nationale, quelle a été votre réaction en tant que directrice de campagne de Yayi Boni ?
Je crois que lorsque j’étais directrice de campagne et que je faisais campagne, les gens me disaient : « Ah Madame Boco, c’est toi qui nous as dit de voter ». Je leur disais : « votez et nous ferons le bilan ». Un premier bilan a été fait en 2011. La population béninoise a estimé qu’il y avait eu des dysfonctionnements et que tout n’avait pas bien marché. Même le chef de l’Etat l’a reconnu. Mais, la majorité du Bénin a décidé de le reconduire pour le second mandat. Donc, il est légitime. La gouvernance qui est là est notre choix à tous, pas seulement à nous qui avons fait campagne. Mais attention, j’ai aussi dit que nous devons évaluer. Moi je suis dans la position d’un évaluateur parce que je me suis mise dans cette situation là dès le début et je ne l’ai pas caché.

Et à mi-parcours, quelle évaluation avez-vous fait ?

Même à mi-parcours, je reconnais qu’il y a eu beaucoup de dysfonctionnements. Je reconnais qu’il y a eu des choses qui ont été faites. Nous n’allons pas faire le bilan aujourd’hui. Il y a beaucoup de choses qui ont été faites et il y a des choses qui auraient pu être mieux faites. Mon regret est que les choses qui ont été faites auraient pu l’être encore mieux grâce à une meilleure gouvernance et les populations auraient été mieux impactées dans leur vie quotidienne. Ce qui s’est fait au Bénin est parti de bonnes idées. Si vous regardez bien au départ, il y a toujours une bonne idée pour tout le monde. Est-ce parce que les acteurs ne sont pas à la hauteur ? Est-ce parce qu’ils sont incompétents ? Est-ce parce qu’ils ne sont pas forcément à la bonne place ? Il va falloir évaluer, comme je le dis, à la fin des 10 ans. Moi je l’ai toujours dit. Il va falloir évaluer à la fin des 10 ans, ce qui a marché, bien marché, pourquoi ça a marché, ce qui n’a pas marché et pourquoi ça n’a pas marché. Et la 3ème partie, comment faire pour que nous n’ayons plus cela. Je crois que chaque politique le fait individuellement mais après, il faudra mettre en place des structures qui vont le faire réellement, scientifiquement, pas pour condamner nécessairement des gens, mais surtout pour que nous sachions à l’avenir qu’il y a des erreurs qu’il ne faut plus jamais commettre. Je crois que c’est l’avantage que nous pouvons tirer de ces 10 ans de gouvernance.

Le projet Alafia est quand même un grand moyen pour tout le gouvernement au Bénin ?
Je sais et disons que le projet Alafia, nous l’utilisons tous les jours et nous menons toutes nos actions à partir de l’Agenda Alafia 2025. Sur ce document, la version qui est connue est une version allégée mais ce document a identifié beaucoup de difficultés que nous connaissons aujourd’hui. Il y a assez de problèmes que nous vivons aujourd’hui. Notre insuffisance est que nous ne lisons pas et ne nous cultivons pas assez. Et que nos politiques sont des politiques politiciens et que ce n’est pas de la politique reposant sur la technicité. Ils devraient s’inspirer tout le temps de ce document, de ces choses écrites, de ce qui a été fait avant, de ce qui est fait ailleurs pour prendre leurs décisions.

Pensez-vous que le phénomène de la mutilation génitale est éradiqué au Bénin ou il y a une résistance ?
Il n’y a pas trop de mutilations génitales au Bénin, sauf dans deux petites régions. On ne peut pas comparer la situation du Bénin avec celle des pays du Sahel. Ça n’a rien à voir. Donc, on ne peut pas superposer. C’est ce que je vous disais tout à l’heure. Quand on globalise trop, on fait des erreurs.

Avez-vous accès à l’Ortb ?
Oui. Je pense oui. Vous m’avez déjà vu plusieurs fois à l’Ortb. J’ai fait des émissions sur l’Ortb.

Il y a des politiques qui se plaignent du fait de ne pas y avoir accès. Pensez-vous que l’Ortb devrait fermer les portes à certains?
Je suis d’accord avec vous que la politique actuelle de l’Ortb n’est pas la meilleure parce qu’une gouvernance qui ne veut pas entendre son opposition est une gouvernance qui se fourvoie. De la parole de l’opposant nait la contradiction et la parole de l’opposant vous permet de voir ce que vous faites mal et bien et de vous corriger. Une politique qui veut des résultats doit nécessairement entendre son opposition.

Madame Vicentia Boco se préoccupe-t-elle de sa blouse ?
Qui ? Moi ? Je suis tous les jours en blouse.

En conclusion
Je dirai que je crois quand même que nous faisons une erreur de penser que la réduction des inégalités entre les hommes et les femmes soit la bataille d’une certaine catégorie. Lorsqu’on regarde bien, on voit que dans les pays où les femmes ont été mises à peu près au même pied d’égalité que les hommes, il y a plus de justice. Le niveau social est plus équilibré. Donc, c’est un facteur de progrès pour les sociétés. Il faut que nous aussi nous voyions ça comme un facteur de progrès pour notre société. C’est essentiel. Et c’est ça qui va entrainer les changements que nous souhaitons pour notre société. Deuxièmement, je souhaiterais dire que ce n’est pas l’affaire de quelques-uns seulement. Nous, on est là seulement comme des porte-paroles. Mais c’est l’affaire de tout le monde. Si un mari sait qu’en quittant sa maison, que s’il était renversé par un véhicule, ce qui peut nous arriver à tous, la femme qu’il a laissé a la possibilité de prendre en charge les enfants, il aurait une inquiétude en moins. Je crois qu’il faut voir la chose dans ce sens. J’entends des jeunes dire, les femmes qui sont trop instruites ‘’j’en veux pas chez moi’’. Mais, ils ont tort. Parce que, de la femme instruite, on peut apprendre beaucoup de choses. Vous êtes complémentaires. Car, ni l’homme ni la femme ne maitrise tout. Un couple qui ne s’enrichit pas mutuellement est un couple qui n’est pas épanouissant. Donc, même pour l’homme, l’épanouissement est le fait d’avoir une conjointe avec qui il peut échanger, s’enrichir. Il est important de rappeler cela aux jeunes qui ont des réflexions superficielles. Notre éducation aujourd’hui n’est pas profonde. On n’apprend plus aux enfants le fondement de la société. Donc, nous devons être des éducateurs plus que des enseignants. Cela suppose que nous devons apporter le savoir-être, le savoir-vivre. Nous devons apprendre à nos enfants les vraies valeurs auxquelles ils doivent s’attacher.

