Category: Editorial

Edito: Le pire, c’est le référendum

logo journalRaisonnons par l’absurde. Patrice Talon a pu obtenir les ¾ des voix pour faire examiner son projet de révision constitutionnelle. La commission des lois analyse le projet, consulte les groupes organisés, les syndicats, la classe politique, les professeurs d’université…Elle est allée même jusque dans les hameaux les plus reculés pour écouter les citoyens. Elle propose alors des amendements au texte du gouvernement, mais celui-ci n’atteint pas les 4/5 requis. Que va-t-il se passer ?
Il se passera que le gouvernement sera obligé d’aller devant le peuple.  Et alors, avec quel texte le fera-t-il ? Selon l’article 12 de la loi 2011-27 du 18 janvier 2012 portant conditions de recours au référendum, le même texte soumis aux députés, sera présenté pour contrôle de constitutionnalité devant la Cour constitutionnelle. La Cour, contrairement aux députés, n’aura aucun droit d’amendement. Il lui suffira d’étudier la constitutionnalité du texte, sans y introduire les innovations que beaucoup de Béninois souhaitent depuis longtemps. Elle s’assurera que les éléments suivants ont été pris en compte : la forme républicaine et la laïcité de l’Etat ;  l’atteinte à l’intégrité du territoire national ;  le mandat présidentiel de cinq (05) ans, renouvelable une fois ;  la limite d’âge de quarante (40) ans au moins et soixante dix (70) ans au plus pour tout candidat à l’élection présidentielle ;  le type présidentiel du régime politique au Bénin.  Et c’est tout !   Et ce que beaucoup réclament aujourd’hui arrivera : le référendum. Etes-vous sûr que Talon perdra un référendum ?
Revenons donc sur terre. Est-ce vrai que Talon perdra forcément en cas de référendum ?
A ceux qui répondent oui, je demande juste une seconde d’attention.  Il y a un homme en exil qui, malgré toute la machine répressive mise en place pour le contrecarrer, a été capable de gagner une élection présidentielle. Aujourd’hui, cet homme est au pouvoir, avec un régime présidentiel où il tient tous les leviers de l’Etat et où il est capable de mobiliser en quelques semaines tout son gouvernement, et tout l’appareil administratif du pays. Cet homme s’appelle Patrice Talon. Pensez-vous toujours qu’il perdra un référendum qu’il a organisé ? Ouvrez donc les yeux, qui donc vous dit qu’on perd une élection qu’on a organisée soi-même dans un pays pauvre et de majorité analphabètes comme le Bénin ?
Ouvrez donc les yeux ! Si j’étais à sa place, et Dieu seul sait que je ne le suis pas encore aujourd’hui, si donc j’étais à sa place, je ne me presserais pas pour faire le référendum. Et assurément, il prendra son temps pour préparer le terrain, réparer les dommages qu’il a pu causer, faire les promesses qu’il faudra. Et, légalement, il fera saigner les caisses de l’Etat ! Oui, c’est un référendum dans lequel les ressources publiques, mobilisées par le biais d’un collectif budgétaire, seront à sa disposition. A moins d’être le plus médiocre des stratèges politiques, Talon ne peut perdre un référendum au Bénin.
Alors quoi, que croyiez-vous ? Qu’il se laissera faire, sans mot dire ? On n’organise pas une élection pour la perdre, surtout un référendum. Ce qui est constant, c’est qu’on dépensera à foison les ressources de l’Etat et que l’on coupera certainement dans certains projets et programmes. Il n’aura peut-être pas besoin de désorganiser le gouvernement pour y parvenir, mais il est clair qu’il fera un carnage dans l’administration et surtout dans les caisses de l’Etat.   Ce serait totalement, complètement, définitivement, normalement et logiquement légal.
A contrario, que se passerait-il si on utilisait uniquement la voie parlementaire ? Avec le tollé actuel, les députés, de plein droit, feront ce qu’ils ont toujours fait pour les lois importantes : ils consulteront leurs bases. La commission des lois écouterait les partis, les syndicats, la société civile, les chefs et rois traditionnels et proposera des amendements pour améliorer le texte proposé par le gouvernement. Si cette voie est suivie, nous en aurions fini pour longtemps avec cette Arlésienne, avec l’avantage de faire des économies, en période de crise économique exacerbée. La voie parlementaire met le peuple de ceux qui s’intéressent réellement à la constitution au centre du jeu.  Avec la voie référendaire, par contre, on donnera le sentiment à ceux qui ne savent ni lire ni écrire qu’ils sont consultés : on se trompe et on trompe les petites gens.
Au demeurant, figurez-vous ce qui se passerait si Patrice Talon perdait effectivement même le référendum : il sablera le champagne. Il serait délivré de sa promesse de ne faire qu’un mandat…

Par Olivier ALLOCHEME

Edito: Vive le malheur !

