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L’Honorable Gérard Gbénonchi, « Sous l’Arbre à Palabre »: « Avec la gouvernance de Talon, les portes des ressources faciles sont fermées »

Gbénonchi EPL’Honorable Gérard Gbénonchi est le 101ème invité de votre rubrique « Sous l’Arbre à Palabres ». Rapporteur  général de la Commission des finances et des échanges de l’Assemblée nationale, il lève un coin de voile sur le fonctionnement de cet organe important du Parlement et dévoile les défis qu’il entend relever en tant que parlementaire. Membre du groupe parlementaire, l’Union fait la Nation (UN), il a scruté sans langue de bois, mais  dans la posture de mouvancier, le bilan du premier gouvernement de la rupture, sans occulter l’ambiance de travail qui caractérise actuellement le Parlement. Lisez plutôt.

Et si on en parlait

Bonjour Honorable ! Soyez la bienvenue dans les locaux de la Rédaction de votre Journal « L’Événement Précis ». C’est un honneur pour nous de vous recevoir « Sous l’Arbre à Palabre ». Vous êtes le tout premier invité de l’année 2017 après le 100ème numéro de la rubrique. Quelles sont vos premières impressions ?

Je commence d’abord par remercier le Directeur général et toute l’équipe qui collabore avec lui, vous dire ensuite mes félicitations pour tout ce que je suis venu voir et surtout par ces temps qui courent. Vous savez depuis l’avènement de la « Rupture », nous avons  ouï dire que les Journalistes sont en train de souffrir parce qu’il n’y a plus de contrats comme auparavant et que les organes sont obligés de se repositionner pour pouvoir exister.  Alors, si vous continuez à exister depuis près d’un an, c’est tout à votre honneur. Je voudrais vous féliciter pour cela. Je suis venu voir une jeune équipe très enthousiaste. Je vous dis du courage.

Merci Honorable. Quand vous avez suivi les résultats des élections législatives d’Avril 2016 proclamés par la Céna et la Cour constitutionnelle qui ont confirmé votre élection en tant que député, quels étaient vos premiers sentiments ?

Mes premiers sentiments ont été des sentiments de satisfaction parce que quand vous faites une course et qu’à la fin, on vous déclare gagnant, c’est d’abord un sentiment de satisfaction et de fierté. Vous êtes content naturellement parce que vous vous dites que l’objectif est atteint. On est content mais c’est en même temps doublé d’autres sentiments parce que c’est aussi un défi. Vous commencez à vous interroger. Voilà, ma hiérarchie politique m’a fait confiance, les populations ont validé cela. Je suis devenu ce que je souhaitais devenir mais quelle sera la suite ? Est-ce que je serai à la hauteur de ces défis ? Tous ceux qui ont placé leur espoir en moi, est-ce que je pourrai leur retourner la confiance qu’ils ont placée en moi ? C’est une page de défis qui s’ouvre et il faut tout faire pour mériter cette confiance.

A cette époque précisément, il y avait plusieurs listes sur lesquelles vous pouviez vous inscrire. Pourquoi avoir choisi la liste de « l’Union fait la Nation » ?

Je dirai que moi je n’avais pas le choix. Ce n’était pas un choix personnel parce que d’origine, je suis du Parti Social Démocrate (PSD) et vous savez que le PSD est allé en alliance avec « l’Union fait la Nation » qui est devenue une alliance de plusieurs partis politiques. C’est donc tout naturel, qu’étant porté par le PSD, je sois sur la liste de « l’Union fait la Nation ».

Mais vous n’étiez pas le seul leader du PSD, comment le président Bruno Amoussou a pu détecter le Gérard caché pour le positionner ?

(Sourire)… C’est vous qui dites Gérard caché. Pour lui, je ne suis pas Gérard caché. J’ai un parcours, je suis membre de ce parti depuis sa création et j’ai gravi des échelons. Et si vous ne le savez pas, je vous apprends que j’ai été régulièrement le suppléant du député Emmanuel Golou, Président actuel du Parti pendant plusieurs mandatures. Ça veut dire que je ne suis pas sorti ex-nihilo. Il a fallu à ce moment-là que les patrons décident de me porter devant et le président d’alors s’est retiré. Il faut l’en féliciter parce que c’est chose rare qu’un chef de parti se retire pour positionner quelqu’un d’autre, parce qu’il a été patient et il faut le lui reconnaitre.

Vous avez parlé tantôt de défis que vous entendez relever afin de mériter la confiance que la population a placée en vous. Avez-vous l’impression que ces défis sont en train d’être relevés ?

Quand vous êtes dans l’action politique, vous êtes engagé à servir les populations, à servir la cause de vos électeurs. Vous avez envie d’apporter votre contribution pour essayer de résorber un tant soit peu, la misère ambiante des populations. Alors une fois parvenue, est-ce que je puis dire aujourd’hui que les défis sont en train d’être relevés. Bien sûr que quelques-uns sont en train d’être relevés mais il en reste beaucoup. C’est pourquoi la lutte continue. Je vous apprends que l’un de mes premiers chantiers aurait été de peser de mon poids pour que le projet de construction et de bitumage de la route Adjahonmè-Klouékanmè-Lalo et Klouékanmè-Toviklin-Dogbo soit une réalité. Du fait de ma position à l’Assemblée nationale, j’ai pu obtenir du gouvernement d’alors, de mettre cette route en chantier, de confier sa construction sous contrat PPP à l’entreprise Adeoti qui est en train d’ailleurs de finir cette route.

Quelle est l’ambiance de travail à l’Assemblée nationale ?

A l’Assemblée nationale, je peux dire qu’on a une ambiance bon enfant. Quand vous voyez les députés apparaître sur vos écrans sous les feux de la rampe pour crier, tempêter, se chamailler, vous allez croire que c’est la même chose qui se passe hors de vos micros et de vos caméras. Mais loin s’en faut. Entre députés, on s’entend bien, on blague, l’ambiance est bonne mais vous devez savoir que nous sommes        dans un champ politique. Personne ne vient à l’Assemblée nationale pour vendre de la moutarde. Chacun est venu pour défendre des intérêts donnés. Alors, même si vous riez, vous causez bien, s’il s’agit des intérêts politiques, personne n’aime lésiner là-dessus, encore moins les vendre ou les abandonner pour vos beaux yeux, non ! C’est la politique, c’est la lutte pour les intérêts et chacun défend ses intérêts.

Parlant justement de ces intérêts que vous défendez, quel bilan pouvez-vous présenter à la date d’aujourd’hui ?

Je disais tout à l’heure que les défis, c’est de contribuer à atténuer la misère des populations. Sur ce plan, contribuer à l’Assemblée nationale, au vote des lois qui ont un impact sur la vie des populations, c’est déjà participer à relever certains de ces défis. Apporter ses amendements dans le cadre du vote des lois de finance qui, vous le savez, sont des lois qui portent le budget avec des programmes à exécuter qui ont forcément des impacts positifs sur la vie des populations, vous êtes déjà en train de contribuer. Ce n’est pas forcément des intérêts personnels. C’est des intérêts de vos populations, de vos mandants. Vous contribuez ainsi en étant dans l’action pour faire au gouvernement des meilleurs choix qui puissent, dans leur exécution, impacter la vie des populations. Je pense que sur ce plan, je suis en train de faire du chemin. J’ai même initié une proposition de loi que j’ai dénommée Proposition de loi portant organisation des conseils juridiques au Bénin. J’en suis l’auteur parce que vous savez, nos jeunes diplômés qui ont fait le droit sont nombreux. Quand ils sortent, tous n’ont pas vocation à devenir avocats ou magistrats. Ils peuvent exercer de façon libre pour apporter leur conseil, mettre leur connaissance au profit de ceux qui sont demandeurs. Mais tel que notre système est organisé, tous ceux-là sont en marge et ne peuvent pas offrir leur service surtout à cause de la loi sur le Barreau ; alors que cela est en vigueur dans d’autres pays. Je me suis donc inspiré de ce qui a déjà cours dans d’autres pays pour proposer cette loi afin de permettre à ces jeunes d’exercer en cabinet privé de conseil.

Mais dites-nous des lois votées depuis le début de la 7ème législature, laquelle a vraiment retenu votre attention ?

Evidemment depuis que je suis au Parlement, beaucoup de lois ont été votées. Mais je puis dire que c’est la dernière loi portant loi des finances pour la gestion 2017 qui m’a beaucoup impressionné simplement du fait que cette loi porte un budget très ambitieux pour mon pays. C’est pour la première fois que le budget de l’Etat a franchi la barre des 2000 milliards ; c’est pour la première fois que le taux du budget d’investissement à l’intérieur du budget dépasse le budget de fonctionnement. C’est le contraire jusque-là. Or, c’est par l’investissement qu’on développe une Nation. Pour la première fois, le budget a fait une part belle à l’investissement et c’est pour cela que c’est une loi qui m’a vraiment impressionné. Et mon souhait, c’est que les contingences permettent à ce que le gouvernement puisse trouver les moyens pour réaliser ce budget parce que je suis sûr que lorsqu’il sera réalisé tel qu’il est prévu, cela aura un effet positif sur le développement de notre Nation.

Comment appréciez-vous la gouvernance de l’institution à laquelle vous appartenez ?

Depuis que je suis à l’Assemblée nationale et que j’observe le président Adrien Houngbédji gouverner l’institution, mes impressions sont bonnes. Je pense qu’il s’agit d’une bonne gouvernance. Je m’explique. A raison, vous voyez que ses deux rapports d’activités sont adoptés à l’unanimité par les députés. La gouvernance d’un président de l’Assemblée nationale s’évalue à travers les rapports d’activités. Si ces rapports d’activités sont votés, acceptés, approuvés par les députés, ça veut dire qu’ils estiment qu’ils sont bien gérés. S’ils rejettent le rapport, ça veut dire qu’ils estiment qu’ils ont été mal gouvernés, soit politiquement, soit économiquement, soit administrativement. Je pense que pour l’heure, la gouvernance du président Houngbédji sur le plan politique, ne laisse pas transparaitre qu’il y a une mouvance parlementaire d’un côté et une minorité parlementaire d’un autre côté. Or par le passé, c’est des clivages qui transparaissaient clairement à l’Assemblée nationale, de sorte que ceux qui étaient dans la mouvance parlementaire savent qu’on leur fait la part belle. Pour les voyages, les missions, les avantages, c’est eux et les autres sont mis en marge. Mais actuellement, sur le plan politique, aucun député n’a l’impression d’être mis à l’écart même s’il est de la minorité parlementaire et ils en parlent. Sur le plan économique, il n’y a pas de discrimination. Les avantages sont les mêmes ; la même manière sur le plan administratif. Il n’y a donc pas de deux poids, deux mesures. Globalement pris, moi je pense que c’est une gouvernance démocratique, c’est un bon leadership.

Vous êtes le Rapporteur général de la Commission des finances et des échanges, dites-nous comment fonctionne cet important organe ?

Lorsque des dossiers atterrissent sur la table du président de l’Assemblée nationale, que ce soient des dossiers envoyés par le Gouvernement ou des dossiers sur initiative des députés, ils sont enregistrés au secrétariat général administratif puis envoyés au président. Il convoque la Conférence des Présidents qui les étudie avant de les affecter aux commissions de droit. Lorsqu’on estime qu’un dossier doit être affecté à la Commission des lois, on l’affecte à la Commission des lois. Lorsqu’on juge que c’est à la Commission des finances, la Commission de l’Education, la Commission des relations extérieures ou la Commission du Plan, la Conférence des Présidents en décide. Et à la plénière prochaine, le président affecte publiquement le dossier aux commissions. Cette Commission se saisit du dossier et programme les travaux. Et lorsqu’on vient, tous les députés ont la latitude d’assister aux travaux mais principalement, ce sont les députés membres de cette commission qui sont concernés. On se réunit pour étudier techniquement le dossier en présence des membres du gouvernement, des ministères sectoriels qui sont concernés par le dossier en question. En Commission, on fouille donc le dossier, on pose des questions au gouvernement par rapport au dossier, on demande des compléments d’information jusqu’à être sûr que ce dossier est bien traité puis on pond un rapport. Le rapporteur de la Commission produit un rapport qui est donc voté par la Commission puis envoyé au Président de l’Assemblée nationale qui, étant convaincu que ce dossier est prêt, programme son examen en séance plénière. Et c’est à la plénière que les débats se font par tous les députés et puis le dossier est voté.

Vous êtes donc la cheville ouvrière de la Commission des finances, vous avez tout le budget en tête.

C’est normal. Je suis le rapporteur général de la Commission des finances, il n’y a pas de raison que je n’aie pas le budget en tête, sinon je ne suis pas à ma  place.

 

Comment appréciez-vous la relation qui existe aujourd’hui entre le parlement et l’exécutif ?

Actuellement, le parlement est l’institution qui est chargée de légiférer, le gouvernement est l’exécutif, et étant donné que nous sommes dans un régime de séparation des pouvoirs, chaque institution doit rester dans son champ, dans son camp et travailler. Mais, rester dans son camp ne veut pas dire être antagoniste avec les autres institutions. Si non, les institutions travaillent en complémentarité pour pouvoir résoudre les problèmes de la nation. Donc, l’Assemblée est dans son rôle, celui de légiférer, contrôler l’action gouvernementale et l’exécutif est dans son rôle de gouverner, d’exécuter les lois qui sont votées. Aujourd’hui, les relations qui existent entre les deux institutions sont des relations bon enfant. Mais le peuple n’aime pas en principe cela. Etant donné qu’on a dit qu’on est dans un régime de séparation des pouvoirs, le peuple aime voir que quand une institution est en marche, les autres institutions soient des contre-pouvoirs et comme ça, le peuple est rassuré qu’il sera bien géré, qu’il sera bien gouverné et qu’il aura les choses dans son intérêt. Quand il voit qu’il y a une certaine connivence entre deux institutions, le peuple est inquiet. Mais, nous devons rassurer le peuple que les députés que nous sommes à l’Assemblée Nationale, nous sommes mandatés par le peuple et que nous ne pouvons jamais empiéter sur les intérêts du peuple. Les députés sont là pour défendre les intérêts des populations. Pour autant que le gouvernement serait sur la bonne ligne, les députés suivront. A partir du moment où le gouvernement se mettra en marge des intérêts du peuple, vous verrez  que les députés vont entrer en jeu. Même si on est de la mouvance, nous avons le devoir d’attirer l’attention du gouvernement sur ce qui se passe.

Quelle observation faites-vous des propositions de lois qu’initient les députés ou qui sont envoyées par le gouvernement ?

On dit que les lois sont faites pour réglementer la vie des populations, la vie des citoyens dans une cité. Donc, les lois qui sont prises sont pour réguler les comportements des citoyens dans un domaine donné ou l’activité économique des citoyens dans un domaine donné. Donc, aucune loi ne peut s’inscrire en marge de cet idéal. Donc, c’est pour vous dire que lorsque le gouvernement entend proposer une loi, il contacte les techniciens qui font la proposition, c’est ensuite envoyé au bureau de codification qui siège au ministère de la justice. Ce sont les techniciens, les juristes qui sont là, qui réfléchissent et qui mettent en forme les textes qu’il faut. Lorsque le dossier est prêt, il est envoyé à la Cour Suprême, pour recueillir son avis et après cet avis, le dossier est envoyé à l’Assemblée. Donc, c’est ce parcours là que font les propositions de loi venant du gouvernement.

Parlant du circuit, dites-nous dans la loi des finances dont vous avez assuré le rapport, il a été institué une taxe sur les véhicules à moteur. Cela va-t-il dans l’intérêt des populations ?

