Category: Sous l’Arbre à Palabres

déclaration « Sous l’Arbre à Palabres » du Professeur Vicentia Boco, présidente du l’INPF au siège de l’événement précis: « Je suis contre les acteurs politiques qui manipulent les femmes »

Boco Vicentia netLes personnalités se succèdent au siège du quotidien L’Evénement précis, dans la rubrique atypique « Sous l’arbre à palabre ». Le mardi 4 février dernier, c’était le tour de la dame de fer, professeur Vicentia Boco, présidente de l’Institut national pour la promotion de la femme (INPF), ancienne ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche scientifique et ancienne directrice de campagne du candidat Boni Yayi. 89ème invitée de cette rubrique phare, le professeur de médecine, radiologie et imagerie à la retraite n’a pas mâché ses mots pour exprimer sa position sur les divers sujets de l’actualité nationale. A bâtons rompus avec les journalistes de l’Evénement précis et ceux venus d’autres organes de presse, elle a dressé le bilan de ses activités et de leurs  impacts sur la vie des femmes béninoises. Elle souhaite vivement que s’accroisse le nombre de femmes aux postes de prise de décision. Pas pour être des valets des politiciens, avertit l’ancienne ministre qui condamnent avec fermeté les acteurs politiques qui manipulent les femmes. Lisez plutôt l’intégralité des vérités du Professeur Vicentia Boco sous l’arbre à palabre.

Et si on en parlait

Quelles sont vos premières impressions en venant dans les locaux de l’Evènement Précis en tant qu’invitée de « Sous l’Arbre à Palabre » ?
L’Evènement précis est un quotidien avec lequel je collabore déjà depuis un certain nombre d’années et j’ai toujours félicité sa ligne éditoriale qui il me semble, fait preuve d’une certaine neutralité.C’est un plaisir pour moi de pouvoir échanger avec des journalistes reconnus de la presse béninoise. C’est aussi un honneur de pouvoir passer après 88 personnes, donner aussi mes impressions sur le Bénin en général, le travail que nous faisons, la part des uns et des autres etc.…Donc c’est un plaisir.

Madame la présidente, est-ce que c’était nécessaire de créer l’INPF avant de promouvoir la femme ?
Je vous remercie pour la question. Est-ce que c’était nécessaire, je dirai oui et non. Ce n’est qu’une manière de faire. L’institut est une voix parmi tant d’autres qui pourrait permettre si cet institut est bien utilisé, d’améliorer les conditions des femmes dans notre pays. Donc nécessaire ou indispensable, je dirai oui et non.L’institut a été créé comme un outil qui, à terme, doit permettre d’apporter des changements qualitatifs sur la situation des femmes. Cet institut fonctionne comme un petit laboratoire. En fait, on doit dire que c’est un petit laboratoire parce que le Bénin est deuxième ou troisième pays au monde à avoir une institution comme celle-là. Qu’est-ce que nous faisons ? Nous identifions par des études, par la recherche, par des interviews, par des rencontres avec les populations féminines prioritairement mais également avec les hommes tous âges confondus; (c’est-à-dire qu’on ne se limite pas aux adultes ou aux jeunes) les difficultés de l’ensemble de la population. Puis, nous essayons d’identifier en quoi l’apport des femmes en particulier pourrait améliorer cette situation et on se rend très vite compte que les femmes participent peu aux différents foras de réflexion. Je n’ai pas dit ‘‘prise de décision’’ car en la matière il faut observer que les réflexions, les discutions, les échanges qui permettent de prendre des décisions ne tiennent pas beaucoup compte de la position ou des besoins des femmes. Donc, après avoir identifié ces besoins,nous proposons à travers des recommandations et des axes d’action comment améliorer tel ou tel point. Voilàdonc ce que nous faisons. Evidemment, c’est un travail de longue haleine. Vous conviendrez avec moi que ce n’est pas facile parce que la situation des femmes n’est pas uniforme sur l’ensemble du pays et les problèmes ne sont pas les mêmes. Nous allons revenir peut-être sur les détails mais vous savez très bien que la situation des femmes globalement dans l’Ouest du pays par exemple n’est pas la même que les contraintes, les difficultés des femmes en région Sud ou dans le Nord. Donc, on ne peut pas globaliser. Même là, nous sommes obligés de faire attention pour ne pas dire des généralités. D’où l’intérêt d’études précises dans des localités, dans des régions, en tenant compte des us et coutumes des populations ou des sociétés dans lesquelles ces femmes doivent s’insérer parce qu’il ne s’agit pas de les couper de leur réalité. Ensuitenous faisons de la sensibilisation parfois envers ces femmes afin qu’elles soient responsabilisées par rapport à leurs propres choix, mais nous faisons également une veille stratégique pour savoir si nos recommandations sont prises en compte. Evidemment, les politiques, les décideurs sont également entretenus à travers des actions de lobbying visant à les sensibiliser pour mieux prendre en compte les femmes dans leurs actions quotidiennes. Nous faisons des plaidoyers auprès duGouvernement, de l’Assemblée et tous ceux qui devraient se saisir de nos résultats pour orienter leurs actions. Mais tout cela n’est pas facile. Donc, nous nous sommes rendu compte qu’il fallait pour potentialiser les résultats, une réorientation des stratégies en utilisant la méthode de recherche-action. C’est quoi la recherche action ? Comme je vous l’ai dit tout à l’heure, on identifie les besoins, les goulots d’étranglements, les difficultés, on fait des recommandations puis on choisit des populations cibles restreintes pour tester nos propositions et prouver qu’elles peuvent fonctionner. Et à ce moment-là, si nous démontrons que dans telle population, nous avons réussi à améliorer la participation des filles par exemple ou le maintien des filles à l’école et que ça fonctionne, on ne pourra plus nous dire : « c’est la théorie, c’est déconnecté de notre réalité, ça ne marchera jamais, c’est trop lent à venir, votre proposition n’apportera pas de résultat tout de suite, etc ». Car, c’est ce que nous entendons tous les jours. Donc nous essayons aujourd’hui de devenir une institution pas seulement de recherche-théorie, mais de la recherche-action. Là aussi, c’est difficile de convaincre les différentes autorités de cette nécessité, car dans notre structuration intellectuelle au Bénin, nous voulons tout et tout de suite, nous n’avons pas la patience d’attendre que notre travail porte ses fruits. Donc c’est difficile de convaincre les politiques parce qu’ils sont pressés d’avoir des résultats. En matière de société, vous savez bien que c’est très difficile d’induire des changements de comportement et qu’il faut du temps, de la persévérance et beaucoup d’engagement. Voilà ce que nous faisons.

Qu’est-ce qui a changé fondamentalement depuis que vous êtes à la tête de l’institut?
Je vais plutôt parler des types de recherches que nous avons faits et vous montrer quelques points sur lesquels nous avons insisté. Nous avons été installés fin 2009, nous avons commencé à fonctionner vers septembre 2010. Nous avons mis au moins six mois pour nous installer. Donc nous fonctionnons réellement depuis à peu près quatre ans. Dans ce délai de temps, nous avons fait 17 études qui ont porté sur différentes thématiques. Nous avons fait une étude sur la participation des filles aux formations scientifiques et techniques parce que nous nous sommes rendu compte que dans le monde aujourd’hui, les progrès économiques arrivent par la recherche scientifique et le capital scientifique des sociétés. Quand vous prenez un pays comme l’Inde qui est aujourd’hui à la pointe, tous ses jeunes ingénieurs ont été formés aux USA et l’Inde a fait la politique de rappeler ses jeunes ingénieurs qui sont dans le monde entier dans son pays en leur faisant des situations favorables et en les mettant au travail. Avant cela, il faut déjà avoir le capital humain dans lequel il y a les hommes et les femmes. L’étude a montré qu’il y a un déficit de femmes dans certaines formations. Dans certaines formations elles sont à peine est à peine 2%. Et la tendance est à la décrue. Nous avons donc tiré la sonnette d’alarme en demandant de renforcer la présence des filles dans ces domaines de manière à avoir à terme un grand capital scientifique humain capable de travailler au développement du pays pour l’industrie de demain. Nous avons également fait une étude sur l’apport des femmes aux revenus des ménages. Cette étude a montré que dans le milieu rural, 47% des revenus sont apportés par la femme. Je suis sûre que dans la tête de tout le monde, ce sont les hommes qui apportent l’argent dans le foyer et que ce sont les femmes qui le dépensent. En milieu urbain, c’est 66%. Cette étude a montré que ces revenus vont essentiellement à la satisfaction des besoins domestiques. Autrement dit, c’est la femme qui met son argent dans l’habillement des enfants, dans le marché, mais c’est l’homme qui va faire le crédit pour construire la maison, qui capitalise et la femme ne capitalise rien. Cela interpelle nos décideurs pour dire que si dans un ménage il est reconnu que la femme peut apporter des revenus, plus elle aura de revenus, mieux sera la situation des ménages, même si ces revenus ne sont pas mis à destination de structures fonctionnelles comme la maison, la voiture ou la télévision et que cela va plutôt dans les dépenses de marché. C’est quand même un apport car cela soulage l’homme de ses charges.
Nous avons fait également une étude sur la participation de la femme dans les postes de prise de décision et les résultats ont été publiés. Ces résultats ont montré que nous avons moins de 3,5% de femmes dans les conseils communaux au niveau local alors qu’à la fin des élections, il y avait 4,3%. Mais progressivement avec les contestations,les nominations et démissions, le nombre a diminué. C’est ce qui s’est passé à l’Assemblée aussi. A la suite de cette étude, nous avons démontré qu’au moins au niveau local, il fallait aux prochaines élections, au moins un minimum de 10% de femmes. Car c’est au niveau local que se prennent les décisions qui impactent réellement la vie quotidienne des populations à la base. Parce que c’est au niveau local qu’on décide de là où on va construire les centres de santé, les écoles, les salles de classes. Et là, il est nécessaire que les femmes y soient pour donner leur point de vue. Nous avons donc souhaité et fait du coup un certain nombre d’actions pour améliorer la participation des femmes aux postes de prise de décision.
La dernière étude qu’il me plait d’aborder, c’est la prise en compte du genre dans les politiques de santé. Cette étude montre que les programmes de santé sont neutres par rapport au genre. On ne fait pas la distinction entre les besoins des hommes et des femmes. Par exemple, dans le cadre du programme de traitement du Vih/Sida, les besoins des femmes lors des traitements ne sont pas les mêmes que ceux des hommes. Donc, lorsqu’on fait les campagnes, on ne cible pas de manière différente les hommes et les femmes. Or, non seulement les besoins, mais les risques ne sont pas les mêmes. La femme est beaucoup plus exposée que l’homme aux risques du Sida. Et il y a des précautions particulières à prendre par la femme. Or les campagnes ne tiennent pas assez compte de cela.
J’irai plus loin pour dire que même dans la politique en matière de santé reproductive, le programme ne s’intéresse qu’aux femmes et ne tient que peu compte des hommes. Or, ils ont aussi leur partition à jouer dans la politique familiale et maternelle. Donc, on ne peut pas dire que nous faisons la politique maternelle alors que c’est la politique familiale et pire, mettre de côté les hommes. Voilà les études importantes qui ont montré qu’il y a des failles au niveau des programmes.

L’INPF face aux OMD
Le premier critère qui est l’enseignement primaire pour tous nous intéresse tous. Mais nous ne nous sommes pas focalisés sur celui-là qui est largement pris en compte. Mais tout ce que nous faisons est en concordance avec l’objectif 3 qui parle de l’égalité entre l’homme et la femme. Notre objectif principal est de réduire les inégalités entre les hommes et les femmes dans tous les domaines pour atteindre la promotion sociale des femmes. Donc toutes nos actions ne visent que cela. Maintenant, je voudrais faire remarquer que nous sommes déjà en 2015 et nous faisons déjà le bilan des OMD pour aller vers les Objectifs de développement (ODD). Vous avez entendu que le Bénin est en passe d’atteindre un certain nombre d’objectifs mais en tout cas, pas le 3ème.Nos actions futures viseront également à évaluer sur le terrain ce dont les femmes ont pu bénéficier de l’ensemble de ces programmes, évidemment si nous avons les moyens pour le faire !!!! Donc, nous nous situons plutôt à un moment charnière où toutes nos actions, nos études, nos actions de lobbying envers les politiques, les décideurs et bailleurs de fonds afin que les femmes soient mieux prises en compte.Nous sommes donc en train de préparer un bilan, non pas pour l’INPF, mais pour savoir si les femmes ont reçu satisfaction à partir de tous ces efforts déployés par les uns et les autres. Nous ne faisons que jouer notre rôle, qui est un rôle de veille.

Peut-on conclure que vos objectifs sont atteints en ce qui concerne la promotion de la femme depuis la mise en place de l’INPF ?
Je vois deux volets dans votre question. Je réponds séparément. Première question, est-ce que la femme béninoise se reconnait à travers nous ?  Deuxièmement, est-ce que nous n’avons pas l’impression de prêcher dans le désert ? Nous, nous sommes sur le terrain tous les jours et nous rendons compte de comment les femmes dans les villages, à la base vivent. Ceci à travers des échanges réguliers. Et je pus vous dire que les femmes à la base connaissent l’Institut, attendent beaucoup de l’Institut. Nous avons eu le temps de leur faire comprendre que notre rôle n’est pas de venir offrir des casseroles, des houes, sceaux, encore moins de l’argent. Nous leur avons bien fait comprendre que notre travail consiste à discuter avec elles, connaitre leurs besoins et être les porteurs de leurs messages. Depuis cette année, Nous avons pu installer des points focaux dans chaque région. Au début, la hiérarchie n’avait pas souhaité cela et on devait rester dans les bureaux. C’est après l’avoir convaincue que nous avons commencé à mettre en place nos points focaux qui serviront de relais de la base vers le sommet. Donc je réponds par un « oui », que les femmes qui ne voient pas l’institution comme concurrente, se reconnaissent en nous. Maintenant, les structures qui font à peu près les mêmes choses ou qui travaillent sur les mêmes thématiques, parfois nous voient comme concurrente et essaient de nous affaiblir. Pour moi, elles devraient nous considérer comme une structure partenaire. Chacun de nous, s’engageant à développer un volet des actions ou des réflexions à mener pour les femmes. Donc, nous ne pouvons pas être concurrentes, mais plutôt complémentaires. Et moi, je prône cela. Et je dis que le sujet est tellement important. En tout cas, je le pense ainsi et d’ailleurs, je ne me mets jamais en position de juge par rapport à ces structures et pourtant, il y aurait bien des insuffisances à relever parfois. C’est vrai qu’on n’a pas encore trouvé la clé pour résoudre cette équation. Toutes les personnes qui pourraient se mettre à cette table et apporter une toute petite contribution pour que la situation des femmes s’améliore sont les bienvenues.

Lecture des statistiques des femmes dans les institutions
Alors, je vais revenir sur deux points. La situation au niveau local. Nous n’avons pas eu de réélection des maires depuis. Donc on ne peut pas évaluer. C’est aux prochaines élections qu’on pourra en parler. Mais ce qui est certain, c’est que plus nous aurons de maires femmes, meilleure sera la gouvernance au niveau local. Pour des quantités de raisons que nous n’aurons pas le temps de développer ici. Pour n’en citer que quelques-unes : la manière de faire la politique des femmes est la plupart du temps différente de celle des hommes, et la préoccupation des femmes généralement vont au bien-être des populations ou des personnes qui les entourent. Donc, on a formaté les femmes sur cette manière de penser. Aujourd’hui, c’est au bénéfice de notre population et avant que les femmes politiques ne deviennent des bêtes politiques, c’est-à-dire ne pensent qu’à elles, avec tout le respect que je dois aux politiques politiciens, les femmes aujourd’hui ne sont pas encore des bêtes politiques. Donc nous devons profiter de cette opportunité pour les mettre à disposition pour le travail en faveur de nos populations. Pour moi, c’est une perte de potentialité que de ne pas utiliser les compétences de ces femmes et leur manière d’être aujourd’hui, pour améliorer les conditions de nos populations. Il peut avoir zéro femme au gouvernement ; ce n’est pas parce que des femmes sont au gouvernement que la situation va s’améliorer. Je le dis parce que la femme qui est au gouvernement ne fera que ce que son chef lui demande. Lorsque vous êtes dans un gouvernement, vous êtes obligés d’appliquer une politique qui est prédéfinie. C’est vrai que vous pouvez essayer d’influencer mais la marge est plus que tenue. Nous avons des exemples tous les jours dans notre pays. Par contre je pense que c’est plus facile lorsqu’on est dans les partis politiques. C’est donc dire que les femmes doivent tout faire pour intégrer les partis politiques. Je sais que ce n’est pas facile. Par contre, je crois qu’elles ne doivent pas viser l’intégration des partis politiques pour aller au gouvernement. Malheureusement, c’est ce qui se passe aujourd’hui. Et c’est un peu dommage. Je ne dirai pas la même chose pour l’Assemblée Nationale. Je dois encourager les femmes à aller à l’Assemblée Nationale. Et elles doivent essayer d’y aller. Car c’est là que se prennent les lois de la République qui gèrent notre vie. Même la loi de finances doit être votée par l’Assemblée. Si l’Assemblée identifie que peu de crédits ont été mis sur un programme en faveur de la réduction des inégalités, le gouvernement est tenu de revoir sa copie. Donc, il faut plus de femmes à l’Assemblée Nationale. Il faut aussi plus de femmes dans la gouvernance locale. Mais ce n’est pas gagné. Cependant, si à la suite des élections, on trouve zéro femme élue, je serai extrêmement déçue, mais je ne regretterai pas d’avoir fait ce travail. Je le dis parce que contrairement à ce qui se dit dans les différents milieux, nous voyons les femmes de la base commencer à réfléchir pour dire qu’elles ne sont plus seulement là pour subir et qu’elles souhaitent prendre en main leur destinée. Et ceci est important. Je veux que les femmes s’investissent à la base. Leur participation aux élections à la base est très importante.

Des stratégies déjà peaufinées pour favoriser l’élection massive des femmes aux prochaines joutes électorales ?
Oui, nous avons identifié les femmes potentielles candidates. Nous les avons formées et à la fin, plusieurs nous ont affirmé n’avoir jamais reçu de formation de ce niveau. Elles ont déclaré être candidates, mais avec ce qui a été dit, qu’elles ne savent plus si elles peuvent réellement le faire car il ne suffit pas de se faire positionner. Nous leur avons montré les contraintes, les exigences, les atouts pour être élues. Nous avons travaillé avec les chefs de parti sur toute l’étendue du territoire pour leur démontrer que c’est dans leur intérêt de positionner des femmes à des postes éligibles. Je crois qu’en la matière, on ne peut pas contraindre les partis politiques. On ne peut que les sensibiliser. Nous allons continuer à travailler avec les femmes qui seront positionnées en les aidant à faire le travail technique sur le terrain. Nous n’avons pas d’argent à leur offrir, mais plutôt l’accompagnement technique.

Rejet de la loi sur la parité entre homme et femme. Un échec pour l’INPF ?
Cela nous a fait très mal, mais plus profondément que vous l’imaginez parce que, lorsque cette loi est allée à l’Assemblée, j’ai fait un lobbying avec les députés. Ils m’ont dit : ‘’ Madame Boco, nous vous connaissons et sachons bien ce que vous défendez et ce que vous valez. Malgré toute l’estime qu’on a pour vous, on ne votera pas cette loi’’. J’ai poussé ma curiosité à savoir pourquoi, ils ne veulent pas voter cette loi. Le projet de loi avait pourtant été amendé avec la contribution de certaines Ong avec lesquelles nous avons travaillé. Ce projet a été envoyé à la commission des lois parce que nous avons estimé qu’elle ne peut pas être votée en l’état. Personnellement, j’ai très mal vécu ça, parce que j’ai estimé que la loi n’avait pas été formulée pour être votée. Je pèse bien mes mots. La loi disait quoi ? La loi disait :poussez-vous et donnez-nous la place. Or, ce n’est pas ça. La parité est bien sûr une affaire de droit, mais pas pour que la femme prenne le dessus. C’est une justice qui est réclamée pour que les femmes soient représentées à environ 50% dans les postes de prise de décision. Mais ce n’est pas comme ça.
Il faut que chacun comprenne cette nécessité. Il ne s’agit pas de l’imposer. Cette loi, il fallait la travailler déjà avec les députés et surtout, faire le lobbying autour, même dans les populations pour que celle-ci comprennent son bien-fondé. Elle est reportée sine die, ce qui veut dire qu’elle n’est pas classée aux oubliettes. J’espère que lorsque nous aurions passé ces périodes électorales et que nous serions plus au calme, nous allons revenir sur cette loi, essayer de mieux la reformuler, de trouver les moyens de la populariser un peu, de manière à obtenir l’adhésion d’un grand nombre de personne avant de la présenter à l’Assemblée. Pour nous, la parité n’est pas une fin en soi. Notre problème au Bénin, je le dis une fois encore, c’est d’aider les femmes à prendre leurs places dans la société. C’est tout. Notre société a changé. Avant, c’étaient les hommes qui faisaient tout. Aujourd’hui, les données ont changé. La femme peut aussi bien faire ce que l’homme fait si on lui en donne l’opportunité. C’est aussi simple que ça. Même si ce n’est pas 50%, vous-mêmes, les chiffres que vous avez donnés là sont totalement ridicules. Moi, je ne peux pas oser les dire à l’extérieur. J’étais dans un colloque de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), qui portait justement sur les femmes et les jeunes, où il y avait 27 ou 28 pays réunis. Le Bénin est parmi les plus mauvais dans le domaine de la représentativité des femmes. Le Bénin fait partie des pays qui ont le moins bien fait dans ce domaine-là même si nous crions partout que nous avons fait les micros crédits. Même ces micro-crédits que nous avons faits, il faut voir ce que ça apporte réellement aux femmes. Ce sont des réflexions qu’il va falloir progressivement faire. Les micro- crédits ont-ils réellement amélioré l’autonomisation des femmes ?

Comme vous l’avez expliqué, les femmes sont quasi inexistantes aux postes de décision. Quel est alors le rôle de l’INPF pour qu’on en soit encore là ?
Cette question fait partie de l’étude que nous avons faite sur la participation des femmes aux instances de prise de décision. Les enquêtes sont là, les populations ont participé et les enquêtes ont montré qu’il y a quatre ou cinq grands facteurs. Premier facteur, c’est qu’il y a moins de femme en capacité intellectuelle pour intervenir au haut niveau en politique. Les femmes qui interviennent en politique sont très souvent peu instruites et donc, elles restent souvent dans le rôle d’accompagnement des politiques. Elles font la mobilisation, elles font à manger pour les membres du parti. C’est elles qui s’occupent de la cantine, c’est elles qui font le folklore et qui dansent. Et, ceci vient du fait que beaucoup de femmes sont encore peu instruites. Donc, nous devons faire en sorte de veiller à l’amélioration de l’éducation des femmes. C’est le premier facteur le plus important. Le deuxième critère est que le témoignage des femmes qui sont allées en politique démontre que le milieu politique est hyper violent. Je ne dis pas simplement violent mais hyper violent. Ça veut dire que quand vous êtes en politique, on s’attaque à vous par tous les moyens possibles même si vous vous tenez sur vos gardes. On ira lancer à travers la presse des choses sur vous pour essayer de vous vilipender, de ternir votre image, parfois on inventera des choses sur vous etc… Donc, les femmes qui vont en politique sont maltraitées d’abord par les hommes et puis après par les femmes parce qu’elles font une sorte de concurrence, une sorte de leadership entre elles. Ce qui fait qu’elles ne se soutiennent pas. Ceci est dû au fait qu’elles sont peu nombreuses aujourd’hui. Si les femmes étaient nombreuses en politique, la concurrence qu’il y a entre elles, parce qu’elles veulent toutes être leader va s’atténuer automatiquement. Troisième facteur : je viens de parler de l’instruction et de la violence en politique qu’on peut corriger intelligemment. Ensuite, c’est le peu de moyens financiers des femmes, puisque la politique, ça coûte cher. Or, les femmes, si elles ont de l’argent, elles se disent, « mon argent, je l’ai gagné honnêtement, donc, je ne veux pas distribuer en politique puisque comme je ne peux pas voler après, ou si je ne peux pas tricher, je ne peux pas récupérer mes fonds ». Donc, les femmes, même quand elles ont les moyens financiers préfèrent le consacrer à leur famille, à leurs enfants, à leur milieu social etc… Tout simplement parce qu’elles n’ont pas le réflexe d’attendre « le retour sur investissement » comme ça se fait dans le milieu politique. Elles sont donc réticentes pour ça parce que « le retour sur investissement, » elles ne se sentent pas capables de l’appliquer. Le dernier critère, c’est qu’elles ont les charges de la famille. Les femmes, quand elles ont des enfants à bas âges, ont du mal à aller en politique et plus tard, c’est plus difficile de s’intégrer dans un parti. Aujourd’hui, il faut qu’on les aide à intégrer le milieu politique tout en ne visant pas responsabilités politiques ; mais une fois que leurs enfants sont un peu grands, et qu’il y a moins de contraintes, et que les hommes, comme nous le souhaitons, pensent à les aider un peu dans le ménage, elles seront mieux aguerries pour assumer des responsabilités. Et je crois, si vous regardez bien, les femmes qui sont en politique sont soutenues par leur conjoint. Et, beaucoup ne vont pas parce que les hommes ne les y aident pas. Et ça, c’est le 5ème critère : l’opposition de leurs conjoints parce que même quand elles le veulent, leurs conjoints sont réticents puisqu’elles risquent de voir ternir leur réputation. Donc, les hommes s’opposent souvent à ce qu’elles fassent la politique. Voilà les cinq facteurs ou critères que nous avons trouvés dans cette étude. Ce n’est pas nous qui l’avons inventé, ce sont des informations issues des enquêtes donc remontées de la base.

Nous allons parler des fistules obstétricales. Ces femmes victimes de ce mal sont souvent écartées du monde. Quelle est l’appréciation de l’INPF ?
Vous voulez mon appréciation ? Il faut simplement retenir que la fistule obstétricale n’est pas une fatalité. Ça, c’est la première chose. Donc, plutôt que d’avoir à traiter les malades, il vaut mieux faire de la prévention. Alors, pour moi, la première solution, c’est d’améliorer la prise en charge des femmes pendant l’accouchement, donc mieux accompagner l’accouchement des femmes. Parce que les fistules sont dues aux accouchements dystociques, longs et difficiles et surtout chez les filles jeunes. Les grossesses précoces sont les plus grandes pourvoyeuses de fistules. Donc, pour moi, la première solution, c’est la prévention. La prévention en améliorant le plateau technique médical et de la prise en charge. Il y a des choses qui se font là-dessus mais tant qu’il reste à faire, c’est que rien n’est fait. C’est vrai qu’aujourd’hui, le Ministère de la santé a mis du matériel dans les centres sanitaires jusqu’à la périphérie, mais vous convenez avec moi qu’il n’y a pas de ressources humaines. Il y a des maternités aujourd’hui qui sont sans électricité, sans eau. Moi j’en ai visité, où il y a une seule sage-femme, elle ne peut pas faire la garde 24h/24, 365 jours sur 365 jours. Personnellement, j’estime que le Bénin a fait beaucoup d’efforts dans la construction des services de santé, dans l’équipement des services de santé de la périphérie. Mais, notre Etat doit encore faire un gros effort dans le recrutement et la formation des ressources humaines en matière de santé. Ce n’est pas sans raison qu’on parle d’hôpitaux morts et tout ça. C’est parce que le personnel médical et paramédical est un chainon important dans la prise en charge en matière de santé. Simplement parce que sans ce personnel, il n’y a pas de soins. La machine peut rester là, mais s’il n’y a personne derrière pour la faire tourner ou bien pour interpréter les choses ou pour faire les gestes qu’il faut, ça ne sert à rien. Vous le savez très bien. Notre Etat est plus enclin à acheter du matériel qu’à former les ressources humaines. Je crois que vous comprenez de quoi je parle. Donc, nous devons beaucoup miser sur la formation et sur le recrutement de ressources humaines pour nos formations sanitaires, leur compétence par des formations de qualité. C’est la première chose à faire. Ensuite, faire la sensibilisation pour éviter les grossesses précoces. On pourrait, par exemple, mettre en place un programme de suivi spécifique des grossesses précoces, dès qu’elles sont identifiées. Lorsque vous avez une fille de 16 ans par exemple qui arrive dans une maternité ou bien que dans une école on se rend compte qu’elle est enceinte, qu’on ne la renvoie pas simplement chez elle en disant : « allez accoucher et après vous revenez et nous on va vous reprendre pour que vous puissiez continuer vos études ». Aujourd’hui, tout le monde est d’accord là-dessus. Mais, est-ce qu’il y a pour ces filles, un système de prise en charge pour ces grossesses-là afin de les aider de sorte que les parents qui ont honte de dire que leur enfant est enceinte ne puissent pas les cacher dans un coin quelque part pour qu’au moment d’accoucher, elles se retrouvent dans des endroits non sécurisés ? C’est comme ça qu’arrivent les fistules. Nous devons faire des efforts pour que le personnel soit mieux formé, que les grossesses précoces soient mieux prises en charge et que les programmes de santé et de populations qui, aujourd’hui s’occupent beaucoup de la contraception s’occupent encore plus de ces aspects. Maintenant, qu’est-ce qu’on peut faire pour ces femmes atteintes de fistules obstétricales ? Il y a des programmes qui ont été mis en place et des campagnes de traitements. Mais la réalité est qu’une fois que les femmes sont atteintes de ces fistules, on les cache. Donc les gens ne les sortent pas alors qu’on ne peut pas passer de maison en maison pour savoir s’il y a un cas de fistule. En fait, je pense qu’il nous faut un réseau d’indicateur, ou d’alerte dans les villages en périphérie, et dans les maternités de façon à ce que quand un accouchement est difficile, qu’on mette en place un système de suivi de ces femmes de manière à repérer la lésion à temps. Et parce que la fistule ne se découvre pas au moment de l’accouchement, la lésion est faite pendant l’accouchement et les conséquences ne se voient que plusieurs semaines ou plusieurs mois après.

L’activité principale des femmes béninoises se limite aux micros crédits, aux marches de soutien, au meeting et autres. Quel ressentiment avez-vous quand vous voyez ces choses ?
Vous savez que je suis contre. Je suis absolument contre. Je ne l’ai jamais caché et je ne sais pas si vous m’avez jamais vu marcher. Ce n’est pas sans raison. Alors, je vais vous dire. Pour moi, cette pratique n’est pas simplement déplorable, elle est punissable parce qu’elle s’appuie sur la faiblesse et la fragilité des femmes. C’est une forme d’abus sur ces femmes déjà pauvres. Je ne condamne pas les femmes parce que nous les avons interrogées. Elles nous disent : quand je vais au marché, le bénéfice que je fais en rentrant chez moi n’atteint pas ce qu’on me donne lorsque je vais faire une marche. Donc, au lieu de m’asseoir et vendre à longueur de journée mes «kluiklui», et n’avoir que 50F ou 100F de bénéfice dans une journée et même parfois 0F de bénéfice en fin de journée, je préfère aller à une marche pour qu’on me donne 1000F. Vous allez la condamner ? On ne peut pas les condamner. Nous devons simplement travailler à ce que leur bénéfice dépasse les 1000F qu’on leur donne et nous aurons réglé le problème. C’est très important ce que je suis en train de dire. Une chose est de dire aux politiques : arrêtez d’utiliser les femmes. Mais, ça leur est tellement facile !!! Tout le monde veut la facilité et il faut vraiment une grandeur d’esprit pour essayer de résister. Donc, à la fois nous condamnons la pratique, à la fois nous aimerions la voir arrêter. Ça ne nous grandit pas et parfois quand je vois les hommes politiques faire ça, je n’ai aucune estime pour eux.

Mais vous ne l’avez jamais dit au chef de l’Etat dont vous étiez la directrice de campagne.
Le chef de l’Etat connait toutes mes idées. Je crois que j’ai toujours eu la parole franche avec lui aussi et je crois qu’on se connait assez bien.

Ça veut dire qu’il ne suit pas les conseils de son entourage ?
Je ne dirai pas ça. Je dirai plutôt que les priorités ne sont pas les mêmes. J’insiste sur ce sujet-là. La seule solution, c’est d’améliorer les conditions de vie des femmes, d’abord en les éduquant mieux en leur apprenant à gagner de l’argent et à s’autonomiser. La vraie bataille, c’est celle-là et c’est dans ça que je m’engage et que je suis engagée, pas seulement là où je suis mais partout où je suis. Peut-être que vous ne le savez pas, mais dans toutes mes autres activités, c’est prioritairement sur cela que j’insiste.

Parlons 08 mars parce que nous nous y approchons. Est-ce la journée du 08 mars ou bien le mois ou le trimestre de 08 mars ?
Pour moi, c’est tous les jours qu’on peut célébrer le 08 mars.

L’année du 08 mars alors ?
Pourquoi pas. Parce que c’est tous les jours que nous devons travailler pour l’amélioration des conditions des femmes. C’est tous les jours que nous devons avoir cette priorité et pour moi, chaque jour où quelqu’un se lève pour dire, j’analyse la condition des femmes, j’apporte quelque chose à la situation des femmes, je fais quelque chose pour la femme afin qu’elle soit un peu mieux, quel que soit le jour de l’année pour moi, c’est positif. Donc, le 08 mars c’est quoi ? Revenons au 08 mars. C’est une journée qui a été identifiée par les Nations-Unies pour que le monde entier, au moins une fois par an pense à la situation des femmes. Ça ne veut pas dire que tous les autres jours, on ne doit pas y penser. La deuxième réponse, c’est que le 08 mars, c’est aussi la fête des femmes. C’est donc ce qui justifie un peu les festivités. Mais, c’est aussi où des réflexions sont menées. Ce jour-là, plus particulièrement, on fait des réflexions sur la situation des femmes. Donc, le 08 mars, on ne doit pas refuser qu’il y ait des festivités. Mais, il ne peut pas y avoir que des festivités, il faut aussi qu’il y ait des réflexions, des recommandations, des propositions, etc… Des activités qui permettront d’améliorer les conditions des femmes.

Il y a souvent des fêtes pour la journée. Etes-vous pour ou contre cette manière de faire ?
Et j’ai toujours été contre. L’Institut n’a jamais fait de fête pour le 08 mars. Nous avons un budget pour ça. Notre budget pour la première année, nous l’avons utilisé pour faire une étude sur les formations techniques. Nous avons toujours utilisé notre budget pour faire des actions concrètes, pour faire soit des études soit des formations sur le terrain pour les femmes. On nous l’a même reproché en disant que nous n’avons pas théoriquement en étant institut, le droit de faire des travaux de terrain. Et nous avons répondu non. C’est notre argent. On nous a dit de faire la fête, mis nous avons préféré faire des études. On ne peut pas aussi nous en vouloir pour ça.

On pourrait appeler ça détournement de fonds ?
Non, on va dire chevauchement d’attribution. Le 8 mars prochain, je vous le dirai puisque ce n’est pas encore balisé mais, c’est une action intellectuelle. Vous serez certainement mis aux faits mais nous ne ferons pas de foulard et autres.

Vous êtes ancienne ministre de l’enseignement supérieur. Au mois de décembre, tous les acteurs du monde de l’enseignement ont été conviés aux états généraux de l’enseignement. Quand vous avez eu les conclusions de ces assises de l’éducation, avez-vous le sentiment que la plaie a été réellement pansée ?
Vous m’amenez sur un terrain pointu et je vais vous répondre franchement. Je n’ai pas encore eu les conclusions. J’ai demandé et je vais les avoir. Une fois que je les aurai analysées, je pourrai répondre clairement à votre question. Je n’ai pas suivi vraiment les débats. Je crois que le forum a essayé d’identifier en partie les insuffisances de notre formation et y a proposé des solutions. Permettez sans être revancharde de rappeler que, quand j’étais au Ministère, j’ai été la première à convier à des assises des chefs d’entreprises. Mon discours était que la formation doit s’arrimer à nos besoins économiques. Nous avons mis 8 ans pour revenir à ça, nous aurions pu faire mieux depuis 8 ans. Donc, le forum a essayé de faire des propositions pour que les insuffisances de la formation que nous donnons aujourd’hui soient corrigées. Permettez que je le dise les conclusions que j’ai eues m’ont donné le sentiment que nous ne sommes pas allés au fond des questions. Permettez-moi de poser cette question. Est-ce que former des gens à foison dans des universités sans aucun espoir de travail, c’est travailler ou donner des chances à notre pays de se développer ? Pour moi, c’est une bombe à retardement. Est-ce que déconcentrer les universités et mettre des centres universitaires dans les 77 communes améliore la qualité de la formation ? Je ne crois pas. Je crois que comme ça se fait dans l’économie, dans l’éducation, nous devrions avoir un axe central. Et cet axe dorsal devrait être défini en fonction des besoins identifiés du moment. Je donne un exemple : à un moment donné, nous nous sommes rendu compte qu’on n’avait pas de statisticiens. Donc, nous avons donné des bourses pour aller former des statisticiens et nous avons poussé des gens vers cette formation. Mais à un moment donné, il faut dire stop, jusqu’à ce qu’on revienne à une formation continue pour que l’économie puisse se développer de manière à ce qu’il n’y ait plus de chômeurs. Aujourd’hui, nous avons des besoins énormes dans différents domaines en particulier dans le domaine scientifique. Je prends le domaine de l’environnement. Nous n’avons pas encore fait des formations qu’il fallait dans le domaine de l’environnement ni pour la sauvegarde, ni pour l’exploitation rationnelle de nos potentialités en la matière. Nous n’avons rien fait. Nous formons des environnementalistes pour aller rester dans les bureaux. Donc pour moi, le problème de l’éducation est loin d’être résolu et je ne sais pas si le forum est allé au fond.

L’une des questions face à laquelle vous étiez réticente quand vous étiez au gouvernement est relative aux doléances des étudiants à rendre gratuit l’enseignement supérieur. Après votre départ, le verrou a été sauté. Avez-vous l’impression que le gouvernement a bien pris l’option de décréter la gratuité de l’enseignement supérieur ?
La gratuité de l’enseignement supérieur a été une volonté du chef de l’Etat. Il a même voulu plus que ça et le moins difficile pour notre Etat était de prendre en charge les inscriptions. Ce verrou a été sauté comme vous dites et ça a été signé. Mais, je crois qu’il n’y a pas eu assez d’explications sur la proposition. Déjà à l’époque, les études que j’avais faites montraient que la charge financière pour l’enseignement supérieur était insoutenable pour notre budget. Parce que ça fait un appel d’air vers les universités. On dit : vous êtes inscrits gratuitement et tous les bacheliers vont s’inscrire même s’ils ne vont pas au cours. On a alors dit : si vous redoublez, on ne vous reconduit pas l’inscription. Mais s’il redouble là et va s’inscrire en 1ère année dans une autre filière ? Tous les jeunes vont s’inscrire, même s’ils vont dans d’autres formations ailleurs. Ils vont s’inscrire à l’université pour bénéficier de la carte d’étudiant qui ouvre la porte à certains droits comme la prise en charge dans les hôpitaux, les restaurants. Même s’ils ne font pas la formation, ils prennent la carte d’étudiant pour pouvoir bénéficier de certains droits. C’est humain. A mon avis, je crois que cette question devrait être revue, repensée et qu’on puisse peut-être mettre des critères pour voir dans quel cas, c’est sûr que certains étudiants voudront avoir les inscriptions gratuites et pas tout le monde. Je crois que chaque fois qu’on met quelque chose en place, il faut l’évaluer. Le système de bourse que j’avais mis en place a été évalué un certain nombre de fois et reconduit malgré les insuffisances. Mais je crois qu’il est suffisamment crédible même s’il est un peu tributaire de la qualité de ceux qui sont chargés de l’appliquer. Il faut évaluer la gratuité des inscriptions. Il faut se donner le temps et le courage d’évaluer, voir les distorsions, ce qui a ou n’a pas marché, on revoit et on prend des solutions. Je crois que la gouvernance c’est aussi ça. Se remettre en cause, revenir sur des décisions qu’on avait prises et mieux expliquer aux gens quels sont les objectifs mais aussi la finalité à pouvoir aider un certain nombre d’étudiants qui sans cette gratuité ne pouvaient pas s’inscrire. Est-ce qu’on les aide réellement ? Parce que ça coûte cher aussi d’aller à l’université tous les jours C’est difficile d’avoir une chambre sur le campus mais ça soulage déjà un peu les parents.

Quels sont vos projets qui sont en train d’être concrétisés actuellement avec l’actuelle équipe rectorale ?
Je crois que je travaille assez avec l’équipe rectorale qui est là. Je crois que nous avons des échanges informels avec le recteur et toute l’équipe. Personnellement en ce qui nous concerne, nous avons lancé en collaboration avec l’UAC, la formation en genre et nous attendons pour que ça démarre. Parce que nous nous sommes rendu compte que le problème du genre, donc la réduction de l’inégalité entre les hommes et les femmes et la prise en compte équitable des hommes et des femmes, n’est pas suffisamment abordé au niveau de l’Université. Pour qu’il soit pris en compte, il faut que ceux qui pensent et appliquent les programmes gouvernementaux, publics soient formés en matière de genre. On s’est rendu compte que c’est parce que les gens ne connaissaient pas qu’ils ne savent pas l’appliquer. Donc, on a mis en place cette formation qui doit démarrer incessamment. Ce sera une formation diplômante, universitaire, sur deux ans. Les personnes travaillant déjà pourront venir se former de manière à avoir des compétences en genre. Et ça peut rentrer en compte dans d’autres formations.

Avez-vous déjà vérifié votre nom sur la lépi ?
Oui, non seulement j’ai mon nom sur la Lépi, mais j’ai envoyé à tous ceux qui sont sur mes réseaux le lien pour vérifier et j’ai fait démultiplier à un certain nombre de personnes pour vérifier leurs noms sur la Lépi.

Avec cette opération, avez-vous le sentiment que nous tendons vers la Lépi consensuelle tant souhaitée pour des élections apaisées ?
La Lépi est assez bien nettoyée parce que le fait que les gens vont vérifier sur le terrain, aura permis d’enlever les doublons. Maintenant la Lépi telle qu’elle est aujourd’hui, personnellement devrait faire consensus, c’est ce que je pense. Maintenant, nous sommes en politique. Peut-être que ça n’arrange pas tout le monde. Mais, il faut que ça arrange tout le monde parce que c’est de la paix de notre pays qu’il s’agit. Au lieu de perdre son temps à se combattre, ça permettra qu’enfin, on parle des problèmes de développement.

« Nous nous sommes trompés, nous vous avons trompés ». Quand vous avez entendu les déclarations de l’une de vos compatriotes femme députée à l’Assemblée nationale, quelle a été votre réaction en tant que directrice de campagne de Yayi Boni ?
Je crois que lorsque j’étais directrice de campagne et que je faisais campagne, les gens me disaient : « Ah Madame Boco, c’est toi qui nous as dit de voter ». Je leur disais : « votez et nous ferons le bilan ». Un premier bilan a été fait en 2011. La population béninoise a estimé qu’il y avait eu des dysfonctionnements et que tout n’avait pas bien marché. Même le chef de l’Etat l’a reconnu. Mais, la majorité du Bénin a décidé de le reconduire pour le second mandat. Donc, il est légitime. La gouvernance qui est là est notre choix à tous, pas seulement à nous qui avons fait campagne. Mais attention, j’ai aussi dit que nous devons évaluer. Moi je suis dans la position d’un évaluateur parce que je me suis mise dans cette situation là dès le début et je ne l’ai pas caché.

Et à mi-parcours, quelle évaluation avez-vous fait ?

Même à mi-parcours, je reconnais qu’il y a eu beaucoup de dysfonctionnements. Je reconnais qu’il y a eu des choses qui ont été faites. Nous n’allons pas faire le bilan aujourd’hui. Il y a beaucoup de choses qui ont été faites et il y a des choses qui auraient pu être mieux faites. Mon regret est que les choses qui ont été faites auraient pu l’être encore mieux grâce à une meilleure gouvernance et les populations auraient été mieux impactées dans leur vie quotidienne. Ce qui s’est fait au Bénin est parti de bonnes idées. Si vous regardez bien au départ, il y a toujours une bonne idée pour tout le monde. Est-ce parce que les acteurs ne sont pas à la hauteur ? Est-ce parce qu’ils sont incompétents ? Est-ce parce qu’ils ne sont pas forcément à la bonne place ? Il va falloir évaluer, comme je le dis, à la fin des 10 ans. Moi je l’ai toujours dit. Il va falloir évaluer à la fin des 10 ans, ce qui a marché, bien marché, pourquoi ça a marché, ce qui n’a pas marché et pourquoi ça n’a pas marché. Et la 3ème partie, comment faire pour que nous n’ayons plus cela. Je crois que chaque politique le fait individuellement mais après, il faudra mettre en place des structures qui vont le faire réellement, scientifiquement, pas pour condamner nécessairement des gens, mais surtout pour que nous sachions à l’avenir qu’il y a des erreurs qu’il ne faut plus jamais commettre. Je crois que c’est l’avantage que nous pouvons tirer de ces 10 ans de gouvernance.

Le projet Alafia est quand même un grand moyen pour tout le gouvernement au Bénin ?
Je sais et disons que le projet Alafia, nous l’utilisons tous les jours et nous menons toutes nos actions à partir de l’Agenda Alafia 2025. Sur ce document, la version qui est connue est une version allégée mais ce document a identifié beaucoup de difficultés que nous connaissons aujourd’hui. Il y a assez de problèmes que nous vivons aujourd’hui. Notre insuffisance est que nous ne lisons pas et ne nous cultivons pas assez. Et que nos politiques sont des politiques politiciens et que ce n’est pas de la politique reposant sur la technicité. Ils devraient s’inspirer tout le temps de ce document, de ces choses écrites, de ce qui a été fait avant, de ce qui est fait ailleurs pour prendre leurs décisions.

Pensez-vous que le phénomène de la mutilation génitale est éradiqué au Bénin ou il y a une résistance ?
Il n’y a pas trop de mutilations génitales au Bénin, sauf dans deux petites régions. On ne peut pas comparer la situation du Bénin avec celle des pays du Sahel. Ça n’a rien à voir. Donc, on ne peut pas superposer. C’est ce que je vous disais tout à l’heure. Quand on globalise trop, on fait des erreurs.

Avez-vous accès à l’Ortb ?
Oui. Je pense oui. Vous m’avez déjà vu plusieurs fois à l’Ortb. J’ai fait des émissions sur l’Ortb.

Il y a des politiques qui se plaignent du fait de ne pas y avoir accès. Pensez-vous que l’Ortb devrait fermer les portes à certains?
Je suis d’accord avec vous que la politique actuelle de l’Ortb n’est pas la meilleure parce qu’une gouvernance qui ne veut pas entendre son opposition est une gouvernance qui se fourvoie. De la parole de l’opposant nait la contradiction et la parole de l’opposant vous permet de voir ce que vous faites mal et bien et de vous corriger. Une politique qui veut des résultats doit nécessairement entendre son opposition.

Madame Vicentia Boco se préoccupe-t-elle de sa blouse ?
Qui ? Moi ? Je suis tous les jours en blouse.

En conclusion
Je dirai que je crois quand même que nous faisons une erreur de penser que la réduction des inégalités entre les hommes et les femmes soit la bataille d’une certaine catégorie. Lorsqu’on regarde bien, on voit que dans les pays où les femmes ont été mises à peu près au même pied d’égalité que les hommes, il y a plus de justice. Le niveau social est plus équilibré. Donc, c’est un facteur de progrès pour les sociétés. Il faut que nous aussi nous voyions ça comme un facteur de progrès pour notre société. C’est essentiel. Et c’est ça qui va entrainer les changements que nous souhaitons pour notre société. Deuxièmement, je souhaiterais dire que ce n’est pas l’affaire de quelques-uns seulement. Nous, on est là seulement comme des porte-paroles. Mais c’est l’affaire de tout le monde. Si un mari sait qu’en quittant sa maison, que s’il était renversé par un véhicule, ce qui peut nous arriver à tous, la femme qu’il a laissé a la possibilité de prendre en charge les enfants, il aurait une inquiétude en moins. Je crois qu’il faut voir la chose dans ce sens. J’entends des jeunes dire, les femmes qui sont trop instruites ‘’j’en veux pas chez moi’’. Mais, ils ont tort. Parce que, de la femme instruite, on peut apprendre beaucoup de choses. Vous êtes complémentaires. Car, ni l’homme ni la femme ne maitrise tout. Un couple qui ne s’enrichit pas mutuellement est un couple qui n’est pas épanouissant. Donc, même pour l’homme, l’épanouissement est le fait d’avoir une conjointe avec qui il peut échanger, s’enrichir. Il est important de rappeler cela aux jeunes qui ont des réflexions superficielles. Notre éducation aujourd’hui n’est pas profonde. On n’apprend plus aux enfants le fondement de la société. Donc, nous devons être des éducateurs plus que des enseignants. Cela suppose que nous devons apporter le savoir-être, le savoir-vivre. Nous devons apprendre à nos enfants les vraies valeurs auxquelles ils doivent s’attacher.

Carte d’identité

« Je ne sais que m’occuper des autres »

Née à Natitingou un certain 22 janvier 1949, et originaire de Savi (Ouidah), département de l’Atlantique, Vicentia Boco, ne se définit que comme Béninoise à part entière. « Je ne suis ni du sud, ni du nord. Je suis Béninoise et je n’ai qu’une seule politique, le Bénin », avoue-t-elle. De parents enseignants, elle a connu le pays au gré des différentes affectations de ceux-ci. Du reste, elle passe son CEP en 1959 et décroche un Bac série D en 1968. « A l’époque, il me semblait que la médecine était le meilleur moyen pour rendre service. En plus de cela, j’ai choisi une discipline qui n’existait pas au Bénin, la radiologie », affirme l’ancienne ministre qui est le premier Béninois spécialiste de cette discipline.   C’est qu’elle aime se mettre au service des autres. «  Mon père et ma mère m’ont faite ainsi. Je ne sais m’occuper que des autres », dit-elle. Mais pour en arriver là, le chemin aura été long, long et dur. Entrée en Belgique, elle fait trois ans de médecine avant de tout recommencer à zéro en France, sans bourse. C’était le commencement de sa carrière professionnelle en France en 1974. Au bout du rouleau, la voilà médecin, elle fait un peu d’anesthésie réanimation avant de choisir  la radiologie, qui est aujourd’hui un instrument clé de la médecine. « Avant on traitait à l’aveugle. Aujourd’hui, la médecine pose d’abord un diagnostic, ce qui passe souvent par l’imagerie », argumente Vicentia Boco.  Mais au pays, personne n’avait encore idée de ce que pouvait représenter cette science inconnue. Elle enseigne un temps au Collège Polytechnique Universitaire (CPU, aujourd’hui EPAC) et finit  à la Faculté des sciences de la santé (FSS). Chef du service d’imagerie médicale du CNHU, elle devient vice-doyen de la faculté, directrice de l’école des assistants sociaux et de kinésithérapie en 2003. Elle fut même un temps Conseillère technique à la santé et aux affaires sociales du président Nicéphore Dieudonné Soglo. Sa carrière politique démarre réellement en 2006 lorsqu’elle a assuré la direction de la campagne du candidat Boni Yayi.  Elle a été par la suite chargée de mission du Président de la République avant de remplacer le Professeur Nago devenu Président de l’Assemblée nationale. Vicentia Boco a été nommée ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique, département  qu’elle a dirigé de Juin 2007 à Octobre 2008. A ce poste, elle s’est évertuée à poursuivre les réformes initiées dans le domaine de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique par son prédécesseur. C’est sous sa tutelle que l’Université d’Abomey-Calavi a entamé la concrétisation du système LMD, l’inscription gratuite des étudiants non secourus et non boursiers et la suppression des concours d’entrée aux écoles universitaires. Elle a également poursuivi la politique de renforcement des infrastructures universitaires. Dans le cadre de la déconcentration du système d’Enseignement Supérieur, des sites ont été négociés et obtenus. Il s’agit du site de Kétou, Adjohoun,  Adjarra, Abomey, Bohicon, Zakpota, etc.   Autrefois Présidente d’honneur du parti Forces Coalisées pour le Changement (FCC) après sa sortie du gouvernement, elle est demeurée très importante dans le dispositif politique du Président Boni YAYI qui le lui rend bien en la propulsant en 2009 à la tête de l’Institut national pour la Promotion de la Femme (INPF), poste qu’elle assurait cumulativement avec ses fonctions de Médecin, Chef Service Radiologie, au Centre National Hospitalier Universitaire (CNHU) Hubert K. MAGA. Depuis fin 2014, elle s’est libéré de sa blouse avec son admission à la retraite et se consacre entièrement à l’institut.

Intimité

Tout-terrain assumée

Vicentia Boco est déjà grand-mère de trois petits enfants. A table, elle se définit comme un tout terrain, « parce qu’effectivement, je n’ai pas de préférence particulière », dit-elle. Elle mange de tout mais préfère l’eau à toute autre boisson. Comme sport, elle fait de la gymnastique et de la marche. Comment allie-t-elle alors vie professionnelle et vie familiale ? Ses enfants lui reprochent encore ses absences fréquentes par le passé, mais son mari l’était tout autant. A la retraite depuis l’année dernière, c’est une activiste convaincue de la cause de l’enfant et de la femme qui a eu la chance de naitre dans une famille qui lui a donné toutes ses chances. Elle cherche aujourd’hui à aider les femmes à s’accomplir malgré leurs conditions difficiles.

 

La Rédaction

déclaration « Sous l’Arbre à Palabres » de Christophe Mègbédji , Maire de Klouékanmey au siège de l’événement précis: « Une bonne Décentralisation dépasse la révolution »

Maire de Klouekanmè88ème invité de la rubrique « Sous l’arbre à palabre » du quotidien L’Evénement précis le lundi 26 janvier, le premier de l’année 2015, Christophe Megbédji, maire de la commune de Klouékanmey, n’a pas mâché ses mots pour exprimer ses pensées. Il s’est confié avec plaisir aux journalistes qui ont abordé avec lui plusieurs sujets de l’actualité, surtout ceux  liés à la décentralisation et à la gouvernance locale. Sur ce sujet, le maire dont la commune est lauréate de plusieurs prix pour sa bonne gouvernance estime que « Le Fadec a rendu la plupart des communes un peu paresseuses ». Lisez plutôt.

L’Evénement Précis : La décentralisation a-t-elle porté ses fruits de façon globale dans votre commune?
Il faut commencer par dire que la décentralisation est un processus, un système qui colle au développement à la base, c’est aussi la démocratie au niveau local. Etant un processus, nous sommes dans un trajet qui va nous conduire inévitablement vers le développement qui se renouvelle. Lorsque nous réglons un problème pour lequel la population nous sollicite, un autre nait. La satisfaction d’un besoin peut nécessairement durer. C’est pour cela que c’est un processus dans lequel on est comme dans un tourbillon de manière à permettre aux populations de s’inscrire dans une logique de demander. Car on est là pour leur offrir les services pour leur bien-être.

Est-ce que les élus locaux tels que vous les avez connus en 2003 ont vraiment été à la hauteur ?
Je dois dire que les élus locaux, dans l’ensemble, ont fait des efforts notables. C’est vrai qu’on n’a pas pu faire tout ce que les populations attendaient de nous. Comme vous le savez, c’est une expérience que nous avons démarrée en 2003. Cette expérience a aussi été enclenchée dans d’autres pays de la sous-région. En faisant le tour de ces pays, nous nous sommes rendus compte qu’on a quand même fait un effort, mais il faut améliorer notre façon de produire le système. Inévitablement, il faut l’améliorer et pour ça, nul ne sera de trop. La décentralisation est assise sur un trépied. Nous avons le gouvernement central d’un côté qui devait être dans les stratégies. Vous avez les communes qui sont opérationnelles, qui travaillent, qui innovent, les partenaires techniques et financiers, vous avez aussi les gens de la société civile qui accompagnent tout le mouvement qui doit profiter à tout le monde. Nous avons fait des efforts et beaucoup de choses sont à améliorer.

Quelle appréciation faites-vous du rapport sur la gestion du Fadec ?
Il fallait s’y attendre. Pour commencer, je voudrais dire que je suis souvent peiné de voir les gens s’accoler seulement au Fadec. Quand je reçois les gens, je dis que vous êtes là pour le Fadec mais on devrait parler des fonds publics. Quand un conseiller communal, un élu local ou un collecteur municipal va dans les marchés pour obtenir les ressources au niveau local, tout cela devrait préoccuper l’Etat central et non seulement le Fadec. Mais, quand on mène le débat par rapport au Fadec, je dis que le Fadec n’est que la face visible de l’iceberg. Il y a une grosse partie qu’on ne voit pas. On devrait s’intéresser aux fonds publics gérés par les communes. Sur le terrain, on demande combien on a mobilisé et on nous demande de montrer ce qu’on a fait avec l’argent. Le débat devrait être plus étendu, plus large. Mais malheureusement, on l’a limité seulement aux fonds Fadec. Je dois dire que le Gouvernement est dans son rôle. Vous envoyez des fonds à des entités décentralisées autonomes, vous devrez attendre que ces entités gèrent bien les fonds. Pour savoir s’ils gèrent bien ces fonds, vous devez aller sur le terrain et c’est ce qui se passe. Ce n’est pas surprenant que l’Etat central envoie sur le terrain des auditeurs pour savoir ce qui s’est passé. Supposons que vous êtes député et que vous devez aller sur le terrain, ce n’est pas pour le pouvoir mais c’est pour aussi éduquer.

Mais le rapport est très critique par rapport à la gestion des municipalités
Oui, mais nous prenons acte de ce qui est dit dans le rapport. Comme nous n’avons pas encore eu de façon détaillée le contenu du rapport, il n’y a pas de problème. Le rapport qui est critique, nous devons prendre ce qui est dit dedans, les observations qui sont faites et nous inscrire dans ce qui est dit de sorte que ce qui est reproché aujourd’hui comme étant une erreur, ne se répète pas demain. D’autres viendront nous remplacer et ce n’est pas normal que ceux-là viennent commettre les mêmes erreurs. Certains vont rester encore dans le système et continuer. Nous avons des amis aux Etats-Unis qui sont déjà en train de faire 40 ans, 38 ans de gestion locale. Ceux qui vont continuer comprendront qu’il faut se corriger nécessairement, pas pour leurs propres causes, mais pour leurs populations.

Lorsque nous prenons le rapport surtout en ce qui concerne le Mono-Couffo, parmi les points qui sont reprochés, en ce qui concerne par exemple la gestion du budget, il est écrit dans les observations que les budgets sont fantaisistes et ne tiennent pas compte des besoins réels. Est-ce que c’est le cas à Klouékanmè ?
Vous savez, quand on l’écrit comme ça, c’est sujet à critiques. Le budget est un acte de prévision. Vous n’êtes pas le Tout Puissant ni Jésus. Vous dites je vais collecter 100 francs cette année, vous vous battez pour avoir les 100 francs mais vous n’y arrivez pas. Si vous avez un contretemps, étant donné que les budgets sont souvent basés sur les ressources locales, les taxes sur les produits vivriers, qu’est-ce que vous pouvez y faire ? Si au cours d’une année, vous n’avez pas la chance d’avoir de grandes récoltes, ne vous attendez pas à avoir de l’argent. Dire que c’est fantaisiste ne serait pas très juste, c’est-à-dire, qu’on n’a pas pu atteindre les objectifs fixés. On peut le dire mais on ne peut pas dire que c’est fantaisiste. Celui qui dit qu’il veut collecter 100 millions ne peut s’attendre à ce qu’il y ait une crue et que le champ serait dévasté. Quand les gens arrivent sur le terrain, il y en a qui sont des théoriciens et des praticiens. Mais lorsqu’on est théoricien ou praticien, on doit aborder les questions avec un peu d’attention, en considérant que ce qui est dit dans un budget n’est pas forcement ce qui est réalisé.