logo journalCe 20 mars est officiellement la « journée internationale du bonheur ». Rassurez-vous : personne ne la connaît, du moins pas au Bénin. Il n’y aura donc pas de discours officiel, pas de célébration officielle avec déploiement du faste républicain au Palais des congrès, pas de colloque ni de conférence. Rien. Mais cette journée «inutile» a été instituée en 2012 par Les Nations Unies qui se sont rendu compte que sur le fond, le but de toute action publique devrait d’abord et avant tout être de rendre le peuple heureux. Car tout le monde s’est aperçu que la notion restée longtemps incontournable du produit intérieur brut (PIB) qui sert généralement à déterminer le niveau de vie des citoyens, ne rend pas compte de la complexité de la notion de bonheur ou de bien-être.
Et c’est pourquoi en 1972,le roi du Bhoutan, Jigme Singye Wangchuck, a créé le concept de Bonheur national brut (BNB)qui sert à mesurer  l’économie en se basant sur la croissance et le développement économiques, la conservation et la promotion de la culture bhoutanaise, la sauvegarde de l’environnement et l’utilisation durable des ressources, la bonne gouvernance responsable.
Le premier rapport mondial sur le bonheur a été rendu public le 1er avril 2012. Le cinquième sera rendu public dans la journée de ce lundi. Le rapport 2016 classe 157  pays selon des critères comme le produit intérieur brut par tête d’habitant, les années saines de l’espérance de vie, la confiance et la liberté telle que perçue par les citoyens. Ce rapport était l’œuvre d’un « groupe d’experts indépendants » commissionnés à l’époque par Ban Ki-Moon, alors secrétaire général de l’ONU.  Dans ce rapport, Danemark, Suisse, Islande, Norvège et Finlande apparaissent comme les cinq pays où l’on est le plus heureux au monde.  Les cinq derniers sont le Burundi, la Syrie, le Togo, l’Afghanistan et le Bénin (153ème sur 157 pays).
C’est à ce niveau que l’on voit le drame : les Béninois sont clairement parmi les gens les plus malheureux du monde.
Si vous en doutiez, prenez d’autres indicateurs. Par exemple, l’Indice de développement humain (IDH) publié par le PNUD et  qui existe depuis 1990. En 2016, les indicateurs qu’il a évalués étaient : vivre une vie longue et en bonne santé, acquérir des connaissances et jouir d’un niveau de vie décent. L’IDH est alors la moyenne des indices normalisés pour chacune des trois dimensions. Dans le rapport 2016, le Bénin a été aligné parmi les « pays peu développés ». En Afrique, notre pays est 32ème sur 53 pays et dans le monde, il est 166ème sur 188 pays classés.  Là encore, vous verrez une constante, le Bénin est toujours classé parmi les derniers.
Un autre classement, c’est le «Legatum Prosperity Index», un indice mis en place par le Legatum Institute, un think tank   basé à Londres et qui évalue chaque année le niveau de prospérité des Etats à l’échelle mondiale. Les 9 critères évalués sont l’éducation, la santé, la gouvernance, la sécurité et la sûreté, la «qualité économique», la liberté individuelle, le capital social et l’environnement. Pour sa dixième édition parue en 2016, le «Legatum Prosperity Index» a évalué 149 Etats. Ainsi, la Nouvelle Zélande, la Norvège, la Finlande, la Suisse et le Canada sont considérés comme les nations les plus prospères de la planète. En prenant le cas du Bénin, on voit que notre pays est 128ème mondial, 24ème en Afrique.  Les données du Legatum Institute permettent de remarquer que le pays a réalisé de bonnes performances en ce qui concerne les libertés personnelles et la gouvernance, la confiance des citoyens et  la sécurité. Mais le tiers de la population vit sous le seuil minimal de pauvreté. Pour parvenir à améliorer sa prospérité, le pays devra relever les secteurs de la santé et de l’éducation, à en croire le think tank.
Alors question : pourquoi sommes-nous toujours parmi les derniers quand il s’agit des chiffres du bien-être ? La réponse est claire : le citoyen béninois lui-même ne se soucie pas de son bien-être. Il en laisse le soin aux dirigeants ou à Dieu. Dans ces conditions, l’Etat et la classe politique le soûlent de débats qui n’ont pas de prise directe sur son bonheur : démocratie, liberté, partis politiques… Et personne ne parle du système national de santé, du système éducatif, encore moins de l’industrie ou du commerce. La politique est partout.
Elle fait oublier l’essentiel. Et c’est déjà une victoire pour les hommes politiques, d’avoir réussi à nous faire oublier que leurs prouesses ont fait de nous les peuples les plus malheureux du monde.

Par Olivier ALLOCHEME

Edito: La renaissance

logo journalIl n’est jamais trop tard pour bien faire. Mais le projet présenté lundi soir par le ministre des sports est l’émanation de la juste vision pour relancer le sport au Bénin et donner aux jeunes de nos communes des loisirs sains.

         Il n’est pas du tout dans mes habitudes de faire l’apologie d’une action publique, encore moins d’une ambition qui n’est qu’une projection de l’instant, sans préjuger des incertitudes de l’avenir. Mais il faut à la vérité dire que ce qui est bien est bien, afin d’encourager à la persévérance, ceux qui ont le redoutable devoir de concrétiser nos rêves. Oui, ici, le ministre des sports a vu juste en cherchant à aller au-delà des mots et des vœux pieux. Qu’a-t-il dit ce lundi ? Que bientôt il y aura 12 académies départementales, 85 stades communaux et départementaux, 93 associations sportives communales, et 80 classes sportives. Ces  projets phares sont destinés à réaliser  une véritable renaissance du sport béninois  sous la houlette de 400 encadreurs des classes sportives à la base et 744 encadreurs pour les associations sportives communales. En somme, ce projet ‘’d’ordre social et économique’’ permettra de créer près de 1200 emplois permanents. Ils sont destinés à promouvoir la pratique du sport dans toutes les localités du Bénin puisque le ministre est convaincu que les talents existent au Bénin et se trouvent dans les communes. Pour Homeky, il s’agira d’instituer au Bénin, 80 classes sportives reparties sur l’ensemble du territoire national dans les 76 communes à l’exception de Cotonou qui sera par contre, divisé en quatre zones. Il y sera pratiqué le football, le basket-ball, le handball, l’athlétisme, et les arts martiaux. «Dans chaque commune, nous aurons des équipes dans deux catégories d’âges. Les moins de 20 ans et les plus de 20 ans », a-t-il clarifié. Tout cela sera chapeauté par 12 académies départementales  et  l’académie nationale du Bénin implantée au stade René Pleven de Cotonou. La visibilité médiatique des sports nationaux sera désormais une réalité avec la création d’une chaîne Radio-Télé exclusivement dédiée à la promotion du Sport  pour la promotion des talents révélés.