Carte d’identité

« Je ne sais que m’occuper des autres »

Née à Natitingou un certain 22 janvier 1949, et originaire de Savi (Ouidah), département de l’Atlantique, Vicentia Boco, ne se définit que comme Béninoise à part entière. « Je ne suis ni du sud, ni du nord. Je suis Béninoise et je n’ai qu’une seule politique, le Bénin », avoue-t-elle. De parents enseignants, elle a connu le pays au gré des différentes affectations de ceux-ci. Du reste, elle passe son CEP en 1959 et décroche un Bac série D en 1968. « A l’époque, il me semblait que la médecine était le meilleur moyen pour rendre service. En plus de cela, j’ai choisi une discipline qui n’existait pas au Bénin, la radiologie », affirme l’ancienne ministre qui est le premier Béninois spécialiste de cette discipline.   C’est qu’elle aime se mettre au service des autres. «  Mon père et ma mère m’ont faite ainsi. Je ne sais m’occuper que des autres », dit-elle. Mais pour en arriver là, le chemin aura été long, long et dur. Entrée en Belgique, elle fait trois ans de médecine avant de tout recommencer à zéro en France, sans bourse. C’était le commencement de sa carrière professionnelle en France en 1974. Au bout du rouleau, la voilà médecin, elle fait un peu d’anesthésie réanimation avant de choisir  la radiologie, qui est aujourd’hui un instrument clé de la médecine. « Avant on traitait à l’aveugle. Aujourd’hui, la médecine pose d’abord un diagnostic, ce qui passe souvent par l’imagerie », argumente Vicentia Boco.  Mais au pays, personne n’avait encore idée de ce que pouvait représenter cette science inconnue. Elle enseigne un temps au Collège Polytechnique Universitaire (CPU, aujourd’hui EPAC) et finit  à la Faculté des sciences de la santé (FSS). Chef du service d’imagerie médicale du CNHU, elle devient vice-doyen de la faculté, directrice de l’école des assistants sociaux et de kinésithérapie en 2003. Elle fut même un temps Conseillère technique à la santé et aux affaires sociales du président Nicéphore Dieudonné Soglo. Sa carrière politique démarre réellement en 2006 lorsqu’elle a assuré la direction de la campagne du candidat Boni Yayi.  Elle a été par la suite chargée de mission du Président de la République avant de remplacer le Professeur Nago devenu Président de l’Assemblée nationale. Vicentia Boco a été nommée ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, département  qu’elle a dirigé de Juin 2007 à Octobre 2008. A ce poste, elle s’est évertuée à poursuivre les réformes initiées dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique par son prédécesseur. C’est sous sa tutelle que l’Université d’Abomey-Calavi a entamé la concrétisation du système LMD, l’inscription gratuite des étudiants non secourus et non boursiers et la suppression des concours d’entrée aux écoles universitaires. Elle a également poursuivi la politique de renforcement des infrastructures universitaires. Dans le cadre de la déconcentration du système d’Enseignement Supérieur, des sites ont été négociés et obtenus. Il s’agit du site de Kétou, Adjohoun,  Adjarra, Abomey, Bohicon, Zakpota, etc.   Autrefois Présidente d’honneur du parti Forces Coalisées pour le Changement (FCC) après sa sortie du gouvernement, elle est demeurée très importante dans le dispositif politique du Président Boni YAYI qui le lui rend bien en la propulsant en 2009 à la tête de l’Institut national pour la Promotion de la Femme (INPF), poste qu’elle assurait cumulativement avec ses fonctions de Médecin, Chef Service Radiologie, au Centre National Hospitalier Universitaire (CNHU) Hubert K. MAGA. Depuis fin 2014, elle s’est libéré de sa blouse avec son admission à la retraite et se consacre entièrement à l’institut.

Intimité

Tout-terrain assumée

Vicentia Boco est déjà grand-mère de trois petits enfants. A table, elle se définit comme un tout terrain, « parce qu’effectivement, je n’ai pas de préférence particulière », dit-elle. Elle mange de tout mais préfère l’eau à toute autre boisson. Comme sport, elle fait de la gymnastique et de la marche. Comment allie-t-elle alors vie professionnelle et vie familiale ? Ses enfants lui reprochent encore ses absences fréquentes par le passé, mais son mari l’était tout autant. A la retraite depuis l’année dernière, c’est une activiste convaincue de la cause de l’enfant et de la femme qui a eu la chance de naitre dans une famille qui lui a donné toutes ses chances. Elle cherche aujourd’hui à aider les femmes à s’accomplir malgré leurs conditions difficiles.

 

La Rédaction

déclaration « Sous l’Arbre à Palabres » de Christophe Mègbédji , Maire de Klouékanmey au siège de l’événement précis: « Une bonne Décentralisation dépasse la révolution »

Maire de Klouekanmè88ème invité de la rubrique « Sous l’arbre à palabre » du quotidien L’Evénement précis le lundi 26 janvier, le premier de l’année 2015, Christophe Megbédji, maire de la commune de Klouékanmey, n’a pas mâché ses mots pour exprimer ses pensées. Il s’est confié avec plaisir aux journalistes qui ont abordé avec lui plusieurs sujets de l’actualité, surtout ceux  liés à la décentralisation et à la gouvernance locale. Sur ce sujet, le maire dont la commune est lauréate de plusieurs prix pour sa bonne gouvernance estime que « Le Fadec a rendu la plupart des communes un peu paresseuses ». Lisez plutôt.

L’Evénement Précis : La décentralisation a-t-elle porté ses fruits de façon globale dans votre commune?
Il faut commencer par dire que la décentralisation est un processus, un système qui colle au développement à la base, c’est aussi la démocratie au niveau local. Etant un processus, nous sommes dans un trajet qui va nous conduire inévitablement vers le développement qui se renouvelle. Lorsque nous réglons un problème pour lequel la population nous sollicite, un autre nait. La satisfaction d’un besoin peut nécessairement durer. C’est pour cela que c’est un processus dans lequel on est comme dans un tourbillon de manière à permettre aux populations de s’inscrire dans une logique de demander. Car on est là pour leur offrir les services pour leur bien-être.

