Tag: Edito du 6 mars 2017

Edito: Le problème des femmes

Les femmes veulent-elles réellement conquérir les postes politiques ? Il faudra désormais poser cette question au regard de la proposition faite par maitre Adrien Houngbédji, président de l’Assemblée à l’ouverture jeudi du séminaire parlementaire ayant justement porté sur la problématique de la représentation des femmes au parlement.
Les chiffres avancés par le président de l’Assemblée nationale parlent d’eux-mêmes. Le parlement béninois n’a que 7 femmes sur 83 députés, soit une représentativité de 8,4%. C’est l’un des taux les plus faibles au monde, lorsque l’on constate que le Bénin est seulement 172ème sur 193 pays classés selon la représentativité des femmes au sein des parlements. Autour de nous, presque tous les pays nous dépassent dans ce classement, y compris le Niger pays fortement islamisé et qui pourtant a un taux de 14,61% de représentativité des femmes au sein de son parlement. Pourquoi une telle résistance de la part des Béninois ?
Il y a d’abord à voir du côté de la dureté de la vie politique béninoise. Dureté ? Pas tout à fait, mais monétarisation, commercialisation, mercantilisme. Il faut vraiment avoir une situation économique confortable pour faire la politique au Bénin. Parce que les citoyens ordinaires ne croient plus aux acteurs politiques, parce qu’ils ont vendu leur patriotisme au diable. Dans ces conditions, le nombre de femmes prêtes à distribuer à tout venant leur argent difficilement gagné, n’est pas important. Celles qui le font comme Claudine Prudencio ou Elisabeth Agbossaga, sont généralement épaulées par de riches conjoints prêts à mettre les moyens pour assurer leur ascension politique. Combien sont-ils, ces hommes volontaires et capables de mettre leur fortune à la disposition de leur épouse, de leur sœur ou de leur amie ? On voit bien qu’ils sont plutôt rares.
Ceci est d’autant plus difficile que les pesanteurs sociologiques ne sont guère favorables aux femmes. Nous traînons encore d’innombrables clichés misogynes qui disent à suffisance que nos normes traditionnelles confèrent à la gent féminine une place de mère, d’épouse, de femme au foyer, mais pas de responsable politique appelée à prendre des décisions engageant la communauté. Oui, nous avons deux femmes sur les 77 maires, trois ministres sur 21. Mais leur nombre est si infime que tout esprit avisé en conclurait qu’il s’agit d’un problème culturel lié au refus viscéral des hommes de se faire diriger par des femmes.
Mais alors, si tel est le cas, qu’est-ce qui explique qu’un pays comme le Niger nous devance sur ce sujet ? A vrai dire, l’engagement réel des femmes pour la politique reste à démontrer. En raison des pesanteurs sociologiques bien ancrées et des difficultés financières déjà mentionnées, il y a surtout que la majorité des femmes ne veulent pas de l’ascension politique des femmes. Elles sont les plus nombreuses à barrer la route à Marie-Elise Gbèdo ou Célestine Zanou. Dans les partis et mouvements politiques, il n’y a pas plus virulent qu’une femme lorsqu’elle doit s’attaquer à une autre femme. Jalousie, envie, méchanceté, pesanteurs sociologiques ? C’est encore un grand débat.
Ce qui est clair, la proposition de maitre Houngbédji tente de corriger une injustice qui marginalise la femme béninoise. Il souhaite que le nombre de députés soit désormais de 107 et propose d’accorder d’office 24 sièges aux femmes. Problème : par quel mécanisme va-t-on obliger les partis politiques à positionner des femmes lors des joutes électorales ? Il s’agit de les mettre en tête de lice et non dans les profondeurs des listes de candidatures. Emprunter la voie législative, dans ces conditions, devrait se heurter à un autre problème : il y a peu de femmes à des postes de responsabilité dans l’appareil administratif de notre pays. Toute discrimination positive dans les règles de promotion, pourrait entraîner une vague de protestations dans le pays, notamment au sein des syndicalistes. Dans tous les cas, ces avancées législatives ou réglementaires ne seront efficaces que dans la mesure où elles sont portées par une forte sensibilisation accompagnée de sanctions sérieuses contre tout parti réfractaire.
Ne nous leurrons donc pas. En raison de la complexité de la situation, nous gagnerions à élever la combativité des femmes dès maintenant afin que les hommes eux-mêmes prennent au sérieux les dispositions de la loi prévue.

Par Olivier ALLOCHEME