Est ce qu’il y a chez vous les organes de passation de marchés publics?
C’est la moindre des choses. C’est pour cela que nous nous sommes inscrits cette année dans la bonne gouvernance. Cette année, on a eu la chance d’avoir le premier prix de la bonne gouvernance. C’est normal parce que le code d’agent public a prévu un certain nombre d’organes dont les commissions, les cellules, pour veiller au grain. C’est vrai que ça permet à tout le monde d’être au boulot.

Le Fadec a-t-il servi à payer les salaires des agents municipaux ?
C’est arrivé dans des communes. Nous le regrettons et ça ne devrait pas arriver comme ça. Moi je suis le premier à dire ici que le Fadec nous a rendus paresseux. C’est vrai, j’ai été suivi par le maire d’Aplahoué qui a dit exactement la même chose. Le Fadec a rendu la plupart des communes un peu paresseuses. Quand nous avons démarré en 2003, c’est parce que nous avons refusé un certain nombre de choses, d’être ce que les gens appelaient des marionnettes. Nous avons décidé de montrer que nous sommes des serviteurs et ça nous a poussés à créer l’opération MARBRE. L’opération MARBRE a fait le tour du monde, pas seulement de l’Afrique. C’est un système de collecte de ressources locales.

Expliquez-vous
On a cette pierre précieuse chez nous qui est le marbre. Nous avons donné le nom MARBRE à l’opération. Nous voulons collecter les taxes sans faute pour aller vers le développement pour apporter aux populations des services.

Et quelle en est la spécificité ?
C’est que le premier agent collecteur est le maire. Il est suivi par les conseillers communaux, les chefs de village, tout le monde est dans le marché. Il y a aussi les Ong, les associations de parents d’élèves (parce que les gens attendent qu’on vienne construire des salles de classe dans leurs écoles) qui viennent nous appuyer. C’est une façon de rassembler des gens autour des ressources endogènes et ça a marché. Ça a marché et on nous a invités dans d’autres pays pour parler de ça.

Quel est le seuil que vous avez atteint en termes de collecte ?
Il nous est arrivé d’aller jusqu’à 134% des recettes prévues. C’est intéressant mais ça peut baisser en fonction des recettes de la commune. Il nous est arrivé de ne pas pouvoir atteindre les 134% mais on va au-delà de ce qui est prévu par rapport aux taxes de marché. Si c’est comme ça, c’est bien. Nous avons fait l’opération marbre et nous avons constaté que Klouékanmè a été suivi par tout le Bénin. La plupart des ministères étaient contents et le législateur béninois a fait dans le nouveau code électoral des conseillers communaux, des chefs de village, des auxiliaires, des percepteurs. C’est grâce à l’opération MARBRE. Ils n’ont pas dit opération MARBRE dans la loi mais ils m’ont suivi et je suis content. Parce que nous avons dit qu’on ne va pas croiser les bras à attendre l’Etat central ou les partenaires, mais on est incité à aller vers eux. C’est pourquoi on a créé l’opération MARBRE.

Si le Fadec a rendu paresseux les mairies, qu’avez-vous fait pour ne pas paresser ?
Nous nous sommes battus. Cela ne veut pas dire que nous crachons sur le Fadec. C’est une façon pour nous d’aller contre les lois. Lorsque vous voyez une compétence qui est transférée aux communes, on dit, à cet effet, l’Etat transfère les ressources y afférentes. Ça veut dire que l’Etat a le devoir impérieux de transférer les ressources dans nos communes. Seulement, il se trouve que les communes qui font déjà des efforts depuis 2003, constatent que ces ressources n’arrivent plus à couvrir les besoins comme avant. Ces fonds devraient venir en complément des efforts que nous faisons déjà sur le terrain. C’est ce qui a manqué à la plupart des communes et je crois que nous veillons au grain pour que ce mal ne nous atteigne pas. Mais ça va être difficile.

En termes de développement local, quels sont les grands défis que la décentralisation n’a pas pu relever chez vous ?
La décentralisation nous a permis d’aller dans diverses directions. Mais en termes de défis qui ne sont pas pris en compte par la décentralisation, je crois par exemple qu’on n’a pas pu aller vers l’enseignement secondaire. Les lois ont cru devoir donner l’enseignement secondaire seulement aux communes à statut particulier. Ce qui est une grave erreur. Vous vous occupez des enfants au niveau primaire, ils vous quittent et sont dans un trou. Quand il est nécessaire pour une commune d’aller vers l’enseignement secondaire, je crois que ça devrait prendre des mesures conservatoires parce qu’on a dit de faire la promotion de l’éducation de la jeunesse et nos enfants qui sont dans le secondaire sont compris dans cette jeunesse. Nous n’avons pas de ressources pour ça et les communes se jettent à l’eau pour pouvoir quand même aider les enfants. Si les partenaires arrivent et veulent m’aider pour la construction de la communauté, des classes, je ne peux pas m’y opposer. Si je dis non, ça veut dire que j’ai démissionné et je n’ai pas pris de mesures conservatoires pour capter ces ressources qui ne sont pas des ressources publiques mais venues d’ailleurs. Voilà pourquoi je dis qu’on devrait quand même nous permettre de nous intéresser à l’enseignement secondaire. Il y a aussi les aspects liés à la santé surtout quand on ne peut pas construire des centres de santé au niveau de la commune ou de l’arrondissement. C’est une aberration. Quand vous dites que la commune ne va pas sur le plan de la santé, vous réservez ça pour l’Etat. Mais nous pensons qu’il nous faut transférer aux communes, ces compétences. Nous sommes avec les parents et nous voyons comment ils souffrent. Nous devons pouvoir nous battre pour que tout soit bien fait. Prenez, par exemple, la culture.

Ne voyez-vous pas que c’est ridicule de voir un conseil de gestion d’un centre de jeunes dirigé par un directeur départemental ?
Il est le président de la cellule de gestion et le maire est son vice-président. Du coup, vous allez voir un directeur départemental qui sera président dans douze, treize voire quatorze communes. C’est ridicule. Voilà des défis qu’il faut relever. Je crois qu’il revient à la commune d’avoir la charge de s’occuper de la promotion des affaires sociales et culturelles. Ce n’est pas nous qui le disons, mais c’est la loi qui le dit et dans le même temps, on prend un arrêté en 2005 pour faire des directeurs départementaux des présidents de comité de gestion des centres de jeunes et de la culture. Nous avons dit que c’est une aberration. C’est un arrêté qui le dit et c’est parce qu’on a mal interprété la loi qui dit qu’au niveau des infrastructures communales, la mairie n’intervient pas mais intervient au niveau des arrondissements et au niveau du village. Il y a un défi et nous nous y préparons pour le relever à travers cette loi.

Comment arriver à changer la physionomie de nos communes qui ressemblent toujours à de gros villages ?
En réalité, le développement se vit. Si vous créez une ville, elle restera là mais n’aura personne. Vous voyez quand vous allez à Yamoussoukro, vous verrez des lampadaires dans la brousse. Autrement dit, la ville se crée d’elle-même. On ne la crée pas. Si vous la créez, elle meurt, donc, c’est progressivement qu’elle se met en place. C’est pour cela que nous avons choisi de ne pas aller dans les lotissements. Vous allez voir que la plupart des communes se sont lancées dans les opérations de  lotissement. Mais depuis environs douze ans, Klouékanmè n’est pas lotie. C’est un centre urbain qui a des obligations. Vous ne pouvez pas aller au lotissement sans faire le SDUC (Schéma directeur d’urbanisation de la commune), faire le PDU (Plan directeur d’urbanisme). Parce que c’est là que vous définissez les grandes orientations. Vous dites, voilà tant, tant et tant. Nous avons cinq zones d’habitation. Pour acheter une parcelle pour y habiter, c’est là. Ceux qui ont les scieries, les moulins à maïs, les grandes machines, vous créez des zones industrielles pour eux. Voilà, les gens vont vendre les produits fabriqués, il faut leur créer leur marché. C’est ce que vous devez avoir à Cotonou. Vous verrez ici à Cotonou, un beau matin, quelqu’un se lève puis installe un moulin à maïs derrière votre chambre à coucher. Or, normalement, quand on vient vous voir pour dire, je veux acheter une parcelle, dans quelle zone je peux rester ? Il voit avec l’agent de la mairie, et explique ce qu’il veut faire avec la parcelle. Non, je veux construire et habiter avec mes enfants en famille. Vous devriez être en mesure de lui répondre : attention, là, c’est une zone industrielle, vos enfants seront embêtés, vous-même serez embêté, la pollution sonore serait au top niveau. Si vous voulez acheter et construire pour y habiter, allez à tel endroit. Vous voyez, normalement, c’est comme ça qu’on devrait gérer les villes. Les services urbains seront gérés de cette façon-là. Malheureusement, je m’amuse souvent pour dire que nous nous sommes transformés en vendeurs de parcelles. Nous sommes en train de finir le PDU, on lance le lotissement cette année et nous sommes en train de faire le dépouillement pour le SDAC. Maintenant, il faut des moyens. Le gouvernement avait voulu nous accompagner au temps du ministre Gnancadja surtout avec les nombreux prix que nous avons eus. Malheureusement, ça n’a pas pris. On est obligé de lancer ça nous-même. Je suis quand même heureux de vous apprendre que le contrat est sur le point d’être signé alors que nous sommes presque à la fin. Donc, on va les voir pour orienter ces fonds-là vers d’autres zones agglomérées. Parce qu’on s’est dit qu’on doit pouvoir élaborer le plan du développement d’urbanisme des zones agglomérées. Ça veut dire quoi ? Si c’est un chef-lieu d’arrondissement, il y a un village qui se développe vite, on s’arrange pour faire le PDU pour prévenir l’installation des populations.

Vous avez été plusieurs fois sacré meilleur maire du Bénin, dites-nous vos secrets.
Est-ce qu’il y a de secret, si non, mon secret est que j’applique les stratégies et orientations nationales, puis, je suis beaucoup les conseils. Pas les mauvais, non, mais les bons conseils, je les suis. Ce n’est pas comme chez les autres. Un paysan peut prendre son téléphone et m’appeler, me dire : Monsieur le maire, il y a telle ou telle chose. Si vous faites si ou ça, ça peut marcher. Au téléphone bien-sûr. Chez moi, il n’y a pas de rendez-vous, il n’y a pas d’heure de visite, je reçois tout le monde à tout moment, pourvu que je sois là. Si je suis là, je vous prends. Maintenant, ça a un prix, si votre dossier est à jour, il n’y a pas de problème. C’est difficile, mais on fait ça. Nous suivons les conseils et nous évoluons par rapport aux textes. On n’arrive pas toujours à tout faire comme cela se doit mais on fait l’effort de lire les documents et on suit les textes. Ça nous a permis d’avoir plusieurs prix, c’est la commune des meilleurs prix. Et quand le journal La Nation l’avait écrit, ce n’était pas une erreur. Non, c’est vrai. C’est maintenant que je veux choisir une journée pour célébrer les succès. Et si j’ai les moyens, vous serez là. Vous m’avez invité maintenant, donc, je vous inviterai aussi au moment opportun. Nous allons montrer les prix qu’on a gagnés. Je me demande si dans la sous-région, il y a une commune qui a gagné autant de prix que nous. Je ne pense pas, puisque je vais ailleurs et je vois comment ça se passe. C’est vous qui nous avez aidé, vous êtes dedans aussi. A travers vos observations, tout ce que vous nous dites, c’est ça la réalité. On s’écoute et on agit.

De tous les prix que vous avez gagnés, lequel est le plus récent ? Ça doit faire une douzaine de prix ?
C’est plus que douze parce qu’au cours d’une année, il m’arrive d’avoir jusqu’à trois, quatre voire cinq prix. Il m’est arrivé d’avoir jusqu’à trois prix de la même structure, la Fondation Osiwa. Il y a d’autres structures et je demande pardon aux structures qui m’ont invité pour me remettre de prix et pour lesquelles je n’ai pas pu me présenter. Je sais que je vais passer les prendre.

Vous voyez les maires de la mouvance organiser des marches de soutien au chef de l’Etat. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
Vous savez, notre travail d’élu local est un travail délicat. L’Ortb avait organisé une émission qui était intitulée ‘’P comme partenaire’’ dans laquelle j’avais été reçu, je crois, c’était en 2004 ou en 2005. Et puis, je disais qu’après les élections, une fois élu, chaque élu local doit ranger dans les placards les propos électoraux. C’est tout. Vous avez eu la réponse je crois. Lorsque vous êtes élu, tous ceux qui ont voté pour vous ou pas sont de votre bord. Dans un Conseil communal, c’est une pluralité de façon de voir et de penser le développement. Vous avez des gens de tel parti ou des gens de tel autre parti. Alors, si la tête se lève pour aller faire ce qui se passe, est-ce que ce serait au nom du conseil communal ou en son nom propre puisqu’on l’appelle maire ? Je sais, le maire, c’est un dédoublement fonctionnel et ça peut bloquer le développement au niveau local. Vous allez appeler les gens pour venir balayer, ils ne vont pas venir. Il ne faut pas blesser les susceptibilités parce que dans la commune, il n’y a pas que des gens de votre bord. C’est pour ça qu’il faut faire beaucoup attention à ces choses-là. Pendant la campagne, vous êtes autorisé à sortir et à montrer vos couleurs. Ce n’est pas interdit.

Au cours de leur mandat, on a constaté que plusieurs maires ont tourné dos à leur parti d’origine. Qu’est-ce qui explique votre fidélité à votre parti, le PSD ?
Vous savez, j’ai beaucoup d’ambitions mais j’évite certaines. Je devrais tourner dos à mon parti depuis 1998. Mais oui. Vous auriez pu écrire ministre Mègbédji. Mais, je suis encore là, je suis patient et Dieu nous donnera ce qu’il peut. C’est Dieu qui pourvoit tout. Je suis maire mais c’est mon parti qui m’a demandé d’être maire. Ce serait pour moi de l’ingratitude si je lui tourne le dos parce que je me rappelle, qu’avant de devenir maire, on m’a dit, viens au village aider les parents. C’est le parti qui a dit ça. Je vais sur le terrain, je commence par travailler, et comme les choses marchent bien je vais lui tourner dos. Non, ça ne se passe pas comme ça. Si c’est qu’il arrive que je dois aller quelque part, que ce soit dans une entente parfaite avec le parti. Si je lui tourne dos, ce n’est pas bon.

N’avez-vous pas été approché par les FCBE ?
Vous savez, moi je fais la cour aux amis FCBE. Donc, je ne peux pas les empêcher de me faire la cour. C’est normal, c’est un jeu politique. Moi je dis que je vais débaucher des gens, je demande à des militants FCBE de me rejoindre. Je ne peux pas leur refuser de m’approcher aussi. C’est un jeu parfait. Ce que je fais, je ne peux pas leur demander de ne pas faire ça. C’est comme vous les journalistes. Vous ne pouvez pas dire aux gens la pression que vous subissez, que les gens vous disent, écris mois-ci, écris-mois ça. C’est vous-même qui acceptez de rester vous-mêmes.

Est-ce à dire que les idées qu’ils apportent ne vous convainquent pas ?
Non, écoutez ! C’est une affaire de conviction, c’est un débat d’idée. Quand la conviction, vous l’avez, c’est difficile. Vous voyez, si moi je demande à un militant PRD ou RB ou bien même FCBE et je dis, venez au sein de l’UN parce que je suis PSD. Et, quand je leur dis ça, je mets mes idées sur le marché, je les vends. Si j’arrive à les convaincre, ils me rejoignent. C’est comme ça. Eux aussi, ils vont apporter leurs idées qu’ils vont vendre. C’est un grand marché et c’est comme ça. Maintenant, si leurs idées ne me plaisent pas, comment voulez-vous que je les rejoigne ?

Le président Amoussou Bruno n’est plus à la tête du PSD. Est-ce à dire que le parti n’a plus un avenir certain ?
Pas du tout. Le président Amoussou, c’est un grand bulldozer. Il n’est pas parti, il est et demeure membre du parti. C’est le premier militant du parti. Vous savez, le président Amoussou, en démissionnant, a cédé sa place au premier vice-président, le président Golou qui est resté là jusqu’au congrès. Il est là en tant que président à part entière. Amoussou est là, toujours président de l’UN et le PSD est là toujours membre de l’UN. Il n’y a pas de raison de s’inquiéter. Personne ne voudra que le président Amoussou devenu président de l’UN disparaisse, personne ne voudra ça. Que le parti d’origine disparaisse, non. On travaille plutôt pour que les bases du parti se consolident davantage pour conforter l’UN.

Il y a une guerre de leadership qui s’est déclenchée au niveau du parti !
Vous attendiez autre chose ? C’est normal. Dans un parti, c’est normal qu’au sein du groupe, il y ait de ces disputes. C’est ça qui fait la vie du parti sinon, le parti ne peut pas grandir.

Ne craignez-vous pas une scission à la longue ?
Non, on n’ira pas jusque-là parce que ce ne sera pas profitable pour nous. Ça va être un émiettement des forces sur le terrain et, c’est nous tous qui allons en pâtir et à la longue, l’UN aussi.

De combien de maires dispose le PSD dans le Couffo ?
Ecoutez, vous savez que lors des élections de 2008, quand je prends le Couffo, nous avons perdu une commune sur six. On a perdu Dogbo comme vous voulez l’entendre. On est resté cinq jusque-là. Dans les autres départements, on a des conseillers communaux qui ne sont pas des maires et qui sont proches de nous parce que, appartenant au grand groupe que nous appelons l’UN. Je crois que les gens se battent sur le terrain. Si on compte, je crois qu’on n’a pas beaucoup de maires aujourd’hui, mais dans le cœur des Béninois, nous avons beaucoup de maires.

Entre le Général Fernand Amoussou et Emmanuel Golou, quel est votre camp ?
Est-ce que c’est une question de choix de camps ? Ce qu’il faut souhaiter, c’est qu’il y ait l’entente. Mais je crois qu’aujourd’hui, Golou est le président. Donc, tout naturellement, si on demande à un militant du parti de soutenir quelqu’un, il n’ira pas ailleurs. Si c’est vraiment un bon militant, il ne va choisir personne d’autre que Golou. Si c’est un bon militant PSD. Nous sommes au sein de l’UN et nous disons que Golou sera notre candidat et il revient donc à l’UN d’en décider. On ne peut pas être membre d’un parti et aller montrer du doigt une autre personne. Ce n’est pas que je tape sur quelqu’un. Et il ne faut pas ramener le débat seulement au niveau du Couffo. L’UN, c’est une grosse cylindrée même si on n’a pas pu avoir le pouvoir en 2011. L’UN est dans le Zou, dans le Plateau, dans le Nord profond, au Centre, dans l’Atlantique, à Cotonou. Quand on aborde le débat en opposant le président Golou au Général Amoussou Fernand, je vois que les gens s’inscrivent dans une logique de déstabilisation du PSD.Je n’aime pas que l’on fasse ce débat-là. Il faut voir le débat au niveau de l’UN et dire qui on pourra prendre de tous ces candidats potentiels ? Vous avez Force Clé, PSD, Madep et d’autres partis qui sont membres de l’UN. C’est là que se situe le vrai débat.

Vous êtes le maire de Klouékanmey. Est-ce qu’au nom des militants que vous avez pratiqués, le général Fernand Amoussou fait partie du PSD ?
Vous savez, il est difficile pour un parti de dire tel est mon militant et tel ne l’est pas. Je sais de quoi je parle.

Mais il y a des cartes de fidélité et de membre…
Non ! Un parti ne se limite pas à ça.

Mais vous l’avez dit. Si les militants devraient choisir entre Golou et le Général Amoussou, ils choisiront Golou…
Je vous l’avais déjà dit. Il ne faut pas ramener le débat à un affrontement entre Golou et le général Amoussou. Alors, cette question pour moi est sans objet. Ma réponse a été très claire. Mais si vous voulez, j’irai loin. Dans les règlements et statuts des partis, vous verrez qu’il est prévu des statuts de militants et de sympathisants. Parfois quand vous suivez bien, le sympathisant est plus fort que le militant lui-même. Ce sont les sympathisants qui déplacent souvent les montagnes. Ce ne sont pas les militants. Donc, ça peut arriver que, dans un parti, on ait des militants et des sympathisants. Je vous souffle qu’on peut être militant sans avoir sa carte de membre. Ce n’est pas formalisé. Cela peut dépendre du parti, lui-même, qui n’a pas su bien organiser les choses. Çà peut dépendre de l’individu aussi. Donc, on ne peut pas dire parce que vous n’avez pas votre carte de membre, vous n’êtes pas militant du parti. La preuve, moi qui suis ici, je ne sais même pas où j’ai déposé ma carte de membre du PSD. Alors que ça fait longtemps que je suis militant PSD et tout le monde le sait. Mais, si on me demande d’exhiber ma carte de militant PSD, je ne peux pas le faire. Donc, le débat n’est pas à ce niveau.

En tant que maire, dites-nous quels sont vos rapports avec le président de la république ?
Le président de la république est mon président. Vous savez très bien que c’est l’un de mes meilleurs amis, pas parce que je suis FCBE mais parce qu’il a eu à dire plusieurs fois, devant moi-même, qu’il est sidéré par notre façon de travailler. Quand on vous dit ça, forcément, cela doit vous rendre content. Et moi, je suis content d’entendre cela. Quand on me dit ça va, cela me donne des ailes aux pieds. Cela me permet de courir davantage. Quand les gens vous disent c’est bon, et que vous reculez, vous aurez honte après. Vous savez, c’est difficile d’être premier. Quand vous l’êtes, c’est que vous vous mettez d’os au coup.

Et si en 2016, Yayi vous demandait de marcher pour un 3ème mandat, vous le ferez ?
(Long silence…) On vous a dit que j’avais déjà marché une fois? (rire…). Non…. Ecoutez, le président, tel que je le connais, ne peut pas me demander cela. Il ne peut pas. Vous savez, des gens disent des choses en son nom aussi. C’est sa réaction pour dire que ce n’est pas lui qui fait ces commandes et qui amène les uns et les autres à faire ces genres de commentaires. Si non, il y a beaucoup de choses que les gens font. Mais moi, en tant que maire, je peux mettre des choses sur mon dos. Mais après, je peux réagir hein !

Comment vous voyez 2016 ? En fait qui peut être le prochain président du Bénin ?
A moins d’être Dieu.

Quel sera au moins son profil ?
Ahhhh ! Vous avez bien posé la question. Il faut que la personne soit vraiment inspirée par Dieu. Qu’elle aime le développement, au premier plan le développement local surtout. C’est-à-dire, tout part du niveau local. Les pays qui se sont développés ont compris cela. Et si on aménage bien le territoire, tout le reste viendra. Et personne ne va vouloir rester à Cotonou parce que vous savez que même là où vous êtes, il y a tout ce qu’il vous faut pour votre épanouissement, vous aurez la vie moins cher. A peu de frais, vous avez déjà tout ce qu’il vous faut. Que viendriez-vous chercher à Cotonou ? C’est parce qu’on n’a pas créé les conditions que nous sommes encore là. Et si on crée les conditions, vous allez voir que vous n’aurez pas les sièges de vos organes comme on les voit nombreux à Cotonou. Ils seront éparpillés dans le pays. Les gens iront s’installer dans toutes les régions du pays comme c’est le cas ailleurs. Et donc, ce futur président, doit aimer la décentralisation. Une bonne décentralisation peut même dépasser une révolution. C’est le meilleur système que nous n’avons pas pu produire jusqu’ici. Cela dépasse la révolution, le changement et même tout. C’est la décentralisation. Si vous donnez le pouvoir à la communauté, vous avez tout fait. Vous viendrez seulement pour coordonner, pour contrôler. Ce qui se passe maintenant là, doit nous amener à mettre beaucoup plus l’accent sur le transfert et même d’autres compétences. Que cela ne vous décourage pas. Augmentez les ressources à transférer aux communes. On ne peut que s’attendre à ce qui se passe parce que nous sommes en apprentissage. Il faut évoluer vers l’amélioration de notre façon de faire.

Et s’il vous était demandé de vous adresser aux populations dont les maires n’ont pas une gestion reluisante. Vous leur direz quoi ?
Je leur demanderais de ne pas se laisser gagner par la déception. Il faut qu’elles soient dans l’espoir d’un avenir vraiment radieux. Et je leur dirai que cet avenir est déjà proche. Ecoutez, ceux qui parlent là, est-ce qu’ils se sont amusés à savoir comment les fonds étaient gérés avec la centralisation (les préfectures et les sous-préfectures) ? Je crois que non. Ce n’est jamais publié. Mais ce qui se passe aujourd’hui est publié. Il y a reddition de compte dans les communes. Il y a les audits…

Et c’est ce que vous, vous avez fait avec succès. Comment vous y êtes parvenu ?
Vous savez, la reddition de compte est une bonne chose. Vous m’avez demandé les secrets. Ça en fait partie parce que quand vous parlez de ce que vous faites avec les fonds pour mobiliser les ressources après, c’est facile. L’opération marbre a marché surtout grâce à ça. Les gens ne savent même pas que c’est toi qui a construit les modules de classes. C’est peut-être seulement quelques sages et notables du village, le président de l’Association des parents d’élèves, qui le savent. Et à la fin, vous rendez compte de ça à la population. Vous leur dites : ceci, c’est le Gouvernement qui a fait, cela, c’est la commune, elle-même, et ce que vous voyez de l’autre côté, ce sont les partenaires financiers.

Que citerez-vous avoir réalisé avec fierté depuis que vous êtes à la tête de la mairie de Klouékanmey ?
Nous avons malgré nous fait l’effort d’apporter aux populations des services sociaux de base. C’est-à-dire, dans la mesure de nos possibilités. Et dans cet effort-là, nous avons été, disons, encouragé par des partenaires, l’Etat et l’ensemble de la société civile à travers beaucoup de prix. Pour moi, c’est le meilleur cadeau.

Est-ce que le dernier village de Klouékanmey dispose d’un centre de santé ?
Vous savez, la cartographie sanitaire du Bénin est modifiée. Il y avait les UVS qui constituaient une stratégie que le Bénin était en train d’abandonner pour s’arrêter au niveau de l’arrondissement. Même si avant que l’on ne change la stratégie, un certain nombre de communes comme Klouékanmey ont fait l’effort d’aller dans les communautés avec les UVS. Ce qui est remarquable, c’est que nous faisons l’effort d’aménager les pistes. Je voudrais remercier tous les partenaires qui nous ont accompagnés (DANIDA, Royaume des Pays Bas, l’Union européenne, le gouvernement central). Tous ces partenaires avec qui nous nous sommes mis pour apporter ces services-là aux populations pour que la femme enceinte puisse facilement quitter son village pour aller au centre de santé. Nous mettons tout en œuvre pour que les pistes soient bien praticables. Aussi, faisons-nous en sorte que les clients soient bien accueillis au niveau des centres de santé.

Quelle est votre plus grande déception ?
Ma plus grande déception est le fait qu’on oublie souvent la famille. Il m’arrive régulièrement de rester au bureau jusqu’à une heure avancée de la nuit.

Est-ce qu’il vous est arrivé une fois de vous sentir dans une commune de l’opposition ?
Je n’ai pas eu de bitume sur mes pistes. Nous sommes une commune enclavée. Vous savez, on fait beaucoup d’efforts qui ne sont pas encouragés à leur juste valeur. Et le fait de désenclaver notre commune est une façon de reconnaitre nos efforts.

Est-ce parce que vous ne marchez pas… ?
C’est une façon de ne pas comprendre le rôle de chaque acteur. Moi je vais dans les communautés, même celles qui n’ont pas voté pour moi. Quand je veux construire des latrines, une piste, je veux faire une école, c’est à base d’une fiche que nous avons qui est dressée par exemple sur le plan de l’école, par la CCS ensemble avec le service technique de la mairie. Et nous étudions les besoins de chaque école. Donc, c’est pour vous dire que le président devrait aller partout, quelles ques soient les zones. Parce que c’est cela son mandat. Une fois élu, il oublie les élections et pense à tout le pays. Si ce n’est pas comme cela, alors, on est passé à côté. Que le président ait reçu ou non des votes de Klouékanmey, il a le devoir de mener ses actions de développement là aussi.

Carte d’identité: Le premier des maires

Christophe Mègbédji est fait pour être premier. Déjà à l’école, on le connaissait pour son niveau nettement supérieur à celui de ses camarades. En 1974, il décroche son CEP à Adjahonmey, commune de Klouékanmey, et part pour Abomey toujours à cause de son travail. Habitué à entrainer les neveux d’un gendarme, il est sollicité par celui-ci affecté entretemps à Abomey, pour le rejoindre. Dans la cité historique, la réputation de Christophe n’a pas pris une ride. Seulement voilà, en 1982, alors qu’il était en terminale, série D, il échoue pour la première fois de sa vie. « J’étais tombé et cela a failli bouleverser ma vie. J’ai failli me suicider », se souvient-il encore. L’année suivante, il réussit brillamment. Il est aussi admis à l’entrée à l’Ecole normale, à l’ENA et à la Faculté des Sciences de la Santé (FSS). L’un de ses amis, Sossou Victor, l’incite vivement à faire l’ENA. « Tu ne feras jamais l’enseignement », lui a-t-il lancé, en le forçant presque. Nanti de son diplôme d’administrateur civil après le second cycle de la prestigieuse école, il fait pourtant partie de la première promotion des diplômés sans emploi au Bénin. Nous sommes en 1986. Commence alors la galère des petits boulots. Il donne des cours de droit dans les collèges privés, se fait ensuite employer chez un expert géomètre et finit par créer sa propre entreprise de Bâtiments et travaux publics, Lecogi-Sarl. Peu après, son parti, le PSD, lui demande de postuler au poste de maire de sa commune, Klouékanmey. « Pendant environ un an, huit mois au moins, on a discuté. On me demandait d’aller en campagne et je refusais. Ce sont les populations qui ont eu le dessus, parce qu’on m’avait entraîné au village », rappelle-t-il. Il finit donc par accepter et passe haut les mains le scrutin de 2002 qui le consacre maire de sa commune natale. Une douzaine d’années plus tard, il est toujours en poste. Considéré comme l’un des meilleurs maires du Bénin, Christophe Mègbédji ne cache pas que pour y arriver, il se sacrifie entièrement au service de la communauté. Les prix commencent alors à pleuvoir dès 2004. Il décroche le prix de la meilleure commune s’investissant pour un environnement sain. En 2013, il rafle trois prix d’affilée, dont celui de la bonne gouvernance dans les communes. Son secret, c’est non seulement le travail acharné, mais aussi une administration municipale dévouée et efficace. « Ceux qui sont à la mairie sont de Dassa, de Covè, de Dogbo, de Toviklin, d’un peu partout. C’est ma force », avoue-t-il. A l’en croire, pour éviter toute complaisance et en finir avec les problèmes familiaux dans le travail, le maire doit toujours recruter les meilleurs, de quelque origine qu’ils puissent être. Mais malgré tout son travail, des regrets subsistent. « Il y a encore des élèves sous les arbres. Il y en a partout dans nos communes. Il y a encore des enfants sous les paillottes », dit-il pour regretter l’immensité de la tâche qui reste. Père de huit enfants dont deux jumeaux et des triplés, il avoue manquer de temps pour s’occuper d’eux mais salue son épouse qui, selon lui, abat un travail formidable.

Intimité: Merci à madame

Marié et père de huit enfants, Christophe Mègbédji ne cache pas son infinie gratitude à son épouse qui a su éduquer leurs enfants. Il reconnaît, en effet, que la tâche est très difficile, surtout pour ce qui est de l’éducation des filles. Ancien volleyeur, le maire de Klouékanmè n’est plus aujourd’hui un grand sportif. Ses responsabilités ne le lui permettent plus. A table, il préfère largement les mets locaux, la pâte de maïs, notamment, accompagnée de sauce gombo bien assaisonnée.

 

La rédaction

révélation de Brice Sinsin, Recteur de l’UAC « Sous l’Arbre à Palabres » au siège de l’événement précis: « Très peu d’universités ont les performances de l’UAC »

Brice SINSINLes personnalités de grande importance se relaient à la tribune de L’Evénement Précis. Volontiers, le professeur Augustin Brice Sinsin, le recteur de l’Université d’Abomey-Calavi, s’est prêté à l’exercice de votre atypique rubrique  « Sous l’Arbre à Palabres ». Numéro 87ème dans le registre des invités à accepter de saisir ce canal pour s’adresser aux Béninois, le recteur, à cœur ouvert, a dressé le bilan de ses cinq années de gestion de l’Université d’Abomey-Calavi, une gestion matérialisée par le redressement de l’institution académique et une pléiade de prix raflés à l’international. Une Université dont il ne tarit surtout pas d’arguments pour vanter les performances. Sans langue de bois, il a fait le point  de la situation qui prévaut actuellement à l’UAC au sujet des mouvements de quelques étudiants qui contestent les frais liés à la double inscription. Resté de marbre sur le sujet, Brice Sinsin a avoué que c’est pour mettre fin au désordre qui devient grandissant, à chaque rentrée académique, que l’équipe qu’il dirige a décidé d’appliquer le décret portant gratuité de la première inscription de l’étudiant dans les universités.  Des révélations sur sa vie, et sur les 3ème élections du recteur et des vice-recteurs de l’UAC, il en a également été question dans ce riche entretien que nous vous proposons pour mieux découvrir le professeur Brice Sinsin, candidat à sa propre succession avec la liste « Alafia », reconduite pour une nouvelle mandature à l’UAC.

Et si on en parlait

Quelles sont vos premières impressions en étant l’invité de « Sous l’arbre à Palabre » ?
Il faut avouer que cela m’agrée beaucoup car, je me rends compte que la presse de mon pays s’intéresse davantage aux questions de l’éducation. Parce que justement, l’éducation est le socle de tout développement. Et les pays qui ont pu émerger et prospérer véritablement en ont fait leur cheval de bataille.

 Monsieur le Recteur, le campus d’Abomey-Calavi a encore connu des perturbations ces jours-ci, parce que des étudiants continuent de dénoncer le fait qu’il leur soit imposé le payement de la double inscription alors que la scolarité a été rendue gratuite par le Gouvernement. Qu’en est-il concrètement ?
Ils sont contre un Décret présidentiel et arrêté ministériel, et le premier concerné, c’est le recteur, puisque, moi, je l’applique directement à leur niveau. Quand on revendique ses droits, quand on proteste contre telle ou telle décision, je dirai de manière académique, dans les limites de ce que nous appelons franchises universitaires, ils ont plein droit de dire « telle chose me plaît, telle chose ne me plait pas ». Simplement, dès que l’on déborde des limites de la franchise universitaire comme ils aiment bien le dire, automatiquement, le recteur n’est plus qualifié, c’est la police républicaine qui est informée. Donc, il y avait eu, les deux premiers jours quelques débordements, des jets de pierres, des bris de vitres et quelques infrastructures sur lesquelles ils s’acharnaient à marquer leurs empreintes de mécontents. Automatiquement, la police est arrivée avec les outils classiques dont le gaz lacrymogène pour dissuader les uns et les autres.  C’est-à-dire que, ce sont les communistes qui le disent, ce sont les conditions d’existence qui déterminent la conscience des gens. Je refuse toujours de dire que je dois juger les étudiants, n’étant pas étudiant, mais je perçois la chose par rapport à ma position et en tant que membre de la communauté universitaire. Eux-mêmes disent « nous n’avons rien revendiqué et le Chef de l’Etat nous a donné quelque chose, la prise en charge des frais d’inscription ». La seconde chose, c’est qu’ils se disent aussi bâtisseurs de la Nation. Ça se ressent quand ils revendiquent. Ils pensent qu’ils sont en train de lutter pour le peuple, de lutter pour le développement du pays. En tant qu’éducateurs, nous devons enseigner les bonnes manières. Nous devons enseigner le civisme, le respect des lois, des textes qui régissent la République, et vu sur ce plan-là, je crois que, s’il n’y avait pas eu le décret, je serais un peu plus à l’aise, parce que tout est parti de mon initiative de prendre certaines mesures par rapport à ce qu’on appelle gratuité dans l’inscription. Ils contestaient tellement ma façon de voir les choses et, eux-mêmes, revendiquaient le décret. Malheureusement, ils revendiquaient quelque chose qu’ils n’ont pas lu et exigeaient, à l’époque, du recteur : « Nous voulons l’application intégrale, mais vraiment intégrale du décret, pas question qu’un recteur prenne un arrêté qui aille contre le décret ». Logique ! C’est à la lumière de cette revendication que l’équipe rectorale s’est interrogée. Quand le président avait pris effectivement la décision d’accorder la gratuité aux étudiants non boursiers, est-ce que cela n’a pas été porté par un document ? Nous avons commencé les recherches, et j’avoue que c’était périlleux, puisque, malheureusement, ledit décret n’a pas été distribué et vulgarisé tel que nous le constatons pour les autres textes. Nous avons fini quand même par mettre la main dessus à la présidence et dans Journal officiel. Une fois que nous l’avons eu, non seulement, je n’avais pas pris une mauvaise décision, mais le décret est venu corser ce que, moi, je leur offrais pour rester un peu dans l’équité. L’aspect moral de la chose est que, lorsqu’on t’accorde une faveur, après le baccalauréat, quand on est étudiant et qu’on se revendique bâtisseur de la Nation, on met la raison à côté du cadeau offert. Est-ce que ce cadeau me permet réellement d’étudier? Oui. Est-ce que j’abuse du cadeau par rapport aux dimensions que cela devrait couvrir ? C’est là où il y a le problème, de mon point de vue. Inscrivez-vous là où vous pensez avoir des compétences. Quand on te donne une bourse, tu as l’impression que tu étudies gratuitement, puisque ça ne sort pas de ta poche. C’est quelqu’un qui te donne cette bourse. C’est un peu comme cela que ça se présente. Le Gouvernement leur a donné une bourse qui ne dit pas son nom. Parce que le Gouvernement paie, tout au moins, a promis payer. Les Anglais disent « There is no free lunch ! ». Il n’y a pas de déjeuner gratuit. Donc, il faut quelqu’un qui paie de sa poche. Nous sommes aussi d’accord que, pour un bon parent, nous ne donnons de cadeau que lorsque l’enfant réussit. Parfois, vous voyez des parents très modestes, et qui s’efforcent d’offrir des cadeaux. « Je suis revenu du Certificat d’Etudes Primaires (CEP), je suis admis », on te donne un petit quelque chose, « je suis admis au brevet », on te donne un cadeau. Mais l’année où vous échouez aussi, vous faussez les choses. C’est évident. Ça veut dire qu’il n’y a pas de bourse pour un paresseux. Il n’y en n’a pas. C’est là où, réellement, nous les avons interpellés en disant « Allez-vous inscrire là où vous pensez être performants. Mais toutes vos libertés, qui sont légitimes, de dire « je suis capable de courir après deux lièvres, trois lièvres, quatre lièvres », vous payez par rapport à cela. Il y a toujours un coût pour vous former, ne croyez pas que tout est libre ainsi».
J’ai pu aussi goûter à la logique qu’il y avait derrière cela. C’est aussi une logique qui n’est pas tombée du ciel. Au fait, ce sont les mêmes étudiants qui sont venus me voir pour me dire « les chefs d’entités abusent de nous. Il y a trop de faux frais de photocopies, de réclamations et autres ». J’ai convoqué une réunion des chefs d’établissements avec les différentes associations d’étudiants. Nous avons éliminé énormément de frais mais, en même temps, aussi allégé les frais qui devraient être maintenus et qui étaient, à mon avis, relativement élevés. C’est quand nous avons procédé à tout cela que les chefs d’établissements ont dit « ok, monsieur le recteur, vous avez pris parti pour les étudiants. Mais voilà les problèmes qui se posent à nous. Ils viennent nombreux dire « je suis en double ou en triple inscription ». Chaque fois qu’il y a des examens, nous planifions par rapport au nombre théorique d’étudiants. On commande 12.000 copies de feuilles d’examen, mais il n’y a que 2000 ou 3000 qui viennent composer. C’est fantaisiste et voilà ce que cela nous coûte. Vous programmez les travaux pratiques pour 500 étudiants et vous n’avez que 200. Or, les consommables sont déjà achetés. Après, on s’est rendu compte que cette histoire de double inscription, c’est vraiment du leurre. C’est de là qu’on s’est dit que, si tel est le cas, mettons alors cette barrière par rapport à la large liberté qu’ils ont à interpréter ce qu’on appelle gratuité. Moi, je vais mettre la barrière et ainsi, ils ont leur prise en charge dans ce qu’ils supposent comme étant leurs domaines principaux. Tout débordement suppose que vous mettiez la main à la poche. S’ils avaient accepté, ça allait les arranger et personne ne serait en train d’en parler. Aujourd’hui, le décret dit : « si vous redoublez, c’est terminé ». Ce qui est juste. Personne n’est prêt à donner un cadeau à son enfant parce qu’il a échoué. Aucune institution de bourses ne vous paie quand vous échouez. Dès que vous redoublez, on vous rapatrie, c’est clair. Ce n’est pas quelque chose qu’on invente.

Est-ce à dire, qu’aujourd’hui, la gratuité est une mesure difficilement applicable dans un contexte béninois ?
Vu du côté des étudiants, ils disent que c’est gratuit mais en réalité, c’est l’impôt des contribuables que nous sommes, vous tous vous contribuez à cette prise en charge. Le thème de contribuable n’est pas tellement courant en Afrique. Chaque fois que l’Etat sort un franc pour donner à quelqu’un, sachez que c’est votre sueur à vous tous. C’est vos ressources qu’on prend pour aller donner quelque part. Je crois que l’Etat a dit : « Je vous prends en charge si vous n’avez rien pour venir étudier à l’université ». Ça veut dire alors que vous avez la volonté, la détermination et vous avez les capacités d’aller effectivement à l’université. C’est ce que cela signifie. Quand on vous prend en charge dans ces conditions, si vous échouez, reconnaissez que vous n’avez pas donné le meilleur de vous-même pour mériter ceci ou cela. Je crois que c’est possible. L’Etat dit : « Je veux offrir tel type de bourses ». Le concept qui est sorti est la gratuité. Ce n’est pas vrai. C’est une prise en charge par notre budget national de ceux-là qui n’ont pas la bourse.

Est-ce que ce qui est dépensé est remboursé en retour par l’Etat ?
C’est là qu’il y a le couac. Quand les problèmes ont commencé, nous avons commencé à chercher loin. Nous ne sommes pas entièrement remboursés. L’Etat essaie souvent de sortir une cagnotte par rapport à ce qu’ils appellent des contraintes budgétaires. A l’époque, c’était Abomey-Calavi et Parakou. Maintenant, il y a deux nouvelles universités. Ce sont donc désormais les Universités de Kétou, Parakou, Abomey et Abomey-Calavi. L’année dernière, on estimait que l’Etat nous devait quelques 800 millions de francs par rapport à ce qui n’est pas lié rigoureusement à la gratuité. Si on doit compter les multiples inscriptions, ça dépasse largement le milliard. Donc, l’Etat paie un forfait par rapport à la gratuité.

Quelles sont les actions phares que vous avez menées ?
Je suis un ingénieur de terrain. Quand je sortais, on avait un ministre du développement rural, Adolphe Biaou, paix à son âme, qui disait : « Je ne veux plus voir d’ingénieurs au bureau. Tous les ingénieurs sur le terrain ». J’ai beaucoup acclamé et ça a rencontré ce que j’aimais. Je me rappelle quand on m’avait envoyé au CARDER Borgou, on voulait tout de suite me nommer Directeur de Parc. Il y avait quelques résistances et le Directeur du CARDER Borgou me disait : « Mais il est là ». Et je lui disais : « Même si vous m’envoyez dans un village, j’irai monsieur le directeur ». C’est ainsi que, malgré lui, il estimait que ceux qui dirigeaient les aires protégées à l’époque n’avaient pas le niveau d’ingénieur et se demandait quoi faire si un ingénieur arrivait. Je ne suis pas l’homme des postes. J’ai dit : « Envoyez-moi là où vous voulez ». C’est ainsi qu’il m’a envoyé à Tchaourou où j’ai fait ce que je devrais faire. Les problèmes de plantations qu’il y avait au niveau de Tchatchou, la gestion des plantations d’anacardiers d’Agamarou, la surveillance, comment on doit rendre compte, comment on lance une campagne forestière. J’ai tout mis en ordre pour jouer mon rôle. C’est bien plus tard que je suis revenu à l’université. Donc, en tant qu’ingénieur, nous avons appris à résoudre les problèmes qui se posent à nous. Nous ne savons pas faire autre chose que cela. C’est pareil quand je soutenais ma thèse de doctorat en Belgique. Je disais à mon patron : « Je ne connaissais pas votre pays, je ne connaissais pas l’Europe mais j’ai vu que vous travaillez. Vous travaillez dans des conditions encore plus difficiles que chez nous en Afrique ». Quand il neige et que les travaux sont prévus, vous devez aller sur le terrain. On souffrait, mais j’aimais ça. Quand il pleut, on ne sait pas courir pour aller s’abriter. Je n’ai jamais vu ça en Europe. Vous devez intervenir en même temps que votre professeur. Le soleil n’est pas non plus un problème. Lorsque vous montez sur les Alpes en été, vous recevez les rayons UV directement. Mais, on travaille, on doit finir obligatoirement les deux semaines de stage. Je lui disais que « si je rentre au Bénin, mon laboratoire sera plus grand que ce que j’ai vu ici ». Effectivement, quand je suis rentré, j’ai construit le laboratoire à la dimension de ce que je voulais présenter. Je ne sais pas vivre avec un problème. Si c’est un problème humain, et que Sinsin est là, je dois trouver une solution. Je suis formé par rapport à ça. C’est un peu ce qu’on a fait à l’université. Je n’ai pas dirigé l’université. J’ai réinventé la façon de diriger nos institutions.

Quels sont les grands axes de cette réinvention ?
Les grands axes, c’est d’abord savoir ce qu’on appelle une ressource par rapport aux dirigeants, et un bien public. C’est le premier rapport qu’il faut avoir. Le bien public, c’est le bien de tout le monde que nous devons gérer pour que nos petits fils viennent aussi se sentir à l’aise. C’est inné en moi. Ce n’est pas quelque chose que j’apprends. Mais j’ai été éduqué dans le respect du bien. La seconde chose est la collégialité. Une équipe n’est pas un individu. Si on disait le recteur et rien autour du recteur, ok, c’est Sinsin. On a dit une équipe rectorale. Vous allez élire votre recteur, il y a deux vice-recteurs, un secrétaire général, un agent comptable. C’est ça qui constitue une équipe rectorale. A partir de cet instant, je n’ai pas besoin de savoir si nous sommes nés le même jour ou du même ventre. Le premier rôle du dirigeant, c’est l’harmonie. C’est d’expliquer aux autres que nous devrions être une équipe. Il n’y a rien à faire. Exactement, si on avait de vrais partis politiques, vous croyez qu’il y aurait tous ces débordements où quelqu’un est élu sur la liste d’un parti et, après, va dans un autre parti, parce qu’il n’y a jamais eu de discussions. Même si je connais des échecs, c’est vous qui devriez me couvrir. Pour moi, l’équipe dirigeante, c’est d’abord ça. Mais que constate-t-on ? Aujourd’hui, on vous lâche. En un second temps, le chef dans une démocratie, de mon point de vue, est un symbole parce que dans nos traditions, c’est ce que j’ai compris. C’est le trône qui importe. Les juristes disent qu’on respecte la robe du magistrat ignorant. Par rapport à ça, tout ce qui est dans ma tête, vous allez le trouver dans la tête des deux vice-recteurs, du secrétaire général et de l’agent comptable. Je peux voyager 10.000 fois, vous prenez n’importe qui, c’est la même chose. C’est d’autant plus important qu’une fois, je recevais une équipe du Programme d’assistance aux universités. C’est un Programme de la Banque africaine de développement. Nous étions partis négocier d’autres programmes de l’UAC à la BOAD à Lomé. Nous n’étions pas rentrés quand ils sont passés. Et ce sont les chefs services de la coopération qui ont dirigé, de façon exemplaire, la séance. Ils étaient plus ou moins vers la conclusion quand nous sommes arrivés. C’est toute l’équipe qui était allée rencontrer la Banque ouest africaine de développement (BOAD) à Lomé. Le monsieur a dit : « J’ai jamais vu ça, monsieur le recteur, vous n’êtes pas là, personne n’a dit d’attendre. Ils nous ont invités et ça a été entièrement couvert. Je me suis tu. C’est ce qu’on appelle une gestion démocratique et ce n’est pas le plus extraordinaire. Ils rentrent dans n’importe quel secteur, ils verront exactement la même chose. Rien n’est caché à l’UAC. Diriger, c’est servir. Si tu ne veux pas servir la communauté, restes dans ton petit coin.

Vous faites aussi les infrastructures ?
Oui. Les infrastructures ne sortent pas de n’importe où. Si vous ne savez pas avoir de respect au bien public, si vous ne savez pas créer cette ambiance, il faut oublier les infrastructures. A moins que quelqu’un me donne de l’argent pour me dire d’en implanter. Vous êtes obligé d’amener les uns et les autres à se voir à travers les réalisations matérielles et qu’ils se sentent aussi réellement engagés dans l’entretien bien au-delà de votre mandat. Je crois que c’est ce qui est le plus important. Sur le plan académique, il y a eu le redressement de notre année académique. On avait une année académique où personne ne savait quand ça commence et quand ça finit. On a dû redresser cela pour que l’académie ait des normes, des garde-fous. Je crois que ce sont les chantiers-phares.

D’aucuns estiment que c’est sous votre mandature que l’université est la plus médiatisée par rapport aux réformes
Certainement à l’international. L’un des marchés que nous perçons difficilement, c’est le marché du business. Les entreprises ne perçoivent pas les universités africaines comme étant le lieu où on peut appliquer ce que nous enseignons,… l’entreprenariat, la bonne gestion. Alors, nous avons réussi à l’UAC à entrer dans ce secteur essentiellement réservé aux entreprises privées. Ce qui nous a valu tous les prix qu’on a obtenus.

Citez quelques-uns
Nous sommes à une dizaine maintenant. La plupart sont soit liés à la bonne gouvernance, soit aux performances réalisées, soit à l’innovation, soit au fait qu’étant une université hors norme, c’est-à-dire, que la plupart des universités à gros effectifs, c’est trente mille, quarante mille étudiants, alors quand on vous dit que vous gérez une université de cent mille étudiants, avec une année académique claire, avec un certain nombre de performances, ça devient quelque chose d’exceptionnel. Et vous le faites sur plusieurs années. Ce n’est pas qu’on vous a vu et qu’on est revenu l’année qui a suivi et vous êtes au creux de la vague. C’est ça qui a fait que les grandes institutions qui priment les entreprises qui font des performances, quand elles entrent dans le secteur éducatif public, très peu d’universités ont nos performances. Nous sommes une des rares universités à maintenir ce cap-là.

Alors, monsieur le recteur, le bilan est élogieux. Mais, vous aviez toujours affirmé que vous n’alliez plus rempiler. Et si l’autorité vous disait de revoir vos ambitions ?
Le premier janvier dernier, à la fin de la présentation des vœux, j’avais dit à mes collègues que j’étais en fin de mandat. Ça a été la panique généralisée. Je ne dors plus depuis le 09 janvier passé. Les premiers journalistes à m’avoir abordé après les premières réformes, je leurs disais que j’avais des ambitions. Mais, il y a aussi la mission qu’on m’a confiée. Et je dis, à l’université, au rectorat, que je suis en mission. Ce n’est pas du tout une ambition pour moi. Pour moi, l’ambition, c’est votre rêve surévalué. Ce que vous vous dites. J’ai besoin de faire ceci, et vous vous engagez, c’est une ambition. Mais en tant que citoyen, vous vous dites, à tout moment, on peut me confier un devoir. Et quand j’accepte, moi, Brice Sinsin, vous avez l’impression que c’est mon ambition. Au poste de recteur, je ne suis pas épanoui. Je ne suis pas formé administratif. Moi-même, je reconnais mes fautes. Heureusement que j’ai un secrétaire général et un conseiller juridique qui me guident. Je suis formé avant tout pour la recherche et l’enseignement. Donc, je ne suis pas du tout épanoui. Mais j’assume une mission pour ma communauté. Et c’est ça la difficulté qu’il y a à me comprendre lorsque je leur dis que je n’ai pas l’ambition de rempiler. L’Etat ne m’a pas formé pour ça. Sinon ce serait du gaspillage. Regardez tout ce qu’on a investi en ma personne et moi je vais dire que je viens juste pour gérer une université. Je dois former d’autres, je dois mener des recherches qui sont exigées de tout universitaire. C’est là où réellement je me sens vraiment épanoui.

Et si l’autorité exerçait des pressions sur vous et vous demandait de venir poursuivre la mission, que diriez-vous ?
Non, je crois que deux semaines avant, je serai encore dans le doute. Le jour où le ministre a rendu public l’arrêté, j’ai réuni les deux vice-recteurs et j’ai dit qu’il y a déjà des pressions, pas seulement sur moi, mais aussi sur mon épouse et sur mes enfants, sur mes proches. On dit ‘’mais il faut que je revienne’’. Tant que je ne décide pas à l’interne, il n’y a rien à faire. Je ne sais pas vous donner une réponse avec beaucoup d’empressement. Et quand j’ai reçu l’arrêté, on a échangé, les uns et les autres ont donné leurs points de vue. Je reconduis la même liste avec la même volonté, la même détermination. Mais j’avoue que je me sentais soulagé quand j’arrivais en fin de mandat. Je me voyais revenir à ce que j’aime le plus, être en forêt avec les étudiants, être dans mes missions, rencontrer d’autres collègues. Mais bon, c’est vrai, les arguments étaient divers. Allons-y et nous allons voir si en bout de chaîne nous allons être acclamés. Donc, ça a fait que notre liste était baptisée ‘’Alafia’’. On a dit alors, reconduisons simplement la liste en mettant simplement ‘’Alafia 2’’. Certes, mais avec d’autres programmes. D’autres disent ‘’reviens pour consolider’’. Moi, je ne suis pas un homme qui fait du surplace. Il s’agira d’autres programmes plus ambitieux.

Monsieur le Recteur, dites-nous si vous êtes fier de participer à une élection dont les règles de jeu viennent d’être changées ?
C’est une façon de voir les choses. Le premier décret que le Gouvernement a pris en 2006 disait que la mandature est de cinq ans en une seule fois. Lorsque nous avons participé à la seconde élection des recteurs en 2011, le ministre a modifié les règles du jeu en ramenant le mandat à trois ans. Modifiant ce décret, je crois qu’il faut aussi le reconnaitre, c’est un ministre qui fixait les règles de jeu à l’approche de chaque échéance. C’est valable pour les recteurs, c’est valable pour les chefs d’établissements. Lorsque ces échéances arrivaient à terme, il a encore réuni maintenant tous les recteurs, toutes les équipes, les syndicats pour nous dire que nous allons repartir sur la base de l’ancien décret. Et comme il a l’habitude de le faire, il a repris un autre arrêté pour fixer ces élections-ci. Le premier, c’était pour corriger les cinq ans en trois ans.

Monsieur le recteur vous avez accepté conduire la même équipe. Quelles sont les priorités que vous allez défendre à nouveau ?
La première des choses, on vous dira qu’il continue l’œuvre. Il faut qu’il consolide. C’est mal me connaître. Moi, je ne sais pas tourner sur moi-même et dire que je fais du développement. Je vais créer davantage de choses. Comme je vous l’ai dit, je me suis déjà déplacé vers la BOAD. J’ai échangé avec le représentant de la Banque africaine de développement (BAD). Nos crédos sont déjà passés. J’avais déjà réuni aussi les institutions bancaires de la place. La BOA, Ecobank sont déjà toutes prêtes à m’accompagner. Je ne veux plus discuter de quelques millions où on ne fait pas grand-chose. Je veux aller vers le milliard. Je veux aller avec notre conseil d’administration et engager cette fois-ci l’université dans des prêts de 10 voire 15 milliards puisque l’ambition aujourd’hui est de restructurer certaines grandes facultés comme la Faculté des lettres arts et sciences humaines. Quand on dit Flash, ça veut dire quoi ? Pas grand-chose. Mais les départements font énormément de bonnes choses qui ne sont pas visibles à travers ce grand chapeau. Donc, on les a déjà instruits de commencer par réfléchir à la manière dont nous allons les sortir en tant qu’institut. Il y a l’institut de la psychologie et des sciences de l’éducation, c’est déjà prêt. On aura l’institut de linguistique. Le professeur Hounkpati a déjà élaboré quelque chose. Il y aura l’institut de géographie et d’aménagement de territoire qui est déjà quasi fait. Le bordereau est déjà signé pour être envoyé au ministre. On a déjà créé l’Institut national de l’eau, l’Institut de la sécurité alimentaire. L’apprenant, c’est la compétence qu’on attend de lui en bout de parcours. Pour les langues, je viens d’en discuter avec le chef du département d’anglais. On va sortir les langues. Quand vous apprenez l’anglais, ce n’est pas seulement pour aller enseigner. Il y a énormément d’autres choses qu’on peut en faire. Vous pouvez créer votre propre entreprise d’interprétation, ou créer de petits centres et prendre des nigérians, ils sont demandeurs. Une fois que la qualité y est, tout est possible. C’est ainsi que nous devons aller de l’avant dans l’art. Ils ont préféré s’associer aux historiens pour créer leur institut. J’ai déjà vu des conservatoires de danse et ainsi de suite. Et c’est sûr que si on leur donne plus de visibilité, il y aura plus d’engouement. Il faut aussi regarder ce que font des collègues d’à côté. Nous avons l’INJEPS qui a une belle initiative de placer ses stagiaires dans les collèges qui n’ont pas de professeurs de sport. Et ça leur rapporte énormément de l’argent. Quand les mathématiciens sont venus pleurer « on n’a rien », nous leur avons dit mais vous n’avez rien parce que vous n’avez pas su valoriser l’atout majeur que constituent les sciences mathématiques. Courrez pour aller copier vos collègues de l’INJEPS. Regardez combien de collèges et lycées manquent de professeurs de mathématique dans ce pays. Vous formez correctement en deux ans, vous les placez en stage et ils donnent de bon cours et vous les suivez, mais en retour, une fois que vous placez, c’est cent mille, c’est deux cent mille. Si vous restez entre vous à aller donner des cours dans les collèges privés pensant que c’est le développement des sciences mathématiques, mais vous vous trompez. Mais je crois qu’ils ont compris. On doit être toujours réactifs. Mais tout cela nécessite des investissements. Je ne veux plus me contenter des neuf cent millions que le Gouvernement donne pour faire ces genres de choses.

Est-ce que vous pensez que le système éducatif béninois est aussi fragile comme le disent certains ?
Comme je vous l’ai dit, la question de l’éducation doit être abordée de façon très sérieuse. Les résultats catastrophiques du Baccalauréat sont d’abord dus au fait que tous s’engouffrent dans la série D.

Est-ce que c’est la faute aux enseignants ?
Je suis enseignant et quand je donne un devoir et que moins de la moitié à la moyenne, je m’en prends d’abord à moi-même. Est-ce que j’ai eu le temps d’expliquer à tout le monde ce que je trouve d’évident parce que nous n’avons pas pris le même train et nous n’avons pas les mêmes envies des mêmes disciplines de la même manière. Et, tout étudiant qui rentre dans ma classe doit se dire, je veux acquérir les compétences qui sont là. Lui il est venu pour le faire. Mais, est-ce que j’ai su lui restituer cela ? Est-ce que je lui ai accordé l’écoute nécessaire ? Est-ce que je ne suis pas en train de donner en deux heures le chapitre que je dois dispenser en six heures ? Donc, l’enseignant est comptable, à plus d’un titre, de l’échec de son élève à un certain niveau. C’est obligatoire et c’est ma conception à ce niveau-là. Il faut reconnaître que nous n’avons pas donné le meilleur de nous-mêmes pour aider nos élèves. Il faut aussi rappeler que nous avons passé une année presque vide avec trois ou quatre mois de grève. Ça a certainement perturbé les candidats, comparativement au privé. Mais, globalement, c’est une ambiance et quand l’élève n’est pas suivi au quotidien, il y a énormément d’éléments perturbateurs. En notre temps, c’était uniquement le football ou rien. Si tu n’es pas en classe, c’est que tu es sur le terrain. Mais, aujourd’hui, rien qu’avec votre portable, vous pouvez vous servir tous les jeux. Donc, il y a énormément d’éléments qui perturbent et en plus de tout ça, on leur offre encore l’occasion de ne pas être au cours par ces débrayages. Je pense que ça aussi, forcément,  a contribué à ce résultat.