Est-ce que les élus locaux tels que vous les avez connus en 2003 ont vraiment été à la hauteur ?
Je dois dire que les élus locaux, dans l’ensemble, ont fait des efforts notables. C’est vrai qu’on n’a pas pu faire tout ce que les populations attendaient de nous. Comme vous le savez, c’est une expérience que nous avons démarrée en 2003. Cette expérience a aussi été enclenchée dans d’autres pays de la sous-région. En faisant le tour de ces pays, nous nous sommes rendus compte qu’on a quand même fait un effort, mais il faut améliorer notre façon de produire le système. Inévitablement, il faut l’améliorer et pour ça, nul ne sera de trop. La décentralisation est assise sur un trépied. Nous avons le gouvernement central d’un côté qui devait être dans les stratégies. Vous avez les communes qui sont opérationnelles, qui travaillent, qui innovent, les partenaires techniques et financiers, vous avez aussi les gens de la société civile qui accompagnent tout le mouvement qui doit profiter à tout le monde. Nous avons fait des efforts et beaucoup de choses sont à améliorer.

Quelle appréciation faites-vous du rapport sur la gestion du Fadec ?
Il fallait s’y attendre. Pour commencer, je voudrais dire que je suis souvent peiné de voir les gens s’accoler seulement au Fadec. Quand je reçois les gens, je dis que vous êtes là pour le Fadec mais on devrait parler des fonds publics. Quand un conseiller communal, un élu local ou un collecteur municipal va dans les marchés pour obtenir les ressources au niveau local, tout cela devrait préoccuper l’Etat central et non seulement le Fadec. Mais, quand on mène le débat par rapport au Fadec, je dis que le Fadec n’est que la face visible de l’iceberg. Il y a une grosse partie qu’on ne voit pas. On devrait s’intéresser aux fonds publics gérés par les communes. Sur le terrain, on demande combien on a mobilisé et on nous demande de montrer ce qu’on a fait avec l’argent. Le débat devrait être plus étendu, plus large. Mais malheureusement, on l’a limité seulement aux fonds Fadec. Je dois dire que le Gouvernement est dans son rôle. Vous envoyez des fonds à des entités décentralisées autonomes, vous devrez attendre que ces entités gèrent bien les fonds. Pour savoir s’ils gèrent bien ces fonds, vous devez aller sur le terrain et c’est ce qui se passe. Ce n’est pas surprenant que l’Etat central envoie sur le terrain des auditeurs pour savoir ce qui s’est passé. Supposons que vous êtes député et que vous devez aller sur le terrain, ce n’est pas pour le pouvoir mais c’est pour aussi éduquer.

Mais le rapport est très critique par rapport à la gestion des municipalités
Oui, mais nous prenons acte de ce qui est dit dans le rapport. Comme nous n’avons pas encore eu de façon détaillée le contenu du rapport, il n’y a pas de problème. Le rapport qui est critique, nous devons prendre ce qui est dit dedans, les observations qui sont faites et nous inscrire dans ce qui est dit de sorte que ce qui est reproché aujourd’hui comme étant une erreur, ne se répète pas demain. D’autres viendront nous remplacer et ce n’est pas normal que ceux-là viennent commettre les mêmes erreurs. Certains vont rester encore dans le système et continuer. Nous avons des amis aux Etats-Unis qui sont déjà en train de faire 40 ans, 38 ans de gestion locale. Ceux qui vont continuer comprendront qu’il faut se corriger nécessairement, pas pour leurs propres causes, mais pour leurs populations.

Lorsque nous prenons le rapport surtout en ce qui concerne le Mono-Couffo, parmi les points qui sont reprochés, en ce qui concerne par exemple la gestion du budget, il est écrit dans les observations que les budgets sont fantaisistes et ne tiennent pas compte des besoins réels. Est-ce que c’est le cas à Klouékanmè ?
Vous savez, quand on l’écrit comme ça, c’est sujet à critiques. Le budget est un acte de prévision. Vous n’êtes pas le Tout Puissant ni Jésus. Vous dites je vais collecter 100 francs cette année, vous vous battez pour avoir les 100 francs mais vous n’y arrivez pas. Si vous avez un contretemps, étant donné que les budgets sont souvent basés sur les ressources locales, les taxes sur les produits vivriers, qu’est-ce que vous pouvez y faire ? Si au cours d’une année, vous n’avez pas la chance d’avoir de grandes récoltes, ne vous attendez pas à avoir de l’argent. Dire que c’est fantaisiste ne serait pas très juste, c’est-à-dire, qu’on n’a pas pu atteindre les objectifs fixés. On peut le dire mais on ne peut pas dire que c’est fantaisiste. Celui qui dit qu’il veut collecter 100 millions ne peut s’attendre à ce qu’il y ait une crue et que le champ serait dévasté. Quand les gens arrivent sur le terrain, il y en a qui sont des théoriciens et des praticiens. Mais lorsqu’on est théoricien ou praticien, on doit aborder les questions avec un peu d’attention, en considérant que ce qui est dit dans un budget n’est pas forcement ce qui est réalisé.

Est ce qu’il y a chez vous les organes de passation de marchés publics?
C’est la moindre des choses. C’est pour cela que nous nous sommes inscrits cette année dans la bonne gouvernance. Cette année, on a eu la chance d’avoir le premier prix de la bonne gouvernance. C’est normal parce que le code d’agent public a prévu un certain nombre d’organes dont les commissions, les cellules, pour veiller au grain. C’est vrai que ça permet à tout le monde d’être au boulot.

Le Fadec a-t-il servi à payer les salaires des agents municipaux ?
C’est arrivé dans des communes. Nous le regrettons et ça ne devrait pas arriver comme ça. Moi je suis le premier à dire ici que le Fadec nous a rendus paresseux. C’est vrai, j’ai été suivi par le maire d’Aplahoué qui a dit exactement la même chose. Le Fadec a rendu la plupart des communes un peu paresseuses. Quand nous avons démarré en 2003, c’est parce que nous avons refusé un certain nombre de choses, d’être ce que les gens appelaient des marionnettes. Nous avons décidé de montrer que nous sommes des serviteurs et ça nous a poussés à créer l’opération MARBRE. L’opération MARBRE a fait le tour du monde, pas seulement de l’Afrique. C’est un système de collecte de ressources locales.