Je vais vous dire que lorsque le projet initial de la loi des finances est arrivé à l’Assemblée, les députés unanimement ont attaqué cette nouvelle taxe pour dire qu’elle  est antisociale. D’abord, au cours des travaux en commission,  unanimement, la commission des finances avec le ministre des finances a martelé que cette nouvelle taxation serait une charge de plus pour les populations. La commission a même proposé que cette taxe soit remplacée par  la création des ponts péages pour permettre à ce que les populations payent de façon insensible cette taxe là parce que le gouvernement a estimé que cette taxe contribuera à l’entretien et à l’aménagement des routes. Nous nous sommes  dit  que c’est normal, que quand on a des infrastructures routières dans un pays, on les entretient.  Et on a besoin de ressources pour les entretenir. Mais, mettre ça sous forme de taxe, alors qu’on avait supprimé par le passé les taxes sur les vignettes, les populations diront que les vignettes sont revenues sous une autre forme. Il vaut mieux percevoir ces taxes à travers les droits qu’on paye au pont péage. Qu’on multiple les ponts péages et qu’on demande même 500f par passage. Par exemple dans la ville de Cotonou, nous n’avons aucun péage. Vous prenez la route Cotonou-Bohicon, vous n’avez aucun pont péage, alors que dans les autres pays, à chaque 60 ou 80 km au plus, vous avez un pont péage et on paye pour avoir de ressources pour entretenir les routes. Donc, les ministres des finances et des travaux publics ont été tous d’accord avec nous pour cette proposition. Mais, ils ont dit que si on prend l’option des ponts péages, il faut aller les construire d’abord mais nous ne les avons pas encore construits. Alors, vous nous permettrez de commencer à la percevoir   sous cette forme, quitte à mettre dans les budgets à venir, la construction des ponts péages et les autres années, on va supprimer cette taxe. C’est en raison de cela que les députés ont accepté cette formule. Donc, avant que les populations ne commencent par crier, les députés avaient vu le mal avant elles, mais, de réflexion en réflexion avec le gouvernement, il a été question de commencer d’abord avec cette formule puis par la suite, on construit les ponts péages et puis on supprime cette taxe.

Vous qui aviez participé au vote de cette loi, que dites-vous à vos populations, à vos mandants ?

Je leur ai expliqué ça, je n’ai pas attendu que la loi soit votée d’abord. Je suis descendu pour aller leur expliquer la proposition que le gouvernement est en train de faire et elles apprenaient ça déjà sur les réseaux sociaux. Je suis allé leur expliquer pour dire que nous sommes en train d’accepter cette formule et que cette taxe va se collecter sur un an, deux ans, puis après, on va la supprimer pour revenir sur la formule des ponts péages. Nous avons décidé et c’est ce qui se fait.

Moi, j’ai déjà payé pour mes trois voitures. J’ai payé pour une voiture, trente mille et pour deux autres, quarante mille deux fois. Ce qui me fait cent dix mille que j’ai payés.

On a l’impression  qu’il y a trop de lois au Bénin alors qu’elles ne sont pas respectées. Mais le parlement continue de voter et de voter chaque jour. Dites-nous l’intérêt de ces lois ?

Vous dites qu’on a l’impression d’avoir trop de lois. Il n’y aura jamais trop de lois dans un pays. Malgré la pléthore de ces lois, il y a des domaines dans lesquels on constate encore du vide juridique. La belle preuve, c’est que les députés viennent d’initier une douzaine de propositions de lois qui ont fait l’objet d’un séminaire à Dassa, où nous avons été taxés de tous les noms, mais justement pour statuer sur un certain nombre de lois parce que nous avons constaté qu’il y a trop de vides juridiques  et que si on veut qu’une économie fonctionne correctement et qu’une nation prospère et soit bien gouvernée, il faut qu’on lui en donne les outils. Et c’est les lois qui créent ces outils. Si vous ne créez pas  ces outils par des lois, le gouvernement n’a pas la main pour faire ce qu’il doit faire pour réaliser son programme d’action et c’est pour cela que ces lois ont été votées. Il n’y a pas pléthore de loi, les lois, on en votera toujours. Et comme je l’ai dit, les lois sont faites pour réguler le comportement des citoyens et puis les lois ne sont pas statiques, elles sont évolutives. Et, plus la société évolue, il faut adapter les lois à l’évolution de la société. Voyez-vous, avant nous n’avions pas watsapp, nous n’avions pas Facebook. Mais, aujourd’hui, nous les avons. Donc, nous sommes en arrière sur ce plan et il faut réguler ce secteur et se mettre au pas.

Pensez-vous qu’on ait besoin d’une loi pour promouvoir la femme ?

En principe, on n’a pas besoin d’une loi parce qu’on a dit en droit que la femme est l’égale de l’homme. Mais, avec l’expérience que nous avons avec la pratique de cette loi, c’est que notre parlement aujourd’hui, sur 83 députés, ne compte que que sept femmes. C’est-à-dire 8,4%. Ça veut dire que notre société ne tolère pas la femme, n’accepte pas la femme, n’aime pas faire la promotion de la femme. Les hommes se mettent au-dessus de la femme, relèguent la femme au second rang. Or, quand Dieu a créé l’homme, il lui a laissé la gouvernance de la cité, il l’a observé faire puis après il a dit, il n’est pas bon de laisser l’homme seul, il ne peut pas gouverner seul, il lui faut la femme. Et Dieu créa la femme. Ce n’est qu’après ça que l’homme dit : « voilà c’est bon maintenant ». Mais pourquoi nous aimons fonctionner sans la femme. Alors qu’elles font 52% de la population et ces 52% ne sont représentées qu’à 8,4% au parlement. Il y a un déséquilibre qu’il faut corriger. Si nous nous mettons dans un système de comparaison  par rapport aux autres nations, il est clair que nous sommes en arrière. Il y a de belles pratiques ailleurs. Quand je prends le Rwanda par exemple, ils ont un taux de 64%, le Sénégal, 40%, la Côte d’Ivoire est autour de 17%. Le Togo 14% et le Niger tout près est à 12%, le Niger qui est presque Islamiste est à 12% et le Bénin ferme la marche presque. Après le Bénin, c’est le Nigéria qui est le dernier avec 2%. Ce qui veut dire que le Bénin est avant dernier.

Les partis comme le vôtre n’ont jamais fait la promotion de la femme, il n’y a que les hommes qui se positionnent ?

Si, c’est vrai ce que vous dites. Mais nous dirons aussi quelque part que c’est nos femmes elles-mêmes qui n’aiment pas se mettre dans l’action politique. Chez moi par exemple, lors des communales passées, moi j’ai proposé de mettre des femmes sur la liste. Actuellement, le deuxième adjoint au maire de Klouékanmè est une femme parce que je l’ai mise sur la liste. J’ai mis une autre femme mais elle n’a pas pu réussir parce que dans son arrondissement, les gens ont boycotté notre liste pour dire : « pourquoi vous avez mis une femme sur la liste ? ». Nous ne voulons pas qu’elle soit élue et ils sont allés voter pour une autre liste simplement parce qu’ils ne veulent pas avoir une femme chef d’arrondissement chez eux. Donc, quelque part, nous avons ces stéréotypes, cette mentalité qui ne veut pas encore de la femme. Alors, il faut des lois pour promouvoir, ne serait-ce qu’un peu, la femme. Sinon, si nous laissons faire, les femmes n’émergeront pas.

Au-delà des lois, si vous avez un message à adresser aux femmes en ce jour de la journée internationale de la femme, que diriez-vous ?  

C’est la journée des femmes le 08 mars, je leur souhaite d’abord bonne fête mais au-delà, de ce souhait, je leur demande de s’engager dans le militantisme, de s’engager dans l’action politique, de ne plus se taire pour laisser les hommes décider à leur place. Il faut qu’elles se battent pour être dans des instances de décision parce qu’elles sont nombreuses. Il ne faut donc pas qu’elles se laissent dicter la loi par la minorité.

Quel est le dispositif mis en place par le parlement pour vulgariser les lois ? Exemple, la loi sur les renseignements.

Si nous prenons la loi sur le renseignement, j’ai dit tout à l’heure que les lois sont votées pour réguler le comportement des individus dans la société. Pourquoi cette loi ? Vous savez que désormais le chef de l’Etat a décidé d’ouvrir nos frontières et de supprimer le visa aux ressortissants d’un certain  nombre de pays. Alors, si nous supprimons les visas, dans cette ère ou nous sommes sous la menace des radicaux islamistes, par exemple Boko Haram, ça veut dire que les gens vont venir chez nous sans visa, sans qu’on ne puisse les contrôler  d’avance avant qu’ils n’arrivent. Alors, s’ils arrivent et qu’on ne prend pas les dispositions pour contrôler leurs mouvements, cela veut dire que nous livrons le pays, les populations à l’insécurité. Si ceux-là sont animés de mauvaises intentions, s’ils sont arrivés pour faire du mal à notre population, ils y arriveront facilement. C’est pour cela que les renseignements sont nécessaires. Les renseignements permettent de mettre des outils à la disposition donc de nos forces de sécurité pour pouvoir détecter très tôt toutes velléités  de nuisance à notre nation, à notre population, pour pouvoir cibler pour pouvoir les détecter plus tôt , les freiner et les empêcher de nuire.

Par quel mécanisme le parlement permet-il à la population de connaître les lois ?

Les mécanismes existent. Nous les députés par exemple, nous organisons chaque année, au moins deux fois, des séances de reddition de comptes. La reddition de comptes parlementaire consiste à descendre à la base vers les populations pour leur rendre compte d’un certain nombre de lois que nous avons votées, leur expliquer l’essence de ces lois pour qu’elles aussi soient au parfum de ces lois-là. Nous l’avons fait récemment et je crois que d’ici quelques mois, nous allons encore le faire. L’Assemblée nous permet de descendre au moins deux fois par an pour faire cet exercice. C’est ça le mécanisme de vulgarisation des lois. Il est vrai qu’il y a d’autres lois qui sont spécifiques. Les lois référendaires par exemple, c’est le gouvernement qui décide d’organiser cela, de vulgariser cela sur le plan national pour que les populations en soient imprégnées avant leur vote.

La main sur le cœur, dites-nous si vos populations de Djakotomey, de Klouékanmè et autres sont au parfum des lois que vous avez votées au parlement ?

On dit que nul n’est censé ignorer la loi. Dès que la loi est votée, elle est censée être connue de tous. Même si vous ne l’avez pas lue, on vous informe et on vous l’applique proprement. Si nous sommes allés vulgariser, on ne peut pas quand même réunir toute la population, c’est leurs représentants. On ne peut pas rassembler les populations quelque part pour leur expliquer ça. C’est avec leurs représentants. Soit les chefs villages, les conseillers de villages, les conseillers communaux puisque tous ceux-là feront la même chose en direction des populations et à partir de là, on estime que la loi est connue de tous

Comment vous vous préparez en tant que député pour aborder le projet de loi portant révision de la constitution pour lequel le président de la république envisage saisir le parlement ?

Avant tout, j’aimerais vous rassurer que, nous ne sommes pas encore saisis de ce projet de révision de la constitution. Nous apprenons que cela va arriver. Vous savez que le président Talon a fait sa campagne sur la révision de la constitution. C’est un sujet qui était accepté de toute la classe politique avant même les élections. Et le gouvernement de Yayi Boni en avait fait son cheval de bataille. Il avait tenté par deux fois de l’introduire à l’assemblée. Mais, il a été fermé. Pas parce qu’on ne voulait pas de révision de la constitution.

On voulait de la révision. Car, nous savons tous qu’il y a des retouches qui sont nécessaires à notre loi fondamentale pour lui permettre d’être collée aux réalités actuelles et de faire du chemin. On avait craint que Yayi ne s’en serve pour se maintenir au pouvoir. C’est pour cela qu’unanimement, la classe politique s’est dit qu’on ne peut pas réviser la constitution sous Yayi. Puisque le faire sous lui, pouvait l’amener à dire que nous sommes dans une nouvelle république et il pouvait donc décider de se représenter.

La classe politique a aussi décidé que ce soit sous son successeur, surtout dans les tout premiers mois de son mandat que cette révision se fasse. Ce qui serait sans risque. Talon a fait campagne avec cela, et c’est d’ailleurs ce pour quoi les populations l’ont porté massivement au pouvoir. Et dans les conditions qui ont été posées au candidat Patrice Talon pour que les autres candidats puissent l’accompagner, il lui était demandé de prendre l’engagement que, dès son arrivée au pouvoir, il organisera la révision de la constitution. Ce qu’il a accepté.

Vous en tant que juriste, comment est-ce que vous vous préparez à cela?

 

Il n’y a pas de préparation particulière. Parce que nous connaissons déjà le contenu. La commission Djogbenou a été mise sur pieds et a fait son travail. Elle a fait des propositions que nous connaissons. Le gouvernement va sélectionner un certain nombre de propositions qui  lui sont faites pour concevoir un document. Donc, quel que soit le choix que le gouvernement fera, nous en connaissons déjà les grandes lignes. Le seul point d’achoppement pour toute la classe politique confondue, c’est le mandat unique. On est d’accord sur tous les points, sauf celui concernant le mandat unique. Il y a une partie qui est pour le mandat unique et l’autre contre.

Quelle est la position de l’Union fait la nation dans tout ça ?

 

Pour le moment, on attend. C’est quand le débat va s’ouvrir que les gens le sauront. C’est également en ce moment-là que chaque formation politique donnera sa position. Mais si j’ai soutenu le président Patrice Talon, c’est que je suis pour le mandat unique qu’il prône.

 Vous pensez que le fruit est mûr pour que la révision arrive à l’Assemblée ? 

Je vous ai dit plus haut que tout le monde voulait de la révision. Cela veut dire que personne n’est contre ça. Mais c’est plutôt le timing qu’on avait reproché.

Mais tout le monde souhaite un débat national….

 

Il sera fait d’abord à l’hémicycle. C’est la trajectoire prévue par la constitution. C’est le vote de l’Assemblée qui déterminera la suite. Si l’Assemblée vote et que le projet obtient les trois quart, ça veut dire que le projet est acceptable et peut être soumis au peuple.

Feriez-vous une reddition de compte avant de voter ?

 

C’est une obligation. Je ne peux pas aller voter sans expliquer à mes mandants et sans recueillir leur avis. Je ne travaille pas pour moi-même.

Il a été dit que vous étiez à Dassa  pour travailler sur le projet. Comment avez-vous vécu cela?

 

Mal. Je pense que vous parlez de cette polémique qui disait que les députés auraient reçu 100millions. Je l’ai vécu très mal. Si vous suivez ce que  je viens de vous dire, que le projet n’est même  pas encore à l’Assemblée, comment les députés peuvent-ils aller plancher sur ce qu’ils n’ont pas encore ? Nous sommes en session extraordinaire. Une session extraordinaire ne peut pas connaitre un dossier de révision de la constitution. La révision de la constitution est mise à l’ordre du jour lors de la session ordinaire. Si vous comprenez bien, on ne peut pas être en session extraordinaire et parler de la révision de la constitution. Cela veut dire que ce qui se disait était de la rumeur.

Certaines langues disent que tout est déjà ficelé pour que la révision de la constitution passe comme une lettre à la poste. Vous leur répondez quoi?

J’apprends aussi ça. Et je me demande pourquoi on pense que la révision passera comme une lettre à la poste ? Vous savez, à l’Assemblée, rien n’est acquis d’avance. Rien et personne n’est jamais sûr de rien.

Mais on dit  que le président Talon a préparé le terrain….

 

C’est ce que je vous dis. Il peut avoir préparé le terrain comme les gens le disent. Mais il ne peut être sûr de rien. Parce que je me rappelle quand on devait voter la loi de finance gestion 2017, les ministres sectoriels sont passés pendant près d’un mois pour défendre leurs budgets. Et pendant les travaux en commission, certains budgets ont été validés. Mais pourtant le ministre des finances paniquait le jour où on devait voter en plénière. Et je lui ai dit, monsieur le ministre pourquoi vous paniquez encore? Il me dit : « rien n’est jamais acquis à l’Assemblée. On ne peut pas être sûr ». Parce qu’il suffit qu’un député prenne la parole pour commencer à dire autre chose seulement,  et les gens vont suivre.

Cela veut-il dire que jusqu’à présent, le président Talon n’a  pas encore reçu l’Union fait la nation pour lui parler spécifiquement de la question de la révision de la constitution ?

Non pas du tout. On n’a pas été reçu par rapport à cette question.

Comment se porte l’Union fait la nation ?

 

Vous êtes dans le pays et vous connaissez la santé des formations politique du pays. Puisque c’est vous qui mesurez l’état de forme de chacune d’elles et écrivez là-dessus.

Dites-nous…

 

Pour moi, elle se porte bien. Il n’y a pas de problème. Je sais aussi que les réformes politiques annoncées, si elles étaient adoptées, elles permettront qu’il y ait un bouleversement  au sein des partis. Rien ne sera plus comme avant. Il y aura du remue-ménage. Mais pour l’heure, l’UN se porte bien. Son avenir est dans la main de Dieu et dans la consistance des réformes.