Quel est le bilan du téléthon que vous avez organisé en septembre 2013 à l’UAC ?
Disons qu’on visait à peu près 500 millions et nous avons eu en net un peu moins de quatre-vingt-quatre millions avec aussi une promesse en matériels de cinquante millions. Donc, ce n’est pas si mal que ça. On a déjà démarré. L’architecte nous a déjà proposé quelque chose parce que nous lui avons demandé de revoir les ambitions à la baisse. Nous-mêmes pouvons faire l’effort de construire un bâtiment de 250 millions. Donc, on a repris tout le plan pour l’adapter à nos moyens et, dans le budget 2015, nous allons compléter le reste. Mais la fondation et tout le reste devaient déjà commencer par rapport à ce que nous avons comme acquis.

Aujourd’hui, l’Université Houdégbé a un amphi sur le campus d’Abomey-Calavi qui porte son nom. Selon vous, est-ce normal qu’une université privée implante un amphi comme ça dans une université publique ?
Vous savez, j’ai été à Dassa. Dassa était sous la juridiction de l’UAC. On m’a obligé à visiter une dame qui s’appelle Tanti Rita ou Tanti quelque chose comme ça. On m’a dit que je dois voir cette dame parce qu’elle aide beaucoup notre campus. J’ai été la voir et elle m’a dit « voilà ce que j’ai fait ». Elle a donné des domaines à notre campus et elle a construit un genre de salle de conférence. Mais, pour moi, pauvre enseignant, je voyais ça comme un amphithéâtre qui peut prendre près de 500 personnes. Je disais, mais, malheureusement que c’est à Dassa. On aurait pu conseiller cette dame de construire cet amphi à l’UAC et nous, on allait louer cela et retourner les frais à Dassa parce que là-bas, je ne sais pas combien de conférences on peut faire dans cette salle pendant combien de temps pour amortir ce qu’elle a investi-là. Je lui souhaite bon vent. Que des gens aillent là-bas animer beaucoup de choses. Mais, j’aurais pu inviter cette dame a fortiori à construire cet amphi à l’UAC tout comme un autre béninois qui se dit satisfait de la bonne gouvernance que nous avons instaurée et qui nous offre un amphithéâtre. C’est ce qu’il faut médiatiser, encourager, accepter par la marque de la fraternité que nous avons placée en notre devise, à savoir que nous devrions nous entraider partout. Quelqu’un est en train de soulever une pierre pour l’édifice commun. Comment allons-nous faire pour l’aider à en accumuler davantage, à tous les niveaux. Je crois que c’est ce que Houdégbé a fait et je suis pour qu’on sorte de l’anonymat ceux qui font avancer notre communauté. Ce que nous, Béninois, nous n’aimons pas. Quand vous venez à l’UAC aujourd’hui, les rues maintenant ont des noms, les bâtiments ont des noms. Offrez un stylo et le stylo portera votre nom, non pas parce que nous voulons vous faire connaître mais il faut que nous apprenions de cela une leçon qui est que nous pouvons donner une partie de notre bien à notre communauté et la meilleure manière de le faire comprendre aux jeunes, c’est de dire, tel a fait. Voilà son nom pour ne jamais être oublié au fil des années. Voilà le symbole dans lequel est inscrite cette action.

Qu’est-ce qui bloque la mise en application de la convention des agents contractuels de l’UAC ?
Je peux vous dire que ce n’est pas la mise en application. Sinon, elle l’est de manière générale. En fait, ce qui manque, ce sont les primes. Ils ont forcément regardé du côté les primes que perçoivent les agents permanents de l’Etat. Ils ont des primes de logement, des primes de rendement, des primes d’heures supplémentaires et bien d’autres choses. Il faut dire qu’on était sorti de cette situation sous l’ancienne mandature. Le recteur Norbert Awanou avait fait l’énorme effort de les aligner un peu mieux que les Agents permanents de l’Etat. Ce qui a entraîné des rappels énormes et beaucoup d’établissements  ont dû souffrir pour les aligner par rapport à cela. Du coup, ce sont les APE qui ont commencé par jalouser leurs collègues puisque, à grade égal, salaire égal, certains contractuels ont commencé par gagner plus que les APE. Dans une mandature, on ne peut pas, du jour au lendemain, tout faire. Il y a des services qui ont déjà pris les dispositions. Au niveau du Rectorat, par exemple, nous ne distinguons pas APE et conventionnés. Quand il y a une prime, on le partage à tout le monde de la même manière. C’est vrai, on peut toujours demander un peu plus mais, voilà les efforts qui ont été faits. L’université n’est pas là où on doit gagner de gros salaires forcément. On n’est pas une banque. On n’est pas une société d’assurance, et si c’est quelque chose, on en fait profiter autant que faire se peut à tous les membres de la communauté universitaire.

Comment rationaliser les recherches des enseignants et étudiants de l’UAC dans la vie réelle ?
C’est vrai, mais c’est une question qu’on ne se posera jamais en Europe. Jamais. L’Européen a déjà quitté cette étape. Dès le début, qu’on voit les professeurs faire de la recherche. On voit tout de suite le produit et c’est normal. Lorsque je prends ce verre, quelqu’un a d’abord réfléchi sur comment concevoir cela. ‘’ Voilà, on ne va pas toujours garder les mêmes verres et les laver chaque fois après utilisation. Faisons des verres jetables qui ne seront utilisés qu’une seule fois’’ et on a conçu ceci. Pour un habitant de ces pays émergents ou développés, on sait automatiquement qu’il a fallu de la recherche pour en arriver là. En Afrique, nous ne percevons pas les produits de la recherche. Nous sommes tous conscients que lorsqu’un vieux dit qu’il va te faire un médicament pour traiter ton mal, automatiquement, nous savons qu’il a été dans la brousse. Il a cherché des plantes. Il connait les plantes. C’est ça. Il a fait de la recherche pour l’avoir. Si ça concerne nos valeurs, nos cultures, automatiquement, nous savons d’où ça vient. Mais si ça concerne la recherche dans le système moderne, nous ne percevons pas cela pour boucler la chaine.

Franchement, que faites-vous pour faire connaître au Gouvernement les nombreuses recherches qui se font, chaque année, sur le campus par les enseignants et les étudiants à travers les soutenances de mémoires ou autres ?
Il a bien donné le mot. Qu’est-ce que je fais pour faire connaître ou même imposer aux autorités les recherches. C’est-à-dire que quelqu’un a faim et dit qu’il attend que le Gouvernement lui donne son salaire avant qu’il ne mange. La recherche est une chose culturelle. C’est ça le problème. Le président de la République sait que, pour développer tel ou tel produit et avoir une place dans le marché, il faut que je produise quelque chose. Même si je ne produis pas, à partir du néant, j’améliore quelque chose et même si je ne veux pas améliorer, il faut que j’améliore un procédé. Ça va de soi. J’étais aux Etats Unis la fois dernière à l’université du Missouri. Un professeur émérite qui me recevait et qui se chargeait de l’accueil et moi étions partis dîner. J’étais là quand le gouverneur de l’Etat de St Louis est arrivé. Là-bas, le gouverneur, c’est comme le président de la République. Mais il est venu s’asseoir et je dis ‘’mais comment un gouverneur peut venir et s’asseoir comme ça parmi tout le monde qui mange par-ci par-là ?’’. Mais là n’est pas l’histoire. Le professeur qui me recevait est allé saluer le gouverneur et ce dernier à son tour, en plein repas se lève et dit : « Professeur, en cette année, je double votre budget sur la recherche. C’est déjà décidé au niveau du conseil». Vous imaginez, doubler le budget de la recherche dans un pays comme les Etas Unis, ce n’est pas une mince affaire. Il est venu le dire parce qu’il sait ce que ça signifie. C’est pour dire qu’on n’a pas besoin de courir derrière l’Etat pour dire j’ai besoin de ci, j’ai besoin de ça. Non, c’est culturel. C’est logique qu’en disant Université et Lycée, les lycées répètent ce que les universitaires ont créé, les universitaires doivent obligatoirement faire de la recherche. Mais il y a deux choses. La première, c’est amorcer la recherche. Et l’amorce conduit à ce qu’on appelle la pratique technologique. C’est-à-dire, vous défendez une thèse. On a beaucoup de produits dans ces thèses qui font objet de publications, de fiches techniques. Mais ça reste dans les journaux, dans les publications, ou comme on le dit classiquement, ça reste dans les tiroirs. Le chercheur a accompli sa part d’étude. C’est le développement qui est ce maillon manquant de la chaine. Qui va financer ce que nous nous avons en miniature au laboratoire et l’envoyer à l’étape industrielle ? C’est ce qui nous manque en Afrique de manière générale. J’ai donné toujours un exemple que je répète partout. Le « acclui » (bouillie) maintenant peut être consommé comme du gari et conservé pendant des mois. Mais le collègue qui a mis cela au point, l’avait présenté comme une thèse. Il a stabilisé et bloqué la fermentation du maïs. Il a défendu sa thèse et fait les publications. Ce sont les instituts du Pays Bas qui ont dit ‘’mais non, vous dites que c’est un produit de grande consommation, un produit demandé. Pourquoi allons-nous nous arrêter à ce niveau ? Passons à l’autre étape !’’. Et ils ont construit la première unité industrielle de fabrication de « acclui ». C’est ça qui fait que maintenant on peut boire « acclui » à Paris, à Frankfort, ainsi de suite. Qui doit financer l’étape d’industrialisation qui dépasse largement les budgets de programmes de recherches classiques ? Dans notre rapport annuel, nous disions que l’effort est perçu à travers les publications, à travers les brevets qu’on peut obtenir. C’est cela qui montre la force de l’invention de chaque publication. C’est le premier indicateur. Le second, est-ce que nous pouvons passer à une grande échelle de production? Je vous donne l’exemple de mon laboratoire (Laboratoire d’écologie appliquée) où nous avons beaucoup travaillé sur le baobab. On s’est dit, tout le monde vient d’Europe, d’un peu partout pour voir ce que nous découvrons au niveau du baobab. Voilà que c’est un fruit qui a de la valeur. C’est même coté sur le marché européen. Qu’allons-nous faire ? Il faut passer de la cueillette cette fois-ci aux plantations du baobab. Et il faut préparer tout cela. Quand vous allez à Sékou, vous allez voir deux hectares et demi de plantations de baobab, à Dassari dans la zone nord, nous avons fait à peu près trois hectares là-bas sur la ferme d’un ami qui fait de l’élevage d’autruches. C’est pareil pour le tamarinier. Ce sont de grands sites. Or, normalement, quand nous parlons de parcelles expérimentales, c’est quelques ares. Cette fois-ci, nous parlons d’hectares pour l’université et à l’intérieur de l’université pour un laboratoire. C’est déjà largement suffisant pour que les opérateurs économiques qui peuvent en faire des jus ou carrément se lancer dans cette filière de commerce avec l’Europe, saisissent cette opportunité pour dire ‘’voilà nous allons pouvoir commencer à faire ceci et cela pour préparer les récoltes du futur’’. Voilà comment on peut passer de la publication de notre étude en laboratoire à l’échelle déjà beaucoup plus représentative de ce que quelqu’un peut venir voir et faire. Il y en a dans plusieurs domaines. Vous ne pouvez pas vous imaginer sur quelle mine d’or on repose à l’université avec tout ce qui a été inventé. Prenons même l’exemple du produit « assrokouin ». Vous savez, le Nigéria est un grand marché de consommateurs. On encadre des paysans et nous suivons rigoureusement comment ils doivent conduire telle ou telle plantation pour avoir les meilleurs produits. Si on avait formé des entrepreneurs, certains auraient saisi ce créneau pour reprendre le travail que fait le laboratoire des Nigérians qui arrivent pour encadrer et mieux encadrer les paysans à mieux conserver ou à mieux aménager les plantations.

Apparemment, l’Etat béninois n’est pas encore prêt pour accompagner la recherche
C’est ce que je viens de dire. Il ne faut plus simplement s’agenouiller et tendre la main à l’Etat. Il faut revoir comment nous allons générer davantage des ressources à l’interne. Comment aussi restreindre certains avantages et serrer la ceinture pour financer l’essentiel. Tout cela est dans la vision de donner davantage à la recherche pour qu’elle puisse jouer pleinement son rôle. La second chose, c’est que les grands budgets que nous sommes partis négocier ne sont pas pour développer les labos. Non ! Cette fois-ci, il faut convertir ces recherches en produits palpables à travers les incubateurs. Vous savez, la grande critique qu’on formule à l’endroit des universités est que nous formons des chômeurs. Depuis déjà deux ans, nous avons pris cela au sérieux. La première étape, c’est le volontariat. La seconde, ce sont les incubateurs. Cette fois-ci, nous allons former des entrepreneurs dans des incubateurs que nous propose un jeune américain depuis un an et demi. Il est notre expert et est d’ailleurs présentement au Bénin pour poursuivre son œuvre. Cette fois-ci, les apprenants qui ont les meilleures idées de projets de création d’entreprises seront formatés, assistés et accompagnés même à la sortie de l’incubateur. Ils vont doucement commencer à développer leurs industries qui nécessitent des budgets conséquents. C’est pourquoi, nous courons au niveau des grandes banques pour nous permettre d’accompagner ces porteurs de projets afin qu’ils soient plus visibles.

Quelles appréciations faites-vous de la politique béninoise ?
Je suis de l’avis du chancelier Bismarck qui disait à ses compatriotes allemands : « Ne soyez pas des hommes politiques qui, tôt, pensent à leurs enfants. Soyez des hommes d’Etat qui, tôt, pensent à leurs petits fils, à leurs arrières petits fils ». Disons que nous sommes dans un système qui est qualifié de démocratie qui est, pour moi, de la patate chaude qui nous a été filée après nos indépendances. La patate, ça veut dire que c’est bon. Mais, c’est chaud. Les vrais attributs de la démocratie ne nous ont pas été révélés. C’est la discipline, l’ordre, le civisme, le patriotisme, l’assiduité au travail. Ce sont les vraies valeurs structurantes de ce qu’on peut appeler une démocratie. Si vous n’avez pas la discipline, il n’y a pas l’ordre qui va avec, le sacrifice par le travail, le patriotisme, du civisme, des règles élémentaires et basiques sans lesquelles le développement et la satisfaction du citoyen ne seront pas au rendez-vous. Le système est exactement perçu par rapport au concept. Mais, qu’est-ce qui fait qu’on a un fétiche qui danse très bien au milieu de la foule ? Qu’a-t-on fait jusqu’à ce que vous le voyiez bien habillé en train de danser ? On ne cherche pas à le savoir. Je crois que c’est ce qui manque. Je pense que c’est à ce niveau qu’il faut qu’on travaille. Au-delà de ça, je pense que nous sommes dans un système où l’histoire est telle que nous n’avons de leçon que vis-à-vis des dirigeants. Le modèle que tout le monde suit, c’est quasiment le dirigeant. Si vous voulez, faites l’expérience. Malheureusement, bon nombre de dirigeants oublient qu’ils sont des modèles. Ils oublient que c’est leurs pas que nous suivons. Je vais dire que si cet oubli est associé à du désordre, ça conduit à un genre de chaos structuré. Je pense que chaque peuple mérite son régime politique. Quand je suis devenu vice-recteur en 2006, je ne criais jamais sur quelqu’un. Quand je te dis 8h, à 8h je suis là. C’est pareil à la tête du rectorat. Je ne suis pas l’homme qui crie sur un enseignant, qui crie sur un agent. C’est pourquoi, maintenant, tout le monde respecte les horaires. La ponctualité est devenue très essentielle au niveau de l’UAC. Il y a un certain nombre de valeurs que nous avons commencé à partager. Je me l’impose d’abord. Et je ne peux dire à quelqu’un, tu es un retardataire, si moi-même j’ai une pile de dossiers sur ma table, si moi-même je ne traite pas en temps réel les dossiers des collègues. Je ne peux faire que l’abus d’autorité pour aller taper l’autre alors que, moi-même, je suis quatre fois plus sale. Comment voulez-vous aller dire dans une salle qu’elle est sale si votre propre maison est une porcherie ?

Parler-nous un peu du harcèlement des étudiantes par les professeurs sur le campus ?
Il y a deux niveaux de harcèlement. Il y a des étudiants qui peuvent harceler les professeurs et vice versa. Ce qui veut dire que cela existe malheureusement sur notre campus. J’ai mis du temps pour en être informé. Le cas qui m’a paru le plus dramatique, malheureusement, la fille l’a caché. Elle a carrément abandonné les études à cause de cela. Mais moi je l’ai appris très tardivement. Le professeur a été rappelé à l’ordre et mis en garde. Dès que ça tombe dans mes oreilles, je vous l’ai dit, je ne vis pas avec des problèmes.  Je résous les problèmes. Je les résous à l’amiable mais dans la fermeté. Nos amitiés ne peuvent se consolider que lorsque nous avons de bonnes pratiques. Je suis ferme sur ce principe. Quand ça tombe dans mes oreilles, il n’y a rien à faire. Je ne connais pas de baobab. Ça arrive et c’est dommage. Mais c’est aussi un milieu humain. Nous sommes plus de 100.000 étudiants  pour à peu près 1031 enseignants. Donc, ça fait un gros village. Donc, vous ne pouvez pas manquer de voir ce qui se passe au sein de la société, dans une société aussi représentative.

Beaucoup de vos collègues ne sont pas venus chercher leurs lettres de félicitations
On peut dire qu’il y a un problème de communication au plan administratif. Est-ce que j’ai pu les joindre ? Nous envoyons seulement au niveau des établissements qui doivent informer les uns et les autres. Souvent, les enseignants concernés sont entre deux avions.

Vous pensez qu’il n’y a rien qui cloche ?
Mais non, c’est une lettre de félicitations. Donc, on vient prendre pour dire merci. Combien de fois les agents sont félicités ? On oublie souvent. Dès qu’il y a un mouvement du côté des apprenants et que c’est un mouvement pacifique, on le laisse faire. J’ai reçu un premier mouvement de protestation. Ils sont venus manifester, danser, crier dans les hauts parleurs. Je suis descendu, on a échangé, j’ai pris leur motion. Vous dites que le décret est faux et non applicable. Ce n’est pas le rectorat. Le président qui a signé est là. Vous devez lui demander qui a falsifié sa signature ? Si vous n’êtes pas satisfaits, c’est la Cour suprême qui gère ces problèmes. Vous critiquez l’arrêté du ministre. Le ministre qui a signé l’arrêté est là. Allez le voir ! Une fois que c’est signé, le recteur applique, il n’y a rien à faire. C’est ainsi qu’une République se gère dans la discipline.

Vous autorisez l’entrée des forces publiques à l’université ?
Systématiquement ! Dès que vous débordez vos limites de franchises universitaires, quelle est la force d’un recteur pour arrêter les jets de pierres ? Quelle est la force d’un recteur pour arrêter ceux qui sortent des gourdins pour dire qu’ils veulent taper l’autre parce qu’il va au cours ? Quelle est ma force ?

Cela coûte combien pour l’université ?
Ça dépend du nombre d’agents que je reçois. Par exemple, si ça devient extrêmement chaud comme on le dit, on demande suffisamment de renforts. Quand c’est de la distraction, on dit, faites un tour pour dissuader.

Il n’y a pas de zèle dans les rangs des forces de l’ordre ?
Il faut vous dire que l’université est représentative de notre société. Il y a ceux qui sont bien formés et qui font leur travail avec art. Combien de policiers savent réellement comment on maîtrise une foule ? Ce sont des étudiants qui ont même évolué et qui sont devenus officiers. Je demande souvent aux étudiants s’ils pensent que ceux-là sont tombés du ciel. Bon nombre ont pris par ici. C’est le devoir, leur mission de venir mettre de l’ordre. Il y aura toujours des débordements, il y aura excès de zèle et ce n’est pas seulement ici. Aux Etats-Unis, en Europe, lorsque vous déployez quelques-uns sur le terrain, certains interprètent déjà le seul fait d’être en treillis comme une primauté sur les autres citoyens. C’est à nous d’avoir des comportements dignes et responsables qui feront que les forces de l’ordre n’auraient rien à faire à l’Université. C’est donc par la faute des étudiants mêmes que nous sommes obligés au rectorat de faire appel aux forces de l’ordre.

Il y a un de vos prédécesseurs qui a dit qu’il a dirigé sans que les forces de l’ordre ne mettent pieds dans l’université
On dit, autres temps autres mœurs. En ce temps, si les étudiants étaient si calmes pourquoi il faut faire venir les forces de l’ordre. Ils ne sont même pas contents quand on leur dit de venir sur le campus. Des injures, des jets de pierres. Même si on ne leur lance rien, ce n’est pas à l’université que les mots manquent. Ce sont les étudiants qui nous poussent à cela.

Carte d’identité: Intellectuel et autodidacteBrice SINSIN

A 55 ans, le professeur Brice Sinsin peut se définir comme un self-made man. Il quitte  ses parents déjà à l’âge de sept ans  pour suivre un tuteur, le mari à sa sœur aînée. « Je vivais seul avec lui et il fallait me prendre en charge, » dit-il. Il a été contraint de se prendre en charge très tôt. Certificat d’études primaires à l’école du quartier Hountondji à Abomey, BEPC au Collège d’enseignement général 1 d’Abomey et Bac D au Lycée Houffon de la même ville. Il s’envole pour l’université libre de Bruxelles en Belgique pour des études d’agronomie. Il a toujours aimé les sciences. En terminale, se rappelle-t-il encore, bon nombre de ses camarades qui, comme lui, aimaient les mathématiques, avaient choisi la médecine. «Je suis allé en agronomie sans savoir ce qu’est l’agronomie », dit-il. Alors que l’un de ses enseignants le sollicitait pour un domaine bien connu comme la génétique, c’est vers une science neuve, la foresterie, qu’il s’oriente sans en savoir grand-chose. Son diplôme d’ingénieur en poche, il soutient un doctorat sur l’écologie des pâturages. C’était le 04 février 1993. «J’adorais la faune sauvage…Mais j’étais choqué par le fait que les éleveurs étaient les plus persécutés dans les aires protégées. Je ne comprenais pas pourquoi on les réprimandait ». Sa thèse sera alors le résultat d’une longue attention accordée à une famille d’éleveurs nomades qu’il suit depuis Banikoara jusqu’au Nord-Niger. Recruté à l’Université nationale du Bénin, Brice Sinsin crée un laboratoire scientifique qui s’occupe des questions d’écologie et d’environnement, et fonde plus tard le département d’aménagement et de gestion de l’environnement de la Faculté des sciences agronomiques. Ce fut un tremplin qui lui permit d’approfondir ses recherches en foresterie. Il a publié un livre fondateur, La Flore du Bénin, encore considéré comme un classique en matière d’études forestières. L’étude débouche sur la mise en place de l’herbier national où sont stockées 2.811 plantes spécimens. Dans un autre ouvrage qu’il a publié quelques temps après, on peut retrouver tous les noms des espèces de plantes que nous avons au Bénin, mais aussi avec une clé de détermination. Il gravit très vite les échelons. En 2005, il est passé professeur titulaire en foresterie. Vice-recteur  en 2006, il est recteur depuis 2011. « Ce pays a besoin de travailler. Mon expérience à l’UAC a montré qu’on peut redresser toutes nos structures », assure-t-il avant d’ajouter : « Travaillons, travaillons, travaillons jusqu’à ce que mort s’en suive ».

Intimité: Un « mange-tout »

Avec seulement deux garçons, le recteur a une vie de famille plutôt rangée. « J’en voulais, moi, un seul quand les parents ont commencé par m’assommer et j’ai fait le second », dit-il, pour indiquer qu’il n’a jamais voulu d’une famille nombreuse. Ayant parcouru presque toutes les brousses d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, il avoue avoir mangé de tout : chenilles, vers, serpents… « La seule chose que je n’ai pas pu manger est la viande du singe », dit-il. A table, le professeur ne dédaigne ni le vin rouge ni le sodabi qu’il prend d’ailleurs lors de ses pérégrinations dans les villages.

La Rédaction

Déclaration « Sous l’Arbre à Palabres » de Victor Prudent Topanou, ancien ministre, Président du Parti F.u.r au siège de l’événement précis: « Si on élit un président sans parti, on perpétue la médiocrité »

Victor Topanou86ème Invité sous votre rubrique légendaire Sous l’arbre à palabre du quotidien l’Evénement Précis, l’ancien ministre de la justice, garde des sceaux, et ancien secrétaire général du gouvernement, Victor Topanou nous a fait part de  sa manière de concevoir la  gouvernance au sommet de l’Eta. De son divorce avec le président Boni Yayi à ses ambitions politiques, en passant par la proposition de  loi sur la sorcellerie dont il est l’auteur et sa lecture de l’actualité nationale, Victor Topanou est resté égal à lui-même. Intellectuel bon teint, il pense que le Bénin est le seul pays au monde où on élit comme  président de la République un homme qui n’a jamais milité ou dirigé un parti politique.   

Et si on en parlait

Quel bilan faites-vous des huit ans de Yayi au pouvoir ?

Il y a eu un premier mandat dont on peut valablement faire le bilan parce qu’il est prévu par la Constitution que l’on puisse faire un mandat de cinq ans renouvelable une seule fois. Et l’on peut considérer que le bilan du premier mandat a été validé par l’élection de 2011, même contestée. Donc, trois ans d’un deuxième mandat ne font pas huit ans. Ça fait un mandat de cinq ans et trois ans d’un un second mandat. Si vous voulez mon avis par rapport au premier mandat, je dirai que le Président de la République a fait, durant les deux premières années, des choses extraordinairement positives aussi bien sur le plan macro économique que sur le plan des infrastructures.
Sur le plan macro économique, je pense que le président ne le vend pas assez. Mais quand il est arrivé au pouvoir en 2006, il avait en charge l’exécution d’un budget qui, lui-même, a été voté en décembre 2005 conformément à la Constitution sous le président Kérékou. Et ce dernier budget était évalué à 650 milliards. Avec un budget de 650 milliards de Fcfa, le Bénin occupait l’avant dernière place de l’Uémoa juste devant le Niger. Mais à partir de 2007, le président Yayi a porté le budget général de l’Etat à 1000 milliards. Et il passera à 1200milliards à partir de 2008, faisant ainsi passer le Bénin de l’avant dernière place de l’Uémoa à la 3ème derrière le Sénégal et la Côte d’Ivoire. On pourra toujours dire que dans l’exercice de ces budgets, il est arrivé qu’on n’ait pas recouvré l’ensemble des recettes prévues et qu’au lieu de 1000 milliards, on a eu 900 milliards, et qu’au lieu de 1200 milliards, on a eu 950milliards, etc. Ce qui me semble important à retenir, c’est que le Président Yayi a fait la démonstration que jusqu’à la fin de 2007, il s’évaporait dans la nature près de la moitié de notre budget. Passer de 650 à 1200 milliards sans qu’on ait découvert du pétrole, ni autres ressources du sous-sol, signifiait simplement qu’il était plus efficace de combattre la corruption en amont qu’en aval. En amont, vous fermez les vannes de la corruption et en aval vous allez en procès contre ceux qui ont volé. Moi je pense que dans la lutte contre la corruption, de ce point de vue-là, le président Boni Yayi a fait de gros efforts, même si sur d’autres aspects, il a failli. Je ne suis pas son porte-parole, je tente juste d’être objectif et je pense que de ce point de vue, on ne peut que lui reconnaître.
Sur le plan des infrastructures, c’est pareil. C’est avec le président Boni Yayi en deux ans (2006-2008) qu’on a construit les axes aéroport-Air Afrique, en passant par la Marina et aéroport-Air Afrique, en passant par la Place des martyrs. J’ai souvent l’habitude de dire que depuis que je suis né en 1963, et jusqu’au bitumage de cette voie par la place des martyrs, tous les ans, la rue qui sépare le CNHU-HKM et la présidence était toujours inondée à chaque saison de pluie. Et depuis qu’on a fait cette voie en 2008, il n’y a plus d’inondation. Parce que cela laissait, quoi qu’on dise, une très mauvaise image de notre pays que la voie principale qui passe devant notre présidence et devant le CNHU qui était censé être le centre de santé de référence, est en permanence dans cet état. Ensuite, on pourrait toujours avancer un certain nombre de voies qui ont été bitumées à l’intérieur du pays etc. Donc, il y a eu de bonnes choses.
Mais, malheureusement, il y en a eu aussi de mauvais.

A partir de 2008 ?
Oui. Pour moi, ce fut le virage en ayant été, moi-même, acteur de l’intérieur et ensuite observateur. L’affaire Cen-Sad a constitué incontestablement un virage important auquel la presse a donné beaucoup d’écho. Dans la foulée, s’est développée l’affaire ICC, même si elle n’a pas explosé en 2008. L’affaire a démarré en 2006, selon certaines enquêtes. Et donc, elle a trouvé un terreau favorable et plus d’écho. C’est aussi que sur le plan politique, on met beaucoup plus l’accent sur ce qui ne va pas que ce qui va ; c’est de bonne guerre. C’est d’ailleurs pourquoi un Gouvernement a nécessairement besoin d’un porte-parole. Parce que c’est à lui qu’il revient de rappeler ce qu’il fait de bien sinon personne d’autre ne le fera à sa place. En Europe, on dit qu’on ne parle pas des trains qui sont à l’heure. C’est des trains qui sont en retard qu’on parle. C’est-à-dire qu’on part de l’idée que ce qui va bien est normal. Donc, c’est normal que les journalistes ne mettent en exergue que ce qui ne va pas bien.

Pour vous qui avez travaillé un peu avec le président Yayi, que retenez-vous de lui ?
Moi, j’ai eu des relations très particulières avec le chef de l’Etat. Je pense que le président de la République m’a pris en affection très tôt. Et qu’au delà des relations professionnelles, il s’est créé une relation humaine entre nous. Il a trouvé en moi, quelqu’un de très loyal, de compétent, dévoué à son service et au service de l’Etat, qui n’en faisait pas trop non plus mais juste ce qu’il fallait. Cela a fait que nous avons eu une relation particulière que je pense, vu de l’extérieur, beaucoup d’autres collaborateurs n’ont pas eue. La plupart de ceux qui ont travaillé avec le Président ont eu avec lui, une relation de réseau. Et comme je le dis, autour du président de la république, il y avait quatre réseaux : le réseau des Tchabè, le réseau des Bariba, le réseau des religieux et le réseau de la belle famille. Donc, quand vous êtes dans des relations de réseau, vous êtes nécessairement dans des relations d’intérêts et les relations diffèrent. Et je pense que chacun parlera de ses relations avec le chef de l’Etat en fonction du réseau par lequel il a travaillé avec lui. Moi je fais partie de ceux qu’on appellerait en analyse politique « les hommes du président », c’est-à-dire, des hommes à qui il est lié par la seule confiance qu’il a en eux. Dans ce cas, lorsque la confiance qu’il a pour eux cesse, la relation aussi cesse. Mais si vous êtes un homme de réseau, il peut ne plus avoir confiance en vous, mais le réseau obtient de lui qu’il vous maintienne malgré tout. Donc, ce sont des relations totalement différentes.

Où se situe le point de rupture entre vous et lui ?
J’aime bien cette question qui me revient depuis quatre ans. Mais j’ai une réponse, je dirai diplomatique. Je n’ai pas démissionné du Gouvernement. Le président s’est séparé de moi. A partir du moment où il l’a fait, il mettait en exécution les dispositions de l’article 54, alinéa 3 de notre Constitution qui lui donne toute prérogative de nommer qui il veut, de déléguer la parcelle de pouvoir à qui il veut et de lui retirer la délégation quand il veut. Dans ce cas de figure, il ne revient pas à celui de qui on s’est séparé de dire pourquoi on s’est séparé de lui. C’est à celui qui détient la source de la nomination et qui dénomme qu’on demande pourquoi il s’est séparé de telle ou telle personne et pourquoi il le fait aujourd’hui et non pas hier, ni demain. Cela me semble alors plus rationnel. Parce que sinon, tous ceux dont le président s’est séparé peuvent venir dire tout et n’importe quoi sur les raisons de leurs séparations. Quand il plaira un jour au Président de la République d’écrire un mémoire, il le racontera.

Quels sont vos rapports actuels avec lui ?
Aucun.

Vous vous êtes déclaré candidat
Le seul pour le moment.

Dites-nous ce que vous comptez apporter aux Béninois lorsque vous serez élu ?
Dans mon esprit, quand je serai élu en 2016, j’aurai trois priorités et deux préalables, mais le tout en vue de la réalisation d’une vision certes modeste mais noble. Ma vision est simple : c’est travailler à réunir dans les 5 à 10 ans à venir les conditions préalables à l’émergence de notre pays. C’est une vision relativement modeste par rapport à ceux qui pensent qu’on peut faire émerger un pays sans remplir des conditions préalables. Et ce sont ces conditions préalables qui relèvent des mes trois priorités dont je parle. La 1ère : c’est l’éducation, la 2ème : c’est la santé et la 3ème : c’est la création des richesses. C’est la partie économique, entre création d’emplois, en particulier l’emploi des jeunes et création de la richesse. Ma conviction, c’est aussi qu’on peut avoir les meilleurs plans sur le plan éducatif, sur le plan de la santé, avoir les meilleurs plans pour la création de la richesse mais si nous ne levons pas les deux préalables, il n’y aura point de résultat. Le premier préalable est politique et a trait à la mauvaise conception que les Béninois se font de l’Etat et du politique. En effet, dans l’esprit des Béninois, l’Etat n’est rien d’autre qu’un « gâteau immense à parts infinies » auquel tout le monde se bat pour accéder afin de « prendre sa part », pour reprendre l’expression d’un tristement célèbre ministre de l’économie et des finances. Si on n’inverse pas cette conception, on peut engloutir tous les milliards du monde au Bénin, tant que tous les cadres, toutes les élites quel que soit leur niveau de positionnement dans l’Etat, se comportent comme des entonnoirs juste pour récupérer leurs parts, on n’aura aucun résultat durable. C’est d’autant plus important que dans l’esprit de nos compatriotes, non plus seulement les élites et les cadres, mais aussi dans l’immense majorité de nos populations, les acteurs politiques sont devenus des parts de l’État et c’est à eux qu’on demande ce qu’on devrait exiger de l’État : c’est à eux qu’on demande de construire les écoles. Ce qui est une compétence régalienne de l’Etat. Vous voyez, dans le Zou, je terrai son nom, il y en a un qui a construit des écoles partout. C’est encore à eux qu’on demande de construire les routes qui mènent chez eux. Cela relève aussi d’une compétence régalienne de l’Etat. Et c’est aussi à eux qu’on demande de construire les ponceaux etc. Tant qu’on sera dans cette conception dans laquelle l’ultime fait consiste à dire que si un jour on a la preuve qu’un ancien cadre ayant été à un poste de responsabilité dans le pays n’a pas volé, n’a pas pris sa part, on le considère à partir de ce moment comme un con, un idiot, un bête, le pays ne pourra pas avancer. Et nous ne pourrons rien faire de beau ni de grand ensemble. C’est une conception profondément ancrée dans l’esprit de nos compatriotes. Et qui conditionne le comportement même de tous les cadres une fois qu’ils accèdent aux fonctions étatiques. Si on ne sort pas de là, tous les efforts sont compromis par avance. C’est ma certitude. Parce que vous débloquez un milliard sur un projet, il s’en trouve 800 millions pour être détournés. Avec 200 millions, vous ne pourrez jamais réaliser un projet de 1 milliard. C’est impossible. C’est impossible. Donc, c’est pour cela que je propose dans mon programme qui est déjà rendu public sur mon site, les états généraux de l’Etat. On a fait les états généraux de tout dans notre pays. Mais jamais, on a fait les états généraux de l’Etat qui est, pour moi, le fond du problème que nous vivons. Qu’attendons-nous de l’Etat et à partir de quand on peut considérer que quelqu’un a détourné ou que quelqu’un est corrompu ? Aujourd’hui, c’est la corruption qui est la règle et le comportement vertueux l’exception. Et cette exception et très mal vécue d’ailleurs par les gens. Puisque, de toute façon, on a le sentiment que la corruption est le « mode de redistribution équitable » de la richesse nationale que nous avons retenu. Ce qui confère à la corruption, une base de légitimité dans notre société. On en est arrivé à une situation où les élites, donc, des gens bien formés à l’université en sont réduits à se faire nommer non pas sur la base de leur compétence, mais sur la base de leur lieu de naissance. Si vous êtes nés ici ou là, vous avez la chance d’être…Et ça, c’est proprement inacceptable. Le deuxième préalable est plutôt culturel et consiste à en finir avec la méfiance constitutionnalisée. En effet, nous sommes dans un pays où, par l’utilisation négative que nous faisons de nos savoirs endogènes, on se méfie trop l’un de l’autre. Vous savez, la Banque mondiale a fait une étude pour montrer combien de relations directes il y a, d’une part, entre le développement des pays et d’autre part, le capital confiance. C’est-à-dire, plus la confiance existe entre les populations d’un même pays, plus le niveau de développement est élevé. J’ai l’habitude de dire que pour l’instant, sur une échelle de valeurs qui va de moins l’infini à plus l’infini, en passant par zéro, le Bénin n’a même pas encore atteint le chiffre zéro de la confiance. Nous sommes encore dans la méfiance, donc dans la négation de la confiance. Il faut qu’on travaille à ce que les Béninois se fassent de plus en plus confiance. Qu’on puisse s’ouvrir les uns aux autres sans avoir peur. Car, on a peur de l’homme. On a peur des conséquences de son acte, des propos, des tares. Ce n’est pas normal. On vit dans le calcul perpétuel. Et c’est ce qui explique à mon avis qu’un Béninois à l’extérieur réussit toujours mieux. Il a des compétences enfouies que seul le système étranger qui le débarrasse de la méfiance permanente vis-à-vis de ses prochains, lui permet d’exprimer. Et c’est aussi ça qui fait le développement. On peut vous donner tous les beaux programmes économiques, tant que ces deux préalables politique et culturel ne seront pas levés, nous tournerons en rond pendant encore 150 ans, voire plus.

La loi sur la sorcellerie se fondera sur quoi ?
C’est vrai que j’ai évoqué le sujet. Mais ce n’est pas dans les mêmes termes que vous. C’est une préoccupation pour moi. Je pars de l’idée que lorsqu’on est acteur politique, ou lorsqu’on choisit de s’engager en politique, c’est pour régler les problèmes de société. Si vous n’êtes pas capables d’aborder les problèmes de société, de les penser et de leur proposer des solutions, vous n’avez rien à faire dans le milieu politique.
Or, qu’on le veuille ou non, à tort ou à raison, plus de 90% de Béninois croient en l’utilisation de ces savoirs. Je ne dirai pas le mot sorcellerie puisque pour moi, il est péjoratif. J’utilise le mot que j’emprunte au professeur Paulin Hountondji, qui parle de savoirs endogènes. Ça permet de débarrasser les concepts de préjugés favorables ou défavorables et d’avoir un débat saint. Et, dès l’instant où plus de 90% de votre population croient en quelque chose, ça devient un fait social. Vous ne pouvez plus cesser de le penser. Ce n’est pas lorsque ça intéresse 2% que vous allez le penser. Non. Un vrai homme politique pense aux faits sociaux et lorsque ça devient un problème, il l’évoque. Tous les Béninois savent se protéger dans le traditionnel. On appelle ça le ‘’Glo’’ en fon pour ceux qui sont fon, c’est-à-dire qu’on empêche les « missiles traditionnels » de nous atteindre. Mais, ceux qui ne font pas confiance en ces systèmes traditionnels ou endogènes qui ne sont pas fiables à 100% se réfugient derrière ce que j’appelle l’adhésion instrumentale aux religions importées. C’est pourquoi, quand vous allez dans les bureaux de l’administration publique, vous voyez derrière ses occupants passagers, qui oublient bien sûr qu’ils sont passagers, des extraits de versets de Bible, soit de psaumes, soit d’autres livres ou encore des sourates du Coran. Et si vous en trouvez, amusez-vous à demander au fonctionnaire « ce que peut bien faire dans un espace laïc, ces extraits religieux » ils vous répondront invariablement : « Mon Dieu est plus fort que tous vos savoirs endogènes ». En fait, on est à la recherche de la sécurité individuelle et collective. En fait, au-delà de cette question, ce qui est en jeu, c’est la responsabilité exclusive de l’Etat au regard de la sécurité individuelle et collective des citoyens. Lorsque les présidentiables seront connus, faites un effort : demandez leur à tous ce que c’est que l’Etat. Vous aurez des réponses à mourir de rire. L’Etat, dans sa conception originelle, a été conçu comme l’outil devant garantir la sécurité collective et individuelle des citoyens et l’intérêt général. Un Etat qui n’est pas capable d’assurer la sécurité individuelle et collective de ses citoyens n’est pas un Etat. Il n’y a pas une autre approche à lui donner. Et, quand on parle de sécurité, c’est dans tous les domaines. La sécurité alimentaire, sanitaire, dans les transports etc… et, c’est parce qu’on ne l’a pas compris, c’est parce qu’on ne l’a pas intégré que notre Etat ne s’occupe pas du tout de notre sécurité. Au Bénin, la sécurité en question a deux dimensions. La dimension moderne que nous essayons tant bien que mal de satisfaire à travers la police, la gendarmerie, l’armée et les dispositifs juridiques, c’est-à-dire, la loi, puis la dimension traditionnelle qui prend en compte l’utilisation à des fins négatives de nos savoirs endogènes. La question de société cruciale qui se pose à tous les politiques est de savoir si nous continuons d’accepter que dans notre société on puisse tuer avec la modique somme de quinze mille francs CFA ? La vie d’un Béninois ne vaut-elle que quinze mille francs cfa ? Il y a donc là un vrai problème. Et pour beaucoup, cela explique le comportement que nous avons vis-à-vis de l’Etat puisque l’Etat n’arrive pas à assurer notre sécurité. Ce qui fait qu’on va chercher cette sécurité ailleurs. Et c’est celui qui assure cette sécurité en ce moment qui est votre Etat. Donc, on est prêt à détourner l’argent de l’Etat puisqu’il ne garantit pas notre sécurité pour aller payer celui qui est supposé le garantir. C’est ça la réalité.

Comment comptez-vous rendre opérationnelle la législation que vous envisagez pour traiter de la problématique des savoirs endogènes ?
Il y a plusieurs étapes. Pour moi, il faut, dans un premier temps, au-delà des textes, aller à la création d’un « Centre béninois des recherches des religions endogènes ». Ce que j’ai en tête, c’est de trouver les voies et moyens pour rationnaliser ce savoir. C’est d’abord ça le but. Je vais vous donner quelques exemples. Ça peut vous faire rire mais j’y crois et c’est un fait social comme je vous l’ai dit tout à l’heure. Moi, mon aïeul avait la réputation d’avoir ce qu’on appelle le pouvoir de raccourcir les distances. C’est ça ce qu’on appelle «fifobo» en fon. Quand il doit aller dans son champ à Kansounkpa qui est situé à 13 kilomètres de chez lui, il avait la capacité de réduire les distances. Il disparait ici et il réapparaissait là-bas. Dans les recherches scientifiques modernes, comme, cela s’appelle la désintégration/réintégration. Pour avoir la désintégration en laboratoire, il suffit de prendre un objet et vous y projetez une matière à la vitesse du son : l’objet se désintègre totalement. Aujourd’hui, la science moderne sait faire ça. Mais, ce que la science moderne ne sait pas encore faire, c’est comment réintégrer en aval ce qu’on a désintégré en amont. C’est pourtant ce qui se produit à longueur de journée à travers le « Fifobo ». Imaginez un peu les conséquences d’une telle découverte par la science moderne sur la vie quotidienne des citoyens ! C’est à côté de tout cela que nous passons sans le savoir. Mais, si on ne s’y intéresse pas comme le font 80% de nos compatriotes qui y croient et qui sont en même temps dans une logique de rejet juste parce qu’ils sont catholiques ou je ne sais quoi, nous perdrons à longueur de journée des savoirs indéterminés aux conséquences parfois exponentielles. C’est ce que voulait dire Amadou Hampâté Bah lorsqu’il dit « En Afrique, lorsqu’un vieillard meurt, c’est une bibliothèque qui brûle ». Et la bibliothèque, c’est l’incarnation du savoir, ce n’est pas autre chose. Donc, je pensais qu’en allant dans ce sens-là, nous allons vers le seul domaine où on a des avantages comparatifs. Aujourd’hui, il n’y a qu’une circulation unique des avoirs et des idées, c’est du nord vers le sud. Pour qu’un jour, il puisse y avoir une inversion de cet ordre-là, il faut que nous-mêmes, nous ayons des choses à proposer. Ce n’est pas le Guèlèdè, ce n’est pas le Kluito, ce n’est pas le Zangbéto qui vont nous faire développer. Nous avons des savoirs extraordinaires. Mais en même temps, pour y arriver, il faut commencer par s’indigner. Moi, je ne supporte pas de voir des Béninois mourir à douze ans. Cela m’insupporte.

Dites-nous alors quelle religion vous pratiquez ?
Si ça vous préoccupe, je n’en pratique aucune. Mais j’ai une religion d’origine et c’est la religion catholique. Je suis baptisé et marié mais je n’ai pas une vie de grand pratiquant.

Patrice Talon était votre ami. Parvenez-vous à lui rendre visite ne serait-ce que de courtoisie ?
Patrice Talon était mon ami ? Ce n’est si sûr. Ceci dit, je le connais bien et j’aimerais tant faire partie de ses amis aujourd’hui. Non, je ne pense pas que Talon puisse vous dire que je fais partie de ses amis. On ne s’appelle pas toutes les semaines ni tous les mois et on ne se voit pas non plus toutes les semaines ni tous les six mois. Nous avons eu des relations très courtoises, je dirai des relations très professionnelles. C’est tout. J’ai été mis en contact avec lui pour la première fois en 2007. À l’époque, j’étais conseiller technique juridique du Président de la République et le Gouvernement venait de procéder à la première privatisation ratée de la Sodéco. Depuis, en effet, nous avons gardé des relations cordiales. Je ne suis pas son ami mais j’aurais bien voulu être son ami.

N’avez-vous pas été aussi à Paris comme les autres pour le voir ?
Vous m’auriez vu dans les photos. Tous ceux qui sont « allés à Paris pour le voir » ont été vus sur les réseaux sociaux et dans Jeune Afrique.
Ou bien vous voulez dire que j’ai pris des dispositions pour ne pas être vu ? Vous pensez que ceux qui sont apparus dans les photos n’auraient pas aimé prendre des dispositions pour ne pas être vus ? Non, je pense qu’ils sont allés pour cela et ne trouvaient aucune objection à être vus car, il y a un vrai problème éthique à voir toute une classe politique se déporter à Paris voir un homme pour solliciter son appui financier pour faire de la politique. J’ai même vu un député à la télé qui disait lors d’un meeting : « Montrez-moi le chemin qui mène à Talon parce qu’hier il a aidé Yayi donc, aujourd’hui, il faut qu’il m’aide aussi ». Je ne fais pas la politique pour être riche, mais je la fais parce que je pense que je peux être utile à mon pays en proposant des réponses aux vrais problèmes de notre société. Je trouve qu’il est important, dans notre pays, d’apprendre à rehausser le niveau du débat public et pour y arriver, il faut que les acteurs, eux-mêmes, y contribuent.

Quels sont vos rapports avec les autres partis politiques, surtout qu’en 2011 après les élections présidentielles, vous avez été porte-parole de candidats malheureux ?
J’ai été porte-parole des candidats avant les élections et non après et je n’ai pas été porte-parole de l’opposition mais des cnadidats. Ce n’est pas pareil. Je tenais à faire la nuance entre le porte-parole de l’opposition et le porte-parole des candidats parce qu’à l’époque, en 2011, ça a été l’argument des amis de Yayi pour lui dire, « voilà celui dont vous avez fait la promotion qui se retrouve aujourd’hui porte-parole de l’opposition ». Et j’ai demandé qui était de l’opposition puisque dans le collectif des candidats, il y avait tout le monde sauf Yayi. L’opposition, c’était Bio Tchané ou Houngbédji ? L’opposition, c’était Issa Salifou ou Jean-Yves Sinzogan, Joseph Biokou ou Christian Lagnidé ? L’opposition, c’était Victor Topanou ou KéssiléTchala ? Ce n’était pas le collectif de l’opposition mais plutôt le collectif des candidats. Et lorsque l’appel avait été lancé, c’était à l’endroit de tous les candidats et c’était simplement pour discuter de la Lépi. On se rend bien compte aujourd’hui, quatre ans après les élections que nous avions raison. Ce n’est que ça qu’on avait revendiqué. Mais les petits esprits s’étaient empressés de dire que c’est le collectif de l’opposition. A l’époque, j’étais un peu gêné par ces propos, mais c’est du passé.

Quels sont vos rapports avec l’opposition ?
J’étais dans la plateforme qui a demandé à marcher le 29 octobre dernier. Mais, si vous voulez que je vous réponde en toute sincérité, j’ai avec l’opposition une relation minimale. Oui, une relation minimale parce que j’assume mes différences. Je ne suis pas du genre à me fondre pour le plaisir de me fondre. Je vais dans une plateforme parce que j’y suis invité. Si la réflexion qui s’y mène ne me convient pas, je me désolidarise. Si celle qui est menée me convient, je pense qu’à ce moment-là, on a une proximité d’idées. L’opposition aujourd’hui est hétéroclite. Vous avez une opposition parlementaire qui est plus ou moins identifiée ou identifiable. C’est le groupe de l’UN plus le groupe PRD. Mais en dehors de ce groupe, vous avez une kyrielle d’individus qu’on appelle des « personnalités », d’autres qu’on appelle des « leaders d’opinions », d’autres encore qui sont présidents d’Ong quasiment inconnus et qui vous disent tous qu’ils sont dans l’opposition. Quel point commun moi je peux avoir avec eux ? Aucun et ça, j’assume ma différence en ce moment-là.

Avez-vous alors des rapports maximums avec la mouvance?
Avec la mouvance, je n’ai aucune relation.

Pourquoi avez-vous viré dans l’opposition ? Est-ce à cause de votre départ du Gouvernement ?
Est-ce que c’est à cause de mon départ du Gouvernement ou bien de la vision que je me suis donnée en allant en politique ? Vous savez, il y a beaucoup de choses que je dénonce dans notre système politique actuel, lequel système n’a pas été forcément mis en place par le Président Yayi. Il l’a hérité. Mon opposition est donc une opposition à un système et non à un homme, d’où le concept de « rupture » dans mon discours politique. Cette nuance est pour moi, capitale et elle fonde mon action politique. J’ai commencé ma collaboration avec le président de la République en tant que Conseiller technique juridique parce que lorsque le président Boni Yayi a été élu il a demandé à tous les candidats malheureux de lui proposer une liste de noms de trois personnes dont il ferait la promotion. Je trouve que ce n’est pas normal dans un pays qui se respecte que ce soit seulement une fois le président élu qu’il cherche les gens avec qui il va gérer : ça m’a certes profité, mais je me dois à l’honnêteté intellectuelle, de reconnaitre que c’est une faiblesse de notre système. Et c’est aussi ce qui explique que, depuis 1990 que nous avons commencé avec la démocratie, nous n’ayons réussi à porter à la tête de l’Etat aucun responsable de parti politique. Dans un parti, il se fait un travail idéologique, il se fait un travail programmatique, il se fait un travail collectif et quand le parti gagne, tous ceux qui travaillent avec lui partagent le même programme, partagent la même vision. Mais, nous sommes le seul pays qui se veut démocratique au monde à faire ça. Au Nigéria, vous ne pouvez pas être président de la République si vous n’êtes pas président d’un parti ou désigné par celui-ci. Au Togo, vous ne pouvez pas non plus. Au Ghana, c’est impossible. En Côted’Ivoire, vous ne pouvez pas, ni Sénégal, encore moins en Europe, en Amérique du Nord ou ailleurs. C’est tout simplement inconcevable et c’est ce que j’appelle une spécificité négative de notre pays. Depuis 25ans, nous courons derrière des gens qui n’ont aucun sens du travail collectif puisqu’ils n’ont jamais eu à animer un parti pas plus qu’il ne vous aura pas échappé que depuis que nous avons commencé notre démocratisation, c’est quand les présidents sont élus qu’ils vont en séminaire gouvernemental pour faire le programme d’action du Gouvernement : ça ne fait pas sérieux et il n’y a que chez nous que ça se passe comme ça.

Pensez-vous qu’il faut rompre avec cette pratique ?
Oui, c’est pourquoi, je parle moi-même de « rupture » car pour moi, si on élit encore en 2016 un président sans parti, c’est qu’on perpétue la médiocrité et nous n’avons pas le droit de continuer dans cette voie. Je le dénoncerai jusqu’à mon dernier souffle ; c’est pour cela aussi que je me suis engagé en politique.

C’est pour cela que vous avez créé votre parti politique ?
Non, c’est pour cela que nous avons mis en place notre parti politique. C’est une nuance de langage, le parti ne m’appartient pas mais appartient à ceux qui ont décidé de le mettre en place.

Vous avez dit récemment aux maires de démissionner mais personne ne l’a fait. Est-ce à dire que vous n’êtes pas écouté ?
Non, ce n’est pas ça. En le disant, je savais que je ne risquais pas d’être suivi et pourtant j’étais convaincu que la démission collective était le seul moyen de pression efficace qui pouvait être exercé sur le régime afin d’obtenir l’organisation au plus tôt des élections communales, municipales et locales. J’avais espéré que les partis de l’opposition qui sont été créés avant le nôtre et qui ont des élus locaux et communaux auraient pu utiliser ce moyen, mais même eux, ne l’ont pas fait. Sans doute pour des avantages bassement matériels. Et quand après, ils se font prendre à leur propre jeu, ils demandent, plus d’un an après le vote de la loi de report sine die des mobilisations populaires pour exiger l’organisation des élections. C’est là tout l’enjeu des débats actuels. Personne ne sait dire exactement à quoi servent réellement les législatives au Bénin ; pour beaucoup, elles sont faites pour permettre à quelques individus indélicats de se payer une immunité contre leurs indélicatesses.

Vous faites partie de ceux qui ont proposé un amendement du code électoral. Comment voyez-vous la situation parlant de la Lépi ?
J’avais deux propositions. La proposition politique et la proposition juridique. Celle politique, c’était la démission collective des élus. A défaut de leur démission puisque j’étais presque sûr qu’ils ne le feraient pas, il faut qu’on aille à l’amendement du code électoral. Mais, l’amendement du code électoral, était perçu sous deux angles. Le premier que je défendais était relatif aux dispositions liées à la Lépi. Là où on dit qu’on ne peut aller à l’élection qu’avec la Lépi. Moi, depuis 2006 que j’ai commencé la politique auprès du président Boni Yayi, j’avoue que toutes les lois électorales prévoyaient déjà la Lépi et en même temps les dispositions transitoires de ces lois prévoyaient un article qui disait « en attendant la conception de la Lépi, les élections s’organiseront avec une liste manuelle». Un seul article ou un seul alinéa. Donc, dans mon esprit, lorsque je parlais de l’amendement du code électoral, c’était justement pour dire : « puisque nous avons du mal à corriger la Lépi, puisque la correction de la Lépi nous a amené à poser un acte politique particulièrement violent, car pour moi, le report d’une élection est un acte violent surtout quand on dit sine die, allons aux élections sur la base d’une liste électorale fiable ad’hoc en attendant sa correction ». J’ai toujours dit que je ne comprends pas cette loi que même la Cour constitutionnelle a validé et il me semblait que la seule façon de se rattraper était de dire qu’on allait faire une liste électorale ad’hoc car en définitive, ce dont on a besoin pour aller à une élection c’est une liste électorale fiable et une liste électorale fiable suppose deux conditions. La première, c’est que toutes les personnes en âge de voter retrouvent leurs noms sur la liste et la deuxième c’est que leur bureau de vote soit situé dans leur environnement immédiat. Et pour être sûr d’avoir une liste électorale fiable, il suffit juste de l’afficher afin que les personnes concernées puissent voir et apporter les corrections. C’est ça une liste électorale fiable ; après, vous pouvez l’appeler liste alternative, vous pouvez l’appeler Léi, Léa, vous pouvez l’appeler Lépi ou tout ce que vous voulez. Le seul instrument dont on a besoin pour aller à une élection est une liste électorale fiable.

Victor Topanou a-t-il retrouvé son nom sur la liste affichée par le Cos-Lépi ?
C’est le prochain scandale en vue. J’ai vu le ministre Kassa crier depuis le nord, mais moi aussi je n’ai pas encore vu mon nom. Je suis allé vers les agents qui m’ont dit qu’il y a une liste additive qui doit arriver dans deux jours. Après, si je n’ai pas mon nom, je ferai un scandale.

Votre parti, le FUR sera-t-il présent aux prochaines élections ?
Forcément. Sinon, ce n’est pas un parti politique. Et c’est d’ailleurs ce que beaucoup ne savent pas et disent qu’on a une pléthore de partis politiques. Certains avancent le chiffre de 250 partis, d’autres de 148 au regard des dernièresstatistiques du Ministère de l’Intérieur en 2012. Mais ce qu’on ne dit pas c’est que la charte sur les partis prévoit qu’un parti qui ne va pas successivement à deux élections de suite est dissout sans qu’il ne soit besoin d’aller devant les tribunaux. C’est que le Ministère de l’Intérieur qui ne fait pas son travail depuis 2002.

Voulez-vous aller en alliance ?
On ne va en alliance que quand on a des intérêts avec d’autres partis politiques. Mais nous autres, nous travaillons à installer, dans la durée, ce parti. Depuis deux ans, on est invité dans les grands débats; l’opposition nous fait appel. Ce qui veut dire que nous avons une place.

Quels sont les prochaines attentes de votre congrès de 2015 ?
Moi, je pense laisser le poste de président à un autre quand bien même c’est un mandat renouvelable. Je finis le premier mandat de trois ans et je passe la main. Je pense bien devenir président d’honneur.

Est-ce-que les événements de Burkina Faso ont impacté les luttes politiques au Bénin ?
Je ne le pense pas. Le Burkina n’est pas le Bénin. Et la Côte d’ivoire n’est pas le Bénin non plus. Ceux qui le croient se trompent. Tout comme quand on a parlé du printemps arabe, on s’est rendu compte que la Tunisie n’est pas le Maroc, tout comme le Maroc n’est pas l’Egypte. Voyons même au-delà pour comprendre que la Syrie n’était pas le Yémen. Donc, il n’y a pas de relations de cause à effet. Moi, je développe une théorie, celle d « seuil de tolérance » que chaque peuple développe. Et ce seuil est flexible en fonction de chaque peuple. N’oubliez pas que le Burkina Faso, il y a de cela dix ans, avait déjà modifié sa Constitution et cela avait été fait comme une lettre à la poste. En ce moment, le seuil de tolérance n’était pas encore atteint et il n’y avait eu aucune marche. Je pense que si Blaise Compaoré n’avait pas commis le péché d’envoyer ce projet de loi au parlement, il serait resté encore Président du Faso pendant un an puisque son mandat prenait fin en novembre 2015. Ce qui veut dire, pour moi, que les incidents du Burkina ne pourront avoir aucun effet sur le Bénin. Vous avez vu au Togo ? Le peuple voulait prendre l’Assemblée nationale, mais mal lui en a pris. Là aussi, le seuil de tolérance n’est pas atteint ; donc, ça ne prendra pas. Il en est de même au Bénin, le seuil de tolérance n’est pas encore atteint et le défi du politique c’est de lire et se sentir le seuil de tolérance de son peuple. Chez nous, il suffit juste que le Président Yayi déclare publiquement demain qu’il veut rester au pouvoir au-delà du 6 avril 2016 pour que le seuil de tolérance soit rapidement atteint. C’est pourquoi, Yayi qui connait très bien les Béninois, contrairement à ce que les gens pensent, ne peut le dire et ainsi, il tue dans l’esprit du Béninois, toutes velléités de revendications. C’est aussi pourquoi, il chante toutes les fois que de besoin qu’il ne fera pas un jour de plus sur son mandat.

