Edito: L’impossible unité

logo journalLa mouvance présidentielle veut faire comme toutes les autres mouvances avant elle : elle veut créer un regroupement.
Sur le diagnostic, rien à dire. Trop de partis politiques dans ce petit Bénin de dix millions d’habitants. A côté de nous, le Nigeria, même avec 193,3 millions d’habitants, n’a que deux partis majeurs, l’APC au pouvoir et le PDP. C’est pour surmonter le ridicule qui s’empare de l’arène politique nationale, mais aussi pour structurer toute cette masse foisonnante et anarchique de partis et mouvements,  que tous les régimes ont senti la nécessité du rassemblement. On a eu droit à l’UBF sous Mathieu Kérékou, les FCBE sous Boni Yayi et son pendant l’UN,  et nous attendons un autre grand ensemble pour les prochains mois.
C’est du moins ce qu’annoncent Orden Alladatin et les pontes d’Alternative Citoyenne qui se préparent pour le grand rassemblement. Avec l’entrée en scène de Bruno Amoussou agissant pour le compte de l’UN, ainsi que d’autres députés et personnalités du régime, nous sommes désormais convaincu que la fièvre unitaire est en marche. Et pourtant, il faut ouvrir les yeux pour voir que toute cette agitation n’ira pas bien loin.
Rappelez-vous de l’Union pour le Bénin du Futur (UBF). Au moment où Mathieu Kérékou quittait le pouvoir, elle semblait plus forte que jamais. Mais l’avènement de Boni Yayi aura suffi à balayer ce rassemblement. Et il y eut les FCBE. Le sort de ce regroupement se dessine devant nos yeux. Comme au bon vieux temps, il se vide progressivement, avant même que ne naisse le parti présidentiel. La défection récente du CPP qui s’en est éloigné, comme naguère le MEsB de François Abiola, n’est que la manifestation de la fragilisation du groupe. Mais ce ne fut que le dernier événement en date d’une longue liste d’actes de défiance vis-à-vis de Boni Yayi lui-même. Les députés FCBE n’ont attendu personne pour se ranger subrepticement  sous l’ombre du pouvoir. Benoit Dègla le disait, de sa voix la plus douce : « On ne peut pas être pauvre et faire l’opposition ».
C’est donc au nom de cet opportunisme affiché et même assumé que la RB, le PRD et les FCBE n’ont jamais pu lancer l’idée, même lointaine, d’un parti unitaire, ne serait-ce que pour donner le change à Patrice Talon. C’est que depuis quelques années, la politique  est reléguée au rang de business par la classe politique et même les citoyens ordinaires. Les intérêts individuels, énormes et divergents, s’entrechoquent pour créer au sein des partis des luttes féroces. Mais la soif de gain personnel, est le premier facteur déstabilisateur  de tous les regroupements connus jusqu’ici. Et pour arracher ce gain personnel, rien n’est trop stupide, aucune alliance n’est trop mauvaise : pourvu que les chefs du parti en aient pour leur compte.
Qui se rappelle ces mots sulfureux lancés à la cantonade  par Adrien Houngbédji aux femmes de son parti venues se plaindre de la situation socio-économique sous le Chef de l’Etat ? Il leur a craché les crues vérités de la politique béninoise, en rappelant les chansons de 2016 louant l’actuel chef de l’Etat au détriment de son challenger Lionel Zinsou. A vrai dire, il pouvait tout aussi bien leur rappeler toutes les fois où elles  ont été payées pour assister à un meeting, aller voter, toutes les fois où le parti en lui-même était devenu une vache à traire par les pseudo-militants.
Dans un pays d’analphabétisme et de pauvreté comme le Bénin,  la conscience politique s’est évaporée, remplacée par l’idéologie des intérêts. On peut entrer dans un parti, en sortir à volonté, entrer dans un autre, n’avoir jamais été militant mais aller aux élections avec le logo et les attributs du parti, etc. Comment voulez-vous que des  organisations au fonctionnement aussi dérégulé, sans foi ni loi, se mettent ensemble ?
Non, soyons réaliste :  le prochain regroupement des partis n’ira pas loin. Il se heurtera à la sociologie du gain devenue grille de lecture principale des comportements politiques au Bénin.  Sa mort après  2021 est presque assurée. On donnera le contre-exemple des FCBE restées après tout dans l’arène, même après la débâcle de 2016. Mais ici, personne n’est dupe. Les FCBE n’ont survécu qu’avec l’apport de Boni Yayi qui compte bien utiliser ses anciens satellites pour assurer ses arrières d’après-pouvoir.
Dans ces conditions, il faut une féroce volonté politique inscrite dans le prochain projet de révision de la constitution pour que les partis s’obligent à fusionner.

Par Olivier ALLOCHEME

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