         La seule question que je me pose depuis lundi est celle-ci : où diantre vont-ils trouver les ressources pour réaliser réellement tout cela sur les quatre prochaines années ?

         Car ce qui est en jeu immédiatement, c’est bien l’amélioration des performances du Bénin dans les compétitions sportives à long terme. Le cas du football est  bien révélateur. A la veille des matchs internationaux, l’on ramasse (non, le mot n’est pas assez fort)  des quidams de quatrième et cinquième division en France ou ailleurs pour venir rabibocher une « équipe » qui n’a d’équipe   que le nom. Après avoir encaissé les buts et collectionné les humiliations, chacun rentre dans sa énième division en attendant la prochaine compétition.    Pendant ce temps, le public sportif désabusé se tourne vers les championnats européens, en se moquant bien de savoir s’il y a des joueurs dans les Dragons, des maçons dans les Panthères de Djougou ou même des tourneurs dans le Mogas. 99% des passionnés de foot béninois ne connaissent presque rien de nos joueurs et sélectionneurs, alors que le petit garçon d’Abomey maitrise jusqu’à la couleur des crampons du Barça ou les gestes de légende de Liverpool. A long terme, la vision du ministre pourra mettre fin à cette honteuse  extranéité et faire revenir au bercail ceux qui n’avaient la tête qu’ailleurs, les pieds ici.

         Oui, c’est bien à long terme que se mesureront les impacts de cette vision. Elle transforme nos communes en des centres de formation pour les sportifs, même dans les villages les plus reculés, donnant aux jeunes des loisirs capables de les maintenir sur place, au lieu qu’ils ne tentent l’exode qui les déversera dans les grandes villes déjà saturées de monde. Elle donne aux élèves et aux étudiants l’authentique occasion d’oser rêver d’autre chose que de cahier, d’étude ou de note, alors que le monde d’aujourd’hui leur demande d’autres atouts capables de les propulser sur d’autres horizons. On saura demain que ce n’est pas une malédiction d’être nul en Français lorsque l’on sait jouer au basketball …

         Il faut donc que le ministre des sports ait rapidement les moyens dont il a besoin pour lancer ce programme absolument novateur.

 Par Olivier ALLOCHEME

Edito: Le consensus ? Quel consensus ?

logo journalIl ne faut pas faire croire aux Béninois qu’une voie est plus constitutionnelle qu’une autre. La Constitution qui a prévu la révision a prévu deux voies pour son amendement, deux voies qui passent obligatoirement par le parlement. Pourquoi certains crient-ils qu’il nous faut obligatoirement aller au référendum ? Je n’arrive vraiment pas à comprendre cette logique.
La constitution elle-même, en ses articles 154  et 155 a prévu que tout projet de révision, pour être pris en compte, doit d’abord être approuvé aux  ¾  par les députés. C’est l’étape élémentaire. Après cette étape, la loi donne latitude aux députés de faire un second vote au bout duquel le projet doit obtenir les 4/5 des voix pour que l’amendement au texte constitutionnel soit pleinement adopté. Si ce score n’est pas atteint, la voie référendaire s’ouvre dès lors.
La révision de 2006 a été jugée inconstitutionnelle, entre autres motifs, pour cela aussi. Car, pour ceux qui s’en rappellent encore, les parlementaires étaient passés directement au vote des 4/5, en sautant l’étape des ¾. Ils avaient pu obtenir 71 voix pour et 8 contre. Mais derrière ce score, il y eut des violations du règlement intérieur de l’Assemblée nationale, violations que la Cour avait relevées, sans oublier le « consensus national » qui fut absent. Ce consensus « à valeur constitutionnelle », comme disait  la Haute juridiction, n’était pas au rendez-vous du fait que l’exécutif  avait choisi de faire volte-face contre le parlement qui s’était retrouvé seul à prétendre qu’il n’y avait pas suffisamment de moyen pour organiser les élections législatives de 2006.
Ceux qui clament qu’il doit y avoir consensus autour du texte constitutionnel se trompent. Est-ce que la constitution de 1990 était elle-même consensuelle ? Pas du tout. On a tôt fait d’oublier que le «oui» avait remporté 73,3% des voix, le «oui mais» (qui rejette la limitation d’âge pour être candidat à la présidentielle) avait eu 19,9 %  et que le non avait eu 6,8 % des suffrages exprimés. Même si le total des «oui» a pu représenter 96,9% des suffrages exprimés, on n’oubliera pas que le constitutionnaliste Thomas Goudou par exemple avait battu campagne contre, arguant qu’il fallait un régime semi-présidentiel au Bénin. Rappelez-vous ce fameux débat qui l’opposa à Théodore Holo  et durant lequel   il laissa entendre que  « ce projet de constitution est un chiffon ».  Alors, si le texte originel n’a pu être consensuel, comment voulez-vous que sa correction, 27 années plus tard, soit consensuel ?
En 2006, la Cour avait exigé qu’il y ait un débat national, eu égard à la méthode cavalière employée par les parlementaires pour adopter la révision d’alors : c’était expéditif. Signée par 70 députés, la proposition a été déposée le 11 avril 2006, communiquée à la séance plénière du 18 avril 2006, examinée le 21 et le 27 avril 2006. C’est à la plénière du 23 juin 2006 qu’elle a été adoptée, dans le tollé général que l’on sait, tollé largement alimenté par le gouvernement lui-même qui finit par s’opposer au parlement pour montrer qu’il était en phase avec la population.
Si donc aujourd’hui nous avons une entente parlement-gouvernement, si les 4/5 sont réunis et que le règlement intérieur du parlement est respecté, je ne vois pas comment la Cour pourrait exiger un autre consensus national.
Autrement dit, le gouvernement peut valablement passer par le parlement et rien que par le parlement pour faire adopter son texte. Et si le parlement tenait même à jouer valablement son rôle, il aura toute latitude d’organiser des consultations populaires par le biais de la commission des lois, exactement comme lors du vote du budget. C’est en ce moment donc que les groupes organisés, les syndicats, les associations, les partis pourraient être appelés à apporter leurs amendements au texte originel. L’initiative populaire échappe dès lors au gouvernement. A ce niveau précis, des amendements substantiels  peuvent encore intervenir, compte tenu des observations émises lors des consultations.
Bien entendu, tout le monde a vu que le gouvernement s’est mis à dos le peuple en organisant des campagnes de déguerpissements dans un contexte de morosité économique aggravée.  Il n’aurait jamais dû mettre ainsi les charrues avant les bœufs.  L’opposition en est ravie. Elle fera une campagne d’enfer, non pas contre la révision, mais contre Talon.   Ce n’est donc pas étonnant qu’elle parle de référendum, de consensus national d’assemblée constituante comme si le Bénin sortait d’une guerre. C’est le piège où elle veut cuire Patrice Talon !

