Editorial: Les combats de Roger

le Nouveau ministre Roger GBEGNONVIRoger Gbégnonvi, le tout nouveau et bruyant ministre de l’al phabétisation  a deux gros pains sur la planche. Il lui faut  d’abord convaincre ses anciens copains de la société civile qu’il ne les a pas trahis en se faisant adouber dans le gouvernement. Il doit ensuite convaincre le Chef de l’Etat qu’il est bien  capable de s’élever  au-dessus de ses chroniques enflammées.  Comme s’il mesurait l’acuité de ces deux défis plantés comme  des épines dans son portefeuille , le nouveau ministre s’est lancé, tout muscle dehors,  dans les deux combats à la fois.

Le voilà donc la semaine dernière qui répond à ses anciens collègues de la société civile sur la nécessité de son ascension en tant qu’intellectuel engagé et surtout sur le sens de sa nomination intervenue avant tout pour répondre à une nécessité. Sous ce rapport, nous avons affaire à un homme qui n’a rien perdu de sa verve proverbiale, allant jusqu’à promettre de dire ses quatre vérités au Chef de l’Etat si besoin en était. C’est déjà un premier courage, tout à fait verbal, mais un courage quand même dans un contexte de sacralisation du Chef.

Mais il lui sera difficile de convaincre certains  » durs  » comme Me Hounkanrin pour qui l’intellectuel doit rester en dehors des arènes et demeurer ici comme ailleurs la voix des sans-voix, objecteur des consciences et redresseur des torts. C’est un beau rôle que ce magistère de la parole qui s’arrange pour ne pas se mouiller au combat. Qui se gargarise de mots sans jamais faire face aux maux. Mais en réalité ce rôle est trop beau pour être celui de la société dite civile. Car s’il est donné à tous de jouer le rôle de pourfendeur des autres, il n’est pas acceptable que la société civile celle qui sait ou devrait savoir de quoi elle parle pour avoir sans doute mesuré les difficultés du terrain, il ne lui est donc pas permis de se payer uniquement de mots. Elle doit mouiller le maillot ne serait-ce que pour tester la fiabilité de ses options et de ses utopies. Car précisément une société civile ne peut être crédible sans des personnalités qui ont mesuré  les dures réalités de l’action.

Il faut donc laisser Roger Gbégnonvi frotter ses théories si enchantées aux lois du terrain. Il aura le bénéfice de nous démontrer quelle abîme il y a de la coupe aux lèvres, de la parole incantatoire de ses chroniques et déclarations tapageuses à ses errements sur le terrain.
      Sur ce fameux terrain, il affronte déjà son deuxième défi : faire accepter l’alphabétisation et le choix des quatre langues devant être enseignées au collège comme des obligations. En réalité, le premier point passe comme une lettre à la poste. Mais le second polarise déjà toutes les polémiques. Sur la soixantaine d’idiomes qui structurent l’identité linguistique du pays,   lesquelles peuvent être enseignées au collège ? Voilà une question qu’aucun pays africain au Sud du Sahara n’a pu trancher jusqu’à ce jour, à l’exception de ceux d’entre eux qui n’ont pas une composition linguistique aussi plurielle que chez nous       . C’est une question tabou parce qu’elle engendre immanquablement  des conflits identitaires  incontrôlables. Il faut encore exploiter les ressources de l’exception béninoise  pour faire dévier les mauvais augures. Déjà les échos qui parviennent du pays profond sont édifiants€¦

Face à ce défi colossal, j’ai bien peur que, tout professeur de lettres qu’il est, Gbégnonvi ne fasse vérifier à nouveau la fameuse théorie de Roland Barthes sur l’engagement    manqué des écrivains. Son défi irréfragable sera de faire mentir cette prophétie funeste en sortant vous et moi du piège de l’analphabétisme.
Olivier DJIDENOU

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