 

Comment l’UN se prépare-t-elle pour accueillir ses réformes qu’elle avait souhaitées ?

 

Si vous avez suivi, il y a eu une journée de restitution des travaux des comités mis en place par l’UN pour réfléchir sur des thématiques. Cela a permis de faire savoir ce que l’UN veut dans chaque domaine. Par-rapport à la réforme du système partisan, l’UN veut la réglementation de ce  système pour qu’on arrive au financement public des actions politiques et qu’on mette fin à cette multiplicité de micro-partis qui, au lieu de renforcer notre système politique, contribue à le désintégrer. Ce qui continue de fragiliser notre système démocratique. La multiplicité des partis a mis à mal  notre cohésion nationale. Chacun crée son parti dans son village. Alors que les partis doivent avoir une existence nationale, couvrir le territoire national, chacun créé son parti et son électorat, c’est son village. Il faut mettre fin à tout cela. Nous  avons fait 27 ans de vie démocratique et les résultats sont là. Nous n’avons pas avancé sur ce chemin. Il faut donc qu’on change de cap.

L’Union fait la nation est dans le pouvoir ou est du pouvoir ?

 

Vous avez entendu le président de l’UN, Bruno Amoussou, dire : « nous ne soutenons pas le pouvoir, mais nous  sommes au pouvoir ».  Ça veut dire que l’UN est au pouvoir. Elle est dans le pouvoir et non en marge du pouvoir.

Mais on ne voit pas la manifestation de ce que vous êtes du pouvoir…

 

Qu’est-ce qui va vous permettre de mesurer cela? Nous sommes à l’heure de la rupture. Et nous avons rompu avec les anciennes manières de faire, le populisme, les marches, les prières…la gouvernance actuelle est aux antipodes de toutes ces choses. Vous avez compris que la manière de communication de ce gouvernement est toute autre. Laissez faire, et les gens verront ce qui se fait.

Comment se manifeste le soutien de l’UN au pouvoir auquel elle appartient ?

 

Comment on soutient un pouvoir ? A ce que je sache c’est à travers ses élus à l’Assemblée. L’UN a des députés à l’Assemblée nationale. Et le groupe parlementaire l’Union fait la nation est le groupe le plus fort numériquement (13 députés). Alors que tous les autres, ceux qui sont forts ont au plus 10 députés. Il y en a qui ont 9. Donc les 13 députés Un, comme le chef de l’État l’a souligné, sont le premier appui du gouvernement à l’Assemblée nationale. C’est son premier socle.  Il s’est même réclamé être de ce groupe. Il dit que c’est son groupe parlementaire, le groupe à partir duquel il pourra impacter les autres groupes. Ça veut dire que c’est le premier groupe qui soutient l’action gouvernementale. Vous n’allez pas voir à l’Assemblée qu’un dossier du gouvernement arrive et l’Union fait la Nation s’inscrire contre les propositions du gouvernement. Plutôt, ce groupe éclaire et soutient.

Bientôt un an que le régime Talon est en place. Si on vous demandait de faire un bilan. Que diriez-vous ?

Ce que je sais, c’est que l’homme, par nature, quand il est satisfait d’un besoin, il l’oublie. Ses regards sont portés sur ce qu’il n’a pas. Lorsque le gouvernement actuel est arrivé au pouvoir, il y avait une polémique dans le pays. Les concours frauduleux. Et la première décision a été l’annulation de ces concours. C’est un acte salutaire. Donc toutes les décisions qui ont été prises jusque-là, sont allées dans le sens de la satisfaction des intérêts de ces populations-là. Ce qui fait polémique actuellement, c’est seulement les déguerpissements, la lutte contre les faux médicaments. Mais le gouvernement dit « laisser les gens, quand ils verront après que c’est dans leur intérêt, ils vont applaudir ». Quand les gens rouspètent, ruminent leur colère, c’est normal. Dans le lot de ceux qui ont été déguerpis, des gens sont contents de l’avoir été. Quand vous voyagez dans les autres pays et puis vous revenez au Bénin, vous avez honte. Vous pensez que vous êtes dans la poubelle depuis l’aéroport. Donc, avoir quelqu’un d’audacieux pour assainir notre cadre de vie, je pense que nous devons féliciter ce gouvernement. Il est vrai, ça fait mal. Ça a mis fin à l’activité de certains. Mais les gens ont été suffisamment avertis. Il y a eu des préavis avant d’aller en action. C’est parce que les gens n’ont pas cru qu’il y avait quelqu’un d’audacieux qu’ils se sont laissés surprendre. Mais ceux qui ont cru, ont déguerpi d’eux-mêmes avant qu’on n’aille vers eux. Nous savons et je sais que c’est dur. Mais nous aurons les résultats dans deux ans.

 

On a l’impression que c’est les suspensions, c’est les reprises de tout ce qui avait été déjà fait….

Oui. Réformer, c’est casser pour refaire. Quand on veut réformer, il faut aplanir les montagnes et combler les vallées. On déplace les pions. Et ça gène forcément des intérêts. Mais on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. Nous devons souffrir et après jouir. Et nous dire que nous sommes dans un pays dont nous sommes fiers.

En dehors des suspensions et des casses, qu’est-ce que Patrice Talon a fait de positif que vous pourrez défendre ?

Donc, vous n’avez rien vu ? Le président Patrice Talon dort?

(Rire…) On a vu les casses…

Sérieusement, en termes de mesures sociales, la première des choses qu’on connait, c’est le payement régulier des salaires.

Mais les salaires se payaient…

Oui. Mais quand on paie les salaires, la tension sociale  n’existe pas. Quand on demande à ceux qui crient que ça va mal, si les salaires ne sont pas payés, ils vous répondent que c’est payé. Alors qu’est-ce qui va mal et pourquoi ? En réponse, je vous dirai que c’est le fait que les portes de ressources faciles ont été fermées.  Ça va mal parce que les portes de ressources faciles ont été fermées. Les surplus, les primes mirobolantes et les ressources qu’on engrangeait facilement, et qui étaient du vol,  ont été supprimées. On a fermé tout cela et les gens ont de difficulté. Car, ils n’ont plus de surplus ; on doit apprendre à chacun de gérer son salaire.

Mais des actions sociales ont été supprimées

Les microcrédits n’ont pas été supprimés. Au contraire, le gouvernement est dans une phase d’audit et entend augmenter même les microcrédits. Vous n’êtes pas sans savoir que les gens se partageaient ces fonds entre eux. Quand on a fait le point,  16 milliards de fcfa sont sans destination. Ce n’est allé vers aucune personne. Les chefs se sont partagés cela. Il faut faire un point et arrêter si possible ceux qui ont géré ces fonds pour qu’ils répondent de cela. Il s’agit maintenant de faire-faire, c’est-à-dire confier la gestion à des institutions spécialisées. Le gouvernement précédent aussi a compris à un moment qu’il fallait procéder par le faire-faire. Sur ce plan, c’est encore des institutions alliées qui ont reçu les marchés. Elles se sont encore partagées cela entre eux. Il faut arrêter et mettre les règles, sanctionner,  s’il le faut, avant de mettre les ressources. Quand vous êtes Gestionnaire-Manager, quand ça se fait mal quelque part, il faut stopper.

Quelles sont les sanctions déjà appliquées selon vous depuis le 06 Avril 2016 ?

La justice fait son travail. Ça ne se crie plus. La politique n’y est pas mêlée. Des gens insoupçonnés sont arrêtés. La justice les prend et leur met la pression en retirant leur passeport pour récupérer les fonds.

Le Président Talon a-t-il fait une bonne option en choisissant d’enclencher toutes les réformes pendant qu’il a besoin de consulter le peuple en Référendum ?

Effectivement, on dit qu’on n’ouvre pas plusieurs fronts au même moment. Il est dit que vous allez perdre la guerre quand ça se passe comme cela. Mais lorsque vous êtes en face d’un KO, vous voyez que tout est urgent. Et si on ne sait pas faire, on ne peut pas récupérer. Or, il ne veut faire que 5 ans. C’est pourquoi, il prend le risque de l’impopularité et des décisions. Il accepte les insultes et sait qu’il sera applaudi plus tard. Ils sauront que les thérapies sont prises pour leur bonheur. Il n’a pas un second mandat à demander. Même si on veut dire des choses au sujet  de la méthode, il faut comprendre que c’est parce que  le médecin veut le salut du patient qu’il prend toutes sortes de décisions dans l’intérêt du patient.

Un bilan n’est jamais totalement bon et vous le savez. S’il vous était demandé de souligner quelques aspects négatifs, que diriez-vous ?

C’est ce que je fais. Il faut  se donner du temps pour murir les décisions, pour sensibiliser, vulgariser et dans une démarche participative obtenir l’aval de tous avant de se mettre à l’action. Mais, pour le faire, c’est lorsqu’on a du temps. Or, il n’a qu’un seul mandat.

Quel acte a-t-il  posé  par exemple et qui vous a semblé non  mûri ?

Par exemple, le déguerpissement n’est pas mûri. Avant de déguerpir, il faille chercher des solutions alternatives pour reloger les gens, même si ce sont eux qui ont  pris le risque de construire sur un domaine public. Quand c’est entre individus, on peut ne pas dédommager. Mais quand cela concerne un Etat, cela devient le social. On aurait pu chercher des solutions pour les reloger même si ce n’est pas leur droit. Cela va permettre de limiter les pleurs dans les familles. Car, c’est des bouches qu’elles nourrissent.  Mais comme le gouvernement est pressé, il a opté de cette façon. Les populations qui se sont installées sur les espaces publics avec la complicité des maires devraient  savoir  qu’elles étaient en infraction. On a vu des maires qui sont restés muets  face à cette pratique qui n’arrange pas les villes. Ils ne sont là que pour collecter des taxes chez les gens. Des taxes qui ne sont même pas budgétisées. C’est pour leur poche. On était dans le désordre.

Quelle a  été votre réaction quand vos militants sont allés vous  demander secours ?

On leur répond que nous devrons les aider. Moi, mon épouse a été cassée. Mais elle s’était installée avec l’autorisation de la mairie. Elle me demandait de faire quelque chose. Mais je lui ai dit qu’on ne peut rien. Mais elle a été obligée de s’appliquer. Elle a bien voté Talon, mais ne s’en mord pas les doigts.

Quelle lecture faites-vous de la sortie des Fcbe sur la gouvernance et les actions du régime ?

Je sais que quand on est en politique, on parle. Il y a quelques mois, je voyais Eugène Azatassou accompagner Yayi. Lorsqu’il fonçait droit dans le mur, il défendait ce que tout le monde rejetait et critiquait. Aujourd’hui, il a les yeux ouverts pour voir tout ce qui se passe. Il contredit tout. Il est dans son rôle car il est aujourd’hui de l’opposition. Mais faire de l’opposition radicale et systématique n’est pas une bonne chose. Il doit être édulcoré dans ses propos. Ce n’est pas facile, ils ont fait plus d’erreurs que ce qu’ils disent. Si ce n’est que ça qu’il trouve à dire, moi à sa place, je me tairais.

Votre mot de conclusion ?

Je vous remercie pour cet honneur que vous m’avez fait en m’invitant. Nous sommes à l’aube de la rupture. Des espoirs immenses ont été mis dans le président actuel pour le porter à la Marina. Le peuple attend beaucoup de lui. Forcément, ce peuple n’a pas encore ce qu’il espérait en portant Patrice Talon au pouvoir mais nous le rassurons et lui disons de prendre un peu patience. Les fruits vont mûrir et tout le peuple appréciera. C’est ce que Patrice Talon nous a dit et nous l’accompagnons pour qu’il puisse réussir son mandat. Son échec sera le nôtre et s’il réussit, ce sera pour nous. Personne n’a intérêt à lui mettre les bâtons dans les roues pour qu’il échoue. S’il échoue, c’est cinq années de retard pour nous. Nous avons alors intérêt à l’aider à réussir son mandat puisque c’est un mandat unique. Il pourra alors passer la main mais étant sûr qu’il a balisé le terrain. Le pouvoir reviendra aux politiques pour prendre le relais.

Gbénonchi Ev PCarte d’Identité

Un parcours de génie  

Auditeur-comptable et Juriste de formation, Gérard GBENONCHI est un cadre béninois, originaire  de la Commune de Klouékanmè dans le département du Couffo. C’est un acteur politique très engagé depuis les années 90 au sein du PSD.  Né le 1er Septembre 1964 à Klouékanmè, il a fait ses premiers pas à l’École primaire publique de son village avant d’être amené à Cotonou pour ses études secondaires à l’issue desquelles il décroche en 1985, son premier diplôme universitaire, un Baccalauréat Série G2 avec la mention « Bien » au Collège Cadmes situé à Sikècodji à Cotonou.

Il s’apprêtait à passer les Concours d’entrée dans les écoles universitaires, lorsque tombe une décision du gouvernement d’alors refusant l’organisation desdits concours pendant les vacances comme il en avait l’habitude. Il sera demandé à tous les nouveaux bacheliers de s’inscrire d’abord en attendant d’autres mesures. Tout comme ses camarades, il s’était alors inscrit en Faculté de Droit. Il sort major de sa promotion à la fin de l’année académique 1985-1986. Les vacances suivantes, le gouvernement décide d’organiser les concours d’entrée dans les Instituts universitaires. Il postule, s’en sort Premier sur la liste du Concours d’entrée à l’INE, Gestion des Banques et Premier sur la liste du Concours d’entrée à l’ENA, Administration des finances. Embarrassé, Gérard Gbénonchi choisit la filière Gestion des Banques à l’ENA tout en poursuivant sa deuxième année d’étude en Droit des Affaires.

Deux ans plus tard, alors que l’étudiant finissait ses études en Droit à l’Université d’Abomey-Calavi, le gouvernement décide de blanchir l’année académique en 1989. Ne voulant aucunement perdre cette année académique, il se rend en Côte-d’Ivoire où il obtient sa Maîtrise en Droit des Entreprises. Et comme le hasard n’existe pas, il découvre dans ce pays, l’opportunité de faire des études d’Expertise comptable. C’est ainsi qu’il s’inscrit à l’Institut des Technologies Économiques et Comptables (INTEC) pour faire des études d’Expertise Comptable. Au terme de ce cursus, il revient au Bénin pour soutenir son mémoire de Maitrise en Droit des Affaires à l’Université d’Abomey-Calavi avant de partir en France pour continuer ses études d’Expertise comptable. Gérard Gbénonchi est alors nanti du diplôme préparatoire d’études comptables et financières, du diplôme de Comptable et financier et du diplôme d’Expertise comptable. De retour au pays, il s’inscrit pour un Master 2 en Comptabilité Audit et Contrôle et un autre Master en Audit et Contrôle de Gestion. L’actuel Rapporteur général de la Commission des finances et des échanges de l’Assemblée nationale, rentré au pays en 1992, réussit à s’insérer dans le tissu de l’emploi, précisément au Cabinet « Bénin Expertise ». Mais il n’abandonna pas son cursus universitaire, puisque bien qu’étant employé, il s’était inscrit en Droit des Affaires pour l’obtention d’un DESS dans cette spécialité. Après quelques années dans ce premier service, il se fait embaucher au Cabinet d’Expertise « Africa Consultant » où il s’était mis en partenariat. Mais ce partenariat n’ayant pas été fructueux, il décide d’installer sa propre entreprise. Vers fin 2007, son propre Cabinet baptisé « Cabinet d’Audit-comptable et de contrôle de Gestion » « Beraka Consultant » implanté à Vêdokô à Cotonou, voit le jour.

Résolument engagé aux côtés du Parti Social Démocrate (PSD) de Bruno AMOUSSOU depuis son retour au bercail en 1992, il se fera remarquer pour son activisme, ses interventions au cours des réunions et surtout ses actions sur le champ politique dans sa région. Tant et si bien qu’en 2003, il a été positionné suppléant du député Emmanuel Golou sur la liste du PSD pour les élections législatives. Idem  en 2007,  et 2015. Faut-il le souligner, son positionnement sur la liste du PSD à ses différentes élections n’était que le fruit de son efficacité, sa patience et surtout au regard de sa détermination à assurer la relève politique après le décès en 2001 de son feu Père qui fut un leader du PSD.