Par Olivier ALLOCHEME

Edito: Le problème des femmes

Les femmes veulent-elles réellement conquérir les postes politiques ? Il faudra désormais poser cette question au regard de la proposition faite par maitre Adrien Houngbédji, président de l’Assemblée à l’ouverture jeudi du séminaire parlementaire ayant justement porté sur la problématique de la représentation des femmes au parlement.
Les chiffres avancés par le président de l’Assemblée nationale parlent d’eux-mêmes. Le parlement béninois n’a que 7 femmes sur 83 députés, soit une représentativité de 8,4%. C’est l’un des taux les plus faibles au monde, lorsque l’on constate que le Bénin est seulement 172ème sur 193 pays classés selon la représentativité des femmes au sein des parlements. Autour de nous, presque tous les pays nous dépassent dans ce classement, y compris le Niger pays fortement islamisé et qui pourtant a un taux de 14,61% de représentativité des femmes au sein de son parlement. Pourquoi une telle résistance de la part des Béninois ?
Il y a d’abord à voir du côté de la dureté de la vie politique béninoise. Dureté ? Pas tout à fait, mais monétarisation, commercialisation, mercantilisme. Il faut vraiment avoir une situation économique confortable pour faire la politique au Bénin. Parce que les citoyens ordinaires ne croient plus aux acteurs politiques, parce qu’ils ont vendu leur patriotisme au diable. Dans ces conditions, le nombre de femmes prêtes à distribuer à tout venant leur argent difficilement gagné, n’est pas important. Celles qui le font comme Claudine Prudencio ou Elisabeth Agbossaga, sont généralement épaulées par de riches conjoints prêts à mettre les moyens pour assurer leur ascension politique. Combien sont-ils, ces hommes volontaires et capables de mettre leur fortune à la disposition de leur épouse, de leur sœur ou de leur amie ? On voit bien qu’ils sont plutôt rares.
Ceci est d’autant plus difficile que les pesanteurs sociologiques ne sont guère favorables aux femmes. Nous traînons encore d’innombrables clichés misogynes qui disent à suffisance que nos normes traditionnelles confèrent à la gent féminine une place de mère, d’épouse, de femme au foyer, mais pas de responsable politique appelée à prendre des décisions engageant la communauté. Oui, nous avons deux femmes sur les 77 maires, trois ministres sur 21. Mais leur nombre est si infime que tout esprit avisé en conclurait qu’il s’agit d’un problème culturel lié au refus viscéral des hommes de se faire diriger par des femmes.
Mais alors, si tel est le cas, qu’est-ce qui explique qu’un pays comme le Niger nous devance sur ce sujet ? A vrai dire, l’engagement réel des femmes pour la politique reste à démontrer. En raison des pesanteurs sociologiques bien ancrées et des difficultés financières déjà mentionnées, il y a surtout que la majorité des femmes ne veulent pas de l’ascension politique des femmes. Elles sont les plus nombreuses à barrer la route à Marie-Elise Gbèdo ou Célestine Zanou. Dans les partis et mouvements politiques, il n’y a pas plus virulent qu’une femme lorsqu’elle doit s’attaquer à une autre femme. Jalousie, envie, méchanceté, pesanteurs sociologiques ? C’est encore un grand débat.
Ce qui est clair, la proposition de maitre Houngbédji tente de corriger une injustice qui marginalise la femme béninoise. Il souhaite que le nombre de députés soit désormais de 107 et propose d’accorder d’office 24 sièges aux femmes. Problème : par quel mécanisme va-t-on obliger les partis politiques à positionner des femmes lors des joutes électorales ? Il s’agit de les mettre en tête de lice et non dans les profondeurs des listes de candidatures. Emprunter la voie législative, dans ces conditions, devrait se heurter à un autre problème : il y a peu de femmes à des postes de responsabilité dans l’appareil administratif de notre pays. Toute discrimination positive dans les règles de promotion, pourrait entraîner une vague de protestations dans le pays, notamment au sein des syndicalistes. Dans tous les cas, ces avancées législatives ou réglementaires ne seront efficaces que dans la mesure où elles sont portées par une forte sensibilisation accompagnée de sanctions sérieuses contre tout parti réfractaire.
Ne nous leurrons donc pas. En raison de la complexité de la situation, nous gagnerions à élever la combativité des femmes dès maintenant afin que les hommes eux-mêmes prennent au sérieux les dispositions de la loi prévue.

