Category: Editorial

Edito: Les destitutions de Talon

Sévérin Adjovi a systématiquement démenti l’implication du Chef de l’Etat dans la tentative de destitution qui a failli l’emporter la semaine dernière. Ayant réussi pour le moment à échapper à ses adversaires, il accuse ceux-ci de faire des calculs politiques pour 2019 ou même de chercher à capitaliser les milliards prétendument annoncés pour être investis à Ouidah. Et pourtant, pour une majorité d’observateurs, c’est bien le régime actuel qui cherche à destituer les maires qui ne sont pas acquis à sa cause.
Qui faut-il citer ? Karimou Souradjou, justement destitué en septembre 2016 de la mairie de Parakou, après un semblant de cabale organisé contre lui. A sa place, un fidèle parmi les fidèles de Patrice Talon, Charles Toko. Celui-ci peut désormais  savourer son  challenge manqué de 2015 où il a tenté par tous les moyens de prendre le contrôle de la mairie. Sans Talon, il n’aurait pas réussi aussi «brillamment», d’autant d’ailleurs qu’une bonne partie des FCBE ont coalisé avec lui, comme par enchantement. Un exemple, celui de l’ancien député et ancien maire de la ville, Sam Adambi qui a radicalement tourné casaque dès la fin des élections de 2016, pour se retrouver dans la rivière. En guise de récompense, aujourd’hui, il demeure coordonnateur du PUGEMU, bien qu’ayant été FCBE et fait campagne pour Lionel Zinsou.
Peut-on aussi parler de la mairie d’Allada ? C’est possible. L’ancien maire, Mathias Djigla avait fait campagne pour Lionel Zinsou, avant d’être déposé fin août par ses pairs. A sa place, il y a désormais Michel Acléhinto. Placide Avimandjènon, ancien  maire de  Djidja, n’a pas de chance non plus. Il était aux côtés de Lionel Zinsou lors du lancement de sa campagne en février 2016 et en a payé le prix : destitué en novembre dernier, il a été remplacé par Théophile Dako.  Mais ici, comme à Ouidah, Tori, Bonou ou même Allada, il faut douter de l’implication directe du Chef de l’Etat dans ces coups d’Etat locaux.
S’il ne faut prendre que le cas de la commune de Djougou, l’actuel maire a failli être emporté par une fronde nourrie fin janvier par des conseillers insatisfaits. Certains ont utilisé le nom du ministre d’Etat en charge du développement pour convaincre leurs pairs à participer à la conspiration. Celle-ci s’est dégonflée dès que la ruse a été mise au jour. Et c’est comme cela que l’on utilise aussi et surtout le nom du Chef de l’Etat pour lancer des initiatives de destitution.
En fait, le vent des destituions tient d’abord aux ambitions politiques locales. Des députés vengeurs aidés souvent de  certains conseillers  bien connus,   orchestrent bien souvent ces coups fourrés pour évincer les maires qui ne leur obéissent pas. Et pour y parvenir, la stratégie de l’arrosoir est mise en branle : promesses folles, valises de billets, mensonges et délations de toutes sortes. Voilà la version locale de la grande politique.
Mais il ne faut pas minimiser les actes de mauvaise gouvernance orchestrés par nos élus locaux. Mauvaise gestion des carrières de sable, vente illicite des tombes, détournement de biens sociaux, trafic d’influence, mafia foncière, la liste des prédations est longue. Dans certaines communes, ces pratiques sont si récurrentes que les populations désabusées et désespérées n’attendent que la prochaine élection pour se venger. Parfois, comme à Ouidah, ce sont d’anciens alliés qui se soulèvent et organisent la résistance. On aurait pu souhaiter que les missions d’inspections et d’audits initiées par le ministère de la décentralisation, pouvaient servir à limiter les dégâts. Mais c’est à croire que ces contrôles n’ont fait que renforcer l’habileté de certains élus à la fraude et au camouflage. La plupart ignorent encore que les crimes économiques sont réputés imprescriptibles.
L’on comprend donc la fureur de certains administrés qui ne sauraient garder le silence face à la gabegie. Ces jacqueries internes aux effets limités, montrent même que si Patrice Talon devrait intervenir dans certaines communes, il obtiendrait le soutien d’une majorité de citoyens. Mais le cas de Cotonou peut paraître curieux. Si tant est qu’il est derrière les destitutions  orchestrées, on peut se demander pourquoi il ne s’est jamais attaqué à Cotonou. Pourquoi Léhady Soglo continue-t-il d’être là, alors qu’il est bien possible d’acheter quelques élus FCBE pour le déstabiliser ?
A vrai dire, le Chef de l’Etat a certainement compris que s’il veut travailler en paix, il doit laisser les acteurs politiques locaux régler leurs différends et leurs ambitions  entre eux.