Expliquez-vous
On a cette pierre précieuse chez nous qui est le marbre. Nous avons donné le nom MARBRE à l’opération. Nous voulons collecter les taxes sans faute pour aller vers le développement pour apporter aux populations des services.

Et quelle en est la spécificité ?
C’est que le premier agent collecteur est le maire. Il est suivi par les conseillers communaux, les chefs de village, tout le monde est dans le marché. Il y a aussi les Ong, les associations de parents d’élèves (parce que les gens attendent qu’on vienne construire des salles de classe dans leurs écoles) qui viennent nous appuyer. C’est une façon de rassembler des gens autour des ressources endogènes et ça a marché. Ça a marché et on nous a invités dans d’autres pays pour parler de ça.

Quel est le seuil que vous avez atteint en termes de collecte ?
Il nous est arrivé d’aller jusqu’à 134% des recettes prévues. C’est intéressant mais ça peut baisser en fonction des recettes de la commune. Il nous est arrivé de ne pas pouvoir atteindre les 134% mais on va au-delà de ce qui est prévu par rapport aux taxes de marché. Si c’est comme ça, c’est bien. Nous avons fait l’opération marbre et nous avons constaté que Klouékanmè a été suivi par tout le Bénin. La plupart des ministères étaient contents et le législateur béninois a fait dans le nouveau code électoral des conseillers communaux, des chefs de village, des auxiliaires, des percepteurs. C’est grâce à l’opération MARBRE. Ils n’ont pas dit opération MARBRE dans la loi mais ils m’ont suivi et je suis content. Parce que nous avons dit qu’on ne va pas croiser les bras à attendre l’Etat central ou les partenaires, mais on est incité à aller vers eux. C’est pourquoi on a créé l’opération MARBRE.

Si le Fadec a rendu paresseux les mairies, qu’avez-vous fait pour ne pas paresser ?
Nous nous sommes battus. Cela ne veut pas dire que nous crachons sur le Fadec. C’est une façon pour nous d’aller contre les lois. Lorsque vous voyez une compétence qui est transférée aux communes, on dit, à cet effet, l’Etat transfère les ressources y afférentes. Ça veut dire que l’Etat a le devoir impérieux de transférer les ressources dans nos communes. Seulement, il se trouve que les communes qui font déjà des efforts depuis 2003, constatent que ces ressources n’arrivent plus à couvrir les besoins comme avant. Ces fonds devraient venir en complément des efforts que nous faisons déjà sur le terrain. C’est ce qui a manqué à la plupart des communes et je crois que nous veillons au grain pour que ce mal ne nous atteigne pas. Mais ça va être difficile.

En termes de développement local, quels sont les grands défis que la décentralisation n’a pas pu relever chez vous ?
La décentralisation nous a permis d’aller dans diverses directions. Mais en termes de défis qui ne sont pas pris en compte par la décentralisation, je crois par exemple qu’on n’a pas pu aller vers l’enseignement secondaire. Les lois ont cru devoir donner l’enseignement secondaire seulement aux communes à statut particulier. Ce qui est une grave erreur. Vous vous occupez des enfants au niveau primaire, ils vous quittent et sont dans un trou. Quand il est nécessaire pour une commune d’aller vers l’enseignement secondaire, je crois que ça devrait prendre des mesures conservatoires parce qu’on a dit de faire la promotion de l’éducation de la jeunesse et nos enfants qui sont dans le secondaire sont compris dans cette jeunesse. Nous n’avons pas de ressources pour ça et les communes se jettent à l’eau pour pouvoir quand même aider les enfants. Si les partenaires arrivent et veulent m’aider pour la construction de la communauté, des classes, je ne peux pas m’y opposer. Si je dis non, ça veut dire que j’ai démissionné et je n’ai pas pris de mesures conservatoires pour capter ces ressources qui ne sont pas des ressources publiques mais venues d’ailleurs. Voilà pourquoi je dis qu’on devrait quand même nous permettre de nous intéresser à l’enseignement secondaire. Il y a aussi les aspects liés à la santé surtout quand on ne peut pas construire des centres de santé au niveau de la commune ou de l’arrondissement. C’est une aberration. Quand vous dites que la commune ne va pas sur le plan de la santé, vous réservez ça pour l’Etat. Mais nous pensons qu’il nous faut transférer aux communes, ces compétences. Nous sommes avec les parents et nous voyons comment ils souffrent. Nous devons pouvoir nous battre pour que tout soit bien fait. Prenez, par exemple, la culture.

Ne voyez-vous pas que c’est ridicule de voir un conseil de gestion d’un centre de jeunes dirigé par un directeur départemental ?
Il est le président de la cellule de gestion et le maire est son vice-président. Du coup, vous allez voir un directeur départemental qui sera président dans douze, treize voire quatorze communes. C’est ridicule. Voilà des défis qu’il faut relever. Je crois qu’il revient à la commune d’avoir la charge de s’occuper de la promotion des affaires sociales et culturelles. Ce n’est pas nous qui le disons, mais c’est la loi qui le dit et dans le même temps, on prend un arrêté en 2005 pour faire des directeurs départementaux des présidents de comité de gestion des centres de jeunes et de la culture. Nous avons dit que c’est une aberration. C’est un arrêté qui le dit et c’est parce qu’on a mal interprété la loi qui dit qu’au niveau des infrastructures communales, la mairie n’intervient pas mais intervient au niveau des arrondissements et au niveau du village. Il y a un défi et nous nous y préparons pour le relever à travers cette loi.