Quelle est votre lecture de la dernière décision de la Cour stipulant que la Constitution sera respectée ?
Je vais vous dire clairement. Il y a déjà de nombreux mois, pour ne pas dire de nombreuses années, que je n’ai plus confiance en notre Cour constitutionnelle. C’est une cour qui s’érige en constituant et qui réécrit notre Constitution à sa guise. Parlons de la décision de ce 24 novembre. Même si ça renforçait le camp de ceux qui souhaiteraient que Yayi ne revienne pas, pour moi, c’est un scandale juridique. Simplement parce que c’est porter atteinte à nos libertés fondamentales, résumées dans la liberté d’expression. Il faut comprendre que c’est l’opinion d’un citoyen lambda qui a choisi d’écrire une lettre ouverte même si c’est pour exprimer son désir de voir son leader modifier la Constitution pour rester au pouvoir. Pourquoi la Cour se mêle-t-elle de cela quand on sait que cette lettre ouverte n’enclenche aucun processus institutionnel de révision de la constitution ? A cette allure, la Cour peut demain se lever et dire qu’un journaliste a fait un commentaire dans un article dont une partie porte atteinte à la Constitution et le condamner.. Idem pour les acteurs politiques à la veille d’une élection. En effet, elle pourra se prévaloir de sa jurisprudence pour dire qu’un article de journal viole la constitution en oubliant même que la Haac existe. La Cour n’a pas le droit de réécrire notre Constitution : c’est ma conviction.

Quelle lecture faites-vous aujourd’hui de la justice béninoise, une fois en dehors du système ?
Ma réponse vous surprendra. Il y a beaucoup d’analystes et d’observateurs béninois qui ne savent pas que si vous êtes ministre de la Justice, en réalité, il ne vous reste que la partie administrative à gérer. Qu’est-ce que je veux dire par là ? Il y a eu les états généraux de la justice en 1996 qui ont pris de grandes décisions. Et l’ensemble de ces décisions ont été mises dans une loi et cette loi n’a été adoptée qu’en 2002. Et c’est cette loi qui décline la carte judiciaire du Bénin. Et c’est l’une des rares lois au Bénin qui a eu une portée pluriannuelle ; ainsi tous les ministres de la justice dans la période de 2002 à 2012 avaient une feuille de route bien tracée. A l’époque, pour faire la loi, on avait mis à contribution l’ensemble des partenaires au développement qui interviennent dans le domaine de la justice. Et donc, pour que la loi soit réalisable, on a échelonné la construction des tribunaux avec la formation de nouveaux magistrats et de nouveaux personnels. Donc, quand moi j’ai été au Ministère de la Justice, je me suis demandé pourquoi on ne pouvait pas généraliser cette manière avec laquelle la loi sur l’organisation de la justice a été conçue. Ici, un président prend une décision et celui qui lui succède vient tout remettre en cause parce que c’est le président précédent qui l’a fait. Si c’est bon pour le développement du secteur, pourquoi ne pas le maintenir ? Et donc pendant les dix ans, on a fait que ce qui nous a été confié. Et celle qui est venue boucler la boucle des dix ans, était la ministre Reckya Madougou. Depuis 2012, la Justice attend sa prochaine loi de programmation, en vain.

N’avez-vous pas aussi fait la chasse aux magistrats ?
Non, je n’en ai jamais fait. Au contraire, j’ai soutenu les magistrats non seulement dans la lutte contre cette loi scélérate, mais aussi et surtout dans leurs revendications légitimes. Nous avons une loi qui prévoit les critères d’affectation des magistrats. Ce que vous ne savez pas souvent est que lorsque vous enlevez un seul magistrat de son poste, ça crée un effet d’échelle, c’est-à-dire que lorsque vous le prenez, lui seul, vous avez le sentiment que c’est lui seul que vous voulez enlever, nommer ou promouvoir. Quand vous le faites, il faut vous assurer qu’il peut occuper le poste que vous lui confiez. Ce corps a des critères d’ancienneté. S’il ne peut pas occuper le poste, c’est que vous avez mal réfléchi en amont. Et ensuite lorsque vous l’enlevez, ça crée un autre effet d’échelle dans le tribunal où vous l’avez nommé simplement parce que n’importe qui ne peut lui succéder. Par exemple, lorsque vous avez un tribunal qui a cinq cabinets de juges, vous ne pouvez pas mettre au 1er cabinet quelqu’un qui est moins avancé que le 2ème, le 3ème et 4ème. Donc, c’est établi comme ça. Dès que vous n’en tenez pas compte, vous créez des réactions en cascade. Si vous mettez les dossiers sensibles au 6ème cabinet lorsque le 1er est là, ce n’est pas une bonne chose. Ensuite lorsque vous faites venir quelqu’un qui a dix ans d’ancienneté que vous mettez au 1er cabinet alors qu’au 2ème cabinet, il y a quelqu’un qui a 12 ans de carrière, ce n’est pas normal. Ce sont les choses du genre qui se sont passées lors des dernières nominations des magistrats. Moi, j’ai souvent tenu compte des critères dans mes nominations. Ce que beaucoup de gens ne savent pas, je peux vous le dire aujourd’hui c’est que pour les nominations que j’ai faites, je me suis repris trois fois. Malgré les conseils des magistrats les plus avérés dont je me suis entouré, le Conseil supérieur de la magistrature m’a demandé de m’y reprendre par deux fois. Je l’ai pris sportivement. Là-bas, il y a aussi des magistrats qui sont les gardiens du temple.

A-t-on le droit d’emprisonner des citoyens à sa guise quand on est ministre de la justice?
Quand j’ai été ministre, j’ai donné des instructions claires à mes procureurs généraux, l’un à Cotonou et l’autre à Parakou. On s’est entendu pour qu’une arrestation ne soit motivée que, soit par une crainte de subornation de témoin, soit par une crainte de subornation de preuves. C’est dire que si vous ne l’enfermez pas, il risque d’aller voir les témoins pour leur donner de l’argent, les corrompre pour demander de ne pas témoigner dans un sens qui lui est défavorable ou encore organiser l’incendie de son bureau pour faire disparaitre des documents de preuve : dans ces cas là, on fait de la détention préventive. Mais ce qu’il ne faut pas perdre de vue, c’est que dans le système judiciaire de notre pays, il n’y pas que les juges qui enferment. Un commissaire peut aussi enfermer. Mais à l’arrivée, on met tout sur le dos de la justice. Moi, je fais partie de ceux qui pensent que nous avons l’une des meilleures justices de la sous-région.

Mais beaucoup pensent que la justice béninoise est corrompue
Non c’est une affirmation excessive, même si je ne nie pas qu’il puisse s’y trouver quelques juges corrompus, il ne tient pour cela qu’à voir le procès retentissant dit des « frais de justice criminelle ». Le système lui-même n’est pas corrompu. Et l’on devrait voir dans ce procès un modèle d’auto-régulation mais au lieu de cela l’opinion n’a préféré retenir que la présence de juges corrompus. C’est dommage. Et c’est pour ne l’avoir pas compris qu’une ministre qui l’a affirmé urbi et orbi a perdu son poste. Ceux qui le disent ne sont jamais sortis ; qu’ils aillent voir ce qui se passe ailleurs, les instructions viennent de la présidence de la République.

Le procureur de la république est-il au service du peuple où d’un gouvernant ?
C’est le système judiciaire que nous avons adopté qui est ainsi fait que le Procureur reçoit des instructions de la Chancellerie. Mais rassurez-vous, le Garde des sceaux n’intervient pas dans toutes les affaires ; au plus ses interventions représentent à peine 0,0001pour mille. C’est le système judiciaire français. La seule différence est que la France est allée au bout de sa logique en ne parlant pas de « pouvoir judiciaire » mais « d’autorité judiciaire ».

Que vous inspirent les résultats catastrophiques au baccalauréat ?
On est encore entrain de payer le prix du « nouveau système » que nous avons mis en place. Je pense que système a été instauré de façon trop précoce dans un milieu qui lui est totalement étranger. J’espère simplement que c’est la dernière année catastrophique puisque plusieurs établissements ont introduit et réintroduisent une dose de l’ancien système ; ce qui permet de corriger le nouveau système.

Que retenez-vous du bilan de la gestion de l’équipe de Sinsin à deux mois des élections rectorales ?
Je pense qu’on a eu une équipe qui a mélangé toutes les logiques. Pour la première fois depuis que j’ai connu l’université, elle est médiatisée à outrance ; à chaque pose de première pierre ou à chaque inauguration ou encore à chaque prix obtenu, même les plus farfelus, il y a la presse : on se croirait à la présidence de la république. Cette hypermédiatisation cache mal l’incapacité de l’État à créer une université, une seule. Par ailleurs, le Recteur, des fois, se substitue au ministre de l’Enseignement supérieur. Et ça, je peux vous le démontrer à travers deux décisions qu’il avait prises. Il y a un premier arrêté rectoral qui voulait que désormais les enseignements soient bilingues. Ce qui est une très bonne chose. Ça rend nos étudiants compétitifs, sauf que, là où il n’a pas été fichu de comprendre que cette décision dépassait sa compétence. En effet, pour que les étudiants à l’université soient en capacité de recevoir et d’assimiler un cours en français ou en anglais, il eut fallu qu’on leur donne des bases en amont. Donc, il faut introduire une forte dose d’enseignement en anglais, au secondaire afin que les élèves soient immédiatement opérationnels en entrant à l’Université. Il ne s’est pas assuré de ça, il prend son arrêté et il décide de la généralisation du bilinguisme à l’université. C’est un scandale mais personne n’a réagi, c’est passé comme une lettre à la poste. De même, c’est avec ce Recteur qu’on a vu des accords signés avec des établissements privés et qui mettent à la disposition des établissements privés, les enseignants du public. Et il est allé même loin, en disant que si les enseignants du public vont aller enseigner dans les privés dans le cadre de cet accord, il faut qu’ils reversent 30% de ce qu’ils y gagnent à l’université. Il est allé jusqu’à écrire que « ceux qui ne le feraient pas, feraient du travail au noir » alors qu’il n’est pas l’employeur de l’enseignant. C’est l’Etat qui est son employeur et non le rectorat. Moi, je suis un pur produit de l’école publique. Je ne suis pas contre l’école privée, mais je suis pour que le moyen du contribuable soit consacré prioritairement à l’école publique. Je pars de l’idée que ceux qui envoient leurs enfants dans les écoles privées, c’est parce qu’ils en ont les moyens et que ceux qui ne le peuvent pas ne le font pas.

Est-ce que vos propres enfants vont dans les écoles publiques ?
Je ne peux pas envoyer mon enfant dans une école privée parce que c’est ma conviction. C’est idéologique dans ma tête. C’est pour ça que vous ne me verrez jamais enseigner dans une école privée. Tous mes collègues interviennent dans les établissements privés. Il y en a même qui y prennent des postes de responsabilité.

Ça veut dire que l’équipe de Brice Sinsin a été défaillante ?
Défaillante, mais non. Pour moi, elle n’a pas été défaillante mais elle a pris un virage dangereux.

Dans l’opinion, Sinsin et son équipe ont mieux fait ?
Vous avez parlé de l’opinion ?

Ce n’est pas seulement l’opinion. C’est même visible et on voit sur le campus ?
Si c’est dans l’opinion, c’est dû à sa communication agressive. Ce que les autres avant lui n’ont pas fait, à juste titre. Aucun recteur depuis 1970 n’a fait autant de communication dans la presse.

Est-ce qu’ils avaient eu la possibilité de le faire ?
Pourquoi pas ? C’est l’argent public non ? C’est avec l’argent public qu’on fait ça. Pour moi encore une fois, Sinsin a obtenu plus de constructions mais, c’est tout. Et c’est pour ça que je dis que c’est une défaillance de l’Etat. C’est d’abord un établissement public. C’est-à-dire que dans l’esprit du recteur actuel, il est beaucoup plus anglo-saxon. Vous comprenez ? Moi, je suis choqué, je le dis comme je le pense, de voir un amphi qui porte le nom de Houdégbé au sein d’un campus public. Amphi Houdégbé dans un espace public, ce n’est pas l’idée que je me fais de l’Etat.

N’est-ce pas un exemple-type de partenariat public-privé ?
Le partenariat public-privé, c’est un ensemble juridique beaucoup plus complexe.

Etes-vous candidat à la prochaine mandature du rectorat ?
Non. Mais j’ai appris vendredi que le Ministère se préparerait à sortir un arrêté qui autoriserait l’équipe actuelle à se représenter. Alors que tout le monde sait qu’il ne pouvait plus se représenter. Le débat a été mené en début d’année lorsque lui-même a présenté ses vœux. Si tel est le cas, alors vous me retrouverez dans vos locaux, parce que là, je ne vais pas les rater. C’est un piège du politique qui tente de démontrer à l’opinion que « même les universitaires, c’est-à-dire, les plus éclairés de notre pays, tripatouillent les textes pour rester en place au-delà de leurs mandats réglementaires ». C’est très dangereux.

Mais les textes actuels des universités l’autorisent à briguer un autre mandat
Non, il y a des dispositions transitoires qu’il faut relire. Dans les dispositions transitoires, il avait été dit que le premier recteur ne pourra faire qu’un mandat unique de cinq ans. C’est ce qu’a fait Norbert Awanou. Et il est écrit qu’après ce mandat unique de cinq ans, on reviendra à un régime de trois ans renouvelable une seule fois sauf si le recteur élu à la fin du mandat unique faisait déjà partie de l’équipe du mandat unique ; dans ce cas, il ne peut se représenter après son mandat de trois ans. Ce qui est le cas de Brice Sinsin. C’est ce qui fonde d’ailleurs ses propos lorsqu’il présentait ses vœux à la communauté universitaire en janvier dernier.

Donc ça veut dire que, normalement, vous n’êtes pas candidat ?
Non, je ne serai pas candidat ; je veux être Président de la République. Par contre, je souhaiterais que l’on associe les femmes professeures à la gouvernance de l’Université. Une ou deux femmes dans l’équipe rectorale donnerait une belle allure. Et il y en a de braves et de compétentes. C’est important !

Mais si éventuellement le Ministère modifiait le texte…
Ce serait inélégant, voire indigne et je vais les dénoncer. S’ils le faisaient, ce serait désastreux pour l’image des universitaires Béninois et je les combattrai.

Carte d’identité
Il suffit d’entendre Prudent Victor Topanou évoquer son passé : c’est un homme qui ne peut qu’être proche des souffrances des autres. « Il m’arrivait très souvent de ne pas avoir de l’argent pendant six mois », se souvient-il encore avant d’ajouter : « des fois, je mangeais une fois tous les trois jours. » Tout cela s’est passé au Togo, pendant qu’il était encore élève puis étudiant. Car l’homme avoue qu’il a connu une histoire mouvementée. Jugé antirévolutionnaire par le régime militaire de Mathieu Kérékou, son père avait en effet fui le Bénin pour le Cameroun. Lorsque le petit Victor et ses autres frères et sœurs l’y rejoignent quelque temps plus tard, ils doivent affronter une autre réalité. Tombé amoureux d’une autre femme ayant probablement exigé de l’avoir à elle seule, le père se résigne à envoyer sa progéniture à Lomé, dans le pays de sa mère. Celle-ci envoie les enfants à Kpalimè, toujours au Togo, convaincue que Lomé n’était pas faite pour éduquer des enfants. Mais la vie à Kpalimè n’était pas une sinécure. Sans soutien familial réel, tous ses autres frères ne peuvent supporter la misère. Ils retournent à Cotonou. Quant à Victor, il loue une chambre seul, chambre où il ne reste que grâce à la grande mansuétude de son propriétaire. De la classe de 5ème jusqu’à l’université, Victor Topanou vit au Togo où il se débrouille pour passer son BEPC en 1981, le Bac en 1985. En 1989, il décroche à l’université de Lomé une maîtrise en science politique option histoire des relations internationales et part à Paris pour des études de stratégie et de défense. C’était à l’Ecole des Hautes Etudes Internationales qui abrite le Centre d’Etude et de Défense Stratégique (CEDS) et qui délivre un diplôme de troisième cycle en stratégie de défense. Il tombe alors sur le Général Charles de Llambi, qui l’encourage à faire un doctorat à la Sorbonne. Son soutien aura pesé pour quelque chose, puisque le dossier du Béninois est accepté et Topanou sort de la prestigieuse université avec un doctorat en poche. 1998 le trouve à l’université nationale du Bénin où son aîné, le professeur Nouréini Tidjani-Serpos s’est battu des pieds et des mains, pour le faire recruter. « Ma vie, c’est le résultat de petits coups de main qui m’ont été donnés par des gens inattendus », avoue aujourd’hui le Président du FUR. Parmi ces gens, il cite volontiers Célestine Zanou dont il a été directeur de campagne pour la présidentielle de 2006, alors que les deux ne s’étaient connus que le 27 décembre 2005. « Elle avait un discours très cohérent, très percutant sur ce qu’elle appelait le sens des valeurs… Elle a eu des mots pour l’exprimer qui sont extraordinairement percutants », déclare-t-il. Proposé avec d’autres, sur demande de Boni Yayi pour travailler avec le nouveau chef de l’Etat, c’est lui qui est choisi et nommé le 26 mai 2006 pour être son conseiller technique juridique alors qu’il ne l’avait jamais fréquenté auparavant. « Ce système n’est pas bon », s’empresse-t-il aujourd’hui de rectifier, bien qu’il reconnaisse en avoir bénéficié. « On n’attend pas d’être élu pour aller chercher ceux avec qui on va collaborer », dit-il, convaincu qu’il s’agit d’une pratique malsaine nuisant à l’équilibre de l’Etat. En 2008, il est propulsé secrétaire général du gouvernement puis ministre de la justice, porte-parole du gouvernement. Ce passage du secrétariat général du gouvernement au ministère de la justice n’était pas en fait une promotion. Car, une fois nommé, Victor Topanou affirme avoir été attaqué de toutes parts par les quatre réseaux gravitant autour du pouvoir, le réseau Tchabè, le réseau Bariba, le réseau de la belle-famille et le réseau religieux. « Parce que je commençais par contrarier leurs intérêts », dit-il. Tous ces réseaux voyaient l’affection sincère que Boni Yayi vouait à l’universitaire surtout pour sa compétence et sa loyauté. Et concrètement, le Chef de l’Etat ne l’appelait, sauf en public, que par le surnom qu’il lui avait aussitôt donné : « mon petit ». Mais la pression devenait intenable, au point de contraindre Yayi à se séparer de lui en le nommant Garde des sceaux. « Je dis aujourd’hui que je suis le premier cas où la nomination à un poste de gouvernement n’était pas une promotion sociale mais une stratégie de séparation du pouvoir. Beaucoup n’ont pas perçu cela. Moi, je n’ai jamais pris ma fonction ministérielle comme une promotion », déclare-t-il. Sorti du gouvernement, il se présente aussitôt à la présidentielle de 2011, sans succès.
Maitre de conférences à la Faculté de droit et de sciences politiques de l’université d’Abomey-Calavi, l’homme mène aujourd’hui une vie politique très active. Il se plait même à dire qu’il est le seul candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2016.

Intimité: Amateur de gombo et de riz

Victor Topanou vit depuis peu avec une compagne après avoir connu l’expérience du divorce. Sa fille unique fréquente l’école publique parce que le père avoue qu’il ne peut jamais envoyer son enfant dans le privé, par pure idéologie, et surtout parce qu’il est lui-même le produit de l’école publique. Sportif incorrigible, footballeur par-dessus le marché, Prudent Victor Topanou aime vivre dans la simplicité. Gombo et riz figurent au fronton de ses repas préférés : « Je peux en manger du 1er janvier au 31 décembre, sans problème », dit-il.

La Rédaction

Echanges « Sous l’Arbre à Palabres » avec Patrick Armand Pognon, Président mondial des ambassadeurs du développement au siège de l’événement précis : « Dieu même l’a dit, Yayi finit en 2016 »

Pognon ArmandInvité sous votre rubrique ‘’Sous l’arbre à palabre’’ de l’Evénement Précis, le Président mondial des ambassadeurs du développement, président de l’autorité de régulation du coaching africain, directeur du cabinet Africa Consulting, Coach Patrick Armand Pognon n’a pas fait économie de vérité. Dans son air habituel décontracté, il a abordé entre autres les questions du développement personnel, de l’entreprenariat, du 6ème congrès mondial des ambassadeurs de développement sans oublier l’actualité sociopolitique nationale et international. Au passage, il fait comprendre que le président Boni Yayi ne peut plus avoir un autre mandat car son programme de gouvernance tracé par Dieu s’achève en 2016.

Et si on en parlait

Quelles sont vos premières impressions ?
Moi, c’est Patrick Armand Pognon, exactement comme l’argent. Je suis le président mondial des ambassadeurs de développement et de l’autorité de régulation du coaching africain, pour ne s’en tenir qu’à ça. Je dois dire que L’Evénement précis est un journal que nous avons côtoyé pendant longtemps mais sans vraiment avoir eu le temps de savoir qu’il y avait un rendez-vous d’échanges, de partages aussi important. Déjà quand j’ai reçu le message, j’ai cru comprendre qu’il s’agissait d’une émission. Et donc, je suis arrivé et ma surprise a été agréable de savoir qu’une initiative comme ça est prise et, j’ai dit au Directeur qu’on va travailler de sorte que cette émission sera montée vers une radio pour accompagner le journal. Voilà un peu mes impressions à chaud et je suis vraiment satisfait, je suis vraiment content de ce que j’ai vu.

Comment analysez-vous les événements qui se déroulent depuis quelques semaines au Burkina Faso, votre pays d’adoption ?
Il faut dire que pour nous, tous ces événements étaient prévus. Le mercredi, veille de l’insurrection à Ouagadougou, j’étais à Grand-Popo pour former des Togolais qui étaient venus pour devenir Coach de l’université Alpha plus précisément un lycée français. Lors de cette formation, je leur disais que cette semaine ne finira pas avec Blaise Compaoré au pouvoir. Tout le monde l’a vu, c’était visible, sauf Blaise Compaoré.

Voulez-vous dire qu’il n’avait plus les renseignements ?
Il n’avait plus les renseignements. Il a refusé d’écouter l’ensemble des chefs d’Etats du monde. Le mercredi, ils l’ont appelé et lui ont demandé de retirer sa proposition. Mais Blaise Compaoré leur a répondu ceci : « Vous ne connaissez pas la situation de mon pays. Je passe demain à l’Assemblée nationale, j’ai la majorité». Voilà la réponse qu’il a donnée à l’ensemble des chefs d’Etats parce qu’il était trop sûr de lui-même. De telle sorte qu’il n’écoutait personne. Ça fait trois ans que je suis passé sur la télévision nationale du Burkina pour dire qu’il y a un feu rouge infranchissable devant. Blaise Compaoré ne peut pas insulter son intelligence humaine en tentant ça. Pour vous dire vrai, moi je l’ai appelé avant cette insurrection, c’est la seule voix que Blaise pouvait comprendre. Et mieux, quand Blaise avait annoncé sa déclaration le soir, j’ai écrit sur la page du Collectif africain une ligne dont le contenu était : « Blaise, annonce ton départ sinon ça va chauffer ». Etant donné que Blaise Compaoré comme la plupart des autres caciques du régime sont dans le collectif africain. Ils ont lu, ils ont compris que c’était foutu, ce n’était plus possible. Maintenant, pourquoi je l’ai appelé à ça parce que je ne veux pas vivre dans un pays où on n’a ni paix, ni guerre. Or, avec le président Blaise Compaoré, c’était ni paix, ni guerre. Il fallait que ça change et ça a changé. Je dis aussi qu’on aura l’occasion de parler de la situation au Bénin mais, Yayi ne veut pas, ne va pas et ne peut pas réviser la constitution dans le but d’avoir un autre mandat. Ce n’est pas sa volonté qui compte. C’est la volonté du peuple. Si vous allez au Tchad aujourd’hui, vous verrez que les mouvements ont commencé parce que quand ça commence, ça commence par grossir et à un moment donné, c’est le peuple qui parle.

Mais Blaise était un homme fort !
Non justement. Blaise n’a jamais été un homme fort au Burkina. Moi j’ai refusé une audience avec Blaise Compaoré. Ça fait trois ans qu’il cherche à me rencontrer et j’ai refusé parce que je sais qu’il n’est pas fort et qu’il va partir comme ça et je ne vais pas partir comme lui. Imaginez si j’étais l’homme de Blaise. Aujourd’hui, je ne pourrai plus aller au Burkina Faso. Si vous écoutez ce qui se dit à l’extérieur, dans plusieurs pays africains, vous comprendrez que ce n’est pas du tout ça. Blaise faisait croire qu’il était fort.

Vous prônez souvent le positivisme, la paix, mais les Burkinabé ont utilisé la violence pour renverser le régime Compaoré. Peut-on dire qu’ils sont restés fermés à ces valeurs que vous prônez ?
Ce qui s’est passé a été le résultat de ce qui devrait arriver. Je suis resté silencieux tout le temps parce que je n’aime pas jouer au jeu de ‘’c’est moi qui ai fait ceci ou cela’’. Vous savez, nous avons formé plusieurs officiers pour être coach. Vous croyez que le chef d’Etat-major qui a laissé Zida prendre le pouvoir allait laisser faire s’il n’a pas une culture du positivisme ? C’est notre travail qui a abouti à ce résultat. Un mois avant le départ de Blaise Compaoré, j’étais en séminaire à Ouagadougou dans la même salle où la charte de la transition a été signée. J’ai pris la parole et j’ai dit que Blaise Compaoré ne peut pas réviser la Constitution. C’est dans un tonnerre d’applaudissements que la salle l’a accueilli. C’est pour vous dire que Blaise pense qu’il est fort. Un exemple pratique. Pensez-vous qu’un homme d’Etat fort peut ne pas avoir dans son pays un fief électoral, c’est-à-dire, aucun endroit où il peut se cacher dans son pays ? La vérité, c’est qu’il n’y a pas un seul endroit où Blaise Compaoré peut aller au Burkina Faso.

Et à Pô ?
Non, Blaise ne sortait pratiquement jamais de son palais. Il peut faire un an sans bouger. Blaise n’a jamais emprunté les chemins du Burkina Faso. Il est toujours dans son hélicoptère. Blaise est un peureux, embrigadé dans son palais, enfermé dedans. On ne le voit pas, il ne sort pas et ne parle presque pas. Moi j’ai toujours dit à tout le monde que Blaise n’est pas si fort qu’on le pense. Il n’a pas une armée forte, il a une garde présidentielle forte et sur ça, je suis d’accord. Vous imaginez que Zida, en arrêt disciplinaire parce que soupçonné d’avoir laissé entrer quelqu’un armé au palais, se soit retrouvé N°2 de la garde présidentielle ? N’oubliez pas que Blaise a dû fuir de son palais la nuit. Blaise Compaoré embourbé dans sa compréhension des choses, n’a rien voulu entendre. Depuis la crise que le Burkina a réussi à gérer, Blaise avait repris la main. Mais, il pensait que les Burkinabé étaient toujours les anciennes formes de Burkinabé. Or, la situation a créé d’autres types de Burkinabé puisqu’ils ont compris qu’ils peuvent faire distancer le régime. A partir du moment où ils ont eu cette conviction, il faut le gérer autrement. Il n’a pas voulu le faire et les conséquences sont là.

Selon vous, l’Afrique est-elle envahie par l’esprit Ouagadougou ?
Il n’y aura pas de printemps parce que tous les chefs d’Etats ont analysé cette situation. Je vous donne un exemple qui n’est même pas dans ce cadre. Le cas togolais. La Constitution n’a pas prévu la limitation du nombre de mandats. Mais malgré ça, Faure étudie fortement cette situation et analyse les réformes qu’il peut faire. Malgré que Faure soit aujourd’hui plus populaire qu’il ne l’était quand il est venu au pouvoir, il analyse, en ce moment, les réformes à faire pour que son mandat éventuel à venir soit une transition. Face à cette situation, on ne peut pas ne pas tenir compte de ça. Dans tous les pays aujourd’hui, comme le Rwanda qui a un régime extrêmement fort, le président analyse maintenant si ça vaut la peine ou si c’est jouable. Savez-vous que quand le peuple croit en lui, il devient dangereux et le peuple africain croit désormais en lui. Laissez-moi vous dire qu’on m’a demandé sur une radio de la place, ce que j’allais faire si Yayi Boni me donnait de l’argent pour briguer un 3ème mandat. Je leur ai répondu que quand Dieu siffle la fin, il n’y a pas ce système qui puisse permettre d’aller au-delà. Dieu a dit que Yayi a fini en 2016 et ça sera ainsi. Aussi, Dieu a dit que Blaise devait s’arrêter à ce niveau de son mandat, et puis ça a été ainsi. Voilà ce que je peux dire par rapport à ça. La fièvre a atteint l’Afrique et tous les chefs d’Etats font appel à des stratèges pour les aider à analyser la situation. Ce n’est pas seulement les révisions pour rester au pouvoir qui sont devenues dangereuses. Le fait de finir son mandat et de positionner son fils ou son frère est devenu tout aussi dangereux que de vouloir réviser la Constitution pour s’éterniser au pouvoir.

Quand vous côtoyez la population béninoise, pensez-vous, avez-vous le sentiment que le Bénin est aux portes de Ouagadougou ?
Non, vous oubliez l’histoire du Bénin. On se fait toujours peur avant de régler les problèmes. Je ne trouve pas dramatique la situation qui se passe aujourd’hui au Bénin. C’est vrai que les hommes politiques ont l’habitude de monter les enchères en montrant que l’heure est grave et tout ça. Vous allez faire les élections municipales en 2015. Mais sachez qu’il n’y aura pas de grandes mutations. Aujourd’hui, le peuple béninois comme le peuple burkinabé est fatigué de ces hommes politiques. Et vous ne voyez aucun leader de la société civile qui se prépare à créer une alternative digne du nom. Donc, le peuple n’est pas très intéressé. C’est vrai que le peuple se demande s’ils ne se foutent pas de nous mais, vous allez voir aux élections que le peuple ne sortira pas massivement pour la simple raison qu’il a le sentiment que c’est même pipe, même tabac. J’ai remarqué au Burkina que 20% des Burkinabé votent et que 80% ne votaient pas. Le jour où les 80% vont trouver leur leader, ils vont changer les choses. C’est la même chose au Bénin. La majorité des Béninois ne se sentent pas concernés par les questions électorales. Si les leaders naissent et arrivent à faire naitre une vision, ça va faire bouger les choses. On va faire les élections municipales, les élections législatives. Au lieu de se focaliser sur leur tenue ou pas, je préfère que les gens se focalisent sur les leaders qui peuvent diriger ce pays.

Que voulez-vous dire par « il n’y aura pas de grandes mutations s’il y a élection » ?
Quand on dit pouvoir en place, on parle toujours de pouvoir central mais le problème se pose au niveau des mairies. A Cotonou, qu’est-ce qui se prépare pour faire partir les Soglo ? C’est ça la réalité. Le peuple est endoctriné dans un débat de « est-ce qu’il y aura élection ou si Yayi va partir ?». Or, le vrai débat, c’est qui va remplacer Yayi, qui va remplacer les maires actuels ? Le Burkina a été confronté aujourd’hui à une réalité de tout pays africain. Ça fait des semaines qu’on leur dit de penser à l’après Blaise. Mais on s’est tellement focalisé sur Blaise que c’est pratiquement des religieux qu’on est en train de solliciter aujourd’hui pour devenir président de transition. Voilà que les populations sont dans la rue pour réclamer les élections qui auront lieu. Je dis que les élections auront lieu. Maintenant, ils n’ont qu’à se réunir pour définir qui sera le prochain président de la république. On a trop eu des présidents au hasard. Il faut que maintenant on puisse anticiper sur qui va être président du Bénin, et qu’il y ait des organes comme la société civile et la presse pour faire campagne dans le pays pour dire voici le profil du président, obliger les candidats à venir dire qu’ils remplissent ces conditions et vous allez voir que, pour une fois, on aura un président qui sera encadré. Pourquoi pas une charte républicaine à adjoindre à la Constitution pour que nous puissions avoir une sorte de veille démocratique où le président ne peut pas faire ce qu’il veut.

Pensez-vous que Yayi a véritablement changé quelque chose au Bénin ?
Oui, il a réussi à montrer le vrai visage des politiciens de ce pays. Yayi a réussi à nous montrer que la classe politique béninoise ne vaut pas grand-chose.

Lui-même compris ?
Oui. Le jour où il est venu au pouvoir, on croyait en lui comme on croyait à la classe politique. Aujourd’hui, il a réussi à mélanger les choses au point où le peuple ne croit plus en personne parmi eux. Si vous voyez les tendances qui s’annoncent pour les prochaines élections, vous verrez qu’encore une fois, ce sont les hommes politiques habituels qui sont annoncés dans le peloton de tête. Le peuple cherche donc toujours son leader hors de la classe politique. S’il y a une chose que j’ai déplorée chez le président Boni Yayi, c’est qu’il a très mal communiqué. La communication se passe très mal au Bénin parce que quand j’écoute la presse internationale sur l’impression qu’ils ont du Bénin, ça me fait très mal. Ce peuple est trop grand pour qu’on le classe dans le rang des pays où la démocratie dépend d’un individu, d’un homme. La démocratie béninoise, tout comme burkinabé, ne dépend pas d’un homme. Ça dépend du peuple. J’ai dit ici, lorsque Yayi Boni est passé K.O lors de son élection, que c’est parce que le peuple ne se retrouve pas en Adrien Houngbédji que cela a été possible. Si le peuple se retrouvait en Adrien Houngbédji, ce n’était pas possible pour qu’il puisse passer. Nous minimisons souvent et je suis content que cette situation au Burkina rappelle au peuple béninois qu’il est capable de mettre un feu rouge à qui que ce soit. Donc, ce qui a changé dans ce pays, c’est que la classe politique a changé. Rappelez-vous de la première et de la deuxième Assemblée nationale où il y avait du respect. Moi, j’allais suivre les débats à l’Assemblée nationale mais aujourd’hui, ce n’est plus du tout ça. Vous voyez que dès que quelqu’un a des problèmes avec la justice, il se fait élire juste pour avoir l’immunité parlementaire. Et l’Assemblée nationale est remplie de ces gens qui fuient la justice. Je crois que la presse peut jouer un rôle dans ce débat républicain pour anticiper. Quel est le profil du prochain député, quel est le profil du prochain président, quel est le profil du prochain maire pour qu’on arrive à faire du bruit autour. Même si on n’arrive pas à changer cela, ça va changer les choses. Je crois que c’est à ça que nous devons travailler aujourd’hui sinon, le Bénin est allé derrière en termes de démocratie, de Constitution.

A quoi sert Cerveau collectif africain ?
Le Cerveau collectif africain est un environnement virtuel pour construire une dynamique citoyenne et positive. Vous allez voir que nous sommes très fortement installés et nous avons eu l’opportunité de former dans toutes les couches, l’armée, le Gouvernement et autres. Dès que l’insurrection s’est achevée, ils ont eu une journée de nettoyage de la ville. Ils ont créé leur date pour montrer que c’est un peuple républicain. C’est pour dire que c’est ce travail qui se fait dans un environnement où nous sommes près de 5000 personnes là-dessus. Aussi, il y a beaucoup de chefs d’Etats qui font des discussions là-dessus parce qu’ils suivent l’actualité. Il y a également des Américains, des Japonais, etc. c’est un environnement où chacun partage son expérience positive. A titre d’exemple, ce matin, nous devons faire une émission sur une télévision de la place et j’ai annoncé ça hier nuit sur le Cerveau collectif africain.
Mes collaborateurs peuvent vous dire combien de coups de fils nous avons reçus à l’intérieur comme à l’extérieur simplement parce que les gens sont sur l’émission, voient une autre émission et ne voient pas le coach que je suis. Donc, ce sont cinq mille personnes qui sont en train de travailler, de se nourrir mentalement parce que vous savez, on a un sérieux problème dans le conditionnement mental. Je dis ‘’on’’ et je me mets dedans. Un exemple pratique. Certains parmi vous ont lu le discours du roi belge qui est adressé aux missionnaires avant qu’ils ne viennent en Afrique. Dans ce discours, il dit : « Allez en Afrique. Ne pensez pas que vous allez parler de Dieu là-bas. Ils connaissent Dieu avant votre arrivée. Mais allez les conditionner à aimer la pauvreté ». Il dit : « Répétez leur souvent ‘’Heureux les pauvres car le royaume des cieux leur appartient, les riches n’iront pas au ciel’’ ». Les amis, le coach Patrick Armand Pognon qui voyage de pays en pays, pour travailler au réarmement mental, n’a pas fini de nettoyer cette phrase dont je vous ai parlé parce que simplement, regardez notre rapport à l’argent. Vous croyez qu’à RFI quelqu’un va venir s’asseoir pour faire un débat avec vous sans que l’émissaire n’aille te voir pour dire tu paies combien. On discute argent d’abord. Nous, on est gêné de parler de question d’argent. On est très pieux avec l’argent. Or, on a créé une entreprise pour gagner de l’argent. Et on est gêné par les questions d’argent. Ça c’est le conditionnement qui a été fait. Quand on ajoute à ça le fait que le système éducatif a été encore conçu par eux, vous voyez le programme que nous sommes en train d’appliquer aujourd’hui, où les enfants deviennent de moins en moins intelligents, incapables de parler français, incapables de faire ceci ou cela. Tout cela est un conditionnement duquel nous devons sortir. Le Cerveau collectif africain contribue à faire ça au niveau des leaders qui sont au-dessus, quitte à ce qu’ils puissent le faire à leur tour. Un autre exemple que je vais donner rapidement avant qu’on ne continue est ceci : chacun n’a qu’à regarder sa peau. Personne dans cette salle n’a la peau noire. Prenez quelque chose de noir et mettez votre peau à côté, on n’a pas la peau noire. Mais on a tout le temps dit : « je suis noir ». Et quand je prends le dictionnaire et je cherche ce que signifie noir, on dit c’est ce qui est méchant, ce qui est sale, ce qui est impur. Quand on dit blanc, personne n’a la peau blanche. Mais on dit du blanc, ce qui est pur, innocent. Donc, ils ont pris les bons qualificatifs pour eux et ils nous ont donné les mauvais. La preuve est que la boîte noire dans l’avion n’est pas noire. Elle a la couleur rose. Mais j’ai demandé pourquoi on l’appelle boîte noire et on m’a dit que noir, c’est tout ce qui est mauvais. Alors, chaque fois que je dis que je suis noir, je dis que je suis méchant, mauvais. Donc, aujourd’hui sur le Cerveau collectif africain, personne ne dit qu’il est noir. Nous ne sommes pas noirs, nous sommes des Africains.

En quoi consiste le congrès mondial ?
Le congrès mondial que nous allons tenir à Cotonou, c’est d’abord une rencontre entre les ambassadeurs de développement. Mais qui permet d’offrir gratuitement à la population qui nous reçoit, des conférences de haut niveau sur la dynamique mentale. En réalité, nous serons en formation les matins et les soirs. Nous allons donner des conférences de haut niveau sur des thèmes de développement personnel, de business et d’enrichissement durable. Un autre exemple que je vais vous donner, si je fais le tour de cette salle, en dehors du fait qu’on est journaliste, vous allez constater qu’on est tous formé pour accompagner les affaires. Le comptable pour gérer l’argent des autres, le commercial pour vendre l’affaire des autres, le gestionnaire pour gérer l’affaire des autres, mais vous n’allez voir aucun métier où on nous a formés pour faire des affaires. Donc, encore un conditionnement pour qu’on soit toujours en train de servir l’affaire des autres. Vous voyez le chef de l’Etat et son gouvernement en négociation souvent. Ils ratent les négociations avec les investisseurs qui arrivent parce qu’ils ne sont pas formés aux affaires. Donc, en dehors du développement personnel, nous travaillons à une dynamique mentale du business. La femme de Dantokpa fait simplement de petites erreurs. Vous allez constater qu’elle commence avec un chiffre d’affaires de cinq millions. Mais progressivement, si son mari ne réinjecte pas de l’argent, vous allez voir que le capital va finir parce qu’il n’y a pas calcul de rentabilité, il n’y a pas calcul de marge bénéficiaire, il n’y calcul de rien. Donc, on va, on s’assoit, si ça vend, gloire à Dieu, si ça ne vend pas, ce n’est pas grave. Il faut donc aussi créer ces genres de conférences. Je profite pour vous informer que nous avons travaillé à ce que l’année passée, comme cette année, le congrès mondial se tienne pendant longtemps à Cotonou, tous les mois de novembre de chaque année pour permettre au Bénin de profiter de ce travail immense que nous faisons à l’extérieur.

Et qu’attend-on du Congrès de Cotonou ?
On attend d’abord que les Béninois sortent. Vous savez, j’ai donné des affiches à mettre dans la ville et les gens disent cette affaire d’église-là il faut amener ça ailleurs. Vous voyez qu’il y a un ras-le-bol du fait qu’on prie sans solution. Donc, première chose, c’est d’amener les gens à faire une démarcation entre leur relation avec Dieu et ce que la religion fait ou leur fait faire. Il faut que les gens se démarquent de ça. Parce qu’à l’allure où on va, la foi est en train de baisser. Or un peuple qui n’a plus de foi est un peuple perdu. Le premier discours d’investiture de Barack Obama a coûté près de six cent milliards parce que les Américains n’avaient plus de foi ni d’espérance. Alors, le discours devrait permettre qu’il y ait de l’espérance. Donc, on a investi pour faire ce discours. Cinq minutes après le discours, on fait le sondage et on montre que les Américains ont de l’espoir. On veut redonner de l’espoir à ce peuple. On veut redonner à ce peuple l’envie de réussir. Les trois choses sur lesquelles on va travailler sont les suivantes : premièrement, finir avec les maladies qu’on ne comprend pas, les questions de sorcellerie, les questions d’envoûtement. Moi j’ai dit, sur une des chaînes de ce pays que si un chef vodoun pense qu’il est fort, il n’a qu’à appeler pour me faire du mal. S’il dit Patrick Armand avant de dire Pognon, il est mort, il n’y a rien à faire. Je l’ai programmé et je vais apprendre au peuple à se programmer pour qu’aucun sorcier ne puisse perturber leur santé. La deuxième chose, ce sont les questions d’emploi. Vous ne pouvez pas donner de l’emploi à quelqu’un qui n’a pas confiance en lui-même. Vous ne pouvez pas donner de l’emploi à quelqu’un qui ne pourra pas produire de la richesse. Il ne vous apportera rien. Donc à partir de cet instant, imaginez à L’Evénement Précis, combien de personnes peuvent créer leur emploi ici s’ils sont capables de dire au directeur, voici les stratégies que moi j’ai pour apporter de l’argent et je veux une partie de cet argent. Donc, il faut réarmer le jeune pour qu’il prenne conscience de son potentiel pour l’utiliser. Et la troisième chose sur laquelle nous voulons travailler lors de ce congrès de Cotonou, c’est la question de l’enrichissement. Il faut qu’on veuille devenir riche. Si vous demandez à un Béninois : tu veux beaucoup d’argent ? Il va vous dire oui, mais il n’en a pas la foi. Il est gêné de dire qu’il veut de l’argent. Nous devons vouloir de l’argent. Dieu ne peut rien faire pour celui qui n’en veut pas.

Et que voulez-vous changer fondamentalement dans l’homme africain ?
Nous changeons d’abord son identité. Il faut qu’il sache qui il est. Vous savez, moi je dis qu’on peut tout me prendre. Mais si on me laisse Dieu et ma citoyenneté africaine, je retrouverai tout. Je suis fier d’être africain, je suis très fier d’être africain. Vous savez même quand on parle de richesse, l’Afrique dispose de 93% du Diamant du monde, 50% de l’or du monde, 55% de l’uranium du monde. Et je peux continuer par citer. Et pourquoi ça ne va pas ? Parce qu’on a une mauvaise définition de nous-mêmes. Il faut, que nous donnions à l’Africain, une identité qui lui permet d’aller dans le concert des nations pour savoir avec qui il est. Voilà ce que nous donnons aux Africains à travers l’Afrique.

Quels sont les grands axes des changements que vous professez ?
D’abord, mon premier objectif, c’est la santé pour tous. Je ne suis pas de l’OMS et je ne partage pas les objectifs du millénaire parce que si on doit prendre trente ans pour réduire de moitié la pauvreté, je me demande combien de temps il faudra pour réduire l’autre moitié avant d’éradiquer la pauvreté, elle-même. Moi je combats la pauvreté sous toutes ses formes. C’est pourquoi dans toute émission, quand le mot pauvreté sort, je me porte en faux pour l’effacer de la tête des gens. Donc, je voudrais travailler d’abord à la santé des gens puisque sans la santé, il n’y a rien. Il faut que chacun sache prendre les dispositions mentales pour ne pas tomber malade. La deuxième chose, c’est que tout le monde doit travailler. Si le voisin ne travaille pas, c’est que je suis en insécurité. Il faut que tout le monde soit capable de créer de la richesse, de créer son gagne-pain. La troisième chose, c’est l’enrichissement. Voilà mes trois secteurs. Il y a aussi une autre chose. On me dit souvent, coach vous parlez souvent mais vous ne parlez pas de la politique. Je forme des leaders pour l’avènement d’un leadership plus responsable à la tête de nos Etats. Je ne suis pas pressé. Nous avons fait des députés au Burkina, nous allons en faire aussi au Bénin. Je disais à quelqu’un tout récemment que si vous prenez un chien au Bénin qui a deux milliards, on peut le faire président aux prochaines élections parce que le jeu est toujours ouvert. Il n’y a rien de décidé encore. Mais il faut l’argent parce que vous ne pouvez pas faire d’un pauvre un président. Il ne pourra pas amener de l’argent dans le pays. Il faut être riche pour devenir président. Les gens m’ont demandé avec insistance d’être candidat aux élections et je leur ai dit que je n’ai pas deux milliards à gaspiller. Moi, ça ne m’intéresse pas. J’ai d’autres objectifs. Les questions politiques pour moi sont dans un deuxième plan.

Mais, on dirait que vous faites abstraction de notre culture qui nous enseigne la méfiance, le doute
L’Américain prend beaucoup de risques, mais tire aussi beaucoup de profits. Vous croyez qu’aujourd’hui je serai ce que je suis si je n’avais pas pris des risques. J’en ai pris énormément. Sans un risque, rien de bon. Moi je n’ai pas peur de quelqu’un. C’est vrai que quelqu’un m’a dit qu’au Benin, il faut faire attention parce que les Béninois sont ceci ou cela. Je lui ai dit s’il oublie que je suis originaire du Bénin. Moi je n’ai peur de personne dans ce pays. Quand tu as Dieu avec toi, personne ne peut rien contre toi. Dieu a mis devant nous une porte ouverte que personne ne peut fermer. Les gens m’ont dit que la Franc-maçonnerie, c’est de la sorcellerie. Ils ne m’ont pas encore invité parce que s’ils m’invitent j’irai là-bas. Moi je ne peux pas avoir peur de quelqu’un. Je ne peux pas avoir Dieu et avoir peur de quelqu’un. Quand vous avez peur de quelque chose, la chose va vous arriver. Ce que vous craignez, c’est ça qui vous arrive.

Alors coach, est-ce qu’on pourra dire aujourd’hui que le Bénin est prêt pour la renaissance ?
Cela dépend de nous Béninois. Cela dépend de la presse. Suivez Yayi Boni. La réflexion sur l’alternance n’est pas menée. Cela dépend du peuple qui doit travailler à son avenir. Mon intime conviction est qu’en 2016, il faut une alternance. Mon objectif est qu’en 2016, nous puissions avoir un président qui écoute les gens quand ils parlent. Nous devons choisir un bon président pour le Bénin.

Dans une de vos chroniques, vous avez donné comme titre ‘’je veux, je peux, je vais’’. Est-ce que la volonté seule suffit aujourd’hui ?
C’est pourquoi on dit les trois. Je veux, volonté. Sans la volonté il n’y a rien. Le problème est que le jeune veut un emploi. Et à 20 heures, il dort ou joue à la belotte. Vous pensez qu’il y a une volonté là ? Quand j’ai la volonté, je ne dors plus. Je suis au Bénin depuis en train de préparer le congrès mondial. Je ne dors pas parce que c’est un grand enjeu qui est à la fois ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. A partir de ce moment, il faut qu’il y ait un désir obsessionnel. La deuxième étape, c’est le pouvoir. Je peux. C’est pareil pour les élections présidentielles, c’est pareil pour se marier, c’est pareil pour faire les affaires, c’est pareil pour créer une entreprise. Je veux mais est-ce que je peux ? Beaucoup de personnes veulent, mais elles ne croient pas qu’elles peuvent. Alors, il faut croire que tu peux. Alors ça te travaille. Et maintenant, il faut se mettre en action. Je vais. Et moi j’ai corrigé le ‘’je vais’’ avec mes recherche, ‘’j’ai’’, ‘’je suis’’. En réalité nous faisons beaucoup de choses sans la dynamique mentale. Or, sans la dynamique mentale, il n’y a rien.

Si on peut vous résumer, on peut dire que tout part de la volonté. Mais il y a certains qui disent que c’est l’imagination ?
Au fait, j’ai répondu longtemps à cette question de visualisation.
Dieu a tout créé par la parole. C’est par la parole qu’il s’est révélé à nous. Il dit qu’il nous a créés à son image. Utilisons la parole. La parole va créer l’image, la parole va créer ce que nous allons voir. Si vous ne parlez pas, votre cerveau continue de projeter l’image de ce qu’il a en ce moment en lui. Alors, à force de parler et surtout de côtoyer les personnes positives, vous aurez l’image. Si vous programmez la richesse et vous côtoyez des pauvres, il n’y a rien à faire, vous serez pauvres. J’ai vécu l’expérience et aujourd’hui je fuis les pauvres. Je peux les voir dans les conférences mais ils ne seront pas mes amis, ils ne seront pas dans mes relations. Les gens vont dire que j’apporte de l’eau au moulin de l’ancienne première dame de la France, Valérie qui a dit dans son ouvrage que François Hollande n’aime pas les pauvres. Moi, cela ne me gêne pas. Si les gens sont gênés d’être pauvres, ils n’ont qu’à programmer pour quitter la pauvreté. Il n’y aura pas de places au paradis pour les pauvres parce que Dieu aussi ne veut pas côtoyer les pauvres. Il faut que nous travaillions tous pour devenir riches.

Comment pensez-vous inculquer vos enseignements aux enfants qui sont l’avenir des familles et de la nation?
Formidable ! Nous venons de lancer des projets d’aide à l’école et à l’enfant. C’est vrai que cela n’a pas encore pris au Bénin ici. Mais au Togo, c’est très avancé et les enfants sont reçus une fois par semaine. J’étais en train de passer et j’ai vu un enfant. On m’a dit qu’il a eu zéro en classe et il a caché la copie. Je lui ai dit : « Pourquoi tu as caché ta copie » ? Il me répond : « Maman me fatigue quand j’ai une mauvaise note. Elle ne cherche même pas pourquoi » ? Je lui dis : « Pourquoi tu as une mauvaise note »? Et l’enfant me répond : « Le professeur n’a encore rien enseigné et il nous fait une interrogation ». Comment peut-il questionner quelqu’un sur ce qu’il n’a pas appris ? Cet enfant a raison ! Mais personne ne veut l’écouter. Or, on doit l’écouter, le comprendre, le mettre en confiance. Quand un enfant veut marcher et tombe, les parents ne l’insultent pas. Ils l’applaudissent. Et comme ils l’applaudissent, il se relève et il marche. J’ai dit à cet enfant : « Maman et papa ne croient pas en toi, mais moi je crois en toi. Vas et montres-leur que tu es né pour réussir, que tu es intelligent ». Il est allé avec sourire aux lèvres. Cet enfant va réussir ! Voilà comment nous accompagnons les enfants. Mieux, comment voulez-vous dire aux enfants qu’il ne faut bouffer l’argent de personne, qu’il ne faut détourner l’argent de personne et en réunion à la maison vous discutez de comment vous allez dribbler telle ou telle personne et l’enfant est à côté ? J’ai rencontré un cadre de ce pays et je lui dis qu’au lieu d’utiliser le mensonge pour amener l’enfant à travailler à l’école, nous pouvons trouver la vérité qui lui convient. Il dit quoi par exemple ? Et je lui ai dit : « On dit souvent aux enfants que s’ils ne vont pas à l’école, ils ne vont pas réussir. Or, c’est faux. La preuve, les hommes qui ont réussi n’ont pas été à l’école. Les grands intellectuels comme vous, on est ici. Mais les Saley, les Fagbohoun, les Adjavon, les Toundé qui n’ont pas été à l’école, c’est eux qui sont en train de diriger l’économie de ce pays ». Ce monsieur m’a dit : « Et pourtant, tu as raison parce que moi j’ai plus ou moins réussi mais pas à l’école et l’enfant sait. Donc, quand je dis à l’enfant quand on ne réussit pas à l’école, on ne peut pas réussir dans la vie, il se moque certainement de moi, parce qu’il sait que papa n’a pas réussi à l’école mais il a réussi sa vie ». Et c’est une personnalité très connue de ce pays. Donc, nous accompagnons les enfants de plus en plus dans des programmes. Sachez une chose : si je travaille à ce que des gens un peu plus avertis d’un certain nombre de questions arrivent au pouvoir dans un certain nombre de pays, imaginez comment cela va aller vite. Ceux-là comprennent ce que nous faisons. J’ai été dans des mairies du Bénin, à Bohicon et autres où c’est le maire qui a donné la salle, qui a mobilisé les gens, qui a payé la télévision pour qu’on aille faire un séminaire pour la population. Voilà ce qui doit être démultiplié dans le pays. J’ai été au Togo où le préfet a donné la salle et autres, au Burkina, ça a été la même chose. Il faut que nous puissions utiliser les moyens de l’Etat pour travailler là où on doit travailler sur le mental des jeunes, des enfants, des uns et des autres.

Comment se porte le coaching africain actuellement ?
Ah, très bien ! Parce qu’aujourd’hui, c’est le coaching le plus élaboré, le plus efficace qui puisse exister dans le monde. Nous avons une lecture des situations aujourd’hui qui permet en trente minutes d’entretien avec n’importe quel décideur de pouvoir l’aider à prendre les bonnes décisions pour nous-mêmes et pour son pays. Nous avons aujourd’hui la capacité de lire, d’annoncer, d’anticiper sur les événements pour la simple raison que le coaching africain se porte bien. Nous avons formé plus de deux mille coaches en Afrique et nous sommes en train de préparer pour 2015 la formation de coach degré 3. Nous avons formé des degrés 1, des degrés 2. Mais pendant longtemps, nous n’avons pas formé des coaches de degré 3 parce qu’il fallait que les gens fassent leurs expériences. Pour vous dire vrai, c’est l’un des domaines où l’Afrique a dépassé le monde.

Combien de coaches avez- vous formé au Bénin ?
Au Bénin, nous devrons être à environ deux cent coaches. Après le congrès mondial, je vais former une vague assez intéressante de coaches sinon nous sommes à deux cent coaches aujourd’hui au Bénin qui pédalent chacun dans son domaine. A Ouagadougou, nous avons formé les patrons de presse comme au Bénin. Un jour, le ministre de la Justice rentrait chez lui à la maison. Un mécanicien passait et comme c’est lui-même qui conduisait la voiture, il l’a contourné. Il a fait peur au mécanicien. Celui-ci a fait un geste comme pour l’insulter. Le ministre descend. Comme il ne savait pas que c’était le ministre, il s’est présenté. Ce dernier lui a demandé d’aller se présenter chez le procureur. Le procureur a libéré le monsieur. Et ce dernier va en ville pour trouver quelqu’un à qui il a donné cinq mille francs pour le frapper. Il va voir un patron de presse pour lui dire que c’est le ministre qui a fait ça. Celui-ci, parce qu’il a été formé pour être coach dit même si c’est vrai, moi je ne peux pas faire ça. Ce pays peut brûler à cause de cette information. Le monsieur le quitte et va chez un autre patron de presse. Celui-ci n’a pas suivi la formation, il prend l’information et publie. Le peuple se met en ébullition ; marche par-ci, marche par-là. Le chef de l’Etat relève le ministre de ses fonctions. Un mois après, la commission d’enquête dépose son rapport. Le ministre n’a pas touché le monsieur. Vous voyez pourquoi, il faut former des coaches ! Parce que ce monsieur, si lui-même avait été formé, il aurait pris du recul vis-à-vis de cette information, il aurait cherché à vérifier cette information. Non seulement le ministre a perdu son poste mais c’est le moindre mal parce que le pays aurait pu brûler avant qu’on apprenne que le monsieur n’a pas été touché. En dehors du fait que le ministre soit parti, six autres ministres sont allés au domicile de ce dernier lui présenter les excuses du Gouvernement avec une enveloppe de trois millions de francs CFA. Donc, vous voyez qu’il est important que la presse, les enseignants qui travaillent avec les enfants, les hommes politiques soient formés ! Idriss Debby a fait un amphi de 1500 places à l’Université d’Abomey-Calavi mais à N’Djamena, il n’y a pas un amphi de 1500 places. Voilà comment l’Afrique fonctionne. Il n’a pas un amphi de 1500 places dans son pays et il donne cela au Bénin. Voilà les choses qu’il faut corriger.

Quel est l’accompagnement du Bénin dans votre mission ?
Aucun pour le moment. Pour ce qui est du Béninois, il fait beaucoup. Quand je circule dans le Bénin, je fais ceci et cela, je suis très content. Un jour, je suis passé sur une télévision du Bénin. Ils ont une panne technique, donc la version nationale ne passait plus mais celle internationale passait. Est-ce que vous savez que les Béninois sont sortis massivement pour aller à la télévision dire que si c’est Yayi Boni qui a empêché de passer, qu’il n’y a rien à faire, l’émission doit passer. Il a fallu qu’on leur démontre que l’émission se déroule à l’international avant qu’ils ne se calment. Donc, les Béninois me soutiennent. Mais je n’ai aucune relation avec une autorité politique de ce pays parce qu’ils n’ont pas cherché, ils n’ont pas voulu. Moi – même, je n’ai pas voulu puisque j’ai l’habitude de dire que mes charges ne peuvent pas être payées par un chef d’Etat. Donc, je ne peux pas attendre une audience pendant des semaines alors que celui que je veux rencontrer est incapable de payer ce que je gagne à travers mon travail et ce que je dépense chaque mois. Donc, il est souhaitable que nous puissions avoir, tout au moins, pour l’alternative les contacts qu’il faut. Je vous donne d’autres exemples. En Afrique, les discours du chef de l’Etat au 31 décembre ne servent à rien. En Europe et aux Etats Unis, c’est un discours pour passer un message, c’est un discours pour créer une dynamique, c’est un discours pour renouveler un contrat, c’est un discours pour faire rêver le peuple. Je souhaite qu’au 31 décembre de cette année, qui sera l’avant dernier 31 décembre avant la fin du régime de Yayi Boni, que son discours soit un discours qui parle au cœur des Béninois, un discours sincère, un discours qui crée une dynamique, un discours qui soit accompagné immédiatement d’un certain nombre de faits, d’actions, d’initiatives qui permettent de commencer par rêver et de commencer par avoir un 2015 meilleur que 2014. J’étais passé sur une émission au début de l’année 2014. Un féticheur a dit que l’oracle a annoncé que l’année 2014 sera une année douloureuse pour le Bénin. Il y avait l’astrologue qui était à côté qui a dit que les astres ont dit la même chose. J’ai pris la parole et j’ai dit si Dieu a révélé les choses, c’est pour nous donner la possibilité d’anéantir si c’est négatif. Deuxième chose, c’est normal que les astrologues et le Fâ disent la même chose puisque l’astre n’est que le Fâ que l’Européen a pris et a modernisé. J’ai pris la parole et j’ai décrété une année de paix, une année de joie, une année de prospérité. Je voudrais vous demander, à un mois de la fin de cette année, est-ce que le Bénin a eu une année douloureuse ? La réponse est non. Nous avons le pouvoir sur notre bouche, apprenons à l’utiliser pour que les problèmes ne viennent pas nous assaillir, pour que nous puissions anticiper. Si nous ne chassons pas la pauvreté de notre tête, de notre bureau, si nous ne chassons pas les problèmes de notre tête, de notre bureau, de notre maison, ils vont venir. Il faut les chasser de notre tête pour qu’ils ne viennent pas à nous.