Par Olivier ALLOCHEME

Edito: Choisissons l’industrie pharmaceutique

La destruction indiscriminée d’Adjégounlè pose problème. Oui, le commerce illicite des produits pharmaceutiques est dangereux. Sans entrer dans les détails, on peut considérer que cette activité illégale est responsable d’une bonne partie des morts enregistrées dans les maisons et les hôpitaux.
Mais il y a une vérité claire que tout journaliste sérieux vous dira : à Adjégounlè, il n’y avait pas que des produits frelatés. Il y avait des vendeuses qui s’approvisionnaient directement auprès de la Centrale d’Achat des Médicaments Essentiels (CAME), c’est-à-dire auprès des structures les plus officielles du Bénin.
Bien entendu, elles s’approvisionnaient également auprès de certaines firmes indonésiennes, indiennes, ghanéennes, chinoises ou nigérianes. On me dira que ces laboratoires ne sont pas agréés. Mais, connaissant les milieux pharmaceutiques, on imagine aisément les campagnes d’intoxication massive menées contre tout médicament provenant hors de la France ou de l’Union Européenne en général. C’est une stratégie marketing aussi vieille que le monde, d’autant d’ailleurs que les moyens des firmes pharmaceutiques sont illimités.
Mediator 150 mg, combien de morts ? C’était le titre du livre de la pneumologue Irène Frachon, qui a révélé le scandale sanitaire de ce produit, commercialisé par les laboratoires Servier de 1976 à 2009, et finalement interdit une fois sa dangerosité constatée. Mediator a fait des milliers de morts en France même et donné lieu à un procès retentissant. En janvier dernier, comme tous les ans depuis 5 ans, la revue Prescrire a publié la liste des médicaments «plus dangereux qu’utiles» à éviter en raison des risques sanitaires «disproportionnés» qu’ils font courir aux patients. Sur les 91 recensés et commercialisés en Europe, 82 sont vendus en France même. Ils sont vendus sans aucun problème dans nos officines au Bénin. Par exemple, des médicaments contre le rhume comme la pseudoéphédrine ou la naphazoline, exposent à un risque de troubles cardiovasculaires graves voire mortels : poussées d’hypertension, AVC, troubles du rythme cardiaque…
Si donc vous en doutez encore, achetez et lisez le guide des professeurs Philippe Even et Bernard Debré intitulé Guide des 4000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux qui paraît depuis 2012. Dans sa deuxième édition, l’ouvrage montre qu’un tiers des médicaments proposés sur le marché français sont «inefficaces» et donc ne servent à rien, un quart sont mal tolérés et 5% potentiellement dangereux. Sur les 200 nouveaux médicaments recensés depuis la première édition, le guide montre que seule une cinquantaine sont utiles. Il révèle surtout qu’en France même,  il y a 15.000 morts d’accidents thérapeutiques dus aux médicaments, c’est-à-dire cinq fois plus que les accidents de la route en France. 78% des médicaments utilisés pour l’ORL sont jugés inefficaces, 62%  pour la gastroentérologie, 59% en pneumologie. Je vous fais grâce des autres chiffres, aussi effrayants les uns que les autres. Mais alors pourquoi la France continue-t-elle  avec une industrie qui tue ses citoyens ?
La raison tient en quelques chiffres. L’industrie pharmaceutique française est le premier  producteur européen de médicaments, le 3ème exportateur mondial. Elle représente un chiffre d’affaires annuel de 34,4 milliards d’euros (22566.400.000.000 de FCFA) et emploie 100 000 personnes. 100.000 ! Vendre des médicaments est plus rentable que vendre des sacs Gucci ou des montres Rolex. C’est ce qu’ont dénoncé à travers une pétition, en mars 2016, 110 cancérologues et dermatologues  en France même. Ils trouvent en effet que les laboratoires français se font des profits « absolument fous » sur le dos des malades. Un exemple, le Glivec, un médicament contre la leucémie, coûte 7500 euro par mois aux Etats-Unis, 3000 en France et quelques dizaines d’euros en Inde.
Pour parer à cette cherté, des pays comme l’Inde, la Chine, l’Indonésie se sont dotés depuis longtemps de leurs propres laboratoires. En 2013, l’Inde est allée jusqu’à s’arroger le droit de  fabriquer la version générique du Nevaxar, produit breveté par la firme allemande Bayer et utilisé contre le cancer du foie. La bataille juridique enclenchée par Bayer a fini par tourner au profit de l’Inde qui a revendiqué son droit à soigner sa population à coût raisonnable.
Revenons à Adjégounlè. C’est dans des pays comme l’Inde que les vendeuses de ce marché vont s’approvisionner. Avec la lutte enclenchée, il sera impératif d’élaborer une politique nationale pour se doter chez nous des laboratoires performants, afin d’amoindrir les coûts prohibitifs des produits pharmaceutiques, et de les rendre accessibles aux populations des coins les plus reculés. Sinon, la lutte pourrait paraître suicidaire pour les Béninois et très bénéfique pour les firmes françaises qui n’attendent que notre naïveté pour prospérer.