Comment arriver à changer la physionomie de nos communes qui ressemblent toujours à de gros villages ?
En réalité, le développement se vit. Si vous créez une ville, elle restera là mais n’aura personne. Vous voyez quand vous allez à Yamoussoukro, vous verrez des lampadaires dans la brousse. Autrement dit, la ville se crée d’elle-même. On ne la crée pas. Si vous la créez, elle meurt, donc, c’est progressivement qu’elle se met en place. C’est pour cela que nous avons choisi de ne pas aller dans les lotissements. Vous allez voir que la plupart des communes se sont lancées dans les opérations de  lotissement. Mais depuis environs douze ans, Klouékanmè n’est pas lotie. C’est un centre urbain qui a des obligations. Vous ne pouvez pas aller au lotissement sans faire le SDUC (Schéma directeur d’urbanisation de la commune), faire le PDU (Plan directeur d’urbanisme). Parce que c’est là que vous définissez les grandes orientations. Vous dites, voilà tant, tant et tant. Nous avons cinq zones d’habitation. Pour acheter une parcelle pour y habiter, c’est là. Ceux qui ont les scieries, les moulins à maïs, les grandes machines, vous créez des zones industrielles pour eux. Voilà, les gens vont vendre les produits fabriqués, il faut leur créer leur marché. C’est ce que vous devez avoir à Cotonou. Vous verrez ici à Cotonou, un beau matin, quelqu’un se lève puis installe un moulin à maïs derrière votre chambre à coucher. Or, normalement, quand on vient vous voir pour dire, je veux acheter une parcelle, dans quelle zone je peux rester ? Il voit avec l’agent de la mairie, et explique ce qu’il veut faire avec la parcelle. Non, je veux construire et habiter avec mes enfants en famille. Vous devriez être en mesure de lui répondre : attention, là, c’est une zone industrielle, vos enfants seront embêtés, vous-même serez embêté, la pollution sonore serait au top niveau. Si vous voulez acheter et construire pour y habiter, allez à tel endroit. Vous voyez, normalement, c’est comme ça qu’on devrait gérer les villes. Les services urbains seront gérés de cette façon-là. Malheureusement, je m’amuse souvent pour dire que nous nous sommes transformés en vendeurs de parcelles. Nous sommes en train de finir le PDU, on lance le lotissement cette année et nous sommes en train de faire le dépouillement pour le SDAC. Maintenant, il faut des moyens. Le gouvernement avait voulu nous accompagner au temps du ministre Gnancadja surtout avec les nombreux prix que nous avons eus. Malheureusement, ça n’a pas pris. On est obligé de lancer ça nous-même. Je suis quand même heureux de vous apprendre que le contrat est sur le point d’être signé alors que nous sommes presque à la fin. Donc, on va les voir pour orienter ces fonds-là vers d’autres zones agglomérées. Parce qu’on s’est dit qu’on doit pouvoir élaborer le plan du développement d’urbanisme des zones agglomérées. Ça veut dire quoi ? Si c’est un chef-lieu d’arrondissement, il y a un village qui se développe vite, on s’arrange pour faire le PDU pour prévenir l’installation des populations.

Vous avez été plusieurs fois sacré meilleur maire du Bénin, dites-nous vos secrets.
Est-ce qu’il y a de secret, si non, mon secret est que j’applique les stratégies et orientations nationales, puis, je suis beaucoup les conseils. Pas les mauvais, non, mais les bons conseils, je les suis. Ce n’est pas comme chez les autres. Un paysan peut prendre son téléphone et m’appeler, me dire : Monsieur le maire, il y a telle ou telle chose. Si vous faites si ou ça, ça peut marcher. Au téléphone bien-sûr. Chez moi, il n’y a pas de rendez-vous, il n’y a pas d’heure de visite, je reçois tout le monde à tout moment, pourvu que je sois là. Si je suis là, je vous prends. Maintenant, ça a un prix, si votre dossier est à jour, il n’y a pas de problème. C’est difficile, mais on fait ça. Nous suivons les conseils et nous évoluons par rapport aux textes. On n’arrive pas toujours à tout faire comme cela se doit mais on fait l’effort de lire les documents et on suit les textes. Ça nous a permis d’avoir plusieurs prix, c’est la commune des meilleurs prix. Et quand le journal La Nation l’avait écrit, ce n’était pas une erreur. Non, c’est vrai. C’est maintenant que je veux choisir une journée pour célébrer les succès. Et si j’ai les moyens, vous serez là. Vous m’avez invité maintenant, donc, je vous inviterai aussi au moment opportun. Nous allons montrer les prix qu’on a gagnés. Je me demande si dans la sous-région, il y a une commune qui a gagné autant de prix que nous. Je ne pense pas, puisque je vais ailleurs et je vois comment ça se passe. C’est vous qui nous avez aidé, vous êtes dedans aussi. A travers vos observations, tout ce que vous nous dites, c’est ça la réalité. On s’écoute et on agit.

De tous les prix que vous avez gagnés, lequel est le plus récent ? Ça doit faire une douzaine de prix ?
C’est plus que douze parce qu’au cours d’une année, il m’arrive d’avoir jusqu’à trois, quatre voire cinq prix. Il m’est arrivé d’avoir jusqu’à trois prix de la même structure, la Fondation Osiwa. Il y a d’autres structures et je demande pardon aux structures qui m’ont invité pour me remettre de prix et pour lesquelles je n’ai pas pu me présenter. Je sais que je vais passer les prendre.

Vous voyez les maires de la mouvance organiser des marches de soutien au chef de l’Etat. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Vous savez, notre travail d’élu local est un travail délicat. L’Ortb avait organisé une émission qui était intitulée ‘’P comme partenaire’’ dans laquelle j’avais été reçu, je crois, c’était en 2004 ou en 2005. Et puis, je disais qu’après les élections, une fois élu, chaque élu local doit ranger dans les placards les propos électoraux. C’est tout. Vous avez eu la réponse je crois. Lorsque vous êtes élu, tous ceux qui ont voté pour vous ou pas sont de votre bord. Dans un Conseil communal, c’est une pluralité de façon de voir et de penser le développement. Vous avez des gens de tel parti ou des gens de tel autre parti. Alors, si la tête se lève pour aller faire ce qui se passe, est-ce que ce serait au nom du conseil communal ou en son nom propre puisqu’on l’appelle maire ? Je sais, le maire, c’est un dédoublement fonctionnel et ça peut bloquer le développement au niveau local. Vous allez appeler les gens pour venir balayer, ils ne vont pas venir. Il ne faut pas blesser les susceptibilités parce que dans la commune, il n’y a pas que des gens de votre bord. C’est pour ça qu’il faut faire beaucoup attention à ces choses-là. Pendant la campagne, vous êtes autorisé à sortir et à montrer vos couleurs. Ce n’est pas interdit.