Intimité 

Vie conjugale exemplaire   

Marié officiellement devant Dieu à une béninoise qu’il a découverte au cours d’une aventure heureuse en 1993, l’honorable Gérard Gbénonchi est aujourd’hui, père de deux enfants. Mais il rejette totalement la polygamie. Il déconseille par ailleurs, toute relation amoureuse ou trop poussée avec les collaboratrices pour éviter de devenir un rival pour les clients de son entreprise. A table, l’honorable Gbénonchi n’a pas un plat spécifique. Toutefois, il a un penchant pour les sauces de légumes accompagnées de pâte. Ne lui offrez surtout pas des boissons alcoolisées. Il s’est attaché aux conseils de son Médecin et ne prend que les jus de fruits tels que les jus d’orange, d’ananas et autres. Pour lui, l’aisance et la santé financière d’un homme ne s’évaluent pas à la longueur de son ventre. En termes de loisirs, l’homme a fait ses armes au sein de l’équipe « Les Scorpions FC du Mono ». Il  pratique désormais le vélo au salon et la marche sur tapis roulant pour maintenir sa forme. Côté religieux, le 101ème invité de « Sous l’Arbre à Palabre » est un chrétien de l’église évangélique « Pentecôte de Dieu ».

La Rédaction

Wabi GOMEZ, ex-coach des Ecureuils au siège de l’événement précis: « Le football béninois est malade des tares de ses responsables »

100_5210Une fois n’est pas coutume. Votre rubrique tant adulée est allée pêcher un gros poisson du football béninois. Il s’agit du technicien Wabi Gomez. C’est lui jusque-là, le seul sélectionneur national à avoir qualifié les Ecureuils du Bénin pour une Coupe d’Afrique des nations de football. Il est rentré désormais dans le cercle très fermé des entraineurs africains à le faire. Malgré cette belle performance avec la 2ème qualification du pays à cette messe continentale, le propriétaire de cette réussite n’a pas été récompensé. Il a été traité de tous les mots aussi bien dans les médias que par le public sportif béninois et les membres de la fédération béninoise de football. En tout et pour toute récompense, sa femme a eu la jambe amputée et lui-même est désormais plongé dans une vie misérable. Pourtant, il garde toujours son sang-froid et croit que la justice divine va l’emporter et va le réhabiliter un jour avant sa mort. Nous sommes allés le dénicher à Atrokpocodji dans l’arrondissement de Godomey où il vit actuellement avec son épouse malade depuis qu’il est revenu de sa dernière expérience au Gabon. Ici, il parle à cœur ouvert des manœuvres d’Anjorin Moucharafou,  de sa vie d’entraineur en équipe nationale et en clubs sans oublier sa vie familiale. Il dit tout sans détours ! Lisez plutôt, c’est passionnant. 

Et si on en parlait

Trois ans de crise à la Fbf

Je ne pourrai pas m’attarder sur les détails. Je vais seulement vous dire que j’étais entre temps au Togo, depuis la déception que j’ai connue, la grande frustration que j’ai connue par rapport à la gestion des Ecureuils. J’étais allé refaire ma santé au Togo grâce au président de la fédération togolaise de football que vous connaissez tous, M. Gabriel Améyi. Quand j’entendis par la presse internationale RFI et AFRICA 24 que le comité exécutif de la Fédération avec à sa tête Moucharafou Anjorin , se séparait de Denis Goavec et me confiait à nouveau les rênes de la sélection nationale, soutenant que j’étais le seul technicien béninois capable de qualifier le Bénin puisque l’ayant déjà fait auparavant. J’étais surpris de l’entendre de la part d’un homme qui avait toujours clamé le contraire. L’imbroglio qui existait alors m’a poussé à nouveau à repartir au Togo. J’étais très loin de tout ce qui se passait. Je reviens là, du GABON, ça fait juste deux semaines, et je peux vous dire que je suis quelque part heureux que cette crise ait connu une fin heureuse grâce à la diligence de Madame la ministre des sports et à certaines autorités de bonne volonté qui tiennent à revoir le football, qui tiennent à voir la jeunesse renouer avec le ballon. C’est tout ce que je peux dire. J’apprécie  l’équipe qui est en place et je voudrais qu’elle fasse un gros, gros effort puisque la perfection n’est pas de ce monde. Que tout ce que nous avons vu et entendu au temps du président Anjorin Moucharaf, les manœuvres déstabilisatrices visant à fragiliser la cohésion nationale autour de notre football ne soit plus de mise. Heureusement, aujourd’hui, il y a encore des Béninois qui font confiance aux entraineurs locaux dans un élan de solidarité et qui veulent que le pays avance en football. Dans tous les cas, la tolérance et l’indulgence deviennent des vertus indispensables pour tous les Béninois dont le seul langage commun est le ballon. Pour me résumer, il est vrai que je nourris des sentiments de frustration, d’amertume, de manque de considération et de mépris. Mais je crois encore au développement du football de notre cher pays. Comme disait Albert Einstein : ‘’ N’essayez pas de devenir un homme qui a du succès, essayez de devenir un homme qui a de la valeur’’. C’est vous dire que pendant tout mon parcours comme technicien du football, j’ai toujours donné  le meilleur de moi-même.

Augustin Ahouanvoébla resté tout le temps dans l’équipe d’Anjorin

Tout d’abord, je le félicite pour son élection à la tête de la F.B.F. C’est un monsieur pour qui j’ai beaucoup d’admiration pour son ouverture d’esprit. Personnellement, je pense qu’il est, vu le contexte actuel, l’homme de la situation, premièrement parce qu’il connait bien le milieu et secundo parce qu’il a une vision pour changer et booster le football béninois. Bien vrai, il a côtoyé longtemps Anjorin. Mais, ne dit-on pas que de deux maux, il faut choisir le moindre ? J’ironiserais en disant qu’entre le choléra et la peste, il vaut mieux le choléra. Je reste prudent et sceptique. Car le milieu du football béninois regorge d’intrigues et de beaucoup de vendeurs d’illusions ce qui m’amène à penser qu’on n’est peut-être pas au bout de nos surprises. Comme le disent les anglais : ‘’wait and see ‘’.

Comment les choses se sont passées au Togo

C‘est  une longue histoire. Qu’il vous souvienne, quand le ministre Montcho avait voulu donc de l’expertise locale, d’un staff local, il avait choisi Codjo Edmée que vous connaissez très bien et que je salue au passage. Il était le principal entraineur. J’étais son adjoint. M. Anjorin ne semblait  donc pas épouser ce choix. Juste après les deux premiers matches qu’on a faits à Lomé et à Cotonou où les Ecureuils ont respectivement perdu 2-1 face au TOGO et gagné 2-0 face à la Sierra Léone, il a mis tellement de pression sur Edmée au point où ce dernier a cédé et a démissionné. Or, Anjorin le faisait sciemment pour faire venir un blanc qu’on appelait Didier Notheaux qui devait arriver. Car pour lui, aucun entraineur béninois digne du nom ne pouvait qualifier l’équipe à une phase finale de CAN ; il n’y avait donc que le Blanc pour gérer le football béninois. Conscient de ma longue expérience  accumulée en Côte-D’ivoire et au Gabon avant de rentrer au Bénin, j’ai dit face to face à Anjorin, la main sur le cœur, que j’étais capable moi, Wabi Gomez, de relever ce challenge en qualifiant le Bénin pour sa seconde phase finale de CAN. Et j’étais vraiment prêt à le faire. Il n’avait pas cru à la chose, ce jour-là, à l’hôtel du port où il avait logé Notheaux. C’est ainsi que j’ai pris mes responsabilités avec le collège d’entraineurs que le ministre Théophile Montcho avait mis à l’époque en place, composé de Fortuné Glèlè qui était mon adjoint, de deux anciens dont feu Luc Olivier, Ana Charles comme conseillers et  Ekoué Moise qui était donc notre directeur technique. C’est avec ce collège que je me suis mis au travail et le jour où nous devions aller jouer contre le Mali, Anjorin qui a préféré être commissaire au match au Nigéria laissant ses joueurs orphelins, disait tout bas à qui voulait bien l’entendre que cette équipe-là,  ce staff-là,  reviendrait avec un score de 7-O. J’ai  appelé,  par exemple, Gabriel Afouda qui sur son plateau du samedi [à l’ORTB], veille de match, relayait ce genre de commentaires démoralisant, alors même que nous n’étions pas encore partis de Cotonou. Imaginez un peu dans quel état moral se trouveraient les joueurs. Mais, Dieu merci, avec la prise de conscience collective de mes poulains devant l’enjeu, on a fait un bon match. On devrait revenir avec un score de 1 but à zéro si l’arbitre Ivoirien n’avait pas joué sa partition en permettant à l’équipe malienne de revenir au score à 1-1. Je crois que c’était un bon début qui nous a mis en confiance et on a continué la lutte jusqu’en Sierra Léone où on a qualifié l’équipe grâce à la détermination des joueurs et en particulier d’Oumar TCHOMOGO qui, en bon capitaine, a mené sa troupe au succès.

Grâce à un staff béninois

Bien sûr, nous avons qualifié l’équipe grâce à un staff béninois mais pas avec le concours d’Anjorin. Je le dis parce que tout le temps, nous étions confrontés à des manœuvres déstabilisatrices de sa part. Il organisait une campagne médiatique pour fragiliser le groupe. Tenez-vous bien, les exemples, sont légions, parmi tant d’autres. Je me souviens du scénario qu’il a monté avant la rencontre décisive face au TOGO. Je puis vous dire qu’à trois heures de ce match-là, Anjorin a créé une situation pas du tout gaie par rapport au tee-shirt Mtn que les joueurs devaient porter pour l’échauffement  et comme ce n’était pas des enfants, il y avait Chrysostome, Chitou Rachad, Tchomogo Oumar lui-même, qui s’en étaient plaints en lui disant :« Mais, président, tu nous demandes de porter les tee-shirt Mtn, contre quoi, tu as pris combien ?  Sinon, nous n’allons pas nous échauffer avec les tee-shirts ». Donc, ça a créé tout un désordre à l’Hôtel Alédjo où nous étions à l’époque. J’ai dit à Anjorin que je vais parler aux journalistes et que je vais dire tout haut au président de la république que si nous perdions le match, il en serait le responsable. Il s’est mis sur les deux genoux pour me demander pardon et c’est ainsi que j’ai aplani cette situation. On a joué, et on a remporté de fort belle manière la victoire 4 à 1.

Le Bénin se qualifie et on vous remplace

Même au-delà de ça, après ce match, on devrait aller en Sierra Léone. Mais avant, les Togolais y avaient connu un point noir avec leur avion où ils ont perdu même un ministre. Donc, avant d’aller, chacun avait cette peur et il était dit que si on partait et qu’on jouait, aussitôt le match fini, on devait rentrer. Alors, avec le ministre Galiou Soglo, Anjorin avait trouvé un autre alibi afin  de mobiliser l’avion ; ce qui n’a pas été du goût des joueurs et du staff. Sous prétexte que le président de la république devait nous recevoir en grande pompe, on a mis notre retour au lundi alors que le match s’était joué le vendredi. Moi, j’ai dit, au nom des joueurs, que nous n’avions pas convenu de ça. Il était question juste d’aller jouer et de revenir. Je l’ai dit simplement  parce qu’en tant que meneur d’hommes, je me devais de dire tout haut ce que mes joueurs pensaient tout bas. Chacun de nous avait sa famille et leurs plaintes se justifiaient aisément. Le ministre et Anjorin avaient traduit ça comme de l’insubordination et ont commencé par me déclarer la guerre. Les foudres de leur colère me sont tombés dessus. J’étais devenu persona non grata et pour illustrer mon propos, lorsque nous sommes rentrés le lundi, si vous avez bon souvenir, à la réception, on a donné à mes joueurs chacun cinq millions et moi on m’a donné trois millions rien que pour me manifester le mépris qu’ils avaient à mon encontre.

Dites-nous, est-ce que c’est à cause de ça que Fabisch avait été sollicité ?
En partie, je peux répondre par l’affirmative, vu que mes employeurs ne tenaient plus compte de mes résultats sportifs mais qu’ils avaient juste envie de régler des comptes avec moi. C’est pour moi la seule vraie raison qui explique tous ces acharnements. Il fallait donc me trouver un remplaçant sous des prétextes fallacieux. Peut-être qu’à l’époque vous n’avez pas suivi toute l’histoire. Avant Fabisch, le Ministre Galiou Soglo comme Anjorin en son temps avait en projet de recruter un expatrié pour conduire l’équipe au Ghana. La fédération béninoise toujours avec la méchanceté que manifestait Anjorin à mon égard, est partie à la présidence rencontrer le  président Boni Yayi pour lui dire qu’au Ghana, il y avait Claude le Roy et que pour le Bénin, il fallait aussi un entraineur expatrié. Celui qu’on avait choisi à  l’époque, c’était Philippe Omar Troussier qui, selon certaines indiscrétions, avait de très bonnes relations avec le Ministre. Ils sont allés faire cette proposition  au président de la république qui, avec discernement, s’était opposé catégoriquement. Il est important de rappeler que le sorcier blanc, comme on le surnomme, devait coûter la bagatelle de cent millions de francs CFA pour trois mois d’exercice. Le président de la république n’avait pas donné sa caution à cette injustice. C’est le lieu, pour moi, de lui renouveler mes sincères remerciements et ma gratitude. Suite à cet échec, aussitôt sorti de cet entretien, si je m’en rappelle bien c’était un samedi le ministre Soglo m’appelle et me dit : « M. Gomez, je souhaiterais vous rencontrer le lundi dans mon cabinet parce que vous l’auriez appris par les médias, on a demandé un entraineur expatrié. C’est Anjorin qui m’a appelé lorsque j’étais en France afin de prendre contact avec Troussier ».  Il disait : « Vous êtes un digne fils du Bénin, vous avez réalisé l’exploit de qualifier le pays. Donc, il n’y a pas de raison que je me comporte négativement vis-à-vis de vous, et j’aurais appris que votre femme a eu un accident jusqu’au point où on l’a amputée. Je ne trouverais aucun inconvénient à faire en sorte que votre épouse reçoive des soins de qualité en Allemagne. Ce qui vous permettra, vous aussi, de bénéficier d’un stage de renforcement sur place là-bas. » J’ai répondu : « monsieur le ministre, j’ai compris » et je lui ai traduit mes sincères remerciements. Car, il faut avouer que cette démarche louable du ministre m’avait agréablement surpris. Mais comme je vous l’avais dit auparavant, j’étais sceptique à cause des diverses tractations qui visaient à ne pas laisser le staff local aller au bout.  Pour preuve, quelques jours après, avec la béninoiserie, le Ministère et les membres de la Fédé ont annoncé à notre grand étonnement le recrutement de feu Reinhardt Fabisch. A son arrivée, ils (Anjorin et le ministre) s’attendaient à ce que Fabisch vienne avec son staff ce qui aurait entrainé mon éviction pure et simple du staff des Ecureuils. A leur grande surprise, le technicien allemand leur a dit ceci avec honnêteté et humilité: « Je n’ai jamais qualifié une équipe, j’ai fait le Zimbabwe, et quelques pays. Je n’ai jamais qualifié une équipe et si ce monsieur a pu qualifier les Ecureuils, je lui dois respect et je garde le staff en présence à mes côtés pour la suite des débats ». Donc, c’est ainsi que nous sommes devenus amis, Fabischet moi.

Les promesses du ministre

Non, mes doutes se sont avérés justifiés. Car cette proposition   du Ministre ne s’est jamais réalisée. Et pourtant, selon l’article 9 du  contrat que j’ai signé avec le ministère de la jeunesse et des sports,  il était convenu que si un des membres de ma famille tombait malade, il devait bénéficier d’une prise en charge. Mais à ce niveau, rien n’a été fait et j’ai été donc seul à faire face aux problèmes de ma femme jusqu’à ce jour, je suis seul à gérer son cas.