Par Olivier ALLOCHEME

Edito: Pourquoi il faut repenser la conférence nationale

27 ans après, les mêmes sont repassés hier nous dire les mêmes choses. Albert Tévoédjrè, Robert Dossou, Akindès Adékpédjou…Ils sont venus nous dire ce que nous savons depuis 27 ans : la démocratie est en marche au Bénin, la conférence nationale fut merveilleuse, elle a restauré les libertés, ouvert les horizons… D’accord, mais 27 années plus tard, qu’est-ce que le Béninois de Tchaourou, d’Avotrou ou de Kétou constate ?  Il constate le foisonnement vide des partis prêts à capter les rentes administratives et politiques, au détriment du peuple. Il constate la stagnation ou même le recul de l’appareil productif au profit d’une économie de transit ayant transformé le pays en Etat-entrepôt. Le Béninois constate qu’au plan de l’éducation, les fondamentaux ont été détruits sans que rien n’ait été prévu pour former un citoyen de type nouveau capable de patriotisme et de sacrifice national. 27 ans après, que constate-on ? Que la vacuité de l’arène politique où l’argent règne en roi, a normalisé la corruption électorale et dévoyé la politique elle-même. Au Bénin d’après-conférence nationale, nul ne peut être élu maire, député ou président de la République, s’il n’est riche à millions ou  à milliards, suffisamment en tout cas pour aller corrompre les paysans dans leurs champs, les artisans dans leurs ateliers et les femmes dans leurs commerces. Aujourd’hui, après 27 ans, si vous réussissez à voler suffisamment de milliards pour devenir député, personne ne peut toucher un seul de vos cheveux. Quoi donc, et les libertés alors ?
De quelles libertés parlez-vous ? De la liberté de presse ? Adam Boni Tessi   a déjà administré la preuve que ce machin ne pèse pas plus lourd qu’une plume d’oiseau. Et si vous avez des yeux pour voir, vous verrez que la conférence  nationale n’a pas fait de bien à la qualité de la presse nationale. Et pourtant, on pouvait utiliser ces assises pour construire pour l’avenir des médias responsables et économiquement rentables, sans qu’ils aient un quelconque besoin de recourir à un parapluie politique nécessairement abêtissant. Aujourd’hui, la plupart des Béninois des villes préfèrent s’informer à travers les réseaux sociaux dont l’information est superficielle et facile à manipuler, du fait de la faillite des médias traditionnels. 27 ans et seulement 27 ans après ! Dans les prochaines 27 années, si les choses doivent être laissées en l’état, nous allons tous succomber.
Il ne faut pas douter de l’importance des libertés politiques qui ont été arrachées. Le régime Kérékou, chargé d’horreurs, n’avait pas perdu en capacité de répression, mais avait été contraint à lâcher sa superbe révolutionnaire. Cependant, la Conférence ne permit pas du tout de canaliser ces énergies autrefois mises en veilleuse par la dictature,  subitement réveillées pour la constitution de blocs politiques suffisamment représentatifs.
Ce qui fait mal aujourd’hui, c’est la quasi-absence, 27années plus tard, d’un appareil productif national. Comment les délégués à cette importante conférence, ont-ils pu faire pour oublier l’économie, c’est-à-dire la nécessité de réorganiser l’agriculture, l’extraction minière, la nécessité d’ériger, protéger et promouvoir une industrie nationale tournée vers la satisfaction des besoins domestiques et sous-régionaux? Comment a-t-on pu oublier que l’éducation est la force des nations et que pour cela il fallait prendre la décision urgente de construire un nationalisme béninois et un panafricanisme radical sur lesquels les citoyens post-conférences allaient bâtir une nouvelle société et une nouvelle culture de la performance et de l’efficacité ? Comment n’a-t-on pas pu trouver que l’ennemi mortel de toute nation est la croissance démographique anarchique, afin d’instaurer un contrôle strict des naissances, si nous ne voulons pas que des enfants mal formés ou pas du tout instruits, deviennent plus tard des vendeurs à la sauvette, zémidjan sans espoir de lendemain ou affreux débrouillards dans les bas-quartiers de Cotonou?
A vrai dire, les délégués n’avaient qu’une préoccupation centrale : dégager Mathieu Kérékou et son régime de terreur et instaurer un pluralisme politique à même de remplacer le marxisme-léninisme d’alors.  Ils avaient tort. C’est pourquoi, depuis lors, il était impérieux de penser une nouvelle conférence nationale destinée, par le consensus, à fonder une économie et une société de progrès pour tous. Avec l’effondrement des valeurs patriotiques et morales, la faillite de l’éducation et l’impossibilité de construire une prospérité économique réelle, il est désormais impossible de continuer notre démocratie, sans qu’un nouveau virage ne nous permette d’asseoir de nouveaux paradigmes de notre progrès commun.

Par Olivier ALLOCHEME

Edito: On se méprend sur le FMI

On se croirait encore dans les années 1990. Les  réactions au sujet du concours de 150,4 millions de  dollar apporté par le Fonds Monétaire International (FMI) ont montré l’inculture financière de l’élite béninoise. Qui vous a même dit que le FMI développe un pays ?
Déjà mercredi, une bonne flopée de journaux avaient donné le ton : le FMI aurait refusé son appui budgétaire au Bénin. Les analyses étaient allées dans tous les sens, pour montrer le discrédit qui frappe le régime Talon, discrédit qui aurait incité l’institution à refuser son financement au pays. « Le FMI et la BAD refusent de délivrer la lettre de confort au gouvernement », telle est la manchette de l’un des canards, ce mercredi. Et un autre d’y aller de la même rengaine : « La mission FMI-BAD découvre un Bénin déréglé ». Je vous fais grâce des platitudes déversées le lendemain, quand l’intoxication a tourné court. Pour ces confrères, la désapprobation du FMI constitue la certitude même de la mauvaise gouvernance du régime Talon. C’est d’abord une vision rétrograde. Les institutions financières internationales, depuis la débâcle des programmes d’ajustement structurel (PAS), ont cessé d’être des donneuses de leçons. Elles ne prétendent plus aujourd’hui régenter l’économie dans les Etats, mais seulement redresser les pays en crise.
Redressement. Voilà le mot clé. On ne verra jamais le FMI en France, sauf si le pays plonge dans une grave crise financière. Ce fut le cas en Grèce où il a fallu une mobilisation mondiale pour résorber la crise abyssale créée par les mensonges institutionnalisés qui ont failli  précipiter le pays dans la banqueroute en 2010. Aujourd’hui encore, il faut compter la Grèce, l’Ireland, Chypre ou encore le Portugal parmi les pays sous-développés. Ils ont été forcés à admettre de rudes politiques d’austérité afin d’équilibrer leurs balances des paiements. Pour utiliser un langage trivial, le FMI est l’hôpital des pays en crise.  Ses conditionnalités servent à remettre sur les rails les finances publiques qu’on a conduites à l’abattoir, notamment à réduire le déficit budgétaire, assurer l’équilibre macro-économique, assainir la gouvernance fiscale et surtout assurer le service de la dette. Pour y parvenir, le FMI (qui n’est pas la Banque Mondiale) édicte généralement des politiques d’austérité, à travers des coupes budgétaires et des apports financiers aux conditionnalités rigoureuses destinées à sauver les pays concernés.
Bien entendu, à force de jouer le rôle de sapeur-pompier, il intervient également à titre préventif. D’où son rôle de surveillance du cadre macro-économique des Etats, mais généralement à titre consultatif et non impératif. Les recommandations du FMI n’ont de valeur qu’en tant qu’elles sont acceptées et validées par les Etats eux-mêmes. Dès lors, elles deviennent des politiques publiques souveraines.
On aura donc compris pourquoi, pas plus tard que la semaine dernière, le Nigeria a refusé un prêt du FMI, malgré la dépression qui frappe ce pays. La ministre nigériane des finances, Kèmi Adeosun disait justement à cet effet,  que le Nigéria n’avait pas besoin de recourir au FMI pour combler son déficit budgétaire. « Nous considérons le FMI comme une solution de dernier recours, notamment en cas de difficultés avec les balances de paiements. Et le Nigéria n’en a pas. Ce que nous avons maintenant, c’est plus un problème fiscal.», a-t-elle affirmé, mardi dernier seulement. Et  de poursuivre : «Nous mettons en place autant de réformes que ce que le FMI nous aurait imposé dans le cadre d’un financement. Les Nigérians veulent être responsables de leur propre futur. Nous voulons concevoir notre plan de réformes par nous-mêmes.»
Ceux qui ont bien compris le communiqué du FMI publié ce mercredi 22 février 2017, à la suite de la conférence de presse organisée à la Marina, ont bien vu que les 150 millions de dollar du FMI serviront à mettre en place une croissance économique inclusive, à améliorer le climat des affaires, l’administration des impôts et des douanes,  la gestion de la dette  et  le développement du secteur privé.  Le Bénin s’est ainsi engagé à élargir l’assiette fiscale en vue de porter le ratio des ressources propres sur le PIB de 14,7% en 2016 à 17,4% en 2019.
Vous n’avez rien remarqué ? Le FMI n’intervient pas directement dans les secteurs productifs, ceux qui assurent le vrai développement des Etats, ceux qui amènent des devises. C’est là précisément que le PAG réussira : à transformer l’économie béninoise, d’une économie de service en  une économie de production.