Par Olivier ALLOCHEME

Edito: Le tourisme basique

Le Président nigérian Muhammadu  Buhari est actuellement à Londres. Les supputations se sont enflammées sur son état de santé, les unes aussi dramatiques que les autres. Pendant que certains organes de presse laissent entendre qu’il est paralysé par une attaque cardio-vasculaire, d’autres le donnent déjà pour mort. Le président du pays le plus peuplé d’Afrique a été obligé de s’afficher à plusieurs reprises discutant avec des membres de sa famille ou quelques-uns de ses proches amis politiques, pour que la rumeur populaire se dissipe quelque peu. Le plus curieux de tout cet imbroglio, c’est la réponse des communicants d’Aso Rock, le Palais présidentiel nigérian. Les uns après les autres, ils sont venus souligner que le Président est allé se reposer ! C’est tout : Il est allé se reposer…à Londres.
En réalité, cette attitude paradoxale du président nigérian est similaire à celle de la plupart des élites africaines. Elles aiment bien faire de beaux discours sur la valeur de nos ressources touristiques, mais évitent soigneusement de les visiter, même pour donner l’exemple. Concrètement, le programme d’action du gouvernement (PAG) a opéré un revirement paradigmatique par rapport aux anciens discours, en plaçant le tourisme et l’économie numérique comme les bases réelles de l’économie nationale. Il y a quelques années, l’on affirmait que l’agriculture et le commerce de transit, constituent les pôles principaux du  développement national. Le changement enregistré a tenu compte de la vocation naturelle du pays pour l’agriculture, mais surtout des capacités réelles dont le Bénin dispose, eu égard à l’étroitesse de ses ressources agricoles, comparées à celles des pays à fort potentiel agricole.
Le PAG prévoit dès maintenant  de faire du Bénin un «puissant hub touristique africain », d’ici 2019, selon le mot savoureux de  José Pliya, directeur général de l’agence nationale de promotion du tourisme. Il a été prévu à cet effet que  Ouidah abrite une grande cité balnéaire d’ici 2021. Et la Banque mondiale a déjà accordé un prêt de 50 millions de dollars au Bénin pour développer le secteur. Ce sera un investissement important, d’autant que l’Etat a choisi de promouvoir la culture vodoun comme produit commercial premier du tourisme national.
On peut partager cette vision mais regarder la réalité en face : combien de fois Patrice Talon a-t-il fait un break pour se ressourcer près des chutes de Tanougou ? Combien de ministres se sont payé un séjour de repos à Boukombé, en pays Tata pour admirer l’architecture locale, la richesse de la culture Ditammari ou simplement aller faire un bon safari dans ses forêts-galeries ? Je veux savoir combien de fois les dirigeants des entreprises, publiques ou privées, ont organisé leur personnel pour aller visiter Ganvié ?
Et pourtant, je reste convaincu que tant que l’exemple ne viendra pas d’en haut, vains seront les efforts déployés. Parce que l’on a pris l’habitude de penser dans ce pays que le tourisme en lui-même ne consiste qu’à attirer les touristes étrangers. Il est même perdu d’avance, le combat qui consisterait à faire cotiser les agents permanents de l’Etat et assimilés, pour qu’ils se paient une journée récréative à Possotomè,  au bord du lac Ahémé pour se faire bercer à la douce brise du soir, au coin du feu, savourant la mélodie immortelle des cocotiers au bord de l’eau. Il faut qu’une puissante volonté politique oblige les élèves à visiter chaque année les sites touristiques de leur commune, de leur département ou plus généralement de tout le pays. Veut-on me faire croire qu’il n’y a rien à gagner à faire déplacer à Abomey, pour un week-end, tous les employés de banque de Cotonou et Calavi ? Mais alors, pourquoi le touriste serait-il d’abord le blanc ? Il faut que la politique touristique consiste d’abord et avant tout à permettre aux étudiants de Porto-Novo ou de Parakou de chercher à connaitre les richesses culturelles de Sakété ou de Kandi. Voilà précisément ce que j’appelle une politique touristique pour un pays en construction comme le nôtre : créer et satisfaire les besoins locaux pour  attirer les étrangers. Ce faisant, nous aurions résolu une partie de la difficile équation identitaire en permettant à chaque Béninois d’aimer davantage son pays. Nous aurions aussi ouvert la voie à une industrie touristique tournée vers les masses et non seulement vers quelques Blancs.
    De ce fait, il faut que chaque dirigeant qui, comme Buhari ou d’autres élites du même acabit, chercherait à aller « se reposer » à Paris ou à Marrakech, au lieu d’aller explorer les 41 collines de Savè, puisse se sentir comme maudit. 