C’est quoi le coaching ?
C’est un accompagnement qui permet à quelqu’un de se rendre compte de qui il est. Il ne te donne pas de l’importance mais il t’aide à savoir qui tu es. Et c’est très important, ça change tout. Dès qu’on sait qui on est, ça change tout. Moi je parle de plusieurs personnes que je reconnais ici ; quand je parle de vous à certaines personnes, elles me disent ‘’Mais est-ce que, lui-même, sait qu’il est important comme ça ?’’. Je dis ‘’Peut-être pas’’. Nous sommes importants mais il faut que nous prenions conscience de notre importance. Si je ne me crois pas capable de richesse, je ne peux pas devenir riche. Moi, je ne suis pas né riche ; j’ai vécu la pauvreté ; j’ai vécu le chômage. Un jour, on m’a demandé dans une émission, ‘’Pourquoi on va vous croire ? Et j’ai dit ‘’Parce que c’est un ancien chômeur qui parle’’. Moi, on m’a traité de tous les noms ici. J’ai créé une école gratuite à Porto-Novo et on m’a traité de trafiquants de drogue. Quand je suis allé retravailler mon identité et que je suis revenu, on m’a donné une salle gratuitement, on m’a donné des véhicules 4X4 de l’armée, on m’a donné un motard pour aller animer un séminaire là où on m’avait traité de tous les noms. C’est pour dire que si je sais qui je suis, ça change tout. C’est ça le coaching. Moi j’étais pauvre quand j’ai connu le coaching. Aujourd’hui, je fais partie de ceux qu’on peut citer comme les riches. Je n’ai pas de problème d’argent et je ne peux pas avoir de problème d’argent. C’est pourquoi vous allez voir que le congrès mondial se tient au Bénin. Nous ne faisons aucune demande de sponsoring, nous ne prenons l’argent de personne parce que quand vous tendez la main, c’est que vous êtes en train de programmer qu’eux, ils vont toujours recevoir et vous donner. Vous allez voir que je préside moi-même nos manifestations, parce que lorsque vous faites venir le chef de l’Etat ou le ministre, c’est considérer que mes collaborateurs ne sont pas de potentiels ministres, de potentiels chefs d’Etats. C’est nous qui faisons nos manifestations, c’est nous qui présidons notre chose. C’est un manque de confiance en soi que d’appeler tel ministre qui viendra présider la manifestation que vous avez souffert seuls pour organiser. Vous avez tout financé et il vient en retard et vous met en retard. Il fait son discours, on doit le raccompagner et il demande au responsable de rentrer dans sa voiture. Tu rentres et tu sors. Pour tout le monde, tu as pris de l’argent alors qu’il ne t’a rien donné. Il faut croire en nous-mêmes. Et c’est ça le coaching.

Est-ce-que le coaching rend riche le coach ?
Ah oui. Vous savez aujourd’hui, le coach peut ouvrir un cabinet pour recevoir des gens. Souvent, il se demande s’il est prêt. Mais, c’est dans l’action qu’il verra qu’il est prêt. Le coaching rend riche le coach. Je vous donne l’exemple pratique d’un enseignant qui ne croit pas que le coaching peut rendre riche. Un jour, le directeur de l’Université catholique de Bamako m’appelle pour venir animer un séminaire au début de l’année pour ses étudiants. Je pars avec le monsieur. Arrivé là-bas, on m’a demandé combien je vais prendre et j’ai répondu que pour les questions religieuses, je ne fixe pas de l’argent. Vous donnez ce que vous voulez, c’est ma contribution à Dieu. Le jour du séminaire, je donne une de mes chroniques et je demande ce que les gens ont compris de ça. J’ai écouté, ils ont compris. J’ai listé tout au tableau et j’ai fait la synthèse de ce qu’ils ont dit et j’ai clôturé. Ça fait deux heures. Je me lève, le directeur demande de passer dans son bureau. Il prend une enveloppe et il met trois cent mille francs dedans et il dit avec toutes nos excuses, nous n’avons pas beaucoup d’argent, c’est le début de l’année. Je prends et je remets à l’enseignant. On rentre dans la voiture et je lui dis de compter l’argent. Il ouvre et il dit quoi ? J’ai dit, compte l’argent. Il compte et il trouve 300.000 F. Deux heures de temps seulement ont suffi pour que je gagne ça. Je n’ai pas eu à préparer une fiche pédagogique, je n’ai pas de copie à corriger. Je suis venu parler deux heures de temps et j’obtiens 300.000 F avec les excuses du directeur. Je suis venu au Bénin où j’ai formé en une journée – et – demie 100 jeunes pour le compte du PNUD. Et je prends deux millions de francs Cfa avec les excuses du PNUD. Est-ce que le coaching rend riche ?

Et s’il vous était donné de prodiguer des conseils aux couples béninois, que diriez-vous ?
D’abord, je voudrais dire aux femmes qu’au-delà de tout, il faut qu’elles aillent acheter des tenues sexy, des tenues de chambre. La religion nous a menti une fois encore à ce niveau-là. Pour le bonheur de ton mari, tu dois t’habiller de manière à ce que les atouts que Dieu t’a donnés soient visibles et tu t’arranges pour passer devant lui en son temps. Tu t’arranges pour qu’il sente ta présence, qu’il te voit marcher, apprendre à balancer les fesses, ça là, c’est important dans un couple, dans un foyer. Ce sont des choses qu’on a laissé tomber alors que l’homme a un regard érotisé. S’il y a de l’érotisme à la maison, il va courir pour la maison. Mais s’il n’y a pas d’érotisme à la maison, il ne viendra pas. Pour les hommes, s’il vous arrive de regarder une femme sexy, faites tout pour ne pas dépasser cinq à trente secondes. Si vous devez dépasser les trente secondes voire une minute, c’est que vous êtes en danger parce que tous les réflexes sont partis, toutes les prudences son parties puisque l’homme agit avant de réfléchir alors que la femme parle avant de réfléchir. C’est scientifiquement établi. Donc, je dis que la femme doit être en tenue sexy, il faut se promener dans la maison sexy. Si ton mari, pendant longtemps ne te touche pas, il faut aller dormir totalement nue. Tu te mets dans une position au point où s’il rentre dans la chambre, je vous garantis, le jour-là, il y aura réconciliation. C’est très important et c’est vital pour un couple. Pour les hommes, il faut envoyer tous les jours un Sms à votre épouse pour lui dire combien elle est belle, combien vous l’aimez. Si vous ne le faites pas, c’est que vous êtes en danger. Il y a un responsable de l’opposition ici, membre de l’Union fait la Nation dont la femme a voté Yayi Boni. C’est que, dans leur bureau de vote, il y a une voix pour l’autre parti. Alors, il a demandé à sa femme : toi tu as voté qui et elle lui répond Yayi Boni. Le monsieur dit mais on est opposant non ? Et à elle de répondre : il dit qu’on est belle, qu’il nous aime. C’est très important de dire à la femme qu’on l’aime, qu’elle est belle, vraiment, tu es importante pour moi, et il faut le faire par Sms puisque si c’est en face, si c’est faux, elle va le savoir. Il faut l’écrire. Il y a un collaborateur qui a fait ça un soir à Brazzaville. Cinq minutes après, la femme l’appelle pour lui dire merci. Quelques minutes plus tard, il reçoit du crédit, des unités. Ça fait plaisir qu’on le leur dise. Je vous donne un exemple. Mme est là, son mari n’est pas là. Si quelqu’un, par hasard, entre et lui dit ‘’Mme vous êtes belle, vous êtes magnifique’’, cette personne a toute son attention. Vous entrez dans un bureau et vous dites à la secrétaire qu’elle est belle, que vous l’admirez, elle va vous introduire dans le bureau du DG même si ce n’est pas un rendez-vous. La femme aime ça, donnons-lui ça. La deuxième chose, trouvez un rendez-vous hebdomadaire. Une journée ou une demi-journée et c’est Madame qui décide du programme chaque semaine. Si vous décidez dimanche après-midi, par exemple, c’est elle qui va décider de ce que vous allez faire le dimanche après-midi. Vous allez voir qu’elle sera contente de ce programme, vous-même vous allez en bénéficier parce que ce sera forcément un programme de loisirs. Notre vie est faite de stress toute la semaine.
Il y a une dame qui s’est plainte à moi de son mari qui est un ambassadeur de développement et qui ne dort plus à la maison. Je lui ai répondu : « Tu crois que je vais te ramener ton mari venir dormir à la maison ? Regarde comment tu t’es habillée. Regarde comment tu fais tes cheveux. Ce n’est pas la femme qu’il a épousée ! Alors, si toi tu cesses d’être la femme sexy qu’il a épousée, il va chercher ailleurs la femme sexy ». Elle s’est remise en cause et je vous rassure que le mari vient au congrès de Cotonou avec son épouse. C’est pour dire qu’il a retrouvé la femme qu’il a épousée et véritablement, on se rend compte que les erreurs sont là. Voilà les quelques conseils que je peux donner aux couples et vous dire que la vie en couple est un sujet très important sur lequel j’insiste parce que si vous réussissez votre vie de couple, vous pouvez tout réussir.

Pour conclure cet entretien, que diriez-vous ?

Je crois que nous avons fait le tour et je peux dire que je suis très heureux de cette expérience que j’ai vécue, et comme certains ici le savent, je vais partager cela. Je vais partager cette expérience et vous encourager à continuer sur la même lancée. Je vais certainement encourager des orateurs qui ont un parcours, qui ont une expérience surtout dans le domaine de l’entreprenariat à se prêter à cet exercice. Je vais vous donner l’exemple d’un homme qui est rentré à Air Afrique comme Stewart, c’est-à-dire serveur d’avion mais qui est sorti directeur de cette compagnie aérienne africaine. Je voudrais vous encourager aussi à penser business. Le journalisme, ce n’est pas un sacerdoce contrairement à ce que les gens pensent. Vous allez voir que dès qu’un journaliste est traqué au Bénin et que reporter sans frontière parle de lui, quand il sort du Bénin, il devient riche. Alors, pourquoi on ne devient pas riche dans le journalisme au Bénin. Moi, j’ai brisé ce tabou là au Burkina Faso où j’ai fait de certains journalistes des députés, je les ai aidés à aller à l’Assemblée nationale juste pour prouver qu’en tant que journaliste, on peut tout avoir. En tant qu’enseignant, on peut tout faire, on peut tout avoir. J’ai des journalistes aujourd’hui riches, j’ai des enseignants aujourd’hui riches. Or, c’est le moindre mal que je puisse vous souhaiter, que vous deveniez suffisamment riches dans ce que vous faites. Pour finir, je voudrais vous dire que je mets un an pour que nous travaillions ensemble pour que l’Evénement Précis ne soit plus que le seul quotidien mais plutôt un quotidien et une radio. Un an pour que nous gagnions cette bataille.

Carte d’identité: Le coach et le fou

« J’ai été souvent fou et je le suis toujours » déclare le président mondial des ambassadeurs de développement. Après avoir relevé bien des défis au Bénin et ailleurs en Afrique, Patrick Armand Pognon veut accompagner François Hollande à gagner les prochaines élections. « C’est une folie », reconnait-il avant d’admettre : « Si vous n’êtes pas fou, vous ne pouvez pas suivre Dieu. Il faut de la folie dans toute chose. » Devenu aujourd’hui un véritable globe-trotter, le coach est pourtant né à Porto-Novo le 17 mai 1972. Etudes primaires et secondaires entre Porto-Novo et Cotonou, et le voilà nanti d’un Bac G2. Il s’inscrit en informatique de gestion mais se retrouve avec trop de mathématiques et vire vers la gestion des entreprises, puis en marketing. En stage à la Polyclinique d’Atinkanmey à Cotonou, il devient vite incontournable et est propulsé à 24 ans directeur administratif et financier de la plus grande polyclinique du Bénin. « J’ai pris cette polyclinique qui faisait un chiffre d’affaires de 3 millions de francs Cfa le mois. Un an après, on faisait un chiffre d’affaires de 17 millions de francs Cfa le mois », rappelle-t-il. Après deux ans, il part du Bénin en 1997 et fait une école américaine délocalisée à Dakar pour un DESS en intraprenariat. C’était en 2000 avec le titre de consultant certifié en développement. De retour à Cotonou, Patrick Armand Pognon crée une école à Porto-Novo, une école qui avait la particularité d’être gratuite de la sixième à l’université. Ce fut une expérience douloureuse qui a duré trois ans. « Au lieu qu’un jeune de 29 ans qui crée un projet comme cela qui peut aider les Béninois soit encouragé, j’ai été combattu. J’avais eu 499 enfants que j’ai formés pendant trois ans, et ce sont des enfants qu’on a exclus du système éducatif à qui on a donné de la confiance et qu’on a présentés au BEPC », confie-t-il. Il s’en va alors à Bamako, où il lance une autre entreprise : Défi emploi jeune. Alors qu’il était en voyage sur Ouagadougou, il fait un grave accident dans lequel son véhicule était totalement irrécupérable. Convaincus que leur patron était mort, ses 32 employés volent tout le patrimoine de l’entreprise. Le coach s’installe alors à Ouagadougou en 2010. « En cette année où je m’installais à Ouagadougou, j’avais un matelas par terre, quatre chaises et une table », affirme-t-il avant d’ajouter : « Aujourd’hui, je ne peux pas vous citer le nombre de villes africaines où nous avons un domicile totalement équipé ». Aujourd’hui en effet, il a créé le Cerveau Collectif Africain qui compte environ 5.000 ambassadeurs de développement venus de tous les horizons. Ce sont des coachs désireux de mener une vie orientée vers la positivité et le service aux autres.

Intimité: Polygame mais pas heureux de l’être

Avec trois femmes et quatre enfants, le président Mondial des Ambassadeurs de développement s’estime plutôt heureux. Mais il n’en professe pas moins la monogamie puisqu’il avoue que ce sont des erreurs qui l’ont amené à la polygamie. « Le problème, avoue-t-il, c’est qu’on est toujours à la recherche de la femme idéale. Et finalement quand tu te retrouves avec une dernière femme et que tu te rends compte qu’elle n’a rien de mieux que les autres, tu te demandes pourquoi tu les as laissées. »  A table, l’homme aime manger africain : pâte de maïs, Agbéli, Télibo, sauce gluante peuvent faire son plaisir. En termes de sport, il aime bien la natation et les sports de chambre, mais rappelle que les séminaires et conférences qu’il anime depuis des années sont de grands exercices physiques. Patrick Armand Pognon conseille volontiers la gymnastique pour se relaxer.

Echanges « Sous l’Arbre à Palabre » avec le Colonel Marcellin Zannou, Fondateur de l’ISMA au siège de l’Evénement Précis: « L’ISMA est une fierté pour l’Afrique et le Bénin »

Marcellin Zannou netIl jouit de sa retraite, mais est toujours actif sur d’autres fronts. Au point de susciter l’intérêt de la rubrique atypique et prisée du journal l’événement précis, «sous l’arbre à palabre » dont il est d’ailleurs le 84ème invité . Le Colonel des douanes à la retraite, Marcellin Zannou ne rate pas l’occasion de la rubrique phare de votre journal. « Sous l’Arbre à Palabre », le Président Fondateur de l’Institut des métiers de l’audiovisuel (l’Isma), Colonel Marcellin Zannou, a véritablement livré son cœur à l’occasion de l’entretien. De son parcours professionnel en passant par les bons et mauvais souvenirs qui ont jalonné sa vie, l’invité au parcours exceptionnel, a échangé avec les journalistes sur divers sujets et a partagé avec eux sa vision sur l’homme et sur le comportement attendu chez un citoyen… Tout a été dit par celui qui durant trente ans, a géré à plusieurs postes, les affaires des douanes béninoises avec rigueur, fermeté et méthode. Ce sont d’ailleurs ces mêmes valeurs qu’il dit déployer à la tête de l’Institut des métiers de l’audiovisuel (l’Isma) qu’il a créé, il y a 7 ans, et qui en peu de temps a acquis une notoriété mondiale, avec des  prix et autres distinctions à n’en plus finir au point de réjouir son promoteur qui est désormais heureux de constater que l’ISMA est une fierté pour l’Afrique et le Bénin . Côté privé, Marcellin Zannou ne fait pas non plus la langue de bois et proclame avec  bonheur  et enthousiasme à qui veut l’entendre, qu’il est un polygame heureux.

Et si on en parlait !

Du colonel des Douanes très actif au citoyen ordinaire : comment gérez-vous votre nouvelle vie de retraité?

Avant de répondre à votre question, étant entendu que je me trouve devant des professionnels de la presse, je voudrais saisir l’opportunité pour rendre un hommage mérité à François Mensah qui s’en est allé à son Créateur. Il faut avouer que c’est douloureux, parce que c’était quand même une étoile. Etant entendu que les étoiles sont au ciel, je suppose qu’il est allé là où il devait aller, mais nous avons perdu quand même une star et nous allons souhaiter qu’après lui, Dieu puisse susciter d’autres stars dans la presse béninoise, pour que ce qu’il a su toujours bien faire puisse l’être davantage par d’autres. Ceci étant, je reviens à votre question. De colonel actif à simple citoyen, il faut avouer que dans la vie, chaque chose a son temps. Il y a un temps pour exercer une profession telle que je l’ai fait à la douane. Mais quand je rentrais à la douane en 1984, je savais que j’en avais pour 30 ans, et qu’après je serais appelé à faire valoir mes droits à une retraite. Je me suis préparé en conséquence, parce qu’en réalité, l’homme a deux dimensions. Il y a la dimension matérielle à laquelle vous faites allusion, à savoir douanier, mais il y a pour moi ce qui est plus important, la dimension spirituelle : quelles sont vos relations avec votre Dieu ? Et les relations avec Dieu sont des questions de vie, des questions permanentes. Il n’y a pas de retraite à ce niveau. Et aujourd’hui, j’avoue que je suis dans cette deuxième dimension qui appelle l’homme à agir au profit de ses semblables. Je pense que c’est ce à quoi je me donne le plus maintenant. Il faut avouer que je le fais avec beaucoup de plaisir et de bonheur. Parce que, dans la vie professionnelle, quand on prend la douane, il y a beaucoup de préoccupations à gérer à la fois, ce qui crée autant de plaisir, de stress et parfois la frustration. J’avoue qu’aujourd’hui, je suis totalement libéré de ces plaisirs, ces stress et frustrations. J’en suis libéré et j’avoue que c’est une très belle vie que d’aller à la retraite.

 

Il y a déjà huit ans que vous avez créé l’Institut Supérieur des Métiers de l’Audiovisuel (ISMA). Comment se porte aujourd’hui cette grande structure que vous avez réussi à installer ?

L’ISMA se porte aujourd’hui très bien. Et j’en veux pour preuve la consécration internationale que nous avons eue au mois de septembre dernier, où nos étudiants, pour le compte de leurs pays, à savoir la Côte d’Ivoire, le Togo et le Bénin, sont allés à une compétition internationale, CLAP IVOIRE INTERNATIONAL à Abidjan en Côte d’Ivoire, et sur les neuf (09) prix en compétition les quatre (04) étudiants en ont remporté sept (07). Pour moi, il n’y a pas meilleure preuve pour nous confirmer que ce que nous faisons porte déjà de bons fruits. Mais, une chose est qu’on arrive à ce niveau de performance, et pour moi aujourd’hui, un autre défi est de s’y maintenir, et au besoin, d’aller de l’avant. Donc, la situation actuelle de l’ISMA est plutôt reluisante, mais nous ne voulons pas nous contenter de cela, nous voulons aller de l’avant, et je sais que la possibilité existe d’aller de l’avant.

Quel est donc votre secret ?

Il n’y a pas un secret. Ce qui se fait, tout le monde le connaît. Je me suis souvent employé à dire que le succès n’est jamais l’enfant naturel de l’improvisation et de l’inorganisation. Lorsque vous mettez en place une organisation que vous gérez avec rigueur, avec méthode, avec des procédures bien définies, il est rare que vous n’ayez pas le succès. Malheureusement, dans beaucoup d’entreprises en Afrique, on fait de très belles choses, mais il n’y a pas de rigueur dans la gestion, il y a du copinage, du sentimentalisme ; il n’y a pas de procédures pour la gestion des choses, chacun fait ce qu’il veut comme il veut et cela conduit beaucoup d’entreprises à l’échec. Moi je me suis dit que je ne ferai pas cela. J’ai mis en place une organisation. Je n’étais pas personnellement à l’ISMA, parce que j’avais ma profession que j’exerçais, mais j’ai mis en place un manuel de procédures administratives, financières, comptables et pédagogiques. Ce que chacun doit faire à l’ISMA, il le sait ; à qui il doit rendre compte, il le sait ; comment il doit faire ce qu’il a à faire, c’est déjà dans un manuel de procédures, de façon que celui qui est placé à un poste sait ce qu’il doit faire. Et nous avons des méthodes de suivi-évaluation, tout ce qui se fait est régulièrement évalué et nous procédons aux ajustements. Donc, dans cette organisation, nous avons créé les fondements du succès. Deuxièmement, nous avons recherché dans le monde, les compétences avérées qui peuvent en trois (03) ans pour les Licences et en cinq (05) ans pour les Master, apporter quelque chose de bien pour nos apprenants. Cela coûte cher, mais c’est le prix à payer pour le succès. Le luxe a un prix et il faut le payer. C’est ce que nous avons fait. Lorsque nous avons une bonne organisation, des méthodes et des procédures de performances, lorsque l’encadrement pédagogique a la compétence requise, vous avez absolument le succès. Donc, ce n’est pas un secret. Cela s’enseigne dans toutes les écoles. Cela s’enseigne dans la vie, cela s’enseigne dans le management. Donc, voilà un peu ce que nous avons mis en place et qui nous a conduits à ces résultats-là.

 

Quelles sont les conditions qu’il faut remplir pour étudier à ISMA ?

L’ISMA est une entité d’enseignement supérieur. Nous nous sommes engagés dans le système LMD (Licence, Master, Doctorat). Ce qui fait que pour s’inscrire à l’ISMA, il faut avoir, pour la formation initiale, le baccalauréat. Mais le système LMD a mis en place un dispositif qui permet à qui veut, à tout professionnel qui veut avoir une formation qualifiante d’avoir la possibilité d’aller à l’école. C’est pour cela que le système CAMES a mis en place la validation des acquis d’expériences. Cela veut dire que quelqu’un qui n’a pas le baccalauréat, mais qui est dans la presse, dans les médias, qui n’a que le BEPC et qui a déjà fait 10 ou 15 ans dans la profession, et qui se rend compte qu’aujourd’hui, il faut aller en formation pour s’améliorer, pour avoir beaucoup plus de qualifications professionnelles, lorsqu’il envoie son dossier avec son niveau BEPC et que l’expérience accumulée pendant plusieurs années est certifiée ou confirmée par son employeur, le dossier est étudié et il peut être autorisé à s’inscrire en première année pour faire son cursus. C’est ce qui se fait en Europe, aux Etats-Unis et partout dans le monde et qui permet à des gens relativement âgés de poursuivre leurs études pour s’améliorer, pour être davantage utiles à leur communauté. A l’ISMA également, il y a cette possibilité pour ceux qui n’ont pas le baccalauréat mais qui sont déjà dans les médias. C’est la première condition. Deuxième condition, il y a un test qui se fait, parce que quand on parle, que ce soit de journaliste, de réalisateur ou de technicien, il y a une bonne dose de culture générale. La culture générale est fondamentale. Donc, on fait un test pour jauger l’aptitude de nos candidats à une inscription, pour voir quel est leur niveau en matière de culture générale. Donc, il y a une épreuve de culture générale. Ensuite, il y a ce que nous appelons un entretien de motivation : il veut être journaliste, mais pourquoi veut-il être journaliste ? Est-ce qu’il en a les réflexes ? Donc, on fait un test. Après ce test, ceux qui peuvent fréquenter à l’ISMA sont clairement identifiés et ils s’inscrivent. Ceux qui n’ont pas été retenus, chaque année on en a, ils sont remerciés et nous leur donnons des conseils parce que la formation professionnelle exige des pré requis.

Quelles stratégies mettez-vous en place pour soutenir les jeunes qui désirent suivre les formations de l’ISMA, mais qui ne disposent pas des moyens nécessaires ?

Soutenir c’est possible parce qu’il est difficile d’admettre que certains ont des compétences, des aptitudes, et que des raisons économiques leur imposent la contrainte de ne pas faire ce qu’ils veulent faire. C’est difficile. Nous avons souvent à l’ISMA beaucoup de cas de ce genre. Nous avons mis en place un dispositif, un service social qui étudie ces dossiers. C’est ainsi, par exemple, qu’il y a au Bénin un organisme de solidarité qui est géré par M. Gatien Houngbédji [Haut Commissariat à la Solidarité, Ndlr], qui chaque année recrute des candidats qui n’ont aucun moyen mais qui ont pu avoir le baccalauréat et qui veulent poursuivre dans les métiers du cinéma et de la télévision. Par ce biais, on nous envoie chaque année des étudiants que nous prenons. Il y a également les Fondations qui s’occupent des orphelins qui envoient chaque année des candidats à qui nous accordons des réductions substantielles. Et au niveau de l’école, lorsqu’on se rend compte que quelqu’un n’a pas du tout de moyens mais qu’il veut étudier, on a un système pour l’aider. On a également le cas des mairies qui veulent promouvoir l’excellence et qui nous sollicitent pour accorder des bourses à leurs étudiants.

Aujourd’hui, l’ISMA a fait ses preuves aussi bien ici qu’en Afrique et dans le monde. S’il vous était donné de parler du palmarès de votre école, qu’allez-vous dire ?

Je vais donner le palmarès en quelques chiffres. Je dirais simplement que nous avons commencé notre participation aux les festivals en 2009. De 2009 à 2014, nous avons envoyé 13 films pour les festivals. Et ces 13 films ont rapporté 41 prix. Sur ces 41 prix, quand je prends le festival Clap Ivoire, nous avons remporté trois fois le grand prix Kodjo Eboucle. Donc en six participations, nous avons remporté trois fois le plus prestigieux prix.

Au FESPACO àOuagadougou, nous avons également eu des prix. Au festival international de l’environnement de Paris, nous avons également eu des prix. Au festival Cinéma pour tous, qui a lieu à Tiznit au Maroc, sous l’autorité du roi Mohamed VI nous avons également eu plusieurs prix.

A travers ce palmarès, nous avons eu la consécration et la reconnaissance internationale, ce qui fait que beaucoup de pays nous font confiance et nous envoient leurs étudiants. Nous avons près de 20 pays qui ont leurs étudiants à l’ISMA. Nous avons également les religieux de l’église catholique et des églises évangéliques qui ont envoyé des prêtres et des pasteurs pour une formation à l’ISMA parce que justement on sait que désormais, c’est la communication à travers l’image et le son, qui atteint beaucoup plus les cibles. Et il est fortement question pour les religieux d’assurer la propagation de la foi à travers les ondes. Ce qui fait que nous avons aujourd’hui beaucoup de religieux et religieuses qui sont à l’école pour faire la réalisation, le journalisme et tout ce qui peut concourir à communiquer par l’image et le son.

A l’ISMA vous avez créé en juin dernier une fondation pour booster l’industrie cinématographique. Quel est le fondement de ce concept ?

Oui, à l’Isma nous avons élaboré un deuxième plan quinquennal qui part de 2013 à 2018. C’est dans ce plan que nous avons programmé qu’en 2014, nous allons créer une fondation parce que nous avons déjà sorti de l’école près de 223 journalistes réalisateurs et techniciens qui sont très occupés sur le terrain, sur les télévisions et dans les radios. Nous avons estimé qu’il faut ajouter une corde complémentaire à leur arc, en créant une fondation qui va rechercher et mobiliser des ressources financières pour le financement des projets conçus par nos étudiants ou des projets dans lesquels ils auront un rôle prépondérant à jouer. Donc, dans un premier temps, ce sont des projets conçus par les étudiants diplômés de l’ISMA. Dans un second temps, ce sont des projets conçus par des professionnels avérés même non formés à l’ISMA. Mais, la condition pour bénéficier des ressources de cette fondation, c’est de faire exécuter le projet essentiellement par les techniciens, journalistes professionnels formés à l’ISMA. Donc, si vous concevez un projet, ce peut être vous ici, la fondation vous apporte les ressources financières nécessaires, que ce soit l’apport en industrie ou l’apport en numéraire, pour financer votre projet. Voilà ce en quoi consiste cette fondation.

Après avoir obtenu une subvention de la fondation, vous en devenez membre. Et un membre ayant bénéficié du soutien ou de la subvention de la fondation est appelé à y cotiser chaque année, mais une cotisation spéciale, c’est-à-dire lorsque vous avez réalisé, sur subvention de la fondation, une œuvre qui va à un festival, sur ce que vous gagnez en numéraire, vous devez verser 20% à la fondation. Deuxièmement, si votre œuvre est commercialisée, vous allez également verser 20% à la fondation pour lui permettre de continuer à financer d’autres projets aux côtés de nos sponsors traditionnels qui nous apportent les financements nécessaires.

Déjà, trois mois de vie de cette fondation, est-ce que vous pouvez nous faire aujourd’hui un petit bilan ?

Oui, en trois mois d’existence, nous avons passé le peu de temps à nous formaliser, à avoir notre déclaration d’existence, à avoir notre déclaration au journal officiel. Nous en avons ensuite fait le lancement officiel le 26 juillet 2014. Et à partir du premier Octobre, nous avons lancé le premier appel à projet, copie sera également envoyée à nos partenaires de la presse écrite, dont vous, afin de faire une large diffusion de cet appel à projet dont la date de clôture est prévue pour le 20 octobre 2014. Après cela, nous allons mettre en place deux comités de lecture, un pour le cinéma et un autre pour l’audiovisuel. Il y aura dans ces comités de lecture des professionnels béninois, nos sponsors seront représentés, nos partenaires seront également représentés pour sélectionner les meilleurs projets. Et lorsque ces projets auraient été sélectionnés, la fondation qui dispose déjà des fonds, va financer leur réalisation.

A la création de l’ISMA, nous avons eu la chance de tomber sur quelques bribes de projet initial qui est une vaste ambition. Déclinez-nous un peu la philosophie qui sous-tend l’Isma

Qu’il vous souvienne que dans les années 1960, la France a aidé les pays africains à développer leur cinéma. Et à l’époque je voudrais vous rappeler que le premier cinéaste en Afrique au sud du Sahara, est un Béninois. C’est Paulin Soumanou Vieyra, le frère de Mme Rosine Vieyra Soglo. C’est lui qui a réalisé le premier film en Afrique au sud du Sahara. Ce film s’appelle « Afrique sur scène ». Mais, il s’est installé au Sénégal et c’est lui qui a développé le cinéma au Sénégal. Dans cette période, il y a Ousmane Sembène qui a réalisé « La Noire de …. ». Après, nous avons eu au Burkina Faso Mamadou Djim Kola qui a réalisé « Le sang des parias ». Au Bénin ici, nous avons notre compatriote Pascal Abikanlou qui a réalisé « Sous le signe du vodoun ». Après cette première génération de cinéastes africains, on s’est rendu compte que le cinéma africain n’a pas connu la promotion souhaitée. Il n’y a pas eu la relève au point où certains pays produisent aujourd’hui moins d’un film par an. Ce qui est une aberration. Alors, si on considère que le cinéma est une manière élégante de communiquer aux populations les comportements souhaitables qui concourent au développement, au bien-être, à l’hygiène et à tout ce qui est utile pour le développement de nos pays, il va de soi qu’on n’aurait dû jamais laisser tomber le cinéma. La preuve aujourd’hui est que vous voyez comment nos écrans sont inondés des films qui nous viennent d’ailleurs. Vous vous rendez compte de comment les gens sont attachés à aller suivre les séries les soirs. Vous voyez l’engouement que cela provoque. Mais quand cela se passe de cette manière, il y a un danger. Vous voyez des films dans lesquels la belle fille gifle sa belle-mère, ce qui est inadmissible dans la culture africaine. Si je prends l’habillement, vous voyez comment nos jeunes s’habillent aujourd’hui avec des pantalons qui sont d’une certaine dimension et qui tombent des fesses : C’est comme ça que les homosexuels et les prisonniers s’habillent dans un pays développé que je me garde de nommer. C’est devenu une mode pour notre jeunesse. Alors que chaque peuple a besoin de s’affirmer. On ne peut s’affirmer qu’à travers sa culture. Il n’y a aucun développement sans la culture. Si la Chine s’est développée aujourd’hui, elle a tiré le ressort de son développement de sa culture. Vous voyez comment ils inondent le monde aujourd’hui, c’est grâce à leur culture qu’ils s’imposent. Nous avons aussi besoin de nous affirmer. Mais nous devons le faire à travers quoi ? Notre culture. Il n’y a que la communication par l’image et le son pour le faire. Mais l’image et le son sont des questions de normes. On ne met pas une caméra à l’épaule pour filmer ce qu’on veut pour prétendre qu’on a fait un film. Et les normes s’enseignent à l’école.

 D’un autre côté, il faut avouer que lorsqu’on est à l’extérieur, on a soif des images d’Afrique. Malheureusement, si jamais il y a une image de l’Afrique qui est projetée sur un écran en Europe, c’est soit un coup d’Etat, ou un président qui a été corrompu, ou la famine qui sévit en Afrique où vous voyez des enfants maigrichons, plus morts que vivants, le ventre bien ballonné, et vous voyez la Croix Rouge qui distribue du lait avec des traces de lait autour des lèvres puis de grosses mouches vertes qui sucent le lait séché aux lèvres des enfants. Voilà l’image qu’on donne de l’Afrique. Ou, comme c’est la mode maintenant, c’est Ebola qui tue en Afrique, voilà les images qu’on montre de l’Afrique.

Mais quand on montre notre continent, voilà le schéma qu’on en donne. Cela frustre. Il faut être là-bas pour vivre ces choses. Mais mon continent n’est pas un continent où il y a tout le temps la guerre et la famine ! Il y a aussi de bonnes choses qui se passent en Afrique. A travers la télévision, on connait parfaitement l’histoire et la géographie de la France et d’autres pays développés. Nous apprenons ces choses à l’école. Mais ceux des pays développés ne connaissent ni notre histoire ni notre géographie, au point où quand une fois là-bas vous dites que vous êtes du Bénin, ils se demandent si le Bénin est le Zaïre, le Nigéria ou autres. Voilà les pays qu’ils connaissent là-bas. Quand tu dis que tu es du Bénin, ils vont t’appeler le nom de quelqu’un qui est peut-être à Johannesburg pour savoir si tu le connais. Donc, ils ne savent pas où se situe le Bénin. Ce sont des choses qui vous frustrent. Mais le tort nous revient parce que nous n’avons pas assez ou pas du tout communiqué sur notre pays ou notre continent.

C’est dans ces conditions que vous avez décidé d’inverser la tendance ?

Ce qui m’a le plus déterminé, c’était lors des mouvements de démocratisation consécutifs à l’effondrement du mur de Berlin. Les reportages relatifs à ces mouvements par la presse internationale montraient que le peuple bosniaque est un peuple barbare qui tuait sans discernement les hommes de l’ancien système. Les Bosniaques ont décidé d’assurer par eux même, la médiatisation des évènements liés au mouvement de démocratisation et d’en livrer les reportages aux organes de presse étrangers.

 Alors, le même événement qui donnait une impression de barbarie lorsqu’il est traité par la presse internationale, donne une impression d’acte de nationalisme lorsqu’il est traité par la presse nationale. Lorsque vous laissez d’autres assurer le rôle de fournisseur de votre propre information, ils manipulent les images et en donnent, en vos lieu et place, leurs orientations et leurs interprétations, ce qui est souvent contraire à la réalité.

Au Bénin, lorsque le président Soglo a créé la fête des religions endogènes, les reporters de la presse internationale arrivent très nombreux chez nous pour prendre les images et en faire des reportages. Mais, savez-vous ce qui se montre ensuite? On ne montre pas la femme qui danse avec souplesse et habileté ni les rythmes des tams-tams, mais on montre plutôt comment un bœuf est terrassé, comment on l’égorge avec le sang qui gicle pendant que le boucher est insensible aux derniers soupirs de l’animal agonisant : c’est l’image qui est donnée de la religion endogène ici au Bénin.

 Il faut inverser la tendance et comme l’a dit Wolé Soyinka, « le tigre ne proclame pas sa tigritude mais vit et bondit ».

N’y a-t-il pas aussi des raisons liées à la demande qui expliquent aussi la création de l’ISMA ?

J’ai remarqué qu’en Afrique, nous passons tout le temps à critiquer, à dénoncer mais sur le terrain de l’action, nous sommes totalement absents. Nous avons la capacité et la compétence pour critiquer et démolir avec le verbe mais sur le terrain de l’action, nous sommes totalement absents. Si je me suis laissé frustrer par ce que je vois, que faut-il faire pour inverser la tendance.

Il faut faire produire les informations de l’Afrique par les africains. Pour le faire, l’image et le son étant des questions de norme, il faut former des gens dans ce sens. Si nous voulons inverser la tendance et faire occuper à notre culture sa place de choix sur l’échiquier mondial, il faut former des techniciens. C’est là que l’idée de créer l’ISMA a germé et j’ai dit qu’il faut aller le plus loin possible. J’ai pris contact avec la Continental Bank, aujourd’hui UBA, qui m’a appuyé.

Pour les programmes et la pédagogie, j’ai décidé de nouer des partenariats avec les écoles étrangères qui ont déjà une solide tradition en la matière.

Comment avez-vous procédé ?

J’ai eu une idée précise de l’école : je veux former sur le même campus tous ceux qui concourent à la production de l’image et du son : les techniciens, les journalistes et les réalisateurs. Alors je suis allé sur Internet et j’ai vu une école appelée EICAR (Ecole Internationale de Création audiovisuelle et de réalisation) à Paris en France.

 Je me suis rendu en 2006 à Paris pour aller dans l’école et j’ai eu la chance qu’il y avait un Béninois du nom de Babylas Boton qui a fait cette école. Je lui ai demandé de m’emmener dans l’école où j’ai rencontré la directrice, Mme Christina REID, une américaine à qui j’ai expliqué que je veux créer une école comme la leur au Bénin. Ils ne croyaient pas à ce que je disais mais, je leur ai confirmé que je voulais créer vraiment une école. Je leur ai confirmé mon intention d’aller en partenariat avec l’EICAR, ce qu’ils ont accepté. Monsieur Alain Dejean a été envoyé en mission à Cotonou pour étudier la qualité de la télévision, la nécessité d’une formation de ce type au Bénin en particulier et en Afrique en général, etc. Le rapport de cette mission en est arrivé à la conclusion que la demande de formation était très forte et le 28 avril 2006, nous avons signé la convention de partenariat.

En ce moment, j’étais déjà allé voir une structure qui s’appelait la SAV en France. C’est elle qui m’a fait le plan de l’ISMA.

Nous avons construit une école de cinéma et de télévision avec des studios et tout le dispositif d’accompagnement pédagogique.

Tout ce qu’il faut pour tourner un film est déjà construit dans le plan. On a commencé comme ça en 2006 et progressivement, nous avons fait notre petit bonhomme de chemin et je pense plutôt que j’ai eu raison d’avoir créé l’ISMA

Etes-vous arrivé à réaliser 100% des objectifs initiaux ?

Vous voyez, il faut toujours viser loin. J’avais au départ un objectif. Je voulais que les films béninois et africains soient diffusés sur les chaines internationales de télévision pour que le cinéma africain occupe sa place sur l’échiquier international afin que la culture et le mode de vie des Africains connaissent la même promotion que les cultures asiatique, européenne et américaine. Et pour cet objectif, je suis comblé parce que sur Canal +, TV5 et d’autres chaînes de télévision européenne, nos films sont diffusés. «Rencontres virtuelles » passe très souvent sur Canal + Horizon et TV5, « Nanas Benz, les reines du textiles » passe aussi. De ce point de vue, notre culture est exportée et peut être appréciée par d’autres. Il y a eu également un documentaire sur la santé qu’on appelle « L’ulcère de Burili » que l’étudiante Estelle Akplogan a réalisé.

Le prochain objectif est d’inonder ces pays-là avec nos films qui reflètent nos réalités culturelles.

Pourquoi pas le Bénin ?

Inonder le Bénin est une réalité. Aujourd’hui, nous avons dans notre base de données plus de 250 films réalisés par les étudiants de l’ISMA. Ce sont des reportages, des documentaires et des fictions déjà réalisés. En 2009, j’ai eu un partenariat avec Canal 3 Bénin qui a diffusé nos films pendant quelques mois. Nous avons encore noué un partenariat maintenant. La deuxième phase consistera à ce qu’il soit connecté à notre base de données pour diffuser nos films.

J’ai également envoyé un projet de convention à l’ORTB pour la diffusion de nos films. J’ai bon espoir que ce projet aboutira le plus rapidement possible.

Nous avons également un partenariat avec LCF au Togo qui est la première chaine sur satellite du Togo. Là également, nos films sont diffusés et c’est bien parce que c’est vu par le monde entier.

Parlez-nous de la formation théorique et pratique à l’ISMA

Nous avons adopté un système qui conduit à un diplôme professionnel. Dans nos curricula, c’est le binôme 30-70, à savoir 30% pour la théorie et les notions basiques qui permettent d’appréhender la réalité pratique et nous avons 70% de pratique. C’est cela notre système parce qu’au commencement était le verbe. Parce que le verbe, c’est la théorie et c’est la théorie qui génère la pratique et de la pratique, on tire des éléments pour enrichir la théorie. Nous sommes dans cette dynamique-là. Ce n’est pas comme dans des écoles où on vous juge uniquement sur la base d’un devoir écrit parce que si on a ce système-là, nous avons des personnes qui sont très fortes dans la tête mais médiocres en pratique, des gens qui sont prêts à vous réciter les théories mais qui ne sont pas prêts à vous faire un petit film. On n’en veut pas. Nous voulons former des professionnels qui ont une maitrise de la théorie et qui dans la pratique, seront imbattables. C’est ce qui a fait le succès de l’ISMA. Aujourd’hui, tous les professionnels formés à l’ISMA qui sont sur le marché de l’emploi sont recrutés par les télévisions, et aussi à l’extérieur. Donc, voilà un peu le premier paramètre à savoir 30-70.

Mais, dans le cursus, chaque étudiant doit faire un projet professionnel de synthèse. A la fin de la deuxième année, vous devez faire un film ou un documentaire de votre filière où on voit comment vous avez pu faire la synthèse des connaissances acquises pour y accéder. En troisième année, les étudiants produisent également un documentaire ou une fiction et soutiennent un mémoire qui va contribuer à enrichir le domaine spécifique où ils ont choisi d’exercer leur carrière.

Quelles sont les principales difficultés que vous avez rencontrées ?

J’ai ma philosophie des choses. Et lorsque je me rends compte qu’une difficulté se crée, je rends grâce à Dieu, parce que depuis 2006, toutes les difficultés ont été, pour moi, des opportunités pour aller de l’avant. Et je dis que, par la force des choses, Dieu a toujours su transformer les difficultés en opportunités pour moi. Et à la fin de chaque difficulté, l’ISMA sort toujours vainqueur. Vous savez que les matériels en audiovisuel coûtent très cher. Lorsqu’on donne nos coûts de formation ici au Bénin comparativement à ce qui se paie simplement en Afrique du Sud où j’étais, à Johannesburg, pour une conférence du 15 au 17 septembre dernier, ils disent que ce n’est pas possible que l’école résiste pendant deux ans. Mais pourtant nous sommes là. Justement face à ces difficultés, il y a des sponsors qui surgissent. Des gens qui voient que ce que nous faisons est très important et nous viennent en aide. Ils nous appuient et j’avoue que cela est déterminant et nous permet d’aller de l’avant avec beaucoup plus de sérénité.

Une délégation de l’ISMA est invitée au grand congrès des écoles et universités du cinéma et de la télévision qui se tient en ce début  d’octobre à Los Angeles aux Etats-Unis. Quelle est la contribution de votre structure à ce grand rendez-vous ?

Los Angeles, nous y allons pour le congrès du CILECT. Je vais vous parler du CILECT en quelques chiffres. Le CILECT, c’est 160 grandes écoles et universités venant de 60 pays du monde entier. C’est 9.000 enseignants, 55.000 étudiants en formation initiale, et 1.330.000 anciens étudiants qui ont déjà fini et qui apportent leurs contributions à l’accompagnement du CILECT. 65% des meilleures productions au monde ont été réalisées par des professionnels qui ont fait des écoles du CILECT. C’est un puissant réseau qui a été créé en 1955 à l’occasion du festival de Cannes et qui aujourd’hui cultive la célébrité. C’est pour cela qu’il s’est réparti en région et nous appartenons à la région africaine. Dans la région africaine, il n’y a que sept écoles qui appartiennent à ce réseau-là. Il y en a une au Bénin, une en Egypte, une au Ghana et les quatre autres sont en Afrique du Sud. Les sept écoles de l’Afrique se sont réunies à Johannesburg pour préparer le congrès de Los Angeles. Au CILECT, nous avons beaucoup de possibilités. Nous rencontrons beaucoup de fondations qui veulent investir dans le cinéma. Je voudrais vous rappeler que lorsque nous étions au congrès de Cape-Town, du 1erau 05 mai 2012, nous avons pu entamer un partenariat avec une fondation espagnole qu’on appelle Mujerespor Africa qui assure la promotion des femmes. Lorsque les femmes sont dans une école de cinéma, et qu’elles n’ont pas les moyens, la fondation peut financer leurs études. Lorsque les femmes finissent et veulent réaliser un film ou un documentaire, et en assurer la promotion, la fondation peut apporter les subventions. Lorsqu’un homme a conçu et réalisé un film qui assure la promotion de la femme, la fondation finance.

Donc, nous voulons rencontrer ces genres de fondations au congrès.

Il y a aussi beaucoup d’enseignants qualifiés de ce réseau dont nous négocierons l’arrivée à l’ISMA et le CILECTva financer leur mission.

Le CILECT nous assure également la formation des formateurs à travers des workshops, c’est-à-dire des séminaires-ateliers où les enseignants se regroupent pour échanger sur les outils et moyens pour être plus performants dans leur secteur.

Il y a aussi les projets communs d’étudiants. On peut dire que ceux de l’ISMA avec ceux d’une école de la Norvège, ou ceux d’une école américaine peuvent concevoir ensemble un projet qui sera réalisé dans les trois pays sur financement du CILECT.

 C’est immense. Lorsqu’une école a des principes de gestion, des méthodes et des procédures avérées, que le CILECT accepte que l’école adhère à ce réseau international, il y a de nombreux avantages. A l’occasion de la conférence à Johannesburg, les écoles africaines ont déjà arrêté des projets pour nos écoles et nous allons à Los Angeles pour les présenter au CILECT.

Comment se porte l’Eglise du Christianisme céleste du Bénin aujourd’hui ?

L’Eglise du Christianisme céleste est une église de Dieu et toute œuvre de Dieu ne peut que bien se porter. Donc, l’église se porte très bien.

 

Que dire de Marcelin Zannou et le monde politique ?

Je ferai une observation qui me parait capitale. Je me rends compte que les médias accompagnent beaucoup les politiciens au point où aujourd’hui, les politiciens ont pris le devant des choses. Ce qui nuit gravement à notre pays. Il faut comprendre que n’est pas politicien qui veut. La politique a ses normes. Mais ceux qui n’ont pas été formés à ces normes, nous conduisent dans des situations où les valeurs sociales désertent le forum.

 Vous voyez, par exemple, comment les politiciens s’insultent à la télévision. Des propos outrageants et diffamatoires sont tenus à l’égard de personnalités qui sont à respecter dans une République pour ne citer que ce cas-là. En politique, au Bénin, le franc jeu, c’est la trahison. C’est pourquoi, après les élections législatives de 2007 où j’ai été élu député FCBE de Cotonou, j’ai renoncé à mon mandat parce que j’ai eu l’opportunité de côtoyer les politiciens et de découvrir exactement ce qu’est la politique. Moi, j’ai constaté que la politique telle que cela se pratique au Bénin, c’est l’art d’être convaincu de quelque chose et d’en dire ou d’en faire exactement le contraire. Conçue comme cela, la politique n’est pas un idéal pour moi chrétien. C’est pour cela que, officiellement, que je me suis retiré définitivement de la chose politique, et là, je suis sincère. Simplement parce que je ne supporte pas qu’on voit la réalité, mais pour des intérêts inavoués, qu’on procède à des dramatisations calculées dans la perspective d’avoir accès à un poste, soit un poste ministériel ou de direction. On peut renverser quelqu’un pour prendre son fauteuil. Et cela devient le travail quotidien des Béninois. C’est ce qui a fait l’échec de notre développement au Bénin. J’aurais souhaité que vous qui êtes des professionnels des médias, que vous travailliez à nous sortir des exemples de réussite, peut-être sur le plan économique ou sur le plan social. Faites leur promotion et celava accrocher d’autres. Ce qui se passe aujourd’hui avec la politique est un drame pour le pays.

Vous êtes pourtant un membre fondateur des FCBE. Que s’est-il passé ?

Oui en 2007, j’ai fait une incursion dans la politique. D’abord, je vous dirai que FCBE, qui est créé en son temps est parti de CBE (Convention pour un Bénin Emergent) qui a été un regroupement de partis et de forces politiques que j’ai initié, pour accompagner le président Boni Yayi avec qui j’ai des relations d’amitié qui datent de très longtemps. Lorsque les élections législatives s’annonçaient, je me suis dit qu’il ne fallait pas aller en rangs dispersés. Et c’est dans la salle de Conférences de l’ISMA que nous avons fait les concertations qui ont conduit à créer CBE. Maintenant, comme il y a d’autres forces qui concouraient également, on s’est entendu pour aller créer un seul groupe. C’est comme cela que nous avons créé FCBE. Donc ils sont partis de notre sigle pour créer FCBE. Nous étions, à l’époque, avec Mme Vicentia Boco,  Edgar Alia et bien d’autres ténors de la politique béninoise.

Mais dès que nous avons fini avec les élections législatives, j’ai tiré beaucoup de leçons à travers les tractations, les coups-bas où des gens qui n’avaient joué aucun rôle deviennent subitement des courtisans bavards. J’ai compris par là ce que c’est que la politique, j’y ai renoncé.

C’est pourquoi, depuis 2007, vous ne m’avez plus jamais vu dans les meetings, les marches et les mouvements politiques en salle ou dans les rues. Je préfère m’investir dans d’autres secteurs qui sont directement plus utiles pour mon pays, à sa jeunesse et à mon continent l’Afrique. En réalité, le président Boni Yayi a été élu président parce que la situation sociale de l‘époque était très tendue et le peuple ne faisait plus confiance aux politiciens. Tout s’achetait et se vendait, y compris les consciences. Il faut inverser la tendance. C’est comme ça que nous avons vu en Boni Yayi quelqu’un qui incarne le changement souhaité par le peuple et j’ai décidé de l’accompagner. C’est là que le mot « changement » est sorti. Donc, j’ai participé à cela. Mais depuis 2007, j’ai renoncé à faire la politique.

Quel est donc votre bord aujourd’hui, mouvance ou opposition ?

Je vous dirai que l’environnement politique n’étant pas le mien, il est évident que je ne saurais me retrouver ni dans la mouvance ni dans l’opposition. Dans le schéma politique, il y a la mouvance, l’opposition et ceux qui cherchent la moindre opportunité pour sauter à gauche ou à droite. Je ne suis dans aucun camp. Le camp que j’ai choisi est celui de tous ceux qui peuvent apporter une lumière au peuple afin qu’il trouve un chemin. Et je crois que par l’ISMA, j’ai apporté une lumière au Bénin et à l’Afrique si bien que beaucoup de jeunes se sont identifiés et réussissent aujourd’hui avec beaucoup de bonheur. Oui, parce que, par l’ISMA, l’Afrique aura de nouveaux talents dans le cinéma et en journalisme. Si vous allez aujourd’hui à Africa 24 à Paris, 55% des JRI ont été formé à l’ISMA. A Canal 3 Bénin, à GolfeTV, à LC2, beaucoup ont pris par là, et je veux nommer, par exemple, Christian Adandédjan, Laurence Ngandou, Hanniath Bello, Jerôme Houngbo, Emmanuel Sèbo, et bien d’autres. A l’ORTB également, je peux citer plusieurs anciens, à savoir, Marc Tchanou, Francis Zossou, Abiath Oumarou, Jemima Catraye, Loukiath Dangou-ZATO et bien d’autres qui sont tous venus à l’ISMA pour densifier leurs qualifications puisque c’est un métier où on ne va pas à la retraite tant qu’on a encore quelque chose dans la cervelle. Donc, j’ai créé une lumière qui a éclairé un chemin et ils ont tous découvert qu’ils peuvent aller par cette lumière-là. Je suis de ce parti et je préfère rester là. Et je vous invite à m’accompagner en m’évitant d’aborder les questions politiques, parce que cela détruit. Cela crée des clivages, des frustrations et notre pays est devenu une marmite sociale qui peut exploser à tout moment parce qu’on donne trop la parole aux politiciens qui attisent le feu, soufflent sur les braises mal éteintes qui peuvent faire exploser à tout moment.

 

 Si on vous nommait ministre des finances ou de la communication. Vous déclinerez l’offre ?

 

Pourquoi voulez vous que je sois ministre. Je n’ai pas besoin d’être ministre avant de faire ce que j’ai fait à la douane et qui est incontestable. Allez voir ce que j’ai fait au port, à l’aéroport, à la Brigade mobile, à la Direction. J’ai marqué mon passage. Je suis fier de l’avoir fait. J’ai été le rapporteur du comité de pilotage des réformes douanières du PRCC. Je n’ai pas besoin d’être ministre parce que je ne veux pas jouer à l’hypocrisie de célébrité. Quand vous devenez ministre, à peine vous vous installez qu’un autre commence par convoiter votre siège et par le secouer. Et là, vous passez tout le temps à lutter pour conserver ce fauteuil au lieu de contribuer au développement de votre pays, vous vous exilez involontairement ou volontairement de vos amis, vous vous faites des ennemis, vous perdez votre liberté. C’est cela, les réalités politiques du Bénin. Dieu a fait de moi ce qu’il veut et cela me suffit largement.

Des réformes et pourtant, les douaniers se plaignent toujours?

Le douanier est un soldat du fisc et à ce titre, l’Etat ou le législateur a tout fait pour le mettre à l’abri de la tentation. Si je vous énumère les primes, indemnités et avantages que nous obtenons à la douane, si vous avez un enfant qui est douanier, vous allez commencer par lui en vouloir. Mais, il n’en demeure pas moins qu’à côté de ceux qui font ce travail avec rigueur, abnégation et une bonne dose de morale, il y en a d’autres qui aiment flirter avec les mauvaises manières de servir, qui adoptent des comportements contraires à l’éthique et aux bonnes mœurs.

Cela voudra-t-il dire que le douanier est à l’abri de la corruption ?

Il y en a qui peuvent travailler correctement parce qu’ils ont été mis à l’abri de la tentation. Il y en a qui travaillent honnêtement, ils sont nombreux à la douane et on ne les connaît pas toujours. Mais il y en a de l’autre côté qui ont du plaisir à jouer dans la corruption.

Malheureusement, au Bénin, tous ceux qui emploient le mot corruption n’en connaissent pas la définition. C’est pour cela que nous souffrons jusqu’à aujourd’hui. La corruption a un contenu et quand on ne le connait pas on combat tout sauf la corruption. Au Bénin, c’est quoi ? Je vais vous donner une image de la façon dont nous luttons contre la corruption au Bénin. Imaginez un arbre qui porte des fleurs et qu’il y a déjà des prémices qui annoncent qu’il y aura beaucoup de fruits, et que subitement, on se rend compte que les feuilles sont envahies par les chenilles farineuses qui les noircissent, vous constatez que les feuilles sont noires et que la belle récolte est compromise. Ceux qui sont chargés de lutter contre le fléau montent dans l’arbre et coupent toutes les feuilles noircies prétendant ainsi avoir éradiqué le mal. Mais les feuilles repoussent quelques mois plus tard et les chenilles reviennent encore avec une plus grande densité. C’est cela, la lutte contre la corruption telle qu’elle se passe au Bénin. Il est utile de considérer que la corruption représente pour la société ce que le microbe représente pour l’organisme. Les professionnels de la santé vous diront que vous ne verrez aucun organisme sain sans microbe. Donc, la corruption existera toujours dans nos sociétés, c’est pourquoi ceux qui tiennent des discours selon lesquels ils vont éradiquer la corruption, ne connaissent pas ce qu’ils prétendent vouloir éradiquer. Ils se trompent de cible et la lutte échoue lamentablement pendant que la corruption se développe.

Alors, pour créer un environnement défavorable à la corruption, il faut aller à la base. La base, ce sont les salaires que les fonctionnaires gagnent. La faiblesse des salaires constitue la première cause de la corruption au Bénin. Prenez le salaire que les travailleurs gagnent et prenez le mode de vie du Béninois : il doit louer une maison, donner à manger à sa famille et quand il devient fonctionnaire, les parents lui confient un neveu ou une nièce dont il doit assurer les charges de subsistance et de scolarisation. Chaque weekend, il y a des décès, anniversaires, mariages, baptêmes et autres. Il faut de l’argent. Si tu ne contribues pas aux dépenses, dans la culture africaine, tu es mal perçu. De sorte qu’il y a une forte pression qui s’exerce sur les maigres salaires au point où la seule issue que les travailleurs trouvent, c’est de mettre la main dans les caisses qui ne leur appartiennent pas ou se servir de leur position pour s’abstenir d’exercer un pouvoir de contrôle contre ou non gratification. C’est la corruption. Donc, c’est l’insuffisance et le niveau des salaires qui en sont les premières causes. Les travailleurs, comme on le dit en fon, ne vont pas nouer le pagne au cou pour aller au service. Ils vont s’habiller. Tu dois bien t’habiller pour aller au service et il faut de l’argent pour cela. Si vous voulez lutter contre la corruption, il faut commencer par agir sur les salaires afin que chacun ait un niveau décent de vie. Qu’il y ait ce qu’on appelle une indexation des salaires sur le coût de la vie. Mais si le salaire a été indexé sur le coût du maïs, du poisson de la tomate ou autres, il faut qu’il évolue dans la même fourchette. C’est la meilleure politique pour lutter contre la corruption. Du point de vue des autres facteurs, il faut penser globalement et agir localement. Qu’est-ce qui fait qu’il y a corruption à la douane ? On pense local et on trouve la solution au phénomène de la corruption à la douane. Dans le secteur des marchés publics, aux services des impôts et partout où le phénomène se développe, nous devons rechercher les solutions propres à chaque secteur. Si on prend le secteur de la douane, on dit qu’il faut informatiser pourqu’il n’y ait plus de contact avec les usagers. Cela a été fait et a fait reculer la corruption à la douane cependant la lutte contre la corruption est une lutte permanente. Vous voyez, on a créé un organe qui peut lutter contre la corruption. Le moment venu, nous allons apprécier. On a vu dans ce pays Anne Cica Adjaï, elle a été le chantre de la lutte contre cette corruption, elle a fait beaucoup de choses courageuses qui auraient pu faire reculer la corruption. Est-ce que le phénomène a reculé ? Chaque année, on reprend avec la même litanie mais le problème demeure. Donc, il faut trouver des solutions et les solutions commencent par les salaires.

