Edito: On se méprend sur le FMI

On se croirait encore dans les années 1990. Les  réactions au sujet du concours de 150,4 millions de  dollar apporté par le Fonds Monétaire International (FMI) ont montré l’inculture financière de l’élite béninoise. Qui vous a même dit que le FMI développe un pays ?
Déjà mercredi, une bonne flopée de journaux avaient donné le ton : le FMI aurait refusé son appui budgétaire au Bénin. Les analyses étaient allées dans tous les sens, pour montrer le discrédit qui frappe le régime Talon, discrédit qui aurait incité l’institution à refuser son financement au pays. « Le FMI et la BAD refusent de délivrer la lettre de confort au gouvernement », telle est la manchette de l’un des canards, ce mercredi. Et un autre d’y aller de la même rengaine : « La mission FMI-BAD découvre un Bénin déréglé ». Je vous fais grâce des platitudes déversées le lendemain, quand l’intoxication a tourné court. Pour ces confrères, la désapprobation du FMI constitue la certitude même de la mauvaise gouvernance du régime Talon. C’est d’abord une vision rétrograde. Les institutions financières internationales, depuis la débâcle des programmes d’ajustement structurel (PAS), ont cessé d’être des donneuses de leçons. Elles ne prétendent plus aujourd’hui régenter l’économie dans les Etats, mais seulement redresser les pays en crise.
Redressement. Voilà le mot clé. On ne verra jamais le FMI en France, sauf si le pays plonge dans une grave crise financière. Ce fut le cas en Grèce où il a fallu une mobilisation mondiale pour résorber la crise abyssale créée par les mensonges institutionnalisés qui ont failli  précipiter le pays dans la banqueroute en 2010. Aujourd’hui encore, il faut compter la Grèce, l’Ireland, Chypre ou encore le Portugal parmi les pays sous-développés. Ils ont été forcés à admettre de rudes politiques d’austérité afin d’équilibrer leurs balances des paiements. Pour utiliser un langage trivial, le FMI est l’hôpital des pays en crise.  Ses conditionnalités servent à remettre sur les rails les finances publiques qu’on a conduites à l’abattoir, notamment à réduire le déficit budgétaire, assurer l’équilibre macro-économique, assainir la gouvernance fiscale et surtout assurer le service de la dette. Pour y parvenir, le FMI (qui n’est pas la Banque Mondiale) édicte généralement des politiques d’austérité, à travers des coupes budgétaires et des apports financiers aux conditionnalités rigoureuses destinées à sauver les pays concernés.
Bien entendu, à force de jouer le rôle de sapeur-pompier, il intervient également à titre préventif. D’où son rôle de surveillance du cadre macro-économique des Etats, mais généralement à titre consultatif et non impératif. Les recommandations du FMI n’ont de valeur qu’en tant qu’elles sont acceptées et validées par les Etats eux-mêmes. Dès lors, elles deviennent des politiques publiques souveraines.
On aura donc compris pourquoi, pas plus tard que la semaine dernière, le Nigeria a refusé un prêt du FMI, malgré la dépression qui frappe ce pays. La ministre nigériane des finances, Kèmi Adeosun disait justement à cet effet,  que le Nigéria n’avait pas besoin de recourir au FMI pour combler son déficit budgétaire. « Nous considérons le FMI comme une solution de dernier recours, notamment en cas de difficultés avec les balances de paiements. Et le Nigéria n’en a pas. Ce que nous avons maintenant, c’est plus un problème fiscal.», a-t-elle affirmé, mardi dernier seulement. Et  de poursuivre : «Nous mettons en place autant de réformes que ce que le FMI nous aurait imposé dans le cadre d’un financement. Les Nigérians veulent être responsables de leur propre futur. Nous voulons concevoir notre plan de réformes par nous-mêmes.»
Ceux qui ont bien compris le communiqué du FMI publié ce mercredi 22 février 2017, à la suite de la conférence de presse organisée à la Marina, ont bien vu que les 150 millions de dollar du FMI serviront à mettre en place une croissance économique inclusive, à améliorer le climat des affaires, l’administration des impôts et des douanes,  la gestion de la dette  et  le développement du secteur privé.  Le Bénin s’est ainsi engagé à élargir l’assiette fiscale en vue de porter le ratio des ressources propres sur le PIB de 14,7% en 2016 à 17,4% en 2019.
Vous n’avez rien remarqué ? Le FMI n’intervient pas directement dans les secteurs productifs, ceux qui assurent le vrai développement des Etats, ceux qui amènent des devises. C’est là précisément que le PAG réussira : à transformer l’économie béninoise, d’une économie de service en  une économie de production.

Par Olivier ALLOCHEME

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