Au cours de leur mandat, on a constaté que plusieurs maires ont tourné dos à leur parti d’origine. Qu’est-ce qui explique votre fidélité à votre parti, le PSD ?
Vous savez, j’ai beaucoup d’ambitions mais j’évite certaines. Je devrais tourner dos à mon parti depuis 1998. Mais oui. Vous auriez pu écrire ministre Mègbédji. Mais, je suis encore là, je suis patient et Dieu nous donnera ce qu’il peut. C’est Dieu qui pourvoit tout. Je suis maire mais c’est mon parti qui m’a demandé d’être maire. Ce serait pour moi de l’ingratitude si je lui tourne le dos parce que je me rappelle, qu’avant de devenir maire, on m’a dit, viens au village aider les parents. C’est le parti qui a dit ça. Je vais sur le terrain, je commence par travailler, et comme les choses marchent bien je vais lui tourner dos. Non, ça ne se passe pas comme ça. Si c’est qu’il arrive que je dois aller quelque part, que ce soit dans une entente parfaite avec le parti. Si je lui tourne dos, ce n’est pas bon.

N’avez-vous pas été approché par les FCBE ?
Vous savez, moi je fais la cour aux amis FCBE. Donc, je ne peux pas les empêcher de me faire la cour. C’est normal, c’est un jeu politique. Moi je dis que je vais débaucher des gens, je demande à des militants FCBE de me rejoindre. Je ne peux pas leur refuser de m’approcher aussi. C’est un jeu parfait. Ce que je fais, je ne peux pas leur demander de ne pas faire ça. C’est comme vous les journalistes. Vous ne pouvez pas dire aux gens la pression que vous subissez, que les gens vous disent, écris mois-ci, écris-mois ça. C’est vous-même qui acceptez de rester vous-mêmes.

Est-ce à dire que les idées qu’ils apportent ne vous convainquent pas ?
Non, écoutez ! C’est une affaire de conviction, c’est un débat d’idée. Quand la conviction, vous l’avez, c’est difficile. Vous voyez, si moi je demande à un militant PRD ou RB ou bien même FCBE et je dis, venez au sein de l’UN parce que je suis PSD. Et, quand je leur dis ça, je mets mes idées sur le marché, je les vends. Si j’arrive à les convaincre, ils me rejoignent. C’est comme ça. Eux aussi, ils vont apporter leurs idées qu’ils vont vendre. C’est un grand marché et c’est comme ça. Maintenant, si leurs idées ne me plaisent pas, comment voulez-vous que je les rejoigne ?

Le président Amoussou Bruno n’est plus à la tête du PSD. Est-ce à dire que le parti n’a plus un avenir certain ?
Pas du tout. Le président Amoussou, c’est un grand bulldozer. Il n’est pas parti, il est et demeure membre du parti. C’est le premier militant du parti. Vous savez, le président Amoussou, en démissionnant, a cédé sa place au premier vice-président, le président Golou qui est resté là jusqu’au congrès. Il est là en tant que président à part entière. Amoussou est là, toujours président de l’UN et le PSD est là toujours membre de l’UN. Il n’y a pas de raison de s’inquiéter. Personne ne voudra que le président Amoussou devenu président de l’UN disparaisse, personne ne voudra ça. Que le parti d’origine disparaisse, non. On travaille plutôt pour que les bases du parti se consolident davantage pour conforter l’UN.

Il y a une guerre de leadership qui s’est déclenchée au niveau du parti !
Vous attendiez autre chose ? C’est normal. Dans un parti, c’est normal qu’au sein du groupe, il y ait de ces disputes. C’est ça qui fait la vie du parti sinon, le parti ne peut pas grandir.

Ne craignez-vous pas une scission à la longue ?
Non, on n’ira pas jusque-là parce que ce ne sera pas profitable pour nous. Ça va être un émiettement des forces sur le terrain et, c’est nous tous qui allons en pâtir et à la longue, l’UN aussi.

De combien de maires dispose le PSD dans le Couffo ?
Ecoutez, vous savez que lors des élections de 2008, quand je prends le Couffo, nous avons perdu une commune sur six. On a perdu Dogbo comme vous voulez l’entendre. On est resté cinq jusque-là. Dans les autres départements, on a des conseillers communaux qui ne sont pas des maires et qui sont proches de nous parce que, appartenant au grand groupe que nous appelons l’UN. Je crois que les gens se battent sur le terrain. Si on compte, je crois qu’on n’a pas beaucoup de maires aujourd’hui, mais dans le cœur des Béninois, nous avons beaucoup de maires.

Entre le Général Fernand Amoussou et Emmanuel Golou, quel est votre camp ?
Est-ce que c’est une question de choix de camps ? Ce qu’il faut souhaiter, c’est qu’il y ait l’entente. Mais je crois qu’aujourd’hui, Golou est le président. Donc, tout naturellement, si on demande à un militant du parti de soutenir quelqu’un, il n’ira pas ailleurs. Si c’est vraiment un bon militant, il ne va choisir personne d’autre que Golou. Si c’est un bon militant PSD. Nous sommes au sein de l’UN et nous disons que Golou sera notre candidat et il revient donc à l’UN d’en décider. On ne peut pas être membre d’un parti et aller montrer du doigt une autre personne. Ce n’est pas que je tape sur quelqu’un. Et il ne faut pas ramener le débat seulement au niveau du Couffo. L’UN, c’est une grosse cylindrée même si on n’a pas pu avoir le pouvoir en 2011. L’UN est dans le Zou, dans le Plateau, dans le Nord profond, au Centre, dans l’Atlantique, à Cotonou. Quand on aborde le débat en opposant le président Golou au Général Amoussou Fernand, je vois que les gens s’inscrivent dans une logique de déstabilisation du PSD.Je n’aime pas que l’on fasse ce débat-là. Il faut voir le débat au niveau de l’UN et dire qui on pourra prendre de tous ces candidats potentiels ? Vous avez Force Clé, PSD, Madep et d’autres partis qui sont membres de l’UN. C’est là que se situe le vrai débat.

Vous êtes le maire de Klouékanmey. Est-ce qu’au nom des militants que vous avez pratiqués, le général Fernand Amoussou fait partie du PSD ?
Vous savez, il est difficile pour un parti de dire tel est mon militant et tel ne l’est pas. Je sais de quoi je parle.

Mais il y a des cartes de fidélité et de membre…
Non ! Un parti ne se limite pas à ça.