Les recettes douanières ont drastiquement baissé en 2014 

Vous dites que je suis un douanier à la retraite et c’est vrai. A la retraite, on demeure douanier. « Douanier un jour, douanier toujours », comme le DG des Douanes nous dit à l’occasion de la cérémonie d’hommage qui nous a été rendu pour notre départ à la retraite. Je suis dans la douleur et je l’ai exprimé au directeur général. J’ai pu échanger avec lui par rapport à nos expériences de terrain pour voir par quels voies et moyens, par quelle méthode, quelle forme de communication interne on peut mettre en marche maintenant pour faire remonter les 21 milliards avant la fin de l’année. Je partage ses douleurs et j’avoue que je suis très mal à l’aise, je ne le cache pas. J’ai pu appeler le directeur général pour lui dire d’agir sur certains cadres à divers niveaux. J’ai apporté comme d’habitude ma contribution. Je ne veux pas faire une appréciation sur les causes parce que je ne suis pas là aujourd’hui pour cela.

Mais, on dit qu’il y a beaucoup trop d’exonérations…

L’Etat, pour apporter sa contrepartie à un projet, accorde des exonérations et ce sont des hommes qui gèrent ces exonérations-là. Ce sont les hommes qui en sont bénéficiaires. Vous avez appris ici en son temps quand on faisait la CEN-SAD, ce qui est sorti comme exonération. Certains auraient construit des villas partout dans le Bénin. Ce sont là les avatars, ce sont les errements qu’il faut contrôler maintenant.

Que faut-il faire concrètement ?

D’abord, il faut réduire comme les collègues l’ont dit, les exonérations et mettre en place un mécanisme pour mieux contrôler la destination des produits exonérés. Cela fait appel à beaucoup de choses : qui sont ceux qui bénéficient de ces exonérations ? Quelles sont leurs influences sur les uns et les autres ? Il y a beaucoup de facteurs qu’il faut maîtriser et les choses pourront aller mieux.

Et s’il vous était donné de conclure ?

Je vous remercie parce que vous m’avez offert l’opportunité de me prononcer sur mes convictions. Vous savez, si je n’étais pas avec vous ici, je serais peut-être à l’ISMA avec les étudiants. Vous m’avez invité ici pour me faire évader. C’est tant mieux pour ma santé. Donc, je vous remercie pour m’avoir donné l’opportunité de soigner ma santé. Deuxièmement, vous m’avez permis de vous donner des éléments qui vous permettront de mieux me connaitre, parce qu’on dit que la créature révèle le créateur. Il y a peut-être ceux qui me connaissent vaguement et ne savent pas de quoi je nourris mon moral et mes sentiments. Nous avons parlé à cœur ouvert et ce que j’ai créé ici maintenant permet de me révéler à beaucoup d’entre vous qui d’ici, me connaitront mieux. J’en suis plus heureux parce que comme l’a dit Seydou Badian dans Sous l’orage, « la meilleure des relations est celle qui mène l’homme vers les hommes ». Si je dois ajouter quelque chose, c’est de vous inviter à gérer votre vie individuelle et professionnelle avec beaucoup de rigueur et de méthode. Mettez-vous dans un état d’esprit de rigueur et vous réussirez dans la vie.

Carte d’identité

Trente années de douane

Marcellin Zannou est né le 6 mars 1959 à Porto Novo. Maternelle et primaire dans la même ville, puis à Dassa où il fait son CEP et le BEPC. Après la seconde, il retourne à Porto-Novo au Lycée Béhanzin où il décroche son baccalauréat, série D en 1979. Il passe ensuite par Bassila où le conduit en 1980 la mission d’enseignement. Une fois à l’université, il s’inscrit à l’Institut national des sciences juridiques et administratives, option Douane. Le 6 avril 1984, il fait son entrée à la douane béninoise qu’il quitte le 30 juin 2014, pour faire valoir ses droits à une pension de retraite. Ce sont trente années de service au cours desquelles on l’aura vu sur plusieurs fronts. Port de Cotonou, Brigade mobile de l’Atlantique et du Littoral, Direction de la lutte contre la fraude, Direction de la gestion des ressources, ce sont quelques-uns des postes de responsabilité qu’il a occupés durant sa carrière. Bien sûr, on aura retenu qu’il fut pendant longtemps le porte-parole de la Douane béninoise, poste qu’il a quitté volontairement en 2012 après quinze années pour préparer la relève. Ses plus grandes joies, ce sont les réformes auxquelles le colonel a participées. «Nous avons cousu, détaillé et disséqué ce qu’il faut faire. Ce qui veut dire que si n’importe qui vient à la douane, ce qu’on doit avoir en matière de réforme jusqu’en 2020 est déjà établi », rappelle-t-il. Mais, il y eut aussi des douleurs dont la plus vive est certainement celle qu’il connut en septembre 2007 lorsque le colonel a été brutalement révoqué de son poste de chef brigade port. Pour avoir participé activement aux réformes douanières, il a, en effet, été affecté au port en tant que chef Brigade. Une fois en poste le 18 août 2006, Marcellin Zannou met en place les réformes qui ont été conçues par le Comité dont il était le rapporteur. « Comme je connaissais les systèmes de fraude, j’ai verrouillé tous les robinets d’où la fraude pouvait couler, confie-t-il. Il y a eu des pressions, mais je n’ai pas cédé par acquis de conscience, par ma foi. » Il rappelle alors les statistiques. A partir d’août 2006 et jusqu’en septembre 2007 où il quittait le port, la douane faisait un excédant mensuel de 4,5 à 6 milliards de FCFA. « Chaque mois, on dépassait le quota mensuel de 4,5 milliards à 6 milliards sauf en juin 2007 où il y a eu des élections au Nigéria où on a fait un excédant de 2 milliards, parce que nous avions mis en marche les réformes. » Mais, il y avait « la machine de la mafia » à laquelle il devait faire face. « Quand j’ai commencé et que l’argent qui allait dans les poches privées a commencé par rentrer dans la caisse du trésor, j’ai commencé par avoir des pressions, explique le colonel à la retraite. J’ai dit non parce que je sais ce qui a amené le président Yayi au pouvoir et je ne devais pas trahir la confiance que le peuple avait placée en lui et dont il m’avait délégué une partie ». C’est sans compter avec ce qu’il appelle mafia et qui a réussi à le noircir auprès du chef de l’Etat. « J’ai fait quelque chose qui aurait permis à mon pays de me décorer. Mais en lieu et place de la décoration, c’est l’humiliation », dit-il amèrement. Il rapporte avoir mis la main sur une fraude pour laquelle il a infligé plus de 600 millions de FCFA d’amende. Le prévenu a reconnu sa faute et s’est engagé à payer. Contre toute attente, le chef brigade et le Directeur général des Douanes sont accusés d’en être les complices et ont été révoqués de leurs fonctions en septembre 2007. « Franchement, la mafia est très puissante », reconnaît-il, avant de montrer d’un doigt accusateur l’enquête de l’Inspection générale d’Etat « qui a fait un rapport qui n’a pas résisté à l’épreuve des textes règlementaires », selon ce qu’il rapporte. Après une confrontation entre l’inspecteur général d’Etat et ses cadres enquêteurs devant le chef de l’Etat, les conclusions de l’IGE ont été battues en brèche. Le conseil des ministres du 19 juin 2009 lui donne raison et le chef de l’Etat a exigé sa réhabilitation en 2010. Nommé à nouveau chef de la Brigade mobile Atlantique-Littoral en avril 2010, il renoue avec les résultats. « Allez voir encore les chiffres. Allez vérifier ces informations et vous comprendrez que si on veut faire son travail, on le fait consciencieusement. Mais tenez compte désormais du paramètre que la mafia existe et peut vous fragiliser à tout moment. Pour cela, il faut vous en remettre à Dieu. Priez pour que même si la mafia veut vous humilier, Dieu puisse faire jaillir sa lumière et sa puissance qui vous élèveront et vous serez honoré », confie-t-il.

INTIMITE

Un polygame heureux

Marcellin Zannou ne le cache, il est polygame et heureux de l’être. « La polygamie est un acte d’honnêteté, de sincérité, de notoriété et de charité », confie-t-il. Après le travail, il aime bien s’amuser à la maison avec ses enfants qui lui procurent une joie pure. « J’ai beaucoup de plaisir à m’amuser avec mes enfants et ils se prêtent franchement à ce jeu. C’est ma source principale de joie », dit-il avant d’ajouter son amour pour la lecture. A table, le colonel ne prend jamais de boisson, sauf les jus naturels non réfrigérés. Amoureux de la pâte de riz, il aime volontiers l’accompagner de la sauce d’arachide aux poissons séchés.

Réalisation : La Rédaction

Echanges « Sous l’Arbre à Palabres » avec Amanda Ellis, envoyée spéciale du Premier ministre néo-zélandais et ambassadeur à Genève au siège de l’événement précis : « La Nouvelle Zélande et le Bénin partagent leur savoir-faire agricole avec les PMA »

Amada Illus nouvelle Zélandaise81ème invitée de la rubrique «Sous l’Arbre à Palabres » de votre journal, Madame Amanda Ellis, envoyée spéciale du Premier ministre de la Nouvelle-Zélande, a pris une part active à la récente conférence des Pays les moins avancés (PMA) organisée à Cotonou. Elle y est venue accompagnée d’experts en agriculture partager les grandes performances de l’agriculture néo-zélandaise. Dans ses échanges avec les journalistes de « L’Evénement Précis », Madame Ellis a aussi soutenu la nécessité de promouvoir la gente féminine, condition essentielle à la croissance et au développement, un combat qu’elle mène pour ses sœurs néo-zélandaises et dans d’autres pays depuis de longues années.

Et si on en parlait

Madame Amanda Ellis, vous avez pris part récemment à la conférence ministérielle de Cotonou sur les Pays les moins avancés. Quelles impressions en avez-vous gardé ?

J’ai participé à la conférence des PMA à Cotonou en tant qu’envoyé spécial du Premier ministre de la Nouvelle-Zélande. J’étais ravie de venir partager les connaissances de la Nouvelle-Zélande en matière agricole au cours d’une session parallèle avec le Bénin, le PNUD et la CCI. Chez nous, en Nouvelle-Zélande, un pays classé comme développé, c’est l’agriculture qui est la base de notre développement. Nous sommes toujours à la recherche de moyens pour accroître notre productivité. A Cotonou, nous avons eu la chance de découvrir, avec le professeur Goldson et M. Sellars qui sont des universitaires et scientifiques néo-zélandais, une expérience agricole inédite ; je veux citer le centre Songhaï. Le professeur Goldson représente la communauté scientifique et académique en Nouvelle-Zélande. M. Sellars représente le secteur privé (il travaille pour une coopérative agricole, Livestock Improvement Corporation, en Nouvelle-Zélande).

Quelles impressions aviez-vous eu après la visite du centre Songhaï ?
Nous étions très impressionnés. L’approche intégrée, respectueuse de l’environnement, avec notamment l’énergie renouvelable est pertinente pour tous les pays. C’est avec enthousiasme que toutes les personnalités qui étaient avec nous ont vécu ces moments de visite. Le Professeur Goldson estime que ce qu’a créé le Bénin est vraiment exceptionnel et qu’il est très important que ce centre serve de modèle pour les pays africains visant une croissance inclusive, verte et écologique. A l’occasion de la conférence de Cotonou sur les PMA, nous nous sommes entretenus avec des experts sur l’agriculture de plusieurs zones dont la RDC, le Tchad, le Cameroun, le Burkina Faso, le Congo Brazzaville et le Niger. Plusieurs experts ont fait part de leur intérêt pour le centre Songhaï et leur désir d’introduire ce modèle chez eux.

Quels sont les atouts de la Nouvelle-Zélande en matière agricole ?
La Nouvelle-Zélande est un pays dont le développement est essentiellement basé sur l’agriculture. 72% de nos exportations sont des exportations agricoles. Nous exportons 90 à 95% de toute notre production agricole. Notre modèle de coopérative a pour but une croissance inclusive où l’agriculteur est actionnaire, responsable de la façon dont la coopérative est gérée et donc bénéficiaire des profits générés. Avec l’Agenda post-2015, la communauté internationale cherche vraiment des solutions pour combattre la pauvreté et nous y parviendrons avec des suggestions de croissance inclusive. En cela, le centre Songhaï est un excellent exemple.

Vous venez de parler d’un partenariat avec le Bénin dans le cadre du développement agricole. Que contient-il ?
On a travaillé étroitement avec le Bénin, le PNUD et le CCI pour préparer l’événement agricole parallèle à la conférence de Cotonou. Le partenariat avec le Bénin est plutôt un partenariat d’échange de connaissances, d’expertises par l’intermédiaire du PNUD et de la CCI ensuite pour donner des idées de développement aux PMA. La Nouvelle Zélande en tant que petit pays, n’est pas un bailleur de fonds bilatéral important en Afrique. Notre contribution passe par le biais des organisations internationales comme le PNUD ainsi que la Banque mondiale, la CCI, la SFI, etc.

En quoi le modèle néo-zélandais peut-il capter l’attention du Bénin ?
C’est un modèle qui privilégie l’agriculteur. Comme nous venons de le voir à Songhaï et comme le confirment le professeur Goldson et M. Sellars, expert en génétique et en bétail, les deux pays se basent sur les recherches scientifiques: l’agriculture repose sur cette base scientifique. Par exemple, en Nouvelle Zélande, on fait des recherches pour améliorer le bétail. M. Sellars a montré qu’en 5 ans, la Nouvelle-Zélande a pu gagner 42 millions de dollars de plus grâce aux progrès de la génétique qui a fait augmenter la productivité des vaches laitières. Le professeur poursuit aussi des recherches sur les herbes résistantes à la sécheresse. C’est donc l’alliance de la science et des structures d’organisation qui nous permet en Nouvelle-Zélande d’avoir une économie dynamique fondée sur l’agriculture. Il faut souligner aussi l’importance de la formation. En Nouvelle-Zélande, la plupart des agriculteurs ont une licence en science avant de devenir agriculteur. Il y a aussi le marketing et l’accès au marché. Ce qui est important, c’est de respecter la réglementation phytosanitaire, de comprendre les règles du jeu et de se forger une image de marque.
Le professeur ajoute qu’en Nouvelle-Zélande, vu la prépondérance de l’agriculture et du bétail, on essaie de travailler de façon scientifique sur les changements climatiques. Par exemple, les émissions de gaz carbonique du bétail sont nuisibles aux changements climatiques. Nous travaillons sur ce sujet avec des pays d’Afrique et d’Amérique du Sud également. Les recherches en Nouvelle-Zélande sur la réduction des émissions des animaux sont vraiment quelque chose que la Nouvelle-Zélande met au service de la communauté des chercheurs.

Dites-nous, Mme l’ambassadrice, combien gagne à peu près un fermier néo-zélandais?
M. Sellars qui représente les coopératives laitières avance le chiffre de 937 000 dollars par agriculteur pour une ferme moyenne d’environ 420 vaches laitières. Ce chiffre représente un revenu annuel brut avant impôts. En raison de la spécialisation en Nouvelle Zélande, une ferme de 420 vaches n’a que trois ouvriers. Le professeur Goldson soutient ce modèle et précise qu’il y a déjà des étudiants du Nigéria qui font des études en Nouvelle Zélande. Il est en effet possible de suivre d’abord une formation en anglais avant de faire une maîtrise ou un doctorat. L’université où enseigne le professeur Goldson est justement en train d’étudier cette possibilité puisque nous estimons très important d’avoir des échanges entre les pays africains et la Nouvelle Zélande.

Quel est le sort réservé aux petits producteurs dans cette atmosphère empreinte de concurrence ?
Ce qui est important, c’est ce qu’on a vu ici au centre Songhaï. Cette coopérative facilite la croissance inclusive, ce qui veut dire que le petit fermier en étant membre de cette structure coopérative arrive à mieux bénéficier des recherches en commun, de la technologie, des machines, par exemple, et puis des structures de marketing. C’est pour cette raison qu’en Nouvelle Zélande, nous trouvons que cette stratégie des coopératives fonctionne très bien. Songhaï est une bonne structure, très prometteuse pour l’Afrique.

L’utilisation des engrais chimiques et biochimique n’a-t-elle pas d’impact sur l’agriculture néo-zélandaise ?
On utilise les deux formes, mais nous veillons à ne pas exagérer, car trop les utiliser peut être nuisible. M. Sellars dit que, de plus en plus, les fermes font usage du fumier de vache pour fertiliser les sols. Nous avons vu les mêmes techniques utilisées au centre Songhaï. Dans ces conditions, on a beaucoup moins besoin des engrais chimiques avec lesquels il faut faire très attention car ils peuvent nuire à environnement.

Comment les femmes participent-elles au développement de la Nouvelle Zélande ?
1/3 des agriculteurs en Nouvelle Zélande sont des femmes. Il existe des associations de femmes agricultrices, des réseaux de femmes agricultrices en matière de production laitière et ces réseaux sont très importants car ils organisent des conférences au cours desquelles on échange des connaissances, des idées, des techniques. Il faut préciser que la Nouvelle-Zélande est le premier pays au monde où la femme a obtenu le droit de vote. C’était en 1892.
En ce qui concerne les animaux, M. Sellars, généticien, explique qu’on choisit les meilleurs pour la procréation, pratiquant ainsi une sélection naturelle. Avec ses connaissances en génétique, il est arrivé à augmenter la productivité de certains animaux de façon considérable. En revanche, il n’est pas permis de pratiquer des modifications génétiques sur les vaches laitières. On privilégie une sélection génétique non modifiée. C’est seulement dans les laboratoires que les experts et les scientifiques étudient les différentes modifications.

La Nouvelle-Zélande est candidate pour être membre du Conseil de sécurité de l’ONU. Que peut attendre un pays comme le Bénin de votre élection ?
C’est vrai, la Nouvelle-Zélande prépare depuis longtemps sa candidature pour un siège non-permanant au Conseil de Sécurité des Nations Unies. Elle a siégé la dernière fois il y a 21 ans au moment du génocide du Rwanda. La Nouvelle Zélande était alors à la présidence et avait fait preuve de courage et d’une politique étrangère indépendante. Je pense qu’il est toujours essentiel de regarder le bilan d’un pays qui se présente à un poste important comme celui-là. La Nouvelle Zélande apprend et écoute les pays africains sur les questions africaines avec un esprit ouvert et un respect des pays indépendamment de leurs tailles ou de leurs allégeances. 66% du travail du Conseil de sécurité de l’ONU est en Afrique. Il est donc crucial d’entretenir des relations avec les ambassadeurs africains afin de mieux comprendre les perspectives africaines sur les questions de sécurité. Comme les pays africains, la Nouvelle Zélande croit qu’on devrait utiliser plus chapitre 6 que chapitre 7 puisque chapitre 6 met en valeur des méthodes paisibles pour résoudre les conflits comme la négociation et la médiation. Il vaut, en effet, mieux prévenir que guérir. Nous prônons la prévention des conflits et avons conscience de la corrélation entre développement et sécurité.

Quelle appréciation faites-vous de l’organisation globale de la conférence des PMA à Cotonou ?
La Nouvelle Zélande est ravie d’être reçue si chaleureusement par le Bénin. J’étais également à la tête de la délégation de la Nouvelle Zélande à Istanbul en Turquie à la Conférence ministérielle des PMA en 2011. Et c’est avec le plus grand plaisir que j’ai été reçue par l’ambassadeur du Bénin à New York pour travailler ensemble à mettre notre partenariat en place pour la conférence. J’ai aussi retrouvé mon homologue de Genève ici à Cotonou. L’accueil était tellement chaleureux ! J’ai été très marquée par le dîner présidentiel avec les danses extraordinaires et les performances culturelles du Bénin ainsi que par les excellents mets locaux. Je considère que nos échanges pendant la conférence de Cotonou ont été très fructueux. Pour moi, le Bénin joue un rôle très important pour l’avenir en parlant de l’agenda Post 2015.

C’est quoi déjà le contenu de cet agenda ?
Oh ! C’est un vaste sujet. Cet agenda comporte toutes les questions sur lesquelles il faut travailler pour l’émergence des PMA. Pour résumer, il s’agit du prochain agenda de développement qui succèdera aux objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) à leur échéance en 2015. Il s’appuiera sur les leçons tirées du travail effectué pour réaliser les OMD et consiste actuellement en une proposition contenant 17 objectifs prenant en compte les aspects économiques, sociaux et environnementaux afin d’améliorer la vie des personnes et protéger la planète pour les générations futures.

Madame l’ambassadrice, votre pays est multiracial. Comment vous êtes parvenus à intégrer cette cohérence à vos programmes de développement pour être au niveau où vous êtes actuellement ?
Excellente question. La Nouvelle Zélande est fondée sur un traité (le Traité de Waitangi signé en 1840 par les chefs Maori et le représentant de la reine) qui incarne le partenariat entre le peuple autochtone, le peuple Maori et le peuple qui est arrivé au XIXe siècle, ceux qu’on appelle Pakeha en langue maori, un peuple de descendance européenne. Ce partenariat entre le Maori et le Pakeha est le fondement de notre nation. Et comme vous l’avez dit, nous sommes maintenant un pays multiracial et multiculturel. Nous avons 120 langues parlées en Nouvelle Zélande dont trois langues officielles : l’anglais, le Maori et la langue des signes, le langage des sourds. Donc, c’est vraiment très varié. Il existe aussi des modèles de développement spécifiquement maori comme, par exemple, le système traditionnel de propriété foncière collective. Notre programme de développement en Nouvelle Zélande s’inspire des deux modèles. Le développement est très spécifique à chaque pays. Un peu comme l’a fait le Bénin, la Nouvelle Zélande s’est nourrie de différents modèles de croissance. Mais il est toujours important d’ancrer dans la tradition les pratiques locales pour que cela marche bien. Il faut prendre en considération les particularités de chaque pays pour déterminer le modèle de développement qui convient.

Carte d’identité:Un parcours atypique

Elle est née dans l’île du Sud de la Nouvelle-Zélande en novembre 1962, précisément dans une petite ville de 100 000 personnes appelée Dunedin, ville universitaire mais entourée d’activités agricoles. « Je passais mes vacances avec des amis qui vivaient dans des fermes. Et je montais à cheval pour regrouper les moutons et aussi couper leur queue », se rappelle Amanda Ellis, nostalgique. Elle a également fait ses études universitaires à Dunedin et les poursuivra dans une université située dans les Îles Hawaï.  C’est là qu’elle rencontrera son mari. Amanda Ellis a travaillé entre autres à l’OCDE à Paris comme économiste pendant deux ans avant d’être nommée Consul dans les territoires français de la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française (Tahiti). C’est là qu’elle a commencé à travailler véritablement sur les questions de développement. Vietnam, Laos, Cambodge entre autres sont les pays qui ont par la suite bénéficié de ses compétences. « C’est depuis ce moment que j’ai vraiment compris que de très petites choses peuvent amener de grands changements », se rappelle-t-elle, indiquant, par exemple, qu’avec un prêt de 20 dollars, une femme entrepreneur au Vietnam a réussi à transformer tout un village avec l’élevage des vers à soie. « J’étais définitivement convaincue de la contribution de la femme au développement », avoue la diplomate auteur de deux livres sur la femme dans les affaires, devenu des best-sellers. En Australie, elle fut la première personnalité à avoir monté une première unité dans le secteur privé pour le développement (à la Westpac Banking Corporation) et a ensuite fait la même chose à la Banque mondiale où elle gérait aussi le Conseil des PDG du secteur privé pour le président de la Banque mondiale. Nommée envoyée spéciale du Premier ministre auprès de l’Afrique francophone et aussi ambassadeur auprès des Nations Unies à Genève depuis un an, elle dit être fière d’œuvrer davantage pour le rayonnement des pays les moins avancés.

Intimité très sobre !

Elle est à l’image des grandes personnalités féminines qui ne s’attachent pas uniquement à leur apparence pour s’affirmer en société mais le font plutôt par le travail. Amanda Ellis parle d’ailleurs très peu d’elle-même quand on tente de pénétrer dans son intimité. Un joli garçon de 11 ans, un mari avocat, un couple tranquille. Elle n’en dit pas plus, même si elle avoue adorer la cuisine africaine dont elle raffole une fois à table. Elle est également très sportive, nageuse et prof de Yoga à ses heures perdues.

La Rédaction

Echanges « Sous l’Arbre à Palabres » avec Le professeur Agrégé, Me Joseph Djogbénou au siège de l’événement précis : « Je dénonce ceux qui prétendent diriger le Bénin et qui se taisent sur tout »

L’allure gracile dans son costume bleu marine, Me Joseph Djogbénou fait son entrée, à pas rassurés dans les locaux du Journal, ‘’L’Evénement précis’’. L’avocat et professeur agrégé des universités, et tout nouvel homme politique, président d’honneur du parti « Alternative Citoyenne » est sous les feux des multiples questions des animateurs de ‘’Sous l’arbre à palabres’’, l’espace d’échanges par excellence du journal ‘’L’Evénement précis’’. 83e personnalité à s’installer sous cet arbre où beaucoup de choses se disent et se révèlent, Joseph Djogbénou aborde avec aisance et élégance les grands sujets de l’heure au Bénin : la gouvernance sous Boni Yayi, la révision de la Constitution, la polémique autour du troisième mandat, le droit de grève des magistrats, la table ronde de Paris…. Mais, il y avait aussi un sujet d’importance majeure pour lui : sa candidature à la présidentielle 2016. Me Djogbénou n’en fait plus aucun tabou et semble déterminé à faire prospérer ce projet, à 45 ans. Grosse ambition pour cet acteur intrépide de la société civile béninoise qui a été également un excellent journaliste, avec comme grand maitre d’alors, l’émérite confrère, feu Jérôme Badou.

Et si on en parlait

Nous venons de commémorer le 54ème anniversaire de l’accession de notre pays à la souveraineté internationale. Quel regard portez-vous sur le Bénin d’aujourd’hui après cinquante-quatre ans d’indépendance?

D’abord, je voudrais vous saluer, saluer l’Evénement Précis et les organes de presse présents à cette rencontre ainsi que l’initiative. Pour moi, c’est une forme de mutuelle de la qualité de l’information, mutuelle de la qualité du discours public. Et vous avez mon encouragement. Je pense qu’il serait bien intéressant que vous associiez désormais la presse télévisée. Sur la question des 54 ans d’indépendance, on peut voir le verre à moitié plein, pourquoi pas. Et puis on verra le verre à moitié vide. Quand on voit le verre à moitié plein bien entendu, nous ne vivons pas en 2014 comme nos parents ont vécu en 1960. C’est vrai que le pays a connu des évolutions sans doute certaines, que le taux de la scolarisation des filles a augmenté, que la qualité des prestations, de ce point de vue, a aussi sans doute augmenté. Mais le verre à moitié vide, est-ce que le pays tel que nos ancêtres l’ont légué, après 1960 nous l’avons encore ? Les 112 622 km2 que nous avons tous appris à la Maternelle et au Cours primaire, existent-ils encore ? La réponse est négative. Est-ce que la qualité intrinsèquement telle qu’on peut l’espérer en 2014 est celle que nous avons ? La réponse est négative. Est-ce que le pays est plus uni qu’en 1960 ? La réponse me paraît essentiellement négative. Je dirais en conclusion que nous avons beaucoup d’efforts à faire pour assumer notre qualité de Béninois. Voyez-vous, la dignité d’un être humain réside en la capacité à transmettre en mieux ce qu’il a reçu. Est-ce que nous sommes en capacité de transmettre en mieux ce que nous avons reçu ? La réponse, je préfère ne pas la formuler aujourd’hui. Sinon elle serait négative et j’aurai la crainte que nous n’ayons pas encore la qualité d’êtres humains, la qualité de Béninois dignes. Nous pouvons rendre différente cette réponse en construisant davantage, en nous engageant beaucoup plus. Nous pouvons espérer alors une réponse relativement affirmative. C’est dans cette perspective que je suis.

A l’occasion de cette fête nationale, le président de la République a présenté comme il est de tradition, un discours à la nation. Quelle analyse en faites-vous ?
C’est un discours de contexte. Mais ce discours de contexte a-t-il répondu aux éléments de contexte ? Est-ce que ce discours a fourni des éléments de réponses essentiels aux préoccupations déterminantes? Quelles sont les préoccupations déterminantes ? Ce sont les préoccupations institutionnelles. La qualité de nos institutions, le rapport qu’entretiennent nos institutions les unes à l’égard des autres. Est-ce que les réponses essentielles ont été fournies par rapport à la qualité de la vie ? Est-ce que les réponses de qualité ont été fournies du point de vue de la place du Bénin en Afrique et dans le monde ? Sans doute une chute à laquelle on pouvait s’attendre, une chute qui n’a pas atteint le degré où on devrait la placer. La promesse de l’organisation des élections à la fin de cette année, cette promesse ne peut pas être tenue. Nos populations ont droit à la sincérité et à la vérité. Les citoyens, il faut les tenir en responsabilité. Les élections municipales n’auront lieu que lorsque la Liste électorale permanente informatisée serait transmise à la CENA. Est-ce que cette liste peut être transmise avant la fin de l’année ? Est-ce que la CENA peut se mettre en mouvement avec les ressources financières qu’on dit que nous n’avons pas ? Rappelez-vous que la Cour constitutionnelle a instruit une requête de Serge Prince Agbodjan, lui demandant d’enjoindre au président de la République de convoquer le corps électoral. La Cour constitutionnelle dans ses éléments d’instruction, a obtenu et du gouvernement et du Cos-Lépi et de l’Assemblée nationale, des réponses dans le sens que chacun a joué sa partition mais qu’il n’y a pas de moyen. Est-ce que le chef de l’Etat a dit maintenant que les moyens sont disponibles ? Est-ce qu’aujourd’hui, vous journalistes, vous pouvez témoigner que le Bénin dispose d’une Liste électorale fiable ? C’est la question à laquelle il fallait répondre. L’organisation des élections dépend de la réponse à cette question. Pour ma part, je considère que les élections municipales ne pourront pas être organisées avant la fin de l’année.

En êtes-vous sûr ?
Ce n’est pas à moi de vous en donner l’assurance. Je veux avoir les éléments de l’assurance. Et l’un des éléments de l’assurance, c’est la transmission de l’instrument électoral à la Céna, c’est la dotation de la Céna et du Cos-Lépi des moyens pour l’organisation des élections. Ils n’ont pas les moyens.

Professeur, c’est comme si vous n’êtes pas du tout satisfait de la gestion qui est faite par le président Boni Yayi. Et s’il vous était demandé de vous essayer à un petit bilan de sa gestion depuis huit ans, qu’allez-vous dire ?
Je préfère me mettre dans une approche prospective. Je préfère moins parler du présent que de parler du futur. Nous avons fait des erreurs profondes. La première erreur que nous avons faite en 2006, c’est de nous atteler, y compris moi-même, à assurer la transmission du pouvoir à la fin de l’exercice de Kérékou sans nous poser la question de savoir qui va le prendre? Quoi sera traité ? Comment ce sera traité ? Nous ne nous sommes pas préoccupés de ça. C’est la faute, je veux dire à la fois déontologique, patriotique, citoyenne de l’élite.

Vous êtes donc coupable ?
Je fais partie de l’élite. En 2005, nous avons tous œuvré pour que la Constitution ne soit pas révisée et que Kérékou parte. A aucun moment, nous ne nous sommes attardés sur la question de savoir qui va prendre le pouvoir, quel est le contenu de la suite. Nous avons sans doute rejeté l’eau de bain avec le bébé. Donc la classe politique a été rejetée et nous avons confié le pouvoir à la personne qui paraissait le meilleur, qui était à l’extérieur. C’est une erreur déterminante et bien sûr, nous assumons cette erreur-là. Mais l’assumer, c’est faire en sorte que cela ne se répète pas. C’est pourquoi, je dis que je suis dans une démarche prospective. Quant à faire le bilan des dix années bientôt du régime Yayi Boni, je ne suis pas à même de le faire. C’est la femme du marché Dantokpa qui fera le bilan. Ce sont les travailleurs des sociétés qui ont été fermées qui feront le bilan. Ce sont les travailleurs du secteur du coton, de la filière du port qui feront le bilan. Donc, c’est le citoyen qui fera le bilan. Et de ce point de vue, je n’ai pas l’impression que le citoyen vous dira, comme on a l’habitude de le dire, que le bilan est globalement positif. J’ai l’impression que le bilan est globalement négatif.

Maître Djogbénou, si vous le voulez bien, nous allons parler de la société civile. Vous qui avez été un militant associatif, quelle appréciation avez-vous du rôle de la société civile au Bénin ?
D’abord, un élément de clarification. Ce sont les journalistes qui nomment, ce sont les journalistes qui baptisent, ce sont les journalistes qui désignent qui ils veulent comme société civile. Ce sont les journalistes et l’opinion qui ont besoin d’éléments d’identification des acteurs publics. Je considère que chaque citoyen a un engagement individuel vis-à-vis du pays. Que l’Etat est un grand espace comme au sein d’une paroisse. Les uns lisent les écritures, les autres nettoient, certains distribuent les cartons, d’autres aident à s’asseoir et que nous sommes tous dans la République, c’est-à-dire «res publica», la chose publique appelée à assumer une fonction sociale, politique, sécuritaire et économique. De ce point de vue, certains s’engagent pour prévenir le Sida, d’autres comme je le fais maintenant, contre l’Ebola. On a tous des engagements personnels. A des moments donnés de sa vie, il faut s’engager pour la cité. L’espace public peut être distingué en deux catégories. Il y a l’espace public partisan. Et il y a l’espace public non partisan. Ce que vous appelez société civile, je l’appelle l’espace public non partisan. Et de ce point de vue, c’est heureux. Depuis la colonisation, rappelez-vous, il y a des fondations du pays. La première fondation de ce pays, c’est la presse. Ça fait partie de la société civile. C’est l’élite qui bâtit la société civile. Et nous avons cette tradition, nous avons cette culture. Et j’en suis fier. Il y a une société qui génère les acteurs non publics. Nous sommes l’un des rares pays en Afrique de l’Ouest dans lesquels la parole est publique ainsi que l’action. Et cette parole et action publiques ne sont pas seulement confiées aux acteurs politiques. Bien entendu, est-ce que cela suffit, est-ce que le militantisme dans la société civile permet d’opérer le choix entre un aéronef qui coûte sept milliards et la construction des bâtiments pour abriter les étudiants ? Ce choix est un choix politique. Est-ce que le militantisme dans la société civile a permis d’éviter que la liste électorale qui nous a conduits aux élections de 2011 ne fût pas une liste contestable ? La qualité de la liste électorale est un choix politique. Est-ce que le militantisme politique a permis les nominations des personnalités de qualité dans les institutions ? La désignation et la nomination sont des choix politiques. Est-ce que le militantisme politique nous a permis aujourd’hui que le gouvernement prenne des mesures de restriction, des mesures de prévention en ce qui concerne le virus EBOLA ? (NDLR : L’émission a été enregistrée le 5 août 2014). A un moment donné, ceux qui ont l’expérience dans l’espace citoyen, non partisan, ont l’obligation de renforcer la qualité des ressources humaines dans l’espace partisan. Il faut faire en sorte que les bonnes personnes soient aux bonnes places pour que les décisions pensées soient prises. En conclusion, il y a une complémentarité entre les acteurs de l’espace de la société civile et les acteurs politiques. Les uns peuvent renforcer les autres.

Et le mouvement «Mercredi rouge» dont vous avez été l’un des instigateurs a célébré son premier anniversaire il y a peu. Est-ce que vous pensez que ce mouvement a été utile pour la consolidation de l’action publique ?
Je devrais vous laisser apprécier. Un acteur qui apprécie ses propres actes provoque une gouvernance catastrophique. Un acteur qui dit sur toutes les chaînes que tout ce qu’il a fait est bien, que la qualité de vie a augmenté, que le PIB est exponentiel, que d’ici 2020, le Bénin sortira des PMA et qui commente lui-même, ne commente pas de la manière la plus objective. Cependant, je vais vous proposer quelques éléments qui procèdent de constats évidents. A partir de Mercredi rouge, vous avez tout au moins observé que le Clergé s’est prononcé au sujet de la révision de la Constitution, que la plupart des Centrales syndicales se sont prononcées sur la révision de la Constitution et que finalement, cette préoccupation a fait l’objet d’une appropriation collective, citoyenne à l’instar du concept de Mercredi rouge. Et ceux qui font plus le Mercredi rouge, ce sont les travailleurs, ce sont les syndicats. Il y a donc une sorte d’élévation de la conscience sur les périls qui nous guettent. De ce point de vue, je pense que même s’il faut, dans la vie, nuancer, se regarder dans le miroir, il faut avoir le courage de constater quelques rides. Je considère dans cette relativité qu’il y a quand même quelques succès. Et que finalement, cette conscience élevée nous a un peu éloignés du péril qui est la révision de la Constitution. Voyez maintenant avec quelle prudence certains parlent encore de la révision de la Constitution. Ce n’est plus aussi fréquent. A chaque moment de la vie d’une nation, quand il y a des problèmes, il faut que des citoyens cherchent des solutions. Nous avons trouvé à l’époque que nous ne pouvons pas appeler les jeunes à exposer leurs corps aux balles. Nous ne pouvions appeler les jeunes à dégrader les bâtiments publics. Nous ne pouvions pas stimuler la confrontation, non des idées, mais des hommes. Nous avions considéré que le corps peut être une arme de protestation. Et qu’offrir pour une journée son corps à son pays, c’est la plus extraordinaire action patriotique de grâce. D’où l’idée du Mercredi rouge, d’où la couleur rouge. C’est l’auteur africain Ahmadou Kourouma qui a dit : « Quand on n’est pas d’accord, on dit non !». Dire non par son corps, au travers de la couleur de son habit. Je n’ai pas l’impression que cette initiative prenne fin. Regardez, pour le mouvement des magistrats, avec quelle spontanéité certains de nos compatriotes ont retrouvé leurs habits rouges. J’ai l’impression que, de temps en temps, on manifestera de cette manière dans ce pays. On exprimera sa colère de cette manière et pour moi, c’est une manière pacifique. Ce n’est pas une manière qui consiste à chercher des armes, ce n’est pas une manière qui consiste à saccager, à casser. C’est une manière qui consiste à se faire voir, à dire : « je ne suis pas d’accord ». Lorsqu’on n’est pas d’accord, oui, il faut dire non.

Pensez-vous que « Mercredi rouge » a vraiment servi à quelque chose ?
Les problèmes d’éducation ne peuvent pas être réglés par un mouvement citoyen. Les problèmes de culture ne peuvent pas être réglés par un mouvement citoyen. Vous savez, il y a des envies qui sont limitées par l’impuissance physiologique. Certains sont dans la tentation mais ne peuvent pas aller dans la tentative. Lorsque vous avez des envies et que votre corps repousse ces envies, vous pouvez en parler, mais vous ne pouvez pas agir. Je n’ai pas l’impression que ce qui est dit soit une tentative. Ce qui est dit n’est que l’expression d’une tentation, une tentation limitée par l’impuissance physiologique, l’impuissance physiologique institutionnelle. Notre pays n’admettra pas le troisième mandat. Mais il ne suffit pas de le dire. Il y a lieu de l’affirmer, il y a lieu de manifester cela. C’est pourquoi j’ai fortement apprécié la manifestation des femmes intellectuelles, de notre élite féminine la fois dernière, qui consiste à dire très ouvertement que nous ne l’admettrons pas. Vous allez en entendre encore, mais de moins en moins, parce que oui, lorsqu’on exprime ces tentations, il faudrait que le corps manifeste son impuissance. Nous sommes dans un corps qui manifeste, qui réitèrera cette impuissance physiologiquement institutionnelle qui refuse le troisième mandat.

Ne pensez-vous pas que le non des femmes est une pression inutile, d’autant que le chef de l’Etat dit qu’il partira en 2016 notamment au président Obama et au Pape émérite Benoît XVI?
Il faut éviter de considérer que c’est un leader qui va rassurer son peuple sur son départ. C’est le peuple qui va assurer le leader de ce départ. Ce n’est pas Obama qui a élu le président de la République, ce n’est pas le Pape qui a élu le président de la République. Ce sont les citoyens béninois qui ont porté leurs suffrages pour l’élire dans un cadre constitutionnel. Il appartient aux citoyens béninois de se souvenir qu’à un certain moment, ils doivent en élire un autre. Quelles que soient les promesses que l’on a faites, promesses auxquelles nous n’avons pas assisté, il appartient à nous-mêmes de nous revivifier, de nous réitérer notre propre promesse de faire en sorte que le Bénin, un Etat politiquement stable, réalise l’alternance, et au-delà de l’alternance, qu’il y ait une véritable alternative. Le problème, ce n’est pas Boni Yayi, le problème c’est qu’il nous appartient à nous-mêmes d’être dans un état de veille permanente, dans un état d’éveil important pour qu’évidemment on puisse assurer M. Boni Yayi qu’il laissera le pouvoir en 2016.

La veille permanente, ne pensez-vous pas qu’elle pourrait être pour la Lépi ?
C’est un tout, parce que bien entendu, il faut que nous évitions de faire comme en 2006, que la question ne soit pas seulement de quelle manière la gouvernance actuelle va prendre fin. Que la question soit aussi, et de ce point de vue je suis d’accord avec vous, de quelle manière qualitative la gouvernance prochaine va s’installer ? Et la réponse à cette question passe par la liste électorale. Je ne dis pas permanente informatisée, parce que la liste électorale, c’est un outil au service d’une fin. La finalité, c’est l’organisation des élections. L’outil, le moyen, ne peut pas être plus important que la fin. Il nous faut une liste électorale de qualité, pour que la fin soit atteinte dans la qualité. Je pense que cette question est tout aussi importante que ça doit nous occuper. Ça doit nous préoccuper. Et je n’ai pas l’impression, je vous l’accorde, que nous nous en préoccupons assez avantageusement. Je vous rappelle néanmoins que nous avons saisi, à la suite du recours introduit par Alternative citoyenne, la Cour de justice de la CEDEAO sur les réponses que la Cour constitutionnelle du Bénin formule à l’égard des différents recours sur la liste électorale. La Cour constitutionnelle du Bénin considère que la liste électorale est plus importante que l’organisation des élections. Nous considérons que l’organisation des élections est plus importante que la liste électorale. Lorsqu’un véhicule ne vous amène pas à bon port, il faut le changer. Le port, la destination, c’est ça qu’il faut considérer, là où vous voulez aller, c’est ça qu’il faut considérer. Lorsque le véhicule est en retard, lorsque le véhicule n’a pas de carburant, il faut le changer. En venant au siège de votre journal, certainement que vous avez expérimenté des moyens de locomotion, et certains moyens vous auraient empêchés d’assister à cette rencontre et vous avez dû en changer. La liste électorale est un moyen. Le port, il faut le considérer. Si la Liste électorale permanente informatisée est en retard parce que nous n’avons pas les outils, parce que la qualité n’est pas suffisante, il faut que nous changions de véhicule parce que nous devrions arriver à bon port et dans la qualité. Parce que c’est arriver à bonne destination qui préserve la paix. Et nous sommes tous dans cette quête de paix, et si on ne le fait pas aujourd’hui, ça sera trop tard demain.

Vous êtes d’accord avec ceux qui parlent de liste ad’ hoc ?
Je reste sur ma position. Je dis qu’il y a une destination qu’il faut atteindre, et que la liste ne doit pas nous retarder. Si la Liste électorale permanente informatisée doit nous retarder, il faut changer de stratégie. C’est la question que nous posons à la cour de la Cedeao : est-ce que la Cour constitutionnelle du Bénin, est-ce que l’Etat béninois a raison de dire que sans la Lépi aucune élection ne sera organisée ? Sans la Lépi, la fin, l’alternance démocratique, la finalité de la préservation de la paix ne sera pas acquise et de ce point de vue, la Cour de justice de la Cedeao devra répondre. De ce point de vue, l’Etat béninois devra s’expliquer et cette explication est attendue. Et donc, nous nous en tenons à cette ligne : la Liste électorale permanente informatisée, c’est un moyen. Si vous avez une moto et une voiture et qu’il n’y a pas de carburant dans celle-ci, vous la laissez, vous prenez votre casque et vous prenez votre moto pour aller à l’heure à l’école, au service, au culte… Mais si vous tenez à votre voiture, vous n’irez pas à l’école, vous n’irez pas au service. Nous n’irons pas à l’élection présidentielle si nous tenons au véhicule sans carburant de la LEPI.

Peut-on donc reconduire la liste qui a servi au K.O ?
La question posée comme ça, c’est une sorte d’affront ! Non pas seulement à ma personne, mais à tout le pays ! Vous ne pouvez pas considérer qu’on doit reconduire une liste dont vous savez que le produit c’est le K.O. Et ce K.O, est un chaos et il faut l’éviter. Ce n’est pas le sens de mon discours. Considérez le sens de mon discours : c’est une question existentielle! Si vous voulez aller à un endroit et que vous avez plusieurs moyens et que l’un des moyens est défectueux, changez de moyen ! Je ne vous demande pas de changer de moyen pour aller mourir ! J’ai dit, il faut porter le casque! Nous avons l’ingénierie juridique, l’ingénierie technique pour faire en sorte que le moyen soit un moyen de qualité. Mais ne nous refusons pas cela et personnellement, la Cour constitutionnelle du Bénin a tort de considérer que le moyen est plus important que la fin, d’enserrer le pays dans une suspicion continue. La Cour qui est une Cour de régulation, enserre le pays dans une forme de suspicion permanente, dans une forme de crainte permanente à l’égard de l’organisation des élections. Elle a l’obligation déterminante de donner la solution par rapport aux moyens de qualité qui nous conduiraient à l’organisation des élections dans la paix. La qualité de la gouvernance dépend de la qualité de l’organisation des élections. La qualité de la paix dans une nation dépend de la qualité de l’organisation des élections. Et la résolution pacifique, la résolution anticipée, la résolution qualitative de la question de la dévolution du pouvoir, les membres de la Cour constitutionnelle savent que ce sont des questions majeures dans un Etat en voie de construction. La Cour constitutionnelle avait à charge de convier, d’imposer à toutes les institutions, en tant qu’organe de régulation, l’obligation de répondre de la manière la plus raisonnable possible à cette préoccupation majeure, de procéder à la dévolution du pouvoir, au moyen d’une liste électorale. Dans tous les pays, ce dont on a besoin, c’est d’une liste électorale. Il faudrait que l’élite assume sa responsabilité.

On vous considère au barreau du Bénin comme un avocat doué et dans l’arène universitaire comme un enseignant hors pair. Qu’est-ce qui vous pousse aujourd’hui à embrasser une carrière politique ?
C’est vous qui m’y poussez ! Voyez toutes les questions dont on discute. Si à des moments donnés, l’élite n’assume pas… Moi j’ai 45 ans. J’ai la chance d’avoir 45 ans. Je veux espérer que vous aussi, vous aurez 45 ans. Dans quel pays sommes-nous ? Un pays sans route, sans hôpitaux. Sans route, vous allez fracasser vos têtes contre l’asphalte. On allait à Abomey une fois et l’un de nos amis a heurté un usager de la route. L’hôpital, CHD de Porto Novo n’a pas d’ambulance pour évacuer sur Cotonou. Et vous considérez que moi, je vais me contenter d’être enseignant, je vais me contenter d’être avocat, vous dites brillant ? Quelle est cette brillance dans une société de pauvreté ? Où se trouve la brillance, où se trouve la qualité ? La pauvreté est due à l’inorganisation, la pauvreté est due à l’absence d’engagement de celles et ceux à qui Dieu a donné le pouvoir de parler, le pouvoir d’agir, mais qui mettent ça dans le réfrigérateur. A cette forme de complaisance générale, oui, c’est vous qui me condamnez à l’action publique, à l’action politique. C’est votre devenir qui me pousse. Comment vous voyez, vous-mêmes votre profil dans 10 ans, dans 15 ans ? Si la Cour constitutionnelle maintient sa jurisprudence, si des voix fortes ne s’élèvent pas et que les élections ne sont pas organisées, vous pensez qu’il y aura des investissements dans ce pays ? Vous pensez que vous qui avez votre fortune, vous allez l’investir dans un pays politiquement fermé ? Pensez-vous qu’il y aurait de l’emploi, qu’il y aurait de la construction ? Pensez-vous que ces enseignants de qualité dont vous parlez, vont rester dans un pays fermé? Un pouvoir qui n’est pas dévolu au moyen de règles saines est un pouvoir non démocratique et tout pouvoir qui n’est pas démocratique se trouve toujours dans la tentation de la discrimination par la proximité. Et on parle de régionalisme ! Ce sont des liens de proximité pour mieux assurer, imposer ce pouvoir et c’est aux dépens du plus grand nombre. Il faut que l’élite s’engage et je ne parle pas seulement à mon égard. Il faut que l’élite africaine fasse une sorte de réconciliation. Parce que le coton, ce ne sont pas les paysans qui en profitent. Ce ne sont pas les paysans qui circulent dans les 4X4, ce ne sont pas les paysans qui sont dans les bureaux climatisés, dans les évacuations sanitaires. C’est l’élite et à partir d’un certain moment, j’ai commencé par dire que chacun doit répondre. Moi je réponds. En 2006, nous avons tous contribué dans cette forme d’indifférence intellectuelle à faire en sorte qu’on ne réfléchisse pas sur celui qu’on devrait choisir. Il faut aujourd’hui, choisir et moi je suis dans ce débat, je suis dans ce combat et j’y resterai, peu importe les risques auxquels cela expose.

Votre engagement n’a-t-il pas un lien avec l’homme d’affaires Patrice Talon que vous avez défendu ?
Regardez tout ce que nous avons dans ce pays. Regardez toutes les préoccupations que nous avons dans ce pays. Des questions de santé, des questions d’éducation, les questions d’énergie, les questions de transport. Pensez-vous qu’en 2006 on s’est engagé parce qu’il y avait l’homme d’affaires Patrice Talon ? Pensez-vous qu’en 2008, lorsque tous les militants de la RB ont été, je dirai suspectés de trafic de cartes d’électeurs, on s’est engagé à leurs côtés parce qu’il y avait Patrice Talon ? Pensez-vous que, à l’égard de Simon Adovèlandé, alors coordonnateur du défunt MCA, on s’est engagé parce qu’il y avait Patrice Talon ? Pensez-vous que moi je fus engagé, à l’université, et, à la fin, devenu président du Bureau exécutif fédéral parce qu’il y avait Talon ? Ayez un peu de considération historique. Il y a des êtres humains, des individus qui ne sont pas des sujets. Il y a des individus qui sont des citoyens, et l’engagement c’est le fait d’assurer, d’assumer sa qualité de citoyen. Que du point de vue de ma profession, je défende, je rencontre des personnes, je l’assume. Qu’en 2006/2007, je fusse devenu l’avocat de Gbadamassi, je l’assume. Vous ne le dites plus aujourd’hui. Que j’eusse contribué à lui faire bénéficier de la liberté provisoire, je l’assume. Je ne trie pas les êtres humains, je ne fais pas une défense discriminante, intéressante en soi, intéressée a priori. Je n’assure pas une défense idéologique, je n’assure pas une défense liée à la fortune. Pour ma part, c’est l’être humain qui compte et je l’ai fait à l’égard de la personne que vous avez indiquée mais avec beaucoup de fierté. Maintenant que tout est fini, il me reste l’honneur de son amitié. A moins que dans ce pays, il y ait une institution qui enlève à certains la qualité de Béninois, et au-delà, la qualité d’humain et là vous direz, peut-être avec raison, que je n’ai pas le droit de défendre un être qui ne serait pas humain.

La société civile, un tremplin pour la politique ?
Je ne parlerai pas de tremplin. C’est un espace de formation de l’être. Les enfants qui ont 15 ans, certains ont l’habitude de les emmener aux manifestations publiques, surtout lorsque ces manifestations ont lieu pendant les vacances. Regardez cette jeune fille arménienne, 13/15 ans, ce sont des jeunes français de 13 ans, 14 ans, 15 ans, qui n’ont rien à voir avec son expulsion de la France, aucun lien avec cette jeune fille, qui ont manifesté contre les autorités françaises. J’en vois, au bout de la passerelle, à Charles de Gaulle à Paris, lorsque nos compatriotes, lorsque les Africains sont expulsés, qui viennent avec des pancartes : « Monsieur, c’est notre camarade, nous voulons qu’il reste». Ce sont ceux-là qui deviennent des ministres français demain, ce sont ceux-là qui deviennent des présidents. Ne soyez pas racistes à rebours. Ne considérez pas que ce qui se fait ailleurs et qui est bien ne va pas se faire ici. Ne considérez pas que tous ceux qui sont dans l’espace public, qui ont des expériences n’ont pas de légitimité à assurer des fonctions politiques. Et alors, qui va assurer les fonctions politiques ? Regardez ce qui se passe. En vertu de quoi lorsque vous n’avez pas dirigé une association ou milité dans une association, lorsque vous n’avez pas tranché des conflits au sein d’une association, lorsque vous n’avez pas pris des responsabilités au sein d’une association, au sein d’un parti politique, en vertu de quoi vous allez diriger un pays ? Au nom de quoi vous allez demander à quelqu’un qui n’est jamais resté dans une association, dans un parti politique, d’accepter la contradiction ? Au nom de quoi vous allez lui dire qu’il m’affronte dans un débat public ? Au nom de quoi ? Parce qu’il n’a pas l’apprentissage ; parce qu’il n’est pas habitué ; parce qu’il n’en a pas la formation. Et donc, l’espace public est aussi un espace de formation pour la qualification de l’espace politique. Si vous parlez de tremplin, cela a une perception négative. C’est un espace de configuration, de formation, d’enrichissement pour l’espace politique. Et je vous renvoie également à la construction de l’Etat béninois avant la colonisation. Quel parti politique vous avez avant 1946, quel parti politique ? Ce sont des jeunes à l’époque comme vous qui militaient parce qu’assumant leur qualité d’élite, qui se sont préparés à assurer et à conduire le parcours vers l’indépendance. Où est-ce que vous avez trouvé Senghor, dans quelle école politique il a été formé ? Où est-ce que vous avez trouvé Césaire, dans quelle école politique a-t-il été formé ? Où est-ce que vous avez trouvé N’Krumah, dans quelle école politique a-t-il été formé, Nelson Mandela, dans quelle école politique il a été formé ? Les associations, c’est le berceau enrichissant du personnel politique d’un pays. Ce n’est pas un tremplin, c’est un espace consacré pour produire à la société des acteurs qui vont la gérer.

Alors maître Djogbénou, pensez-vous que cet engagement qui vous anime si tant et qui vous conduit aujourd’hui sans doute dans la scène politique ne serait pas perçu par un quidam béninois comme étant une préparation à aller contre la personne du président Boni Yayi ?
Depuis 2006, vous aurez pu comprendre que certains sont à leur place. Que tout ce qu’ils disent, s’est réalisé. Tout ce que nous avons dit s’est réalisé. Malheureusement, toutes les prévisions aboutissent, les préventions ont été légitimées depuis 2006. Vous pensez que c’est contre un homme ? Vous pensez que certains ne sont pas liés ? Je suis avocat. Vous pensez que je n’ai pas intérêt à avoir les dossiers de l’Etat ? Vous pensez ça ? Vous pensez que je n’ai pas intérêt à avoir la Sonacop, la Sonapra ? Vous pensez que je vais moi-même personnellement considérer la personne de Boni Yayi et me refuser d’avoir la Sonapra, la Sonacop, les dossiers de l’Etat à l’étranger ? Je n’ai pas l’expérience ni la légitimité de défendre l’Etat béninois à l’étranger ? Combien de phrases devrais-je prononcer pour avoir tout ça ? Vous pensez que je suis si inintelligent que la personne de Boni Yayi va vicier toute ma pensée ? Ce n’est pas la personne, c’est le système. Et moi j’aime vivre dans ce pays et j’aime vivre dans un pays de qualité. Voyez, je suis allé à l’école primaire de ce pays, au cours secondaire dans ce pays, à l’université dans ce pays et je n’en ai pas honte. Pourquoi contribuerai-je à faire en sorte qu’on ait davantage honte du pays ? Voyez. C’est le sens de mon engagement et quant à l’élection présidentielle, je vous ai dit, je serai de tous les débats, le débat de la construction de l’alternative, le débat des propositions déterminantes, le combat pour le choix et, je ne me déroberai pas. Le moment viendra où je vous le dirai de la manière la plus précise mais, je ne me déroberai pas. Je ne suis pas animé de complexes. Il y a deux complexes majeurs dans ce pays. Le complexe de l’argent et le complexe de l’extranéité avec son versant qui est celui de la proximité. Ce complexe qui voudrait surtout que celui qui est resté dans ce pays, n’ait pas de vocation à vous diriger. Lorsque le Béninois reste dans le voisinage de son compatriote celui-ci n’est plus légitimé à être apprécié et, a fortiori à le diriger. Il a fallu qu’Angélique Kidjo soit applaudie à Washington avant que nous l’élevions dans notre conscience ! C’est ce complexe qui nous conduit à chercher le dirigeant ailleurs. Si nous n’avons pas le dirigeant à Washington, nous allons à Lomé le chercher. Je ne suis pas gagné par ce complexe-là. Je serai de tous les combats, je serai dans tous les débats.

Vous infirmez donc la rumeur qui circule et qui dit que maitre Djogbénou a déjà déclaré sa candidature pour la présidentielle de 2016
Vous avez l’habitude de dire tout le contraire de ce que j’avance. Je vous dis, je serai de tous les débats. Si vous le voulez, de tous les combats politiques et j’ajoute que je ne me déroberai pas. Faites-en une lecture et un commentaire exégétiques à souhait !

Professeur Djogbénou à moins de deux ans de la présidentielle, sous Kérékou, le débat s’affirmait déjà. Vous êtes Sous l’arbre à palabre. Dites-nous : aspirez-vous à diriger les Béninois en 2016 ? Quelle sera votre vision ?
Quelle lumière vous cherchez ? Je dis que je serai de tous les débats, de tous les combats. Si l’élection présidentielle est un combat, je dis que je serai de tous les combats et vous voulez quelle lumière, vous voulez quelle compréhension ? Bien entendu, Sous l’arbre à palabre, ce n’est pas l’espace politique pour se prononcer sur les nouvelles visions. Je dis qu’un projet se construit. Je parlais de débat. Ce projet sera sur la table des débats. Je serai de ces débats et je serai de ces combats ; prions pour que Dieu nous donne la vie et ça ne se passera plus comme avant. C’est ce que je vous dis.

Comment ça se passera ?
Toutes les virgules des contributions seront commentées, toutes les virgules. Et chaque citoyen sera appelé. Je passe déjà de hameau en hameau. La situation du pays doit être expliquée, exposée. Nos putréfactions doivent être exposées, les projections doivent être déterminées, précisées mais il y a un temps pour tout. Le temps vient, il n’est pas si loin. Vous savez qu’il y a des combats importants, vous avez parlé de la liste électorale, c’est un combat extrêmement important. Vous parlez de l’organe politique et je vous ai dit que je ne suis pas convaincu que les élections municipales aient lieu en décembre ; c’est un combat important, il faut assurer cela. L’organisation des législatives, c’est un combat important. Le Bénin est un sujet de dissertation. Il faut une introduction, un corps du devoir et une conclusion. Mais, il ne faut pas faire le corps du devoir avant l’introduction.

Maitre Djogbénou, vous êtes le président d’honneur du parti Alternative citoyenne. Quelle est votre appréciation de la classe politique du Bénin ?
Je pense que la classe politique du Bénin mérite d’être renforcée. Notre position est celle-là et c’est pour ça que nous la renforçons. Regardez, nous sommes quand même en 2014. On nous dit que toute la classe politique est décrédibilisée et c’est en 2014 que nous avons cherché à constituer un parti politique. Sommes-nous tombés sur la tête ? Parce que l’expérience, la qualité de la gouvernance dépend de la qualité de la classe politique, dépend de la qualité des propositions politiques. Il faut que nous évitions la stratégie de l’autoroute de temps en temps, la stratégie de l’ascenseur, que nous pensions un peu à la stratégie des routes et des sentiers. Quelle est la stratégie de l’autoroute, la stratégie de l’ascenseur ? C’est celle qu’incarne une personne dont on dit qu’elle est au-dessus de tout le monde. Elle n’est impliquée dans rien, surtout elle vient de l’étranger, elle n’a pas de parti politique. Cette personnalité-là, elle quitte sa maison et elle chute à la Présidence de la République. C’est la stratégie de l’autoroute depuis 1990. Quels sont les résultats ? La stratégie des sentiers, c’est d’entrer dans un parti politique, c’est affronter les intérêts dans un parti politique, c’est apprendre à diriger une famille, c’est apprendre à diriger un groupe, c’est apprendre à faire un choix, c’est apprendre à discuter, c’est apprendre à orienter, c’est apprendre à gérer, c’est apprendre à avoir avec soi une classe politique en capacité de gérer, c’est apprendre à identifier les ressources humaines. Regardez comment on forme nos gouvernements. « Je veux quelqu’un du Mono-Couffo, est-ce que vous avez quelqu’un ? Surtout que ça soit une femme. » Or, cette personne-là n’a jamais contribué à votre projet politique, vous ne la connaissez ni d’Adam ni d’Eve.