Par Olivier ALLOCHEME

Edito: Le tour des zémidjans

On avait pensé que le Préfet du Littoral s’en tiendrait seulement aux zémidjan qui dorment la nuit dans les rues de Cotonou. Désormais, il est question de les empêcher d’emprunter les artères principales de la ville. Dès le 1er mars, ils ne doivent utiliser que les artères secondaires, c’est-à-dire les voies pavées.
En réalité, depuis le régime Kérékou, les gouvernements béninois ont toujours cherché à endiguer le phénomène zémidjan. Le vieux général  avait lancé le « projet manioc » destiné à reconvertir les Zémidjans dans l’agriculture, à travers un projet destiné à la production du manioc. D’un montant  de 1 milliard de FCFA, le projet avait tourné court. Les zém, comme on les appelle, n’ont jamais voulu retourner au champ.
Lors du  conseil des ministres du 31 décembre 2015, le régime Yayi, dans sa fureur électorale, avait annoncé la mise en place d’un montant de 1 milliard de francs CFA mis à la disposition des conducteurs sous forme  de garantie auprès du Fonds national de microfinance « pour permettre aux postulants “zémidjans” de se procurer des motos neuves ou de réparer leur moto », avait annoncé le communiqué du gouvernement.  Un programme du Fonds international de développement agricole (FIDA) avait également été annoncé pour leur reconversion dans le maraîchage. On sait que cette débauche d’attention à la veille des élections de l’année dernière, visait à rattraper la foule du MOZEBE qui avait annoncé dans la période son ralliement à l’homme d’affaires Sébastien Ajavon. Ce fut un coup d’épée dans l’eau. Il n’y eut jamais de programme sous Yayi pour envoyer ces taxi-motomen à la terre.
Par contre, ils avaient abondamment servi dans les officines politiques. Y a-t-il jamais eu de caravane politique à Cotonou sans les zémidjan ?  Il faut en douter.
Mais la raison première qui a pu obliger le pouvoir Yayi à s’intéresser à la corporation dès 2007, était liée à la santé. Des enquêtes menées cette année-là avaient montré que ces conducteurs étaient sujets à des infections respiratoires aiguës, soit pour 76% des cas de maladie recensés en leur sein. En dehors de cette affection, les spécialistes avaient détecté des risques de divers cancers ou des coupures de brins d’ADN, faisant craindre des problèmes génétiques pour les générations futures. «Projet d’appui à la prévention de la pollution de l’air à Cotonou», c’est le titre d’une autre étude cofinancée par la coopération danoise et l’Agence béninoise pour l’environnement (ABE) et menée pendant trois ans. Elle  a démontré que le niveau du monoxyde de carbone dans le sang était un peu plus élevé que la normale au sein de la population des zémidjans. Et le professeur Benjamin Fayomi, médecin spécialiste en toxicologie clinique à la Faculté des sciences de la santé, a pu réaliser d’autres études montrant que le niveau de benzène dans l’air à Cotonou était déjà «20 fois supérieure à la normale».
Ce furent des alertes qui avaient obligé l’Agence française de développement (AFD) à accompagner un projet du gouvernement à travers le ministère de l’Environnement visant  à renouveler 10% du parc automobile des Zémidjans de Cotonou, soit 10.000 motocyclettes. Il s’agissait de remplacer les motos les plus polluantes par celles à quatre-temps. La prime à la casse fut alors  de 200.000 francs CFA   et comprenait une formation au permis de conduire A2 et une assurance à responsabilité civile d’un an.  Initiative salutaire mais vite abandonnée, on ne sait pourquoi.
Cette fois, le gouvernement a choisi la voie des interdictions sélectives. Ils seront désormais obligés de servir de relais aux taxis. En l’occurrence, un projet du gouvernement a prévu 300 taxis qui seront bientôt visibles dans la ville de Cotonou. Ils ne trouveront rien à faire tant que les zém ne seront pas relégués à la périphérie.
En réfléchissant  aux aspects économiques de ce projet, on se rend compte qu’il vient à point nommé pour maintenir les zém dans les villages. Une enquête que nous avons menée en 2011, a montré que beaucoup de zém des communes de Djidja et Agbangnizoun exerçant à Cotonou, sont d’anciens agriculteurs ayant vendu leurs terres pour s’acheter une moto. Résultat, aujourd’hui, les acquéreurs de ces terres  sont confrontés à un problème inattendu : il n’y a pas d’ouvriers agricoles dans les villages. Les rares qui sont disponibles sont  si chers qu’il faut réellement un sacerdoce pour se faire de l’argent dans l’agriculture béninoise, à moins d’en être un passionné invétéré. Du coup, toute révolution agricole au Bénin passe d’abord par une solution efficace à la problématique de l’exode rural.  Pour y arriver, il faut d’abord réduire drastiquement le phénomène zémidjan.
Ceux qui veulent comprendre pourront comprendre : il n’y aura plus beaucoup de zém à Cotonou si les mesures annoncées prospèrent.

Par Olivier ALLOCHEME

Edito: Méfiez-vous!

logo journal2+2=5. C’est un slogan utilisé par les propagandistes soviétiques en 1931 lorsque ceux-ci se sont rendus compte de l’échec retentissant du programme d’industrialisation lancé par Staline trois années plus tôt.Inspiré par son griot attitré Iakov Guminer, des posters géants avaient été positionnés partout et clamaient: 2+2=5, avec ce commentaire « le résultat arithmétique du plan financier industriel plus l’enthousiasme de l’ouvrier ». Pour dire que le succès du programme quinquennal avait permis de faire en quatre ans, ce qui avait été prévu pour cinq ans. Ce mensonge institutionnel a nourri l’un des chapitres du roman intitulé 1984 publié en 1949 par le romancier Georges Orwell. Le héros, Winston Smith, se demande dans son journal si l’État a le pouvoir de définir comme exacte la formule « deux plus deux égale cinq ». Et il se fait rétorquer par le chef du parti qu’en fait, le parti peut décider de dire que 2 + 2 = 5 dans certaines circonstances. Et que le pragmatisme révolutionnaire recommande que la vérité officielle donnée au public corresponde à la doctrine politique, même si les ingénieurs militaires utilisent des théories correctes dans leur travail. Cette contradiction apparente n’est qu’un aspect de ce que Orwell a lui-même nommé la « double pensée ». Disons-le simplement : la vérité politique est différente de la vérité en elle-même.
Lorsque Donald Trump avait commencé sa fulgurante ascension aux Etats-Unis en battant un à un ses principaux challengers du parti républicain, le New York Times avait publié un éditorial intitulé «Trump and the End of Truth » (« Trump et la fin de la vérité ») dans lequel Roger Cohen s’inquiétait ouvertement de la disparition de l’ère de la vérité. Tandis que les médias ne cessaient d’alerter les électeurs des mensonges grotesques dont le futur président truffait ses discours de campagne, celui-ci réussit à détourner l’attention du public de ses propres mensonges pour en faire « LA » vérité, tout en ridiculisant les médias accusés alors d’être au service de la manipulation. Il réussit même à discréditer des faits avérés, soulignant par exemple que le changement climatique est un canular inventé par les Chinois et que s’il ne payait pas ses impôts, c’était parce qu’il était intelligent. Le mensonge, plus c’est gros, plus ça marche, dira-t-on. Mais ce qui est constant, c’est que même au pouvoir, Trump et son équipe n’ont pas cessé d’abreuver les Américains de contre-vérités absurdes applaudies cependant par leurs supporters. Roger Cohen affirmait que «les faits ressemblent à cette charmante sensation de gueule de bois, au lendemain d’une époque où le discours rationnel dominait. Des petits désagréments dont on se débarrasse facilement».La vérité a perdu son pouvoir de matériau neutre. Elle n’existe plus en politique.
Nous sommes à l’ère des « faits alternatifs » pour parler comme Kellyane Conway, cette conseillère de Donald Trump qui a admis que l’on peut parfaitement travestir les faits à son gré. Et Sean Spicer, porte-parole du Président américain d’enfoncer le clou : « Parfois, dit-il, nous pouvons être en désaccord avec les faits » (« Sometimes, we can desagree with the facts »).
Ce qui se passe aux Etats-Unis ressemble à bien des égards à ce qui se passe en Europe, et principalement sur la scène politique française. La réinvention constante du réel par la patronne de l’extrême droite, Marine Le Pen,connait un certain succès auprès de l’électorat. La présidente du Front National est en tête des sondages depuis quelques jours. On fait fi de ses mensonges.
Tout ceci n’est pas sans rappeler les manipulations grossières qui ont lieu au Bénin et dans lesquelles les citoyens sont enfarinés à volonté. C’est encore pire en effet dans un pays où l’oralité, le bouche-à-oreille est de tradition. Les rumeurs y construisent l’opinion publique. Et les acteurs politiques ont compris. On a pu voir l’année dernière de célèbres animateurs des réseaux sociaux distiller dans l’opinion des contrevérités évidentes, en les enveloppant dans des montages grossiers. Ce n’est pas l’intention manipulatrice qui est grave en elle-même, mais la foi du public en ces rumeurs qui défient notre propre faculté à raisonner. Notre refus de voir la réalité.
Dans cette ère de propagation des fausses nouvelles, seul l’individu peut déterminer SA vérité en la questionnant à la lumière de la réalité. Sinon, il devient la proie facile des marchands d’illusion qui ont tôt fait de le transformer en marionnette. Le temps de vous méfier est arrivé.