Par Olivier ALLOCHEME

Edito: L’impossible unité

logo journalLa mouvance présidentielle veut faire comme toutes les autres mouvances avant elle : elle veut créer un regroupement.
Sur le diagnostic, rien à dire. Trop de partis politiques dans ce petit Bénin de dix millions d’habitants. A côté de nous, le Nigeria, même avec 193,3 millions d’habitants, n’a que deux partis majeurs, l’APC au pouvoir et le PDP. C’est pour surmonter le ridicule qui s’empare de l’arène politique nationale, mais aussi pour structurer toute cette masse foisonnante et anarchique de partis et mouvements,  que tous les régimes ont senti la nécessité du rassemblement. On a eu droit à l’UBF sous Mathieu Kérékou, les FCBE sous Boni Yayi et son pendant l’UN,  et nous attendons un autre grand ensemble pour les prochains mois.
C’est du moins ce qu’annoncent Orden Alladatin et les pontes d’Alternative Citoyenne qui se préparent pour le grand rassemblement. Avec l’entrée en scène de Bruno Amoussou agissant pour le compte de l’UN, ainsi que d’autres députés et personnalités du régime, nous sommes désormais convaincu que la fièvre unitaire est en marche. Et pourtant, il faut ouvrir les yeux pour voir que toute cette agitation n’ira pas bien loin.
Rappelez-vous de l’Union pour le Bénin du Futur (UBF). Au moment où Mathieu Kérékou quittait le pouvoir, elle semblait plus forte que jamais. Mais l’avènement de Boni Yayi aura suffi à balayer ce rassemblement. Et il y eut les FCBE. Le sort de ce regroupement se dessine devant nos yeux. Comme au bon vieux temps, il se vide progressivement, avant même que ne naisse le parti présidentiel. La défection récente du CPP qui s’en est éloigné, comme naguère le MEsB de François Abiola, n’est que la manifestation de la fragilisation du groupe. Mais ce ne fut que le dernier événement en date d’une longue liste d’actes de défiance vis-à-vis de Boni Yayi lui-même. Les députés FCBE n’ont attendu personne pour se ranger subrepticement  sous l’ombre du pouvoir. Benoit Dègla le disait, de sa voix la plus douce : « On ne peut pas être pauvre et faire l’opposition ».
C’est donc au nom de cet opportunisme affiché et même assumé que la RB, le PRD et les FCBE n’ont jamais pu lancer l’idée, même lointaine, d’un parti unitaire, ne serait-ce que pour donner le change à Patrice Talon. C’est que depuis quelques années, la politique  est reléguée au rang de business par la classe politique et même les citoyens ordinaires. Les intérêts individuels, énormes et divergents, s’entrechoquent pour créer au sein des partis des luttes féroces. Mais la soif de gain personnel, est le premier facteur déstabilisateur  de tous les regroupements connus jusqu’ici. Et pour arracher ce gain personnel, rien n’est trop stupide, aucune alliance n’est trop mauvaise : pourvu que les chefs du parti en aient pour leur compte.
Qui se rappelle ces mots sulfureux lancés à la cantonade  par Adrien Houngbédji aux femmes de son parti venues se plaindre de la situation socio-économique sous le Chef de l’Etat ? Il leur a craché les crues vérités de la politique béninoise, en rappelant les chansons de 2016 louant l’actuel chef de l’Etat au détriment de son challenger Lionel Zinsou. A vrai dire, il pouvait tout aussi bien leur rappeler toutes les fois où elles  ont été payées pour assister à un meeting, aller voter, toutes les fois où le parti en lui-même était devenu une vache à traire par les pseudo-militants.
Dans un pays d’analphabétisme et de pauvreté comme le Bénin,  la conscience politique s’est évaporée, remplacée par l’idéologie des intérêts. On peut entrer dans un parti, en sortir à volonté, entrer dans un autre, n’avoir jamais été militant mais aller aux élections avec le logo et les attributs du parti, etc. Comment voulez-vous que des  organisations au fonctionnement aussi dérégulé, sans foi ni loi, se mettent ensemble ?
Non, soyons réaliste :  le prochain regroupement des partis n’ira pas loin. Il se heurtera à la sociologie du gain devenue grille de lecture principale des comportements politiques au Bénin.  Sa mort après  2021 est presque assurée. On donnera le contre-exemple des FCBE restées après tout dans l’arène, même après la débâcle de 2016. Mais ici, personne n’est dupe. Les FCBE n’ont survécu qu’avec l’apport de Boni Yayi qui compte bien utiliser ses anciens satellites pour assurer ses arrières d’après-pouvoir.
Dans ces conditions, il faut une féroce volonté politique inscrite dans le prochain projet de révision de la constitution pour que les partis s’obligent à fusionner.