Seriez-vous surpris que le prochain locataire de la Marina vienne du septentrion ?
Je ne fais pas ce débat. Parce qu’on a constaté que l’opposition attend en embuscade Je voudrais vous dire, la question n’est pas de savoir de quelle région va émaner le prochain président de la République. Regardez bien l’organisation des concours. Kora Zaki a organisé son concours déprécié, contesté. Sounton aussi a organisé son concours déprécié. Ce n’est pas le problème de l’homme, de l’être humain, c’est le problème de la qualité. Je veux vous dire Madame, moi je viendrai vous convaincre. Si vous considérez que c’est mauvais, votez pour qui vous voulez et après, vous allez assumer. Ma conscience me dit qu’il faut convaincre chacun de nous. S’il est du Nord, du Sud, de l’Est ou de l’Ouest, je passerai partout convaincre. Si vous procédez par un choix régionaliste, vous aurez le passage du pouvoir par Kora Zaki et Sounton et vous aurez le même concours. La question est dans la qualité de l’être humain, la question n’est pas dans l’affiliation régionale ; la question c’est dans la compétence, la question c’est dans la responsabilité. Je suis dans ce combat.

On a remarqué que c’est du Nord que viennent les compétences …
Je n’ai pas dit ça. Je ne dis pas ce qui se passe, je dis ce qui va se passer par rapport à moi, ma position. C’est de convaincre si vous êtes la meilleure, convainquez chacun de nous que vous êtes la meilleure. Si je suis le meilleur, je convaincs chacun que je suis le meilleur sur ce que je vais faire, sur la manière dont je vais le faire, sur les assurances que j’offre ; c’est ce que chacun de nous devrait prendre. Je vais utiliser un mot bien gros, j’abhorre, j’ai en horreur ceux qui s’estiment être en capacité mais qui se taisent sur tout, je les ai en horreur. Ceux qui voient le pays réduit à la portion congrue, qui se taisent sur tout, surtout lorsque ces personnes font partie de l’élite, je les ai en horreur. Il faudrait que nous puissions nous exprimer, il faudrait que nous puissions nous convaincre les uns et les autres. J’ai en horreur ceux qui passent de foyer en foyer distribuer de l’argent. On ne distribue pas les idées, on distribue de l’argent. J’ai en horreur ceux-là. Et donc, il faut convaincre chacun. Mon problème, si vous venez à moi et que vous êtes du Sud et que vous me demandez de voter pour vous et que vous ne me proposez rien, je ne voterai pas pour vous, c’est ça. Si je me présente devant vous, ne dites pas que c’est le professeur, ne dites pas que c’est l’avocat. Qu’est-ce que je vais faire ? Qu’est-ce que je vous propose, qu’est-ce vous allez devenir dans 20 ans, quelles sont les perspectives pour que vous évoluiez ? Quelles sont les perspectives que vous ne mourrez pas à 45 ans ? Quelles sont les perspectives évidemment qu’il y ait des routes d’accès, de sortie dans ce pays ? Quelles sont les perspectives ? C’est de cela qu’il s’agit. Maintenant si vous voulez une alternance régionale, que ce soit dans la qualité. Il faut éviter la stratégie Kora Zaki-Sounton. C’est de la qualité qu’il est question.

Maitre Djogbénou, parlez-nous de vos relations avec les acteurs politiques
Je peux vous parler de mes relations avec les citoyens du Bénin parce que les acteurs politiques sont aussi des citoyens du Bénin que je rencontre en tant que citoyen que je tente de convaincre sur ce que nous faisons, sur les perspectives que nous avons et sur les enjeux déterminants pour ce pays. Que pour une fois au moins, l’élite propose vraiment. Je ne suis pas désespéré à l’idée de considérer qu’ils entendront cela et qu’ils entendent et qu’ils apprécient cela. Je n’ai pas le sentiment qu’il y ait une sorte de repoussoir, de rejet. Je pense qu’il y a de la considération mais j’ai l’impression aussi qu’il y a de l’attente, mais chacun se déterminera le moment opportun.

Pouvez-vous nous exposer quelques grandes lignes de votre vision au plan politique et au plan économique ?
Si vous considérez que je suis un citoyen du Bénin, que je remplis les conditions, que je n’ai aucune pathologie qui m’éloigne des fonctions auxquelles chaque citoyen dans mon état, dans mon statut peut aspirer, je serai de tous les débats. Ne pensez pas seulement aux élections présidentielles. Pourquoi vous ne pensez pas aux élections législatives ? Je serai de tous les débats. Après cette précision, je voudrais vous dire que le pays a besoin de réformes bien pensées, de réformes structurelles. Le pays a besoin que l’on s’attèle à des priorités extrêmement importantes. Je vais vous en énoncer quelques-unes. L’espace n’étant pas consacré à cela, le temps ne permettra pas d’aller dans le détail. Il y a à agir au plan politique sur une pratique constitutionnelle novatrice. Voyez, l’on parle de la révision de la constitution. Est-ce que l’on a profité de toutes les utilités de notre constitution ? Les utilités de la constitution, c’est dans la pratique constitutionnelle. Et cette pratique constitutionnelle doit nous permettre non pas de régresser, mais de progresser. Quelques éléments. Le premier élément, vous savez bien que les présidents de certaines institutions sont nommés par le président de la République, notamment les présidents de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC) et celui de la Cour suprême. Il est admis dans ce pays qu’évidemment il faille évoluer. Mais cela passe-t-il nécessairement par la révision de la Constitution ? Il me semble que le président de la République peut procéder à cette désignation par des mécanismes d’identification des présidents qui soient des mécanismes objectifs. Pourquoi ne pas penser à une désignation par les pairs que confortera le président de la République ? C’est une pratique constitutionnelle. La constitution ne sanctionne pas le président de la République qui choisit parmi les pairs, la personne ayant la capacité de diriger l’institution. Il a la prérogative de diriger le Conseil supérieur de la magistrature.
La question de la justice est une question extrêmement importante et j’en reviendrai. Pourquoi ne pas renoncer à siéger au Conseil supérieur de la magistrature ? Pourquoi ne pas insister sur des pratiques saines qui pourront être prises en compte dans l’avenir par les générations qui vont nous succéder dans le cadre des révisions qui pourraient intervenir ? Pratiques constitutionnelles saines, principes sains de gouvernance. Dans nos discours, j’ai entendu certains dire que ce sont les populations qui sont les problèmes. Mais c’est plutôt l’élite qui est le problème. Elle attend des autres qu’ils suivent ses paroles mais elle, l’élite, peut se permettre de se comporter par des actes qui s’en distancent. Pour moi, il faut une gouvernance par l’exemple. Si vous ne pouvez pas assumer ce que vous incarnez et conseillez, il ne faut pas demander à l’autre de le faire. Regardez l’enthousiasme avec lequel nos compatriotes ont commencé par aller ponctuellement au service en 2006. Oui, c’est bien parce qu’il y a en ce moment-là une pratique saine que l’on appliquait soi-même. Moi qui suis dans nos universités, quand je viens à 8 heures, vous ne verrez aucun étudiant venir en retard. Je n’ai pas de garde de corps. Mon mobile ne sonne pas au cours et donc ceux de mes étudiants ne sonnent pas non plus. Il faut une gouvernance par l’exemple. Si vous voulez que les fonctionnaires viennent au service à l’heure, venez aussi à l’heure. Moi, qui ai un cabinet, venez voir à quelle heure mes collaborateurs viennent au boulot. Vous ne verrez rarement un agent venir après l’heure. Parce que les Béninois sont comme tous les autres citoyens du monde. On ne peut pas dire que les autres citoyens ont des gènes de bons comportements et que les Béninois ont des cellules génétiques de mauvais comportements. Les Béninois sont en quête de modèle. Tous les peuples du monde sont en quête de modèle. Pour moi, ce sont des modèles de proximité que vise la gouvernance par l’exemple. Et si vous voulez que je développe quelques priorités, je le ferai.

Les priorités de Maître Djogbénou
La première priorité, c’est l’énergie. Je ne considère pas qu’en 5 ans, on va régler le problème de l’énergie. Elle passe à la fois par la production, la distribution et le renforcement technique. La prochaine gouvernance va poser les fondations de la résolution lucide et durable du problème. La deuxième priorité, c’est l’éducation. L’arme atomique du Bénin, c’est l’éducation, c’est la capacité que les jeunes auront à assumer demain, c’est leur capacité de réaction. Il faut une réforme du système éducatif, il faut une réforme de l’approche de l’éducation. Nous sommes un couloir. Les 122.622 km2 constituent un couloir, le couloir qui est une fenêtre sur le Nigéria, le Niger ou le Burkina. Si vous êtes dans mon couloir, vous devez savoir parler ma langue, être cultivé. Et dans le couloir, si le peuple n’est pas un peuple de qualité, celui qui vient va rebrousser chemin. Nos étudiants doivent avoir une culture de la qualité. Ils doivent être en capacité d’être consommés par les usines modernes au service d’un Nigéria qui finira le siècle avec un milliard d’habitants et sera dans le peloton des Etats développés. Or, le Bénin apparaît comme le pose-pied pour la conquête et le service industriel, technologique et culturel du Nigéria. Ce ne sera que par la réforme de l’approche de l’éducation. Je suis personnellement songeur sur l’efficacité de l’approche par compétence (APC). L’APC est une approche qui permet de produire des ouvriers pour les usines. C’est une approche expérimentée au Canada et aux Etats-Unis. Vous voyez l’étendue de ces Etats, avec des usines ? L’APC permet de faire en sorte que les jeunes soient rapidement consommés par les usines. Quel est le résultat ? L’APC ne paraît pas en lien avec notre système, notre statut de couloir, notre culture. C’est possible qu’on mette en place une usine d’eau minérale pour servir le Nigéria. Quand les autres changent, nous n’avons pas la qualité de ressources humaines qui suit. Est-ce que vous avez encore vu des vulcanisateurs dans ce pays ? Il faut anticiper sur tout cela. Donc, avoir un système éducatif qui consiste à considérer que le Bénin fait 10 millions d’âmes pour un marché de proximité de 300 millions de Nigérians pour le moment. Il faut considérer que le Nigéria n’est pas un problème mais plutôt une solution. La troisième priorité est l’administration territoriale. Je pense à une réforme de l’administration territoriale. La question est de savoir si, avec l’état actuel de l’administration, on pourra répondre à notre conception du développement. Est-ce que l’administration locale nous permet d’être une nation ou un Etat ? Nous avons une administration décentralisée à un niveau et, aux autres, fortement centralisé. Nous avons le département qui est une construction de Napoléon qui vise à identifier les citoyens là où ils sont dans une perspective sécuritaire. Et nous avons une constitution de 1990 qui célèbre le citoyen qui veut une société, une nation. Je ne pense pas à la départementalisation. Je crois qu’à la place du régionalisme, il faut la régionalisation pour permettre à l’Etat d’être partout. Il faut, au travers de la nouvelle réforme, contribuer à la transfiguration du sujet en citoyen, de la diversité culturelle, ethnique et sociale une richesse pour la construction de l’Etat et de la nation. Mais la quatrième priorité qui n’est pas des moindres est la justice. Je suis de la justice. Il faut une réforme de structure. Pas celle qui se passe à l’Assemblée nationale. Je vais vous donner un exemple. Tentez d’aller à Porga et précisément à la gendarmerie et dites que vous avez perdu quelque chose et que c’est telle personne à Porga qui l’a volé. On va présenter cette personne au procureur. La distance entre Porga et Natitingou est de 120 kilomètres. Avec quoi, il va présenter cette personne-là ? Le code de procédure pénale lui impose de la présenter au procureur en 24 ou 48 heures. Déjà la gendarmerie n’a pas les moyens pour établir le procès-verbal. C’est l’un des protagonistes de l’affaire qui financera le déplacement. Nous sommes dans une sorte de privatisation de la justice pénale. Parce que, pour que cette personne soit vite présentée, il faut des moyens de transport du justiciable. Et donc, c’est nous-mêmes qui payons la justice. Les crédits pour les gendarmes, les officiers de police sont confiés au ministre de l’intérieur et à celui de la défense. C’est à dire que les moyens pour assurer la vie et la subsistance des fonctionnaires qui servent la justice sont confiés à d’autres Ministères mais ces personnes sont utilisées par la justice. Quelle gabegie ! Il faut une réforme qui place sous l’autorité de la justice un personnel qui sert la justice, une réforme qui permette d’utiliser les mêmes moyens avec plus d’efficacité. Lorsque vous confiez au Ministère de l’Intérieur du matériel pour toutes les gendarmeries, ça va passer par les directeurs, centraux, techniques, généraux, départementaux…et ira à Porga, amoindris. Vous interrogez toutes les gendarmeries, tous les commissariats, on vous dira que quand on livre les véhicules, on ne pense pas au carburant. Les agents doivent être entretenus aux moyens de quoi ? Cette réforme passe aussi bien par la structure que par le financement de la justice. Je finirai par la réforme de la santé. La santé a besoin aussi d’être financée. Quand je parlais de la gouvernance par l’exemple, le président de la République doit être nécessairement soigné par des médecins d’ici. Quand on vous dit que c’est le chirurgien qui a soigné le président qui doit vous opérer, vous avez plus d’assurance. Et si le président de la république est soigné par un chirurgien béninois au Bénin, vous ne pensez pas que pour sa propre survie, il va mieux s’intéresser aux problèmes du secteur ?

La table ronde de Paris constitue l’une des actions du gouvernement pour faire venir des investisseurs au Bénin. Comment appréciez-vous ces actions ?

Lorsqu’un gouvernement est à la fin de son mandat, sa signature n’est plus aussi forte pour engager les investisseurs. Les questions dont on a dit qu’elles ont été discutées à Paris sont des questions qui méritent d’avoir une légitimité politique. Je profite de cette question pour appeler tous les investisseurs à la cohérence face à un gouvernement en fin de mandat et dont on sait en premier lieu, qu’il n’a aucune perspective de réitération de son mandat et de deux, qu’il est dans une situation politique très difficile. Néanmoins, ces investisseurs sont libres de s’engager, mais je leur conseille d’avoir les outils les plus importants pour souscrire des assurances et d’avoir des fonds de garantie déterminants. Les questions de Paris sont des questions qui doivent être politiquement débattues. En vertu de quoi, si je vous dis que je vais construire un terrain de football, vous n’allez pas préférer un hôpital ? Ce sont des investissements qui engagent le Bénin sur la durée et nous allons dans une des échéances politiques qui permettent ce débat. Je trouve donc que le moment est inopportun et que le mécanisme n’est pas adéquat. Toutes ces questions sont des questions politiques. Et c’est leur règlement politique qui est le meilleur assureur de l’investisseur. Je pense que s’il y a des engagements qui sont des engagements sains, ils seront confirmés. L’Etat est une continuité.

Le rôle des élites
Il y a une convergence de situations malheureuses. Mais pour ma part, l’éloignement de l’élite est le refus par l’élite d’assumer sa responsabilité. Le confort que nous voyons ailleurs, nous le préférons à nous-mêmes. Au lieu de transformer ce confort venu d’ailleurs en un confort collectif. Quand je vais à l’aéroport, j’aurais préféré que tous les policiers se mettent au garde-à-vous, prennent ma valise et me conduisent jusqu’au salon d’honneur. Je viole ainsi les règles de sécurité et quand je descends à Paris, je ne vois aucun policier venir me chercher. C’est le comportement de l’élite africaine. Vous êtes ministre, vous refusez d’aller au service à l’heure. Les voies exigües, vous les empruntez comme tout le monde et vous prenez votre gyrophare, vous créez des nuisances sonores, vous troublez la paix des autres. Vous les bousculez, vous vous prévalez de votre pouvoir. C’est ça l’élite africaine. Vous sortez de votre bureau à une heure du matin où il n’y a même pas une mouche sur la route, mais vous mettez le gyrophare, vous mettez les klaxons. C’est ça l’élite africaine. Ce qui nous ruine, c’est le refus de l’élite à considérer que tout pouvoir qui ne s’exerce pas avec humilité s’humilie. L’élite africaine qui refuse souvent de porter la lampe que Dieu lui a donnée. Et pourtant elle ne constitue pas 10% de la population. Mais c’est cette élite qui ne veut pas être dans les rangs des supermarchés, c’est cette élite qui ne veut pas respecter les règles, c’est cette élite qui brûle les feux et quand on l’arrête, elle préfère montrer sa carte au lieu de montrer ses pièces. C’est cette élite qui corrompt et c’est ça qu’il faut surtout changer. C’est l’élite qui doit assumer sa responsabilité, c’est elle qui doit atteindre un degré de sagesse qui soude la société et l’élève. Or, la sagesse, c’est l’humilité. L’élite responsable, c’est l’élite qui prend d’assurance à sa voiture, qui est à jour, parce que c’est elle qui montre la voie. Ce n’est pas elle qui viole la loi, qui viole les règles. Mais l’élite africaine, c’est une élite qui a son esprit ailleurs et son corps en Afrique. Et cet ailleurs vient ruiner l’Afrique. Regardez tous nos aéroports, il y a le salon d’honneur. Le salon d’honneur, c’est le salon de la famille de l’élite, et nous ne savons pas quelle impression, quelle image nous donnons. Le copain français sort par le salon d’honneur. Mais c’est lui qui renseigne son gouvernement sur cette complaisance sécuritaire dans nos Etats. Et c’est ce qui fait que Georges Bush va être reçu à l’aéroport plutôt qu’au Palais. Parce qu’évidemment, nous ruinons tout le crédit que nous pouvons avoir auprès des autres. C’est l’élite qui est concentrée sur son existence personnelle en étant indifférente aux douleurs et aux malheurs collectifs. C’est avec douleur que nous avons observé que certains membres de cette élite nous organisent des élections catastrophiques en mars 2011, et l’année suivante, arborent non sans fierté, les insignes françaises, en allant à l’Ambassade de France voter à l’occasion de l’élection présidentielle de 2012 en France qui sont organisées avec qualité.

Que vous inspire la fièvre Ebola ?
Je veux que chacun de nous prenne conscience de la gravité de ce qui risque d’arriver. Je n’ai pas l’impression que l’Etat ait pris les mesures. Quelles sont les mesures qui auraient dû être prises ? La suspension provisoire de tout convoi de jeunes. Nous sommes dans la période des vacances. Cette mesure devrait être prise en priorité. Les colonies de vacances, il faut les interdire provisoirement. L’interdiction de la chasse et de tout produit dérivé pendant cette période. Nous éviter de consommer la viande de brousse pendant deux ou trois mois va permettre d’éviter la contamination. Il y a des mesures de précautions qu’il faut prendre. L’escargot que nous aimons tant, les Ivoiriens l’ont interdit. Et pourquoi ne pas le faire chez nous ? Nous devons interdire la consommation de la viande d’agouti, éviter les échanges par groupe. Si vous avez l’occasion d’effectuer un transport dans un véhicule qui n’est pas un véhicule de transport en commun, il faut le faire. Parce que la question de santé, elle est prioritaire. Si nous voulons diriger ce pays, il faut encore y trouver des hommes et des femmes. Voilà les Américains, quand ils ont eu un ou deux contaminés, ils ont envoyé un avion, les Espagnols, ont fait de même. Quel avion viendra nous chercher, nous autres ? Et de ce point de vue, je n’ai pas l’impression que la gravité de la situation ait été prise en compte par le gouvernement. Ce n’est pas le problème du Ministère de la santé seul. C’est le problème des Ministères en charge de l’Education, des Sports. Les championnats pendant cette période doivent être suspendus s’ils sont en cours. Ce sont des mesures majeures qui doivent être prises. Je ne suis pas un spécialiste. Mais il faut appliquer ce que l’on appelle le principe de précaution. C’est cela mon coup de gueule si vous me le permettez. Il faudrait que les responsables à divers niveaux prennent les mesures parce que ça va les atteindre et atteindre chacun de nous si cela survenait. C’est l’une des maladies très rares qui se trouve dans l’absolu de traitement égalitaire. Cela ne distingue pas le riche du pauvre. Qu’est-ce que moi j’ai fait dans mon cabinet. J’ai réuni tout le personnel. Des mesures de protections ont été prises. Vos toilettes doivent être renforcées en produits de nettoyage. La propreté doit augmenter en qualité parce que si l’un parmi vous est atteint je suis atteint. Il y a une chaine de solidarité dans cette maladie. Positivons-la.

Votre mot de fin
Je suis très heureux. Vous êtes un formidable jury d’agrégation. Il est vrai, je n’avais pas besoin de faire beaucoup d’efforts pour répondre à vos questions parce que la vérité n’a pas besoin d’être construite autrement. C’est le mensonge qui a besoin qu’on y fournisse beaucoup d’efforts. Si vous trouvez que des choses ont été dites de la manière la mieux construite, c’est parce qu’elles sont vraies. Je voudrais que vous puissiez poursuivre parce que nous sommes dans des échanges. Notre pays nous impose de contribuer dans la qualité à sa relève, à sa reconstruction. Après, ce sera la période de la décision. Mais il faut échanger d’abord. Je vous félicite d’avoir cet échange et de m’avoir reçu.

A bâtons rompus « Sous l’Arbre à Palabres » avec le Secrétaire général de la Fesyntra-Finances au siège de l’événement précis : Mètongnon fait de grosses révélations sur les scandales et crimes économiques au Bénin

Laurent Mètongnon, le Secrétaire général de la Fésyntra-Finances est le 82einvité ‘’Sous l’arbre à palabres’’, la rubrique atypique et prisée du journal ‘’L’Evénement Précis’’. Un numéro exceptionnel, croustillant et riche de révélations. Une archive à conserver. Son éternel feutre sur la tête, la soixantaine galante et élégante, l’homme au parcours militant exceptionnel échange avec les journalistes à bâtons rompus sur divers sujets. Regard perçant et scrutateur derrière ses lunettes, il ne rate pas le système Yayi dont il ne retient que « scandales » et « crimes économiques ». Communiste bon teint, militant très actif du PCD, le Parti communiste du Dahomey, il parle du mouvement syndical au Bénin,des tiraillements entres centrales syndicales,notamment. Les dernières grèves qui ont étalé au grand jour les dissensions entre « camarades » et au cours desquelles « l’argent a circulé » sont évoquées. Sans langue de bois, il en parle. Connu pour avoir donné du fil à retordre au gouvernement au plus fort de l’Affaire Dangnivo, il aura connu la torture et la prison pendant les pires heures du Parti de la révolution populaire du Bénin (PRPB). Ce pan douloureux de son histoire,Laurent Mètongnon le partage avec émotion, mais aussi et surtout avec la fierté  de ceux qui ont dédié leur vie à la lutte pour les libertés.

Comment se porte le mouvement syndical en ce moment dans notre pays ?

D’entrée, je dois pouvoir vous dire que le mouvement syndical se porte très bien. Il se porte très bien dans la mesure où les dernières actions syndicales contrairement à ce qu’on peut dire, ont permis une certaine décantation. La décantation vient du fait qu’aujourd’hui, la véritable défense de leurs intérêts et de leurs revendications passent par la prise en charge de leurs mouvements de grève par eux-mêmes à travers les comités départementaux mis en place pour le contrôle de leurs actions  et non la prise en charge totale de leurs mouvements de grève par des responsables syndicaux qui bien qu’élus, peuvent se détacher de l’intérêt général, pour leurs intérêts personnels.

Donc du coup, la première leçon est que les comités de lutte qui ont été mis en place dans les départements ont réellement dirigé les mouvements au grand  dam  des secrétaires généraux qui pensaient que comme jadis lorsqu’ils décrètent et lancent un mouvement, ils peuvent suspendre quand ils veulent et comme ils veulent. Et vous avez pu constater l’évolution du  mouvement de Janvier à mars 2014 pour les uns qui pensent que la base n’existe pas,  ne peut leur dicter la conduite à tenir ; et avril 2014 pour ceux qui ont continué après avis de la base pour la suspendre après concertations de ces bases. Donc c’est fondamental  aujourd’hui comme leçon à tirer que ce sont les combattants qui disent à un moment donné : « nous cessons le feu. » et les chefs se doivent de respecter au risque de se retrouver sans troupe.

Est-ce qu’on peut considérer que c’est un peu à cause des dissensions nées de la grève de Janvier à Avril, qu’entre les centrales, il y a tiraillement ?

En principe il ne devrait pas y avoir de tiraillement. Il y a des revendications et il faut les défendre. Certains peuvent choisir de sacrifier ces intérêts d’ordre général pour des intérêts personnels. Le syndicalisme pour moi, c’est d’abord un idéal, un engagement, une conviction, l’amour du prochain dans la lutte pour son émancipation, l’instauration de la justice, de la répartition équitable suivant les critères établis et connus. Comme vous le voyez, pour moi,  c’est un problème de vision du mouvement. Pour ce qui concerne en tout cas la CSTB et la FESYNTRA-Finances, lorsque nous lançons les mouvements, nous laissons la base agir et donner toutes les informations pour la conduite à tenir car les responsables syndicaux n’apportent que l’éclairage. La grève c’est avant tout et après tout l’action et l’affaire des travailleurs.

La base, c’est qui ?

La base, ce sont les responsables des syndicats de base, les travailleurs regroupés dans ces syndicats affiliés ou non.

Oui, mais SG, le peuple ne réfléchit pas,  et c’est toujours les guides qui réfléchissent et prennent des décisions et le peuple applaudit?

Dans un pays arriéré comme le nôtre, c’est l’idée que les intellectuels et les politiciens propagent pour se donner le bon droit de tout faire, de manipuler le peuple et surtout la jeunesse. Lorsque les hommes vivant sur une aire géographique donnée se laissent opprimée, manipulée par certaines personnes dites illuminées, oiseaux rares, sans se défendre, vous constatez qu’on peut douter de l’existence du peuple. Mais les hommes politiques quand il s’agit des joutes électorales, ils savent que le peuple existe et réfléchit bien.    Allez dans les villages, allez dans nos contrées, si le peuple béninois n’était qu’à 40% instruit dans nos langues, vous pensez que les intellectuels vont les manipuler comme ils veulent ? Oui j’en conviens, il faut certains pour éclairer mais pas pour abêtir.

Nos populations ne sont pas bêtes. Vous voyez, sous l’arbre à palabres dans nos villages avant, c’est le lieu de règlement de tous les problèmes. On prend l’arbre à témoin pour ne dire rien que la vérité. Vous ne serez que sincères. Et même en présence du  roi et des personnes âgées, c’est ce qui a été décidé qui s’applique. Donc du coup, c’est ce que les travailleurs ont décidé ensemble qui doit être appliqué par les responsables syndicaux, et non ce que ces derniers pensent. Puisque l’éclairage qu’on peut donner peut être en déphasage avec ce qui se passe comme réalité sur le terrain. Ça, je pense qu’aujourd’hui, il faut que cela se sache que quand on dit que les guides sont éclairés, le guide ne peut pas être éclairé sans le peuple. Mais c’est plutôt le peuple qui, à travers tout ce qu’il dit, peut éclairer le guide. Sinon, le guide, s’il pense qu’il est éclairé, soit il devient dictateur ou il devient un monarque à qui il faut se soumettre. Et je pense que les peuples ont déjà aujourd’hui dépassé ce stade et  dictent ce qui doit pouvoir être fait à leur chef.

Est-ce qu’on peut considérer que les dernières grèves ont révélé la force de l’argent ?

Je vais vous dire d’abord ceci. Il faut caractériser d’où on est parti avec cette force de manipulation de l’argent dans notre pays le Bénin.Vous savez pendant la période révolutionnaire, ce n’était pas si visible. A cette époque, vous êtes tous membres du PRPB et de ses organisations de masse. L’avènement du Renouveau et les élections en 90, ont consacré la corruption électorale et on a  vu l’argent circuler par les responsables politiques du système du Renouveau. Parce que pour avoir le pouvoir, ils ont compris qu’après avoir pillé et affamé le peuple, il leur fallait jeter des miettes pour avoir leur suffrage. Donc la corruption a commencé au plan électoral en 90 et s’est amplifiée en 2006 et 2011. Le peuple et surtout sa jeunesse a été souillée par certains politiciens et aujourd’hui l’argent dicte sa loi dans tous les secteurs.Du coup, en milieu syndical également, l’argent dicte sa loi et circule. Si quelqu’un vous dit le contraire, il a menti. Au plus, on peut dire que certains résistent de mordre à l’appât, quand d’autres succombent facilement.

Comment ça circule ?

Vous savez, actuellement par exemple, les syndicats communément appelés« syndicats jaunes » sont fabriqués par le pouvoir dans beaucoup de ministères pour contrebalancer les syndicats qu’ils disent gênants ceci à coup d’argent. Lorsqu’au niveau des responsables on veut les attirer, on dit « non toi viens. Ce que tu fais là, rentre dans les rangs et tu auras ton compte sinon tu n’auras rien. » Et vous avez constaté même qu’au sein du parlement  et des organisations politiques dans ce pays on a dit « ’moi je ne vais pas passer toute ma carrière dans l’opposition, il faut que j’aille aussi à la mouvance ».  Ça veut dire quoi ? Ça  veut dire qu’il faut que moi aussi j’aille prendre une partie du biberon.C’est ça la mentalité de certains leaders de notre peuple. Donc s’il y a des syndicalistes de ce genre, on ne peut pas dire que c’est une chose extraordinaire, surtout qu’ils sont nombreux à n’avoir pas un idéal, un engagement, une conviction syndicale, mais des intérêts personnes.

Est-ce qu’en 2014 vous, vous avez eu votre part du gâteau ?

Moi Laurent Mètongnon je n’ai pas reçu une part de gâteau et les pouvoirs successifs du Renouveau, du changement et de la refondation savent qu’ils ne peuvent me tendre ce piège et n’avoir.L’argent circule dans le monde syndical, ce n’est pas d’aujourd’hui.  Qu’il ait circulé lors des derniers mouvements de grève, ce n’est pas moi qui l’ai dit. C’est l’un des responsables des centrales, en l’occurrence celui de la CSA-Bénin,  Dieudonné Lokossou, qui a dit que l’argent a circulé. Donc c’est à lui qu’il faut poser la question. Qui a fait circuler l’argent ? Et l’argent est allé où ? Donc je pense que c’est aussi facile que ça. Vous savez, il est souvent difficile de parler de soi-même. L’argent peut circuler, on peut tenter d’en envoyer à Mètongnon Laurent, mais ceux qui le font ou qui y pensent, savent que Laurent Mètongnon de par sa conviction, son idéal, ses principes et les valeurs qu’il défend, ne prendra pas.

 

Vous avez fait vœu de pauvreté ?

Non, je n’ai pas fait un vœu de pauvreté. Mais j’ai fait le vœu de dignité et d’honneur et je sais ce que je dois pouvoir avoir et être dans ma vie. Je ne peux donc ternir mon image, celle de ma famille et de mes enfants, par le bradage de ma conviction pour de l’argent souillé.

 Puisqu’on m’a dit qu’il y a une partie qui parle du parcours de l’invité que je suis, je vous ferai découvrir qui je suis et vous saurez que de mon origine jusqu’à ce que je suis, je ne peux pas baigner dans ces choses-là au risque d’irriter mes ancêtres là où ils sont. Mon nom, c’est METONGNON qui veut dire, « dans ton bonheur, je trouverai le mien ».

SG, nous allons quitter l’étape des rumeurs, donnez-nous un exemple concret de transaction financière en milieu syndical ?

Non, parlant de transaction financière, lorsque vous pouvez dire que telle personne a pris, il faut en avoir les preuves.

Nous sommes sous l’arbre à palabre…

Moi je n’ai pas de preuve pour dire que telle personne a pris et que telle n’a pas pris. Mais ce que je sais, est que, que ça soit juste après le renouveau, ou sousle changement et la refondation, des ministres m’ont dit : « non Mètongnon, ça ce n’est que des intéressements et non la corruption » mais j’ai dit non pour ne pas trahir les travailleurs. Et pour çà vous pouvez faire vos enquêtes auprès des travailleurs du MEF. Ces autorités le savent. Ils peuvent venir sous votre arbre à palabre et je voudrais bien que ça soit eux mêmes qui viennent porter le témoignage. C’est plus parlant. Les seuls témoignages qui ont été faits,  vous pouvez les avoir chez Jean Baptiste Elias. Je fais un clin d’œil à votre journal qui a fait une enquête sur l’affaire Dangnivo et la lutte qui s’en est suivie. Mais au cours de cette lutte, moi je devrais aller visiter cinq pays de l’Asie. Le chèque s’élevait à plus de trois millions, sans compter l’hébergement, la nourriture et autres. Mais j’ai dit non. Je ne peux pas avoir lancé une lutte et voyager. Quel que soit le bonheur à tirer de là-bas, je dois rester soudé à ma base. Ça si vous voulez l’écouter en audio, la cassette existe. Il y d’autres actes, comme des postes de direction miroités pour me détourner de l’idéal, mais j’ai résisté, non pas parce que je ne veux pas du pouvoir, mais tout simplement parce que je ne peux travailler avec un gouvernement qui érige l’impunité en système de gestion, un système de scandales, bref de mal gouvernance.

Alors SG, le lundi 14 Juillet dernier, les responsables syndicaux ont été conviés au renouvellement du bureau de la cinquième mandature du CES. On ne vous a pas vu autour de cette table-là.Qu’est-ce qui a justifié votre boycott ?

En fait, le 14 juillet, l’invitation était qu’il fallait que chaque centrale syndicale envoie cinq membres pour élire ceux qui doivent représenter les organisations syndicales au sein du Conseil économique et social pour le compte de la cinquième législature. Cette façon de désignation ne faisant plus école, la CSTB a refusé d’y participer et la notifié par écrit. En effet à partir de 2001, c’est-à-dire, après les premières élections professionnelles, les critères permettant d’envoyer les représentants des organisations syndicales au CES ont changé. Si à la 1er mandature en 1994, il n’y avait que quatre centrales : La CSTB qui existait depuis 1982 dans la clandestinité, l’UNSTB,(la CSA-Bénin et la CGTB nées à la faveur du Renouveau démocratique) se sont réparties les quatre places, il n’en a pas été ainsi à la deuxième mandature avec une nouvelle centrale, la COSI qui est venue s’ajouter portant le nombre de centrale à cinq.   Et puisque sur le terrain déjà, la CSTB, de par son attachement aux revendications, en faisait voir de toutes les couleurs aux autres centrales, notamment à leurs secrétaires généraux, qui ne se souciaient pas de la volonté de leurs bases, il fallait éjecter la CSTB pour mieux museler les travailleurs et poursuivre les complots. En réalité, qu’est-ce qui se passait ? Voilà des secrétaires généraux qui, pour avoir ensemble lancé une grève, peuvent à minuit aller à l’antenne pour suspendre le mouvement sans l’avis de leurs bases et pour des raisons inavouées. La CSTB n’était pas souvent d’accord, criait au scandale, dénonçait ces secrétaires généraux et pour tenter de la discréditer, et surtout de l’isoler, on disait qu’elle faisait des grèves politiques. Mais est-ce que les revendications des travailleurs étaient bien posées ? Est-ce que la façon de défendre ces revendications était meilleure ? On disait en ce moment-là qu’il fallait séparer la politique du syndicat. Il y a une politique sociale. Lorsque vous voulez même défendre les enseignants, il y a une politique de l’éducation. Le fait aujourd’hui que celle dont dispose le gouvernement du Président YAYI Boni est en inadéquation avec les profondes réalités de notre pays, on constate tout le désastre et le massacre dela formation des élèves et étudiants, bref de toute la jeunesse studieuse de notre pays. L’objectif de ces bonzes syndicaux c’est de ne pas faire les grèves, mais de s’entendre avec les gouvernementspour leur laisser le champ libre de faire tout ce qu’ils veulent avec les travailleurs. Ainsi, en 1999, les cinq centrales se sont réunies et quand il a été question de choisir quatre représentants,il s’est formé une coalition contre la CSTB qui fut donc  éliminé.

En 2001, Les élections professionnelles ont eu lieu. La loi 98 portant code du travail au Bénin entre temps a porté la précision que les places dans les représentations nationales doivent être attribuées aux centrales les plus représentatives,   par rapport aux suffrages obtenus au cours de ces élections.Les autres soutenus par le gouvernement, se disaient que l’heure était arrivée pour se débarrasser définitivement de la CSTB.ils se disaient que si on allait aux élections, on allait écraser la CSTB. C’était l’objectif. Donc du coup, dans un premier temps, ils ont dit, il faut avoir 25% pour être représentatif. On est allé aux élections professionnelles en 2001, j’étais le directeur de campagne. On a battu proprement campagne. Et ils ont été surpris que la CSTB les ait battus de très loin. Du coup, c’est sur la base des suffrages obtenus en 2001 qu’en 2004, les représentants de  la CSTB(2) la CSA-Bénin(1), La COSI(1) ont été envoyés à la troisième mandature du Conseil économique et social.

En 2006, il y a eu les secondes élections professionnelles. La CSTB les a distancés. Là prenant la mesure des choses, ils ont dit qu’il ne faut plus avoir 25% pour être représentatif, mais qu’il faut plutôt avoir 15%. La CSTB a eu 44,76%. Et le deuxième la CSA-Bénin avait moins de 16%. Donc, ont siégé à la 4ème mandature, la Cstb, la Csa,  et la Cgtb venue en 3ème position

 Voilà la légalité qui était mise en place, et tous les  secrétaires généraux avaient dit  qu’il la fallait. Nous disons aux députés : « respectez la légalité,  respectez la loi, en n’arrachant pas le droit de grève, le droit de citoyenneté aux magistrats. » Mais nous-mêmes, on se retrouve entre ceux qui veulent faire respecter la loi,  et au même  moment nous tordons le cou à la loi. Parce qu’on a tordu le cou à la loi 98. On a tordu le coup au  décret. Parce que les décrets qui ont été pris après, c’est sur la proportionnalité,  même le décret de 2013 qu’ils ont pris pour  pouvoir organiser les élections professionnelles en 2014, c’est clair dedans que s’il n’y a pas eu d’autres élections,  on se base sur les élections passées  pour envoyer les gens au CES.   Le principe est là. C’est sur la base des élections de 2001 et de 2006  que Gaston Azoua est allé au CES, que Mètongnon  est allé au  CES,   que Todjinou Pascal est allé au CES et que  Lokossou Dieudonné  est allé au CES. Alors  pourquoi on laisse ça de coté et on dit qu’il faut retourner en 1999, où  ils avaient fait le complot pour éliminer la Cstb pour pouvoir  aller  au  CES ? Il y a quelque chose là qui est anormal.  Il y a quelque chose là qui sent complot et assimilable à une récompense de ceux qui ont suspendu le mouvement pour le compte du gouvernement.

Et c’est tout ?

 Mais vous ne voyez pas que là, on ne peut pas aller légaliser quelque chose qui n’est pas légal ? Ce serait apporter sa caution à quelque chose qui est mauvais si on y    allait. Ca fait partie de la lutte aujourd’hui ? Ça veut dire quoi ? Ça veut dire que nous-mêmes on sait que quelque   chose est illégal mais pourtant  on est là. Non,  ce n’est  pas ça la logique.  En tout cas au niveau de la Cstb et de la Fesyntra-Finances, ce n’est pas notre façon de voir et d’agir et cette attitude ne saurait être comparée à une politique de chaise vide.

D’aucuns estiment que les syndicalistes   à la Cgtb et à la Fesyntra-Finances ne sont plus en fonction mais continuent de diriger les travailleurs. Qu’en dites-vous ?

Oui je suis à la retraite. Mais il faut faire la différence entre la profession et le syndicalisme. Le syndicaliste défend les intérêts moraux et matériels des travailleurs. Même à la retraite si ces derniers lui font confiances, il peut défendre leurs intérêts. Mais au plan professionnel, la loi dit qu’après 30ans de service ou 55ans d’âge, il faut aller à la retraite. C’est le pouvoir de YAYI qui fait courir ce bruit pour que certains syndicats dont les responsables incorruptibles par lui quittent la scène syndicale pour lui coller la paix. Toutes les fois que les travailleurs des finances vont m’accorder leur confiance et me confier la défense de leurs intérêts, je le ferai avec toute la force qui reste. Il n’y a pas de salaires, de privilèges à la fesyntra-finances ; il y a l’honneur de défendre des hommes, le pays.

SG, vous aviez deux fois déjà siégé au CES, quelles sont vos impressions ?

Non le Conseil économique et social, il faut remonter à sa date de création. L’intention des pères fondateurs c’était d’avoir une boite qui réfléchisse  à tout ce qui est économique, à tout ce qui est social et qu’on  le reverse au Président de la République pour l’aider à prendre des décisions. Mais dans la réalité, pour ce que moi j’ai connu, les conseils qui sont donnés Dieu seul sait s’ils sont pris en compte.  Puisque à chaque section,  il faut qu’on nous dise par rapport à tel  dossier qu’on a traité, à tel  avis qu’on a donné,  quel est l’avis du Président de la République.

Donc, c’est une institution budgétivore, selon vous ?

Moi je ne le qualifierais pas d’institution budgétivore. Mais je dirai que c’est une boîte de réflexion qui est sous utilisé au Bénin. Puisque ce sont les couches professionnelles qui sont là bas.  Et lorsque par exemple on veut parler de l’environnement, on veut parler de l’agriculture, c’est  avec des gens  comme Mama N’diaye hier, des gens comme le professeur BOKO qui sont là aujourd’hui.   Et lorsqu’on parle de ces choses-là sans tenir compte de leurs recommandations, vous allez me dire quoi ?  En principe ce qui est dit dans la loi, c’est que ce sont les conseillers de la république qui doivent faire des recommandations au Chef de l’Etat.       Au CES vous avez les associations du développement qui sont représentées, les agriculteurs, les magistrats, les sportifs, les opérateurs économiques, les artistes, les artisans en fait ce sont tous ceux-là qui  sont censés connaitre les différents problèmes des couches sociales de notre pays qui se réunissent. Mais lorsque le budget vient, et qu’au moment où nous on l’analyse pour faire connaitre notre point de vue, le gouvernement a déjà fini et l’a envoyé à l’Assemblée, qu’est- ce que vous vous devenez ? Vous envoyez votre réflexion au parlement ? S’ils veulent en tenir compte ils en tiennent compte.  Lorsque vous prenez les pays développés, il y a ce qu’ils appellent  Sénat. Et vous verrez que ce sont les anciens, les présidents, les vieux qui viennent là et qui réfléchissent. Et ces réflexions n’ont pas de couleurs.  Vous voyez même  au Nigéria, si ça change, et qu’un président vient, il ne peut pas s’écarter de la ligne directrice du développement de son pays. La belle preuve, c’est ce que  tout le monde a cru ici, quand Obama  est venu au pouvoir aux USA. On a dit : « Ah ! Voilà un noir   qui est venu au pouvoir, il va aider les pays africains. » Non ! les choses ne se passent comme cela. La fondation du développement dans les grandes lignes existe, tracée et il ne peut pas s’en écarter pour les beaux de qui que ce soit sans connaître la fronde des américains toutes tendances confondues. Donc la guerre là bas, ce n’est  pas une guerre de personnes,  mais c’est  une guerre d’idées, de développement. Qui a les idées, émerge, et non harcelé, méprisé, contraint à l’exile. C’est de ça qu’il s’agit.

 

Est- ce que, selon vous, il faut changer la loi organique sur le CES ?

Non, la loi organique telle qu’elle est, le problème qui s’était posé était une augmentation du nombre pour faire intégrer d’autres couches.  En principe, si l’exécutif,  donne son aval, ça ne devrait pas être un problème.  Parce que moi je me dis qu’au CES, ce sont ceux qui  connaissent les problèmes de ceux qui souffrent  qui doivent être représentés là-bas.  Par exemple si on prend  le problème des casques,  il y a une commission.   Le gouvernement avant de prendre la mesure doit s’en référer au CES pour dire : « Voyez-moi ce problème. Si je vais de cette façon, est- ce que ça ne va pas créer  au plan social des remous ? » Ces conseils auraient évité ce qu’on voit. Parce que si j’aborde ce problème  avec vous, moi je me dis que  notre régime ne va que chercher des problèmes  qui ont été mal réglés par le PRPB. Sinon, un décret de 1972, de la fin du régime du Président Maga du Conseil Présidentiel, c’est ça que le gouvernement va exhumer et nous dit que  ce décret a été réhabilité  par un arrêté interministériel en mars 2006, fin du régime de KEREKOU donc avant même Avril 2006.  Et c’est ce décret qu’on fait publier en 2014, sans savoir qu’en 1972 il n’y avait pas de zémidjan, ni autant de motos mais des BBCT, VESPA.  Les motos, on pouvait même les compter du bout des doigts avec les étudiants  « No moto, no amour ». C’est-à-dire que si tu veux conquérir le cœur d‘une femme il fallait avoir  une moto.  C’était comme ça que les choses se déroulaient. Et sur quelle voie, les voies  n’étaient pas ce qu’elles sont aujourd’hui.  Mais comment aujourd’hui,  on exhume ce décret, sans prendre certaines dispositions. Vous avez si pitié de moi que vous voulez que je porte de casque. Oui j’en conviens c’est bien. Avec la population de 1972, il faut féliciter le PRPB qui a créé des transports urbains. Vous n’avez jamais entendu parler des STPA, Trans Ouémé, Sotramo, ainsi de suite ?  Aujourd’hui en 2014, les voies telles qu’elles sont, l’indiscipline  des usagers règne créant  des embouteillages  et des accidents. Absence de rails et mieux, quand on veut faire une nouvelle voie, qui    prévoit les pistes cyclables ? C’est à cela qu’il fallait réfléchir ou carrément subventionner les casques.  On est au moins un million, à Cotonou et Abomey- Calavi, selon notre dernier recensement. Et je prends  au bas prix 5000f pour  un casque, vous voyez combien ça fait : 5milliards. Ces 5milliards-là, ça va servir à quel investissement ?  Qui a réfléchi à ça ? Vous allez voir quand les stocks vont finir les gens seront encore fatigués car l’éducation des usagers de la route au Bénin pose un problème. Et vous avez vu toutes les variétés de casques qu’il y a.   Lorsqu’on prend les patriotes c’est- à dire ceux qui veulent réfléchir à la sécurité, ils verront que c’est le chômage qui a créé ça.  Lorsque vous regardez parmi les zémidjan, vous verrez qu’il y a plein de diplômés, qui ont  fait deux ans ou trois ans à l’Université. Il y a des gens qui ont fait  six ans voire sept ans mais qui sont en train de faire zémidjan. C’est le chômage qui a créé ça. Donc,  la résolution de ce problème passe par  la sécurité alimentaire, la sécurité de l’emploi. Donc, si on sécurise l’emploi, on reprend les rails, on développe les transports communs, c’est sûr qu’il y aurait  moins d’accidents. Parce qu’il  y a des gens qui ne connaissent même pas le code.  Mais vous ne voyez pas comment ils conduisent ? Tous ceux  qui  font accident ce ne sont pas des gens qui n’ont pas de casques.     Ou bien à défaut c’est qu’on peut faire recours à ces policiers qui  sont sortis la dernière fois. Pourquoi ne restent-ils pas aux carrefours ? Lorsque les gens font excès de vitesse on les verbalise. Donc le problème est beaucoup plus de mon point de vue un problème d’éducation de ces motocyclistes venus de la campagne parce qu’ils n’ont plus à faire là-bas.

Laurent Mètongnon nommé ministre de la fonction publique. Votre réaction ?

Le système est actuellement un système de scandale, d’impunité et de crimes financiers.

 C’est-à-dire un système où vous n’êtes que soumis à un chef. Je ne peux pas travailler sous un tel système. Si c’est le système du renouveau qui doit continuer et qu’il ne doit pas y avoir une rupture radicale, moi je ne peux pas travailler dans ces conditions. Il faut que ça soit clair. Si je dois occuper un poste ministériel, il faut qu’on me laisse les coudées franches afin de réfléchir avec ceux qu’il faut, pour pouvoir mettre en place une politique. Je ne peux pas être au ministère du travail sans avoir le point de vue des travailleurs. Il n’est pas question d’aller s’assoir dans un bureau pour parler des mois de service public. Avec qui cela a été décidé ? Avec les travailleurs ? Je ne pense pas. Donc je pense qu’il faut une rupture radicale de la gestion du pays avec des patriotes.La problématique aujourd’hui c’est quel pouvoir pour le Bénin de demain et pour quelle gouvernance ? Je sais qu’ils sont nombreux dans le pays mais étouffés,  car si vous donnez vos positions on vous qualifie d’opposant. On ne fait que les décevoir. Sinon pour les derniers concours, la Fesyntra-finances a avisé et pourtant on y est allé par force. J’ai dit que ce sera une mauvaise organisation. D’abord, le délai donné. Un papier sort le 30 juin et on veut qu’on compose le 28 juillet. C’est comme cela que ça s’est passé. Or, contrairement aux normes, ils disent que c’est des contractuels à durée  déterminée et que c’est deux ans renouvelables. Ils sortent donc  le régime juridique portant recrutement des agents occasionnels. C’est vrai, dans ce document à la partie Recrutement, on n’a pas donné de délai. On a parlé seulement de recrutement  sur poste par rapport au profil et autres.   Bref, ceux qui devraient   réussir sont connus d’avance. Et je l’avais dit aux jeunes qui n’ont pas compris. Après, ils ont commencé par pleurnicher. Je crois qu’ils ont tort car c’est eux qui doivent se battre.  Ce ne sont pas les autres qui doivent se battre à leur place ; ils peuvent être accompagnés, éclairés dans cette lutte. Ceci parce qu’ils ne sont pas encore nos syndiqués. Nous on a le droit de défendre nos militants. Si on le fait, c’est parce qu’ils sont des citoyens. Aucune jeunesse n’a marché pour protester contre cela, c’est inadmissible.  Je le dis parce que s’il y  avait une certaine cohésion parmi les candidats,ils auraient pu faire fléchir le dimanche le gouvernement en imposant une certaine transparence dans l’organisation des concours. C’est à la jeunesse de mon pays de se lever, de s’indigner et de se battre. Quand moi j’étais jeune, depuis le collège jusqu’à l’université, c’est avec les maniocs qu’on faisait les graffitis sur le goudron. Et pour écrire sur le mur, en plein jour ou sous la lumière, il fallait avoir du courage pour le faire sous le Prpb.

 

La Cgtb et la Fesyntra-Finances ne respectent pas l’alternance dans le monde syndical comme elles l’exigent au chef de l’Etat, Boni Yayi.

Sur cette question, je constate que vous êtes intéressés et je suppose que vous n’avez pas été trop satisfait de ma précédente réponse. Alors je complète ceci :

La gestion politique d’un pays se base sur la constitution. Or, le syndicalisme qui n’est pas une profession, est la défense des intérêts des hommes, des travailleurs surtout. Mais il y a un âge pour défendre quelqu’un ? Moi, je me battais depuis mon enfance contre l’injustice. Tout le monde ne peut pas oser affronter certaines choses au nom des gens. C’est pour vous dire que ce sont les hommes de Yayi qui le disent. Son souci est de voir certaines personnes partir du monde syndical.  A mon départ à la retraite au ministère, mais c’était la fête à la présidence car on disait que je vais enfin leur coller la paix. Je n’ai pas besoin d’être syndicaliste avant de défendre les zémidjans. Je dis qu’avec ce problème de casque, le gouvernement est en  train de nous gruger. Les gens n’ont pas les soins adéquats dans les hôpitaux, les gens ont faim, manquent de moyens pour supporter leurs enfants et vous refusez de subventionner les casques. Il faut des gens des gens audacieux pour le faire entendre à des gouvernements comme celui de la refondation. Des gens ont dit qu’ils ne peuvent pas faire l’opposition toute leur vie. Mais si c’est dire ce qui ne va pas qui est opposition, moi je ferai ça jusqu’au dernier souffle toutes les fois que les travailleurs me le demanderont.

Avantages du syndicalisme

Mon arrivée ici est déjà quelque chose que j’ai gagné puisque ce n’est pas réservé à tout le monde. Je suis donc une personne ressource digne et peut partager avec vos lecteurs, mon expérience, ma conviction et mon engagement dans la défense des hommes. Ce qu’on gagne aussi est que parfois quand tu sors, les gens te doigtent et te reconnaissent. C’est déjà un avantage. J’ai fait une émission en langue Xwéla, le samedi 02 août dernier avec Isidore Dansikpè sur Fm Ahémé. Mais avant que je ne finisse l’émission, des gens sont arrivés pour connaitre ce Metongnon qui parle. On voulait venir voir celui qui est Laurent Mètongnon. C’est ça donc ce qu’on gagne. Et c’est plus que de l’argent.

Menaces sur les pensions des retraités annoncée par le président du patronat, SébatienAjavon

Je pense que là, il faut relativiser. C’est au président du conseil d’administration que vous posez la question et non au syndicaliste. Les problèmes que posent les employeurs et leursemployéssont beaucoup plus profonds que ça et remontent à la gestion de l’ancien DG ALI YERIMA et ont trait également aux textes qui régissent la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS) qui donnent trop de prérogatives au pouvoir. Je dis que s’il y a une société qui peut créer le plus d’emplois dans notre pays c’est la Caisse.   La Cnss, ce sont des milliards que nous avons mais qui dorment dans les banques. Un petit problème du système financier qui touche les banques, et tout est à l’eau. Il faut donc revoir le système de sa gestion, la politique de placement, des investissements, la politique salariale etc etc.

 Une politique d’investissement pourvoyeuse d’emplois par exemple peut être la construction d’un hôpital de référence où on a tout le matériel moderne et les médecins qualifiés. Vous voyez tout ce qu’on y gagnerait ? Au lieu d’envoyer les malades en Afrique du Sud, au Maroc ou ailleurs, ne pourrions nous pas faire cet effort sans tendre la main à l’extérieur ? C’est beaucoup d’avantages qui nous attendent si c‘est fait. On ne peut pas se réveiller dans la 55ème  année d’indépendance avec un hôpital de référence au lieu de faire la chasse aux opérateurs économiques ? On doit se demander quoi faire pour le pays ensemble. On essaie de créer de l’emploi pour les jeunes. Donc,  c’est dire que le combat que eux ils mènent pour leurs employés, c’est celui de la mainmise de l’administration sur la Caisse. Il faut vous dire qu’ensemble déjà le 17 avril, on avait tout suspendu   par rapport à une décision prise au niveau du conseil qui n’a pas été exécutée. Les moyens de pressions alors sont ce que font ces membres actuellement. Il faut vous dire que les pensions sont payées jusqu’à l’heure où je vous parle. Si la performance de la Caisse le permet, on devrait revoir tout ça, parce que c’est une caisse sociale. Le gros problème dans notre pays aujourd’hui, c’est où sont les vrais patriotes ? Ce n’est pas les patriotes qu’on a eu au niveau des syndicats de la douane et autres dont je parle mais je veux parler de ce patriotisme ardent qu’on doit ériger en système, de gestion qu’on cultive au sein du PCB depuis 1977.C’est-à-dire qu’on prenne la chose de la société comme notre propre chose et voir comment on doit pouvoir la gérer, c’est de ça qu’il est question. Le Bénin a besoin des hommes vertueux, qui aiment leur patrie, les hommes qui y vivent et respectent le bien commun.

Il parait que les caisses de la CNSS ont servi à financer le gouvernement à des fins inavouées 

En tout cas, depuis que moi je suis là,  c’est-à-dire depuis novembre 2013 jusqu’à maintenant, je n’en ai pas eu d’indice. Sinon, sur les points que je demande, je n’ai pas eu d’indice que l’argent de la Caisse a servi à faire de telles choses. La gestion de l’ex DG a fait l’objet d’audit de l’IGE et du cabinet Mazard et les résultats sont là. Puisque on est dans un régime d’impunité rien n’a été fait et je constate comme monsieur tout le monde.

Sinon, le président du patronat disait que si on devait faire le point, que tous les Dg qui ont pris par-là doivent aller en prison.

Non c’est le Président lui-même qui a déclaré que si on devait prendre en compte les résultats des audits que tous les directeurs iraient en prison. Il sait alors de quoi il parle.

Il y aurait des rapports scandaleux sur le Dg Ali Yérima, où sont-ils passés?

Nous avons le rapport de l’IGE, et aussi  le rapport Mazard. Et tous ces rapports sont à la présidence. On les a eus mais avant, j’ai dû  écrire pour les réclamer à plusieurs reprises. Mais Ali Yérima, vous ne le voyez pas assis en conseil des ministres ? C’est pour ça que j’ai dit à mon jeune frère où à mon fils tout à l’heure que si on vit dans un régime d’impunité, vous ne verrez pas ceux qui ont  un certain honneur   aller  salir   leur dignité. Nous sommes dans un régime d’impunité et les répressions se font au rythme de l’humeur de celui qui est chargé de sanctionner. C’est ça, les rapports sont là, c’est connu, les sanctions sont   prévues dedans et on attend.

SG, vous avez été dans vos différentes fonctions antérieures membre de l’Observatoire de lutte contre la corruption devenu aujourd’hui l’Autorité  nationale de lutte contre la corruption. Selon  vous, qu’est-ce qui a été fait concrètement depuis sa création en matière de lutte contre la corruption ?

Je peux avoir un regard critique mais ce regard critique est professionnel. Parce que quand j’ai pris service en 1981 à la direction du budget, je suis resté à la division investissement et équipement. C’est ça qui s’occupait des grands travaux. Donc, ce qu’on appelle les rues de Cotonou, c’est-à-dire quand vous quittez Gbèdjromèdé pour venir à Atinkanmè, c’était du sable. Ce projet-là, si vous le cherchez dans les archives, vous verrez mon nom, vous verrez le nom de l’IGF, Hounsou Edouard. Si vous prenez le ministère de l’économie et des finances actuel, vous verrez mon nom. Donc, je suis resté dans un système où j’ai vu ce qu’on appelle les marchés publics. C’est pour ça que si vous allez à l’université aujourd’hui et que vous prenez mon mémoire du premier cycle, c’est : « Le financement des marchés publics en République populaire du Bénin ». Vous aurez assez de chiffres et vous verrez que déjà en ce moment-là, je dénonçais déjà tout ce qui est surfacturation, tout ce qui est avenant. J’ai fait l’Observatoire de lutte contre la corruption sous la direction de Jean Baptiste Elias. On peut tout reprocher à Jean Baptiste Elias, mais si c’est le dynamisme, il l’a et les résultats que nous avons eus sont probants et peuvent être démontrés pour les deux mandatures. Qu’on ait changé l’Observatoire de lutte contre la corruption en Autorité, vous verrez toujours que les missions n’ont pas changé. Les textes sortis, les lois qu’on a eues, qu’est-ce qu’on en fait ? Tout le problème est là et qui peut avoir la poigne de faire exécuter ça sans toucher à la cour et à la basse-cour de YAYI ? Tout le problème est là ! Qui peut avoir le courage de le faire ? C’est de ça qu’il est question.

 

On a l’impression que cette Autorité est trop silencieuse et ne parle pas. A quoi cela est dû ?

Il faut des gens qui peuvent avoir le courage de leurs opinions, de faire passer leurs opinions. Quand c’est blanc, ils n’ont qu’à dire que c’est blanc et n’avoir peur de qui que ce soit, ni de représailles de qui que ce soit et ou être prêt même à subir les représailles. C’est pour ça que si les paroles vont sous l’arbre à palabre  au village, on ne cache rien.

Le droit de grève des magistrats à l’Assemblée nationale  a nécessité la mise en  place d’un comité de gestion de la crise. Selon vous, la victoire serait de quel côté ?