Par Olivier ALLOCHEME

Union parlementaire des Etats de l’OCI: Nassirou Bako élu membre du Comité exécutif de l’UPCI

Nassirou Bako Arifari (1)Le Bénin fait désormais partie du bureau de l’Union parlementaire des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique (UPCI). C’est un exploit diplomatique que vient de réaliser la délégation du parlement béninois ayant pris part, la semaine écoulée, aux travaux de la 37ème réunion du Comité exécutif de l’UPCI, à la 19ème session du comité général de l’UPCI et à la 12ème session de la Conférence de l’UPCI. En effet, sur invitation du secrétaire de l’Union et celle du président de l’Assemblée nationale du Mali, la délégation du parlement béninois a pris part à ces trois réunions de l’Union parlementaire des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique. A la séance du jeudi 26 janvier 2017, il a été organisé l’élection de 04 membres du groupe africain que compte l’Afrique de l’Ouest (02 postes), du Centre et de l’Est avec un poste pour chacune. Avec le soutien de sa collègue Yibatou Sanni Guèlèlè qui a mis en branle son management, l’honorable Nassirou Arifari Bako a été élu aux côtés de ses pairs du Sénégal, du Mozambique et du Cameroun. L’ancien ministre béninois des affaires étrangères et actuel président de la Commission des relations extérieures, de la défense et de la sécurité de l’Assemblée nationale, a réussi à hisser le Bénin devant le Burkina Faso et le Togo qui ont également voulu monter au Comité exécutif de l’Union. C’est donc un exploit à mettre à l’actif de la 7ème législature.