Mais vous l’avez dit. Si les militants devraient choisir entre Golou et le Général Amoussou, ils choisiront Golou…
Je vous l’avais déjà dit. Il ne faut pas ramener le débat à un affrontement entre Golou et le général Amoussou. Alors, cette question pour moi est sans objet. Ma réponse a été très claire. Mais si vous voulez, j’irai loin. Dans les règlements et statuts des partis, vous verrez qu’il est prévu des statuts de militants et de sympathisants. Parfois quand vous suivez bien, le sympathisant est plus fort que le militant lui-même. Ce sont les sympathisants qui déplacent souvent les montagnes. Ce ne sont pas les militants. Donc, ça peut arriver que, dans un parti, on ait des militants et des sympathisants. Je vous souffle qu’on peut être militant sans avoir sa carte de membre. Ce n’est pas formalisé. Cela peut dépendre du parti, lui-même, qui n’a pas su bien organiser les choses. Çà peut dépendre de l’individu aussi. Donc, on ne peut pas dire parce que vous n’avez pas votre carte de membre, vous n’êtes pas militant du parti. La preuve, moi qui suis ici, je ne sais même pas où j’ai déposé ma carte de membre du PSD. Alors que ça fait longtemps que je suis militant PSD et tout le monde le sait. Mais, si on me demande d’exhiber ma carte de militant PSD, je ne peux pas le faire. Donc, le débat n’est pas à ce niveau.

En tant que maire, dites-nous quels sont vos rapports avec le président de la république ?
Le président de la république est mon président. Vous savez très bien que c’est l’un de mes meilleurs amis, pas parce que je suis FCBE mais parce qu’il a eu à dire plusieurs fois, devant moi-même, qu’il est sidéré par notre façon de travailler. Quand on vous dit ça, forcément, cela doit vous rendre content. Et moi, je suis content d’entendre cela. Quand on me dit ça va, cela me donne des ailes aux pieds. Cela me permet de courir davantage. Quand les gens vous disent c’est bon, et que vous reculez, vous aurez honte après. Vous savez, c’est difficile d’être premier. Quand vous l’êtes, c’est que vous vous mettez d’os au coup.

Et si en 2016, Yayi vous demandait de marcher pour un 3ème mandat, vous le ferez ?
(Long silence…) On vous a dit que j’avais déjà marché une fois? (rire…). Non…. Ecoutez, le président, tel que je le connais, ne peut pas me demander cela. Il ne peut pas. Vous savez, des gens disent des choses en son nom aussi. C’est sa réaction pour dire que ce n’est pas lui qui fait ces commandes et qui amène les uns et les autres à faire ces genres de commentaires. Si non, il y a beaucoup de choses que les gens font. Mais moi, en tant que maire, je peux mettre des choses sur mon dos. Mais après, je peux réagir hein !

Comment vous voyez 2016 ? En fait qui peut être le prochain président du Bénin ?
A moins d’être Dieu.

Quel sera au moins son profil ?
Ahhhh ! Vous avez bien posé la question. Il faut que la personne soit vraiment inspirée par Dieu. Qu’elle aime le développement, au premier plan le développement local surtout. C’est-à-dire, tout part du niveau local. Les pays qui se sont développés ont compris cela. Et si on aménage bien le territoire, tout le reste viendra. Et personne ne va vouloir rester à Cotonou parce que vous savez que même là où vous êtes, il y a tout ce qu’il vous faut pour votre épanouissement, vous aurez la vie moins cher. A peu de frais, vous avez déjà tout ce qu’il vous faut. Que viendriez-vous chercher à Cotonou ? C’est parce qu’on n’a pas créé les conditions que nous sommes encore là. Et si on crée les conditions, vous allez voir que vous n’aurez pas les sièges de vos organes comme on les voit nombreux à Cotonou. Ils seront éparpillés dans le pays. Les gens iront s’installer dans toutes les régions du pays comme c’est le cas ailleurs. Et donc, ce futur président, doit aimer la décentralisation. Une bonne décentralisation peut même dépasser une révolution. C’est le meilleur système que nous n’avons pas pu produire jusqu’ici. Cela dépasse la révolution, le changement et même tout. C’est la décentralisation. Si vous donnez le pouvoir à la communauté, vous avez tout fait. Vous viendrez seulement pour coordonner, pour contrôler. Ce qui se passe maintenant là, doit nous amener à mettre beaucoup plus l’accent sur le transfert et même d’autres compétences. Que cela ne vous décourage pas. Augmentez les ressources à transférer aux communes. On ne peut que s’attendre à ce qui se passe parce que nous sommes en apprentissage. Il faut évoluer vers l’amélioration de notre façon de faire.

Et s’il vous était demandé de vous adresser aux populations dont les maires n’ont pas une gestion reluisante. Vous leur direz quoi ?
Je leur demanderais de ne pas se laisser gagner par la déception. Il faut qu’elles soient dans l’espoir d’un avenir vraiment radieux. Et je leur dirai que cet avenir est déjà proche. Ecoutez, ceux qui parlent là, est-ce qu’ils se sont amusés à savoir comment les fonds étaient gérés avec la centralisation (les préfectures et les sous-préfectures) ? Je crois que non. Ce n’est jamais publié. Mais ce qui se passe aujourd’hui est publié. Il y a reddition de compte dans les communes. Il y a les audits…

Et c’est ce que vous, vous avez fait avec succès. Comment vous y êtes parvenu ?
Vous savez, la reddition de compte est une bonne chose. Vous m’avez demandé les secrets. Ça en fait partie parce que quand vous parlez de ce que vous faites avec les fonds pour mobiliser les ressources après, c’est facile. L’opération marbre a marché surtout grâce à ça. Les gens ne savent même pas que c’est toi qui a construit les modules de classes. C’est peut-être seulement quelques sages et notables du village, le président de l’Association des parents d’élèves, qui le savent. Et à la fin, vous rendez compte de ça à la population. Vous leur dites : ceci, c’est le Gouvernement qui a fait, cela, c’est la commune, elle-même, et ce que vous voyez de l’autre côté, ce sont les partenaires financiers.

Que citerez-vous avoir réalisé avec fierté depuis que vous êtes à la tête de la mairie de Klouékanmey ?
Nous avons malgré nous fait l’effort d’apporter aux populations des services sociaux de base. C’est-à-dire, dans la mesure de nos possibilités. Et dans cet effort-là, nous avons été, disons, encouragé par des partenaires, l’Etat et l’ensemble de la société civile à travers beaucoup de prix. Pour moi, c’est le meilleur cadeau.