Le problème de la femme  

C’était à la veille de notre premier match où on devait aller au Togo, le  jeudi 31 Aout 2006. J’étais donc à Kouhounou en plein échauffement avec les Gaspoz et autres puisque, Edmée étant le titulaire, je devais conduire l’échauffement avant de lui céder la place. Alors à l’époque, j’étais à Yagbé à Akpakpa. Je ne sais pas si vous connaissez un certain Aliou à la fédération ? Il est actuellement au ministère de la jeunesse et des sports. C’est lui qui a senti l’accident depuis le siège de la FBF qui se trouvait à Akpakpa. C’était un camion et ma femme, elle, était sur taxi moto. Elle était allée acheter de la pâte dentifrice,  et c’est là que l’accident s’est produit. Il avait mon numéro et il m’a appelé pour m’informer. C’est ainsi que discrètement, j’ai dit à Edmé, de m’excuser, que j’ai une urgence. Je suis allé à l’hôpital avec le kiné Gahito, où les docteurs étaient déjà avec elle. Elle leur avait dit qu’elle est la femme du coach. Ils ont commencé par lui donner les premiers soins. Je ne pouvais pas aussi la laisser seule. Donc, j’ai remis de l’argent à mes enfants, en particulier, à ma grande fille qui était au chevet de sa mère et je suis parti avec les joueurs au Togo répondre de notre mission parce que le drapeau béninois pour moi, est un symbole, une fierté. Il ne fallait pas que je rate d’aller comme un soldat jouer  mon rôle. Donc, quand je suis revenu, aucun membre de la fédération n’est venu me voir pour me soutenir et me remonter le moral. Il n’y avait que mes joueurs et les autres membres du staff qui ont manifesté leur compassion et pour cela je leur dis merci ! Si mes souvenirs sont bons, c’est peut-être l’honorable Ahouanvoébla seul qui est venu me voir à l’hôpital et m’a dit : « Coach, ne t’inquiète pas, on va veiller sur elle ». Mais rien n’a été fait jusqu’à ce jour. Donc, je suis seul face à mes ennuis.

Un procès pour non respect des textes ou dénoncer le contrat

Il s’est passé beaucoup de choses. Moi-même, personnellement, j’ai été déçu de la gestion qui a été faite de ma personne par le ministre Galiou, Eloi Amoussou et Anjorin. J’ai même une lettre de Champéga Laurent que j’ai gardée par rapport à l’indignation qu’il a ressentie en écoutant leurs déclarations sur RFI. Sincèrement, les Béninois, nous sommes méchants et ça, il faut que je vous le dise. On joue aux hypocrites quand on vous voit, mais en réalité, ce qu’on veut faire de vous, c’est qu’on peut vous éliminer à cause de l’argent. Donc, le ministre Galiou, avec toute l’assurance qu’il m’avait donnée à l’époque avec son ami Amoussou son assistant, tous ont fait le jeu pour que quelque part, on me mette de côté par rapport à la gestion qui devait se faire au Ghana. Quel crime avions-nous commis ? Que nous reprochaient-ils ? Autant de questions qui nous taraudent jusqu’aujourd’hui l’esprit. Plus loin après le fiasco de la CAN et après la démission de feu Reinhardt FABISCH, je devais renouer avec le poste de sélectionneur national. Mais, à la surprise générale, le ministre Galiou nomme le technicien belge Patrick Aussems, directeur technique national alors qu’il quittait le CIFAS. Ce dernier initie un voyage de prise de contact avec les joueurs béninois professionnels et pond un rapport qui visait toujours à empêcher le duo Wabi GOMEZ et Fortuné GLELE de gérer les éliminatoires jumelées de  la CAN Angola 2010 et du mondial sud-africain. Pris par le temps et devant parer au plus pressé, la fédération m’adresse une correspondance le 13 mai 2008 m’invitant à produire dans les plus brefs délais la liste des joueurs susceptibles de faire le voyage en Angola en  attendant le recrutement d’un entraineur expatrié. Suite à cette note de service de la F.B.F, j’ai introduit un recours gracieux le 20 Mai au Ministre par rapport à certaines doléances. Et c’est en réponse à ce recours que le 29 mai, le ministère m’adressa une note me signifiant qu’il ne pouvait répondre favorablement à ma demande vu que mon contrat arrivait à terme le 31 mai. Entre temps, à l’issue d’une réunion entre les deux institutions, le même ministère m’adresse une note de service le 27 mai pour me notifier que je dois conduire l’équipe avec Fortuné Glèlè sous la supervision du DTN Aussems en attendant l’aboutissement de la procédure de nomination d’un entraineur principal. Entre autres, je vous informe que j’ai postulé et que mon dossier a été validé par la commission qui avait proposé au ministère le 02 Juin 2008 les trois meilleurs dossiers sur dix-huit au total, dans l’ordre suivant :
1°) AAD DE MOS
2°) WABI GOMEZ
3°) MICHEL DUSSUYER
Mais, au finish, c’est Dussuyer qui sera retenu  bien qu’il soit classé après le Hollandais et moi. Dans cette confusion, j’ai assumé, à la demande de mes supérieurs hiérarchiques les matches contre l’Angola le 30 Mai puis contre l’Ouganda le 8 Juin avant de passer le témoin à Michel Dussuyer. Encore une déception de plus ! Heureusement que les joueurs qui étaient indignés du traitement qu’on m’infligeait depuis un certain temps ont voulu me témoigner toute leur solidarité et affection en m’offrant une fin en apothéose 4 buts à 1 devant l’Ouganda avec la manière.

Il y a des matches que les Béninois retiennent. Vous meniez face à l’Egypte ici 3-0, et vous vous êtes fait rattraper 3-3. Qu’est-ce qui s’est passé ce jour-là?
Là encore, c’est une longue histoire. Nous étions dans la poule de la Côte d’Ivoire, le Cameroun, le Soudan, la Lybie.  Lorsqu’on a fait le premier match contre le Cameroun, c’était Atturquayefio qui avait l’équipe. On est revenu, on nous a battus et qu’est-ce que les gens ont dit ? Défaite honorable. Par la suite, contre le Soudan, nous faisons 1-1 ici. Atturquayefio a senti venir la menace. Et c’est Anjorin lui-même, nous étions encore à l’hôtel de la Plage, qui l’a fait partir sur la pointe des pieds. Et nous nous sommes donc retrouvés orphelins, et joueurs et moi-même qui n’avais pas encore l’aval de la fédération pour conduire le match contre l’Egypte. Atturquayefio est allé au Ghana. Ce n’est pas loin. Il reviendra, il ne reviendra pas ? On a passé une semaine dans ce doute-là. Et c’est le mardi qui suit qu’on me dit « Prends tes responsabilités, vous allez jouer contre l’Egypte ». Et vous savez très bien que l’Egypte avait été battue par la Côte d’Ivoire à domicile. Donc, c’était une équipe revancharde qui était arrivée à Cotonou. Nous, dans l’impréparation, on a essayé avec les éléments qu’on avait à l’époque,  de faire ce résultat qui réjouirait tous les Béninois. Mais on a oublié que l’Egypte est d’un autre calibre. L’Egypte est et sera toujours une équipe redoutée et redoutable. Ce n’était pas n’importe qui, qui jouait contre l’Egypte ! Quand Ahmed Hassan est entré à 3-1, j’ai vu que la physionomie du match a changé. Et par inexpérience et manque de condition physique les Béninois n’ont pas pu conserver leur avance. Le côté gauche par où les gens passaient pour donner des centres, c’était un certain Sagbo Adomè, un joueur des Dragons… Le gardien qu’on avait à l’époque, Maxime Agueh, n’avait pas su lui aussi gérer le match, parce que chaque fois qu’il prenait le ballon il était tellement pressé qu’il relançait, alors qu’on pouvait glaner quelques minutes ou quelques secondes. Malheureusement, c’est arrivé à 3-3. Mais, pendant que les Béninois étaient ici mécontents, moi je les comprends aisément. Je n’étais pas offusquée du fait qu’ils étaient mécontents, parce que quand on va au stade, c’est pour gagner. Mais à côté de ça, les Ivoiriens, les Gabonais, les Camerounais, et même les journalistes de RFI, tous ont dit que le Bénin avait réalisé un exploit. Si vous aviez écouté Rfi, les gens ont salué ce résultat que nous avons fait. Donc, je pense que c’est un match qui en fait m’a mis sur orbite. J’aurais été plus encensé si on avait fait 3-1 ou 3-0. Malheureusement, c’est 3-3. Il faut aussi ajouter que le football béninois est malade des tares de ses responsables à cause des improvisations. Le plus important, c’est qu’on ait pu rivaliser avec une équipe d’un  tel calibre sur le plan africain et au moins on a gagné un point.

Et le match Sierra-Léone – Bénin, 0-2. Est-ce qu’il n’ y a pas eu un peu de négociation ?
Ici ou là-bas ?
Là-bas.
Ça, c’est peut-être encore les manœuvres d’Anjorin. Les joueurs sont là, ils ne sont pas encore morts, ils vous diront qu’ils ont mouillé franchement le maillot parce que les dirigeants d’alors avaient cette manie de prendre toujours la mallette, soit disant qu’on va travailler les arbitres pour qu’ils nous facilitent les débats.

C’est vrai, vous avez les preuves ?
Je vous dis que c’était ça, à l’époque. Dire que le ministère donne peut-être vingt (20) millions, on va voir l’arbitre, on connaît le trio arbitral… Honnêtement, tout ça, c’est pour me discréditer. Tout ça c’est pour dire que les entraîneurs locaux ne faisaient rien. C’est eux qui achetaient les arbitres. Parfois, il arrivait même, avant qu’on parte de l’hôtel, qu’on nous dise « vous aurez un pénalty ». Et pourtant tous les buts inscrits durant les éliminatoires ont été sur des actions de jeu même pas un seul pénalty.

Vous avez des exemples ?
Ce que j’ai connu pendant que j’étais en exercice, c’est ce que je vous raconte.

Et vous avez eu des penalties ?
Aucun ! Aucun pénalty. Reprenez un peu le film de tous les matches qu’on a gérés et vous verrez que les joueurs ont correctement mouillé le maillot. Ils ont joué, ils ont mis le cœur pour faire en sorte qu’on se qualifie

Un salaire de  500.000 francs et salaire…
Ça ne s’est pas amélioré. C’est pour ça que j’ai introduit un recours gracieux auprès du ministre Galiou à l’époque, pour lui demander de revoir tout cela. Parce que c’est quand j’étais adjoint à Atturquayefio qu’on me payait 500.000. Et lorsqu’on m’a titularisé entraîneur principal, on devait donc rehausser, revoir la chose. Et c’est pourquoi, j’ai à l’époque demandé qu’on me paie deux (02) millions de francs CFA. Ça c’est un minimum, parce que lorsque vous prenez les entraineurs expatriés qui viennent d’ailleurs, le moins payé, c’est dix (10) millions de francs CFA par mois. Ils ont la voiture, le domicile, les frais de mission, le téléphone, ils ont tout !

Et vous, vous n’aviez rien de tout cela ?
Absolument rien ! Je faisais tout sur zémidjan. Je partais d’Atrokpocodji pour le stade de Kouhounou. Dieu merci, Pépéripé est un témoin privilégié, puisque lui-même le décriait tout le temps. Ni le ministère, ni la fédération, personne ne s’est penché sur la question.

Le traitement qui est réservé aux entraîneurs locaux
Pour moi, l’explication est toute simple. Vous savez, j’ai fait treize (13) ans en Côte d’Ivoire et je peux vous dire que le seul entraîneur à avoir gagné la coupe malgré ces ‘’sorciers blancs’’, c’est Yéo Martial et tout près de nous chez notre voisin le grand Nigeria KESHI a aussi réussi un grand coup. Yéo Martial est un collègue, nous nous connaissons bien, nous nous respectons. Entraîneurs blancs, entraîneurs africains, nous avons le même destin. C’est un complexe, un manque de confiance  pour nos frères africains. Lorsque vous ne voulez pas travailler dans la transparence et que vous naviguez à vue, ou vous recherchez une victoire du genre l’arbre qui cache la forêt par snobisme vous engagez un Blanc pour justifier vos folles dépenses au lieu de travailler sur la durée. Sans vouloir croire que j’ai la science infuse, j’affirme qu’il faut prendre des décisions claires et faire des choix objectifs. Entraineurs blancs, entraineurs africains nous avons le même destin !

Sinon en termes de résultats…
En termes de résultats, moi j’ai joué contre Troussier à Abidjan. J’avais le Stade d’Abidjan, s’il vous plaît ! Et ça, je pense que Mouf Liadi n’est pas encore mort, il est vivant et vous pourrez lui poser la question. Les Buffles du Borgou étaient venus entre temps, je crois pour la coupe UFOA. Ils étaient venus jouer contre l’ASEC MIMOSA d’Abidjan, et celui qui les avait accompagnés en tant que communicateur, c’était Mouf Liadi. Moi, j’étais au Stade d’Abidjan. Après l’ASEC, l’AFRICA, vous avez le Stade d’Abidjan. Et c’est le Chancelier Koffi Gado qui était la cinquième personnalité de la Côte d’Ivoire qui était mon président d’honneur. On s’asseyait, on faisait des réunions. Le président actif section football était le bâtonnier Me Mondon. Les Ivoiriens me connaissent en tant que Béninois au service de la jeunesse ivoirienne. Lorsque les Buffles étaient arrivés pour jouer contre l’ASEC, la fibre patriotique a fait que je suis allé vers les Buffles, juste pour leur prodiguer quelques conseils. Ce que les policiers n’ont pas apprécié. Ils m’ont arraché mon passeport ce jour-là et ils m’ont envoyé dans la cabine des journalistes. Heureusement que le ministre Fologo était à côté. C’est lui qui a dit « ne créez pas d’incident diplomatique, remettez le passeport de M. Gomez ». Et immédiatement, Boubakar Kanté qui suivait la scène, criait « le coach du Stade d’Abidjan a des ennuis ! ». C’est alors que le vieux Gado m’a dit « rentre chez toi, qu’est-ce que tu vas chercher ? Même si ce sont tes frères, qu’est-ce que tu vas chercher à côté ? Rentre chez toi ». Et Troussier et les siens m’ont dit, si jamais nous partons au Bénin et nous ne sommes pas qualifiés, au retour on te fait la peau. Parce qu’on devait jouer un match de championnat en retard contre l’ASEC. Je crois qu’ils ont fait 0-0 contre le Borgou le dimanche, ils ont été donc qualifiés, parce qu’ils avaient battu le Borgou 1-0 à Abidjan. Et le mercredi où je jouais contre eux, j’ai gagné l’Asec 3-2 avec les Ben Salah, les Didier Otokoré que j’avais à l’époque comme joueurs.