Germin DJIMIDO

Edito: L’intifada n’aura pas lieu

logo journal« Le Benin est un pays laïc … les chrétiens pour leur chemin de croix tout comme les musulmans pour la prière du vendredi sont interdits d’occuper les voies publiques ; ceci est aussi valable pour les adeptes des religions endogènes et toutes les autres confessions religieuses. » C’est en ces termes que s’exprimait, ce dimanche 29 janvier 2017, le ministre de la justice, Joseph Djogbénou. Alors , question : croyez-vous sincèrement qu’on pourra empêcher les Oro de Sakété de « fermer la route » durant leur cérémonie annuelle ? Une autre question : croyez-vous réellement qu’un préfet pourra empêcher les Egungun de bloquer la voie à Ouidah, un 10 janvier?
En réalité, les mesures radicales du préfet du Littoral sont teintées d’illusion. Le Bénin a beau être un pays laïc, sa population s’accommode bien de certaines entorses à la loi. Modeste Toboula, en tant qu’autorité de son département, avait bien le droit, voire le devoir, de procéder au déguerpissement ainsi qu’il le fait. Le zèle débordant qui anime tout commis de l’Etat imbu de son autorité, l’a toutefois poussé sur des rivages éloignés de sa mission publique. Empêcher les fidèles de la mosquée centrale de Cadjèhoun d’accomplir leurs devoirs religieux sur la voie publique, pouvait se faire sans le tintamarre médiatique auquel il s’est livré. Il pouvait (ou il devait) organiser des séances de sensibilisation préalables avec les imams et toutes les autorités religieuses concernées pour qu’elles prennent les dispositions qui s’imposent. Le but ne sera pas forcément d’avoir leur adhésion en quelques semaines. Mais il aura eu le mérite de l’humilité et de la sagesse, face à des autorités religieuses dont l’ancrage sociologique dépasse largement les pouvoirs éphémères d’un commis de l’Etat. Il ne s’agit nullement de rabaisser la puissance publique mais de tenir compte de la sociologie prégnante des religions.
La force des religions n’est pas une spécificité béninoise. Dieu est omniprésent dans la vie de chaque citoyen qui l’appelle et le loue dans le malheur comme dans le bonheur. Les gens sont incapables de comprendre qu’il y a des athées dans notre pays, qui ne croient pas du tout en un quelconque Dieu et qui se moquent bien qu’on l’adore ou qu’on ne l’adore point.  Dans le même temps, même les croyants sont prêts à tolérer les déviances de ceux qui se réclament comme tels, pour peu qu’ils ouvrent la Bible, le Coran ou le Talmud.
Il y a quelques semaines, une église évangélique a jugé utile d’installer sa campagne d’évangélisation au carrefour situé juste en face de mon bureau. Tintamarre, films et chansons, hourras, toute la panoplie des orgies de foi y est passée. A quelques pas d’un centre de santé où l’on hospitalise des malades et juste en face d’une école dont les élèves ont besoin de tranquillité. Mais personne ne s’en est plaint. Même les policiers appelés mille fois, ont trouvé des prétextes divers pour se dérober. Il en est ainsi dans nos quartiers où les gens ne comprennent pas qu’ayant le droit légitime de  hurler leur foi dans les hauts parleurs les plus sophistiqués, ils n’ont aucunement le droit d’empêcher les autres de dormir la nuit ou de faire leur sieste à midi. Ils ne comprennent pas que les enfants ont, eux aussi, le droit d’apprendre leurs cours et de traiter leurs exercices, le soir. Ils comprennent à peine qu’il y a dans les maisons, des malades et des personnes âgées qui peuvent voir leur mal s’aggraver avec les bruits assourdissants qui se font.
C’est pourquoi il faut comprendre la réaction épidermique du député Issa Salifou qui a appelé les musulmans à marcher contre le préfet. Mais il a échoué dans sa volonté de provoquer une révolte religieuse. Il a échoué parce que tout le monde a compris qu’il a voulu récupérer les passions musulmanes à des fins bassement politiques.
Mais le problème demeure. La réaction du gouvernement qui a insisté pour annoncer l’interdiction même des chemins de croix désormais sur la voie publique, semble intenable. Je veux bien voir comment sera géré le prochain vendredi saint lorsque des milliers de fidèles envahiront les rues de Cotonou pour observer le rite millénaire qui les unit à leur messie. Je veux bien voir comment seront  gérées les deux semaines où Oro fera ses cérémonies propitiatoires dans les rues de Pobè, Kétou, Sakété, Adja-Ouèrè ou Ifangni.
Je veux le dire plus simplement : le gouvernement sera contraint à la patience et à la diplomatie sur ce dossier.