Dans cette histoire, il ne faut pas voir l’Unamab seule, il faut voir le peuple béninois. Si ce n’est que les magistrats, ils sont combien ? Non, on leur retire le droit de grève comme on a fait aux douaniers, mais aussi le droit de citoyenneté. Ils n’ont même pas à militer dans un parti politique. Voyez-vous tous les ravages que ça va faire au niveau des institutions ?         Puisqu’au niveau des institutions, tous ceux qui sont magistrats doivent être  sortis.  Votre CENA même, on doit le mettre aux calendes grecques et c’est fini. Il s’agit là d’un problème profond. J’ai dit à l’entame de notre entretien que quand vous prenez notre loi fondamentale, vous verrez que c’est par rapport à la période dictatoriale dont on venait de sortir que la loi a été prise. L’article  30 de la loi fondamentale a été clair : le droit de grève est reconnu à tout fonctionnaire. Si dans d’autres constitutions, dans d’autres pays le droit de grève est interdit aux magistrats, on ne peut pas transporter ça ici parce que dans  notre loi fondamentale, ce n’est pas la même chose.  Et, l’article 25 est clair : le droit d’aller et de  venir  est reconnu. Avant 90, Il n’y avait que deux journaux. On avait déjà conquis les libertés dans les rues en 85 et couronnées en 1989pour voir Tam-Tam Express, la Gazette du golfe, le Canard enchainé et autres commencer par paraître. Et si vous prenez les numéros de la Gazette du golfe  aux années 89, c’est les extraits des papiers des comités d’action pour la plupart. Donc, pour en revenir à cette question, les magistrats, ce n’est pas eux, c’est le peuple. C’est au peuple qu’on veut retirer  son droit pour avoir le bon droit de le mater à tout moment, de lui dicter ce qui doit pouvoir se faire. Quand vous avez vu le défilé du 1er août, qu’est-ce qu’on a montré ? C’est rien que des armes de guerre. « Taisez-vous hein, sinon, vous voyez ce que j’ai ? C’est pour vous. » Voilà ce qu’on veut dire.  Dans les pays africains, c’est ça. Mais dans les pays développés, on montre ça pour   faire peur à d’autres puissances. Quand les Etats Unis d’Amériques font ça, ils amènent tout ce qu’ils ont comme armes chimiques et autres pour dire : « Union soviétique tu vois tout ce que j’ai ? Tu vois à quel niveau je suis déjà » C’est ça ce qui se fait. Mais ici, c’est pour faire peur aux populations.  On veut dresser le lit à la dictature. Au peuple de se battre. Les magistrats en ont suffisamment fait et il faut les féliciter.

 

N’y a-t-il pas un peu d’objectivité dans ce que disent les députés quand on sait  ce qui se passe dans les tribunaux ?

Non. En voulant régler un problème, il faut voir celui à qui cela profite. Voici le problème qui est posé : ils disent que les dossiers trainent au niveau des juges, que les tribunaux sont engorgés, que les juges sont corrompus. Qui construit les tribunaux ? C’est les magistrats qui le font ? Et dans la loi, je ne suis pas juriste mais quand il y a un tribunal quelque  part, c’est qu’il doit y avoir une prison à côté. Combien de prisons on a au Bénin et elles ont été construites pour combien de gens ? C’est ça aussi la sécurité.  Si on doit avoir pitié de nous, quand on nous a pris comme malfrat, la loi aussi nous dit qu’on ne doit pas nous torturer quand on nous met au frais. Il faut bien nous traiter. C’est ça aussi le droit du citoyen. Combien de prisons  y a-t-il ? Tous les fonds qui sont volés, combien   ont-ils  pris pour construire des prisons ou des tribunaux ? N’avez-vous pas appris que le  MCA a envoyé de l’argent pour construire des hôpitaux, argent qui a été détourné ? Voilà la leçon qu’on veut apprendre. Les tribunaux ont engagé les dossiers, les dossiers trainent sans suite. N’avez-vous pas appris que les magistrats disent que quand il y a cour d’assise, il y a des moyens qu’on doit mettre à leur disposition et qu’on ne le fait pas ?  Pour qu’il y ait sécurité, il faudrait qu’il y ait assez de juges, de magistrats. Ceux qui ont dit qu’ils ont honte des magistrats parce qu’ils sont trop corrompus, l’histoire nous a fait déjà savoir ce qu’ils sont. Pourquoi celui qui a dit que les juges sont plus corrompus ne donne pas de noms ? Moi, je ne parlerai pas d’un corrompu sans donner de nom ni  la preuve. Dès qu’on a dit que quelqu’un connait des corrompus, il aurait dû donner des noms qu’il serait un garçon. Il aurait fait avancer la magistrature dans notre pays. Entre temps quand il y avait eu un problème des magistrats pour frais de justice, des magistrats ont été radiés. Les magistrats ont-ils refusé d’être radiés si les faits de corruption sont établis ?Moi je ne dirai pas que les magistrats sont corrompus. Je dirai que certains magistrats sont corrompus mais pas tous.

Que faut-il faire face à cette proposition ? Faut-il laranger  au placard?

Moi, je pense qu’il faut la retirer. Mais j’ai écouté Sacca Lafia. Voilà quelqu’un qui s’occupe de notre Lépiet qui dit aujourd’hui que les signataires de cette proposition de loi ne feront pas demi-tour, qu’ils iront jusqu’au bout. Ils comptent sur quoi concrètement ? C’est ce que je ne comprends pas.

 

Où en est-on avec l’affaire Dangnivo ?

Je réitère mes remerciements à tous les journalistes qui nous ont relayés. Parce que n’eût été leurs efforts, personne n’aurait su qu’un cadre a disparu dans des conditions qui jusque-là sont mystérieuses. Quand même on a voulu me convaincre de ce que le corps exhumé à Womè était son corps. Moi je continue de dire que ce n’est pas son corps. Et ce n’est pas Akofodji qui me dira le contraire. Le Directeur de cabinet militaire, en ce moment, Robert Gbian qui était sur les lieux m’a posé la question de savoir pourquoi je suis si triste. Je lui ai répondu que même ci c’était un Nigérien qui était perdu et qu’on me dit que c’est lui qu’on est en train d’exhumer, j’allais avoir la même attitude. Dangnivo est un être humain et je continue de répéter que  tôt ou tard, on saura la vérité sur ce qui s’est passé ce 17 août 2010. J’ai appris comme vous à la radio que le Procureur général de la cour d’appel, Gilles Sodonona dit qu’il y a un témoin qu’on recherche depuis dans l’affaire Dangnivo, sinon ça devrait passer à la cour d’assises. Quand nous avons été appelé puisqu’on a porté plainte au niveau de la cour et qu’on a laissé nos dépositions, personne ne nous a dit jusqu’à présent celui qu’on recherche. C’est déjà bien qu’on recherche un témoin. Si c’est le témoin à charge ou à décharge, il faut qu’il le retrouve.

Est-il vraiment mort ?

Ne me posez pas cette question dans la mesure où le procureur dit qu’il reste un seul témoin et c’est le principal.Puisqu’il l’a dit, j’attends. Je suis en train de prier pour qu’Akofodji ne meurt pas, puisque quand nous sommes allés le voir, il a dit quelque chose que vous devrez garder en mémoire. J’ai pu avoir la cassette et j’ai ce qu’il a dit. Que Dieu nous prête vie. Dangnivo vivant ou mort, on saura un jour ce qui s’est passé.

On apprend que les maires s’organisent à faire une déclaration sur un prochain mandat de Boni Yayi. Que pensez-vous d’un éventuel 3ème mandat ?

C’est une machine qui est en marche et le dernier verrou qui peut sauter c’est cette histoire de magistrature. On sait que si on arrive à vaincre les magistrats et à leur retirer le droit de citoyenneté et celui de grève, tout peut se passer. Parce que dans un pays où il n’y a pas de justice, quand ça va se passer comme ça, vous verrez les réponses que les gens donneront par rapport aux milliards promis lors de la table ronde. Que des maires s’apprêtent à le faire, c’est normal. Ces maires sont dans l’illégalité et ils veulent continuer leur mandat. Il leur faut ce parapluie pour pouvoir encore se maintenir. La même chose pour certains députés qui savent que c’est sous ce parapluie qu’ils peuvent faire autant de mandats qu’ils veulent à l’Assemblée nationale. Le troisième mandat est anti constitutionnel parce que notre constitution est claire à cet égard et la trouvaille c’est de dire que c’est le peuple qui le veut. On verra ce peuple qui va se soulever dans les campagnes pour pouvoir le dire. C’est la méthode qui a prévalu entre temps dans un pays voisin que je ne veux pas nommer mais que vous connaissez. L’avion peut atterrir et se casser mais, ça ne veut pas dire que les populations viendront pleurer et dire qu’il faut rester. Est-ce que mon peuple aujourd’hui, avec toute la misère, ses sous engloutis dans ICC, avec ces scandales dont la Cen-Sad, l’obscurité dans laquelle nous nous trouvons aujourd’hui après avoir englouti autant de milliards à Maria Gléta, est-ce que le peuple béninois, la jeunesse béninoise va se laisser duper ? J’attends de voir.

« Je confirme qu’il y aura alternance en 2016 et que Boni Yayi partira ». C’est ce qu’ont déclaré ses proches le 1er août dernier. Que pensez-vous de ces déclarations ? Vous y croyez ?

Je sais qu’au Bénin, ceux qui sont guidés par le ventre disent une chose dans la chambre et autre chose quand ils sont dehors. Pour les informations que j’ai reçues et qui me sont parvenues par rapport à cette loi contre les magistrats, en principe, elle devrait être balayée à leur première rencontre. Quand ils se retrouvent en plein jour, ils craignent la justice personnelle de celui qui les a mis là parce qu’il y a certains, quand tu les écoutes, c’est sans conviction. Il y en a parmi eux qui sont pour ça, qui foncent. Je ne voudrais pas vous dire certaines choses.

Que pensez-vous du RAMU ? Y a-t-il un relais entre Ramu et ICC ?

Vous qui êtes dans le journalisme, essayez de revoir un peu le passé. En son temps, pour pouvoir dompter les zémidjans puisqu’ils étaient nombreux, Kérékou disait qu’ils allaient faire du manioc et qu’il leur trouverait des champs. C’est des milliards qu’on a mis dans ce projet et il y avait au moins 3 ou 4 millions. Allez chercher là où sont passés ces milliards. Est-ce qu’ils ont réellement servi à faire du manioc, du gari ? Lui, pour ne pas faire du manioc, c’est le RAMU. « Je vais m’occuper de votre santé, vous allez vous soigner. » Se soignent-ils maintenant ? Vous les voyez ?  Je ne peux pas dire que le Ramu est ICC bis parce que je n’ai pas encore assez de preuves mais, c’est un marché de dupes qu’on a signé avec eux.

Rédaction

Yèto KANDJI, Roi d’Agonlin sous « L’Arbre à Palabres »: « Les administrations locales ne peuvent plus se passer des Rois du Bénin »

La rubrique phare de votre journal, « Sous l’Arbre à Palabres » a reçu comme 79ème invité, sa majesté Yèto KANDJI, 5ème Roi d’Agonlin. Le  climat actuel au sein des royautés béninoises,  l’état des lieux des activités  que mène  le Haut Conseil des Rois du Bénin dont il assure le poste de secrétaire général, ses  appréhensions sur la gestion du pouvoir par le président Boni YAYI, son « grand ami »,  sont entre autres sur lequel il a réagi  sans faire la langue de bois. Il a longuement insisté sur la nécessité d’une collaboration réelle et fructueuse entre les chefferies et royautés du Bénin et les administrations locale.  La polémique autour des  millions qu’aurait offerts récemment le richissime homme d’affaires Samuel Dossou  aux Rois du Bénin, le droit de grève des magistrats,  l’éventualité d’un troisième mandat pour Yayi,  étaient également au menu des échanges entre le prestigieux invité et les journalistes de « L’Evènement Précis » doublement honorés par la présence remarquable  de la reine Sessimè, une espagnole.

Et si on en parlait

Avant toute chose, quelles sont vos premières impressions ?

Je suis très content d’être avec vous ce matin. Ici, c’est ma maison. Vous savez que monsieur Agognon, votre directeur est mon fils et l’Evènement Précis est un journal digne de ce nom que nous aimons beaucoup. C’est pourquoi chaque fois que nous avons des manifestations, des fêtes à célébrer dans notre royaume, on vous fait appel. Je suis très content d’être parmi vous. Aujourd’hui, la royauté béninoise se porte très bien. Nous sommes là d’abord pour œuvrer pour la paix et le développement de notre cher pays le Bénin. Les gens nous appellent souvent pour nous dire que nous sommes des rois et de ne pas se mêler de politique. Le roi effectivement ne doit pas faire la politique mais à des moments donnés, il faut réagir. Car, nous ne voulons, en aucun cas, laisser nos fils et nos cadres se battre. Le Président de la République qui est là aujourd’hui a été élu par les rois. Il n’est pas là sans nous. C’est pourquoi nous devons agir s’il y a des divergences politiques.

Comment se porte aujourd’hui  le royaume d’Agonlin?

Majesté Yèto Kandji : Le royaume d’Agonlin se porte très bien. Il y a la paix, la cohésion entre les filles et fils de la région Agonlin.

 

Après 20 ans de règne, quel bilan faites-vous ?

Il y a eu beaucoup de choses lors de la célébration de l’anniversaire des vingt ans d’intronisation. Nous avons, dans un premier temps, procédé à la réhabilitation de notre palais qui nous a coûté près de deux cent million (200 000 000) de francs Cfa et grâce au soutien de nos partenaires, surtout de la reine Sessimè, nous avons érigé et inauguré la statue du roi Yèto qui est le fondateur du royaume d’Agonlin. La reine Sessimè nous a envoyé de l’argent pour soutenir les enfants orphelins de Zagnanado. Toujours dans ce sillage, elle envisage, avec nous, la construction d’un orphelinat à Zagnanado. C’est pour vous dire que tout est en bonne voie. Nous avons été invités,  il y  a quelques temps, par le ministre espagnol chargé des relations, le ministre Comina qui aime beaucoup la tradition,  et qui a d’ailleurs été intronisé  dans notre palais. Cette invitation nous a permis de rencontrer beaucoup de personnalités espagnoles, des maires, des honorables députés et autres. Il devait même y avoir un jumelage entre la mairie de Zagnanado et celle de Bayolas en Espagne. Bientôt, ce sera une réalité. Voilà quelques actions menées après la célébration des vingt ans d’intronisation. Mais, au-delà de tout ceci, il y a eu également la célébration de la fête de Mahi Ouindo qui consacre l’union des filles et fils Mahi qui a été célébrée dans ma commune, Zagnanado. A l’issue des cérémonies, j’ai été élu président du conseil de tous les roi Mahi.

 

 

Quelles relations avez-vous avec les autorités communales de votre royaume ?

Vous savez qu’aujourd’hui, il n’est pas permis à tout le monde de parler de politique puisque si  vous ne savez pas  faire, vous allez avoir des problèmes. La politique est très différente de la tradition. Mais la royauté a toujours sa place dans la gestion du pays. Aujourd’hui, les mairies fonctionnent sans les rois alors que dans les pays qui nous entourent, tels que le Ghana, le Togo, le Nigéria, les maires fonctionnent avec les chefferies  traditionnelles. Mais au Bénin, c’est le contraire. Le maire s’oppose à  des décisions que prend le roi. On lui a dit qu’à Agonlin, la tradition est bien structurée. On a un agrément, tous les documents administratifs et par conséquent, nous sommes habiletés à agir dans le sens qui est le nôtre. Aujourd’hui, il y a la paix, le maire a compris que le roi est incontournable dans son royaume et tout marche bien actuellement. Mais si le maire,  veut effectivement le développement de sa localité et supprimer le roi, ça ne peut pas marcher. Le roi a des relations qu’il peut mettre au profit de l’administration locale. Donc, le maire a intérêt à collaborer avec lui pour le développement de la commune. Mais, aujourd’hui, c’est le contraire. Si le roi n’est pas du même bord politique que le maire, c’est qu’il est ignoré.  Voilà un peu ce qui se passe entre la mairie et la chefferie, où le maire invite un chef de collectivité et lui dit bon va-y, dis que tu es roi. Il le dit et par surcroit, le maire commence par financer ce dignitaire. Il est protégé par le maire et il pense qu’il est fort mais c’est faux.

Que fait le Haut Conseil des rois du Bénin dont vous êtes l’organisateur en chef ?

Le haut conseil des rois est une association que nous avons créée. Au prime abord, il y avait le Conseil national des rois du Bénin, que vous connaissez, puis après, il y a eu un petit problème entre nous. Un petit problème de leadership et le roi d’Allada avait claqué la porte. Mais, nous autres, sommes restés avec les rois du nord.  A la fin, ils ont créé une structure qu’on appelle le conseil supérieur des souverains. Ce qui fait qu’on avait deux structures. Mais, le Conseil national des rois du Bénin est enregistré officiellement au Ministère de l’Intérieur et toutes les invitations officielles sont envoyées au Conseil national des rois du Bénin. Il y a plusieurs mois, le président Boni Yayi a décidé de nous aider à aller en congrès afin de juguler cette crise et c’est le ministre Alexandre Hountondji en charge des relations avec les institutions qui avait géré ce dossier. Personnellement, j’ai décidé de faire régner la paix en notre sein. C’est  ainsi que je suis allé voir les rois d’Allada et de Kika pour leur faire comprendre que c’est l’union qui fait la force. Le roi d’Allada me disait que j’étais très jeune mais de leur proposer quelque chose.  Je suis aussi  allé voir le roi Agoli Agbo d’Abomey et d’autres rois pour qu’on arrête un schéma d’union. Le roi Agoli Agbo m’a salué et a essayé  de m’accompagner pour fusionner les deux structures. Ainsi, on est allé au nord avec le roi d’Allada et autres pour calmer la situation. Aprsè, on a instruit tous les rois pour un point à leur base. Donc, on a parlé aux différentes bases qui sont d’accord et on a décidé d’aller au congrès. C’est là, qu’on a choisi l’hôtel Azalaï de Cotonou. Il faut préciser que ce n’est pas le gouvernement qui nous finance. A ce congrès, on avait invité le roi Sifi Ziyé de la Côte d’Ivoire qui était venu en tant que grand roi d’Afrique. C’est lui qui nous a d’ailleurs négocié l’hôtel. Celui qui était le directeur de l’hôtel est un fils de la Côte d’ivoire.  Au lieu de payer 2.000.000 fcfa, on a  déboursé la moitié. Il faut noter que le roi de Savalou n’était pas du cercle, mais on l’a quand même invité avant de nous rendre compte que ce n’était pas opportun. On a regretté de l’avoir fait. Il est venu monter certains rois qui ont commencé par crier qu’on a eu de l’argent. Il est resté à faire du bruit. Mais à la fin, on a arrêté le congrès pour reculer afin de mieux sauter. C’est ce qui a fait qu’on a, après quelques mois, choisi la ville historique de Parakou pour aller adopter le règlement intérieur et les statuts des rois du Bénin.  En son temps, on a invité les rois qui devaient venir sur fonds propres et devront comprendre qu’il n’y a pas de perdiem à prendre en retour. C’est là que chaque roi devra montrer sa puissance et son autonomie à gérer son palais et à se gérer lui-même. Ce n’est paps qu’on voulait écarter certains. Donc, cela a été mon apport pour ramener l’union.

Le Conseil national des rois du Bénin  existe-il toujours ?

Le Conseil national des rois du Bénin existe de même que le conseil des souverains. Sinon, la plus grande structureest le conseil national des rois du Bénin.

D’où était venu le bruit qui a agité le congrès constitutif du Haut conseil des rois du Bénin ?

C’est entre le roi de Savalou et le roi d’Abidjan. Le guide libyen avait un projet sur l’Afrique consistant à faire les Etats Unis d’Afrique. Il avait tenté à plusieurs reprises, mais ça n’avait pas pris. Les gens lui ont conseillé d’impliquer les rois d’Afrique. Sinon, Kadhafi préparait son affaire avant de venir  au Bénin. C’est à son arrivée au Bénin qu’il a cherché à savoir la structure des rois la plus représentative. C’est de là qu’on lui a  conseillé le Conseil national des rois du Bénin. En ce moment, le roi de Savalou était nouvellement intronisé et avait la protection de ce conseil. En son temps, il avait invité le roi Bazou du Cameroun quand les gens lui ont dit de contacter le conseil avant toute action sans quoi, il n’ira pas loin dans ce projet. Il a été me voir et j’ai discuté avec le roi de Kika. Et c’est  finalement le Conseil national des rois du Bénin qui a pris les devants de l’organisation de l’arrivée du roi. On était donc tous à l’aéroport. Le roi de Savalou était dans le Conseil national des rois du Bénin si bien que pour la fête du 15 août, c’est moi, en tant qu’organisateur qui mobilisait les rois. C’est dans cette ferveur que le guide libyen était aussi venu au Bénin. On était donc tous à l’ambassade où le guide nous a reçus. Il nous a même félicités pour  nos accoutrements et  notre organisation et nous a invités à Tripoli. Donc, c’est le conseil qui a organisé ce voyage et celui qui a suivi. Le roi Gbaguidi m’a remis son passeport et on était en contact (il était encore en fonction en ce moment) pour organiser cela. Ce qui s’était passé était que le roi Ziyé était déjà avec le guide en tant que secrétaire permanent du forum des rois d’Afrique. Quand nous sommes allés là-bas, j’ai constaté que mon frère Gbaguidi a commencé par envier le poste du secrétaire permanent du forum. Et depuis Tripoli, cela a commencé par aller mal. On lui a dit de se calmer car, on venait d’intégrer le système. Ce qui a entrainé des divisions entre rois d’Afrique. On est revenu et l’année qui a suivi, on y était. Mais cette fois-ci, les choses ont pris de l’ampleur. Un jour,  depuis nos chambres, on a constaté à la télévision libyenne que notre frère s’est converti. Tenez-vous tranquille, ce sont les motards qui l’ont conduit à l’hôtel. Tout le monde était étonné. Moi, je sais que je ne peux jamais accepter cela car la tradition est autre chose. Après un dîner, chaque délégation allait saluer le guide. Le roi d’Allada était  en 3ème position et moi en 5ème.  A notre grande surprise, le roi Gbaguidi a posé son chapeau sur la tête du guide. Il a ensuite remis sa canne  au guide. Et comme le guide aimait les gens  qui se décidaient à se convertir, cela a été un acte capital pour lui. Convertir un roi est un événement.  Si vous le faites, vous devenez ainsi son ami et si vous voulez de l’argent, il vous en donne. C’est ce que le Roi Tossoh Gbaguidi XIII a fait pour devenir l’ami de Kadhafi. Nous  n’étions pas d’accord avec le  roi de Savalou. C’est ainsi qu’il a commencé par envoyer des courriers au guide libyen pour lui signifier qu’il a une Fondation et a commencé par demander des financements. Lors de notre troisième voyage, il a demandé à ce que cinq rois dont moi-même ne soient pas dans la délégation.  Mais l’ambassadeur lui a rappelé  que c’est depuis la Présidence qu’il a reçu les instructions concernant ceux  qui devraient prendre part à ce voyage. Il lui a expliqué que mon passeport ainsi que ceux des quatre autres rois sont déjà là. C’est de là qu’il m’a appelé pour signifier que nous devrions voyager et m’a demandé de lui envoyer mon passeport. Je lui ai répondu que je l’ai déjà envoyé à l’ambassadeur. C’est ainsi qu’on est allé en Libye. Arrivés là-bas, la chose a pris  encore une autre tournure. Je dois rappeler qu’en ce moment, le gouvernement était en train de préparer notre forum. On s’est dit que le ministre chargé des relations avec les institutions n’était pas habilité à  organiser ce forum et qu’il revenait aux rois de le faire eux-mêmes. C’est ainsi que nous avons écrit au président de la République pour lui dire que le Conseil national des Rois du Bénin doit participer à ce forum. En réponse à notre lettre, le Président de la République a donné des instructions pour que le directeur de cabinet du ministre chargé des relations avec les institutions  nous reçoive. On était environ neuf rois. Il nous a fait comprendre que nous devrions faire ce que nous réclamions. Cela supposera qu’on n’aime pas le chef de l’Etat et nous a demandé de revoir notre position. Nous lui avions dit qu’on aurait appris que le gouvernement avait débloqué vingt-cinq millions pour l’organisation du forum et que personne ne nous dit rien et qu’on n’est même pas associé à quoi que ce soit. Il nous a dit qu’il nous comprend et va revoir les choses. C’est ainsi que nous nous sommes retournés pour prendre part bêtement au forum que le Ministère organisait pour nous. En ce temps, il y avait le Conseil national des rois du Bénin et le Conseil des Souverains du Bénin comme institutions de la royauté. Chacune de ces institutions avait envoyé  une délégation de sept membres au forum. J’étais dans l’une des délégations. Mais là-bas, on a constaté que sans qu’on n’ait clôturé les travaux,  on nous a demandé de les amener au Ministère. Et c’est au Ministère là-bas que le bureau du  Comité de suivi desdites résolutions et recommandations a été mis sur pied. Moi, en son temps, j’ai déclaré  devant le directeur du cabinet que ce que le ministre chargé des relations avec les institutions fait  n’est pas bon. C’est ainsi qu’il a donné des instructions pour qu’on m’écarte du Comité de suivi. Mais bien avant cela, entre le roi Sifi Ziyé et le roi Tossoh, le courant ne passait plus bien. Car, à l’époque où nous organisions le forum des rois d’Afrique, le roi Tossoh voulait prendre le poste du secrétaire général permanent. Il nous a même demandé de le soutenir contre le Roi Sifi Ziyé. Mais nous lui avions fait comprendre qu’il aurait dû le faire quand nous étions encore dans notre pays. Nous lui avions clairement fait comprendre que le roi Ziyé était mieux placé  que lui pour gérer ce poste. Et quand il est revenu, il nous a dit qu’il est devenu indépendant. Ce qui veut dire qu’il n’est plus dans le Conseil des rois du Bénin. Il a donc commencé par mener ses actions seul. C’est alors que le roi Sifi Ziyé a commencé par travailler avec nous au Bénin. Il m’a rendu visite dans mon Palais à Agonlin et nous l’avons reçu en grandes pompes. Quelques jours après, le roi Tossoh m’a demandé de le laisser tomber. Je lui ai répondu ceci : « Majesté, quand vous étiez ensemble avant, est-ce que tu m’as dit qu’il est faux ?  Je suis donc libre de faire ce que je veux ». C’est  ce qui a fait qu’entre moi et le roi Tossoh, le courant ne passe plus correctement.

 

Les raisons du spectacle observé lors du congrès constitutif du Haut conseil des rois du Bénin

Quand  on a voulu organiser le congrès constitutif du Haut conseil des rois du Bénin, on était resté en contact avec le roi Ziyé. Et on avait une vision en collaborant avec lui parce que quand Kadhafi avait rendu l’âme, le roi Ziyé avait commencé par chercher des partenaires pour que le forum des rois d’Afrique ait lieu. Il est allé en Guinée équatoriale pour poser le problème au Président équato-guinéen qui l’a adopté et même donné son accord pour que le forum soit organisé dans son pays. Parallèlement à ça, le roi Tossoh avait déjà envoyé un courrier au gouvernement pour lui dire que tous les rois sont d’accord pour que le forum des rois d’Afrique soit organisé au Bénin et plus précisément à Savalou. En son temps, nous ne l’avions pas suivi dans cette démarche. Aucun grand roi du Bénin  ni d’ailleurs n’a pris part à ce forum qu’il  a effectivement organisé. Il s’était précipité à faire ce forum parce que, nous autres, on était en pleins préparatifs de l’organisation du Haut conseil des rois du Bénin. L’information étant relayée sur Internet,  il  s’est dit que c’est  pour nous aider que le roi Ziyé était venu  nous rendre visite au Bénin. Son intention était donc de casser notre projet à tout prix. Mais, il n’était pas sûr que Ziyé allait venir à notre congrès. Il l’a même personnellement appelé pour lui intimer l’ordre de ne pas venir au risque de se faire arrêter. Mais avant ça, il lui a envoyé une lettre à travers laquelle il l’a clairement menacé. Nous en avons copie. Mais nous avons rassuré le roi Ziyé que rien ne se passera s’il vient à notre congrès étant donné que le Bénin appartient à nous tous. Effectivement, le roi Ziyé est venu à notre congrès comme convenu et j’étais allé l’accueillir à l’aéroport. Je dois dire qu’en réalité, c’est à cause du roi de Kika qui est un sage  qu’on a invité le roi Tossoh. Il nous en a fait la demande et nous l’avons effectivement invité à ce congrès. Et quand l’incident dont vous parlez a commencé par se produire, on a fait savoir au roi de Kika que nous avions regretté de faire ce qu’il nous a demandé. En réalité, quand il est venu, il s’était préparé pour affronter le roi Ziyé. C’était la raison principale de cet incident. Ce n’est pas du tout parce que les rois n’étaient pas d’accord pour la création du Haut conseil des rois du Bénin. C’était donc un problème entre Sifi Ziyé et le roi Tossoh.

 

Vous aviez promis ramener la paix au sein de tous les rois mahi qui ne s’entendaient pas lorsque vous avez été élu président des rois Mahi au début de l’année 2014. Où en êtes-vous actuellement étant donné qu’on remarque à travers  vos explications que vos relations avec le roi Tossoh continuent d’être tumultueuses ?

Depuis que j’ai été élu président du Conseil des rois mahi, comme vous venez de le dire, j’ai prêté serment que je dois tout faire pour unir les fils et filles mahi. Le roi Tossoh devrait arriver à Agonlin. Mais comme le courant ne passait pas bien entre nous, il a envoyé seulement quelques quatre dignitaires qui sont venus assister aux manifestations marquant mes vingt ans de règne. Mais après ça, le roi Tossoh est venu me voir dans mon Palais il y a environ deux mois. On avait beaucoup parlé. Mes dignitaires en étaient témoins. J’ai senti dans ses propos qu’il veut qu’on soit ensemble. Mais, lorsqu’on a fini de parler, je lui ai dit que je vais rendre compte aux autres rois. Effectivement, je suis allé voir le roi de Kika. Quand je lui ai dit que le roi Tossoh était venu me voir, il en était étonné. J’en ai parlé également au roi d’Allada. Mais, je dois dire que, bien avant notre rencontre, il a  créé une autre structure. C’était au Palais des Congrès de Cotonou. Il s’agit de la Haute autorité des rois du Bénin. Il l’a fait justement parce qu’il n’est pas dans le Haut Conseil des rois du Bénin. Son intention reste toujours de casser cette structure que nous avons créée. Mais cela ne passera pas parce que nous devons rester ensemble. Aujourd’hui, tous les grands rois, du Nord au Sud sont avec nous, sauf lui. De toute façon, moi, en tant qu’organisateur de notre structure, je suis en train de faire un travail de fourmi pour le roi Tossoh revienne au sein du Haut Conseil des rois du Bénin. Je suis en train d’œuvrer pour ça. Mais j’ai appris encore qu’il est allé au Ministère de l’Intérieur pour négocier la signature du ministre afin d’obtenir l’agrément  du Président de la République. Heureusement que le ministre a refusé, selon les informations que nous avons eues en lui disant que nous devons rester ensemble. Et je pense que ce dossier est déjà rangé dans les tiroirs. J’ai également appris qu’il entreprend de créer la Grande Chambre Royale. Et il paraît qu’ils ont même fait appel à des gens influents comme Bio Bigou, le professeur Félix Iroko pour influencer le ministre chargé des relations avec les institutions. J’ai appris que  la mise en place de cette nouvelle structure se prépare activement au Ministère chargé des relations avec les institutions. Et ça, non plus, ne peut pas aller parce que tous les rois sont déjà réunis dans une seule structure que nous appelons Haut conseil des rois du Bénin. Le roi Tossoh doit donc revenir au bercail. Et nous sommes en train d’œuvrer pour ça parce que c’est ensemble qu’on sera fort.

 

Malgré le serment que vous avez prêté pour unir les fils et filles d’Agonlin, des personnalités de votre royaume  continuent de s’entredéchirer. Qu’en dites-vous ?

Effectivement, aujourd’hui, ça ne va pas au niveau des cadres d’Agonlin. Politiquement, je veux dire. Comme vous le savez, aujourd’hui, dans la région, tout le monde veut être leader. Vous savez que le  ministre Lambert Kotti, lorsqu’il était encore en poste, les week-ends, arrivait au village. On discutait et on réfléchissait sur nos problèmes. On était là quand on a appris qu’il y a eu remaniement ministériel. On enlève donc le ministre Lambert Kotti pour placer son jeune frère Aké Natondé. Ça, même si vous êtes des frères ‘’même père et même mère’’, cela doit vous faire mal. Cette situation a amené beaucoup de divisions dans la région. Etant donné que le ministre Kotti a ses partisans ainsi que le ministre Aké. Dans ces conditions, comment voulez-vous qu’il y ait la paix dans la région Agonlin. Si moi j’étais à la place du chef de l’Etat, je ne devrais pas faire ce qu’il a fait. Je peux nommer Aké dans un autre Ministère.

J’ai tenté plusieurs fois de les unir, mais en vain. Appelez aujourd’hui Janvier Yahouédéou, Dadjo Marius, Gandaho Pascal. Ils te diront non si tel doit être là, moi  je ne viendrai pas et ainsi de suite. La dernière fois, l’honorable Valentin Somassè  a organisé une fête pour l’an un de sa libération. On s’est battu et il a été libéré. Il est venu me voir et a dit : « Majesté, je voudrais remercier la population   d’Agonlin parce qu’en son temps, j’ai vu à la télé qu’on a marché, des banderoles en mains pour moi. Maintenant, je vais les remercier mais sous ton parrainage.  Comme c’est toute la région, on invite tout le monde. Que ce soient les chefs traditionnels, les cadres, l’administration locale des trois communes, sans exception ». Nous avons fait des démarches, on a invité les cadres et tout le monde. Mais, ils n’étaient pas là. Yahouédéhou Janvier était là et lui, on constate qu’il a la volonté et il veut que les fils  de la région s’entendent. Gandaho Pascal, c’est devant moi que Somassè l’a appelé, il est venu à Agonlin ce week end-là mais n’a pas mis pieds sur les lieux de la manifestation. Comment voulez-vous que sa majesté gouverne dans ces conditions. On m’a donné le pouvoir. Je suis tête couronnée et quand j’appelle un fils en réalité, quel qu’il soit, il doit répondre. Il doit se rendre au palais automatiquement répondre à l’appel de son roi. Mais, ce  n’est pas le cas et tous les fils ne sont pas comme ça non plus. Il y a des fils qui sont nés à l’extérieur et qui ont grandi là-bas. Ils ne connaissent pas les principes de leur tradition et par conséquent, quand le roi les appelle, ils peuvent dire mon roi, je n’ai pas le temps ainsi de suite. Là on peut comprendre.   Mais pour ceux qui sont nés au pays et qui connaissent les principes de la royauté, le roi ne peut pas appeler un prince qui va traîner les pas !

En  2013, vous avez été élu président du Haut Conseil des rois  mahi. Vous  aviez placé votre mandat sous le signe de la réconciliation entre les rois qui ne s’entendaient pas. Avez-vous pu relever ce défi ?

Relever le défi, je dirai oui mais nous avons encore du temps et bientôt je serai à Savalou  pour voir le roi Tossoh Gbaguidi afin que nous échangions sur un certain  nombre de petits problèmes. Au niveau de la région Agonlin, le problème ne se pose pas. Agonlin est un et indivisible. Agonlin, c’est trois communes. Il y a Zagnanado, la commune mère, il y a Covè et puis Ouinhi. C’est au temps de la révolution que le ministre Azonyiho a donné l’autonomie à Covè et Ouinhi si non, les deux communes étaient sous Zagnanado. Donc, Agonlin est un et demeurera un. Nous, nous avons été intronisé le 24 février 1993. En son temps, il y avait le père de dah Zéhè   à Covè. Il était membre du conseil national des rois du Bénin quand moi j’étais trésorier dans ce conseil. On travaillait ensemble surtout pour les cérémonies de purification dans la région. Mais juste après sa mort, les choses ont commencé. Lui-même était Dah Agounli. C’est au moment où le président Kérékou devait briguer son second mandat, en période électorale. On était là et on nous informe qu’on veut introniser le roi de Covè. Nous, on n’était pas au pays mais nous avons donné les instructions au sages, aux dignitaires et autres de participer aux cérémonies. Moi, j’étais là-bas quand on m’a appelé pour me dire que sur les cartes d’invitation, ils ont mis roi d’Agonlin. J’ai dit mais si c’est ça, il ne faut pas participer à l’intronisation. Donc, c’est comme ça, petit à petit, qu’on a commencé par entendre roi d’Agonlin, Zéhè roi d’Agonlin. Mais je vais vous le dire, il ne représente rien dans les associations, même sur le plan national, personne ne le connait. Ce problème nous a amené devant les tribunaux et le juge s’est déclaré incompétent. Il revient au Conseil des rois de trancher.

Donc effectivement, on a fait ce procès. Il a fait appel, cela n’a pas marché. Aujourd’hui, nous  avons des critères. Après le forum, on a envoyé certaines lois à l’Assemblée nationale. On ne se lève pas un jour pour dire qu’on est roi. Tu dois suivre certains rituels. Est-ce que ton papa était roi ? Est-ce que ton grand-père était roi ? Tout cela se trouve sur la table des députés depuis bientôt trois ans. Et ils ne veulent pas voter parce que ce sont eux qui ont fabriqué ces rois –là, à cause de leurs intérêts. Si aujourd’hui, on vote cette loi, je pense que tous ces rois vont tomber. Ils seront à terre.  On était allé rencontrer le président de l’Assemblée nationale. Cela fait déjà quatre ou cinq mois. Et il nous disait que cela fait pitié. « Les députés, je ne vais pas vous mentir, ils ne veulent pas voter  cette loi.  Il y a des roitelets qui se promènent partout  même à moto et qui disent qu’ils sont roi tant… roi tant ».

Donc, c’est l’Assemblée nationale qui vous bloque ?

Oui, c’est l’Assemblée nationale.

Quel message vous avez à l’endroit des députés ?

Ce que moi, je pense, c’est que, ce sont  nos enfants.  Ils sont élus par les rois. Bientôt, ils vont quitter. Ils vont finir leur mandat. On ne peut pas aller les supplier. On leur a envoyé une loi qui se trouve  sur leur table depuis trois  ans, et ils nous bloquent. C’est eux qui nous bloquent.

Mais vous n’avez jamais parlé de ça ?

Ecoutez ! La fois dernière, on était allé à Abomey. Il y a Dah Agbalènon qui organisait quelque chose. Il a invité  l’honorable Malèhossou qui était là. Mais j’ai pris la parole et j’ai parlé de ça. Lui, il dit, ‘’Majestés, je ne suis pas au courant’’.  Maintenant que tu es au courant, fais-nous quelque chose. Mais depuis ce jour, bientôt un an, rien n’est  fait.

Mais vous n’avez pas marché contre lui ?

Ecoutez ! Est-ce que les rois vont marcher. On peut dire à nos enfants de marcher. Mais pas nous.

On revient au Haut conseil des rois du Bénin. Concrètement, que fait cette instance ?

Le Haut conseil est créé, d’abord, pour assainir le milieu de la chefferie béninoise. Vous savez, aujourd’hui, il y a beaucoup de rois, et, si ce haut conseil a été créé, c’est pour sortir les vrais rois du Bénin, pour aider  également l’administration. La fois dernière, vous avez vu les syndicalistes et la présidence. On a été reçu par le chef  de l’Etat et nous lui avons donné des conseils. Mais on est allé également voir nos enfants syndicalistes. On leur a parlé aussi. Mais la paix est revenue aujourd’hui. Donc, les objectifs du haut conseil, c’est d’aider également le gouvernement, de faire d’une manière pour que chaque royaume se développe. Nous avons certains villages où il n’y a pas de l’eau à boire. Nous sommes en train de prendre des contacts avec nos partenaires, nos amis qui sont à l’étranger pour qu’on puisse faire de forages dans nos royaumes afin que nos enfants boivent  de l’eau. Le haut conseil a été créé pour le développement.

Qu’est-ce que vous dites au sujet de tout ce qui se passe autour de la répartition du fonds que l’Etat vous donne chaque année ?

Le comité de suivi, en son temps a été créé pour aider les historiens. Quand  nous avons fini le forum, on a  choisi certains historiens  pour voir les royaumes puissants. Mais eux seuls ne peuvent pas faire le travail. Sans nous  les rois, ils vont mal faire. Donc, dans ce cadre, nous avons mis  un comité de suivi  sur pieds. Quand le gouvernement a commencé par nous subventionner, automatiquement, ce comité de suivi a décidé de gérer les fonds. On a décidé  de répartir un million de francs FCA par commune.  Vous savez, il y a des choses qu’on ne peut pas dire. Normalement, si ces fonds sont pour les rois, nous avons une structure,  on nous remet la totalité. On entend à la télévision, cent millions. Quand on partage, des rois  prennent vingt mille francs CFA. C’est vrai. A cause de ces fonds, il y a beaucoup de rois. Un chef traditionnel se lève et il est roi parce qu’au moins, il va trouver vingt mille ou cinquante mille francs.

Vous savez, aujourd’hui, on ne peut pas dire à Agoli-Agbo de quitter Abomey pour venir prendre 1 million à Cotonou pour son royaume. Ecoutez, si le gouvernement nous considère, il peut aller dans les archives sélectionner les grands rois. Et puis le roi est dans son palais et le gouvernement lui envoie son enveloppe.

Comment se passe la répartition ?

Vous savez, les 1 millions, quand ça vient, ce n’est pas le roi seul qui bouffe. C’est pourquoi je dis qu’il y a des rois qui prennent 20 mille, 50 mille. C’est une division. Quand on annonce à la télé que les 100 millions sont là, vous allez voir du monde dans votre palais. Et comme ça, vous commencez à partager. Si quelqu’un ne trouve pas, il s’énerve contre vous et il vous maudit. Que Dieu nous aide hein. Il y a des rois aujourd’hui qui ne trouvent pas à manger. Je ne peux pas vous mentir.

Sa majesté, il y a des rois qui marchent ? Qui sont-ils ?

Ecoutez, c’est une surprise pour moi d’apprendre que les rois ont marché.

Nous avons assisté à la marche du roi Agoli Agbo au moins…

Dans quelle condition ? Il faut me dire un peu pour que je sache.

Pour le développement de sa commune par exemple….

Vous savez, un roi est un être humain. Le roi n’est pas différent. C’est la tradition qui donne le poids au roi, à sa majesté. Donc, nous faisons également des erreurs. Ce qui s’est passé avec le roi Agoli Agbo, nous l’avons appelé après au sein du conseil, et nous lui avons demandé de ne plus continuer  parce que ce n’est pas bien.

Ça veut dire que sa majesté Yèto Kandji ne marchera jamais ?

Jamais.

Pourquoi ?

Mais écoutez, moi, j’avais refusé d’être intronisé. Un jour ma mère est allée à Agonlin pour les cérémonies après le décès de mon père et elle a été bloquée là-bas. Et on lui disait, si ton fils ne vient pas, les cérémonies de sortie ne finiront pas. Elle a donc fait trois ans dans le palais.  Et cela m’a fait mal. Alors un beau jour, je me suis présenté. C’est là qu’on lui a fait les cérémonies et elle a été libérée. C’est comme ça qu’on m’a intronisé. Mon papa m’avait dit,  en son temps, majesté, il faut accepter voiture, femme, tout, et qu’il allait s’occuper de tout. Alors, après sa mort, je me demandais qui allait me donner tout ce qu’il m’avait promis.  Mais quand je suis resté au couvent pendant trois mois,  des rois sont venus me dire ce que je devais faire et ce que je ne devais pas faire. C’est après cela que je suis sorti. Et automatiquement, je suis allé voir le roi Adétutu à Kétou. Il m’a reçu et m’a donné des conseils. Après, je suis allé à Djougou, à Kouandé, à Savè où j’ai rencontré tous les rois. Je ne suis pas un  petit dans la royauté au Bénin. Je suis resté avec tous ces grands. On a travaillé ensemble au sein du conseil national des rois du Bénin. C’est le roi Adétutu qui était le président du conseil. Quand j’étais au couvent, il y a des moments où je ne trouvais pas à manger parce qu’il y avait des princes qui étaient là et qui cherchaient le trône. Alors, ils envoyaient des missiles. Et celui qui devrait venir vous donner de l’argent pour manger ne vient pas. Vous êtes là et vous souffrez. Et si vous résistez à cela pendant cinq ans, vous devenez un vrai roi. Donc, depuis, je ne manque plus de rien. Vous pouvez visiter mon palais. Mon palais, sans fausse modestie n’est pas comparable à d’autres palais au Bénin. Vous pouvez venir voir. Mais écoutez, quand Jean Gounongbé était venu,  il a dit Tossoh n’a qu’à venir à Agonlin pour voir ce qu’on appelle palais. Si j’ai la reine Sessimè, qui est une espagnole, c’est parce que les ancêtres et Dieu ont déjà tracé tout. Mais, aujourd’hui, moi je ne souffre de rien. Si c’est l’argent, j’appelle mon amour et je lui dis envoie de l’argent et elle en envoie.

C’est vrai ?

Mais oui. Elle va envoyer. Elle ne peut pas me laisser comme ça. Pour les cérémonies de mes 20 ans sur le trône, je sais combien elle a mis dedans. C’est des millions. Agoli Agbo me connait. Kpoédégbé aussi. Je ne suis pas le plus petit parmi eux, mais vraiment, je suis important. Ce n’est pas que je suis en train de me glorifier. Je veux juste dire qu’on ne peut pas organiser ici au Bénin quelque chose qui concerne la tradition sans moi, Yèto Kandji. Je respecte d’abord le roi d’Allada. Il est plus âgé que moi. Ce n’est pas parce que nous sommes tous rois et qu’il y a un problème que je vais l’insulter. Non ! Moi je les respecte tous. Et j’ai leur bénédiction. Aujourd’hui, tous ces rois m’écoutent. Kika, Agoli Agbo, Kpodégbé, jusqu’au nord. Quand nous disons c’est ça, c’est vraiment ça. Quand nous avons des réunions, avant que les rois du nord ne se déplacent, il faut que je donne le top parce qu’ils ont vu en moi que je dis la vérité. Je respecte, je ne suis pas dans n’importe quoi.

On dit que vous avez été approché par l’homme d’affaire Samuel Dossou. Qu’en dites-vous?

 

Bon, vous savez, quand vous ne maîtrisez  pas quelque chose, il faut vous taire au risque de dire n’importe quoi sur les ondes ou dans la presse. Le Haut Conseil  des rois a été créé pour la promotion de la paix et pour le développement. Nous sommes là également pour soutenir nos enfants qui seront marginalisés. Vous savez, quand il y a un problème, l’enfant doit courir voir le roi pour l’en informer, pour lui demander peut-être sa protection. Quand un enfant fait cela, on va le sauver. En ce qui concerne ce dossier, d’abord le Haut conseil des rois  avait fixé une rencontre extraordinaire. C’était en cours quand la princesse, l’honorable Prudencio, est allée voir le roi d’Allada qui est le président du Haut Conseil des rois du Bénin avec son mari, Monsieur  Samuel Dossou pour aller se plaindre. Au cours de notre réunion extraordinaire, nous avons étudié le dossier et rendu publique une décision. Après notre sortie médiatique, le chef de l’Etat nous a appelés afin que nous puissions l’écouter aussi. Au cours de l’audience qu’il nous a accordée, il nous a fait part de beaucoup de choses sur le dossier. Nous avons alors décidé de jouer à l’apaisement et de rencontrer à nouveau notre fils Samuel Dossou afin qu’il nous éclaire davantage. Notre but étant de faire en sorte que la paix revienne dans le pays.

 

 

 

 

 

Que dites-vous d’un éventuel  3ème mandat pour le chef de l’Etat?

Bon, vous savez, le président de la République, c’est un ami. Même pour le voir, je ne passe pas par un ministre. Je l’appelle et il me reçoit. J’ai des relations personnelles avec lui. Même quand je suis à l’étranger, je l’appelle et on discute. Si les gens le soutiennent pour un troisième mandat, c’est qu’ils ont vu que si on le laisse partir comme ça,  on aura des problèmes. On n’a pas eu de l’argent chez le président Yayi Boni avant de faire des déclarations devant la presse. On l’a soutenu avec le cœur. Aujourd’hui, les gens constatent qu’il ne veut pas partir. Le pouvoir, c’est le pouvoir. Je vois que nous devrions plutôt prier pour lui pour que tout aille bien. 3ème mandat ? Bon, nous avons une constitution. Et notre constitution dit tout. Je pense que, pour la paix, il ne faut pas forcer les choses. Et le pouvoir c’est Dieu qui le donne. S’il  va briguer un troisième mandat, c’est Dieu et les mânes de nos ancêtres qui vont décider de çà. Aujourd’hui, je ne peux pas rester ici pour dire que Yayi Boni ne va pas accéder à un troisième mandat. Mais, il faut qu’on aille doucement. Et vous avez vu tout ce qui s’est passé au cours du dernier mandat du président Kérékou. Ecoutez, le président m’avait reçu pour un tête-à-tête. On a beaucoup parlé. Il m’a dit qu’il va partir. Lui, il ne veut pas la guerre.  Même à la maison, il refuse à ses enfants de tuer les mouches. Lui, il veut la paix dans son pays. Ce que  je vois c’est que, c’est la politique. Nous sommes là pour prier qu’il y ait la paix et pour que tout aille bien. Je dis et je répète, le pouvoir c’est Dieu qui le donne. Dieu l’a aidé. Il a fait un mandat et en a eu un autre qui est en cours. On espère qu’il le finira en paix. A Abidjan, Gbagbo pouvait laisser le pouvoir tranquillement et se reposer. Il peut revenir encore, qui sait ? Il est aimé par les Ivoiriens. Mais quand on dit laisse, et qu’on veut s’efforcer  parce qu’il y a des gens qui vous poussent à rester, on finit par se retrouver quelque part où ces incitateurs ne se retrouvent pas souvent. Donc, moi je pense que si, aujourd’hui, la population béninoise décide que Yayi Boni est en train de travailler et qu’elle ne veut pas qu’il parte sans finir ce qu’il a entamé, il peut faire un 3ème mandat. Mais, écoutez, il peut partir et revenir. De là, on verra la différence. Mais nous, nous allons essayer de lui parler pour qu’il n’y ait pas de débordement.

 

 

C’est pour vous dire que c’est Dieu et les mânes de nos ancêtres qui décident. Yayi peut dire ‘’moi je vais briguer un troisième mandat’’. S’il le dit et que le tout puissant et les mânes de nos ancêtres n’acceptent pas, il y aura la guerre et nous ne voulons pas la guerre dans notre pays. Donc, dans ce sens, quand ça va arriver et il va tenter de faire quelque chose…, nous les rois, aujourd’hui sans vous mentir, tous les rois sont fâchés contre Yayi Boni.

Aah !

Mais oui !

Donc le roi est contre ?

Comment vous pouvez dire ça ? Il est mon ami d’accord. Mais écoutez, je dis aujourd’hui du Nord au Sud, les mânes de nos ancêtres  ne sont pas contents  de lui.

Jusqu’à vous ?

Mais oui.

Qu’est-ce qui a amené ça ?

Ecoutez le roi d’Ifè était venu à la présidence et il disait au président, mais écoutez, Excellence, pourquoi vous laissez vos rois comme ça, en train de souffrir ? Et il lui a dit si vous voulez rester longtemps au pouvoir, mettez vos rois à l’aise. Il lui a dit ça. Aujourd’hui nous, on a des problèmes.

Il ne vous met pas à l’aise ?

Avec les cent millions-là ? On n’a pas notre place au sein du gouvernement. Lors des cérémonies officielles, on ne reconnaît pas la chefferie traditionnelle.

Mais vous   êtes souvent invités ?

Mais vous êtes invité… tu viens, tu es debout. Tu veux t’asseoir, on dit non. On nous balance des choses et après on nous dit allez-vous asseoir. On ne nous respecte pas. C’est quand il y a les élections qu’on nous considère. Et là, on se couche par terre. Mais normalement après les élections il faut passer encore. Mais le président, c’est mon ami. Il était venu dans mon palais pour recevoir les bénédictions. Il était couché par terre. Mais aujourd’hui, il vient à Agonlin sans même penser venir me saluer dans mon palais. C’est ça, donc on n’est pas considéré. C’est quand il y a un problème brûlant qu’on nous considère.  Les majestés vont régler ça. Effectivement nous avons ce poids. Ecoutez, nous on n’a pas peur. Mais, ce n’est pas le moment de réagir. Vous voyez donc, on n’a pas peur. Mais le jour viendra et  on va réagir. Notre réaction, fera  trembler du Nord au Sud. Donc ce n’est pas le moment. On demande au Dieu Tout puissant et aux mânes de nos ancêtres de nous prêter une longue vie pour qu’on puisse voir comment les choses vont se passer en 2016.

Vous  êtes dans le peuple. Le Béninois vit-il décemment ?

Effectivement, ça ne va pas parce que, partout où tu passes, c’est la misère. C’est la vérité, ça ne va pas. Donc si le gouvernement peut revoir la situation avant la fin de son mandat, ce serait bien.

Et par rapport à la grève des magistrats ?

Vous savez  que les magistrats ne sont pas contents. Et quand tu n’es pas content de quelqu’un, il faut tout faire pour le déstabiliser.

Que pensez-vous de leur marche alors ?

Si le gouvernement est en train de refuser ça, c’est parce qu’il a compris que si on laissait les magistrats faire la grève et se constituer en association, c’est qu’ils vont commencer par agir comme les syndicalistes. Si tout allait bien, il n’y aurait pas ça.

A Agonlin qu’est devenue l’Avenue Cardinal Bernardin Gantin ?

Vous savez tout est politique. Les gens viennent vous parler et si possible, appellent même Dieu. Mais quand ils vous quittent  et s’en vont, vous êtes totalement oubliés ainsi que les projets. Ils ont leurs objectifs dans leur tête.

Donc ce projet aussi a été abandonné ?

C’est abandonné ! J’ai dit en son temps que je vais réagir. Mais aujourd’hui quand tu passes ce sont des herbes un peu partout. On les attend au carrefour.

Qui êtes-vous ?

Je suis le roi d’Agonlin Sa Majesté Yêtokandji. J’ai été à l’école. Mais mon niveau d’instruction n’est pas élevé. J’ai arrêté l’école en classe de CM2.

Mais on a l’impression d’écouter quelqu’un qui a fait l’université ?

Merci. Je n’ai pas pu avoir mon Certificat d’études primaires. J’avais commencé le Cours d’initiation à Lokossa dans les années 80.

Qu’est-ce qui vous a finalement amené à la royauté ?

Mon grand­-père – c’était lui le roi Azonssi Togni Agonlinhossou. Mon père était le prince aîné. J’étais au CM2 quand j’ai commencé par tomber malade et je marchais difficilement. C’est alors que l’oracle  a révélé que je devrais être roi. Ma maman a commencé par crier disant que c’est faux. Mon père, lui, me disait qu’il allait m’amener au village pour les rituels. Donc, on m’a amené dans une brousse où on m’a fait les cérémonies. Et lorsque je suis revenu, il n’y a plus de maladie. Donc, soudainement, on apprend la mort de mon grand-père. Dans mon enfance, quand il venait nous voir, j’étais souvent le premier à l’aborder. Ainsi il me demandait des services. Je pouvais aller en brousse lui chercher les feuilles parce qu’il était un guérisseur. Donc après sa mort, j’ai fait sept avant d’être intronisé. J’ai deux grands frères qui ne sont plus de ce monde.

 

Carte d’identité

Roi par contrainte

Depuis 20 années déjà, le roi Yèto Kandji  règne  sur le  trône de ses ancêtres à Agonlin. Mais cette mission traditionnelle, il n’en voulait pas du tout. Jeune à l’époque où il vivait avec ses amis à Ouidah, une ville historique située dans le département de l’Atlantique, il voyait trop contraignant de tout abandonner pour venir être intronisé sur un trône qui exigeait moult sacrifices. Et pourtant, parmi ses deux frères ainés qui ont déjà rendu le tablier de la vie, c’est bien lui que l’oracle a désigné après les consultations effectuées. Mais sa résistance ne durera pas trop longtemps. Après la mort de son père, en effet, sa mère sera bloquée après les funérailles à Agonlin. Son retour à Ouidah est désormais subordonné à l’intronisation de son fils désigné par l’oracle pour assumer l’héritage ancestral. « Après le décès de  mon père, on est allé à Agonlin faire les funérailles. Mais après,  les sages ont bloqué  ma  maman au village. Son retour à Ouidah était donc conditionné à mon intronisation. Après plusieurs réflexions, vu les souffrances qu’endure ma mère, j’ai dû abdiquer. Je suis allé me donner et c’est de là qu’ils ont programmé mon intronisation », s’en souvient-il encore comme si c’était hier. C’était le 24 février 1993. Désormais intronisé, le roi Yèto Kandji va parcourir tous les  grands couvents pour prendre conseil de ses aînés à l’instar du roi Kpodégbé d’Allada, intronisé deux années plus tôt. Même s’il se souvient encore de ses premières années de galère dans cette fonction ancestrale, le roi Yèto Kandji  ne  nie plus tirer profit de la chose. « D’abord, le roi est respecté. Dans une communauté, c’est lui qui coiffe tout. Cette position qu’il occupe fait que les gens le respectent quelle qu’en soit leur catégorie socioprofessionnelle. Mieux,  avant d’aller saluer un roi, on lui  amène quelque chose. Cela  peut être de l’argent ou des boissons. Il y a aussi  des étrangers qui viennent saluer le roi par amour, ils peuvent venir vous témoigner de leur affection et vous donner 1 million en partant par exemple », a-t-il avoué. Mais ce n’est pas tout. Outre le côté matériel, une puissance naturelle protège le roi de toute tentative occulte. Et il en témoigne : « Si tu es un vrai roi et tu sors la nuit, tu es protégé. Les ancêtres sont partout où on est, ils sont avec nous et c’est eux qui nous encadrent. S’il  y a un incident devant, ta voiture peut avoir une crevaison. Ce qui te  permettra de rester là pour quelques heures avant de trouver  une solution à ton problème pour continuer ton chemin. Arrivé là bas, tu vas  remarquer qu’il y a eu des morts, un accident ou un camion qui s’est renversé sur une voiture. S’il n’y avait pas eu cet arrêt, c’est toi qui allais en être victime. Donc, c’est les ancêtres qui nous protègent », a-t-il révélé.

Intimité

Roi, mais encore amoureux

A 42 ans révolus, le roi Yèto Kandji d’Agonlin a  fait la  rencontre de   sa troisième épouse, il y a seulement trois ans. La nouvelle reine est une Espagnole. Et  est rebaptisée  Sessimè pour ainsi prendre les couleurs africaines. Comme si c’était encore hier, il parle sans détour de sa rencontre avec sa nouvelle amoureuse. «En fait, j’avais voyagé avec mes deux reines en Espagne en 2011  pour une manifestation. J’y  étais  reçu comme un Président.  C’était formidable. Au terme de la fête, on  a commencé par échanger et c’est comme ça qu’on a  invité celle qui est devenue aujourd’hui la reine Sessimè. Elle est venue au Bénin, au palais et après, on a demandé aux ancêtres si elle peut être notre reine. Avec les consultations, les ancêtres ont accepté. Elle avait peur ce jour-là. D’abord elle a été intronisée princesse, après elle a subi les cérémonies de la reine pour devenir reine Sessimè. Ça fait trois ans qu’on est ensemble. Elle était à nos côtés lors de la fête de Mahi Hwendo. Donc, aujourd’hui, j’ai trois reines », a-t-il confié. Danseur, frimeur dans sa tendre jeunesse, le roi Yèto Kandji, de par ses nouvelles charges a dû changer sa manière de vivre. Il n’a pratiquement plus de divertissement. « Depuis ma jeunesse, je dansais, j’allais en boite. Aujourd’hui, le roi ne danse plus », a-t-il avoué sans regretter son passé de « show gars ».

La Rédaction