Comment avez-vous quitté le Bénin ?
Je jouais à l’époque à l’ASO de Porto-Novo. Je jouais avec les Bello Nourou, Chidikofan Valère, paix à son âme, Gnonlonfoun Simon, les frères Tronnou, Damien et Cosme, Mimi, AnaniVictor , Adechokan Marouf , Tchètchè Emmanuel,etc… J’avais aussi à l’époque Quenum Etienne qui a fait ses études de médecine au Sénégal. Il arrivait juste pour jouer et le lendemain il repartait. J’avais donc ce groupe-là et j’ai joué à l’Aso de Porto-Novo. On avait comme entraîneur un Blanc, à l’époque, un certain Guy Fabre… Très tôt, je me suis mis à son école. Et comme j’enseignais à l’époque à Louis Hounkarin de Porto-Novo, j’étais enseignant d’EPS, j’avais commencé très tôt à regrouper les jeunes. J’ai regroupé des jeunes dont les Gangbo Lavenir, Adjagba Michel aujourd’hui DAF à la SONAPRA ; je ne sais pas si vous connaissez ces jeunes-là. Je faisais un peu de formation déjà avec les Gbaguidi Daniel. A Djassin, je prenais quelques bons noyaux, les Abass Inoussa, il est aujourd’hui entraineur des Dragons  de l’Ouémé, Adjovi Pamphile qui est encore au Gabon. Je les entretenais déjà les matins avant qu’ils n’aillent au cours. Les témoins que j’avais étaient M. Kouyami François, ministre des sports et le ministre de l’éducation de l’époque, Vincent Guézodjè qui venaient tous les matins jouer au basketball. Ce sont ces deux grandes figures qui m’encourageaient en disant, « Wabi, vraiment c’est bien ce que tu fais. Tu es en train d’assurer la relève pour le football béninois. » Donc, je faisais ça de manière bénévole. J’avais combien comme salaire, 35.000 à Hounkanrin. Je ne connaissais pas les histoires de femmes. Les meilleurs amis que j’avais n’étaient rien que ces enfants-là qui logeaient chez moi, que je nourrissais et qui jouaient au football. Donc, pour moi, c’était déjà un plaisir. Donc, c’est ainsi que, chemin faisant, en 1972 quand l’ASSO de Porto Novo a été championne, nous avons été jouer contre DYTO où on nous a battus. Le président Kérékou a souhaité la fusion de tous les clubs. C’est ainsi qu’on a connu les DRAGONS, REQUINS et autres. Or, vu la pléthore de joueurs qu’il y avait en son temps, à savoir DRAGON, POSTEL, ETOILE de Porto Novo, RESSORT, et autres, et comme je m’étais déjà tracé une voie d’encadrer les jeunes, j’ai continué. C’est ainsi qu’après un stage de la CONFEJES organisé à l’hôtel des députés aujourd’hui INJEPS, où on a passé donc ce stage de deuxième degré africain dont le premier était un Ivoirien, le deuxième un Congolais et moi, le troisième. Mais sur le plan national, j’étais le premier sur une trentaine de Béninois qu’on avait à l’époque intéressé à la chose. Et cela devrait me valoir donc une bourse pour aller à Creps en France. Vous savez, je dis bien que le Béninois est méchant, car moi, je vis ma méchanceté depuis. C’est peut être une malchance ou bien c’est l’ironie du sort… je ne sais pas à quoi je vais l’attribuer. Lorsque la bourse est arrivée, le ministère de l’époque a choisi une déviation. Au lieu de me laisser faire cette formation, on a donné donc cette bourse à un athlète du nom de Goutchouanou David, disant qu’on n’a pas besoin d’avoir un entraineur de football. Il vaut mieux donner ça à un athlète. C’est ainsi que très fâché, j’ai écrit au ministre Kouyami à l’époque. J’ai dit qu’il y a injustice et que je verrai le président Kérékou pour me plaindre. Donc, c’est Kouyami qui finalement, pour rectifier le tir, m’a donné cette chance d’aller à LEIPZIG en RDA avant la réunification, à l’université des sports en Allemagne. Après donc le premier béninois qui a bénéficié donc d’un tel stage,  Dégboué Michel qui était aussi enseignant d’EPS à l’époque. J’étais donc le deuxième avec des figures emblématiques telles que Shérif Souleymane de la Guinée, des Congolais, des Ghanéens pour ne citer que ceux-là. Après l’obtention de mon parchemin, ambitieux que j’étais, je me suis dit qu’il  fallait que je sorte et que j’aille encore apprendre. La Côte d’ivoire étant à l’époque un grand carrefour du football africain qui attirait tous les grands entraineurs d’alors, c’est ainsi que j’ai atterri au Stade d’Abidjan, le 1er avril 1980 quand le Pape faisait sa tournée. J’ai eu la chance de tomber sur Djédjé Benjamin, l’un des anciens entraineurs du Stade d’Abidjan qui était au Ministère de la jeunesse et des sports de la Côte-d’Ivoire. Il m’a orienté immédiatement au stade d’Abidjan où il y avait, à l’époque, mon ainé, Luc Olivier qui a gagné donc la Coupe d’Afrique des Champions au stade d’Abidjan en 1966. Et comme il n’avait plus le temps, il était à cheval entre le stade et Air Afrique, de s’occuper du stade d’Abidjan, ma venue a donc facilité les affaires et c’est ainsi que les stadistes m’ont accepté. J’ai donc commencé avec le stade comme entraineur titulaire. Je suis passé par toutes les catégories. J’ai fait donc l’équipe A, j’ai fait la formation. Je suis allé deux fois à Montpellier, parce que là-bas, le système est conçu autrement. C’est que vous faites la formation et chaque année, il y avait un système de tamis. C’est d’aller jouer les grands tournois en Europe. Et, on avait Mama Ouattara, (paix à son âme), qui était à Montpellier. Il fut joueur de Montpellier. Donc, c’est lui qui nous aidait. J’ai fait deux fois ce tournoi là à Montpellier avec les Ben SALAH, les Didier OTOKORE, les Diarrassouba Salifou, pour ne citer que ceux-là que j’ai gardés en souvenir. Et puis, je suis allé par la suite,  découvrir. Là, ce n’est pas pour me vanter, pour me jeter des fleurs mais je peux vous dire, chers frères, que je suis le premier africain à découvrir le football en salle en France. C’était au Mans, à 200 kilomètres de Paris. Le stade a été invité à un tournoi où j’ai conduit donc l’équipe. Ce qui  m’a permis donc de découvrir le football en salle.

Treize ans à stades d’Abidjan ?

Avec le stade d’Abidjan, je peux te dire que c’est un contrat de fidélité parce que, d’abord à Abidjan, les clubs sont à connotation ethnique. Tu vas à l’Asec, tu ne verras rien que des Baoulé, Baoulé et Agnis. Tu vas à l’Africa, tu ne verras rien que des Bétés. Le stade, c’est un club ouvert à tout le monde, les étrangers, tous. Donc, il était facile pour moi de m’exprimer au Stade que d’aller à l’Africa ou à l’Asec. J’ai failli aller à l’Africa au moment où do Rego Saadou et Hounguè Patati y étaient venus. Ils étaient de passage. Ils sont venus signer un contrat avec l’Africa. J’ai failli parce que Simplice Zinsou De Messè, lorsqu’il avait échos de tout ce que je faisais au stade, m’a invité à Sivomar qu’il dirigeait. C’était Zinsou, le président d’honneur de l’Africa Sport et qui était en rivalité farouche avec l’Asec. Le président Houphouët se servait de lui puisqu’il était son gendre pour un peu calmer les ardeurs des Bétés à l’époque. Donc, il lui mettait beaucoup de sous pour faire de l’Africa un label de qualité. Et il a vraiment réussi sa mission. C’est qu’il a fait en sorte que, finalement, l’Africa ait gagné deux coupes. C’est lui qui a fait venir le feu Rachidi YEKINI,  en son temps, et même Antoine BELL. Donc, voici, j’ai fait effectivement 13 ans de fidélité avec le stade et j’ai marqué mon passage par une Coupe Nationale en 1984 et le titre de vice-champion après le Stella de Yeo Martial la même année. Anjorin a connu DEVEZ par ma personne. DEVEZ était en Guinée, comme entraineur national avec mon ami Chérif Souleymane. Et, vous savez, notre métier a des aléas.  A un moment donné, ça ne marchait plus quand Jean Louis FARAH TOURE, un journaliste ivoirien d’Africa n°1, m’a appelé pour me dire monsieur GOMEZ, « en tant que patron du staff du stade d’Abidjan, je voudrais donc te dire qu’il y a un français du nom de DEVEZ qui est en chômage. Est-ce que tu peux le récupérer chez toi ? J’ai dit qu’il n’y a pas de problème. Donc moi, j’avais été promu directeur technique et lui il était  mon entraineur. C’était un choix managérial afin d’apporter au Stade une autre visibilité.  C’est moi qui l’ai logé. C’est ainsi qu’on a travaillé pour le stade et on a fini 2ème lorsqu’il y a eu cette histoire de palabre entre l’Asec et Ashanti Kotoko. Donc, la CAF a sanctionné la Côte d’ivoire pendant 2 ans. Mais, moi j’avais envie de m’exprimer à un haut niveau. Donc, je ne sais pas comment Anjorin a eu de mes nouvelles. Il est parti d’ici pour aller me chercher en Côte d’Ivoire, pour me dire qu’il y a un club Gabonais, Sogara qui voulait d’un entraineur. Ils n’ont jamais pris d’africain. Mais, ils veulent faire l’expérience d’un expatrié qui vient de l’ouest. Ils ne voulaient pas d’un Gabonais. Moi, j’étais à l’entrainement quand mon téléphone, à la maison, a sonné. Ma femme a pris et c’est Anjorin qui me demande de le rejoindre à l’hôtel Ibis. Donc, je vais effectivement le rejoindre et il me présente donc le club Sogara qui voulait nécessairement que j’arrive parce qu’il devait engager le premier tour de la coupe d’Afrique en 1994. J’ai dit que moi j’aime sincèrement les challenges.  Ainsi très rapidement, j’ai fourni tout ce qu’il fallait et je suis parti là-bas. Et on m’a proposé 1.000.000 FCFA comme salaire par mois. Au delà de l’argent, pour moi, c’est le foot, les résultats que je voulais. Donc, c’est ainsi que je me suis jeté à l’eau au niveau des Gabonais. J’ai fait donc le premier match  contre Pétro Athlético de l’Angola. Le journaliste qui m’avait accompagné à l’époque, s’appelle BADER ZOGO. Il m’a dit « Coach, ce n’est pas facile ici, ce n’est pas facile ici ». Je lui ai dit que  rien n’est facile, ici, sur cette terre. C’est ainsi qu’on est parti donc en Angola et on a fait 0-0 avec les KASSA N’GOMA, feu GERMAIN MENDOME, les GUY MBINA , GUY NZENG, Jonas OGANDAGA, N’GOMA SERGE, IPAYE WASSIU. Anjorin avait ses relations au Gabon et en bon manager, il avait des contacts dans tous les clubs Gabonais. Ainsi, il a aussi trouvé un point de chute à serge DEVEZ au niveau de MBILINGA. Je pense que pour un coup d’essai, c’était un coup de maitre puisque j’ai réussi ce challenge. Cela a renforcé sa notoriété auprès des Gabonais.Vous savez, on a pris un joueur chez Ashanti Kotoko, OLI RAHMAN, 13.000.000 de francs à la signature à Ashanti Kotoko sur sa proposition c’est vous dire combien de fois Anjorin était un manager très pointilleux sur les chiffres. Moi-même, pour m’avoir aidé à arriver à Sogara, il m’a pris 750.000 FCFA .

Les performances
Les performances ? Cette saison là on a fini champion du Gabon à cinq journées du terme. Une première pour l’AS SOGARA et après qu’on a éliminé Pétro Athlético, en coupe des clubs champions, on a éliminé par la suite le WAC Cassablanca et on a échoué de peu devant Zamalek aux portes des demi-finales. Donc, voilà un peu la page que j’ai écrite au Gabon où j’ai aussi fait 13 ans. Pas dans le club. C’est-à-dire que je n’ai pas fait long feu avec Sogara parce qu’il y a eu la dévaluation. Et comme c’est une œuvre purement sociale, le club a été dissout. Et, les Gabonais ne voulant plus me laisser revenir vers ici, Anjorin me proposait pour Eniymba, au Nigéria. Donc, c’est ainsi que je suis allé au FC 105. Là, j’ai connu OBAME YAYA, le père de celui qui joue actuellement, je veux parler de Aubaméyang. Il a été mon joueur, milieu de terrain. Il revenait de l’Italie.  Et, il a fait aussi un passage en France au Havre à l’époque où il a connu Tiehi Joël, qui lui avait déjà parlé de moi. Vous comprenez ? Donc, j’ai fait Fc 105 avec Obame YAYA, Guy NZAMBA Roger, Régis MANON, Albin BOUGANDZE… Enfin, c’était le vivier de l’équipe nationale du Gabon…. Et quand YEO Martial est arrivé en 1996 au Gabon comme directeur technique, les Gabonais l’ont invité donc à renforcer leur staff. Donc, en 1996, il était là. Mais moi, je n’ai pas dit à mes joueurs que je le connaissais. C’est pour vous faire un peu la différence entre nous. Ce que nous avons de méchant au Bénin et les autres ailleurs. J’ai jamais dit à mes joueurs qui partaient de 105 que je connaissais YEO Martial. Ils sont partis et c’est pendant les entrainements que YEO Martial a demandé.  Qui est leur  entraineur ? Ils ont dit WABI GOMEZ. YEO a dit : « Ah ! Il est ici ? Mais, vous avez un bon entraineur, vous savez, ça veut dire ce que ça veut dire ». Mais, quand YEO Martial l’avait dit aux enfants, à ces messieurs là, qui sont revenus vers moi, après la CAN me dire : « Coach, vous n’êtes pas gentil ». Pour revenir au cas du Benin en réalité, moi on m’a crucifié, je n’ai pas refusé de partir mais il aurait fallu qu’on me laisse terminer au moins la CAN. C’est là où on m’a tué, sinon aujourd’hui, je devrais être recherché un peu partout comme KESHI. Vous savez, KESHI a fait mon équipe. Quand vous verrez KESHI, il vous le dira.  J’ai gagné la coupe de Côte d’Ivoire en 1984. Si je dis tout cela, c’est parce que je ne souhaite pas que ceux qui sont là aujourd’hui emboitent le pas à Anjorin. Vous savez, ça, c’est le souvenir que j’ai gardé de l’AS Sogara. Et, je vous assure que lorsque j’éliminais le WAC, pour vous montrer tout ce qui se fait dans les coulisses du football, le président de ce club négociait auprès de ma modeste personne pour que je fasse un classement qui avantagerait son équipe.
Mon épouse est musulmane si bien qu’on lui a offert des chapelets, des tapis. Mais je leur ai dit d’appeler le chef service avec qui ils n’ont qu’à faire le marché et que moi je ne suis pas là pour ça. Mais  Sogara menait  2-0 au Gabon, déjà quand l’entraineur a été relevé de ses fonctions. Alors, je suis un bossu comme lui, donc  on a le même sort.

Le film de Ghana  2008
En 2008, j’ai failli même mourir. Lors du tournoi de l’UEMOA, pendant qu’on faisait le tirage des groupes de la CAN au Ghana, les officiels béninois étaient partis sans moi, l’entraineur. Et     aucun dirigeant n’y était pour la préparation de ce tournoi. Il nous était réservé un voyage d’acte de présence. Il faut dire que le président Anjorin était cruel et qu’il m’en voulait pour ma témérité au point où il m’a laissé à Cotonou alors que j’aurais dû être au Ghana pour la cérémonie de tirage. Son plan diabolique, machiavélique et pervers consistait à discréditer le staff local auprès de l’opinion publique en nous glissant des peaux de bananes à travers le tournoi de l’UEMOA à OUAGA. Tenez-vous bien sans aucune préparation conséquente, dans des conditions dérisoires, le président feint de comprendre la situation en tenant auprès de nous un discours rassurant dans le genre de celui de Pierre de Coubertin. Ce qui compte, ce n’est pas de gagner mais de participer. Et une fois qu’on a le dos tourné lors de notre premier revers contre le Mali, il monte au créneau pour nous trainer dans la boue. Comme, il n’avait toujours pas de mobiles suffisants, il saisit l’occasion du tournoi du Ghana pour enfoncer le clou. Après la demi-finale remportée face aux Emirats Arabes Unis 1 but à 0, en finale face au Ghana où nous menions 2-1 à l’entame de la seconde période le président revêt son costume de manager mercantile peu scrupuleux et demande aux arbitres nigérians de faire en sorte que nous ne gâchions pas la fête des Ghanéens. Mouri qui était à côté comprenant le patois, a entendu que les dirigeants étaient en négociation pour qu’on nous batte. Il a dit que ce n’est pas la peine qu’il aille mouiller le maillot devant un scénario déjà scellé. Finalement,  on nous a battus 4-2. Pour eux, ils ont réussi. C’est-à-dire que tout ça c’est pour montrer que Wabi ne peut pas conduire l’équipe.  Il y a même eu un but entaché d’hors-jeu. Et pourtant je leur disais devant un journaliste qu’avec la qualification, je risque de revenir avec la coupe d’Afrique au Bénin. Et je ressens quelque chose comme l’histoire de Yéo Martial. Je le disais parce que j’avais la conviction que la dynamique qui était là, pouvait nous permettre d’aller loin. On pouvait même aller à la coupe du monde par la suite. Je voyais que les joueurs étaient vraiment acquis à ma cause. Je leur donnais le respect qu’ils méritaient. En tout cas, il y avait une bonne complémentarité, une bonne osmose entre nous.  C’est vrai que j’étais dur, mais j’avais une main de fer dans une paire de gants en velours,  et chaque fois qu’il faut caresser je le fais et s’il faut taper fort je le fais pour que ça marche. C’est après tous les faits précités que les Ecureuils sont rentrés dans la tourmente. Bref, moi je n’ai pas l’habitude de trop parler si bien que je les regardais faire. Par la suite, j’étais tellement fâché que je me suis dit que je ne vais plus saluer le président Anjorin. C’est arrivé au Ghana que le journaliste sportif Pépéripé m’a dit dans un souci de réconciliation de pardonner à mon jeune frère. On est venu pour une compétition et il fallait que tout se passe bien. Mais je vous jure, bon Dieu, qu’après avoir suivi ses conseils, j’ai eu toute une paralysie. C’est pourquoi j’ai dit la dernière fois sur radio Tokpa que les valeurs cardinales n’existent plus parce que quand les gens sont en face de l’argent, ils sont capables de vous tuer.