Par Olivier ALLOCHEME

Edito: L’Amérique en mode fermeture

logo journalAvant même que son investiture ne s’achève, une procédure d’empeachment a été lancée contre Donald Trump. Deux organisations luttant pour les droits civiques, Free Speech for People et RootsAction ont lancé une pétition via le site internet www.impeachdonaldtrumpnow.org en vue de rassembler suffisamment de signatures pour demander au congrès de mettre fin au mandat du nouveau président américain. Investi ce vendredi 20 janvier 2017, Donald Trump doit affronter un mouvement de contestation sans précédent dans l’histoire américaine. Plus d’un million de femmes ont manifesté samedi dans quatre cents villes des Etats-Unis. Ailleurs dans le monde, les manifestations ont eu lieu dans soixante-six autres pays selon Le Monde qui énumère: le Canada (vingt-sept villes), le Mexique (dix-sept villes), la Grande-Bretagne (quatorze villes) ou encore la France (neuf villes). Il faut dire ce qui est : alors qu’en 2009, le discours inaugural d’Obama avait cristallisé tous les espoirs, celui de Trump provoque colère et tristesse aux Etats-Unis et dans le monde.
Le nouveau président américain, comme à son habitude, n’a pas daigné laisser place à une once de sentimentalisme, passant au vitriol le bilan de son prédécesseur et promettant à ses compatriotes un protectionnisme ferme. « Nous avons rendu les autres pays riches au moment où la richesse et la confiance de notre pays se sont dissipées à l’horizon…La protection mènera à une grande prospérité et à une grande force », a-t-il indiqué avant de poursuivre : « Nous  protègerons nos frontières des ravages des autres pays. » Comme sur un air de campagne électorale, Trump président annonce le leitmotiv de son pouvoir : « America first » (« L’Amérique d’abord »). Ce slogan  rappelle l’America First Committee, un mouvement protectionniste fondé en Septembre 1940 par des pro-nazis aux Etats-Unis.
Le discours de Trump annonce en tout cas de profonds bouleversements dans l’ordre du monde. Ce n’est donc pas pour rien que dès après sa prise de fonction, la Maison Blanche a rendu public un communiqué ce vendredi même annonçant la mise en place de la procédure de retrait des Etats-Unis de l’accord commercial Trans-Pacifique (TTP) regroupant douze pays de l’Asie-Pacifique (sans la Chine). Trump entend renégocier également le traité de libre échange nord-américain (ALENA) conclu en 1994 avec le Canada et le Mexique. Il avait menacé de sortir les Etats-Unis de l’OTAN, organisation militaire créée en 1949 ou encore le TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership), un accord de libre échange conclu avec l’Union Européenne.
Et la question que tout le monde se pose est celle-ci : que fera-t-il de l’Afrique ?
Dans un court document de 4 pages, l’équipe Trump a posé les bases de sa politique africaine la semaine dernière. Elle a posé une question basique : « Pourquoi devrions-nous dépenser autant de fonds dans l’aide au développement en Afrique alors que des gens souffrent ici aux États-Unis ? » En 2015, le pays a dépensé 31 milliards de dollars dans l’aide au développement (soit 1% de son budget), dont 8 milliards en direction de l’Afrique. Depuis 2000, l’administration américaine a institué l’African Growth Opportunity Act (AGOA) qui a permis de vendre pour 480 milliards de dollars de produits africains sur le sol américain, en créant 300.000 emplois en Afrique et 120.000 aux Etats-Unis.  Georges W. Bush a aussi institué le Millenium Challenge Account (MCA) qui a investi par exemple au Bénin 307 millions de dollars de 2006 à 2011. Pour le second compact du MCA signé en septembre 2015, les Etats-Unis s’apprêtent à investir au Bénin environ 375 millions de dollars (soit  environ 187 milliards de francs CFA), notamment dans un secteur vital comme l’énergie. Ce dernier compact vient en droite ligne de l’initiative « Power Africa » lancée par  Barack Obama en vue de produire 30.000 Mw d’électricité et d’effectuer 60 millions de branchements sur le continent africain. Pour 2017, Obama avait proposé un budget de a 18,1 milliards d’aide au développement en faveur des pays pauvres.
Tout en investissant ces montants en Afrique où le pays est le premier contributeur aux investissements directs étrangers, les Etats-Unis ont été devancés depuis 2009 par la Chine en matière de commerce sur le continent. Rien qu’en 2016, selon Janet Eom, directeur de recherche à la China-Africa Research Initiative, une institution de la Johns Hopkins University, la Chine a exporté pour environ 103 milliards de dollars en Afrique au moment où les Etats-Unis faisaient seulement 27 milliards sur le continent.  Est-ce que tous ces facteurs ne vont pas inciter l’administration Trump à annuler une bonne partie des programmes actuellement en cours sur le continent ? Beaucoup d’observateurs répondent par l’affirmative. Cependant, J. Peter Pham, pressenti pour être le Monsieur Afrique de Trump, tempère. Il laisse entendre qu’il n’y aura pas de changements majeurs à cet égard.  Je veux bien le croire.
Ce qui est clair, le protectionnisme et l’isolationnisme américains ouvriront un boulevard à la Chine pour régenter l’économie mondiale.  Vous m’avez bien compris : le déclin des Etats-Unis en tant que superpuissance mondiale n’a jamais été aussi proche.

Par Olivier ALLOCHEME

Edito: Pour la Côte-d’Ivoire

logo journalAlassane Ouattara avait promis aux rebelles des Forces républicaines de Côte-d’Ivoire (FRCI) une somme de 5 millions de FCFA chacun en plus d’une villa clé en main d’une valeur de 7 millions, si jamais ils gagnaient la guerre contre son ennemi juré, Laurent Gbagbo. Alléchés par l’odeur du CFA, des milliers de jeunes s’étaient engagés dans la lutte. Tant et si bien que le 11 avril 2011, Laurent Gbagbo a été capturé vivant par les rebelles.   Mais six ans plus tard, de CFA, point, encore moins de villa.
Quelque 8500 d’entre les ex-rebelles ont bien été recrutés dans l’armée régulière. Mais une promesse reste une promesse. En novembre 2014, une première mutinerie s’allume à Bouaké. Après le silence des armes, les hommes n’obtiennent toujours rien jusqu’à ce 06 janvier 21017 où ils se soulèvent à Bouaké, Abidjan et ailleurs. L’accord conclu le 14 janvier souligne l’engagement du pouvoir à leur accorder tout au moins 5 millions sur les 12 millions que l’Etat leur doit en tout. Pour satisfaire toutes leurs revendications, il ne faut pas moins de 100 milliards de FCFA. Sur France 24, Antoine Glaser, fondateur du sulfureux magazine La Lettre du Continent, laisse entendre que Ouattara a tenté d’obtenir la protection de la France à travers le bataillon français stationné à Port Bouët. En vain. Le chef de l’Etat ivoirien craint en effet une explosion sociale qui est précisément en train de se mettre en route à la suite de la satisfaction des revendications des mutins.
Ce lundi, les cinq millions ayant été payés aux ex-rebelles, les autres catégories des forces armées ont commencé à grogner.   Mardi, des soldats de la caserne militaire de Zambakro (15 km à l’Ouest de Yamoussoukro) ont occupé la voie principale de Yamoussoukro, en tirant en l’air, obligeant les commerces à baisser les rideaux et les populations à se terrer.   La fièvre de la capitale administrative touche également Abidjan et Bouaké où des tirs ont été aussi entendus dans la journée de ce mardi. A l’état-major général, c’est un vent de panique qui s’est emparé des hauts gradés. Personne n’exclut plus rien désormais.
Car, au même moment que les soldats, les fonctionnaires menacent d’aller en grève. Ils réclament « justice ». La  réforme des retraites   baisse les pensions de 30 à 50% et  fait passer l’âge de la retraite de 55 à 60 ans, voire 65 ans. A cela s’ajoutent les cotisations qui augmentent de 6 à 8,33% du salaire, alors que les pensions ont été réduites de 30 à 50% selon les catégories. A juste titre les fonctionnaires exigent son annulation et le paiement des arriérés des revalorisations salariales d’un montant global de 243 milliards de francs CFA. Leur cri de détresse semble tomber dans des oreilles de sourd. Un séminaire leur est proposé en février suite à un préavis de grève déposé depuis décembre,  là où les caisses de l’Etat sont vidées pour faire plaisir aux mutins.
Ironisant sur la situation, Mamadou Koulibaly, l’opposant et ancien président de l’Assemblée nationale, affirme : « Avec ADO, le tir à la kalach est devenu une discipline sportive. » Le problème, c’est qu’après avoir connu une croissance économique soutenue ces cinq dernières années, la Côte-d’Ivoire est devenue la locomotive de la sous-région. Elle a vanté aux investisseurs sa sortie de crise et la paix obtenue après dix années de conflit. Aujourd’hui, le modèle ivoirien est en lambeaux. Les nombreux investisseurs qui accourent à Abidjan et ailleurs dans le pays, commencent à se demander s’ils n’auraient pas dû attendre encore un peu. Et les incertitudes sont mauvaises pour les affaires.
Que peut faire Ouattara dans une conjoncture aussi complexe ? Après avoir fait voter une constitution qui écarte clairement Guillaume Soro de la succession au profit du vice-président qu’est désormais Daniel Kablan-Duncan, il semblait avoir réussi son coup. Les mutineries qui s’enchaînent montrent pourtant que l’ex-chef de la rébellion et actuel président de l’Assemblée nationale n’a pas encore dit son dernier mot. Beaucoup le soupçonnent d’être derrière ces coups fourrés qui risquent de rendre le pays ingouvernable. Ce serait en effet une pure vengeance de sa part. Non seulement son poste a été vidé de sa substance par la nouvelle loi fondamentale, mais encore lui qui ne cracherait pas sur le dauphinat se voit ostracisé, même s’il parvient à décrocher sa réélection à la tête du parlement.
Clairement, après avoir frôlé une croissance de 9% en 2015 et 2016, la Côte-d’Ivoire risque de plonger à nouveau dans des incertitudes sécuritaires. Un peu comme si la guerre terminée en 2011 devait encore engendrer d’autres guerres.