Est-ce que le dernier village de Klouékanmey dispose d’un centre de santé ?
Vous savez, la cartographie sanitaire du Bénin est modifiée. Il y avait les UVS qui constituaient une stratégie que le Bénin était en train d’abandonner pour s’arrêter au niveau de l’arrondissement. Même si avant que l’on ne change la stratégie, un certain nombre de communes comme Klouékanmey ont fait l’effort d’aller dans les communautés avec les UVS. Ce qui est remarquable, c’est que nous faisons l’effort d’aménager les pistes. Je voudrais remercier tous les partenaires qui nous ont accompagnés (DANIDA, Royaume des Pays Bas, l’Union européenne, le gouvernement central). Tous ces partenaires avec qui nous nous sommes mis pour apporter ces services-là aux populations pour que la femme enceinte puisse facilement quitter son village pour aller au centre de santé. Nous mettons tout en œuvre pour que les pistes soient bien praticables. Aussi, faisons-nous en sorte que les clients soient bien accueillis au niveau des centres de santé.

Quelle est votre plus grande déception ?
Ma plus grande déception est le fait qu’on oublie souvent la famille. Il m’arrive régulièrement de rester au bureau jusqu’à une heure avancée de la nuit.

Est-ce qu’il vous est arrivé une fois de vous sentir dans une commune de l’opposition ?
Je n’ai pas eu de bitume sur mes pistes. Nous sommes une commune enclavée. Vous savez, on fait beaucoup d’efforts qui ne sont pas encouragés à leur juste valeur. Et le fait de désenclaver notre commune est une façon de reconnaitre nos efforts.

Est-ce parce que vous ne marchez pas… ?
C’est une façon de ne pas comprendre le rôle de chaque acteur. Moi je vais dans les communautés, même celles qui n’ont pas voté pour moi. Quand je veux construire des latrines, une piste, je veux faire une école, c’est à base d’une fiche que nous avons qui est dressée par exemple sur le plan de l’école, par la CCS ensemble avec le service technique de la mairie. Et nous étudions les besoins de chaque école. Donc, c’est pour vous dire que le président devrait aller partout, quelles ques soient les zones. Parce que c’est cela son mandat. Une fois élu, il oublie les élections et pense à tout le pays. Si ce n’est pas comme cela, alors, on est passé à côté. Que le président ait reçu ou non des votes de Klouékanmey, il a le devoir de mener ses actions de développement là aussi.

Carte d’identité: Le premier des maires

Christophe Mègbédji est fait pour être premier. Déjà à l’école, on le connaissait pour son niveau nettement supérieur à celui de ses camarades. En 1974, il décroche son CEP à Adjahonmey, commune de Klouékanmey, et part pour Abomey toujours à cause de son travail. Habitué à entrainer les neveux d’un gendarme, il est sollicité par celui-ci affecté entretemps à Abomey, pour le rejoindre. Dans la cité historique, la réputation de Christophe n’a pas pris une ride. Seulement voilà, en 1982, alors qu’il était en terminale, série D, il échoue pour la première fois de sa vie. « J’étais tombé et cela a failli bouleverser ma vie. J’ai failli me suicider », se souvient-il encore. L’année suivante, il réussit brillamment. Il est aussi admis à l’entrée à l’Ecole normale, à l’ENA et à la Faculté des Sciences de la Santé (FSS). L’un de ses amis, Sossou Victor, l’incite vivement à faire l’ENA. « Tu ne feras jamais l’enseignement », lui a-t-il lancé, en le forçant presque. Nanti de son diplôme d’administrateur civil après le second cycle de la prestigieuse école, il fait pourtant partie de la première promotion des diplômés sans emploi au Bénin. Nous sommes en 1986. Commence alors la galère des petits boulots. Il donne des cours de droit dans les collèges privés, se fait ensuite employer chez un expert géomètre et finit par créer sa propre entreprise de Bâtiments et travaux publics, Lecogi-Sarl. Peu après, son parti, le PSD, lui demande de postuler au poste de maire de sa commune, Klouékanmey. « Pendant environ un an, huit mois au moins, on a discuté. On me demandait d’aller en campagne et je refusais. Ce sont les populations qui ont eu le dessus, parce qu’on m’avait entraîné au village », rappelle-t-il. Il finit donc par accepter et passe haut les mains le scrutin de 2002 qui le consacre maire de sa commune natale. Une douzaine d’années plus tard, il est toujours en poste. Considéré comme l’un des meilleurs maires du Bénin, Christophe Mègbédji ne cache pas que pour y arriver, il se sacrifie entièrement au service de la communauté. Les prix commencent alors à pleuvoir dès 2004. Il décroche le prix de la meilleure commune s’investissant pour un environnement sain. En 2013, il rafle trois prix d’affilée, dont celui de la bonne gouvernance dans les communes. Son secret, c’est non seulement le travail acharné, mais aussi une administration municipale dévouée et efficace. « Ceux qui sont à la mairie sont de Dassa, de Covè, de Dogbo, de Toviklin, d’un peu partout. C’est ma force », avoue-t-il. A l’en croire, pour éviter toute complaisance et en finir avec les problèmes familiaux dans le travail, le maire doit toujours recruter les meilleurs, de quelque origine qu’ils puissent être. Mais malgré tout son travail, des regrets subsistent. « Il y a encore des élèves sous les arbres. Il y en a partout dans nos communes. Il y a encore des enfants sous les paillottes », dit-il pour regretter l’immensité de la tâche qui reste. Père de huit enfants dont deux jumeaux et des triplés, il avoue manquer de temps pour s’occuper d’eux mais salue son épouse qui, selon lui, abat un travail formidable.

Intimité: Merci à madame

Marié et père de huit enfants, Christophe Mègbédji ne cache pas son infinie gratitude à son épouse qui a su éduquer leurs enfants. Il reconnaît, en effet, que la tâche est très difficile, surtout pour ce qui est de l’éducation des filles. Ancien volleyeur, le maire de Klouékanmè n’est plus aujourd’hui un grand sportif. Ses responsabilités ne le lui permettent plus. A table, il préfère largement les mets locaux, la pâte de maïs, notamment, accompagnée de sauce gombo bien assaisonnée.

 

La rédaction