Par Olivier ALLOCHEME

Edito: Pourquoi ces nominations ?

On avait pensé que Gilles Sodonon s’était définitivement retiré de la vie publique. Après sa retraite, et surtout avec l’annulation de sa nomination à la Cour de Justice de l’UEMOA dès le premier conseil des ministres du gouvernement Talon, on   croyait l’ancien procureur général près la Cour d’Appel de Cotonou  parti pour de bon de la scène publique. Que non ! Il est réapparu la semaine dernière, nommé conseiller technique aux affaires juridiques du maire de Cotonou. Bras exécuteur de l’acharnement judiciaire contre Patrice Talon, il se savait presque en sursis. Mais il revient comme en grâce, toujours contre le même homme, mais cette fois-ci pour jouer un rôle beaucoup moins médiatique mais non moins crucial.
Nommé en même temps que lui, il y a Nourou-Deen Saka Saley. Qui ne connaît pas ce juriste d’affaires limogé de son poste de  conseiller technique en charge du secteur privé et de la promotion de l’entreprise, l’entrepreneuriat et l’emploi auprès du Ministre d’État chargé du Plan le 1ER septembre dernier ?  Juriste d’Affaires formé  à Paris 2 Panthéon Assas,  puis à l’Inseec Paris Business School,   il  s’est brillamment illustré en travaillant aux côtés du candidat Abdoulaye Bio Tchané pour les dernières élections présidentielles. Personne n’a donc été surpris lorsqu’il a été nommé par son mentor. Il fut  limogé  pour avoir émis en toute liberté son avis sur la cellule d’analyse des arrêtés ministériels et  préfectoraux, cellule d’existence éphémère précisément du fait des lourdeurs administratives que pointait déjà le tout nouveau conseiller technique d’alors. En voilà donc un qui n’a pas sa langue dans la poche, d’autant d’ailleurs qu’après son limogeage, Nourou-Dine Saka Saley, n’a jamais cessé de donner son avis de façon toujours aussi incisive et impartiale sur les problèmes de gouvernance.
Il s’est rapidement construit une réputation  de professionnel aguerri du droit, mais surtout une carapace d’intégrité et de sincérité qui manque si cruellement aujourd’hui dans l’arène publique. Désormais chargé de mission au développement institutionnel et économique à la mairie de Cotonou, il est chargé de    la prospection, de la conception,  de la modélisation, de l’analyse et du suivi de l’exécution des dossiers relatifs aux partenariats et investissements. C’est précisément son marigot.
Mais ne soyons pas naïf ! Ce n’est pas seulement pour cela que Léhady Soglo a fait ces nominations. Le maire de Cotonou entend animer la fronde anti-Talon en s’appuyant sur des éléments pertinents et percutants. Pendant que Gilles Sodonon lui servira à réveiller et argumenter les vieux dossiers de Talon, Nourou-Dine Saka Saley sera à la manette pour relever les failles actuelles   de la gouvernance du régime. Mais les deux seront plus qu’utiles sur le front de la lutte contre le préfet-maire Modeste Toboula.
Précisément, ce Toboula gère Cotonou à la place de la mairie, arguant de l’autorité de l’Etat. Le casse-tête de Léhady Soglo, c’est comment mettre fin légalement à ce mode de gestion qui se moque ostensiblement de l’autorité municipale. Mais il n’aura échappé à personne que les deux nominations n’ont pas puisé dans le vivier des cadres de la RB. Vivier ? On s’en doute bien, ce vivier n’existe que de nom. Le parti a été vidé ces dernières années de l’essentiel de ses têtes pensantes. Ces deux nominations le montrent à suffisance. Elles montrent surtout que le maire n’a vraiment pas envie de se laisser faire. Il se battra de toutes ses forces pour reconquérir son autorité en cours de démantèlement méthodique.
Non élu aux législatives de 2015, il lui avait fallu déployer un trésor d’ingéniosité pour être à la tête de la mairie, après les élections municipales. La RB a perdu beaucoup de terrain à Cotonou et il est clair que l’UN ne manquera pas la prochaine occasion pour le destituer. Pire, l’allégeance des députés RB au Chef de l’Etat il y a quelques jours, constitue pour lui une espèce de violent camouflet annonçant l’orage. D’autant d’ailleurs que les maires de Bohicon et d’Abomey ne le portent pas du tout dans leur cœur. Pour sortir de la solitude politique, il faut un coup de poker à Léhady Soglo.  Pour donner le change, le voilà qui se rapproche davantage de ses administrés. Il offre par exemple des alternatives aux femmes des marchés et à tous ceux qui ont été délogés par la machine Toboula. Ses sorties sont désormais ponctuées de bains de foule. Cerise sur ce gâteau, il paraît qu’à la mairie, les agents respirent mieux qu’avant…
Assurément, le maire attend son heure pour donner la charge.  Le jour J arrive.

Par Olivier ALLOCHEME