Par Olivier ALLOCHEME

Edito: Talon et le PRD

Dès le 21 mars 2016, 24h après le second tour de l’élection de l’année dernière, le PRD s’est fait clair : il soutiendra Patrice Talon. Dans le point de presse destiné à l’époque à clarifier sa position, l’Honorable Augustin Ahouanvoébla, Président du Groupe parlementaire PRD, avait insisté sur le fait qu’il s’agissait pour le parti de rester conforme aux résolutions d’un Conseil national du PRD tenu le 22 février 2014 à Ifangni, conseil qui aurait décidé de sortir le parti de sa posture d’opposant.
Qui se souvient encore des mots élogieux de l’honorable Ahouanvoébla, ce jeudi 22 décembre au sortir du premier discours du Chef de l’Etat sur l’état de la nation ? Il disait entre autres ceci : « Le président Patrice Talon est un leader parce qu’il est doté de l’intelligence, du pouvoir financier et du pouvoir d’Etat. Par conséquent, j’estime qu’avec ses atouts, l’image du Bénin va changer. » Et il avait ajouté ceci : «  Le président Patrice Talon, quand il parle, il a la force de la persuasion. Il est convaincu de ce qu’il veut faire. C’est un homme très ambitieux pour lui-même d’abord et il sait que son ambition doit rejaillir sur son pays. Vous allez vous rendre compte que nous ne nous sommes pas trompés. »
Voilà donc qui a le mérite d’être clair. Si vous doutiez encore de la volonté du Chef de l’Etat à travailler avec le Président du PRD, suivez donc ce que Patrice Talon lui a dit le 16 décembre 2016, en guise de conclusion à la présentation du PAG. Il lui a littéralement demandé d’être son avocat auprès du parlement pour que les réformes annoncées soient accompagnées par les députés. Et les discours tenus ce vendredi 13 janvier lors de la présentation des vœux du PRD n’étonnent plus grand monde. Le parti en a marre de faire l’opposition. Il l’a martelé lors des campagnes électorales passées, et ne se cachera donc pas pour soutenir le pouvoir en place.
Le PRD a probablement raison. Après plus de vingt ans d’opposition, les cadres du parti sont tenus loin des postes de responsabilité. Les opérateurs économiques marqués PRD, et même ceux qui ont commis le péché d’être né dans  l’Ouémé, ont été systématiquement écartés des marchés publics. Sans compter que les localités estampillées PRD ont souvent été ostensiblement écartées des projets de développement, que ce soit sous Boni Yayi ou sous Mathieu Kérékou. C’est du moins la conviction des pontes du parti qui ont désespérément cherché une voie de sortie en s’accrochant au radeau Lionel Zinsou l’année dernière. Désormais, la page Zinsou étant tournée, le parti attend de voir si les promesses de l’ère Talon porteront les fruits escomptés.
Ce soutien affiché vient même à point nommé. Patrice Talon a plus que jamais besoin des dix députés PRD qui devraient s’ajouter aux nombreux transfuges des FCBE ainsi qu’aux six RB. Mais le chemin reste encore long. Sur les 33 députés FCBE, 13 sont presque déjà dans le camp présidentiel, mais une bonne vingtaine restent des inconditionnels de l’ancien régime. Ils seront difficiles à manœuvrer.
Le mal, c’est que pour des raisons économiques compréhensibles, Patrice Talon ne souhaiterait pas se lancer dans une campagne électorale coûteuse en vue d’un quelconque référendum constitutionnel. Faire passer le texte à l’Assemblée nationale est une option que son équipe étudie sérieusement. Et dans tous les cas, le Chef de l’Etat aura besoin de 62 députés pour que le texte soit pris en compte à l’Assemblée nationale et de 66 voix pour passer définitivement, sans avoir besoin du truchement référendaire.  Il doit pour cela frapper à toutes les portes, séduire tout le monde pour que son projet passe.
Si l’on sait que la révision est l’axe majeur des réformes promises, on voit pourquoi Patrice Talon y attache un prix énorme. Ce sera clairement  le symbole le plus éloquent  de sa réussite ou de son échec. Et il sait surtout que les yayistes attendent dans leur coin pour se venger.
La durée du mariage de raison entre le PRD et Patrice Talon est donc tributaire de la première condition : faire passer la révision.  Adrien Houngbédji réussira-t-il à jouer le jeu pour clouer le bec à tous ceux qui pensent que son parti est un ouvrier de la vingt-cinquième heure ? Toute la question est là.