Le gris-gris et le football
Je vais vous dire honnêtement que, et moi et mes joueurs n’étions pas mêlés à ces choses-là. Mais je sais que les gens prenaient de l’argent rien que pour ça et il y avait des spécialistes de ces affaires là, parce qu’il fallait que les gens mangent. Ils ont créé une filière si bien que l’argent circulait rien que pour cela. C’est un peu moi-même qui faisais mes prières  à l’endroit du Seigneur qui nous a créés, pour ma propre protection. Jamais, je n’avais d’amulettes en poche parce que si les amulettes marchaient, le Bénin serait allé plusieurs fois à la coupe du monde. Il n’y a rien que le travail

Les clubs béninois ont du mal à s’imposer

Je dirai que c’est la mauvaise organisation de notre championnat. L’autre chose est de savoir les projets des clubs. Pour vous dire la vérité, lorsque vous prenez un club comme Coton Sport, c’est du pur professionnalisme qui se fait jusqu’au point où le joueur  n’a même plus envie d’aller à l’étranger, c’est pareil avec leTP MAZEMBE de la RDC, et surtout tous les clubs du Maghreb. C’est ce qui a permis à la Zambie de gagner la coupe d’Afrique avec rien que les locaux.

Propositions pour le succès du football béninois
Je veux dire ceci. Il faut qu’au niveau de la gestion, nous changions. Lorsque vous avez des clubs avec de très bons joueurs et un encadrement  sérieux, vous êtes sûrs de dégager un noyau qui peut représenter valablement le pays. Sur le plan des conditions de travail et de vie, il faut un effort. Je vous donne un exemple. La Côte d’ivoire, en 1980, était venue au Nigéria. Elle a été battue. Le ministre Fologo d’alors a dissout l’équipe nationale pour deux ans d’hibernage. Et pendant ses deux ans, il a envoyé cinq entraineurs ivoiriens au Brésil. Il y avait Gérard Gabo, Nobert Bowé, etc… Mais, ici au Bénin, on brûle les étapes. N’importe qui se lève, il devient entraineur parce  qu’on a besoin d’argent. C’est un comportement à corriger. Donc, il faut qu’on fasse du sérieux dans ce que nous faisons pour notre pays. Si tant est que nous voulons redorer notre blason, et changer le football béninois, il faut mettre un accent sur la formation des joueurs et des entraineurs. Doter les clubs de terrain gazonnés. Former les dirigeants à gérer leurs clubs plutôt comme de véritables entreprises que comme des épiceries. Je peux vous dire que des collègues entraineurs que j’ai côtoyés, exemple de Kablan Sampon sont instructeurs FIFA. C’est-à-dire qu’en même temps que ses dirigeants sont au niveau de la CAF, ils l’ont aidé à monter. Il est instructeur FIFA comme le camerounais Manga Onguené. Au Bénin, qui a bénéficié de cela ?  C’est Anjorin qui est chaque fois le commissaire aux matches pour gagner. Tout cela est aussi un frein pour le football.

Appréciations sur la nouvelle équipe de la FBF
Je crois que depuis quelques jours j’essaie d’écouter les discours d’Augustin Ahouanvoébla. Prions pour que les actes accompagnent  les discours. Si véritablement, il peut poser les actes, c’est-à-dire d’abord, commencer par  la réconciliation des différents camps. Il faut vraiment une réelle réconciliation. Que ceux qui ont  les moyens comme Ajavon reviennent aider le football béninois. Car, vous ne pouvez pas demander à un joueur malade et affamé, de donner le meilleur de lui-même. Un joueur qui n’a pas les fondamentaux techniques et tactiques ne peut pas répondre. Cela suppose qu’il nous faut des moyens.

Interventions des ministres et dirigeants pour imposer des joueurs
C’est l’une de mes luttes avec Anjorin, à l’époque, lui qui voulait donner la part belle  aux joueurs de Soleil FC. Vous vous rappelez qu’il y a un certain Sévi AMOUSSOU et bien d’autres. Je crois que Edmé Codjo va vous confirmer ce que je vous dis parce que moi je ne m’amuse pas avec ma personnalité quand il s’agit du travail.

Les moments de joie  de Wabi Gomez
J’en ai connu. Je peux dire qu’on ne cesse jamais d’apprendre. Le fait de partir du Bénin et de l’Afrique a été un grand atout pour moi. Peut-être que si j’étais resté en Afrique, on ne m’aurait pas connu. J’ai fait tout ce que je pouvais faire en son temps avec Kouyami. J’ai déjà commencé par jouer une coupe d’Afrique avec les Abel Quenum, Coffi Hounnou à l’époque. On avait à l’époque un russe par rapport à la coopération et j’étais son adjoint. Donc, j’ai accompagné les Ahamada, Zohoungbogbo, paix à leurs âmes. C’était les joueurs avec lesquels nous étions partis à Abidjan avec fierté. Ma deuxième fierté était qu’il n’y avait pas de Nigérians et autres nationalités dans l’équipe nationale, si bien que lorsqu’on parlait le patois, le joueur comprenait vite. Aujourd’hui, c’est devenu du mercantilisme.  On a ouvert la voie à tout venant.
Le plus grand choc de Wabi Gomez
Aujourd’hui, je suis confus avec le regret d’être revenu au pays.  J’ai trop de regrets. J’ai fait 13 ans en Côte-d’Ivoire avec  le respect qu’on doit à quelqu’un qui travaille, quelqu’un en qui on reconnait un certain talent.  Vous ne pouvez pas aller au Gabon aujourd’hui et appeler le nom de Wabi Gomez sans qu’on ne vous demande où il est. Lorsqu’on voyait seulement à la télévision Bonaventure Koffi Codjia, l’arbitre international béninois, les Gabonais intelligents qu’ils sont, me disaient avec tout ce que tu fais ici, arrivé au pays et associé à celui là, votre pays le Bénin ira très loin. J’ai même pris le pari avec eux comme quoi, si je rentre vraiment, je ferai qualifier le Bénin pour une grande compétition avant de boucler 5 ans au Bénin. Dieu étant de mon côté, en 2 ans, j’ai qualifié le Bénin pour la Can. C’était en 2007. Mais malheureusement, au lieu de m’accompagner, on n’a fait que me détruire jusqu’au point de rendre celle qui m’a accompagné partout, aujourd’hui, invalide.

Cette expérience, la referiez-vous si c’était à refaire ?
Il n’y a pas de gris-gris pour changer les choses.
Parlez-nous de votre passage au Togo.
C’est un peu malgré moi que je suis allé au Togo parce que le président Améyi était tellement fâché de savoir qu’un entraineur africain a pu qualifier son pays pour la Can et qu’on l’a maltraité comme on me l’a fait. C’est ainsi qu’il m’a tendu la main en me donnant sa carte de visite. Par la suite, il y avait la première compétition des locaux à Abidjan, le CHAN. Il y est allé avec Stephen Keshi. C’est là qu’il s’est plaint qu’il voulait quelqu’un qui allait l’aider à relever le niveau de son club qui occupait la 12ème place dans le championnat au Togo. Alors Keshi lui a dit qu’il y a le vieux Wabi qui est là. C’est ainsi, qu’il a pris contact avec moi. J’ai effectué ce voyage sur Lomé avec un jeune transitaire du nom de Waïdi. Au Togo, les gens s’attendaient à un Blanc. Le secrétaire général du club était venu avec une ardoise me chercher à l’hôtel Ibis. Même placé devant moi, il continuait de me chercher. Et c’est là que Waïdi lui a lancé que celui qu’il veut voir est devant lui. C’est là qu’il nous a confié que pour eux, Gomez, c’est un nom de Blanc et vraiment il s’attendait à rencontrer un Blanc. Après cette rencontre, nous sommes allés à 120 km de Lomé, à Kpalimè où j’ai pris l’équipe. Cette saison là, le club est remonté au classement et on est devenu premier, champion du Togo sous l’ère Rock Gnassingbé. Malheureusement, il y a eu un problème d’un joueur mal utilisé et nous n’avons pas pu jouer la coupe d’afrique ou la ligue des champions.

A quoi est due votre forme athlétique ?
Si vous voyiez mes photos, j’étais plus en forme. Mais maintenant, avec tout ce que j’ai vécu, la méchanceté des hommes, surtout avec une femme qu’on a rendue invalide, je le suis moins. Et dans cette situation, vous vous demandez quel crime vous avez commis en voulant aider votre pays ? Parce que là, on m’a laissé dans une douleur. Or, un entraineur joue avec la mobilité.

Pour corriger tout cela
Non, non, non. Je pense que tous les métiers ont leur risque. Je prends votre exemple. Il y a des moments où vous êtes sur la droite ligne mais pourtant on vous menace. Ce n’est pas pour autant que vous démissionnez. Moi, je suis prêt là où je suis, si tant est qu’on m’appelle pour encore aider le pays. Mais ce que je demande, pour cicatriser un peu la plaie, c’est le cas de mon épouse puisque cela m’a énormément appauvri. Aussi, il faut bien que je parvienne à échanger avec le monde extérieur. C’est ce que j’ai commencé par faire déjà.
Est-ce qu’un coach est forcément un bon numéro 10 ?
Ça, c’est une vraie question
J’ai vu Mourinho qui a des problèmes à jongler
Non, non. Ce n’est pas le fait qu’il jongle mal qui soit important. Vous comprenez, c’est le message qui est important. Le message que vous passez à vos joueurs pourvu qu’ils soient réceptifs et qu’ils adhèrent à ce que vous leur demandez. Qu’ils le fassent de bon cœur, vous réussissez toujours. Ici au Bénin je le dis et le répète, nous avons de la matière. Lorsque je suis sorti, j’ai suivi la finale du tournoi organisé par l’honorable ATAO la fois dernière à Akpakpa, il y a quelques individualités que j’ai vues et qui ont des qualités qui sommeillent en eux. Maintenant, il faut quelqu’un pour les aider à les valoriser. Les mettre en confiance. Mais les autres, ils ont combien de pieds et combien de têtes ? On a des gens. Mais malheureusement, la politique qu’on faisait décourageait tout le monde. Et c’est une politique égocentrique que d’autres mènent. Ils n’en ont que pour leurs nombrils… mon ventre, mon ventre, mon ventre. Je ne peux terminer cet entretien sans féliciter le jeune Oumar Tchomogo qui vient de confirmer que nous avons des valeurs locales dignes de nom avec les deux bons résultats réalisés au Mali et à Porto-Novo. Merci à tous ceux qui ont cru en moi, qui m’ont soutenu et n’ont jamais cessé de croire en moi.

Un souhait pour finir
Que le président Ahounavoébla fasse tout pour que tous les acteurs, tous ceux là qui aiment le foot se retrouvent pour donner une autre dynamique à notre football. Les Béninois ne sont pas bêtes. Sincèrement et si l’on travaille bien à l’intérieur, ce n’est pas la peine de compter sur les joueurs professionnels. Il y a professionnel dans professionnel. Vous comprenez ce que je dis, lorsqu’un joueur joue en 4ème division ou en 6ème division en France, en Belgique, pour moi, ça c’est peut être l’organisation de là bas qui fait qu’on lui fait appel mais si nous nous organisons correctement ici, on a de la matière pour travailler sur place. Pour suivre au quotidien nos joueurs. La Côte d’Ivoire est arrivée à gagner la coupe d’Afrique grâce à une politique. A un moment donné, les joueurs ivoiriens sont devenus des salariés. Le président de la république a donné ordre au ministère que ceux qui ont été sélectionnés sur le plan local, passent à chaque fin du mois prendre 250.000 à 300.000F et ça a boosté, ça a permis à ces enfants de travailler. Vous avez les Loué RUFIN, finalement ça a payé. Si nous voulons prendre des professionnels, il faudrait que ce soit des professionnels de première division, de premier niveau. Et que nos entraineurs aussi bénéficient de formation. Il faut qu’on bénéficie de formation, qu’on ne reste pas figé sur les acquis, c’est-à-dire, le football tourne. Il faut aller à l’école chaque jour que Dieu fait. Et qu’il y ait une bonne compréhension, une belle harmonie entre les dirigeants qui sont là actuellement. Que chacun reste dans son couloir et joue correctement son rôle. Si nous pouvons faire comme ça, je pense que nous allons réussir.

Raoul Gléssougbé, administrateur gestionnaire, diplômé de troisième cycle en droit, cadre politique au siège de l’événement précis: «La révision est nécessaire ; elle n’équivaut pas au maintien au pouvoir de Boni Yayi en 2016 »

100_2302L’audience des personnalités du plateau d’Abomey à la Marina
Le chef de l’Etat, président de la république, le Docteur YAYI BONI, nous a fait l’honneur de nous recevoir. Mieux, il nous a fait le privilège de saisir l’occasion de notre présence pour ouvrir son cœur à son peuple, face à la polémique qui défraie la chronique. Vous savez mieux que moi, la région d’Abomey a toujours joué un rôle déterminant dans l’histoire politique de notre pays. Je voudrais saisir cette occasion, pour remercier tous les membres de cette délégation de cadres, d’Imams, de sages et de dignitaires de la région d’Abomey, qui ont effectué ce déplacement le vendredi 06 septembre 2013, qui sera une date gravée dans la mémoire du peuple béninois. Il faut souligner qu’il ne s’agit que d’une partie de toutes ces couches qui a été reçue par le Chef de l’Etat. Avec lui, il n’y avait pas que la question de la révision de la constitution qui a été abordée. L’état de la voie menant à Abomey faisait aussi partie des sujets débattus. Le premier volet de l’entretien était même la voie Akassato-Bohicon. Nous avons estimé que c’est un effort qui a été fait par le gouvernement pour boucler le financement de la construction de cette voie en ce temps de crise qui défie tout le monde entier, voire les puissances occidentales. C’est vrai, le gouvernement nous a dit qu’il reste que l’Assemblée nationale ratifie cet accord et que les riverains de la voie soient dédommagés afin que les travaux prennent corps. Mais, le bouclage du financement de la voie Akassato-Bohicon à lui seul, procure déjà un ouf de soulagement et d’espérance. Je pense que, pour avoir fait couler beaucoup d’encre et de salive, c’est nécessaire d’aller remercier le Chef de l’Etat pour l’effort fourni par le gouvernement dans le cadre du bouclage du financement de cette voie et l’encourager à poursuivre le processus. Donc, c’était la première partie de notre entretien avec le Chef de l’Etat. Le deuxième volet, naturellement, comme vous venez de le dire, c’est celui de la révision de la constitution. Ça aussi, c’est d’actualité. Et nous avons estimé qu’il fallait écouter le président de la république sur cette réforme et lui dire le soutien franc et sincère de la population du plateau d’Abomey, pour avoir eu le courage de s’y engager dès lors que la révision, selon lui, ne vise pas à le maintenir au pouvoir après son second mandat. Pour moi, c’est une reforme qui engage toute la république et à laquelle tout le monde doit pouvoir adhérer.

Opportunité de la révision
Je voudrais, dans un premier temps, dire que la constitution, elle-même, a prévu les modalités de sa révision aux articles 154 à 156 du titre XI. La révision de la constitution est donc une réforme prévue par la constitution elle-même. Prôner le contraire relève de l’anti constitutionnalité.
Dans un second temps, je dirai que c’est de la prérogative du président de la République concurremment avec les députés d’enclencher la réforme constitutionnelle. Le chef de l’Etat en envoyant un projet de décret portant révision de la constitution, est en phase avec la constitution elle même. Je m’étonne de constater, que certains disent qu’ils sont catégoriquement contre le principe de révision. De mon point de vue, on peut être contre les dispositions révisées, on peut être contre la procédure, c’est de bon droit. Mais dire ou défendre qu’on ne puisse pas réviser, relève d’une autre époque anti démocratique. Car, la constitution, elle-même, a prévu les modalités de sa révision.
La troisième chose que je voulais dire concerne ce sur quoi aucune révision de la constitution ne saurait porter. Il s’agit de l’intégrité du territoire, de la forme républicaine et de la laïcité de l’Etat. Pour autant que la réforme ne touche pas ces principes, elle est possible.
Cela dit, je pense que la tension sociale que cette réforme suscite, participe de la vitalité de notre démocratie. Dans un régime démocratique, on ne saurait faire l’unanimité autour d’une question aussi sensible. C’est pourquoi, il faudrait laisser les gens s’exprimer en attirant l’attention sur l’essentiel.