Par Olivier ALLOCHEME

Edito: Le sursaut nigérian

logo journalLe Nigeria a effectivement mis en application l’interdiction de l’importation des véhicules par voie terrestre. Cette mesure prise en décembre 2016, avait été accueillie pourtant comme une douche froide par l’ensemble des importateurs nigérians et par une bonne partie de la classe politique nigériane. Pas plus tard que ce mercredi, le sénat a demandé à Muhammadu Buhari, le président nigérian, de surseoir à sa décision jugée trop brutale.
Mais l’on sait que la motion adoptée par les législateurs  n’a aucune force exécutoire.  Et, probablement, le gouvernement fédéral n’écoutera pas les cris des sénateurs dont beaucoup ont des intérêts importants dans le secteur. 500.000 emplois sont menacés ont-ils affirmé, demandant que l’exécutif pense d’abord à des mesures de reconversion de tout ce monde avant de prendre sa décision. Malgré tout ceci, et malgré le fait que la population nigériane elle-même n’ait pas les moyens d’acheter des véhicules neufs qui devraient coûter entre 4 et 5 millions de FCFA minimum, le gouvernement nigérian est décidé à rester ferme. Il ne lèvera probablement pas cette mesure qui a même commencé à être appliquée plusieurs heures avant le 1er janvier. C’est dire.
Buhari ne reculera probablement pas parce que son discours économique est centré sur le bannissement des importations. Il en est conscient, et la plupart des cadres de son administration aussi, le mal du pays a été et reste la monoproduction pétrolière. Le Nigeria est dépendant du pétrole pour 90% de ses recettes d’exportation et  70%  de ses recettes fiscales. C’est dire que tout choc pétrolier propulse le pays dans le gouffre, comme on l’a vu en 2016. Depuis au moins deux décennies, le Nigeria n’a pas connu la récession qu’elle a enregistrée l’année dernière. Selon le dernier rapport de la Banque Mondiale portant sur les perspectives économiques mondiales pour le compte de cette année 2017, l’économie du Nigeria a connu une contraction d’environ 2,26% de son produit intérieur brut (PIB) dans le troisième  trimestre de l’année 2016, contre -2,06% au second trimestre, et -0,36% au premier. Techniquement, le pays traverse une récession. Cependant, la Banque Mondiale attend pour 2017 une croissance de 1% pour le pays contre 2,9% pour l’Afrique subsaharienne. Le Bénin, quant à lui, attend pour cette année, une croissance d’environ 6%, contre 5% en 2016.
Le choix d’Abuja d’interdire les véhicules d’occasion par voie terrestre participe à un vaste plan d’industrialisation et de diversification de l’économie du pays. Plus de 30 agréments ont été accordés à des sociétés nationales comme internationales pour produire et monter des voitures dans le pays. Actuellement, une bonne partie des gouverneurs du Nigeria, font la cour aux investisseurs pour qu’ils implantent ne serait-ce que des usines de montage dans leur Etat. Montée des classes moyennes, perspectives  encourageantes dues surtout à un héritage de croissance de ces dernières années, forte poussée démographique (les derniers chiffres faisant état d’une population de 193,3%…), le pays attire effectivement les investisseurs. Mais la situation sécuritaire et la culture éthique quelque peu étiolée dans ce pays, restent les goulots d’étranglement les plus importants dans ce sillage. Après avoir relevé son agriculture grâce à la vision  de Akinwumi  Adésina, actuel directeur général  de la BAD, lorsqu’il était ministre de l’agriculture, le pays est désormais décidé à relever le défi industriel, en s’attaquant d’abord aux importations qui nuisent à la compétitivité de ses propres produits industriels. Il n’y a pas de gouverneur qui ne parle d’accorder désormais la priorité à l’industrie pour créer des emplois et renflouer les caisses.  A cet égard, les importations, y compris celles provenant de la CEDEAO, sont considérées comme des menaces. Le pays a commencé aujourd’hui, ce que la rationalité économique lui imposait depuis des décennies. Et le président Muhammadu Buhari est visiblement prêt à tendre  vers cette rationalité.
On comprend donc que la guerre de l’automobile n’est que la première partie d’une longue cavalcade destinée à rendre au pays son lustre d’antan. Et le Bénin dans tout cela ?
Le développement du Nigeria constitue un facteur d’embellie  pour le Bénin. L’industrie nigériane est à contrario un facteur de dépendance pour nous : ses produits viendront envahir nos marchés, sans aucune possibilité pour nous d’y échapper, sauf à instaurer une politique nationale d’industrialisation agressive et visionnaire.  Nous n’en sommes pas à la veille.

Par Olivier ALLOCHEME