Qu’est-ce qu’il faut retenir d’essentiel dans ce débat?
Je pense que nous ne devons pas avoir la mémoire courte dans ce pays. Avoir la mémoire courte, c’est oublier qu’en 2001, à l’occasion de l’élection présidentielle, il aurait fallu de peu que notre pays bascule dans une situation de crise, suite au désistement de l’ancien président Nicéphore Soglo et du président Adrien Houngbédji au second tour. Il aura fallu le candidat Bruno Amoussou pour qu’on assiste au « match amical» du second tour. Nous ne devons pas avoir la mémoire courte par rapport au délai entre les deux tours de l’élection présidentielle dans notre pays. La constitution dispose que le second tour a eu lieu quinze jours après le premier. Ces quinze jours-là, sont pris, pour la plupart du temps, pour proclamer les résultats du premier tour, de sorte que, lorsqu’on donne les résultats du premier tour, les candidats qui vont au second tour n’ont même pas 24 heures pour battre campagne. Nous ne devons pas avoir la mémoire courte que tout le monde reproche à notre Assemblée nationale de ne pas avoir dans sa mission de contrôle, un pouvoir répressif, en dehors des recommandations qui sont rangées. Ce pouvoir ne sera pas possible sans la reforme de notre constitution. Nous ne devons pas avoir la mémoire courte que la limitation de l’âge de l’article 44 est une disposition conjoncturelle contre le trio MAGA, ZINSOU et AHOMADEGBE qui était dénoncée par ceux qui en étaient victimes à l’époque. Aujourd’hui elle est caduque. Je trouve, par ailleurs, hypocrite le serment présidentiel. Vous vous rappelez, en 1996, le président KEREKOU avait omis les «mânes de nos ancêtres» parce que cela est contre sa conviction religieuse. Moi, je pense qu’il faut laisser le président élu faire son serment suivant sa foi religieuse. S’il est chrétien, il le fera devant Dieu, s’il est musulman, il le fera devant le coran, s’il est animiste, il le fera devant les mânes ou le vodoun. Le peuple l’aurait élu en connaissance de cause.
Voyez-vous, je pense qu’au-delà des arguments de la CENA et de la Cour des comptes qu’il faut constitutionnaliser, de l’imprescriptibilité des crimes économiques, Il y a bien d’autres choses sur lesquelles notre peuple a fait beaucoup d’expériences, qui du reste pouvaient conduire à des situations d’insurrection, si nous n’avions pas des leaders politiques épris de paix. Il aurait fallu moins ailleurs pour que les pays basculent dans la guerre civile. Souhaitons qu’on n’en arrive pas là. Donc, c’est nécessaire, au-delà de tout ce qu’on peut penser, de réviser notre constitution pour voir dans quelle mesure corriger ces insuffisances pour faire avancer davantage notre démocratie. La crainte de la plupart des acteurs politiques de notre pays, c’est que le président veut réviser pour rester au pouvoir.
Et pour moi, c’est un doute qui doit être dissipé d’autant plus que, le président de la République n’a de cesse de dire, à chaque occasion qui lui est offerte, qu’il ne fera pas une seconde de plus à la fin de son mandat. Il ne peut en être d’ailleurs autrement, dans la mesure où la constitution en son article 42 alinéa 2, dispose «En aucun cas, nul ne peut faire plus de deux mandats présidentiels».
C’est pourquoi, je souhaite vivement qu’un élan consensuel se dégage à l’issue de la large consultation des différentes composantes de notre pays sur cette réforme. Car, en définitive, nous souhaitons tous, pour notre pays, une démocratie apaisée et prospère.

Pourquoi autant d’affiches de Boni Yayi dans les rues de Cotonou ?
Moi, je ne constate pas des affiches dans les autres villes, pour qu’on dise qu’il est en campagne permanente.
C’est l’interprétation que vous faites de la visibilité que le chef de l’Etat donne à ses actions dans le pays. Moi, j’en fais une autre interprétation. A travers ces actions de communication, le chef de l’Etat en appelle à la prise de conscience de son peuple. Il donne l’exemple par le haut, dans la lutte contre la corruption, pour le travail bien fait, dans la bonne gouvernance, dans l’obligation de compte rendu, dans son devoir d’information au peuple sur les actions menées et personnalités accueillies et j’en passe… C’est tout un symbole.
Ce n’est donc pas une interprétation de propagande électoraliste. Et j’ai dit, lorsque j’étais invité sur l’émission « La version originale » de la chaîne de télévision carrefour, que la politique est une succession de luttes sans fin. Cela veut dire que la révision de la constitution n’est qu’une lutte parmi tant d’autres. Les batailles ne seront pas rangées au lendemain de la réforme constitutionnelle.
Pour moi, la révision de la constitution n’équivaut pas au maintien au pouvoir du président YAYI BONI en 2016.
 
Abdoulaye Wade avait dit la même chose
La situation de Wade n’est pas la même que celle de Boni Yayi. Moi, je crois que le chef de l’Etat, pour l’avoir dit à plusieurs occasions, on peut lui faire confiance. Nous ne pouvons pas faire fonctionner le pays sur une crise de confiance entre le chef et son peuple.

La question de la nouvelle république
Je crois qu’il y a quelque chose que nous devons retenir : le mécanisme pour tomber dans une nouvelle république n’est pas aussi automatique que les gens le pensent. Pour donner un exemple, sous l’ancien président français, Jacques Chirac, on est passé du septennat au quinquennat. Mais la France n’a pas, pour autant changé de république. Rêvons aussi d’être une grande démocratie. Si vous lisez les dispositions de notre constitution, il y en a une, l’article 42 a2 que j’ai supra cité, qui stipule « en aucun cas, nul ne peut faire plus de deux mandats présidentiels », et si vous commentez ce groupe de mots « en aucun cas », vous pourriez vous rendre compte que l’inquiétude des uns et des autres se trouve dissipée. Ça veut dire tout simplement que, quel que soit le cas de figure, nul ne peut faire plus de deux mandats à la tête du pays.

La crise de confiance actuelle dans le pays
Ce qui explique la crise de confiance actuelle est politique. Les sujets d’actualité politique animent la vie politique. C’est pourquoi je disais tout à l’heure que cela participe de la vitalité de notre démocratie. Notre peuple est éminemment politique. C’est ce qui justifie que les questions d’actualité politique sont mobilisatrices de l’opinion nationale et passionnante. Et c’est l’interprétation que je fais de tout ce qui se passe.

Pourquoi Yayi persiste malgré tout ?
Je ne sais pas quel baromètre vous avez pour savoir que les voix qui s’élèvent contre la révision sont celles de la majorité des Béninois. Moi, je n’ai pas encore de baromètre. Le peuple, pour moi, c’est l’assemblée nationale. Le peuple, pour moi, c’est le référendum. Ce sont les deux voies par lesquelles le peuple s’exprime dans notre pays au regard de la constitution. Les représentants du peuple sont au parlement. Lorsque ces derniers diront leur mot par vote majoritaire, je dirai que le peuple s’est exprimé. Ou alors, lorsque le peuple ira au référendum pour se prononcer, on dira qu’il s’est exprimé. Mais pour l’instant, ce sont des éléments du peuple qui s’expriment et il n’y a pas de baromètre pour dire que c’est la voix majoritaire du peuple qui s’exprime pour ou contre la révision.

La voie référendaire, prépare-t-elle le K.O ?
Vous ironisez là ! Soyons sérieux. Mon souhait pour cette question n’est pas forcément d’aller au référendum parce qu’il faut faire d’économie à notre pays en ces temps de crise. C’est pourquoi, il est fortement recommandé, que tous les courants s’accordent de façon consensuelle, afin que l’Assemblée nationale vide cette question par son vote des 4/5 et là, on se passerait du référendum. Je suis confiant, qu’on peut réitérer l’expérience consensuelle qui a prévalu en 1990 en faveur de la présente constitution.

L’appel de la Cour constitutionnelle au consensus autour du projet de révision
Je crois que c’est une question très pertinente. La Cour constitutionnelle, à travers l’une de ses décisions, a érigé le consensus en principe à valeur constitutionnelle même si elle n’a été mentionnée nulle part dans la constitution. Cela étant, je crois que le chef de l’Etat lui-même en est conscient au point où, à l’occasion de l’audience qu’il a bien voulu nous accorder, il disait qu’après avoir retenu le principe, il y aura une phase de popularisation de la réforme ; une phase au cours de laquelle, tout le monde va se l’approprier. Et que, si au cours de cette phase, on ne s’accordait toujours pas, qu’on rangerait cette affaire. Pour ce que je constate, le chef de l’Etat est aussi attaché à la large consultation, l’implication de tous. C’est pour cela qu’il a dit que dès lors que le projet de loi est envoyé au parlement, il revient à la représentation nationale de définir les conditions par lesquelles cette large consultation va se faire. Que ce soient les religieux, les universitaires, la presse, bref, tous ceux qui peuvent l’améliorer, doivent se mettre ensemble. Car, en définitive, une partie du peuple ne peut pas réviser la constitution contre l’autre partie.

Pourquoi attendue 07 ans d’exercice du pouvoir pour entreprendre la procédure
Je vois deux questions dans votre intervention. La première, c’est pourquoi attendre sept ans avant de commencer par parler de la révision. Je crois bien que c’est en 2008 que le chef de l’Etat a commencé par parler de cette question. Pas avec le même engouement. Certainement oui. Mais, il a posé au moins l’acte qui signifie que ce n’est pas après sept ans qu’il a commencé par parler de la révision de la constitution. Il l’a déjà fait en 2008 et ça veut dire que bien qu’il était dans son premier mandat et qu’il devait penser à 2011 pour sa réélection, il avait pensé à la relecture de cette loi. Deuxième chose, est-ce qu’il a mis quelque chose pour s’interdire de se maintenir au pouvoir en 2016 ? On n’en a pas besoin parce que l’article 42 alinéa 2, que j’avais supra cité a réglé cette question : « En aucun cas, nul ne peut exercer plus de deux mandats».

Boni Yayi prêt à partir en 2016 ?
Sincèrement, moi j’ai constaté ce jour-là qu’il a laissé parler son cœur de sorte que le moindre doute a été dissipé. Moi, j’ai été convaincu et tous ceux qui étaient là ont été convaincus. Mieux, même ceux qui ont suivi son intervention à la télé, pour la plupart, ont été rassurés par ses propos.

Les marches de soutien
Chaque courant utilise les moyens à sa disposition pour défendre sa cause. Ainsi va la politique. Mais, pour ma part, le débat doit se faire à deux niveaux. Il est d’abord technique avant d’être politique. Les deux ne doivent pas être confondus. Cela étant, il faut respecter l’opinion de chaque groupe ou de chaque courant qui s’exprime. Toutefois, il importe d’éviter les achoppements physiques de la rue au risque d’amener des troubles à l’ordre public. Je préfère encore plus les violences verbales auxquelles notre peuple est habitué aux violences physiques.

Construction de la route Akassato-Bohicon, lancés en 2010
Au lancement des travaux en 2010, c’était un lot de la voie Akassato-Bohicon et non toute la voie. On avait bouclé le financement du lot Akassato-Misséssinto,. C’était le premier pas. Le second pas, c’était Misséssinto-Allada et le troisième lot va être Allada-Bohicon. Ça veut dire que le gouvernement a fait l’option d’aller pas à pas, en fonction des crédits mobilisés. Certes, vous avez peut être raison de dire que la voie ne serait pas achevée avant la fin du mandat de Boni Yayi. Mais, l’essentiel est de commencer et ce n’est pas évident qu’on termine en trois ans. L’administration étant une continuité, les travaux ne vont pas être interrompus à la fin du mandat de l’actuel président. Je souhaite que la représentation nationale ratifie assez vite cet accord, pour que les travaux Akassato – Bohicon prennent corps. L’autre problème est que les riverains doivent être dédommagés pour libérer les emprises afin que les travaux commencent. A ce sujet, il est vivement recommandé, qu’ils ne mettent pas la barre de leur dédommagement très haut au risque de retarder les travaux. Mais, c’est déjà une satisfaction sociale de savoir que le financement de cette voie est bouclé et que les travaux vont devoir démarrer..

Lépi et prolongement du mandat des maires
On ne peut pas dire que le mandat des maires est dans l’illégalité parce que l’Assemblée nationale a voté une loi de prorogation de leur mandat. Et la Cour constitutionnelle l’a jugée conforme à la constitution. Donc, la prolongation du mandat des maires est légale parce qu’ils sont des autorités légitimées par une loi prorogative du parlement. Toutefois, je suis d’accord avec vous qu’il faut corriger la Lépi et je crois savoir que le processus a commencé. Il faut déjà s’en féliciter et souhaiter qu’il aille plus vite.

N’y a-t-il plus d’engouement à réviser la Constitution que la correction de la Lépi ?
Je suis d’avis contraire. Moi, j’observe plus d’engouement dans la correction de la Lépi que la révision de la constitution d’autant plus que l’organe chargé de la correction est mis en place et le processus est engagé. Les deux réformes n’obéissent d’ailleurs pas à la même procédure.

L’autonomie de la Cour des comptes
Le gouvernement, à lui seul, ne saurait prétendre avoir la science infuse. C’est un projet que le gouvernement a fait qui ne prend certainement pas en compte toutes les questions liées à cette réforme constitutionnelle. Il ne faut pas laisser croire que ce que le gouvernement a fait, est déjà bon ou relève du béton coulé sur lequel, on ne peut plus revenir. Je ne pense pas. Le gouvernement a fait son projet. Les préoccupations qui sont les siennes, le gouvernement les a émises. La large consultation va nous révéler les ajustements nécessaires à faire dans l’intérêt général de notre peuple, comme ce fut le cas en 1990. Et mieux, au niveau du parlement, la commission des lois va faire un travail, à ce niveau, pour voir ce qu’il faut intégrer, ce qu’il faut retrancher. Donc, rien n’est coulé dans le béton de mon point de vue. Il faut laisser les gens s’exprimer, chaque institution dira ce qu’elle pense. Et enfin, on aura quelque chose de digeste qui sera accepté de tout le monde. C’est sur cela que le peuple va se prononcer.

Le mouvement « Force Citoyenne Gbédokpo » dans les prochaines élections communales
Le mouvement « Force Citoyenne Gbédokpo » avec d’autres composantes politiques de la région d’Abomey discute pour bien négocier ce virage électoral. En politique, rien n’est figé, c’est une dynamique.
Pour ma part, je pense que les élections communales sont moins politisées. Car, il s’agit d’élire ceux qui auront à gérer les questions de développement local. Ces élections sont différentes des législatives qui, du reste, sont éminemment politisées. Les partis politiques, les alliances de partis et les groupes indépendants, doivent savoir détecter les meilleurs profils à positionner pour faire face aux défis de développement local.

Il y a combien de rois à Abomey ?
Il y a un seul roi à Abomey, c’est le roi de Danxomey, DEDJANLAGNI AGOLI AGBO que je salue avec déférence.

Et s’il vous était donné de conclure ?
Je vais vous remercier pour m’avoir accordé ce privilège. Ce grand honneur pour m’entretenir avec vous. Et j’espère, dans la mesure du possible, avoir apporté les éléments de réponses à vos questions. Je voudrais vous réitérer mes encouragements pour tout ce que vous faites et prier Dieu pour qu’il vous aide à aller plus loin, davantage plus loin afin que chacun de vous, à travers cette profession, puisse quand même être heureux parce qu’il ne faut pas seulement travailler, mais il faut être heureux à travers son travail. Donc, je vous le souhaite vivement et que Dieu vous garde. Je souhaite vivement que mon cher pays le Bénin retrouve sa prospérité à travers le travail de chacun, où qu’il se retrouve. Nous devons cesser d’être un pays en campagne politique permanente. Il y a une période pour les élections et le reste du temps doit être consacré au développement du pays et au bien-être de nos compatriotes. Cette tache incombe à tout le monde en dépit de nos opinions politiques divergentes. C’est pourquoi, je souhaite que le président de la République, le Docteur YAYI BONI, bénéficie du soutien et de la confiance de tous dans la mise en œuvre de sa vision du développement, que ce soit dans les réformes institutionnelles, agricoles, portuaires, routières, industrielles et que sais-je encore. Car, en définitive, celui qui sera élu en 2016, prendra le Bénin là où le président YAYI BONI l’aura laissé dans ses actifs et passifs.